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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô

    Le 3 Mars le Kagoshima-Maru ramenait au Japon le P. Totsuka, destiné à la Mission de Tôkyô. Totsuka Bungo avait été envoyé, il y a quelques années, par l’Université de Tôkyô pour parfaire ses études de médecine en France ; il y a trouvé la vocation sacerdotale. Après avoir fait ses études théologiques à Paris et à Londres, il a été ordonné prêtre le 28 juin 1924 au Séminaire Saint-Sulpice. Invité à faire partie de la Commission Médicale préparatoire à l’Exposition des Missions, il avait été retenu quelques mois en Europe.

    Le P. Houtin a été chargé récemment de l’administration des districts de Kamakura, Yokosuka et Odawara. Le P. Candau a été envoyé comme socius du P. Delahaye à Shizuoka. Ce poste, qui se recommande par le bon esprit et la vie de sa chrétienté, offre toutes les facilités désirables pour l’étude de la langue et pour l’initiation au ministère apostolique.

    Du même poste nous parvient la triste nouvelle que Madame Ste-Valérie, Assistante de la Supérieure de l’établissement très prospère des Dames de St.-Maur, a succombé le 4 mars au cancer intestinal dont elle souffrait depuis le mois d’octobre. Mme Ste-Valérie était âgée de 59 ans et avait passé 34 ans au Japon, dans les divers établissements de l’Institut.

    La Diète japonaise, par les scènes de pugilat dont elle a donné à maintes reprises le spectacle durant la présente session, entend, sans doute, montrer qu’elle sait imiter les mœurs parlementaires de certains pays d’Europe. Un député, qui précisément reprochait aux partis gouvernementaux, lors des débats sur le suffrage universel, l’imitation servile de l’Europe, a été fort malmené par ses collègues dans les couloirs de la Chambre et devra garder la sienne pendant plusieurs jours, pour se guérir de ses ecchymoses et contusions.

    Nagasaki

    Le 1er mars, Mgr Combaz a ordonné trois sous-diacres. Cela nous donne, pour l’année prochaine, l’espoir d’un renfort qui sera le bienvenu : l’âge et la maladie ne cessent, en effet, d’éprouver le bataillon apostolique.

    Nagasaki a fêté le 60e anniversaire de la découverte des anciens chrétiens (17 mars 1865).

    60 chrétiens d’Imamura sont encore partis pour le Brésil au commencement de cette année.

    Un nommé Shimoi Harukichi, rentré d’Italie, où il a passé dix ans, parcourt le pays en donnant des conférences sur l’Europe. Il était dernièrement dans nos parages. Dans ses discours il dénonce la franc-maçonnerie comme “une société dangereuse, immorale et antipatriotique.”

    Un autre patriote japonais, fort au courant des choses russes, vient de publier, sous le titre de “Le Péril juif,” un volume qui obtient un grand succès.

    Seoul

    Le P. Devise, souffrant de coliques hépatiques, a dû se rendre à Shanghai pour y recevoir les soins nécessaires à son état. Les docteurs ne pensent pas qu’une opération s’impose.

    Le P. Guinand, Supérieur du Séminaire de Ryongsan, nous a quittés le 16 février : il va demander à l’air natal de nouvelles forces pour le lourd travail qui lui incombe.

    Les 17, 20 et 23 février ont eu lieu les cérémonies de la reconnaissance des corps de nos Martyrs de 1839. Des reliques ont été prélevées pour Rome et Paris.

    Mgr Mutel est parti de Seoul le 16 mars pour s’embarquer le 21 à Kôbe. S. G. se rend à Rome, avec Mgr Demange, pour assister à la cérémonie de béatification de nos Martyrs de 1839-46, qui aura lieu probablement le dimanche 5 juillet. On sait que la cause comprend les noms de Mgr Imbert, des PP. Maubant et Chastan, et de 79 chrétiens coréens.

    Taikou

    Mgr Demange nous a quittés pour s’embarquer à Kôbe le 21 mars sur le Compiègne, avec Mgr Mutel.

    De nouvelles bagarres ont eu lieu à Taikou entre protestants partisans des Américains et protestants indépendants. Il y a eu une quarantaine de blessés, de nombreuses portes et fenêtres démolies : quelques arrestations ont été opérées.

    La population coréenne de Tôkyô s’élève à plus de 10.000, dont 1.200 étudiants. — Le chemin de fer électrique de Hakone étant terminé, une centaine de Coréens employés à la construction de la ligne sont restés sur les lieux, sans emploi et sans ressources. A cause du froid rigoureux, plusieurs sont tombés malades et il y a eu déjà un décès.

    En 1924, le nombre des suicides en Corée s’est élevé à 1.655, dont 1487 Coréens et 168 Japonais.

    Moukden

    La “Petite Sœur” Thérèse de l’Enfant-Jésus a prouvé bien des fois déjà que ses faveurs s’étendent jusqu’aux contrées les plus lointaines et que sa “pluie de roses” tombe partout où on l’invoque. Le P. Roger, Supérieur du Petit-Séminaire de Moukden, en apporte deux nouveaux exemples.

    “En septembre 1923, écrit-il, quelques jours après la rentrée des classes, un de nos séminaristes, nommé Benoît, tombait gravement malade. Les poumons étaient atteints ; il dut rentrer dans sa famille. Un mois plus tard, le mal avait empiré : nous fîmes, au Séminaire, un triduum de prières à la Bienheureuse pour obtenir au cher malade la grâce d’une bonne mort. Quelques jours après, il n’y avait plus d’espoir. L’idée me vint alors que nous avions manqué de confiance : ce n’est pas une bonne mort, qu’il fallait demander, mais la guérison. Nous recommençâmes à prier à cette nouvelle intention, demandant à la “Petite Sœur” de rendre la santé à notre malade, afin qu’il puisse reprendre ses études et travailler plus tard à la gloire de Dieu et au bien des âmes. Au mois de mars 1924 le jeune homme était hors de danger et en voie de guérison ; en septembre, il rentrait au séminaire, entièrement guéri, et reprenait ses études. En reconnaissance j’ai placé une image de la Bienheureuse dans la grande classe et l’ai choisie comme seconde Patronne du Séminaire.”

    “Cette première faveur obtenue m’a incité à en demander une seconde. Nous avions un élève de 17 ans, entré au séminaire plutôt pour faire plaisir à son bienfaiteur que par une véritable vocation. Plusieurs fois il m’avait manifesté l’intention de rentrer dans sa famille, ne se sentant pas appelé de Dieu, disait-il. Je l’exhortais de mon mieux, répondant à chacune de ses objections par des arguments qui me paraissaient probants : rien n’y faisait ; il persistait à vouloir retourner chez lui. Je songeai à intéresser notre Bienheureuse à sa cause. J’engageai ses condisciples à faire une neuvaine pour une grâce qui me tenait fort à cœur. La neuvaine eut lieu, mais sans résultat : le jeune homme voulait toujours partir. Nous fîmes une seconde neuvaine, et avec plus de ferveur encore. Quelles ne furent pas ma surprise et ma joie, lorsque, le lendemain de la clôture, je trouvai sur ma table un mot par lequel notre protégé m’annonçait que tous ses doutes avaient disparu et qu’il désirait continuer ses études ! Deo, gratias et grand merci à la Bienheureuse !

    Kirin

    La rentrée des Séminaires a eu lieu le 1er mars. Le Petit-Séminaire a inscrit 10 nouveaux élèves. A l’issue de la retraite, prêchée par le P. Revaud, 9 grands séminaristes ont reçu la tonsure et 4 les ordres mineurs.

    Tchentou

    Des réunions franco-chinoises ont eu lieu récemment à Tchentou dans le but d’entretenir des relations cordiales entre les deux pays et de travailler d’un commun accord à la prospérité de la Chine et de la France. On ne saurait avoir de meilleures intentions.

    Tchongking

    Le 2 février, le P. Claval, Supérieur de la Mission, a béni solennellement la nouvelle église construite à Tongkouang par le P. Mommaton et dédiée à la Très Sainte Vierge. La cérémonie s’accomplit dans l’ordre le plus parfait au milieu d’une assistance nombreuse et recueillie. Le sermon, tout de doctrine, du P. Tournier fut écouté avec toute l’attention, qu’il méritait ; les chants furent exécutés à la perfection ; bombardes et pétards, obligatoires à toute fête en Chine, firent retentir les échos de la localité ; enfin un fraternel banquet réunit les chrétiens et les chefs du district : toutes choses de rigueur en pareille circonstance.

    Le plateau de Tongkouang, légèrement ondulé et couvert d’oranger, est un pays magnifique. La population y est très dense et généralement à l’aise ; aussi les chrétiens ont-ils contribué pour une bonne part aux frais de construction de leur église. Celle-ci a vraiment grand air avec sa façade chinoise plus élevée que la nef et dominée par une grande croix. Emergeant de la verdure dont les ondulations se propagent à perte de vue, elle ressemble à un vaisseau voguant toutes voiles dehors. Puisse-t-il recueillir à son bord tous les habitants de la région et les conduire au port du salut !

    Deux de nos prêtres chinois, MM. Joseph Wan et Paul Yang, ont célébré dernièrement leurs noces d’argent sacerdotales.

    Dans la région de Tchongtcheou les brigands sont pourchassés de tous les côtés ; les milices locales prêtent main forte à la troupe. La police secrète a été organisée dans tout le district ; les réguliers tombent à l’improviste sur les bandits, et l’on commence à espérer la disparition de tous les indésirables qui depuis des années molestaient la paisible population. Dernièrement un fier-à-bras, chef de bandits, était à ribauder dans une famille : trois policiers l’appréhendent au collet et le conduisent au sous-préfet. Il avoue tous ses méfaits, mais il annonce que dans vingt ans, en une nouvelle vie, il recommencera ses exploits de brigand, et calme, presque souriant, il tombe sous les balles.

    Tatsienlou

    Le 23 décembre dernier, la ville de Tatsienlou, délivrée des troupes envoyées du Setchoan par les partisans de l’union avec Pékin, était au pouvoir de ceux que l’on nomme “Indépendants.”Il paraît que les vaincus veulent essayer de reprendre la ville, et nous devons nous attendre à de nouvelles épreuves.

    Dans les Marches setchoannaises, vers Litang et Hokeou, deux groupes, aidés chacun par des Thibétains, sont en voie de formation : celui des partisans de l’ancien Commissaire et celui des nouveaux maîtres. Les Chinois vont-ils se battre entre eux sous les yeux des Thibétains ?

    Les grands-lamas rivaux, après plusieurs années de luttes, paraissent fatigués et ont conclu une trêve, qui durera... jusqu’à la prochaine bataille, laquelle ne tardera guère, probablement.

    Les nouvelles du Loutsekiang sont plutôt inquiétantes. Les Thibétains indépendants de la sous-préfecture du Tsarong menacent de venir, au nom de Lhassa, lever le tribut. Ce qui signifie que Lhassa rêve de prendre aux Chinois ce pays qui dépend du Yunnan.

    A Yerkalo la fête de Noël a été célébrée avec tout l’éclat possible : aux messes de nuit et de jour, nombreuse assistance ; 154 communions. Dans l’après-midi, une délégation du prétoire et de la colonie chinoise de Pétines apporta des cadeaux : volailles, œufs, vin d’orge. En retour, le P. Goré réunissait à sa table, le dimanche suivant, le “Tout Pétines.” Le banquet passa par les phases ordinaires que résume le mot NERLI. — Nerli : qu’est-ce que cela ? du turc, du russe, du thibétain ? — Point du tout : ce n’est que du normand. Lisez plutôt l’acrostiche suivant :

    Non sunt loquelœ ne que sermones ;
    Et cœperunt loqui ;
    Repleti sunt omnes ;
    Loquebantur variis Iinguis ;
    Ibant gaudentes.

    Yunnanfu

    Le P. Salvat écrit que l’on peut considérer comme certaine la mort du P. Piton. Le chef des brigands devenant de plus en plus exigeant et arrogant, les pourparlers ont dû être interrompus. Les bandits ont même tenté de s’emparer du P. Durieu : pendant la nuit ils s’approchèrent de la résidence de notre confrère, ce que voyant, les miliciens chargés de le protéger jugèrent prudent de gagner la montagne, laissant le Père sans défense. Il ne fut sauvé que providentiellement, et le mandarin de Tentchouan s’empressa d’envoyer une escorte de 40 soldats pour le transporter à Taly, où il se soigne en attendant de pouvoir rentrer dans son poste.

    Bien que l’on n’ait pas de preuve positive, il est donc moralement certain que le P. Piton n’est plus, et les versions diverses qui, les mois derniers, circulaient sur sa mort semblent malheureusement fondées.

    Les caravanes ne paraissent plus aux alentours de Yunnanfu : celles qui s’y aventureraient risqueraient de se voir dévalisées. La police, vu les difficultés du ravitaillement, a dû réglementer la vente du sel et a fixé la ration mensuelle à une demi-livre par personne.

    Bénédiction de l’église de Kokoui. — Il y a quatre ans que le P. Guyomard avait projeté de construire, sur le marché de Kokoui, une église qu’il voulait dédier au Sacré-Cœur. L’entreprise était louable assurément, mais non pas sans difficulté. Les ouvriers chinois n’avaient jamais vu d’église européenne ; le Père lui-même n’avait à peu près jamais ouvert un ouvrage traitant d’architecture religieuse. On compta sur la Providence pour éclairer les intelligences et diriger les bras, et l’on se mit à l’œuvre. A peine les travaux étaient-ils commencés, voici que les brigands envahissent la ville, la mettent au pillage et osent même emmener prisonnier le missionnaire-constructeur. Heureusement le bon Dieu l’a pourvu d’une langue déliée : après deux jours d’argumentation, son éloquence avait convaincu les bandits, qui lui rendirent la liberté. Rentré chez lui, il se remit aussitôt au travail. Il eut la chance de trouver parmi ses chrétiens un homme adroit, qui fut constitué à la fois architecte et directeur des travaux. Tout le temps que dura la construction, chaque jour, matin et soir, le brave homme fut sur le chantier, et, chose plus étonnante, il ne voulut jamais accepter aucune rétribution ni aucune récompense : désintéressement bien méritoire en Chine….et même ailleurs.

    Au début de cette année le travail était achevé et la nouvelle église se dressait, dominant toute la ville de ses deux tours surmontées d’une grande croix. La bénédiction solennelle eut lieu le 1er vendredi de février : elle fut présidée par le P. Fortin, délégué à cet effet par Monseigneur.

    Pour clôturer dignement la cérémonie, un repas pantagruélique réunit tous les chrétiens, et, en ces temps de famine, ce ne fut peut-être pas l’article le moins prisé du programme de la journée.

    Kouiyang

    Enfin les Yunnanais sont partis : Kouiyang jouit de la paix ; tout le monde respire à l’aise. Les troupes venues du Setchoan se comportent bien ; la consigne est sévère, la liberté de sortir en ville est très restreinte ; plus de pillages ni de réquisitions forcées : les soldats achètent au prix courant et paient comptant.

    Quant aux Yunnanais, leur situation n’est pas brillante : le Hunan leur est fermé, le Kouangsi défend ses frontières ; au Yunnan, c’est la famine. Ils sont sans riz, sans argent et tout déguenillés. Partout où ils passent, ils font main-basse sur tout ce qu’ils trouvent ; quand ils n’ont plus de charbon, ils démolissent les maisons pour en faire du combustible.

    D’autre part, les brigands n’ont pas encore disparu. On les signale dans les environs de Tongtse, de Suyang, de Pinfa.

    Les locaux aménagés à Kouiyang pour l’école des instituteurs sont prêts et les cours, commenceront incessamment.

    La nouvelle école de filles, sous la direction des Sœurs de N.-D. des Anges, a ouvert ses portes le 16 février.

    Notre ancien hôpital du Youintang est transféré au Petang depuis le 1er février. Les malades sont reçus et soignés dans des bâtiments voisins du dispensaire. Ils forment le noyau de notre futur hôpital, pour lequel le Gouvernement français donne chaque année un subside, insuffisant, il est vrai, mais qui nous aidera à faire face aux premières dépenses. Ce subside, du reste, sera, nous l’espérons, continué et même augmenté, grâce à la bienveillance de M. Bodard, Consul de France à Yunnanfu. Un docteur chinois de la province du Yunnan, qui a étudié pendant 12 ans à Paris et y a pris ses grades, a accepté de venir tenir le poste et donner des consultations.

    Lanlong

    Malgré la présence de nombreux pillards, Mgr Carlo continue la visite de la partie nord-est de la Mission..

    La ville de Lanlong est de nouveaux dans les transes : une armée de Yunnanais doit passer par ici pour se rendre au Kouangsi. Or la famine sévit depuis quelque temps : que sera-ce si ces troupes viennent s’emparer de ce qui reste de céréales et arracher au peuple l’argent qui le sauverait de la faim ?

    La nouvelle année commence mal. Nombre de gens ne font qu’un repas par jour, et peut-être ne le pourront-ils pas longtemps. Daigne la Providence nous accorder un temps favorable à la récolte de printemps !

    Canton

    Mgr Fourquet s’est rendu à Hongkong le 28 février pour demander au Gouvernement de la Colonie l’autorisation de faire une quête faveur des Asiles des vieillards et des aveugles de Canton. La permission a été gracieusement accordée, et des religieuses indigènes, aidées de quelques chrétiennes connaissant l’anglais, passent dans les magasins et résidences de Hongkong, se faisant mendiantes pour venir en aide à quelque 2.200 déshérités de ce monde.

    Le trop fameux Sun Yat-sen est mort le 12 mars. — “S’il était mort dix ans plus tôt, dit un Chinois, il aurait épargné à la Chine bien des malheurs ; par contre il aurait une place prépondérante dans l’histoire et serait à jamais loué par le peuple aux cheveux noirs.”

    Puissent la province et la ville de Canton retrouver bientôt la paix !

    Swatow

    Une fois de plus nous avons changé de maîtres : l’armée “rouge” de Canton a fait son entrée à Swatow le 7 mars ; le même jour la ville de Chaochowfu était occupée sans coup férir. Le changement s’est fait assez rapidement, puisque 15 jours plus tôt l’armée Tchen Kiounmin se trouvait encore près de Canton. La rivalité des deux principaux chefs a été la cause du succès des rouges. Pendant que le général Hong Tchaolin était aux prises avec les Cantonnais, le général Lim Fou se tenait tranquille dans les montagnes, attendant la débâcle de son rival. L’armée de celui-ci a quitté Swatow et Chaochowfu avant l’arrivée des rouges, sans faire trop de mal dans ces deux villes ; mais il n’en a pas été de même dans l’intérieur, où les soldats débandés se sont conduits en vrais brigands, pillant marchés et villages sur leur passage, forçant hommes et femmes à porter bagages, munitions et butin. Plusieurs de nos confrères même ont été molestés.

    Les rouges, pour la plupart des cadets de l’Ecole militaire de Canton, formés et guidés par des Russes qui les accompagnent jusqu’ici, n’ont pas perdu leur temps ; ils ont de suite installé leurs hommes dans tous les postes de l’administration et se sont livrés à une ardente propagande de leurs idées, tenant jour et nuit des conférences et distribuant des pamphlets contre les étrangers, la religion, les capitalistes.

    Il est probable que l’armée du général Lim Fou descendra des montagnes pour venir manger les marrons que les rouges ont tirés du feu. Ceux-ci ne se laisseront peut-être pas faire si facilement ; déjà on signale plusieurs engagements où ils ont montré beaucoup de courage, se faisant tuer sur place plutôt que de reculer. Ces jeunes gens se battent pour une idée qu’ils croient vraie, pour laquelle en tout cas ils sont enthousiastes, alors que les mercenaires qui leur sont opposés, pour la plupart des brigands en uniforme, n’ont qu’un idéal bien terre à terre. Les impondérables comptent en Chine aussi bien qu’ailleurs.

    Pakhoi

    Pour la première fois notre Mission a pu réunir à Pakhoi la presque totalité de ses missionnaires. Le 3 mars au soir a commencé la retraite, prêchée par Mgr Gauthier lui-même et dont les exercices ont dû se partager entre la chapelle de la chrétienté et l’ancien Consulat d’Angleterre, devenu la résidence épiscopale. Certains à-côté, assez piquants, ont provoqué plus d’une réflexion philosophique : tel le fait, peu banal, que des salles où retentissaient naguère les échos des fêtes mondaines servaient maintenant à des conférences mystiques et à la récitation de l’office divin.

    La retraite terminée, M. le Dr Gouillon, Consul de France, répondant à l’invitation de notre Evêque, vint partager notre modeste déjeuner, au cours duquel Monseigneur, dans un toast plein de délicatesse, traduisit nos sentiments de gratitude envers notre bon Docteur et Consul. Vers 2 heures, tous les Français de Pakhoi, les Sœurs de Saint-Paul, les missionnaires, un groupe de chrétiens, se pressaient autour de Monseigneur et du Consul pour saluer les couleurs de la France hissées pour la première fois sur le nouvel évêché. Bref mais entraînant discours du P. Grégoire, sonneries guerrières de la Patrie et salut au drapeau, enfin photographie de divers groupes : tel fut le programme de l’installation officielle du siège de la Mission à Pakhoi.

    Ce transfert a motivé quelques changements dans les titulaires de plusieurs districts. Hainan nous ayant rendu les deux confrères laissés jusqu’ici aux PP. de Picpus pour faciliter les débuts de leur apostolat, le P. Grégoire a pris la direction du séminaire, et le P. Léauté va à Lofao, sur la frontière du Tonkin, où il aura pour voisin le P. Lemaire, déjà installé à Tchouksan. Le P. Richard s’installe dans la ville de Yamtchao, qui devient le centre d’un nouveau district. Le jeune P. Sonnefraud transporte ses pénates et son zèle à Tsaply, dans le Hapou. Enfin le P. Marqué, à Pakhoi, sera à la fois curé de la cathédrale, procureur et architecte de la. Mission.

    Depuis lors chacun s’est ingénié à trouver une voie à peu près praticable et des moyens moins aléatoires pour regagner son poste. Et ce n’est pas chose facile !

    Nanning

    La première lune de l’année chinoise est ordinairement consacrée à toutes sortes de réjouissances : cortèges, retraites aux flambeaux, jeux de lion et de dragon, théâtres en plein air, danseurs de corde, jongleurs, équilibristes, prestidigitateurs, etc. Les enfants s’amusent, les dames grignotent des gâteaux, les badauds s’extasient....

    Cette année, on dirait que notre bonne ville de Nanning est morte. Les boutiques sont non seulement fermées, mais barricadées ; les théâtres demeurent silencieux, les dragons et les lions restent accrochés aux murs. On ne reconnaît plus la vieille Chine. Dans les rues on ne voit que des soldats. Cet appareil militaire semblerait devoir donner confiance à la population ; mais elle sait à quoi s’en tenir : ce sont ces mêmes soldats qui récemment ont pillé tout un quartier de la ville marchande.

    Vers le milieu de février nous de nouveau changé de maîtres. 20.000 Yunnanais ont envahi le Kouangsi, et 5.000 d’entre eux sont entrés à Nanning sans coup férir. Devant cette avalanche nos défenseurs ont fait place nette et sont allés se battre ailleurs. Quant aux mandarins civils : gouverneur, préfet, juge de paix trésorier, etc., ils ont déguerpi avec un ensemble merveilleux : admirable exemple de courage civique !

    Les Yunnanais disent qu’ils ne feront que passer, leur but de guerre étant d’aller mettre la paix dans une province voisine : toutefois ils n’ont pas l’air pressé : ils s’installent comme chez eux, ils nomment des mandarins, ils parlent de prélever des taxes.

    Par ailleurs on dit que les forces du Kouangsi se réunissent en aval du fleuve pour leur couper le passage vers l’ouest. Il n’est pas étonnant que la population ne soit guère rassurée et redoute les pires événements. L’avenir nous dira si ces craintes sont fondées.

    Mgr Ducœur est encore au sanatorium de Béthanie ; mais son état de santé s’est heureusement amélioré et il se prépare à rentrer au Kouangsi dès que les communications seront rétablies.

    Le P. Cuenot, qui a fait également un stage à Hongkong, se dispose aussi à regagner son poste.

    Saigon

    A la fin de novembre nous avions vu nous revenir le P. Poitier, tout rajeuni par un séjour d’un an en France. Un mois après, le 31 décembre, juste à temps pour l’accolade traditionnelle à la Procure, sont arrivés les PP. David et Robert Keller, remplumés, retapés, remis à neuf.

    Mais, par contre, nous avons perdu deux prêtres indigènes, dont l’un encore très jeune. Et de plus, malgré tous les efforts des médecins, le P. Guéguend est mort à la clinique Angier le 4 février. Quelle perte pour notre Mission !

    Du 4 au 9 janvier, le. P. Dalaine, Supérieur du séminaire de Vinh, nous a prêché une retraite fort goûtée de tous. Science théologique et mystique, esprit pratique, éloquence claire et prenante, rien n’y manquait. Le cher Père a eu d’autant plus de mérite que, le jour même où il commençait à nous prêcher, il venait d’achever la retraite des Sœurs de Saint-Paul. Heureusement, pour lui épargner un peu de fatigue, la température fut clémente ; nous eûmes presque frais, ce qui est rare, et donc précieux, à Saigon.

    Hué

    La misère ne fait qu’augmenter dans notre Mission : les mendiants affluent. Et comme la faim est presque toujours mauvaise conseillère, elle pousse bien des malheureux à se livrer au vol, au pillage des maisons tant soi peu à l’aise. Dans la province de Quangtri, plusieurs personnes sont mortes de faim, et il est bien à craindre que, dans les mois qui vont suivre, il y en ait encore beaucoup d’autres, non seulement à Quangtri, mais aussi dans les autres districts de la Mission. Cette grande misère pousse de nombreux païens à se débarrasser de leurs enfants en bas âge et à les apporter dans les divers établissements de la Sainte-Enfance, où cette année, il y aura sûrement une belle moisson de petits anges pour le ciel.

    Le P. Bonin, doyen d’âge de la Société, s’est éteint doucement au Petit-Séminaire d’Anninh le 16 février. Ses obsèques ont été présidées par Mgr Allys. 12 missionnaires, 19 prêtres indigènes, S. E. le Président du Conseil, ancien élève du défunt, l’Administrateur- adjoint au Résident de France à Quangtri et un Commis indigène des Services Civils, délégués par le Chef de Province, assistaient aux funérailles de notre vénérable doyen.

    La solitude de Phuocson est comme un aimant spirituel qui attire chaque année de nombreux confrères des autres Missions. L’année dernière, Taikou, Phatdiêm, Quinhon, Vinh, y ont été représentés. Cette année, au commencement de février, les PP. Vibert de Hanoi, et Gallioz, de Quinhon, sont allés y faire une retraite et ont quitté le monastère non sans répéter la parole de saint Pierre : Bonum est nos hic esse. Mais ils n’en ont pas dit plus long et sont partis replanter leur tente dans leur Mission, l’âme embrasée d’un nouveau zèle pour les travaux apostoliques.

    Une lettre du Cardinal Préfet de la Propagande, en date du 17 janvier, annonce l’établissement à Hué d’une maison de Religieux, qui seront chargés de prêcher des missions et surtout des retraites sacerdotales et religieuses dans les Vicariats Apostoliques de l’Indochine française. S. E. le Cardinal Van Rossum a fait choix, pour cette fondation, des RR. PP. de la Congrégation du T. S. Rédempteur, à laquelle il appartient lui-même.

    Phnompenh

    Le dimanche 1er mars a eu lieu à Phnompenh l’inauguration du monument élevé à la mémoire des morts de la grande guerre. L’Administration a voulu que la cérémonie fût aussi solennelle que possible. Le Roi y assista, accompagné d’une multitude de bonzes, –– un millier, a-t-on dit. Mgr Bouchut était au pied du monument, en place très honorable, parmi les 12 ou 15 personnages de marque. S. G., invitée à dire une prière pour les âmes des défunts catholiques récita le Libera. Après quoi les bonzes, à leur tour, firent aussi une prière pour leurs coreligionnaires. Puis eut lieu le défilé devant le monument : une vingtaine d’éléphants, des soldats venus de Saigon, des canons, des représentants des différentes races indigènes du Cambodge, notamment des sauvages Kouis, avec leur costume plus que primitif, etc. — Rappelons que sur la plaque commémorative figure le nom de notre confrère le P. Lansard, mort à Bouzy (Marne) le 2 octobre 1918.

    L’ordination des Quatre-Temps, le samedi 7 mars, nous a donné un nouveau prêtre.
    Quelques jours auparavant, le 3, Mgr avait présidé la cérémonie d’une prise d’habit au Carmel de Phnompenh. Les parents et plusieurs membres de la famille de la novice étaient venus de Bangkok pour y assister. Les derniers adieux, devant la porte ouverte du monastère, furent des plus émouvants, et lorsque, au chant de l’hymne O gioriosa Virginum, la procession rentra dans la chapelle, on pouvait voir briller des larmes sur plus d’un visage.

    Bangkok

    Le nouveau traité franco-siamois a été signé à Paris le 14 février dernier, après une élaboration plutôt longue, puisqu’elle a duré 6 ans. Il remplace le traité d’amitié, de commerce et de navigation conclu entre la France et le royaume de Siam le 15 août 1856. Depuis lors avaient été stipulés plusieurs arrangements partiels, dont quelques-uns ne furent pas ratifiés, et d’autres n’entrèrent jamais en vigueur. Le traité actuel rompt avec les traditions du passé et marque une évolution nouvelle en reconnaissant au Siam son autonomie judiciaire et fiscale. Le droit d’extraterritorialité est aboli : à l’avenir, après un stage intermédiaire de préparation et d’adaptation, tous les nationaux français, soit protégés, soit sujets et citoyens, seront justiciables des tribunaux siamois. Autrefois les droits d’entrée des marchandises importées étaient de 3 % ad valorem ; désormais ces tarifs pourront être modifiés au gré du gouvernement. En revanche les Français à Siam jouiront des avantages des sujets siamois : ils auront, d’après le traité, droit d’acquérir et de posséder des propriétés foncières dans tout le royaume, alors que précédemment ce droit n’était reconnu qu’à ceux qui avaient dix ans de séjour dans le pays, et limité à une zone déterminée aux alentours de la capitale. (La Mission catholique a, en vertu d’un décret royal octroyé en 1909, la faculté de pouvoir posséder jusqu’à 480 hectares par province). Il est à remarquer que dans son traité de 1921, l’Amérique, à titre de réciprocité, a renoncé au droit de propriété foncière au Siam.

    Au point de vue de l’évangélisation, le seul qui nous intéresse réellement, les conséquences du nouveau traité ne peuvent guère être apparentes au début. Depuis un certain nombre d’années la Mission traite la plupart des affaires directement avec le gouvernement siamois lui-même.

    Les dispositions du traité concernant le commerce et la navigation ne sont pas encore appliquées à l’Indochine. Une convention spéciale ou des arrangements particuliers détermineront les relations de la colonie française avec le Siam, spécialement en ce qui regarde la navigation du fleuve Mekhong.

    Les Sœurs de S.-Paul de Chartres se sont chargées de fonder une nouvelle maison d’instruction, l’Ecole S-François-Xavier, à Samsen, dans le quartier nord de Bangkok. Elles ont quitté l’école du Rosaire, où les Sœurs Ursulines les ont remplacées, et la maison de Bangxang.

    Il est question depuis de longs mois de la division de la Mission en trois : le centre et l’est resteront à notre Société, tandis que le nord et le sud (presqu’île malaise jusqu’à la Mission de Malacca) seront confiés à d’autres Instituts. Certains journaux ou revues ont parlé de telles ou telles Congrégations, italienne, ou anglaise, ou américaine, qui seraient chargées des nouvelles Missions, mais jusqu’à présent nous n’avons encore aucun renseignement officiel.

    Malacca

    Les Aspirants de la rue du Bac ont Meudon pour but de leur sortie hebdomadaire du mercredi ; les Séminaristes de Pinang passeront leur congé à la maison de campagne de Mariophile. Les élèves de notre nouveau Petit-Séminaire de Saranggong n’auront rien à envier à leurs aînés de Paris et de Pulo-Tikus ; ils vont passer leur journée du mercredi à Ponggol-les-Bains, sur le détroit de Johore, à deux pas des terrains acquis par le Gouvernement pour la fameuse “base navale” de Singapore.

    A propos de séminaire, après une interruption d’une vingtaine années, Monseigneur vient de reprendre les fonctions de professeur de théologie : Sa Grandeur fait repasser les traités de morale à nos deux minorés, qui bientôt seront ordonnés sous-diacres, et l’ancien Directeur des Aspirants s’est mis également à faire plusieurs fois la semaine la lecture spirituelle aux séminaristes de Saranggong. C’est dire que la santé du vénéré Prélat est maintenant aussi satisfaisante que possible.

    Mgr le Coadjuteur est en tournée de confirmation. Selangor et Perak ont reçu sa visite et lui ont donné du travail. Parti dans le courant de janvier, il ne sera de retour à Singapore qu’au 1er avril, grandement à temps pour présider les offices de la Semaine-Sainte et de Pâques à la cathédrale.

    Il est un peu tard pour parler de la bénédiction d’une nouvelle chapelle au couvent de Taiping. Allons-y quand même de quelques lignes. Le curé de Klian-Pau écrivait au lendemain de la cérémonie : “C’est une amélioration qui s’imposait et dont Mère Ste-Clotilde doit être félicitée. La bonne Supérieure n’est toutefois pas encore disposée à chanter son Nunc dimittis ; le besoin d’aligner des briques la tourmente toujours et, un de ces quatre matins, elle va commencer la bâtisse d’une crèche, qui sera habitée par une ribambelle de gamins omnicolores. Quand vous viendrez par ici, vous pourrez les voir installés dans une salle spacieuse, confortable, où ils pourront chanter tout à l’aise sans risquer de voir le toit leur tomber sur le nez.”

    Birmanie Méridionale

    Le P. Rieu est nommé aumônier de l’Ecole professionnelle des Frères des Ecoles Chrétiennes à Twante. Cette jeune institution voit ses élèves et les chrétiens carians travaillant sur ses immenses terrains augmenter sans cesse en nombre : notre confrère n’y manquera pas de travail.

    Les 4 séminaristes qui ont reçu les Ordres mineurs le 11 janvier dernier sont repartis pour Penang en vue d’y achever leurs études théologiques. S’il plaît à Dieu, ils seront prêtres l’année prochaine et nous apporteront un précieux renfort.

    Cinq de nos séminaristes de Penang sont rentrés en Birmanie pour leurs deux années de probation.

    Birmanie Septentrionale

    Le 11 février dernier, Mgr Foulquier, entouré de dix missionnaire, bénissait la nouvelle église que le P. Herr vient d’élever à Médawgon en l’honneur de Notre-Dame de Lourdes. Bâtir est, en mission, le lot de beaucoup de missionnaires ; il a été pendant 37 ans celui de notre toujours vaillant patriarche de Shwébo. Pas un de ses postes — il en a dix, tous fondés par lui ! — qui ne possède église ou chapelle et presbytère. Même Lépangyi, son dernier-né, va bientôt voir son humble crèche de Bethléem remplacée par l’ancienne église militaire du Cantonnement. Le gouvernement vient, en effet, d’accéder à sa demande et de lui permettre d’en utiliser les matériaux. Le P. Herr saura, personne n’en doute, s’en servir pour la plus grande gloire de Dieu.

    Le P. Louis Allard vient de l’échapper belle. Une attaque de black water fever, la plus meurtrière du pays, a bien failli nous l’enlever. Les ferventes prières de ses confrères, des Sœurs de nos communautés religieuses, et les soins dévoués du médecin de la Léproserie, nous l’ont heureusement conservé : Dieu soit béni !

    Les sauvages Kachins, Shans et Nagas, de l’est de la Mission, ne sont pas contents de la récente visite du Gouverneur de la Birmanie. Il n’y entend rien, ce brave homme ! Il n’est pas à la page. Voyons ! peut-on avoir une bonne récolte de riz sans s’être au préalable attiré, par le sang d’une victime humaine, les bonnes grâces du dieu de la moisson ? Peut-on récolter ce même bon riz sans les bras de nombreux esclaves ? Il n’y pense pas, l’ignorant ! Ah ! s’il était seulement Naga, Shan ou Kachin comme eux, il ne serait pas venu de si loin pour leur faire la défense de couper désormais la tête d’un voisin ou de garder des esclaves. Comment faire maintenant ? Ils se le demandent...

    Laos

    Au mois de janvier, le Laos a reçu la visite de M. Merlin, Gouverneur général de l’Indochine française. Parti de Hanoi dans la matinée du 4, il arrivait le soir même à Thakhek, sur le Mekhong, d’où le vapeur Galliéni le transportait à Vientiane, capitale du Laos, puis, quelques jours plus tard, le ramenait à Thakhek. C’est là que, à un banquet officiel auquel il avait été convié, Mgr Gouin put présenter au Représentant de la France ses hommages et ceux ses missionnaires.

    Quelques jours après, Mgr partait pour Chanphen bénir la belle église que le P. Lacombe vient d’y construire. La cérémonie eut lieu le 7 février et tous les confrères de la région se firent un devoir d’y assister et d’apporter à l’heureux curé du lieu leurs sincères félicitations.

    Thakhek doit être le terminus du chemin de fer qui reliera le Laos à l’Annam. La Mission n’y avait jusqu’ici pas même un pied-à-terre. Grâce au Commissaire de la province, elle y possède maintenant un terrain de 5 à 6 hectares, que le P. Chabanel fait défricher et sur lequel il construit une solide maison, qui provisoirement servira d’église. La population catholique de Thakhek ne dépasse pas actuellement une cinquantaine de personnes, mais il n’est pas douteux que, le chemin de fer terminé, elle n’augmente rapidement.

    Notre Provicaire, le P. Combourieu, est au Laos depuis 40 ans, et il n’en est jamais sorti. Il a bien mérité d’aller demander à la France un renouveau de forces pour travailler longtemps encore à l’œuvre d’évangélisation. Tous ses confrères lui souhaitent un heureux voyage, un réconfortant séjour au pays natal et un prompt retour au cher Laos.

    Coïmbatour

    Le P. Hedde écrit de Savériarpalayam que plusieurs familles payennes d’un village voisin désirent recevoir le baptême. “Ces payens, dit-il, ont bonne volonté et donnent des garanties suffisantes de persévérance, mais…. que faire ? La grande difficulté est de les aider pendant leur instruction et de les établir ; car ils sont pauvres et seront obligés, par suite des circonstances, de quitter leur parenté et leur village.” Ab uno disce omnes : c’est bien là, en résumé, la situation de la plupart des missionnaires vis à vis des conversions, de ce côté du Cavéri.

    Nous avons bien, dans la Mission, deux petites colonies agricoles, l’une à Michelpalayam, fondée il y a environ 35 ans, l’autre à Gundri, fondée il y a une douzaine d’années par le P. Petit, dans le but d’aider quelques familles de nouveaux chrétiens ; mais il n’y a pas de place au soleil pour tous dans ces quelques arpents de terre, et tous ne sont pas nés laboureurs. Une grande épreuve sévit en ce moment sur la petite colonie de Gundri. Le Collecteur actuel de Coïmbatore refuse de reconnaître la propriété des terrains que ses prédécesseurs avaient accordés au P. Petit pour ses pauvres montagnards.

    Les conversions de familles entières sont peu nombreuses. Le plus souvent ce sont des épaves de la vie que nous recueillons : des vieillards, des veuves, des orphelins, des pauvres, que la grâce va chercher “dans les places et les rues de la ville, dans les chemins et le long des haies”, ou qui, poussés par des motifs divers, viennent d’eux-mêmes frapper à notre porte. Malheureusement le missionnaire ne peut pas toujours dire comme l’hôte de l’Evangile : Adhuc locus est.

    Quelques vieillards, les plus avancés vers le soir de la vie, trouvent à l’hospice du couvent une petite place en attendant leur billet pour le ciel. Les portes du couvent sont ouvertes aussi aux veuves ; mais ces pauvres femmes trouvent souvent malaisé de s’habituer à un règlement, même mitigé, de communauté, et plusieurs, après un court séjour au couvent, regrettent les oignons d’Egypte, leur chique de bétel, et prennent la clef des champs.

    Les orphelins sont facilement admis dans les orphelinats, pourvu qu’ils ne soient pas trop âgés. Ceux qui restent et résistent à la fascination du grand air et de la liberté se forment peu à peu à la vie chrétienne et deviennent, avec le temps et la grâce de Dieu, des fondateurs de familles chrétiennes.

    Mais combien d’autres âmes le missionnaire pourrait convertir et sauver, s’il avait les moyens matériels suffisants pour faire pénétrer la grâce à travers les corps ? Parmi les plus intéressants et les plus difficiles à caser sont les grands orphelins payens de 15 à 20 ans sans soutien, sans issue dans la vie, qui viennent demander à la religion secours et salut. Un triage est nécessaire, sans doute, mais que faire de ceux qui donnent des preuves de sincérité ? Les instruire et les baptiser est assez facile, mais, après comme avant la baptême, il faut vivre. Pour des jeunes gens déracinés à la fleur de l’âge ou attardés sur le chemin de la vie, il n’est pas facile de prendre vie et de se faire une petite position sociale.

    Dans le but d’aider les jeunes gens de cette catégorie à vivre et à persévérer, le curé de la cathédrale a institué un petit asile qu’il appelle Nazareth Home. Ils sont maintenant 14 : tous travaillent, les uns à l’Ecole industrielle de la Mission, les autres dans les usines de la ville. Entre temps ils apprennent le catéchisme et, après quelques mois de probation, ils reçoivent le baptême. Il y a une autre catégorie de conversions, moins compliquée sous le rapport de l’avenir : celle des condamnés à mort. Sept meurtriers payens de 25 à 30 ans, ont été baptisés, ces derniers temps, dans les prisons de Coïmbatore, à la veille de leur exécution. Pour ces bons larrons la potence a tranché la question du travail et du logement, et la grâce du baptême leur a assuré une retraite à perpétuité.

    Collège général de Penang

    Les événements saillants sont rares dans la vie calme et réglée de notre Séminaire ; aussi ne figure-t-il pas souvent dans le Bulletin Les ordinations même n’y sont pas aussi fréquentes qu’elles le seraient dans un séminaire diocésain, parce que les évêques se les réservent, au moins en partie.

    Les réparations et améliorations faites récemment au Collège nous ont permis d’atteindre le chiffre de 125 élèves. L’an dernier ils étaient 116 ; sur ce nombre, 14 nous ont quittés, leurs études finies ; 23 nouveaux ont comblé les vides et amplius. Cinq d’entre eux sont des clercs de Birmanie, qui, après deux années de probation dans leur pays, viennent se préparer aux saints Ordres en revoyant les matières les plus importantes. Les autres viennent de diverses Missions : 6 de Canton, 5 de Swatow, 4 de Siam, 2 de Kumbakonam, 1 de Birmanie Septentrionale.

    Nazareth

    Le P. Champeyrol, missionnaire de Kouiyang, notre collaborateur depuis deux ans, fut atteint, à la fin de l’année dernière, d’une sorte d’eczéma qui se montre réfractaire à toute médication. Deux mois et demi de traitement et de soins à l’hôpital des Sœurs de Saint-Paul n’ayant pas obtenu les résultats satisfaisants que l’on était en droit d’en attendre, le Docteur a conseillé un retour en France et notre confrère s’est embarqué le 15 mars. Dieu lui accorde prompte et complète guérison !

    Shanghai

    Le P. Souvey a été gravement malade, atteint à la fois de congestion pulmonaire et de fièvre paratyphoïde. Pendant plusieurs jours son état a inspiré les plus vives inquiétudes. Actuellement les docteurs le considèrent comme hors de danger, mais il est d’une faiblesse extrême et la convalescence exigera plusieurs mois de repos absolu. Le P. Robert est venu de Hongkong apporter le témoignage de sa sympathie et le secours de ses prières à celui qui a été son collaborateur actif et dévoué depuis 17 ans. Les lecteurs du Bulletin demanderont à Dieu la guérison de notre cher confrère.

    Montbeton

    La retraite annuelle a eu lieu au Sanatorium du 29 janvier au 2 février. Chaque jour Mgr le Supérieur a donné une conférence. C’est toujours le même esprit, mélange de sérieux et de bonne humeur, qui règne dans la communauté, où, Dieu merci, pour le moment aucune santé ne donne d’inquiétude grave. 25 confrères ont suivi les exercices spirituels ; ce sont les PP. Sibers, supérieur du Sanatorium, Roucoules, assistant du supérieur ; Pettier (Tôkyô), Boutier (Saigon), Holhann, Guéneau, Gratuze (Phnompenh), Cubizolles (Kirin), Grandjean (Tatsienlou), Ringenbach (Yunnanfu), Harnois (Tôkyô), Destaillats (Yunnanfu), Mendiondo (Pondichéry), Doumecq (Phatdiem), Tranier (Pondichéry), Villeneuve (Saigon), Bréas (Pondichéry), Malaval (Laos), Reynaud (Hakodate), Auriol (Malacca), Cransac (Saigon), Palluel (Kumbakonam), Bouchet (Laos), Mercier, Mongellaz (Yunnanfu).

    Sont attendus au Sanatorium les PP. Mialon (Taikou), Béchet (Bangkok) et Bayle.

    Grâce à la générosité d’une bienfaitrice, deux confrères ont pu se rendre à Lourdes quelques jours après la retraite et y fêter l’anniversaire de la première apparition.

    Séminaire de Paris

    Monseigneur est rentré de Marseille, où il avait passé trois jours, le soir du 2 janvier. Ce jour-là, l’état de santé du P. Léculier, donnait, et donne encore depuis de sérieuses inquiétudes. Il y a du mieux depuis lors et nous avons bon espoir.

    A Marseille également, le P. Kemlin, dont l’état de santé est sérieux, est entré à l’hôpital St-Joseph.

    A notre Séminaire de Paris, le pèlerinage traditionnel à N.D des Victoires a eu lieu le matin du 2 janvier et la sortie facultative l’après-midi. La communauté a offert ses vœux à Sa Grandeur le 3, celle de Bièvres le 6, avant la Messe pontificale.

    Nous avions espéré, cette année, que S. E. le Nonce Apostolique serait ce jour-là des nôtres, mais il en a été empêché. Cette fête si chère aux Missions-Étrangères, s’est passée dans l’intimité. Nous avions cependant la présence de Mgr Descamps, directeur à Paris de la P.F., de M. Verdier, supérieur général des Prêtres de la Mission, du chanoine Bridier, supérieur du Petit-Séminaire de Conflans, du P. Lebon, provincial des Marianistes, de M. Olichon, secrétaire de l’Union du Clergé pour les Missions, du Docteur Hallé

    Le jour précédent, la messe mensuelle de l’Œuvre des Partants a été célébrée par un aspirant et l’allocution faite par Monseigneur. Le soir, à l’Institut Catholique, 8e conférence par le P. Lebon, procureur des Marianistes du Japon, sur l’œuvre d’éducation accomplie par ces religieux dans ce pays. La 9e a eu lieu le 12 : le P. Lebbe Lazariste, a vivement intéressé son auditoire à l’œuvre qu’il entreprise en faveur des étudiants chinois.

    Le 11, à l’Ecole des Francs-Bourgeois, Monseigneur a assisté à la messe de “Journée missionnaire”. Le même jour, à Auteuil, et à six reprises différentes, le P. Chambon parlait des Missions aux nombreux fidèles de cette paroisse. Le curé, M. le Chanoine Rivencq, est bien connu d’un grand nombre de confrères de Rodez.

    Le 13, le P. Nassoy donnait une conférence sur les Missions aux midinettes de Sainte-Clotilde, rue Las-Cases.

    Le 14, grande fête à Issy-les-Moulineaux, chez MM. de Saint. Sulpice, à l’occasion du jubilé sacerdotal de M. Garriguet. S. Exc. le Nonce, S. E. le Cardinal, Mgr de Guébriant, étaient présents, et le soir, Monseigneur a donné sur la Société des Missions-Étrangères une grande conférence aux séminaristes.

    Le P. Lefèvre, qui s’était rendu à Marseille auprès du P. Léculier, est rentré le 12.
    Le 3e numéro de la Revue d’Histoire des Missions, paru en décembre, contient un très long et très intéressant article sur Mgr Lambert de la Motte. Comme nous l’avons déjà dit, la rédaction de cette Revue est 52, avenue de Breteuil.

    A l’ordination du 7 mars prendront part un diacre, trois sous-diacres, trois minorés : les appels ont été notifiés par Mgr le Supérieur.

    Le 15 janvier, Monseigneur, accompagné du P. Beigbeder, a assisté au service solennel célébré à l’église des Invalides pour l’illustre aviateur le P. Bourjade (Sacré-Cœur d’Issoudun).— Le 16, à la Société de Géographie de Nantes, devant un auditoire choisi de sept à huit cents personnes, il a donné une conférence sur la Chine. A cette occasion, Monseigneur a reçu la plus cordiale hospitalité au Grand-Séminaire. — Le 25, il a présidé une séance au Cercle du Luxembourg en faveur de la Mission du Laos. Cette séance, bien préparée par de fervents amis de cette Mission, a débuté par des projections expliquées par le P. Nassoy et s’est continuée par des scènes récréatives. — Le soir même, accompagné de son secrétaire, Monseigneur partait pour Montbeton, via Pau. Là il a fait visite au P. Narp, qui, malgré une santé précaire, remplit, comme aumônier de l’hôpital, un ministère fructueux, très apprécié des intéressés et de l’administration elle-même.

    La série des conférences organisées à l’Institut Catholique par l’Union Missionnaire du Clergé, s’est terminée le 19 janvier par le récit du voyage que fit naguère Mgr Descamps à la Mission de Dakar.

    L’Union Missionnaire du Clergé et l’Œuvre Pontificale de St-Pierre sont confiées à M. l’abbé Olichon, aumônier des Francs-Bourgeois.

    Le P. Depierre visite la Savoie, où les diocèses de Chambéry, Annecy, Tarentaise et Maurienne l’accueillent et le retiennent à l’envi. Les Missions-Étrangères doivent une large part de ces précieuses sympathies à Mgr Grumel, évêque de St-Jean-de-Maurienne.

    Le P. Nassoy est allé donner des prédications en Suisse.
    Le 19, belle fête de la Ste-Enfance à Gagny : sermon et projection par le P. Chambon. Le 29, sermon de la Ste-Enfance à Issy par le P. Gérard.

    Le P. Mollat est rentré de Rome à Paris le 28 janvier.
    Les nouvelles du P. Léculier sont depuis le 28 janvier très mauvaises. Les PP. Jaricot et Lefèvre se sont rendus d’urgence près du cher malade. Plus grave encore, si possible, est l’état du P. Kemlin, qu’il a fallu transporter de la Procure dans une clinique, où les résultats de l’examen radioscopique ne laissent aucun espoir humain.

    Le 3 février, Monseigneur se rendait de Montbeton à Marseille, où le P. Léculier manifestait le désir de le voir. Ce cher malade a surmonté une deuxième crise pendant laquelle il a reçu l’Extrême-Onction. Depuis, il reprend lentement le dessus. — Le P. Kemlin,
    après avoir donné les plus grandes inquiétudes, se relève avec une continuité qui permet tous les espoirs. — Monseigneur s’est trouvé à Marseille pour l’arrivée du Paul Lecat, qui ramenait en France, outre notre confrère le P. Kohler de Coimbatore, le T. R. P. Sorret, Supérieur général des Marianistes et son Inspecteur général, tous deux rentrant en Belgique après avoir fait le tour du monde et visité leurs maisons d’Amérique et du Japon.

    Rentré à Paris le 6, Monseigneur assistait, le 12, avec plusieurs Directeurs et la Communauté de Paris, au Te Deum chanté à Notre-Dame, en présence du Cardinal, de S. Exc. le Nonce, de plusieurs notabilités du monde ecclésiastique et politique, pour l’anniversaire du couronnement de S. S. Pie XI.

    Il y aura un départ de trois missionnaires quelques jours après Pâques.
    A la Mission de Pondichéry est destiné M. Mirande,
    à la Mission du Laos, M. Thomine,
    à la Mission de Nagasaki, M. Lagrève.

    La réunion mensuelle de l’Œuvre des Partants n’ayant pu avoir lieu le 2 février, s’est tenue le 9. Messe, et sermon par le P. Nassoy. Des sermons de la Propagation de la Foi et de la Ste-Enfance ont été donnés à St-Augustin, à St-Merry ; des conférence avec projections à Dormans, à St-Thomas d’Aquin, aux midinette de St-Roch, au patronage des Auxiliatrices (rue de la Barouillère) par le P. Nassoy ; des sermons de la Ste-Enfance à St.-Maur-les- Fossés, à Clamart à St-Jacques du Haut-Pas, à St-François de Sale à Breuillet (S.-&-O.) ; une conférence sur la Mandchourie à St- Joseph des Epinettes par le P. Gérard.

    Une collection complète de cartes postales de nos Missions, préparée par le P. Mollat pour l’Exposition Vaticane, est en vente chez le P. Jaricot, Procureur des Commissions, au prix de 0,60 la pochette de douze cartes. Il y a huit séries : Missions de l’Inde ; Missions de Siam, Birmanie et Malaisie ; Missions de Cochinchine et Cambodge ; Missions du Tonkin ; Missions du Sud de la Chine ; Missions de l’Ouest de la Chine ; Missions de Mandchourie et Corée ; Missions du Japon. En outre, une reproduction en couleur d’une de nos grandes affiches de l’Exposition est également mise à la disposition des confrères sous forme de carte postale pour faire connaître notre Société. Très utile pour correspondances, conférences.... elle sera envoyée aux confrères qui en feront la demande.

    Une revue officielle de l’Exposition Vaticane des Missions avec illustrations se publie à Rome. Cette revue a une édition en français, également publiée à Rome. Deux numéros ont paru.


    1925/229-253
    229-253
    Anonyme
    France et Asie
    1925
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