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Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 4 décembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô
    4 décembre.

    C'est un événement digne d'être noté qu'un ancien ministre, comme M. Adachi, ait invité pour le dimanche 11 novembre les PP. Candau, et Abe, S. J., à faire chacun une conférence dans la grande salle du Hasseiden, Temple des Huit Sages, qu'il a fait construire dans sa propriété à Yokohama. Comme beaucoup de Japonais, M. Adachi professe l'éclectisme en matière de religion, et dans le temple hexagonal qui s'élève sur une colline au bord de la mer, on voit rangées à côté de la statue du Christ qui tient le premier rang, celles de Socrate, de Confucius, de Bouddha, et de quatre fondateurs de sectes bouddhistes japonaises. L'ancien ministre, ainsi qu'il l'a déclaré dans son adresse, admire dans le catholicisme son influence sur la morale individuelle et sociale. Les orateurs devaient parler sur un sujet qui intéresse particulièrement les Japonais : l'esprit national, et le patriotisme, envisagés au point de vue catholique. Ils l'ont fait d'une manière qui, avons-nous ouï dire, a profondément impressionné l'auditoire de 250 personnes, pour la plupart non catholiques, qui remplissaient la salle. Le P. Candau a profité de l'occasion pour faire une apologie du catholicisme, illustrée par ses expériences personnelles, en montrant l'esprit qui inspire les missionnaires dans leur travail d'évangélisation, et la transformation accomplie dans les âmes.
    Il a été donné au même Père d'inaugurer ces temps derniers à l'Université de Waseda les conférences hebdomadaires, qu'il a été invité à faire sur la religion catholique aux étudiants de littérature française. Le professeur Yamanouchi, en présentant le conférencier aux élèves, a fait valoir la nécessité de ce genre de conférences en ces termes : \ Si l'on ne connaît pas l'enseignement catholique, il est impossible de comprendre beaucoup de choses dans la littérature française, notamment dans les oeuvres modernes, comme celles de Claudel et de Péguy "....
    A l'occasion de l'anniversaire de la Proclamation de la Constitution, le 11 novembre, S. M. l'Impératrice Douairière a chargé le Directeur du Bureau d'Hygiène du Ministère de l'Intérieur de distribuer des gratifications à six léproseries entretenues par la charité privée. Parmi les oeuvres bénéficiaires, étaient compris les deux hôpitaux catholiques de Koyama, dans la mission de Tôkyô, et de Kumamoto, dans la mission de Nagasaki.
    L'Université Sophia, dirigée par les PP. Jésuites à Tôkyô, possède dans la personne du R. P. Hcevers un dramaturge de talent, qui, depuis quelques années, a pris à coeur de mettre en scène l'héroïsme des chrétiens qui illustrèrent jadis l'histoire de 1'Eglise Catholique au Japon. On lui doit la composition du film des Vingt-six Martyrs, qui fut représenté ces dernières années non seulement au Japon, mais aux Etats-Unis et en Europe. Il a aussi donné au théâtre des scènes chorégraphiques sur les Martyrs Japonais. Enfin dernièrement, il a extrait de l'histoire d'une chrétienne de la fin du XVIe siècle, célèbre pour ses vertus héroïques et ses malheurs, Dona Gratia, femme du Daimyo Hosokawa Tadaoki, une série de tableaux chorégraphiques, se terminant par l'apothéose qui suit sa mort sous le tranchant du glaive. Le P. Hoevers avait été aidé pour l'interprétation en Japonais et pour la mise en scène par un poète de talent, M. Nagata Michibiko. Dona Gratia formait le principal numéro d'une soirée qui fut donnée le 16 novembre dans la Salle des séances du Parc de Hibiya, au profit des campagnes du nord du Japon qui souffrent des suites d'une mauvaise récolte. La séance, qui a eu un grand succès, avait été organisée par un des grands journaux de Tôkyô, le Nichi-nichi, auquel le journal Catholique avait prêté son concours.
    Le 1er décembre, le bateau des Messageries Japonaises, le Hakone Maru, ramenait au Japon le Père Fukahori, dont nous avions annoncé le prochain retour de Rome, après l'achèvement de ses études au Séminaire de la Propagande.

    Fukuoka
    novembre.

    Pluie, avant... Pluie, après ; le Petit Séminaire de Fukuoka fit son entrée dans le monde officiel de l'Eglise, de la Préfecture, de la Mairie et de la Police, sous un doux soleil d'automne. Signe des temps que nous vivons : l'inauguration du Petit Séminaire fut un de ces rayons de soleil qui de temps à autre viennent percer la brume de nos difficultés.... Les nuages passent, le ciel reste. Spontanément, ou peut-être poussée par le représentant du ministère de l'instruction publique à Fukuoka, la Presse locale, en deux articles élogieux, avait, tout en annonçant cette inauguration, fait connaître l'existence de cette école spéciale, demandant même à ses lecteurs " où, ces maîtres étrangers trouvaient ce courage de vivre en contact constant, nuit et jour, avec leurs élèves ?"
    Le lundi 12 novembre était donc un grand jour de fête au Séminaire. Ah ! Si j'étais poète et avais du temps à perdre, je vous décrirais le cadre enchanteur de notre nid, véritable oasis spirituelle, perdu là-haut sur la colline, blotti entre de vieux arbres.... Il faut la grimper, la côte, pour arriver à la maison, pour y contempler les deux corps de bâtiment : l'ancien et le nouveau.... construction en bois peint gris clair, percée de gracieuses fenêtres, suggérant d'elle-même l'image d'un bateau tout prêt à recevoir ses passagers.
    L'ancien bâtiment, c'est une façon de parler, puisqu'il remonte à l'année dernière, comprend : la chapelle provisoire, trois chambres pour le Directeur, une salle pour les professeurs, un parloir, un réfectoire et cuisine, six salles de classe, un cabinet de physique, couvrant une superficie de 1.000 m2. Le nouveau bâtiment, occasion de la fête, ce jour, comprend : la salle d'étude, le dortoir, une salle de fête, deux chambres de professeur, lavabo et salle de bain, couvrant une superficie de 1.100 m2.
    Son Exc. Mgr Marella, Délégué apostolique, voulut bien venir bénir et encourager les Moissonneurs de demain. Toutes les forces vives de l'Eglise au Kyu-Shu, vibrant à l'unisson de nos espérances, semblent s'être donné rendez-vous en nos murs. Mgr Marella et Mgr Breton, qu'un commun Idéal unit si étroitement, ne forment là qu'une âme avec celle du Clergé, venu si nombreux. Mgr Roy, préfet apostolique de Kagoshima, le R. P. Cimatti, salésien, Supérieur de la Mission de Miyazaki, monsieur l'Abbé Osako, représentant le diocèse de Nagasaki, Dom Gérard, supérieur de la Trappe de Shindenbaru, nos deux Sulpiciens et la plupart des confrères sont là. Au total, trois ou quatre absences, dues aux circonstances de lieu. Nos trois Communautés de Religieuses sont présentes. De nombreuses notabilités civiles : le Représentant du Préfet, du Maire, le Chef de la Police, quelques directeurs d'écoles voisines, entre autres la directrice du lycée protestant de filles, sont venus s'associer à l'hommage que la Mission va rendre à l'oeuvre du Clergé Indigène. Chrétiens de la ville et parents d'élèves sont venus nombreux. Tout ce monde d'invités et d'amis encadre nos 75 enfants, placés au milieu de la salle, semblable à une foule de bonnes mamans veillant leur enfant au berceau. Rien n'aurait été plus banal que cette cérémonie, comme toutes celles du même genre d'ailleurs, où les félicitations pour un travail parfait sont de rigueur, d'où l'on sort emportant quelques cartes postales souvenir, un gâteau, un point, c'est tout, s'il ne nous avait pas été possible d'inculquer en l'esprit des nombreux payens présents quelques bonnes pensées chrétiennes qui les feront peut-être réfléchir ou modifier l'un ou l'autre de leurs préjugés, ce soir, en savourant leur gâteau souvenir.
    Le Père Bois, supérieur du Séminaire, fit l'historique de l'uvre depuis sa naissance dans la Mission, dans une petite maison de Hommachi, une des innombrables petites rues commerçantes japonaises. Le cher P. Gracy se donna jusqu'au bout, corps et âme, à la création d'un séminaire à Fukuoka et y perdit les quelques forces qui lui restaient. Aujourd'hui, rétabli et professeur de latin chez nous, il peut être fier de l'oeuvre pour laquelle il a tant travaillé. Le Père Supérieur ne voulut point terminer son adresse sans redire aux autorités civiles présentes sa fidélité à l'observation des Règlements scolaires en vigueur au Japon. " Le Dieu que nous adorons et que nous recevons chaque matin, nous aidera à accomplir notre devoir plus par amour que par routine ". Les payens, en sachant plutôt moins sur la religion catholique que nous en savons sur leurs rites respectables parce que religieux, purent apprendre de la bouche même du Chef du diocèse, Mgr Breton, ce qu'est un diocèse en pays de mission, la place qu'occupe le séminaire dans le diocèse et ce que l'Eglise attend des séminaristes et des prêtres indigènes. Son Exc. Mgr le Délégué apostolique voulut bien indiquer ce que l'Etat était en droit d'attendre des prêtres indigènes. L'un de nos bons chrétiens, en une belle improvisation, démontra que les deux termes " catholique " et " japonais " ne s'excluaient pas et qu'un Japonais devenu catholique était une force pour le pays.
    Enchantés de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, les représentants de la Préfecture et de la Mairie formulèrent le voeu que cette école soit une Ecole de Lumière et que chaque élève qui en sortira, soit un phare pour ses concitoyens.
    Les discours sont terminés ; c'est maintenant le tour du P. Benoît, qui nous présente sa troupe d'acteurs ; pas mal du tout, ces bambins-là,... et sur un théâtre dont les décors, oeuvre aussi de notre confrère, font l'admiration de tous, les enfants interprètent Tarcisius, drame en trois actes,... vivant exemple de ce que peut faire pour son Dieu et pour son Pays un Enfant, un écolier qui reçoit chaque matin Jésus en son coeur.
    A six heures, la fête est terminée ; chacun s'en va content,... sauf le monde ecclésiastique, car c'est l'heure du rendez-vous de la Fraternité, autour de la table de famille. C'est là que le P. Bois, après avoir rempli magnifiquement les devoirs de l'hospitalité, voudra s'acquitter encore, vers le milieu du banquet, de la délicate mission de saluer ses hôtes et de présenter nos voeux de fête à Mgr Breton : " Puissiez-vous faire mentir la maxime de l'Evangile, et être à la fois le semeur et le moissonneur de toutes les oeuvres que vous créez chez nous, depuis que vous êtes notre chef ". Les toasts se succèdent et demandent une réponse. Monseigneur la donna, et en un langage plein de délicatesse, demanda comme cadeau de fête à Son Exc. Mgr Marella, de passer quelque temps chez nous.
    L'oeuvre de redressement intellectuel et moral de nos vieux chrétiens produit peu à peu des fruits ; une petite gamine de Shindenbaru en pension chez nos Religieuses indigènes, vient de nous en donner la preuve : candidate pour le Concours départemental de couture, elle vient d'obtenir la 5me place. Religieuses et missionnaires : Bon Courage !

    Osaka
    6 décembre.

    A la suite de la longue maladie qui avait mis ses jours en danger, le Père Bousquet nous avait quittés au début de cette année pour aller demander à la France l'achèvement de sa guérison. Sa convalescence terminée, il reprit sans retard le chemin de sa Mission, et arrivait le 12 novembre à Kôbé, où son retour fut une fête pour tous.
    Le même jour, il reprenait le chemin de Noé (banlieue d'Osaka) et eut la satisfaction de constater le bon état de sa chrétienté placée en son absence entre les mains expertes du Père Dechaux. Quelques jours plus tard, ce dernier se voyait envoyé à Nara, pour y prendre la succession du Père Mercier auquel est confié le soin de fonder un nouveau poste dans la banlieue de Kôbé.
    Les qualités dont ces jeunes Confrères ont fait preuve jusqu'à ce jour, sont une garantie qu'ils seront l'un et l'autre à la hauteur de la tâche qui leur est confiée.

    Séoul
    7 décembre.

    Mgr Larribeau, durant cette dernière quinzaine, a visité six chefs-lieux de districts confiés à des prêtres indigènes et confirmé en chacune de ces églises de nombreux chrétiens, jeunes et vieux : en tout, exactement 841. Son Excellence, dont la santé est loin d'être brillante, est rentrée à Séoul avant-hier, ainsi juste à temps pour célébrer au Petit Séminaire la fête de St Nicolas, patron donné à cet établissement en mémoire d'un grand bienfaiteur de la Corée et aussi d'autres Missions, le regretté Père Nicolas Couvreur. A son retour, Monseigneur a retrouvé à l'évêché, y achevant leur convalescence, les PP. Bouillon, Chizallet et le prêtre coréen Pierre Kim. La chronique a parlé de ces trois confrères conservés à la Mission, grâce à la science médicale dont les bienfaits s'étendent maintenant jusqu'ici. Il y a peu d'années, les graves opérations qui viennent de sauver la vie du P. Chizallet et du P. Pierre Kim étaient bien impossibles en Corée. Combien de confrères sont morts prématurément en pleine jeunesse ou dans la force de l'âge, faute de soins appropriés ! Remercions la divine Providence qui ménage ainsi aux anciens le moyen de durer en ces temps où les nouveaux ne nous sont plus donnés, pour ainsi dire, qu'au compte-gouttes. Le P. Chizallet, ayant demandé à passer un congé en France, devait partir hier pour Kobé afin de s'embarquer sur l'Aramis le 11 courant. Le voici grippé, on l'engage à attendre le paquebot suivant. Durant l'absence du cher Père, sa charge de supérieur du Petit Séminaire ne peut être assurée que par des moyens de fortune. Le P. Bouillon compte retourner prochainement à son poste ; le cher rescapé n'est pas une " jeunesse " ; du reste, les " plus de quarante ans " de mission sont à cette heure relativement nombreux dans notre Société. Chacun peut le voir en parcourant l'Etat des M.-E. publié à la fin de l'Ordo et comparer avec les chiffres du Mémorial imprimé à Hongkong en 1889. Sur les 804 missionnaires vivant en 1888, 22 seulement avaient dépassé 40 années de Mission. En ce temps-là, les jeunes tenaient le bon bout, plus de la moitié étaient des " moins de dix ans ". Les vieux doivent donc durer longtemps en service actif. Dans le Corpus Juris, il y a bien un canon 422 où il est question d'indult dit Jubilationis accordé à certaines catégories de clercs ayant bien servi l'Eglise durant 40 années. Vraisemblablement, ce Canon ne nous concerne pas, puisque le Règlement de la Société n'y fait aucune allusion. Et c'est très bien ainsi, Vita boni missionarii crux est, sed dux paradisi : vérité primordiale qui nous a été rappelée de façon magistrale dans le Bulletin de novembre.
    Le cher Père Collard est encore à Shanghai. Après des analyses, tubages d'estomac, nombreuses séances d'examens radiographiques, les médecins ont conclu à un ulcère dans la région pylorique du duodénum et le patient a dû subir l'opération chirurgicale appelée gastro-entérostomie. Une lettre du P. Tournier, assistant procureur, datée du 1er courant, arrivée ce matin, nous dit que le Docteur garde bon espoir, le malade a 95 chances pour cent de s'en tirer, mais il aura en moins le pylore et la vésicule biliaire ; cette dernière étant complètement pourrie, était le vrai foyer d'infection.
    Salus infirmorum, ora pro nobis!

    Taikou
    8 décembre.

    Au début de novembre, Taikou a reçu la visite du R. Père Mac Godrick, Provincial des Pères de Saint Colomban. Le R. P. vint d'abord saluer Son Excellence et se rendit le lendemain dans la province du Zenla Sud, déjà champ d'apostolat et bientôt nouvelle Mission des Pères Irlandais. Il eut à coeur de voir à leurs pièces, dans leurs districts, tous ses compatriotes qui commencent à se donner au saint ministère en compagnie des prêtres coréens assumant encore actuellement la responsabilité pastorale et il ne voulut pas exclure de sa tournée la grande île de Quelpaert, partie notable de la susdite province qui occupe quatre nouveaux missionnaires et deux prêtres indigènes. Son voyage en Corée terminé, avant de regagner Shanghai, il s'arrêta encore entre deux trains à Taikou pour exprimer à Monseigneur sa joie d'avoir fait connaissance avec une région si pleine d'espoirs et les postes déjà fondés, où ses jeunes confrères sont eux-mêmes si contents de leur part d'héritage et de l'esprit de vraie fraternité qui règne entre eux et leurs anciens des Missions Etrangères de Paris.
    Le P. Tourneux, ayant laissé le P. Parthenay aux soins maternels du P. Marie à Béthanie, nous est rentré à la mi-novembre. L'état du cher malade s'est quelque peu amélioré, mais un séjour en France semble nécessaire à la guérison parfaite. Sur le conseil des médecins, il ira donc redemander le renouvellement de ses forces au pays natal qu'il a quitté seulement depuis un peu plus d'un an, à l'expiration de son congé régulier. Il a eu tout juste le temps, depuis son retour, de bâtir dans son nouveau poste une église dans laquelle ne lui a pas été donnée la consolation de célébrer même une seule fois le saint Sacrifice.
    En ce moment dans tous les districts, les missionnaires font l'administration, les uns en sont encore aux villages éloignés, les autres plus avancés, à la résidence même. Les nouvelles sont encore assez rares, mais les quelques bribes parvenues jusqu'à l'évêché, rendent hommage aux chrétiens jeunes et vieux pour la bonne volonté apportée à l'étude du nouveau catéchisme paru depuis quelques mois seulement. La première édition, faite à Séoul, est déjà épuisée. Beaucoup d'enfants sont capables de le réciter en entier et bon nombre de vieillards, malgré leur mémoire assagie, ne se laissent qu'à contre coeur distancer par leurs petits et arrière-petits-fils.

    Moukden
    10 décembre.

    Le 11 novembre au matin, nos nouveaux " Mandchoux ", les PP. Simonin et Piou, arrivaient à Moukden après un excellent voyage. Dès le lendemain, le P. Piou, destiné à Kirin, nous quittait sous la direction du P. Liogier, par le train " Asia ", le super express de grand luxe qui vous mène, à 100 kilomètres à l'heure, sans donner l'impression de vitesse. En 3 h. 30, on arrive à Hsinking ! Où sont les beaux jours d'antan, alors que ce trajet de 305 kilomètres exigeait une bonne semaine de voyage !
    Le P. Simonin, après avoir pris contact avec les sons et tons chinois qui sont devenus pour nous les sons " mandchoux " vient de partir pour K'ao Chan T'ouen (autrement dit " Mont bourg ") où il poursuivra ses études dans le calme, et tiendra compagnie au P. Toudic. Il trouvera également, au milieu des montagnes boisées de cette contrée, l'occasion d'exercer ses connaissances de botaniste.
    Le 14 octobre, Mgr Blois recevait, comme du reste tous les Ordinaires catholiques du Manchoukuo et quelques Missionnaires de Kirin, une sorte de médaille " bene merenti". Encore un geste symbolique qui prouve que les Autorités du pays tiennent à reconnaître publiquement le mérite des uvres sociales établies et entretenues par la Mission.
    Le 6 décembre, nous fêtions le Frère Nicolas Haser S. J., organisateur de notre Imprimerie Catholique. Mgr Blois choisit ce jour pour bénir, en présence des confrères de l'Evêché, le local et les machines, et proclamer St Nicolas Patron de l'établissement.

    Chengtu
    15 novembre.

    Les Communistes ont essayé, à plusieurs reprises, de passer le fleuve Kialîn en face de la ville de Lânpou, mais heureusement les Réguliers ont réussi chaque fois à les rejeter sur la rive gauche. A Paoning, voici quelle est la situation, d'après une lettre du Père Eymard : " Les Rouges sont au Nord, à 5 kilomètres de la ville, à l'Est, à 10 kilomètres. La ville de Ts'angki, qu'ils n'avaient pu prendre l'an dernier, est tombée entre leurs mains le 19 septembre". En ce moment, notre confrère héberge plus de 500 réfugiés chrétiens venus des districts occupés par les Rouges. Comme par ailleurs, les Réguliers ont pillé les greniers de sa fabrique paroissiale, il est assez inquiet pour l'avenir. Que Dieu protège notre vaillant confrère, qui malgré ses soixante ans et certaines petites infirmités dues à un séjour ininterrompu de 33 ans en Mission, a tenu et tient toujours le " coup " sans défaillance, en vrai missionnaire du 128 de la Rue du Bac !
    Pour un achat de vin de Messe de 1.200 francs, notre Mission a payé la somme de 10.000 francs, pour frais de douane et diverses taxes.
    Le P. Pagès a quitté Chengtu en avion, le lundi 22 octobre.
    Monsieur Joseph Ie, prêtre indigène, annonce que son oratoire de Che-iang a été occupé par les Réguliers qui ont démoli l'autel, les meubles et les cloisons pour en faire du bois de chauffage.

    Chungking
    1er décembre.

    Un des heureux jubilaires de l'ordination du 26 septembre 1909, en rappelant au souvenir du " Bulletin " le nom de Mgr Jantzen, nous a rendu plus sensible la peine que nous a faite la modestie trop discrète et la simplicité trop sévère de notre évêque vénéré qui, pour se soustraire à tout compliment et toute solennité, s'est enfui en quelque coin de brousse, vers le Kweichow, célébrer seul avec son bon ange ses noces d'argent sacerdotales. Nous espérons que son bon ange lui aura alors inspiré quelque repentir et une bonne résolution qui sache adoucir le coeur un peu meurtri de ses missionnaires. Qui sait ?... Notre retraite approche, et mieux vaut tard que jamais.
    Le 6 novembre, nous avions le plaisir de saluer le retour du P. Blanchard que nous commencions à croire perdu pour nous. D'urgence, il avait dû au printemps aller confier ses yeux bien atteints à des spécialistes de Shanghai. Nous savions que l'opération avait heureusement réussi, et que la seule condition imposée à notre confrère pour la bonne conservation de ses yeux est d'éviter la lumière des veilles, et donc de se coucher désormais et de se lever par conséquent de meilleure heure. Nous attendions donc avec joie son prochain retour. Et l'attendait surtout avec quelque impatience son intérimaire, le P. Millacet, nommé depuis juillet professeur au Petit Séminaire. Mais une lettre vint annoncer que notre cher confrère était parti pour le Japon, y prendre... quelques jours de vacances. Or nous savions déjà par le P. Thomas combien charitable et attirante j'allais dire accaparante est l'hospitalité que nos confrères du Japon réservent à leurs confrères de Chine. C'était donc là-bas, à Tôkyô, à Fukuoka, à Osaka que le P. Blanchard, comme il nous l'a raconté lui-même, s'éternisait, heureux de jouir d'une paix et d'un ordre auxquels il n'était plus habitué, et d'une civilisation que son enthousiasme excusable chez ceux qui viennent de Chine exagère sans doute quelque peu. Mais ce qui surtout l'y attachait et l'y retenait, c'était l'accueil si fraternel qui partout l'attendait chez nos confrères ; et le chroniqueur est sûr de se faire l'interprète du P. Blanchard en leur redisant à tous son cordial merci et sa profonde gratitude.
    Le 14 octobre, nous recevions les trois jeunes confrères destinés aux missions du Szechwan. Après quelques jours de repos, notre cher Benjamin de Chungking, le P. Perriot Comte, était envoyé par Mgr Jantzen chez son compatriote, aumônier du Carmel à Tsen-kia-gai, où déjà il s'adonne, avec l'ardeur qui lui est naturelle et que déjà ses succès à Rome ont consacrée, à l'étude de la langue chinoise. Ex praeterito spes in futurum. Le P. Caset, de la mission de Chengtu, attend, pour gagner sa mission, une place vacante sur l'Avion postal, deux heures de vol seulement. Le P. Montillon, destiné à Suifu, s'embarquera dans quelques jours avec le P. Lebreton, provicaire de la même mission, qui est arrivé de France le 22 novembre, après un heureux voyage.
    Nous attendons sous peu le retour de France de notre vénéré doyen, le P. Casimir Cacauld, dont l'âge ne diminue pas l'ardeur apostolique, puisqu'il n'a pas hésité, malgré l'insécurité actuelle de la Chine, à revenir parmi nous donner l'exemple de la fidélité... jusqu'au bout.
    La lutte communiste ou anticommuniste est un écheveau bien difficile à débrouiller. Les communiqués officiels ne disant que ce qu'ils veulent bien dire, et les officieux n'étant pas libres de parler autrement que les officiels, il en résulte que nous ne pouvons donner du front aucune nouvelle certaine. Il semble que, sur nos frontières nord, règne depuis quelques mois une accalmie relative. Notre frontière sud-est semble menacée beaucoup plus sérieusement par les troupes communistes qui, du Kiangsi et du Hounan, s'achemineraient assez fort librement vers les frontières Kweichow, Szechwan, Houpeh, auraient déjà même pénétré dans ces provinces et opéré leur jonction avec les bandes du fameux Ho long. Le 30 octobre, une de ces bandes faisait une brève irruption dans la ville de Yeou-yang, d'où elle se retirait après le pillage de quelques boutiques et la capture de quelques otages. La veille, les PP. P'en et Tch'en, prévenus du danger par le sous-préfet, s'étaient enfuis avec lui et d'autres notabilités jusqu'à notre petite résidence de Guen-t'ao-k'i, distante de la ville de quelques lys seulement. Les Pères, se jugeant là suffisamment en sûreté, prêts d'ailleurs à partir, à la première alerte, se réfugier dans des familles chrétiennes, laissèrent leurs compagnons continuer leur route. Mais bientôt ils apprenaient que ceux-ci étaient tombés entre les mains des communistes, et avaient été exécutés, sauf le directeur de la Poste qui fut relâché.
    En ville de Yeou-yang, l'oratoire ne subit aucune perte. Les communistes se contentèrent de réclamer et rechercher le missionnaire étranger qu'ils comptaient y trouver.
    Ces bandes traîneraient à leur suite deux captifs étrangers.

    Suifu
    1er décembre.

    A peine de retour de Chengtu, et bien que fatigué encore et même souffrant, le P. Dubois a regagné son district de Wangtatsoui Kwanintchang, le 29 novembre. Il y baptisera les néophytes qui savent la doctrine suffisante, licenciera ses écoles, puis reviendra à Suifu, où il lui sera plus facile de suivre le régime auquel il doit s'astreindre.
    Le jour même du départ du P. Dubois, dans l'après-midi, Monseigneur rentrait d'une tournée de confirmation dans le district du P. Jouve (Kiangan) et dans celui du P. Morge (Nanki).
    Dans une lettre du 21 novembre, le P. Boisguérin signalait qu'une bande de brigands, comptant plus de 200 fusils à tir rapide, marchait sur Mapien, venant des régions limitrophes du Yunnan, et que le sous-préfet avait télégraphié à Kienwei pour demander du secours. Espérons que Messieurs les bandits ne s'empareront pas une seconde fois de Mapien.

    Ningyuanfu
    12 octobre.

    Samedi 6 octobre, dans son église procathédrale, Mgr Baudry conférait le sacerdoce au diacre Philippe Siao, le premier prêtre originaire de la ville même de Ningyuan. Le lendemain dimanche, assisté par les PP. Tsiao et Lân, il célébra la grand'messe avec une maîtrise parfaite des cérémonies, et, cette fois encore, la chorale du Séminaire ne se montra pas inférieure à elle-même.
    Bonnes nouvelles de Penang : nos élèves y donnent satisfaction et quatre d'entre eux viennent d'être appelés à la tonsure.
    Monseigneur a désigné le P. Siao pour le poste de Tchangpintse où il sera vicaire du P. Boiteux. Il partira sous peu et accompagnera Monseigneur jusqu'à Têtchang. A cette époque en effet, Son Excellence ira faire la visite pastorale des districts de Kong mou in et de Hong pou so ; Elle profitera de son passage à Kong mou in pour donner ses directives aux ouvriers qui doivent sous peu commencer la construction de la nouvelle résidence.
    De Houangmoutchang, le P. Li écrit que les soldats ont enfin quitté le pays, à la grande joie de toute la population. A leur départ, le Père s'empressa d'aller rechercher le matériel assez important, par eux emprunté (? ! !) à l'oratoire ; mais il en fut pour sa peine. Il n'en restait rien, ou si peu que rien ; tout, sans doute, fut brûlé ! Les soldats auraient-ils résolu le problème du chauffage économique ?
    Dans le Houili, nouvelle taxe exorbitante sur le riz. A Kiangtchiou, pour les deux tan de revenu que nous y possédons, on nous réclame dix-huit piastres ; et à Hong pou so, nos maigres terrains sont imposés de près de cent piastres ; tout cela en dehors de l'impôt normal exigible à la fin de l'année. Verrons-nous s'étendre ailleurs, sinon partout, une pratique que l'on peut craindre fort dommageable à nos uvres ? Dans le Malong, un mouvement assez sérieux de révolte a exigé l'envoi d'une ou deux compagnies. Depuis leur départ, tout comme pour l'expédition de Longpa, on fait le silence sur le résultat de cette mesure de police.
    Excellentes nouvelles du P. Flahutez qui, après un heureux voyage, arrivait le 20 septembre a Yunnansen et trouvait auprès de Mgr de Jonghe l'accueil le plus aimable et le plus chaleureux. Il repartit le 24 pour Hanoi d'où, nous l'espérons, il nous ramènera, en bonne forme, après un voyage de retour mieux favorisé encore que celui de l'aller, notre très désiré nouveau.

    6 novembre.

    Monseigneur nous a quittés le 22 octobre pour une visite pastorale et s'est arrêté deux jours à Têtchang où l'attendaient les PP. Boiteux et Laborie. Ce dernier fera la visite du district de Tchangpintse en compagnie du P. Siao, son successeur, puis se rendra chez le P. Monbeig pour s'entendre avec lui sur les derniers aménagements à faire au nouvel oratoire de Chou oua ho, où il s'installera dans le courant de décembre.
    Le P. Flahutez écrit que notre nouveau confrère, le P. Bouttaz, est arrivé à Haiphong le 20 octobre ; ils devaient quitter Hanoi le 25. Que les bons anges du Kientchang protègent nos chers voyageurs.
    De Ientsin, le P. Monbeig écrit qu'on prépare une grande expédition militaire sur Longta, sous la conduite de Li Tsongtien. Le but de l'expédition serait de réclamer les 300.000 piastres dont on a puni les lamas. De Houili, le P. Ollivier est heureux d'annoncer que les travaux sont à peu près terminés ; il a renvoyé les maçons et il ne lui reste plus que quelques menuisiers. A Têtchang, le P. Boiteux est un peu effrayé par toutes les nouvelles constructions et les aménagements que réclame sa résidence. Les temps sont durs et l'argent rentre difficilement,... mais le Père a de nombreux et fidèles amis et, nous l'espérons, les fonds nécessaires arriveront à temps.

    26 novembre.

    Au jour fixé, 27 octobre, Monseigneur arrivait à Kongmouin. Dès le surlendemain, on put se mettre à la construction de l'église et de la résidence. L'accueil, fait à Son Excellence par les autorités civiles et militaires, fut vraiment cordial. Le commandant des troupes de Kintchouank'iâo et son lieutenant n'hésitèrent pas à faire le trajet qui sépare ces deux localités afin d'y rendre visite à Monseigneur. Le 1er novembre, celui-ci administra 52 confirmations et constata, non sans consolation, que les multiples avanies subies par ces chrétiens il y a deux ans, loin d'avoir ébranlé leur foi, l'ont au contraire rendue plus ferme que jamais.
    Le 17 novembre, Monseigneur atteignait Houili où les PP. Flahutez et Bouttaz le rejoignaient le 21 ; d'où l'on peut augurer pour la fin de cette semaine le retour de Son Excellence et l'arrivée de notre cher nouveau.
    Nous nous étions empressés d'annoncer la bonne nouvelle que l'oratoire de Houangmoutchang avait été évacué par les soldats. Notre joie a été de courte durée : le 28 octobre dernier, un autre détachement venait à son tour prendre logement dans la résidence du pauvre Père Li, sous le prétexte que sa maison est la plus confortable et la plus spacieuse du pays : " Et, disent-ils, ils y demeureront jusqu'au jour où la population leur aura bâti des casernements appropriés". Notre oratoire risque donc bien de voir sa destination changée en celle de caserne. Le P. Tchên a fait des démarches auprès de M. Yang Jen gan pour qu'il nous aide à rentrer en possession de nos locaux, et celui-ci a bien voulu promettre de s'y employer. Souhaitons qu'il ait assez d'autorité pour y réussir.

    Tatsienlu
    1er novembre.

    Par décision de Son Exc. Mgr le Vicaire Apostolique de Tatsienlu, Mr J.-B. Charrier est nommé Vicaire délégué et Provicaire de la Mission de Tatsienlu.
    La fête de St François d'Assise, 4 octobre, restera longtemps dans la mémoire des lépreux d'Otangtse. En effet, le Père Albiero, supérieur, avait choisi cette date, pour célébrer la première messe dans la grande chapelle, à peu près terminée. Et d'autre part, douze lépreux recevaient le baptême. Pétards, musique, festin traditionnel portèrent au comble la joie générale ;... et ce ne sont que les prémices, car chacun sait que le plus beau sera en janvier prochain, époque à laquelle Mgr Valentin bénira solennellement le nouvel édifice.
    Le P. Graton a fait, en fin de septembre, un voyage à Tsonghua et Mowkung, visitant ainsi ses voisins, MM. Charrier et Pezous. La randonnée ne se passa pas sans quelques incidents : de Tanpa à Tsonghua, " la route, à la suite d'éboulements, avait filé dans la rivière", mais, surtout, le passage de la haute montagne qui sépare Tsonghua de Mowkung (l'altitude de la passe est à près de 5000 m.), fut très dur au voyageur : " Je n'ai ni mangé ni fumé, pendant tout le jour !" précise-t-il. Voilà qui en dit plus long que bien des discours.... Enfin, "retapé" par les soins du P. Provicaire, il reprit d'un pied léger le chemin de Tanpa.
    Cependant, Mowkung était menacé d'une invasion. Trois à quatre cents soudards, conduits par un citoyen du pays, avaient décidé de s'emparer de cet " Éden-Opiofère ". Heureusement, les milices locales les arrêtèrent à temps. Mais, déjà une foule de froussards avaient confié leurs richesses au Père Charrier !...
    Des rives de la Salouen, nous apprenons, par le Père Genestier lui-même, que ses infirmités semblent s'aggraver. Après les jambes,ce sont les reins qui lui donnent maintenant des misères. Puisse ce malaise n'être que passager! 1935 ne réserve-t-il pas au Patriarche quelque... jubilé ?
    Notre précédente chronique annonçait que le commandant, qui occupait les établissements de la Mission à Batang, avait été chercher logis ailleurs. Nous fumes trop pressés. Des nouvelles récentes nous assurent que le monsieur est, hélas, encore là, et que les ordres d'évacuer, qu'il a reçus de ses chefs, n'ont pas l'air d'avoir grand effet.
    Et pour terminer, quelques bonnes nouvelles : l'impôt foncier dans la province du Sikang sera augmenté de 20 à partir de l'an prochain, XXIVe de la République ; dans la S.-préfecture de Lutingkiao, l'impôt de la susdite année sera levé incessamment. Le peuple de cette dernière région a eu l'audace d'adresser une supplique aux autorités, pour affirmer qu'il ne pouvait supporter pareilles charges. Il devrait, tout au contraire, apprécier la nouvelle preuve de confiance qu'on vient de lui témoigner en le chargeant de réparer à ses frais le pont de fer de Luting. La réputation de la Mission a failli lui faire supporter le tiers des dépenses. Mgr Valentin et le P. Valour n'ont réussi qu'à grande peine à faire baisser les prix....

    Yunnanfu

    Le Petit Nouvelliste. 1er décembre.
    Mgr de Jonghe a quitté Yunnanfu le 15 novembre pour la visite des chrétientés de la région Mongtse-Kaihoa. Il écrit le 23 de Lotoke qu'à cette date tout allait bien, qu'il quitterait cette localité le lendemain, et serait à Matang le 4 décembre.
    Les collectes, faites dans les chrétientés pour l'OEuvre de la Propagation de la Foi, vont sans doute être moins fructueuses que celles de l'an dernier ; la plupart ne nous ont pas encore été transmises, et cependant il va falloir les envoyer sans tarder à la Délégation à Pékin. On fait, non sans raison, remarquer que les temps sont durs, avec des récoltes déficitaires, et que les autorités inventent toutes sortes de prétextes pour soutirer de l'argent aux gens de la campagne. Un confrère nous signalait dernièrement un procédé peu banal mis en avant pour se procurer de nouvelles ressources. " Les gens du pays, écrit-il, qui ne plantaient plus d'opium depuis 5 ou 6 ans, se croyaient libérés de l'impôt opium. On le leur fait payer cette année avec les arriérés des années passées. On leur dit : planter ou non, cela n'a pas d'importance; l'important, c'est de payer, et de payer chaque année un peu plus! "
    Du 7 au 9 novembre, rapide passage du P. Moulin venu saluer les nouveaux arrivés. Le 9, départ pour Houangtsaopa du P. Malo et du Père chinois Houang de Lanlong. Le lendemain, c'était le tour des PP. Flahutez et Bouttaz pour le Kientchang.
    Les nouvelles que le P. Brun donne de sa santé ne sont pas brillantes ; il s'est résigné à aller à Vichy. Là, le Docteur lui a découvert une sérieuse maladie de foie, et déclare impossible son départ pour les missions à la fin de l'année. Le Père croit à de l'exagération, car depuis son arrivée à Marseille, il a gagné une dizaine de kilos.

    Lanlong

    15 octobre.
    Par décision de Son Excellence, le P. Signoret est nommé supérieur du séminaire de la Mission à Kim kia tch'ong, en remplacement du P. Williatte, qui lui reste attaché comme aide et conseiller.
    Son Excellence a quitté Lanlong le 26 septembre pour se rendre à Kweiyang prendre part à une conférence épiscopale entre les supérieurs des trois missions du groupe Kweichow. Mgr a fait un bon voyage jusqu'à Tchinlin, où il n'a pas trouvé d'autobus parce que réquisitionnés par l'autorité militaire. Nous ignorons s'il a été plus heureux à Ganchouen, ou s'il a dû utiliser la chaise jusqu'à Kweiyang.
    Le P. Cheilletz, retour d'Hanoi, a eu recours à l'habileté reconnue du dentiste japonais de Yunnanfu, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir des racines enlevées et des mâchoires enflées Quant à notre cher P. Benoît Houang, il est encore hospitalisé à la clinique St Paul à Hanoi. D'abord la Faculté a eu de la peine à déterminer la maladie qui le faisait tant souffrir ; elle se résolut à ouvrir le ventre du malade, et l'ouverture laissa voir un cancer dans un état déjà avancé ; le foie aussi serait en mauvais état. Nous croyons savoir que le Père penserait à son prochain retour, peut-être en compagnie de notre nouveau confrère, le P. Malo.
    Les nouvelles politiques de la province depuis un mois sont floues et quelquefois alarmantes.... Un chef de communistes, Siao K'e qui aurait autrefois travaillé dans le même métier à Longtcheou, serait dans venu du Kiangsi, en suivant les limites des provinces jusque la région Lyp'in-Koutcheou. On parle d'un ouan (10.000) comme effectif de sa troupe, mais il est fort probable que seuls, cinq à six mille sont armés. Les troupes du Hounan-Kwangsi l'ont poursuivi sur le territoire du Kweichow et refoulé vers le Nord. Ils auraient pillé la ville de Lao Hwangp'in. Ailleurs, ils se seraient contentés de loger dans les faubourgs. Ils pensaient, en passant le Ou kiang, se réunir aux bandes de Holong. On leur a disputé les passages et ils ont été rejetés dans la région Chets'ien-Iukin-Tcheniuen. Ces événements ont profondément ébranlé le gouvernement de Ouang kia lie. Les ennemis de la clique de T'ong tse escomptaient avoir sa peau. Le Hwang pei mou aurait pu replâtrer cette clique de Tong tse en faisant appel au Ieou Koue-ts'ai de H. kaopa, qui s'est enfin décidé à aller à Kweiyang. On dit qu'un nouveau gouvernement provincial serait ainsi formé :
    Chef civil (Tchou si) : Mao Kwang-ts'iang.
    Chef militaire (Kuin tchang) : Ouang Kia-lie.
    Chargé de purger la province de tous les bandits : Ieou Koue-ts'ai.
    Da pacem, Domine!

    15 novembre.
    Mgr Carlo est rentré hier mercredi de la conférence épiscopale de Kweiyang. Son Excellence a fait un crochet par Sintch'en où Elle a eu l'occasion de soigner le P. Huc, atteint de typhoïde ; elle est enrayée.
    Il semble que les bandes communistes de Siao K'e n'ont pu encore se réunir à celles de Holong ; ils seraient séparés par le fleuve Ou-kiang, dont les passes sont gardées par les troupes de Ouang Kia lie. Les troupes du Kwangsi et du Hounan ont infligé près de Che ts'ien, une défaite à Siao k'e dont les effectifs se seraient alors divisés en plusieurs bandes, dont l'une aurait repris la route par laquelle ils étaient venus, " allant, disent-ils, au devant du gros de leurs troupes ". Les troupes du Kwangsi et du Hounan sont rentrées dans leur province respective, laissant le Kweichow à son sort. La ville de Kweiyang est tranquille.
    Sous peu, va nous arriver notre cher nouveau, le P. Malo, en compagnie du P. Houang, retour de Hanoi, et dont la santé est sensiblement améliorée. Nous ignorons le jour de leur arrivée.

    Canton

    La retraite de nos confrères des Missions Etrangères a pris fin le vendredi 9 novembre à cinq heures. Le lendemain, les retraitants ont repris le chemin de leurs districts. Deux seulement de nos confrères ont été empêchés et n'ont pu prendre part à ces exercices spirituels.
    Les communistes, poussés par l'offensive des armées de Nankin, ontr éussi à pénétrer dans le territoire de notre province. Des chrétiens de la préfecture de Loktchong se sont, déjà depuis une semaine, réfugiés à Canton. Depuis, ils ont appris que les communistes étaient arrivés dans leur village de Pehyang.
    Les troupes de Nankin occupent maintenant toute ta province du Kiangsi, quelques territoires limitrophes du Kwangtong et du Hounan exceptés. La voiee st donc libre, du nord au sud de la province du Kiangsi. Les hostilités et la présence des communistes barrent maintenant la route de Kanchow par Canton, Shiuchow et Namhong.
    Le P. Chatelain s'est embarqué le 16 novembre à Marseille sur l'André Lebon. Mgr l'Auxiliaire est rentré de la tournée qu'il vient de faire dans les différents districts des sous-préfectures de Hoyun et Tchikam, Il s'est, sur l'invitation de Mgr Valtorta, rendu le 24 novembre à Waichow pour l'inauguration d'une église.
    Mgr Fourquet a pris part à Hongkong aux fêtes célébrées en l'honneur de Saint Jean Bosco par la Communauté Salésienne de l'endroit et, le 24 du même mois, aux solennités du cinquantenaire de la fondation de la Maison de Nazareth.

    15 décembre.
    Mgr l'Auxiliaire a administré le sacrement de Confirmation à la Léproserie le 12 de ce mois. De là, il s'est rendu à la ville de Toungkoun où il prêche un triduum aux chrétiens du P. Jarreau, les préparant ainsi à gagner l'indulgence de l'Année Sainte.
    Trois de nos séminaristes de Penang arriveront à Hongkong demain 16 décembre. Ils ont terminé leurs études théologiques et canoniques ; ils pourront être élevés au sacerdoce dans le courant de l'année 1935.

    Swatow

    16 décembre.
    Comme de tradition, le mois de novembre a été consacré à la rénovation spirituelle des ouvriers apostoliques de la Mission. Le R. P. Jean de Dieu Ramalho S. J., de la Mission de Shiuhing (Macao), a, pendant trois semaines consécutives, donné les Exercices aux confrères de la Société, aux Religieuses Ursulines et aux prêtres indigènes. L'infatigable prédicateur nous a nourris de la moelle de la spiritualité ignatienne ; sa parole chaude et convaincante a fait sur tous une profonde impression et nul doute qu'elle aura produit les meilleurs effets de sanctification chez tous.
    *** Notre correspondant oublie de nous annoncer une nouvelle qui le concerne tout spécialement. Heureusement, cette omission a été réparée par Mgr Rayssac qui nous dit sa joie d'avoir appris, le soir du dimanche Gaudete, que le Père Charles Vogel était nommé son Coadjuteur. Le Bulletin se réjouit d'offrir au nouveau Prélat ses respectueuses félicitations et lui souhaite un épiscopat heureux et fécond en fruits de salut. Ad multos et felices annos !

    Hanoi

    16 décembre.
    De quoi entretenir aujourd'hui les lecteurs du Bulletin, sinon de l'important et mémorable événement dont Hanoi vient d'être le théâtre, du Concile plénier d'Indochine? Il était prévu et en principe décidé depuis plusieurs années ; S.-E. le Délégué Apostolique en Indochine, aidé de ses théologiens, en avait établi avec soin le schéma, que nos Évêques purent étudier tout à loisir. On n'attendait plus pour réunir l'Assemblée, que les instructions dernières du Saint-Siège.
    Elles parvinrent, dans le courant de l'été, à la Délégation Apostolique de Hué sous la forme d'une lettre du Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Après avoir rendu hommage au dur labeur accompli durant 300 ans et aux résultats obtenus en ces régions par les Vicaires Apostoliques et leurs Missionnaires, et exprimé la joie qu'avait ressentie le Souverain Pontife Pie XI à l'annonce du premier Concile plénier de l'Indochine, l'Eminentissime Cardinal informait officiellement S. Exc. le Délégué Apostolique que le Saint-Père l'accréditait, en qualité de Légat du Saint-Siège, à présider l'Assemblée, et qu'il agréait comme lieu de réunion la ville de Hanoi, comme date d'ouverture le 18 novembre. Mgr Dreyer s'empressa de communiquer le document pontifical aux Supérieurs des Missions relevant de la Délégation.
    Aussitôt commencèrent ici les préparatifs matériels. Disposer et orner en vue des sessions solennelles l'église cathédrale, aménager le Probatorium pour les séances de travail, et les bâtiments de la Mission pour y loger, presque en totalité, les 47 membres du Concile, dont 20 Evêques, n'était pas chose facile. Disons tout de suite et nous sommes sûrs d'être en cela l'interprète de tous que ceux à qui incomba le soin de ces préparatifs, Mr Dronet pour l'église, Mr Pédebideau pour la Mission, Mgr Chaize pour veiller à tout, furent largement à la hauteur de leur tâche.
    Le jeudi 15 novembre, avait été fixé comme date extrême à laquelle les membres du Concile devaient être présents à Hanoi. Tous furent fidèles au rendez-vous ; et le soir de ce jour, malgré le mauvais état de la route Hué Hanoi, rendue impraticable en plusieurs points par des pluies torrentielles, l'assemblée au complet se trouvait à pied d'oeuvre. En voici, ad memoriam, la composition officielle.

    Listes des Excellentissimes Pères du Concile et des autres synodaux.

    1 Président: S. Exc. Mgr Colornban Dreyer, Délégué Apostolique.
    Prélats Théologiens

    2 Mgr Gendreau, Vic. ap. de Hanoi
    3 Raimond Hunghoa
    4 Marcou Phatdiem
    5 Munagorri Mùi-Chu
    6 Perros Bangkok
    7 Eloy Vinh
    8 De Cooman Thanhhoa
    9 Gouin Laos
    10 Chaize, Coadj. Hanoi
    11 Dumortier, Vic. ap. Saigon
    12 Herrgott Phnompenh
    13 Tardieu Quinhon
    14 Chabanon Hué
    15 Artaraz Bacninh
    16 Gomez Haiphong
    17 Tong Coadj Phatdiem
    18 tannin Vic. ap. Kontum
    19 Hedde, Préf. ap. Lang-son
    20 Pasotti Siam Hanoi
    Supérieurs réguliers
    21 R. P. Bernard Phuoc-son
    22 R. P. Serra (1) O. P. Brai-Chu
    23 R, P. Aparitio (2) O. P. Haiphong
    24 R. P. Jeffro O. P. Lang-son
    25 R. P. Bertin O.F. M. Vinh
    36 R. P. Dionne C. SS. R. Hué

    27 R. P. Hue, prov. Hunghoa
    28 R. P. Dalaine, Vinh
    29 R. P. Lemasle, Hué 30
    30 R. P. Chaballier, m ap. Phnompenh
    31 R. P. Diez O. P. Haiduong
    32 R. P. Garcia O. P. Bùi-Chu
    33 R. P. Bayet, m. ap. Laos
    34 R. P. Corompt, m. ap. Kontum
    35 R. P. Canilhac, prov. Thanhhoa
    Théologiens du Délégué Apost
    36 R. P. Vuillard, m. ap. Hanoi
    37 R. P. Paliard, Sém. St-Sulpice
    38 R. P. Casado O. P. Bùi-Chu
    39 R. P. Cân Hué
    40 R. P. Triêu Saigon
    Théologiens Indigènes
    41 R. P. Duc Saigon
    42 R. P. Phùng Phatdiem
    43 R. P. Hoàn Hanoi
    44 R. P. Trung Quinhon
    45 R. P. Gabriel Bangkok
    46 R. P. Trang Bac-ninh
    47 R. R Bresson O. F. M., Secrétaire du Délégué

    Procureurs: RR. PP. Pédebidau et Fournier.
    Portiers : PP. Lebourdais et Viêt.

    (1) manquant, pour cause de maladie.
    (2) remplacé au dernier moment par le R. P. Moréno, de Haiphong

    Et voici maintenant, en style télégraphique, pour ne pas allonger démesurément cette chronique, le processus des travaux conciliaires.
    Vendredi, 16 novembre : séances préparatoires. S. Exc. le Président, expose à nouveau les buts du Concile : adaptation aux nécessités modernes des méthodes de diffusion de l'Evangile ; formation du Clergé indigène pour le rendre apte à s'acquitter de toutes les tâches qui lui seront progressivement confiées, conformément à la volonté du Saint-Siège et au but final de l'Apostolat Missionnaire ; développement de l'Action catholique.
    Des télégrammes sont adressés, au nom de l'Assemblée, au Souverain Pontife, à M. le Gouverneur Général de l'Indochine Française, à S. Exc. Mgr Allys retenu à Hué par ses infirmités, et une députation est envoyée vers S. Exc. Mgr Gendreau hospitalisé à la clinique Saint-Paul. A ces démarches de haute convenance, seront faites des réponses, dont le Concile appréciera non moins hautement le prix.
    Samedi 17, suite des travaux préparatoires. Nomination des cinq Commissions, entre lesquelles sont distribués les divers chapitres du schéma. Chaque Commission est présidée par un Evêque. Un théologien, secrétaire, rapportera devant les Assemblées plénières les avis motivés de sa Commission sur les questions soumises à l'examen de celle-ci.
    Dimanche, 18 novembre, Session solennelle d'ouverture à l'église cathédrale. Les Evêques, mitre en tête, revêtus de la chape rouge et accompagnés chacun de son théologien, se rendent processionnellement de la Mission à l'église. Rue magnifiquement décorée, cortège splendide, foule immense, recueillie et sympathique, photographes nombreux dont les épreuves seront, les jours suivants, étalées aux vitrines, reproduites par les journaux, répandues du Nord au Sud de l'Indochine. A l'église, messe pontificale extrêmement imposante ; les Evêques assistent au choeur, le Délégué Apostolique à son trône ; les cérémonies, exécutées par les Séminaristes de Saint-Sulpice sous la direction de Mr Uzureau, sont impeccables. Discours inaugural en français par Mgr Hedde. Le soir, Salut solennel et discours en annamite donné par Mgr Tong.
    Le Concile est officiellement ouvert. Il se poursuivra jusqu'au 5 décembre, au rythme de deux séances de travail, de deux heures chacune, par jour. Le matin, ordinairement travail en commissions, le soir, séance des Evêques, ou séance plénière, suivie du Salut du T. S. Sacrement et le Dimanche, session solennelle à l'église cathédrale. Deux autres cérémonies, de caractère différent, marquèrent en plus la première semaine. Un thé d'honneur fut offert le jeudi, 22 novembre, à tous les membres du Concile, dans les salons de la Résidence Supérieure, par M. et Mme Tholance. Le Gouverneur Général Robin, qui séjourne actuellement à Saigon, était représenté par le M. le Secrétaire Général Yves Châtel. Réunion empreinte de la plus grande cordialité. Le lendemain, vendredi, une messe solennelle de Requiem fut célébrée à la cathédrale et suivie de cinq absoutes, à la mémoire des Evêques morts en Indochine depuis le début de la prédication évangélique.
    Enfin, le jeudi 5 décembre, session solennelle de clôture. "Les grandes Assises de l'Eglise indochinoise ", comme s'exprime un journal local, sont terminées. Ceux qui furent nos hôtes durant ces trois semaines, ont hâte de regagner leurs missions. Dès l'après-midi, plus de la moitié d'entre eux quittent Hanoi ; les autres partent le vendredi matin.
    Le premier Concile plénier d'Indochine a produit une profonde impression, non seulement sur nos catholiques, mais aussi sur les bouddhistes et sur toute la population française et annamite en général. Il y est apparu, une fois de plus, que dans nos temps de désarroi intellectuel, moral et social, où les âmes se dispersent lamentablement à tous vents de doctrines, l'Eglise catholique est demeurée le phare, la boussole, le vaisseau capables d'éclairer, de guider et de porter l'humanité vers sa destinée véritable. On peut affirmer qu'au spectacle qu'a donné le Concile, beaucoup d'âmes se sont senties attirées vers notre Sainte Religion. C'est déjà un premier résultat, dont on ne saurait nier l'importance, et qui augure bien pour l'avenir de l'Apostolat en ce pays.
    Pour finir, voici quelques nouvelles de la Mission. S. Exc. Mgr Gendreau n'a pu faire qu'une unique et courte apparition au Concile. Le vénérable patriarche est toujours à la clinique Saint-Paul. Ce n'est pas, à vrai dire, que son état se soit aggravé depuis quelques mois ; mais son grand âge et la fragilité de sa santé rendent nécessaires des soins qui ne pourraient lui être donnés à l'évêché.
    Le Séminaire de Paris, comblant nos voeux, vient de nous rendre Mr Villebonnet. Bien remis de ses fatigues, ayant repris son allant d'autrefois, notre confrère arrive juste à point pour être très utile. Mgr vient en effet de scinder en trois la paroisse de Hanoi ville. M. Dronet conservant sa cathédrale en dépit de ses 79 ans, M. Dépaulis serait chargé de Saint-Antoine, et M. Villebonnet tout indiqué comme curé des Bienheureux Martyrs.

    Hunghoa

    14 décembre.
    Le Père Hue, Provicaire, a accompagné Son Excellence au Concile régional de l'Indochine, à Hanoi.
    Le 18 novembre, jour de l'ouverture solennelle de ce Concile, le soleil fit une courte apparition ; il pleuvait depuis si longtemps qu'on ne pensait plus à lui. Du reste, les jours suivants, il se cacha à nouveau, et cela, pendant plus d'une semaine encore. Enfin, est venu le froid sec, avec la rosée, durant la nuit, et soleil vif, pendant la journée, comme, chaque année en cette saison ; d'octobre à janvier, en effet, c'est ordinairement, au Tonkin, le beau temps ; mais, cette année, il n'en a pas été ainsi, et, en octobre et novembre, le mauvais temps dura trop, et les " queues de typhon " furent vraiment plus nombreuses que de coutume !
    Aussi, encore actuellement, beaucoup de grippés, adultes et enfants ! Et puis, par suite de ces pluies, la moisson du 10e mois est plutôt piètre ; en bien des endroits, à peine le tiers de la récolte ordinaire : beaucoup de pauvres gens, sans travail, ne mangent pas à leur faim, sans compter qu'il y a la perspective de l'impôt, pour décembre !
    De grands travaux d'hydraulique se préparent dans la province de Sontây, au sud de la mission. Déjà, les années précédentes, des canaux ont été creusés en cette région, pour l'irrigation régulière des rizières ; cette année, c'est la construction d'un immense barrage, de près de 150m de long, que l'on commence, sur l'un des bras du Fleuve Rouge, le Sông-Dài, à 14 km. de Sontây. Les travaux dureront environ trois ans, et occuperont des milliers de travailleurs. Le P. Massard, curé de Sontây, songe déjà qu'il y aura pas mal de catholiques parmi ces ouvriers, et que de ce fait, soit en son église, soit dans les chapelles de ses nouvelles chrétientés, voisines des chantiers, l'assistance à la messe le dimanche sera encore plus nombreuse.
    Dans la région de Phu-Tho, le P. Fleury, professeur au Petit Séminaire de Hà-Thach, a fait des baptêmes d'adultes une vingtaine dans une chrétienté voisine, à laquelle il s'intéresse, et qu'il a aidée à se former, il y a deux ou trois ans. Entre temps, il songe à doter la ville de Phu-Tho d'une église, et cherche les moyens de réaliser cette uvre ; le terrain est prêt ; les fonds, nécessaires pour la mener à bien et faire quelque chose de convenable, sont loin de suffire T. C'est lui aussi qui se charge du ministère paroissial, auprès des Français de ce centre : aujourd'hui, c'est un mariage, à l'église de Hà-Thach ; un autre jour, c'est l'enterrement d'un colon, à Phu-Tho ; le jeudi, au Petit Séminaire, c'est le catéchisme fait aux enfants d'un fonctionnaire. Souhaitons-lui de réussir dans son entreprise, et que quelque bonne âme l'aide à élever bientôt cette église !
    Le P. Doussoux, qui s'occupe des " Mèo " de la région de Nghia-Lô, et chargé de ceux une trentaine que Mgr Ramond a baptisés, au mois d'août, à Chapa, est allé passer, avec l'assentiment de Son Excellence, quelques semaines au Yunnan, à seule fin de se perfectionner dans la connaissance de la langue " Mèo ". Il y reçut la bienveillante hospitalité du P. Bougault, lui aussi apôtre des " Mèo ", et les deux prêtres " Mèo ", que Mgr De Jonghe avait eu l'amabilité de mettre à sa disposion, lui ont fourni de multiples renseignements sur ces peuplades montagnardes, et aussi de précieux matériaux, pour l'élaboration d'un livre de prières et d'un petit catéchisme, en langue " Mèo " ; ces ouvrages, s'il peut les composer, lui rendront service, pour l'évangélisation de ces gens, qui, jusqu'ici, récitent leurs prières dans la langue chinoise, langue qui n'est pas la leur, et qu'au Tonkin ils ne comprennent pas plus que la langue annamite.
    L'école " Mèo ", que le P. Doussoux a fondée, à quelque neuf cents mètres d'altitude, non loin de Nghia-Lo, lui donne satisfaction, et espoir de résultat, au point de vue conversions. Ces braves gens témoignent de leur bonne volonté ; d'eux-mêmes, ils ont fait
    le chemin d'accès à leur village, sur le flanc de la montagne, et, comme ils le disent, ils viennent étudier, non tant pour apprendre l'annamite que pour étudier la Religion, " suivre " le Père, et " suivre " ainsi le Bon Dieu.
    Le P. Doussoux a su les prendre ! Ainsi, quand il décida d'aller à Chapa, pour le baptême rappelé ci-dessus, ils ne voulaient pas le laisser partir.... de peur qu'il ne revînt plus. "Que ferons-nous ?... Nous mourrons tous de chagrin ! " Disaient-ils ; l'un clamait : " Je boirai du poison " ; un autre : " Je me crèverai les yeux avec une aiguille ". Comment ne pas être ému, en entendant pareilles exclamations?
    Non seulement, le P. Doussoux n'a pas quitté ces braves " Mèo " ; mais il se donne tout à eux, et même, le voilà en passe de devenir... thaumaturge 1 Oyez plutôt cette histoire authentique :
    La jeune femme d'un de ses écoliers celui-ci âgé de 20 ans était venue, par curiosité, assister à la messe, à Dông-Lu, résidence du Père. A la sortie, elle aurait, paraît-il, quelque peu " singé " les gestes du Missionnaire, au saint autel, voire même fait des grimaces à la statue de la Vierge, qui est dans la grotte de Lourdes, auprès de la chapelle. Toujours est-il que, presque aussitôt, elle devint quasi-muette, et comme idiote, ne faisant que déraisonner et geindre, nuit et jour.
    D'où cela venait-il ? Un premier sorcier, appelé aussitôt, essaya, à différentes reprises, de la guérir, mais dut avouer son impuissance ; puis, un deuxième, un troisième, qui se reconnurent également incompétents ; un quatrième, malgré tous ses sortilèges, ne réussit pas mieux ! Seul, d'après eux, le Père pouvait la sauver ; elle avait péché envers " le Ciel ", seul, "le Ciel " pourrait la délivrer, et cela, par l'intermédiaire du Père !
    Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le mari et le beau-père de la... criminelle l'amènent de force au P. Doussoux, et lui exposent, avec précision, la situation. Le plus ennuyé de tous, c'est celui-ci ! Que va-t-il faire ? Il n'est pas sorcier, lui ! Et, s'il ne réussit pas mieux que les quatre autres, comme il va " perdre la face " !
    Bref, il essaie toujours, et, se souvenant que la coupable, non seulement l'a " singé ", lui, curé de l'endroit, mais a encore manqué de respect à la Ste Vierge, il lui passe au cou une médaille de la Vierge miraculeuse, puis fait prendre, en son nom, par le mari et le beau-père, l'engagement de venir, en cas de guérison, étudier la Religion, et d'assister, tous trois, à la messe, le lendemain.
    C'est promis ; le lendemain matin, beau-père, mari et femme sont à la chapelle ; durant toute la messe, la femme ne fait que gémir. Comme résultat, ce n'est pas fameux ! Cest d'autant plus regrettable que le P. Doussoux doit s'absenter pour quelques jours ! Il confie tout à la Ste Vierge. Or, durant son absence, le mari et le beau-père, fidèles à l'engagement pris, continuent de conduire leur épouse et fille à la chapelle, et cela, chaque matin, afin d'y entendre les prières, récitées par l'instituteur et un petit " Mèo " orphelin, recueilli par le Père. Et, voilà qu'au bout de cinq ou six jours cette jeune personne est guérie, retrouve son entière lucidité d'esprit, et reprend des forces, comme auparavant !
    Maintenant, portant avec fierté sa belle médaille, elle vient tous les jours avec son mari apprendre les prières en annamite. Inutile d'ajouter que cette guérison, pour laquelle quatre sorciers avaient " calé ", a produit une impression extraordinaire dans tout le pays, et que l'ascendant du Père s'en est prodigieusement accrû !

    Thanh-hoa

    18 novembre.
    Notre évêque nous a quittés pour aller siéger au Concile Indochinois, qui en ce moment, tient ses assises à Hanoi. A ce concile prennent part tous les évêques et supérieurs d'Ordres religieux de l'Indochine française et du Siam. Le P. Canilhac, provicaire et supérieur pour la région Châu-Laos, accompagne Son Excellence Mgr De Cooman ; il pourra, si la question est abordée au Concile, parler en spécialiste, de l'adaptation mutuelle des moeurs thay et des préceptes et conseils évangéliques.
    De cette lointaine région, le P. Mironneau écrit : " Je viens de recevoir délégation officielle d'opérer le recensement administratif dans la sous-préfecture de Muong-Sôi, province de Sam-Neua, Laos. En cette contrée, deux races, (que la communauté d'origine n'empêche pas de se considérer et de se comporter en toute occasion comme frères ennemis), Phu-Thays et Laotiens, s'affrontent, se disputant la possession du sol (jadis en des combats sans merci, et à présent à coups de procès). Le recensement doit préparer les voies à un partage équitable des champs entre les deux races antagonistes. Depuis deux mois je circule par monts et par vaux, ayant ainsi l'honneur d'être, tout à la fois, le premier européen à pénétrer en maints villages et le premier prêtre à y offrir le Saint Sacrifice. La sous-préfecture compte de 6 à 7.000 habitants, disséminés en une multitude de villages, et chaque canton, de 1.500 à 2.000 personnes. Ces voyages incessants ne sont pas sans attraits, en cette période actuelle de la belle saison.... Amitiés et... en selle! "
    Au sujet des voyages à cheval en région montagneuse où, à la moindre averse, les sentiers deviennent glissants comme graisse, révélons aux profanes que la meilleure manière de gravir sans trop de difficultés les raidillons à pic, est de saisir à pleines mains la queue du cheval, de raidir ensuite les jambes et de se laisser enlever, à grandes enjambées, vers les hauteurs par le bucéphale, bien trop occupé à se maintenir lui-même en équilibre pour songer à ruer, ou même à quoailler.
    Le typhon qui vient de dévaster les provinces de Vinh et de Dông-Hoi, a déversé aussi des torrents d'eau jusque par chez nous. Les riz, fort heureusement alors parvenus à maturité, se trouvent pour l'heure couchés dans les rizières. Les bons nhaqués (paysans) s'empressent à le relever à la faucille, surcroît de travail pour la moisson. Depuis longtemps ne s'était vu en nos parages mois de novembre si anormalement pluvieux.
    Le nouvel Evêché, qui servira aussi de maison commune pour les missionnaires, prêtres indigènes et catéchistes du vicariat, est enfin achevé. Chacun s'accorde à en louer les lignes architecturales et les heureux aménagements intérieurs. Les chambres sont bien un tantinet exiguës..., mais il s'agissait de réaliser un grand nombre de chambres, par le moyen de nombreuses économies, tout en sauvegardant des salles spacieuses pour le réfectoire, la chapelle, les appartements de Mgr et des confrères à demeure.... L'aimable et bénévole architecte, M. Faucheux, ingénieur des Travaux Publics à Thanh-hoa, et le Père Barnabé, procureur de la Mission, ont réalisé de concert cette gageure de faire grand, solide et beau, avec le plus strict minimum de dépenses. Qu'ils en soient l'un et l'autre remerciés bien vivement de la part de tous les confrères du Vicariat. Le nouvel Evêché érige sa masse imposante en bordure de la ville, dans un site ravissant ; et comme, tout à proximité, se dressent les Maison Mère, écoles et pensionnat des Religieuses de Notre-Dame des Missions, séparés par un simple mur mitoyen des constructions du Carmel, lui-même bordé latéralement, aux distances de rigueur, par notre Ecole de Catéchistes, tout cet ensemble, d'où émerge le svelte clocher de l'église paroissiale cathédrale, forme comme une cité religieuse du plus esthétique et catholique effet.
    De nombreux confrères et prêtres indigènes sont venus déjà inspecter le nouvel évêché ; tous se sont déclarés ravis : larges vérandahs, eau et électricité à tous les étages... les goûts les plus difficiles ont lieu d'être satisfaits. Parmi nos visiteurs, citons : Son Excellence Mgr le Délégué apostolique, le R. P. Prieur de la Trappe de Phuoc-Son, etc......

    14 décembre.
    Le Concile d'Indochine, qui vient de se clore, nous a valu un afflux inaccoutumé de nobles visiteurs, itinérant du Sud vers le Nord, vers Hanoi, puis, trois semaines plus tard, refluant vers leurs Missions respectives du Sud, avec station halte intermédiaire à Thanh-hoa. Ainsi, eûmes-nous l'avantage de nous incliner sous la main bénissante de Leurs Excellences Mgr Dreyer, Délégué apostolique ; Mgr Chabanon, évêque de Hué ; Mgr Jannin, évêque des Bahnars. Sur le plan immédiatement inférieur, nous retrouvâmes la bonne grâce souriante du R. P. Franciscain, secrétaire de la Délégation apostolique, l'austère figure du R. P. Dionne, Supérieur provincial de la Congrégation du St Rédempteur ; le fin sourire, un tantinet narquois du P. Lemasle, provicaire de Hué, qui, après les préoccupations sans, doute redoutables du Concile, nous réapparut animé de la même bonne humeur inaltérable, avec le même calme sereinement imperturbable des vieilles troupes coloniales. Retrouvé aussi, après trente ans de séparation, le P. Corompt qui, pour les Européens d'Indochine Française, est le " Père du café " de Kontum, l'inventeur d'une méthode inédite de culture du caféier, méthode qui chez lui donne d'excellents résultats ... et beaucoup de déboires partout ailleurs. Dans le fief agricole du P. Corompt, les jeunes caféiers sont plantés en pleine forêt, puis abandonnés à leur malheureux sort, qui est de croître à l'état sauvage. Plus d'autres dépenses, dès lors, que les frais de cueillette au moment de la récolte. A Kontum, la pénurie de la main-d'oeuvre, la rareté du " boxer " du café, l'excellence surtout des terres rouges justifient peut-être ces procédés économiques de culture ; le Père, toutefois, après la visite dans notre voisinage d'une plantation de caféiers conduite suivant les méthodes rationnelles et expérimentales accréditées, avouait que le rendement des concessions " civilisées " laissait bien loin derrière lui le produit aléatoire des plantations " sauvages ".
    La retraite de nos catéchistes bat son plein. Ceux d'entre eux qui n'avaient pu encore visiter le nouvel évêché, ont, dès leur arrivée, consacré plusieurs heures à en explorer tous les recoins et à en admirer, extasiés, les divers aménagements. Combien de commutateurs électriques auront été maltraités, mis hors d'usage, combien de robinets faussés par ces apprentis - mécaniciens - électriciens assoiffés de savoir ! Le Père Procureur en dénombrera, sans grande satisfaction, l'impressionnant total à la fin de la retraite. Tout est rentré dans l'ordre à présent, et vraiment, ces jeunes gens sont édifiants de recueillement, de piété et de bonne volonté.
    Le chef-lieu paroissial de Ke-Rua vient d'être anéanti : 130 mai sons ont été la proie des flammes ; rien ne put être sauvé, les habitants se trouvant occupés aux travaux des champs au moment du sinistre. En plein hiver, sans riz, sans vêtements ni logis, les pauvres gens, curé en tête, clament tout naturellement leur détresse vers le Vicaire apostolique.
    Le P. Huctin, parti d'ici moribond, est rentré de Hongkong, l'état général quelque peu amélioré. Et " du pays d'Arvor, où le sol est dur, où le coeur est fort ", nous est arrivé un jeune et vigoureux Armoricain, plein de zèle et d'entrain, répondant au nom bretonnant de Pencolé. Jeunes et vieux, " plus et moins de trente ans ", s'unissent pour faire un cordial accueil et souhaiter longs et loyaux services au " jeune conscrit,
    Qui vient aussi lutter sous la bannière
    De Jésus-Christ !"

    Bangkok

    8 décembre.
    Pour se rendre au Concile d'Indochine qui s'est ouvert à Hanoi le dimanche 18 novembre, S. Exc. Mgr Perros, accompagné du Père Gabriel, Prêtre Indigène, a quitté Bangkok le mardi 6 novembre, via Phnompenh et Saigon. Mgr Pasotti, Préfet ap. de la Mission Salésienne de Ratburi, se rendant également au Concile, s'est joint à la délégation de Bangkok pour effectuer ce même voyage.
    En l'absence de Mgr Perros, la retraite annuelle des missionnaires a été présidée par le R. P. Guillou, Provicaire. L'éloignement de la capitale, la maladie et certaines occupations pour plusieurs avaient réduit le nombre des présents à 10 ; c'est un record minimum. Les dix retraitants ont du moins tâché de suppléer par leur ferveur à ce qui manquait pour le nombre.
    Comme d'ordinaire, les fêtes qui se déroulent à l'occasion de la naissance du Roi, ont été célébrées dans un grand enthousiasme. On ne sait si ces réjouissances auront le don de faire revenir Sa Majesté sur sa décision d'abdiquer. Il est vrai d'ailleurs que les Siamois n'ont appris ces rumeurs d'abdication qu'après la lecture des journaux européens ou, pour quelques privilégiés, par les émissions de Radio.
    La compagnie "Air France " annonce la création d'une ligne directe Bangkok Hanoi à partir du 1er janvier 1935.

    Laos

    Thakhek 24 novembre.
    De nombreux confrères n'ayant pu assister aux fêtes de Tharé, dont a parlé le dernier Bulletin, nous profitâmes de la retraite pour fêter, dans l'intimité cette fois, notre bon et cher Provicaire, le P. Combourieu.
    Cinquante ans de Laos dans le même poste, ça vaut bien cela, ça vaudrait même davantage, mais notre pauvre Mission se doit de rester humble dans ses fastes comme dans ses joies.
    Et par hasard, pendant cette retraite, on nous lisait au réfectoire " Le Christ dans la banlieue " du P. Lhande. Avec mélancolie, je songeais à nos pionniers de 1883-1884-1885, les nôtres, qui n'ont pc pas leur histoire ; et cependant, quelle histoire!
    Nous fêtâmes aussi les vingt-cinq ans du cher P. Alazard, l'homme complaisant parmi les complaisants, toujours en quête d'un service à rendre. Son curriculum vitoe fut fait de main de maître et dit très agréablement.
    Les deux jubilés furent joyeusement célébrés et notre cher nouveau, le P. Dequier, put se rendre compte que l'on ne s'ennuyait pas au Laos. Nous lui souhaitons de prendre modèle sur ces deux jubilaires, s'il veut faire de bon travail et devenir un parfait missionnaire.

    Pondichéry

    Le Trait d'Union novembre.
    Le P. Gaston a poussé une visite aux Frères franciscains qui se dévouent dans la région de Ravattanallur ès bords du Pallar. Il a été très édifié de ce qu'il a vu. Les Frères, pénétrés du vrai esprit franciscain, se font tout à tous. Les enfants de leurs écoles, quoique non baptisés encore, portent tous des noms chrétiens et saluent à la chrétienne ainsi que leurs parents, avec lesquels les Frères entretiennent un contact perpétuel et charitable, allant les visiter chez eux, soignant les malades ... L'installation des Frères est tout ce qu'il y a de plus apostolique et ne pèche pas par l'abondance de confortable ; c'est plutôt le contraire. Ils se contentent de la nourriture que ces braves gens leur apportent.
    " Le blé lève ", disait Bazin, répétant ce que disait N.-S. en montrant à ses apôtres les blés jaunissants au soleil de Samarie ; la moisson est abondante ; quand elle sera mûre, tout laisse espérer que les Frères mettront de nombreux et lourds épis dans le grenier du Père de famille. St Paul avait raison : Impendam et superimpendar pro animabus vestris.
    Le 13, arrivée du P. Peyroutet, en bonne santé du reste. Il vient respirer un peu l'air de la mer et de la maison mère, en attendant que ses Viriyourars l'exercent à la patience comme auparavant.
    Dans l'Inde anglaise, élections à l'assemblée législative de Delhi. Tous les journaux, à quelque nuance qu'ils appartiennent, sont unanimes à constater le triomphe des candidats congressistes à peu près partout.
    Un chanoine du diocèse de Quimper, le Chanoine Perennès, se propose d'écrire la vie de Mgr Laouênan, premier archevêque de Pondichéry. Dans ce but, il a écrit à Mgr Colas de lui envoyer certains documents des archives. L'envoi est un fait accompli.

    Mysore

    25 novembre.
    Réservons donc pour une fois la chronique à la Section Européenne de notre Collège St Joseph. A la distribution des prix, ces jours derniers, le P. Collart y lisait, en qualité de Recteur, le rapport annuel parmi lequel nous glanons :
    " 1934 forme la 76e année de notre existence comme pensionnat. Plaçant devant vous l'an dernier un bref aperçu historique du développement de l'école depuis 1858, nous pouvions remercier Dieu pour la bonne mesure de succès dont il lui avait plu de récompenser les efforts des maîtres et des élèves. J'allais même jusqu'à appeler l'année " Annus Mirabilis " et exprimais ma confiance de pouvoir en 1934 élever ce terme au comparatif. Il se trouve que le temps n'est pas encore venu d'opérer ce changement, puisque notre bilan accuse cette fois quelque régression en matière d'études et de sports. Loin d'en être découragés, à l'exemple de l'athlète qui n'a pas passé la barre dans le saut en hauteur, nous voyons dans cette légère chute une invitation à mieux faire : nous calculerons plus exactement la distance, sauterons au bon moment, et réussirons ".
    Ce préambule vous inquiète-t-il ? Oh ! Rassurez-vous. Les voici les " pauvres " résultats de l'année : 60 % de succès aux examens locaux, 64 % au Senior Cambridge, 100 % au Junior ! Et si nos grands élèves, membres de l'Auxiliary Force, n'ont pu s'adjuger le trophée, c'est pour n'avoir gagné que 90 points sur 100, contre les 90 et demi d'une école rivale.
    Après les lettres trimestrielles envoyées depuis peu aux parents, voici que s'annonce une heureuse innovation complémentaire : le Calendrier de l'Ecole. Il donnera les informations générales sur les livres de classe nécessaires, les programmes d'études, le règlement de la maison. " Devant également contenir une appréciation hebdomadaire du travail de chaque enfant, il sera le bienvenu, j'en suis sûr, auprès des parents, pour la facilité qu'il leur donnera de suivre de semaine en semaine les progrès de leurs fils ".
    Suivent des remarques diverses sur le scoutisme, la bonne marche des " bouses " ou groupements d'élèves pour faciliter une saine émulation, l'accroissement constant du nombre des externes, les difficultés rencontrées en cherchant à donner à tous un réel esprit de corps, etc....
    Signe des temps : sur un personnel de 27 professeurs, il ne se rencontre maintenant plus que trois confrères des Missions Etrangères, les PP. Collart, St Germain et Choulet. Mais les Anciens, réunis le 9 septembre au nombre de 70, n'oublient pas leurs maîtres d'autrefois. Après les bourses et prix déjà institués en souvenir des PP. Froger, Vandenbossche et Schmitt (ainsi que des FF. Augustin et Francis), les voici qui viennent de compléter des fondations sous les noms des PP. Blaise, Dutay, Mathevet, Bozon.
    Signalons les récents succès d'un Ancien à Oxford. Et réjouissons-nous plus encore de l'ordination sacerdotale d'un autre en août dernier au Séminaire Pontifical de Kandy.

    Coïmbatore

    12 novembre.
    Le numéro d'octobre dernier donnait la photographie de la nouvelle église de Coïmbatore. Les travaux déjà avancés alors, sont vivement menés et le jour de la consécration approche. A côté de sa forme élégante et élancée, la cathédrale Saint-Michel pâlit un peu et certains confrères préfèrent réserver le titre de cathédrale à la nouvelle église. C'est le P. Beyls, le grand bâtisseur de la mission, qui en a la direction et les tracas, qu'il cumule avec la procure et la direction de l'école industrielle. Pour prendre un peu de repos, il est allé au commencement de septembre passer deux jours à Salem d'où il a ramené le renfort de France. En effet, le P. Michotte, procureur de Salem, était allé à Colombo à bord du Chenonceaux prendre les deux jeunes missionnaires de l'Inde : le P. Cros pour Salem et le P. Gentinne pour Coïmbatore.
    Le 14 octobre, Monseigneur accompagné du nouveau se rendait à Pélianhulam, chez le P. Guibal, en tournée de confirmation. Dans l'après-midi, les dignitaires du village ont remis à Monseigneur une adresse à laquelle celui-ci a répondu avec beaucoup de bonté et de simplicité. Le 22, le Père devant se rendre dans la montagne visiter des plantations, en profitait pour mener le nouveau confrère à Ootacamund où il apprendra les langues et fera ses premières armes.
    Le 28, Monseigneur montait à son tour dans la montagne et présidait la grande procession annuelle en l'honneur du Christ-Roi,
    Le lendemain, les confrères présents se réunissaient à Ootacamund chez le P. Panet, curé du Sacré-Coeur. Monseigneur présidait cette réunion avant de repartir pour Coïmbatore.
    Le grand Crucifix que nos lecteurs connaissent depuis la relation du P. Dooty a attiré le jour des morts une foule immense de pèlerins. Le soir, des milliers de personnes, tant chrétiens que païens, assistaient à la cérémonie des morts.
    Le 3 octobre, les Pères Michotte et Cros, de Salem, et le P. Capelle, de Pondichéry, rendaient visite à l'évêché. Le dimanche suivant, ils étaient les hôtes du Père Crayssac à Ootacamund où il y eut une charmante réunion.
    Cette année, la "Saint Théodore" a été avancée d'un jour et le 8 octobre tous les confrères de la montagne se sont réunis au Sanatorium de Wellington. C'est la dernière fois que le Père Pessein a présidé la réunion annuelle. Le P. Laplace, qui s'embarquait la veille à Marseille, prendra désormais la direction du sanatorium. Le Père Morin, vicaire général de Monseigneur, a félicité et remercié le Père Pessein pour ses bons services.
    Nous apprenons avec plaisir que le P. Perrin est actuellement en pleine voie de guérison. " Jai retrouvé mon sommeil d'il y a quatre mois ", écrit-il. Il reprendra bientôt, nous l'espérons, son travail au couvent de Nazareth à Ootacamund.

    Salem

    4 décembre.
    Le mois dernier a été marqué par le retour aux Indes, après sa permission de détente, du P. Deltour, Vicaire Général. Le P. Laplace y rentrait enfin lui aussi, après une absence de plus de deux ans, pendant laquelle il eut à subir une très grave opération. Notre cher trépané, tout heureux de revoir, après une si longue absence, la mission pour laquelle il avait tant travaillé, ne put cacher la tristesse dont il souffrait d'avoir â la quitter de nouveau pour aller prendre charge du poste de confiance auquel Mgr de Guébriant le nomme en remplacement du P. Pessein, Supérieur du Sanatorium des Indes à Wellington. Son émotion fut partagée par tous. On aura toutefois la joie d'occasions nombreuses de le revoir ; cela, après la si grande crainte que nous avions tous l'an dernier de le voir rappelé à Dieu, nous est une large consolation.
    Sur le bateau, la cabine occupée par ceux qui nous rentraient, a été donnée au P. Bulliard qui nous a quittés pour trois mois. Monseigneur Devais, de Malacca, ayant demandé à Mgr un prédicateur de missions pour ses chrétiens tamouls de la péninsule, l'entente s'est vite faite et le P. Bulliard a accepté avec joie.
    Durant son absence, le P. Harou, pour jouir de la vie de district, a été enlevé à l'affection de ses séminaristes ; le travail ne va pas lui manquer : deux districts à administrer : " Elathagiri " avec sa communauté de religieuses indigènes et sa très nombreuse chrétienté, sa large assistance à la messe, ses longues séries de confessions ; puis "Krishnagiri " qui devient important désormais avec sa jeune communauté de six religieuses européennes, le premier envoi fait aux missions par la Congrégation des Franciscaines Servantes de Marie, de Blois. La petite chrétienté de Krishnagiri leur a fait, le 29 novembre, une réception triomphale, à laquelle ont pris part de nombreux curieux païens et mahométans. Les nouvelles Soeurs sont installées dans le presbytère construit il y a trois ans par le regretté P. Piayoust. Ces généreuses missionnaires savent garder le sourire malgré les difficultés sans nombre qu'elles ont nécessairement à vaincre, étant donné que, n'ayant personne des leurs, elles ont à façonner elles-mêmes leur directoire de missionnaires selon l'esprit de Saint François d'Assise.
    Plus de remue-ménage intense à la nouvelle résidence ; les maçons ont fini leur travail, les menuisiers, presque ; seuls les peintres achèvent la toilette des portes et des fenêtres. Mgr a pu s'installer définitivement dans le quartier Est près de la petite chapelle domestique qui recevra bientôt ses trois autels auxquels l'école industrielle travaille avec ardeur. Le P. Michotte a tout simplement transféré son chantier sur le terrain du nouveau Petit Séminaire.
    C'est à Kosavampatti que Mgr a fêté cette année Saint François-Xavier ; de retour le soir à Salem, il présidait la petite procession organisée par les séminaristes en l'honneur de leur Saint Patron ; le lendemain, les sept étudiants éligibles pour le Grand Séminaire de Bangalore à la rentrée de janvier, partaient en vacances dans leurs familles.

    Maison de Nazareth

    La Maison de Nazareth a repris son aspect accoutumé de silence et de recueillement, les retraitants, venus de nos missions, ayant repris le chemin du retour qui pour le Japon, qui pour la Chine.
    Les fêtes du cinquantenaire avaient été fixées au 24 novembre pour les faire coïncider avec la célébration de la fête de nos Martyrs ; mais nous ne pouvions oublier que le 18 décembre était le jour où, en 1884, la petite communauté avait commencé sa vie à Macao. Pour rester dans l'esprit de la Maison, nous avons donc passé la journée du 18 décembre en adoration devant le Saint-Sacrement. Le matin, la messe " Pro Propagatione Fidei" fut chantée par notre cher doyen, le Père Monnier. Puis, dans le cours de la journée, tous les confrères présents à Nazareth se succédèrent aux pieds du Maître pour attirer sur toutes nos Missions les bénédictions divines. Le " Te Deum" vint clôturer cette journée de prière et Nazareth recommença sa vie de calme et de travail.

    Séminaire de Paris

    1er novembre.
    Mgr le Supérieur est rentré à Paris dans la soirée du 16 octobre. De Montbeton où il avait passé 24 heures en quittant le Couvent de la Motte, il est allé passer une journée en Vendée chez un de ses neveux qui l'a conduit le soir du 14 octobre à Beaupréau, distant de seulement 50 kil.. La petite Communauté de " Théophane Vénard" compte 18 postulants dont un, tombé malade, va être obligé de prendre un long repos dans sa famille. Monseigneur leur a consacré la journée du 15 et leur a fait une causerie à laquelle ont assisté les 200 élèves du Petit Séminaire voisin. Le 16, avant de prendre le train à Ancenis, il a pu visiter le Collège St Joseph où nous avons un postulant, neveu du P. Houtin.
    Le dimanche 21 octobre était la journée des Missions à St-Omer et dans la région avoisinante. Avant de s'y rendre en compagnie des PP. Gérard, Thibaud et Depierre, Mgr le Supérieur a pu assister au service solennel célébré à Notre-Dame pour l'âme de M. Raymond Poincaré. A Saint-Omer, il a été reçu au Collège St Bertin, et a célébré, à la basilique Notre-Dame, la Messe Pontificale en présence de Son Exc. Mgr Dutoit, venu d'Arras le matin. Dans l'après-midi il a pu, grâce à l'obligeance de Mr le Chanoine Monet, organisateur de ces journées, aller faire une visite au P. Verdure au presbytère de Brèmes.
    Le 22 octobre, avant de rentrer à Paris, il a pu faire une causerie, le matin, aux 300 élèves du Collège Saint Bertin et, quelques heures plus tard, aux élèves du Collège Ste Marie, à Aire-sur-la-Lys.
    Les 31 octobre et 1er novembre ont été faits, tant à Bièvres qu'à Paris, les appels pour l'Ordination des Quatre-Temps de Noël. Il y aura 2 prêtres, 16 diacres, 6 sous-diacres, 17 minorés et 18 tonsurés.
    Admissions : N° 47 à 50. M. Paul Millasseau du diocèse de Perpignan, M, Marcel Selier du diocèse de Rodez, M. Eugène Bayet du diocèse de Lyon, M. Joseph Marquet du diocèse de Rennes.






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    1935/37-72
    37-72
    Anonyme
    France et Asie
    1935
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