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Chronique des Missions et des Etablissements communs 2

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Le nouvel Archevêque de Tokyo, S. G. Mgr Jean-Alexis Chambon, qui avait été retenu en Europe jusquen novembre dernier, parce quil devait assister au sacre de Mgr J. Hayasaka, avait tenu à être au milieu de son troupeau pour les fêtes de Noël. Aussi Sa Grandeur, qui avait quitté Le Hâvre le 12 novembre, ne sest pas laissée arrêter en Amérique et est arrivée à Yokohama par lEmpress of Asia, le 22 décembre. S. G. Mgr Rey, ainsi que de nombreux missionnaires et des représentants des chrétientés de Yokohama et de Tokyo, étaient venus à sa rencontre au bateau, qui aborda à 11 heures du matin. Après un déjeuner simple et cordial à la Mission catholique du Bluff, Monseigneur a pris, dans laprès-midi, le train de Yokohama qui arrivait à 4 h. 20 à la gare de Tokyo, où lattendaient de nombreux délégués des paroisses de la capitale. Le cortège sest rendu en automobile à Sekiguchi, la paroisse de larchevêché, où devait avoir lieu la réception officielle. Mgr Chambon a pris possession de son siège archiépiscopal par les cérémonies dusage. Sa Grandeur a été conduite en procession à léglise cathédrale ; puis, lorsquelle a eu pris place au trône, lecture a été faite des Bulles pontificales nommant Mgr Chambon au siège archiépiscopal de Tokyo. Mgr Rey a adressé quelques mots de bienvenue à son successeur, qui a répondu eu exprimant ses sentiments de dévoûment à sa nouvelle église et la confiance quil avait dans son clergé et dans ses fidèles. Puis a eu lieu la cérémonie dobédience, à laquelle ont pris part tous les missionnaires et les prêtres japonais présents. Un salut du Saint-Sacrement a suivi. A la sortie de léglise, les nombreux fidèles, massés sur lesplanade située devant le porche de la Maison des uvres, ont acclamé le nouveau pontife qui, après leur avoir adressé des remercîments, leur a donné sa bénédiction. Enfin des agapes familiales ont réuni à une table commune le nouveau Pasteur et les confrères, qui ont été heureux de lui adresser le salut traditionnel : Ad multos annos !

    Quelques jours auparavant, le dimanche, 18 novembre, S. G. Mgr Rey avait inauguré et béni le nouveau poste, quil avait lui-même aménagé ces derniers temps dans un quartier populeux, situé au nord-est de la capitale, à Komagomé. Linstallation comprend une grande église, un vaste presbytère, un beau parloir des chrétiens, une porterie et des dépendances. Léglise, formée dune série danciens appartements japonais richement décorés, plaît particulièrement aux gens du pays. S. G. Mgr Rey sest installé provisoirement dans ce poste, en quittant larchevêché.

    Pour donner une idée du travail dévangélisation par la presse, qui sest fait tant dans notre mission que dans les autres missions du Japon en 1927, quil nous soit permis de donner ici la liste des tracts et brochures qui ont été publiés dans le cours de lannée. (Nous donnons les titres en français seulement).

    Nouveaux tracts du P. Iwashita :
    3. Vues des Savants modernes sur la religion.
    4. LEglise et la Bible.
    5. Lavenir du Japon et lEglise Catholique. Problème de lémigration.

    P. Flaujac. Aux Jeunes (Conférence par Radio).
    P. Steichen. LEglise Catholique, tract.
    P. Lemoine. Apologétique et Théologie fondamentale.
    P. Heuvers, S. J.. Le chemin qui mène à Dieu.
    P. Totsuka. Histoire des idées catholiques (daprès Christus).
    P. Urakawa. La Foi de nos pères (traduction du Cardinal Gibbons).
    Dr. Tanaka. La religion, le droit et la vie sociale.
    Fujii Takeo. La Bible et lEglise (traduction de Boodier).
    P. Urakawa. LEglise Catholique ressuscitée au Japon.
    P. Nagata. Catéchisme en Images, avec Explications.
    Hatsumi Rakuzo. Le Vrai Dieu.
    P. Csezka, V. D. Recueil de Prières.
    Dames du Sacré-Cur. Vierges Martyres.
    Dames de St-Maur. Prières pour les enfants.

    Ouvrages réédités au cours de lannée :
    P. Villion. Testament du Sang (Les martyrs du Japon).
    P. Delahaye. Exposition de la doctrine catholique.
    P. Mathon. Notre-Dame de Lourdes (traduction de labbé Bertin).
    P. Lemoine. Le guide vers lau-delà, Tract.
    Ogiwara. Explication du dogme (traduction de Linden).

    3 Janvier.

    Nagasaki

    Après quatorze ans de bons services, M. labbé Bulteau, du diocèse de Lille, va quitter bientôt lhôpital de Biwasaki. Avant de partir, il a voulu laisser un souvenir à ses chers lépreux ; il leur a offert une belle statue de N. D. de la Treille, la Vierge si vénérée, depuis le XIIIème siècle, au pays lillois. Disons, pour ceux qui lignorent, que le mot Treille vient du treillis, qui entoure la statue assise et auquel sont fixés les ex-voto.

    Dernièrement, donc, N. D. de la Treille prit très solennellement possession de son trône dans la chapelle des lépreux. Ce fut jour de grande liesse pour ces pauvres malheureux, qui sont animés dune si vive et si profonde dévotion envers la Mère de Dieu. La joie rayonnait sur leurs visages, le nom de leur bon et si généreux bienfaiteur était sur toutes les lèvres. M. Bulteau emportera le témoignage que son bon souvenir se perpétuera dans cet établissement.

    Son Excellence Mgr Giardini a fait une grande tournée pastorale dans le Japon Méridional, depuis la mi-octobre jusquà la mi-novembre. A Oshima-Naze Son Excellence sest trouvée sur le passage de Sa Majesté le Mikado, qui lui a donné une audience. Du 13 au 20 novembre, Son Excellence a pu se reposer de ses fatigues en faisant une retraite chez les RR. PP. Trappistes de Shindenbaru, département de Fukuoka.


    Suifu

    A quoi passe son temps un Général chinois qui nest pas en guerre avec ses voisins ? Eh bien ! il joue et il festoie ; puis il festoie et il joue. Dordinaire quand ses adversaires au jeu ne sont que des civils, il gagne toujours, ou du moins sil perd, il ne paie jamais. Mais il nen va pas de même, lorsquil a affaire à dautres militaires aussi puissants que lui. Ainsi, un Général de Suifu, pendant son séjour à Chengtu, vient den faire lexpérience à ses dépens : en quelques jours, il a perdu une petite somme de... 330,000 piastres. Et pour faire honneur à cette dette dhonneur, il emprunte, à droite et à gauche, à ses amis les bourgeois, quil ne remboursera jamais, ou quil ne remboursera quen écorchant dautres bourgeois de sa subdivision.

    Le 8 décembre, à loccasion dune grande promenade, les écoles catholiques de Suifu, primaire et primaire supérieure de garçons, avec leurs insignes et fanfare en tête, ont, pour la première fois, défilé dans les principales rues de la ville. Aucun incident. Pas un mot déplacé ne fut lancé contre eux de la foule des spectateurs, qui se pressaient sur le seuil de leurs portes pour les voir passer. Bien au contraire, leur belle allure et leur bonne tenue nont pas laissé de produire une impression favorable, dont on inaugure beaucoup pour la rentrée du mois de février prochain.

    Alors que rien ne le faisait prévoir, les fêtes de Noël, à Suifu, furent troublées par des étudiants qui discoururent, palabrèrent, trois jours durant, contre la Religion chrétienne, cherchant à créer un incident quelconque, dont ils auraient pris prétexte pour envahir et saccager les établissements catholiques ou protestants. Furent particulièrement visés les établissements catholiques du faubourg de louest, où sont groupés les écoles primaires supérieures, lhôpital et autres uvres florissantes. Les chrétiens, dont la patience fut mise à bout, furent, pour la plupart, admirables de sang-froid. A déplorer seulement une petite bagarre, au cours de lequelle fut un peu rudement malmené un groupe de jeunes voyous qui lacéraient les lanternes en papier suspendues sous le porche de léglise des Martyrs. Les autorités militaires, prévenues à maintes reprises, et officiellement et officieusement, ne se décidèrent à agir contre les manifestants que le 25, vers les 15 heures.... Par mesure de prudence, S. G. Mgr Renault avait défendu aux missionnaires chargés des paroisses de la ville et des faubourgs de célébrer la messe de minuit et de laisser décorer les façades extérieures des édifices religieux

    1er Janvier.

    Kientchang

    Le 22 octobre, après un excellent voyage, Mgr Baudry accompagné de nos confrères du Nord et du P. Burnichon, arrivait à la capitale, où Mgr Rouchouse, son clergé et les chrétiens leur réservaient un accueil dune exquise délicatesse. Afin de donner au sacre plus dampleur et déclat, la retraite des missionnaires de Tchengtou eut lieu dans les jours qui précédèrent lauguste cérémonie. Le 24 et le 27, venaient à leur tour NN. SS. Renault (de Suifu) et Jantzen (de Chungking).

    Le dimanche, 30 octobre, dans sa cathédrale magnifiquement ornée, Mgr Rouchouse monte à lautel. Les Evêques assistants ont eux-mêmes chacun deux diacres dhonneur. Les rites se déroulent alors dans toute leur splendeur et leur majesté. Les chants liturgiques sont exécutés à la perfection par le grand séminaire, que dirige lhabile baguette du P. Laroche. Dans léglise se presse la foule, une quarantaine de prêtres, tant européens quindigènes, forment au chur une belle couronne. Le Kientchang y est représenté par près de la moitié de ses missionnaires. Ils sont émus, et à bon droit, à la pensée que le confrère dhier devient aujourdhui leur Evêque, avec lautorité du Chef, que confère le talent, et celle du Père, que lui a depuis longtemps acquise sa grande bonté.

    La cérémonie terminée, Mgr Rouchouse réunit ses hôtes au réfectoire, pour les agapes familiales, car à Tchengtou tout se passe en famille. Au dessert, plusieurs toasts sont portés. Dabord, le consécrateur félicite, en mots sortis du cur, son nouveau Fils dans lEpiscopat et lui adresse ses vux les plus chaleureux. Après lui, Mgr Renault et Mgr Jantzen prennent successivement la parole. Non moins délicatement, en leur nom et au nom de leur Mission respective, ils présentent au nouveau consacré et à son cher Kientchang les souhaits les plus ardents de prospérité spirituelle. Mgr dIsauropolis se lève ensuite. Il remercie avec émotion dabord son consécrateur, puis ses assistants, qui nont pas reculé devant les fatigues, peut-être même les dangers dun long voyage ; enfin, les confrères et prêtres indigènes, accourus si nombreux de tous les coins du Setchouan, témoignant ainsi de leur sympathie pour cette petite Mission du Kientchang, si lointaine et comme perdue au fond de ses montagnes. Je men voudrais, ajoute Sa Grandeur, de paraître oublier ceux-là mêmes qui furent les premiers maîtres et quels maîtres ! de ma vie missionnaire : Sa Grandeur Mgr de Guébriant, le vrai fondateur du Kientchang, et Mgr Bourgain, trop tôt enlevé à notre affection, lapôtre intrépide, espérant contre toute espérance. Voilà les glorieux modèles que je veux sans cesse garder sous mes yeux, uniquement soucieux de les reproduire pro modico modulo meo .

    Monseigneur et les confrères de la Mission passèrent encore huit jours à la capitale, huit jours de reposantes et joyeuses réunions, et ils garderont de cet accueil vraiment fraternel une reconnaissance profonde et durable.

    Le 7 novembre, la petite caravane reprenait le chemin de Ningyuenfu. Malgré de très nombreuses allées et venues de militaires, la route était absolument tranquille. A Ia-tcheou, sept de nos séminaristes, revenant de Suifu, se joignaient à eux. Là fut laissé le P. Burnichon, chargé dy attendre deux Religieuses franciscaines de I-tchang, destinées à Ningyuenfu. Par suite dun retard imprévu, elles ne purent profiter du retour de Mgr, et, pour franchir les douze étapes qui restent à faire, à travers cette zone si souvent troublée, le P. Burnichon sera leur guide.

    Nos confrères du Nord auraient été heureux daccompagner Sa Grandeur jusquà Ningyuen. Mais ils doivent sarrêter à Foulin, pour faire la visite de leurs districts avant la retraite annuelle. Dès lentrée au Kientchang et sur toute la route, à Iuê-hi, Mien-chan, Lou-kou, Li-tcheou, etc., de très nombreux chrétiens descendirent des montagnes et vinrent même de fort loin pour saluer leur nouvel Evêque, lui prouver leur attachement et leur vénération.

    Sa Grandeur arriva à Ningyuenfu le 25 novembre. Toutes les chrétientés de la ville et des environs, avec les écoles, se mirent en route dès la pointe du jour, pour aller à la rencontre de leur Evêque et recevoir de lui sa première bénédiction, au milieu de pétarades bien nourries.

    Le général Yang lui-même avait gracieusement prêté sa musique militaire et une section de sa garde, pour rendre les honneurs à Sa Grandeur. Lentrée en ville fut triomphale : chrétiens et païens, militaires et commerçants, rivalisaient de zèle pour prouver au nouvel Evêque leur attachement filial et leur vénération respectueuse. Dans la soirée, le général en personne venait présenter ses félicitations et ses vux à Monseigneur.

    Comme le Kientchang la annoncé, lordination de trois prêtres et dun sous-diacre aura lieu le 3 décembre. Leur retraite sera prêchée par le P. Arnaud, leur ancien supérieur. Tous nos prêtres chinois tiendront aussi à venir assister à lordination de leurs jeunes frères.

    25 Novembre.

    Yunnanfu

    Le 16 décembre, ont eu lieu les funérailles grandioses du maréchal Tang Kiyao ; on y a consacré plus de cent mille piastres. Lex-gouverneur a été inhumé dans lintérieur de la ville de Yunnanfu, au point le plus élevé, près de la porte du Nord.

    Le mois dernier, la veuve de Pou Siaohong (un brigand qui a été exécuté en 1924) a terrorisé la région de Lao-Iia-Kouan, Lou-Fong-hien etc., pillant et brûlant les villages avec sa bande de 500 brigands, dont une centaine damazones. Elle menaçait Gan lin, quand de Yunnanfu arriva de la troupe qui força cette veuve Pou Siaohong à aller opérer plus loin. Le P. Mongellaz fut, durant ces jours troublés, lange protecteur du pays et rendit confiance aux pauvres paysans affolés.

    Et la guerre ? Elle est nettement favorable aux troupes de Yunnanfu. Les soldats du Koui-Tchéou méritent, dit-on, le premier prix de course. Ils filent admirablement quand ils entendent les avions et voient tomber les bombes. Ils noccupent plus que Lo-Pin et Ku-Tsin, mais non pour longtemps. Les généraux Fou Joyu, Tchang Jouy et le généralissime des troupes du Koui-Tchéou sont encerclés dans Ku-Tsin depuis le 13 décembre. Chaque jour les avions survolent la ville et y lancent des bombes qui terrorisent les assiégés. La reddition ne saurait tarder.

    Deux compagnies de soldats du Koui-Tchéou, revenant de LouLan pour prêter secours à leurs compagnons battus à Kouang-Si, ont pillé la résidence du P. Deschamps à Vetsé. Les indigènes ne furent pas épargnés non plus ; mais ceux-ci se ressaisirent et massacrèrent ces deux compagnies.

    2 janvier.

    Hanoi

    Hanoi, nen déplaise à Saigon, sa sur un peu jalouse, dit-on, est une ville déjà importante et qui se développe rapidement. Si les statistiques officielles lui reconnaissent à peine 100.000 habitants, lestimation générale lui en donne 150.000 et, sans nul doute, ce deuxième chiffre est plus proche de la réalité que le premier.

    La ville renferme aussi une forte agglomération catholique. On compte que, chaque dimanche, 6000 à 7000 mille fidèles, Français et Annamites, assistent aux offices. Une partie de cette foule est dérivée vers les chapelles de secours, Saint Antoine, asile des vieillards, Carmel, pensionnats, hôpital. Mais le gros du courant se dirige vers la cathédrale, qui est léglise paroissiale. Bâtie de 1884 à 1886 par Mgr Puginier, sur un plan pourtant assez vaste, elle est devenue notoirement insuffisante.

    Cette situation préoccupe depuis longtemps le Père Dronet, notre zélé et excellent Curé. Or chez lui ce qui est in intellectu manque rarement de passer in actu. Sans souci de son âge ni des difficultés de lentreprise, il a répété le cri du vieux Néhémias : Surgamus et dificemus, et décidé, voilà quatre ans, de bâtir, dans la capitale du glorieux Tonkin, une nouvelle église.

    Le vocable simposait : église des Bienheureux Martyrs. Lemplacement fut heureusement choisi : le quartier nord de la cité, tout près de la porte par laquelle le Bx Théophane Vénard quitta la citadelle, en 1861, pour marcher au supplice. Le plan de lédifice original, élégant, pratique, fut dressé par M. Hébrard, le distingué architecte urbain.

    Il ne restait quà trouver les fonds. Le devis fut établi, dit-on, à 80.000 piastres, dont le bon curé, navait pas la première sapèque. Surgamus ! Il alla de porte en porte. Lan dernier, il avait recueilli environ 20.000. Vite, dificemus ! on construit les fondations. Puis, arrêt forcé à un mètre du sol, il fallait un nouvel appel de fonds.

    Bien inspiré, le Père vient den confier le soin à un comité de patronage constitué denthousiasme par lélite des dames catholiques, françaises et annamites, de Hanoi. Laffaire na pas traîné : en un tour de main ces dames ont établi leur plan et sont entrées en campagne. Pendant un mois, travail intensif : vente, au profit de la nouvelle église, dune brochure résumant la vie du Bx Théophane Vénard, recueil de dons en espèces et en nature, confection dinsignes, de fleurs, de bibelots, réclame de presse etc., le tout pour préparer, sous forme de kermesse, la première des journées inscrites au programme du comité.

    Elle a eu lieu le dimanche, 4 décembre. Le matin, sermon de circonstance et quête au profit de la nouvelle église à la cathédrale et dans toutes les chapelles. A 10 heures, bénédiction solennelle de la première pierre par Mgr Gendreau. Le reste de la journée jusquà 9 h. du soir, ventes de charité et attractions variées et payantes, sur les fondations et le pourtour du futur édifice. Etalages improvisés derrière lesquels ces dames du comité et leurs amies faisaient larticle, essaims de jeunes filles offrant insignes et bouquets, grande roue, toboggan, bridge, guignol, buvette des mieux garnies, le soir cinéma, rien ne manquait. Tout Hanoi prit part à la fête. La recette dépassa 8.000 piastres. Ce fut un vrai succès et de plus un exemple réconfortant de collaboration franco-annamite joyeuse, franche, sans arrière-pensée.

    Le comité prépare, pour le commencement de janvier, une deuxième journée, dont le clou consistera en une représentation théâtrale donnée par la jeunesse catholique dans le local de la Philharmonique. On parle aussi dune loterie... Le zèle ingénieux de ces dames ira jusquau bout. La générosité des Hanoïens nest pas épuisée. Nos Bienheureux Martyrs auront leur sanctuaire.

    13 décembre.

    Peu de choses à signaler ce mois-ci. Cest lépoque des retraites : laction extérieure se ralentit et fait place à la préparation silencieuse des prochaines campagnes. Prédicateurs et retraitants y travaillent de leur mieux sous le regard et pour la plus grande gloire de Dieu. Le Père Cổn, curé de Phat-Diem, a prêché avec piété et édification la retraite de nos prêtres indigènes, la semaine avant Noël, à Keso. Nos bonnes Religieuses de St-Paul de Chartres ont écouté, certainement avec fruit, les instructions dun maître de la doctrine, le R. P. Hedde, Dominicain de la Mission de Langson, et les chers Frères des Ecoles Chrétiennes, celles de notre confrère, le P. Raynaud. Au R. P. Proulx, de la Mission de Haiphong, est réservée la retraite des missionnaires, qui va souvrir à Keso le 11 janvier. Daigne le divin Maître accorder à tous des grâces abondantes de sanctification personnelle, essence et base de lapostolat !

    La ville de Hanoi est le théâtre, depuis quelques années, dun incontestable progrès catholique parmi la population française. Nous en avons eu une preuve nouvelle dans laffluence plus grande que-jamais de nos compatriotes à la messe de minuit, non seulement à la cathédrale, où beaucoup sans doute viennent en curieux attirés par léclat des cérémonies, mais encore dans les autres églises et chapelles, qui se sont trouvées ce jour-là trop étroites pour contenir la foule des fidèles.

    Fait très remarqué aussi, très agréable aux curs français et catholiques, le passage à Hanoi du R. P. Flachère, de notre Société, aumônier de la division navale dExtrême-Orient. Coiffé du calot à 4 galons, il portait en sautoir le cordon bleu et la croix daumônier de marine ; sa présence aux côtés de lamiral ou au milieu des officiers du Jules Michelet, dont visiblement il sest acquis la sympathie, a produit sur tous, européens comme indigènes, une impression excellente. Puissent renaître ainsi beaucoup dinstitutions de notre passé chrétien ! Le prestige et linfluence de notre patrie ne peuvent quy gagner beaucoup.

    Nous avons reçu de bonnes nouvelles de nos confrères que la maladie retient actuellement loin de la Mission. Notre bon et docte Provicaire, le P. Schlicklin, achève de se reposer en travaillant à Marseille. Le P. Coste voyage. Le P. Hébrard retrouve peu à peu un embonpoint depuis longtemps perdu. Que lange du Tonkin nous les ramène tous, et bientôt, et parfaitement guéris !

    Ici, malgré le zèle et la bonne volonté de tous, quelques épaules fléchissent sous le fardeau. Notre doyen, le P. Cadro 83 ans dâge, 59 de mission, a dû déposer sa plume presque aussi vieille que lui, et revenir à la communauté de Keso, où il tient compagnie au P. Brisson, vétéran toujours passionné du Lac-Tho. Un, qui regrette moins sans doute ce lointain et insalubre district, est le P. Brun. Il vient den sortir fort affaibli par une seule année de séjour. Hongkong rétablira promptement, nous lespérons, sa santé ébranlée, et le Lac-Tho sera plus clément au P. Vacher, qui bravement est allé relever là-bas son ami et compatriote.

    9 Janvier.

    Vinh

    A lordination des Quatre-Temps de Noël nous avons eu 1 tonsuré, 10 minorés, 9 sous-diacres, 1 diacre et 2 prêtres, ce qui porte le nombre de nos prêtres à 166 (le Bulletin de novembre dernier avait imprimé par erreur 190).

    Avec un clergé si nombreux il semble que luvre de lévangélisation devrait avancer plus rapidement. Or, nous sommes bien obligés de reconnaître, à la face du ciel et de la terre, que dans notre Mission les progrès sont fort peu sensibles de ce côté. Dans une statistique des Missions dIndo-Chine, publiée tout récemment par la Revue Sacerdos Indosinensis (Nº de Décembre 1927), nous tenons le dernier rang dans les moyennes générales données sous la rubrique Quot baptismata adultorum pro unoquoque sacerdote. Il se peut que les statistiques ne prouvent pas toujours ce quon voudrait leur faire dire, mais enfin elles sont suggestives et celle que je viens de citer a de quoi faire réfléchir chacun de nous, prêtres français ou annamites. Ce nest pas cependant que nos méditations naient jamais pris cette direction, car, ces dernières années, Mgr Eloy, préoccupé du trop petit nombre de baptêmes dadultes, avait ouvert une enquête auprès de son clergé, demandant à chacun des ouvriers apostoliques dindiquer quel moyen pratique pourrait être utilisé pour promouvoir lévangélisation et la conversion des infidèles. Il faut croire que les résultats de lenquête nont pas été merveilleux, puisque, dans les statistiques, nous sommes au tout dernier rang des quatorze Missions dIndo-Chine pour la moyenne des baptêmes dadultes obtenus par chaque prêtre. Il nous reste à nous humilier et à supplier Dieu de nous donner ce qui nous manque pour réussir dans une uvre qui, avec la formation du clergé, devrait, semble-t-il, primer toutes les autres en pays de Mission.

    26 décembre.

    Phatdiem

    Le chroniqueur est en retard pour vous signaler deux belles fêtes dans le district du P. Soubeyre, district par excellence de nouveaux chrétiens, puisque depuis 1907, vingt-quatre nouvelles chrétientés y ont déjà été fondées, avec une population actuelle de plus de 2000 néophytes et environ 400 catéchumènes.

    Le cher P. Soubeyre, qui sy dépense depuis dix-huit ans, caressait depuis quelques années le projet de fonder une paroisse au centre dun groupe comprenant une douzaine de ces nouvelles chrétientés assez rapprochées les unes des autres ; mais où trouver largent nécessaire pour construire une église, un presbytère et acheter quelques terrains pour lentretien du prêtre et des nombreux catéchistes de la région ? Un retour providentiel en France pour cause de maladie en 1923 fut son salut ; quelques âmes généreuses lui fournirent ce quil désirait tant. Revenu dans son district fin 1924, il se mit aussitôt à luvre quil vient de couronner tout dernièrement par une belle église à trois nefs (style roman), mesurant 30 mètres de long sur près de 12 de largeur, et un presbytère style annamite, modeste sans doute, mais très convenable pour le pays.

    Donc, le 5 octobre dernier, notre vénérable Evêque, accompagnés de quelques confrères et prêtres indigènes, était reçu en grande pompe dans ce nouveau chef-lieu de paroisse. Le soir même de son arrivée, Sa Grandeur bénissait solennellement léglise et ouvrait la visite pastorale, qui dura cinq jours, pendant lesquels il y eut près de 300 confirmations et plus de 2000 communions. Cest alors que Sa Grandeur, enchantée de sa visite, décida lérection de la nouvelle paroisse et promit un titulaire à lissue de la retraite de nos prêtres indigènes.

    Quelque temps auparavant, Monseigneur le Coadjuteur, toujours prêt à se dépenser, surtout quand il sagit de nouveaux chrétiens avait présidé, dans léglise encore inachevée, la cérémonie du baptême dun groupe de 170 adultes et la bénédiction dune jolie petite cloche, nouvellement arrivée de France, laquelle maintenant, du haut de son clocher, chante les louanges du Bon Dieu au centre dune région hier encore toute païenne.

    En résumé, deux belles et bien réconfortantes fêtes en pays de Mission.

    18 Décembre.

    Hué

    Le Père Hutinet, de la Mission de Qui-Nhon, est venu faire une retraite de quinze jours à Phước-Sơn. Cest un habitué du monastère. En 1922, il y avait déjà fait les exercices spirituels. Fort content de son séjour au milieu de nos bons moines, il ne la pas moins été daller retrouver ses charmants sauvages de Kon-höring.

    Du 10 au 18 décembre, le Père Poncet, Provicaire de la Mission de Phát-Diệm, a prêché la retraite aux Carmélites de Hué. Dans le courant de 1928, il espère bien revenir ici chercher une colonie de ces ferventes Religieuses et linstaller à Thành-Hoá. Le Carmel de Hué pourra fournir du personnel à la Mission de Phát-Diệm dautant plus facilement que la fondation projetée par Mgr de Gorostarzu pour sa Mission est ajournée à des temps plus heureux.

    Après la retraite donnée aux grands séminaristes par le P. Chapuis, Mgr Allys a ordonné, le 17 décembre, dans la cathédrale de Phủ-Cam, deux diacres et huit minorés (portiers et lecteurs). Un sous-diacre, de lordination de décembre 1926, est mort le 2 janvier au grand séminaire après plusieurs mois dune cruelle maladie vaillamment supportée.

    Le petit groupe des Rédemptoristes Canadiens-Français vient de saccroître de trois nouvelles unités : les RR. PP. Couture, Gagné et Plourde, arrivés à Hué le 15 décembre. Les deux premiers sont des fils de notre excellent duc Rollon, le troisième est dorigine poitevine.

    Notre Père Gabriel Piéters est menacé de perdre la vue. Espérons que les bons soins du Directeur de lInstitut ophtalmologique Albert Sarraut et surtout les prières de ses confrères et amis des Missions lui épargneront un pareil malheur.

    Le Délégué Apostolique, S. E. Mgr Aiuti, vient dannoncer son prochain retour en Indochine. Il a décidé de fixer définitivement sa résidence dans la capitale de lAnnam.

    3 Janvier 1928.

    Phnompenh

    La retraite annuelle des missionnaires a été prêchée, à Culaogien, par le R. P. Cousineau, Supérieur des Rédemptoristes de Huế. Dans plusieurs missions, les confrères ont déjà eu le bonheur de lentendre et ont pu admirer la solidité de sa doctrine, sa clarté, sa simplicité et son profond esprit ascétique.

    Mais lévénement, attendu par tous, était la réunion projetée pour fêter les vingt-cinq années dépiscopat de notre Evêque vénéré, Mgr Bouchut. Sa Grandeur avait désiré que cette fête fût toute intime et que seuls les prêtres de la Mission y prissent part ; exception cependant faite pour Mgr Dumortier, évêque de Saigon, qui avait tenu à honorer de sa présence cette fête de famille. La date était fixée au 30 novembre, après la clôture de la retraite.

    La veille, des quatre coins de notre vaste Mission, de Battambang à Camau, les chaloupes et les automobiles déversaient leurs contingents et 91 prêtres, français et annamites, se trouvaient réunis pour fêter, dun seul cur et dune seule âme, celui qui, depuis vingt-cinq ans, donne à tous lexemple des plus belles vertus épiscopales.

    Le 30, tous montèrent au St Autel et là prièrent de tout leur cur pour leur pasteur vénéré, remerciant Dieu des grâces répandues sur la Mission pendant ces 25 années et demandant dêtre toujours fidèles à partager et à seconder les travaux de leur Evêque.

    La chapelle du Séminaire avait revêtu sa décoration des plus grands jours de fête ; les bâtiments et leurs abords étaient pavoisés. Le P. Herrgott, Provicaire et Supérieur du Séminaire, sur qui retombait tout le soin de lorganisation, sétait surpassé.

    Ce fut comme entouré dune auréole que Sa Grandeur monta au St Autel pour célébrer la Messe Pontificale ; les splendeurs de la liturgie se déployèrent au milieu des chants du grégorien le plus pur et dune exécution parfaite. Mgr Dumortier assistait au trône. La cérémonie se termina par la Bénédiction papale.

    Dans la grande salle, servant de réfectoire, ornée avec autant de goût que délégance, tous se réunirent pour des agapes fraternelles. A lheure des toasts, Mgr de Saigon se leva et, dans un puissant raccourci, exprima en termes délicats toute sa vénération, toute son estime pour le vénéré Jubilaire. Sa Grandeur rappela le souvenir, toujours si vivant au milieu de nous tous, de Mgr Mossard et de Mgr Quinton, amis fidèles de notre évêque, toujours empressés à profiter de son vaste savoir et de ses conseils éclairés, pour le plus grand bien des deux Missions. Rien ne pouvait être plus agréable au cur des Missionnaires du Cambodge que cet éloge fait par un évêque aussi bien documenté que Mgr Dumortier, et nos applaudissements répétés lui prouvèrent combien tous lui en étaient reconnaissants.

    Mais voici le P. Herrgott qui se lève. Depuis vingt-cinq ans, il a été le confident discret et zélé de son évêque. Avec lui il a partagé le fardeau des soucis et des responsabilités ; mieux que personne il peut juger et tous savent que, lorsquil affirme, il prouve. Il nous dit dabord lunanimité qui se fit pour lélection de Mgr Bouchut, il nous rappela les éloges du P. Delpech, de vénérée mémoire, il nous montra lessor pris par la Mission du Cambodge pendant ces 25 dernières années, il nous narra les efforts déployés par Mgr Bouchut pour le recrutement du clergé indigène, lévangélisation des païens, la fondation des écoles des Frères des Ecoles chrétiennes, laccroissement des uvres des Surs de la Providence, la multiplication des écoles paroissiales, lérection canonique des paroisses, le développement de toutes les uvres, la fondation du Carmel, construction déglises, etc., etc A chaque moment lorateur était interrompu par des applaudissements, et, en terminant, quand, dun geste large, il montra cette couronne de 29 missionnaires français et de 62 prêtres annamites réunis autour de leur évêque, ce fut un déchaînement de bravos.

    Mgr Bouchut, très ému, remercia lorateur et essaya bien de nous dire que tous les travaux, dont nous venions dentendre lénumération, nétaient point son uvre, mais celle de ses collaborateurs ; nos protestations unanimes lui redirent quil avait été le chef, lanimateur, le directeur qui sait prévoir, encourager et redresser. Sa Grandeur nous remercia tous de notre collaboration, nous demandant de la lui continuer et appela sur la Mission et tous ses ouvriers la bénédiction du ciel.

    On aurait pu croire que tout était fini. Il nous était, cependant, réservé une surprise. Le P. Bernard déploie un grand papier ; il lit : cest une lettre de Mr le Résident Supérieur du Cambodge, qui sunit aux Missionnaires pour fêter leur Evêque et nous apprendre que, sur sa demande, Sa Majesté le Roi Monivong décerne à Mgr Bouchut le Diplôme et la Croix dofficier de lordre royal du Cambodge. Le P. Bernard lit en cambodgien le texte royal et épingle la Médaille sur la poitrine de notre évêque. Puis le bon Père ne put résister au plaisir de nous régaler dun morceau déloquence à sa façon ; ouvrez bien les oreilles. Je ne sais plus si le début fut en latin ou en français ; en tout cas, il y en eut, comme aussi du cambodgien, de lannamite, de langlais, du chinois aussi, et fouchtra ! même de lauvergnat. Ce fut le bouquet, le feu dartifice final. La fête ne pouvait pas mieux finir. Ad multos annos !

    15 décembre.

    Bangkok.

    Trois nouveaux Frères de St Gabriel sont arrivés à Bangkok le lundi, 12 décembre, et 4 nouveaux Pères et 2 Frères Salésiens, le 15 suivant. Lannée 1927 a été exceptionnellement abondante en recrues religieuses pour le Siam, ce qui signifie que luvre divine progressera certainement à lavenir. Nous nous en réjouissons et nous espérons que 1928 verra encore de nombreuses équipes apostoliques.

    Des bruits tendancieux ont été colportés en Chine concernant limmigration chinoise au Siam. Le Gouvernement siamois aurait exigé des sommes considérables pour permettre lentrée du pays aux habitants de la Céleste République. Rétablissons la vérité. Chaque Chinois débarquant au Siam, sil na pas de passeport, doit payer une somme de 7 ticaux ou 6 dollars environ. Ces 7 ticaux servent à la délivrance dune carte didentité personnelle coût 3 ticaux et aux premiers frais dhospitalisation chez un chef de clan chinois responsable, soit 4 ticaux. Comme beaucoup de Chinois-arrivent sans une sapèque en poche, le chef chinois, dûment patenté par le Gouvernement, avance largent à ses compatriotes qui doivent ensuite travailler chez lui ou ailleurs pour le rembourser. Que les chefs ou patrons chinois aient, au début, pressuré leurs congénères, il ny a là rien détonnant, mais il est injuste daccuser doppression le Gouvernement siamois. La somme réclamée par celui-ci est modique 3 ticaux, 2 dollars et demi et il est en. droit de prendre des mesures plus sévères devant le flot ininterrompu et parfois de limpidité douteuse, qui vient inonder en ce moment tout le Siam.

    Un vol sacrilège a été commis durant la nuit du 20 décembre à la cathédrale de lAssomption. Bien quun indien veilleur de nuit soit constamment présent devant le porche, plusieurs individus sont parvenus à fracturer la porte latérale dune sacristie. Arrivés à lautel, ils ont fait sauter la porte du tabernacle et se sont emparés de deux grands ciboires pleins dhosties, quils ont jetées sur le pavé. Revenant ensuite à la sacristie, ils se sont emparés des calices appartenant à S. G. Mgr Perros et au R. P. Chorin, laissant les écrins vides sur un meuble. Ce vol aurait été accompli par une bande de trois individus venus discrètement en automobile.

    2 janvier.

    Birmanie Méridionale

    Nos confrères malades sont tous rétablis, excepté le P. Granger, qui ira demander au pays natal la guérison complète.

    Nous avons eu, il y a quinze jours, le plus fort tremblement de terre ressenti depuis au moins 25 ans. Tout Rangoon fut réveillé à 2h. et demie du matin par la sensation angoissante que tout croulait. Il nen fut rien heureusement et, à part de nombreux dommages causés aux bâtiments, ceux en briques surtout, tout le monde en a été quitte pour la peur. La secousse fut restreinte à Rangoon et à ses environs.

    27 décembre.

    Laos

    A la clôture de notre retraite, nous avons fêté solennellement les noces dagent sacerdotales de Mgr Gouin, notre vénéré Vicaire Apostolique, et de notre confrère, le P. Marchi. Mgr célébra pontificalement, assisté par le P. Marchi et entouré dune belle couronne de 27 missionnaires. Après la Ste Messe, eut lieu le baptême des trois cloches de la cathédrale. Elles chantaient la joie de notre Pontife, mais elle chantaient aussi le bonheur du P. Paulin davoir pu mener son projet à bonne fin.

    Les autorités françaises et siamoises vinrent ensuite à lévêché saluer Mgr, heureuses de profiter de cette occasion pour témoigner combien elles tenaient sa Grandeur en haute estime. Notre Père Provicaire se fit alors linterprète de tous les missionnaires. A son ancien vicaire, devenu son vicaire apostolique, il exprima, dans un langage vraiment académique, combien grande était notre joie en ce jour et combien ardents nos vux de prospérité pour lavenir. Le P. Marchi ne fut pas oublié. Il reçut le tribut de nos louanges et de nos félicitations.

    Les chrétiens aussi participèrent à la fête. Ils ornèrent la cathédrale avec des oriflammes, des lamelles de bambous et des fleurs en cire de toutes couleurs. Puis ils vinrent déposer aux pieds de Mgr de nombreux petits cadeaux, tandis que dehors crépitaient les pétards.

    Enfin, la fête terminée, Mgr donna les destinations : Le P. Marchi, encore souffrant, est envoyé à Thungmon pour se reposer. Le P. Thibaud est nommé à Vientiane, vicaire du P. Delalex ; le P. Thomine, à Chanphen, et enfin le P. Cavailler, à Bàn-Buà, où il sinitiera à la vie apostolique sous la direction du P. Burguière.

    En décembre, le P. Boher a présenté 5 élèves aux examens ; tous reçus. Voilà un Père bien récompensé de son zèle.

    Puis un deuil a suivi de bien près toutes ces joies : notre bon vieux Père Dabin est mort le 12 Décembre, à 6h. du matin. Arrivé au Siam en 1878, il y séjourna cinq ans ; en 1883, il montait au Laos, et cest là, dans le poste de Oubone, quil passa toute sa vie de missionnaire. Cest lui qui, le premier, dirigea un couvent de Religieuses laotiennes, qui bâtit la première église digne de ce nom, qui, le premier, appela les Surs de St Paul pour diriger un couvent et un orphelinat, qui, le premier, soccupa dimprimerie... Il avait 79 ans, dont 54 de sacerdoce et 50 de Mission. Régulier comme un séminariste, il a tenu sur la brèche sans jamais revoir le pays natal. Fidèle à sa vocation jusquau bout, alors quil ne pouvait plus travailler, cétait un bonheur pour lui de mettre toutes ses humbles ressources à la disposition du Père Châtenet, son fidèle collaborateur. Des exemples et des vertus du bon Père Dabin nous conserverons toujours le souvenir.

    A la dernière heure, japprends larrivée inopinée du P. Ferrières à Nong Sing. Il a visité lAnnam et le Tonkin et il vient clore son long voyage par une pointe jusquau Laos. Ce bon Père passa cependant chez nous comme un météore. Arrivé le samedi, il repartait le dimanche après-midi. Il prit la route du Mékong pour rentrer à Saigon et de là en France, où il représentera dignement, au Conseil Central, les Missions de Cochinchine.

    le 23 décembre.

    Mysore

    La chapelle de notre Collège St. Joseph vient, pour la première fois, de servir à une ordination : un ancien élève, L. Schembry, vient en effet dy recevoir le sous-diaconat des mains de Mgr Despatures. Par une heureuse inspiration, des feuilles imprimées avaient été préparées pour permettre aux assistants de suivre aisément les prières et les détails de la cérémonie. Les élèves purent de la sorte mieux comprendre quel est lidéal et quelles sont les obligations du sous-diacre. Il nest sans doute pas téméraire de croire que cette circonstance a précisé quelques vocations en germe, et peut-être en a-t-elle aussi éveillé de nouvelles. Nous pensons intéresser nos confrères en mentionnant à ce propos que, jusquà ce jour, 9 de nos anciens élèves sont devenus prêtres. Parmi eux, les PP. Browne et Pires sont revenus à St Joseph en qualité de professeurs.


    Coïmbatore

    Depuis plusieurs mois il ny a pas grandchose à signaler dans la Mission de Coïmbatore.

    Le 10 octobre, nous avions la joie, devenue trop rare, de recevoir un nouveau confrère, le P. C. Chervier. Au commencement de décembre, le P. J. Kohler est revenu dAlsace en bonne santé, et le P. L. Rivière, muni dun sang nouveau, est attendu à la fin de ce mois.

    Depuis bientôt un an, deux Frères Franciscains travaillent avec ardeur, sous la direction du P. H. Tignous, à lévangélisation des Badagas. Par leurs visites fréquentes dans les villages et leurs bons offices ils ont déjà gagné la bienveillance de cette intéressante tribu. Le bon grain quils sèment ne manquera pas de lever tôt ou tard. De plus, ils aident le P. Tignous dans la direction dun petit orphelinat qui vient dêtre fondé à Kaity ; les orphelins badagas sont maintenant une quinzaine ; leur nombre promet daugmenter plus rapidement que le logement et les fonds nécessaires pour les recevoir et les entretenir. Ces Frères sont des précurseurs zélés et des catéchistes éclairés, auxiliaires qui manquent tant dans nos Missions.

    A propos de conversions, il nest peut-être pas déplacé de dire un mot de la mentalité actuelle des propagateurs de lhindouisme.

    Il y a quelques mois on lisait dans un journal de Calcutta, The Modern Review, une réclame tout à fait moderne. Le Hindu Mission, déclarait cette réclame, a déjà justifié la raison dêtre de son organisation et répond à son but en refoulant la vague de conversions des Hindous aux autres religions et en ramenant au bercail du Sanatan Dharma ceux qui sen éloignent. Les Hindous comprennent de mieux en mieux la nécessité de fonder des uvres de propagande parmi les non-hindous et les classes arriérées. Pour cela nous avons besoin de beaucoup dargent ; cest pourquoi nous faisons appel aux Hindous de lInde et de létranger, afin quils nous aident à faire de notre pays, lHindoustan, la demeure paisible et permanente de lHindouisme..

    Cen est assez pour montrer comment le vieil Hindouisme se réveille de sa léthargie séculaire et sorganise non seulement pour défendre ses positions, mais aussi pour faire de nouvelles conquêtes. Le Hindu Mission, dailleurs, nest pas la seule organisation de ce genre ; dautres sociétés hindouisantes se sont formées dans les principales villes de lInde avec des ramifications nombreuses à lintérieur. Tout dernièrement, à Coimbatore même, des agents de ce paganisme militant ont essayé par tous les moyens possibles de détourner quelques catéchumènes de leurs bonnes intentions. Jusquici, Dieu merci, la grêce a triomphé ; elle triomphera du prosélytisme hindou et, tôt ou tard, éclairera les enfants bien-aimés de Mother India.

    20 décembre.

    Kumbakônam

    Après un long séjour en France, S. G. Mgr Chapuis, évêque de Kumbakônam, vient de rentrer au milieu de nous, le 2 décembre. Puisse-t-il demeurer bien longtemps au milieu de nous dans sa chère Mission de Kumbakônam !

    Sa Grandeur était accompagnée par notre confrère le P. A. Chevallier, qui, lui aussi, après une absence très longue, revenait prendre sa place au milieu de nous.

    Un nouveau prêtre indigène, le P. Soucei, originaire de Viragaloure, qui avait été ordonné au Séminaire papal de Kandy, il y a deux mois, nous est arrivé, le 4 décembre, à Kumbakônam. Un autre le suivra bientôt. Le P. Kulandaisamy, originaire de Mikelpatty, sera ordonné prêtre, à Pondichéry, le 17 décembre. Cest ainsi que, ces derniers temps, saugmente de deux ou trois unités le nombre de nos confrères indiens.

    Le P. Toublanc, dont nous annoncions naguère le départ pour lhôpital Ste Marthe, vient de subir une opération très longue et dangereuse autant que douloureuse. Grâce à Dieu, cette opération a parfaitement réussi. Les dernières nouvelles reçues sont excellentes, et tout fait espérer que notre confrère se trouvera sous peu hors de danger !

    Le 8 décembre.


    1928/109-128
    109-128
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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