Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô Mort du Père Tulpin.4 décembre.
Add this
    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    Mort du Père Tulpin. 4 décembre.
    Le 18 novembre, le diocèse de Tôkyô avait la douleur de perdre en la personne du P. Tulpin le vétéran de la mission et l'un des anciens pionniers qui la fondèrent. Né en 1853 à Voisey au diocèse de Langres, le P. Tulpin était venu en mission en 1877, accompagnant Mgr Ozouf, premier vicaire apostolique du Japon Septentrional, qui comprenait la moitié du Japon, depuis Nagoya et Kanazawa au sud, jusqu'au Hokkaido inclusivement au nord. Après avoir été le compagnon des PP. Mugabure et Drouart à Niigata, il fut appelé au poste d'Asakusa à Tôkyô en 1881. Il y travailla trois ans, faisant des conférences aux païens à peu près tous les soirs, et baptisant de nombreux catéchumènes. Le P. Honjo, le doyen de nos prêtres japonais, alors étudiant en médecine, fut une de ses conquêtes. En 1884, il allait évangéliser les districts du nord, d'Akita d'abord, puis de Morioka : pendant trois ans, il parcourut ces régions montagneuses, hiver comme été, semant partout la bonne parole, et ouvrant largement les portes de l'Eglise aux âmes qui montraient quelque désir de devenir chrétiennes. Sa réputation de pionnier le fit nommer en 1887 à la charge du district de Nagoya, réputé particulièrement rebelle à la prédication évangélique, à cause des influences bouddhistes qui s'y exerçaient puissantes. Il y acheta un vaste terrain et bâtit une chapelle provisoire avec une résidence. Les départements de l'Aichi et de Gifu ayant été visités en 1891 par un grand tremblement de terre qui y accumula les ruines, le P. Tulpin, pour venir au secours des malheureux et pour gagner des âmes à la religion par l'exercice de la charité, fonda sur le terrain même du poste un hospice de vieillards qui pendant plusieurs années donna asile à de nombreux pensionnaires qui y furent baptisés. En 1902, le pasteur fêtait ses noces d'argent au milieu d'une chrétienté déjà nombreuse. En 1903, appelé à administrer les postes de Kanazawa et de Toyama sur la côte ouest, il y demeura jusqu'en janvier 1906, époque à laquelle Mgr Mugabure l'appela à la cure de la paroisse d'Azabu à Tôkyô. Sa paroisse se développa ; elle comptait 1300 chrétiens il y a trois ans ; si depuis, malgré les nombreux baptêmes enregistrés chaque année, le chiffre est descendu aux environs de 1150, à cause de la formation de nouvelles paroisses dans les limites de celle d'Azabu, celle-ci demeure une des plus importantes de la capitale. L'église avait dû être agrandie de plusieurs travées il y a quelques années par les soins du P. Tulpin.

    Depuis quelque temps, les forces du pasteur déclinaient. Il y a deux ans, aux approches de Noël, on crut même qu'il touchait à sa fin ; mais sa bonne constitution reprit le dessus. Néanmoins il avait besoin de repos ; et comme il ne pouvait se résoudre à s'éloigner de sa chrétienté, on lui donna pour l'aider le P. Maugenre, qui ne tarda pas à être appelé à la procure de la mission en remplacement du P. Flaujac, vicaire général, déjà surchargé par sa paroisse de Sekiguchi et par ses uvres. Le P. Deffrennes fut alors nommé curé de la paroisse. Le P. Tulpin continua à fournir sa part de ministère, malgré sa santé devenue très précaire. Au commencement de novembre dernier, on le trouva étendu sans connaissance dans sa chambre ; les médecins, appelés en consultation, furent d'avis qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre. Il se maintint pourtant pendant quinze jours encore dans des alternatives de coma et de pleine lucidité. Le P. Cesselin lui avait donné les derniers sacrements ; le samedi 18, à 3 h. 112 du matin, notre vénéré doyen s'éteignit doucement.

    Les funérailles eurent lieu le lundi 20 novembre à 10 heures. Monseigneur célébra la messe et donna l'absoute. Presque tous les missionnaires et les prêtres japonais de la mission, et le P. Furuya d'Osaka, fils de deux de ses plus chers néophytes de jadis, étaient présents ainsi que les représentants des maisons religieuses de Tôkyô, et une foule de fidèles que l'église suffisait à peine à contenir. La chorale du Séminaire chanta la messe de Requiem. Avant l'absoute, le P. Honjo s'approchant du catafalque, et s'adressant au Père spirituel qui l'avait baptisé jadis, lui fit ses adieux en son nom et au nom de la communauté, et après avoir retracé les grands traits de sa carrière, il termina sur ces paroles : \ Votre départ, cher Père, ne nous cause pas de tristesse, mais plutôt de la joie avec laquelle nous nous associons au triomphe qui vous a accueilli au ciel, où le Bon Dieu a déjà récompensé les mérites de votre longue carrière ". Le P. Tulpin fut ensuite inhumé au cimetière d'Aoyama tout proche, où il repose auprès des archevêques et des missionnaires qui y sont déjà enterrés, en attendant la résurrection glorieuse.

    Bénédiction de l'église du Sacré-Coeur. Yokohama.
    Notre mission, comme les autres d'ailleurs, passe par des alternatives de deuils et de joies. Trois jours après avoir prié auprès de la dépouille mortelle du P. Tulpin, la plupart des missionnaires, prêtres et représentants des maisons religieuses se rendaient à Yokohama pour y fêter sur la colline du Bluff la résurrection de l'église du Sacré-Coeur, dix ans après le tremblement de terre qui avait ruiné l'ancien sanctuaire. La nouvelle église gothique, construite en ciment armé au-dessus d'une vaste salle de réunion, domine avec sa haute tour la ville et le port, et fait honneur par sa solidité et la beauté de son ornementation aux talents d'ingénieur et d'artiste de l'architecte, M. Svagr, membre de la paroisse, et au travail consciencieux de l'entrepreneur japonais, M. Seki, qui a réalisé les plans. A l'heure de la messe d'inauguration, le 23, les nefs de l'église étaient remplies par une foule de chrétiens étrangers et japonais, ainsi que d'invités parmi lesquels se remarquaient la plupart des consuls, siégeant aux premiers rangs aux côtés du Consul de France, M. Jousset, et des représentants officiels de la préfecture et de la mairie. La bénédiction solennelle de la nouvelle église fut faite par Mgr Chambon, qui adressa d'abord à l'assistance, du haut des marches du frontispice, un sermon dans lequel il détailla la signification des diverses parties d'une église. S. E. célébra ensuite la messe pontificale, assisté par les PP. Maugenre et Lebost comme diacre et sous-diacre, et le P. Deffrennes comme prêtre assistant.
    Après l'Evangile, les PP. Ward et Totsuka, le premier en anglais, le second en japonais, prirent tour à tour la parole. Le P. Ward, petit-fils de William Ward qui fut associé avec Newman dans le mouvement d'Oxford, et fils de M. et Mme Wilfrid Ward, bien connus comme auteurs catholiques en Angleterre, est arrivé de Londres au mois de février, pour se consacrer auprès du P. Totsuka à l'évangélisation des Japonais, surtout dans le monde des étudiants et des protestants. Il prit pour texte de son sermon les paroles de Notre-Seigneur : "Ego sum resurrectio et vita...." et en fit l'application à la résurrection de l'église du Bluff de ses ruines, et à la résurrection spirituelle des Eglises qui ont dû passer par des épreuves temporaires ; il en montra un exemple dans une brillante esquisse de l'histoire de l'Eglise catholique en Angleterre (ce qui dut fournir un sujet d'utiles réflexions aux nombreux anglicans qui assistaient à la cérémonie). Le P. Totsuka rappela que l'ancienne église de Yokohama avait été la première église chrétienne inaugurée au Japon après l'ouverture des ports ; elle le fut en janvier 1862. Au cours de ses exhortations à l'assistance, il exprima le vu que la nouvelle église fût pour la population de Yokohama, exposée comme celles de tous les grands ports à des tentations multiples, le phare spirituel qui lui serve de guide dans les voies du salut. La chorale du Grand Séminaire, dirigée par le P. Anoge, s'acquitta magistralement à la satisfaction de tous, étrangers et japonais, du programme des chants à la messe et au salut, tandis que d'autres séminaristes accomplissaient les cérémonies au choeur.
    Après la messe, furent tirées les photographies d'usage, un vin d'honneur fut offert aux principaux invités, tandis que dans la crypte l'assistance était conviée à de fraternelles agapes. A midi, un déjeuner de 60 couverts réunissait aux côtés de S. E. Mgr l'Archevêque, du P. Lemoine, curé de la paroisse, et de S. E. le Consul de France, missionnaires, prêtres et religieux, ainsi que les principaux représentants laïques de la paroisse. Aux toasts qui se succédèrent, Mgr Chambon remercia les invités, le P. Lemoine joignit ensuite ses propres remercîments à ceux de Son Excellence, et Monsieur le Consul de France exprima sa chaude sympathie aux missionnaires et à la belle oeuvre des missions. A 2 h. 1/2, le salut du St Sacrement fut donné par Mgr Chambon, assisté des PP. Dossier et Sato. A 3 h., une séance japonaise où furent exécutées des danses enfantines originales et une pièce japonaise composée pour la circonstance : la résurrection de l'église, et jouée par les jeunes gens de la paroisse, clôturait la fête, qui avait été favorisée par un temps magnifique, et a laissé la meilleure impression, avons-nous entendu dire, chez ceux qui y avaient assisté,

    ***

    Le 4 décembre, la St François-Xavier célébrée au Grand Séminaire, a été marquée cette année par une fête de famille en l'honneur de M. l'abbé Bulteau, pour commémorer les 25 années pendant lesquelles il a collaboré avec les missionnaires de la Société des M.-E. à leur oeuvre d'évangélisation. Le P. Bulteau (ainsi qu'on le nomme communément), en récompense des services qu'il a rendus à nos missions du Japon, a été admis il y a quelques mois dans la Société des M.-E., à titre de membre honoraire. Prenant à sa charge les frais de la réunion au Grand Séminaire, il a été heureux de voir réunis nombreux autour de lui missionnaires et prêtres japonais de Tôkyô. Ce jour-là, Monseigneur a célébré une messe pontificale à 9 heures. Puis à 11 h., le P. Mathon a donné le sermon de la retraite mensuelle, dans lequel il nous a exposé les leçons à tirer pour notre profit spirituel et pour notre apostolat de la vie de St François-Xavier, et nous a suggéré d'après ses expériences personnelles des moyens pratiques d'évangélisation, spécialement en ce qui concerne les catéchismes aux enfants, chrétiens et païens. A la fin du déjeuner exquis, dû à la générosité du P. Bulteau, Monseigneur a remercié chaudement en notre nom le vénéré Père. Puis celui-ci, après avoir décliné humblement les éloges qu'on venait de lui faire, et remercié Dieu, auteur de tout bien, des grâces qui lui avaient été octroyées, nous retraça son curriculum vit qui réalisa spécialement les deux attraits qu'il avait ressentis dès ses années de collège : l'un pour l'oeuvre de la presse, l'autre pour l'apostolat dans les pays de mission. Né à Lille en 1860, ordonné prêtre en 1886, après avoir fait sa théologie à Rome, et conquis le grade de docteur, il avait suivi les cours de l'Université de Lille, professé au collège St Joseph de sa ville natale, puis avait été appelé par M. Féron-Vrau à collaborer avec Cyr (Mgr Masquelier) à la Croix de Lille. Il avait dans la suite contribué à la fondation de l'Association de la Défense Sacerdotale. Puis il s'était adonné aux travaux du ministère paroissial. Curé de Bouvines, il avait ressenti plus pressant son ancien attrait pour les missions. Alors en 1908, âgé de 48 ans, disant adieu à sa vieille mère, il partit pour le Japon où il arriva au commencement de décembre il y a 25 ans. Reçu dans la mission de Hakodaté, où travaillait le P. Deffrennes, originaire de Bouvines, il séjourna quelques mois à Sendai pour y apprendre la langue, ce qui n'était pas chose facile à son âge, et se rendit en suite dans le Hokkaido, dans le district du P. Laffon à Imazawa. Il y fonda le poste au point de vue matériel et spirituel. Puis après quatre années de travail acharné, il fut appelé pas les Soeurs Franciscaines de Marie à leur Léproserie de Biwasaki, au diocèse de Nagasaki, et y remplit les fonctions d'aumônier pendant 14 ans. Lorsque la mission de Nagasaki fut confiée au clergé indigène, il y demeura encore quatre années, et fut chargé du poste d'Ikitsuki, au milieu d'une population d'anciens chrétiens qui vivaient de la pêche dans les îles. En 1931, Mgr Chambon l'appela comme aumônier des Soeurs Franciscaines qui venaient de fonder l'hôpital de Ste-Marie à Tôkyô. Tel a été le curriculum vitoe du P. Bulteau parmi nous. Après en avoir retracé les principales étapes, le cher Père remercia les confrères qui n'avaient cessé de lui témoigner leur fraternelle sympathie ; et pour finir, il les exhorta, en en suggérant les moyens, à soutenir de tout leur pouvoir l'oeuvre de la presse catholique qui lui tient toujours à coeur.
    Ce que n'a pas dit le P. Bulteau, c'est que partout où il a passé, il s'est montré toujours dévoué et attentif à aider généreusement les confrères. Ce qu'il n'a pu dire non plus, c'est qu'il nous a donné un exemple admirable d'énergie et de persévérance que Dieu ne manquera pas de récompenser. La verte vieillesse de notre vénéré confrère nous donne lieu d'espérer que dans trois ans nous pourrons tous en choeur fêter ses noces d'or sacerdotales.

    Osaka

    10 décembre.
    La S. C. de la Propagande a pris la décision de fonder au Japon une nouvelle Mission indépendante, et de la confier à la Société des Missions Etrangères des Etats-Unis d'Amérique.
    Cette mission, dont le centre sera Kyoto, l'ancienne capitale, comprendra les deux préfectures civiles de Kyoto et de Shiga, qui représentent le tiers environ du territoire actuel du diocèse d'Osaka.
    Les missionnaires de Maryknoll ont déjà une Mission en Mandchourie et une autre en Corée, aussi ils rêvaient depuis longtemps d'avoir une Mission au Japon. Ils sont donc heureux que la S. C. de la Propagande leur permette enfin de réaliser leur désir.
    Le diocèse d'Osaka est un champ d'apostolat beaucoup trop vaste pour le petit nombre d'ouvriers apostoliques qui y travaillent actuellement, aussi nous bénissons la Bonne Providence de vouloir bien nous envoyer un renfort de missionnaires. Cela permettra d'intensifier le travail d'évangélisation et de fonder de nouveaux postes.
    Les trois premiers missionnaires américains destinés à la future Mission de Kyoto sont arrivés au Japon à la fin du mois d'août dernier. Ils se sont installés provisoirement à Tôkyô où ils doivent rester deux ans environ pour apprendre le japonais d'une façon convenable.
    C'est donc dans le courant de l'été 1935 qu'ils viendront s'installer dans la partie du diocèse d'Osaka qui doit leur être cédée, et qu'ils commenceront à prendre la charge des postes qui s'y trouvent.
    Une quinzaine de jours après avoir débarqué à Yokohama, les Pères de Maryknoll destinés à Kyoto sont venus présenter leurs hommages à Mgr Castanier, évêque d'Osaka. Son Excellence voulut bien les accompagner Elle-même à Kyoto pour leur montrer la partie la plus intéressante de leur future mission. Ils ont paru enchantés de leur visite.

    Séoul

    5 décembre.
    Le mois de novembre est spécialement consacré à la visite des chrétientés plus ou moins éloignées de la résidence ; c'est aussi l'époque de la coupe du riz, du moins dans les provinces du centre ou du sud, car au nord la moisson a lieu dès octobre. Cette année, les récoltes sont bonnes, mais le prix du riz restant très bas tandis que les impôts et taxes de toutes sortes ne font que monter, personne n'est satisfait.
    Monseigneur est allé donner la Confirmation à Chemulpo, à la paroisse St Joseph de Séoul extra muros, et dans trois districts de province. A Chemulpo, les ouvriers se hâtent d'achever les travaux d'agrandissement du couvent des Soeurs de St Paul ; la maison construite en 1895 pour loger 5 ou 6 religieuses est devenue bien trop étroite pour les dix-sept qu'elles sont aujourd'hui, fort occupées par l'orphelinat, le dispensaire, la visite aux malades, les écoles. L'église est aussi bien trop petite pour le nombre actuel des chrétiens. Le P. Deneux consulte, fait des plans... A Séoul, paroisse St Joseph, un afflux de gens des campagnes poussés par la misère et par l'espoir de trouver un emploi quelconque dans la grande ville, a fait doubler presque subitement le nombre des chrétiens ; il dépasse 4000. Là aussi l'église, la toute première de Corée, construite en 1892 par le regretté P. Doucet, est depuis longtemps déjà trop petite, à plus forte raison aujourd'hui ; il faut donc y ajouter plusieurs travées ; ce sera le travail de l'an prochain. Un prêtre indigène est à la tête de cette paroisse, aidé par un vicaire ; la besogne ne manque pas, car là aussi les écoles sont pleines à craquer, comptant 750 garçons et filles, auxquels il faut ajouter une cinquantaine de tout-petits à l'école enfantine et autant de plus ou moins grands, à l'école de catéchisme.
    Une dizaine de chrétientés ont été détachées d'un district déjà ancien et confiées au P. Pichon. Dans la première quinzaine du mois dernier, il en a fait la visite régulière d'automne, mais il ne s'y établira qu'au printemps prochain.
    Ces jours derniers le P. Perrin est allé faire un petit tour dans la province de Hoang-hai, principalement pour rendre visite au P. Curlier. Il a été heureux de le trouver en bonne santé ; à vrai dire, les jambes demeurent faibles, mais les bras sont encore solides et lui permettent de fendre du bois et de casser des cailloux, ce qui a été de tout temps l'occupation favorite des récréations de notre cher doyen. Il est le seul missionnaire résidant dans cette province érigée en vicariat forain il y a 5 ans déjà, en attendant de devenir préfecture ou vicariat apostolique indigène. Sur une population d'un million et demi d'habitants, cette province compte 8711 baptisés (8 districts, 92 stations) ; le nombre des baptêmes d'adultes est monté cette année à 475. Les gens de cette province ont la réputation d'être un peu plus sédentaires que les Coréens en général. Un des plus célèbres lettrés coréens, Ni Toi-kyei (1501-1571), qui avait vu affluer à ses leçons des auditeurs de toutes les parties du royaume et, par conséquent était à même de connaître le caractère particulier des habitants de chacune des 8 provinces, a eu l'idée quelque peu bizarre de représenter par 8 animaux cette marque caractéristique, justifiant son choix en comparant les moeurs des habitants de chaque région avec celles de ces animaux (1)
    La province du Hoang-hai est donc représentée par le fidèle ami de l'homme : le chien, animal querelleur sans doute, aboyant à tout venant, mais dévoué à la maison de son maître dans laquelle il vit et meurt. La province du Kyeng-keui, qui est celle de la capitale, est figurée par le faisan ; les gens de cette province, particulièrement les citadins de Séoul, ont en effet la réputation d'aimer à parader sous un brillant costume ; être bien habillé, voilà leur premier souci. L'emblème du Tchoung-tchyeng est la pie, dont le son de voix, au dire de notre auteur, est clair et pur comme le cristal. De fait, c'est dans cette province que le coréen est parlé le plus correctement et avec le meilleur accent. Les naturels des deux provinces méridionales, le Kyeng-syang et le Tjyen-ra, ne sont pas flattés par Ni Toi-kyei ; pourtant, il était originaire du Kyeng-syang qu'il représente sous la figure du tigre ; ainsi que cette bête féroce, les Kyeng-Syangtais sont mauvais coucheurs, toujours assoiffés de sang, jetant des cris épouvantables. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas dans cette province qu'il convient d'apprendre le beau parler ; les habitants ont un accent bizarre qui les fait reconnaître partout où ils vont. Le Tjyen-ra-to est figuré par le renard, animal cupide, lâche, fourbe. Ayant vécu plusieurs années dans cette province, je dois reconnaître n'avoir pas remarqué particulièrement les graves défauts attribués par notre auteur à ses habitants. La province Kang-ouen (Est de Séoul) a l'ours comme emblème : bête lourde, mal léchée, mais sans méchanceté. Cette région est la plus montagneuse et partant la plus pauvre de tout le royaume : la population est généralement simple, rustique et illettrée. Au nord-est, nous trouvons la province Ham-kyeng ; son emblème est le boeuf, animal dont le caractère dominant est la sottise. Cette province, la plus éloignée de la capitale, est aussi la moins peuplée ; c'est là surtout qu'on envoyait en exil les fonctionnaires coupables de quelque méfait. Enfin, la huitième province, le Hpyeng-an, est désignée sous le caractère du cheval, animal plein d'une ardeur sauvage : " le cheval coréen est petit, mais batailleur ; gare aux téméraires qui l'agacent ". Les gens de cette région sont d'un abord difficile et ne se livrent pas au premier venu.

    (1) Détails empruntés aux " Mélanges Japonais", année 1907. " Les Coréens jugés par un de leurs sages " V. du Rouelle, pseudonyme de notre regretté P. Deshayes (+ 1910).

    Naturellement, tous ces emblèmes ou traits soi-disant caractéristiques ne sont pas à prendre à la lettre. En France, on parle bien de l'astuce des Normands, et de l'opiniâtreté des Bretons, de la vantardise des Méridionaux, etc.; défauts que l'on trouve aussi ailleurs, et qui n'empêchent pas qu'il n'y ait là comme partout, de braves gens doués de réelles qualités, Aussi, à tous les confrères, de quelque province qu'ils soient originaires, bonne année 1934!

    Taikou

    8 décembre,
    Sa Grandeur Mgr Demange a fait au mois de novembre la deuxième partie de sa tournée de confirmation dans la province du Kyeng Syang nord. Cela lui a donné l'occasion de se rendre compte " de visu " des nombreuses transformations au spirituel et au matériel accomplies dans quelques postes de cette province.
    Le P. Hamon, depuis quatre ans seulement à Hayang, après avoir construit une belle église, vient de terminer récemment sa résidence. A l'arrivée du Père, il n'y avait qu'un petit noyau de chrétiens, et une misérable hutte de location servait de maison et de chapelle. Maintenant ce poste plein de vie donne pour l'avenir les meilleurs espoirs.
    A Kyeng Tjyou, ancienne capitale, et grand centre de Bouddhisme, le Père Cadars rencontre beaucoup plus de difficultés. Sa Grandeur a pu voir là aussi une nouvelle résidence sortie de terre depuis la dernière tournée épiscopale.
    Mais tous ces constructeurs doivent céder le pas au curé d'Enyang. La bonne Providence y ayant Elle-même mis la main et caché près de l'endroit où Elle devait plus tard diriger les pas du Père Beaudevin une provision inépuisable de superbe granit, une vraie cathédrale en belles pierres taillées, bien bâtie sur le roc solide s'élève maintenant dans les airs. Le P. Peynet lui aussi, sitôt rentré dans sa chère Corée, s'est mis à l'oeuvre et vient de terminer une vaste et pratique résidence en style coréen.
    Il ne s'agit que de la tournée de Sa Grandeur, car par ailleurs aussi on bâtit. Le P. Richard a achevé une maison pour les Soeurs. Le jour de Saint François-Xavier, Monseigneur est allé bénir une nouvelle chapelle construite par les chrétiens d'un village près de Taikou. Dieu sait combien toutes ces bâtisses représentent de soucis et de sacrifices.
    La mission vient d'éprouver un grand deuil, d'ailleurs non imprévu ; un jeune prêtre coréen, le P. Kim Jean, brillant élève au Séminaire, mais faible de constitution, obligé d'interrompre ses études pour aller au sanatorium voici trois ans et revenu sans avoir retrouvé une parfaite santé, a été rappelé à Dieu le premier décembre, après un an seulement de ministère. Parmi les 33 jeunes prêtres ordonnés à Taikou, c'est déjà le quatrième qui nous quitte à la fleur de l'âge.

    Kirin

    15 novembre.
    Le grand événement d'octobre fut la mission prêchée aux chrétiens du grand village de Siao-Pa-Kia-Tze. Ce fut une véritable retraite. Pendant huit jours, les chrétiens, renonçant à leurs oeuvres serviles, se livrèrent aux exercices de la retraite avec la régularité d'une communauté fervente et bien ordonnée. Quatre Pères, les PP. Baron, Lemaire, Ting Paul et Ting Isidore se partagèrent le soin de donner à cette foule le pain qu'elle cherchait ; au P. Rouger fut réservée la tâche plus délicate de la retraite des enfants. On inaugura aussi le genre sermons dialogues, conférences contradictoires, genre qui fut très goûté des chrétiens.
    Dès le 3e jour, les confessionnaux furent assiégés : 1450 confessions, tel fut le bilan de ces quatre journées. Pas un chrétien qui ne soit allé s'agenouiller au confessionnal.
    Le jeudi 26 octobre, Son Excellence, de retour d'une longue tournée de confirmations, arrivait à Siao-Pa-Kia-Tze. Le vendredi, on administra le baptême à 13 adultes, cérémonie rare dans un village exclusivement chrétien, mais prémices, nous l'espérons, d'une abondante moisson : on dirait, en effet, que la récolte mûrit autour de Siao-Pa-Kia-Tze. Le samedi, Monseigneur conféra la confirmation à 236 personnes.
    Dimanche, fête du Christ-Roi, la foule se fit plus dense encore. Oui, on le sentait, le Christ était Roi dans ce village vraiment chrétien. Puisse le Christ régner bientôt dans notre chère mission de Kirin ! L'église de ce village, ce jour-là, devient cathédrale avec son trône d'où Son Excellence assiste à la messe solennelle. Dans le choeur, de nombreux prêtres autour de leur évêque : dans la nef, une nombreuse chorale de jeunes filles exécute la Messe Royale de Dumont, et, du banc de communion jusqu'au portail et au delà, une foule "quam nemo dinumerare poterat " recueillie, heureuse d'être au Christ.
    L'après-midi, avant la bénédiction solennelle donnée par Monseigneur, devant le Saint-Sacrement exposé depuis le matin, le P. Rouger rappelle à tous les retraitants leurs promesses du baptême, leur renonciation à toutes les sollicitations du démon, promesses et renonciation que chacun doit renouveler maintenant de sa propre volonté. Disciple ou esclave? Que l'on choisisse ! Alors, deux garçons, premiers communiants du matin, viennent devant l'autel, la main sur l'Evangile, renouveler le voeu du baptême ; puis tous les garçons, la main levée, d'un même cri, rejetèrent à jamais le démon. Le même geste fut répété par les fillettes. Puis tous dans l'église, hommes et femmes, la main levée, prêtèrent tout haut le même serment de fidélité.
    Le lendemain, après la messe de clôture de la retraite, Son Excellence, accompagnée du clergé, se rendit sur la place de l'église, où l'année dernière, le P. Revaud, à l'occasion du 25e anniversaire de son ordination, avait élevé un calvaire. Cette croix n'avait pas encore été bénite. Après un magnifique discours sur le Christ Crucifié, Son Excellence procéda à la bénédiction solennelle et baisa la croix, geste qu'imitèrent tous les prêtres présents.
    Maintenant, le P. Revaud, curé de cette paroisse, et âme de cette retraite, bénit Dieu d'avoir fait germer dans les coeurs de ses paroissiens cette semence de vérité, qu'il leur profuse avec tant de charité.
    Le P. Liogier est arrivé à Kirin le 11 novembre. C'est avec joie que nous lui souhaitons la bienvenue sur la terre de Mandchourie et lui offrons nos voeux de long et fructueux apostolat.
    A peine rentré d'un voyage qui dura plus d'un mois dans les chrétientés à l'ouest de Sin king, Monseigneur, après un repos de quelques jours, est immédiatement reparti pour ne rentrer qu'à Noël.

    Chengtu

    12 novembre.
    En accusant réception des statistiques du Vicariat pour l'Exercice 1932-1933, Mgr Antoniutti, auditeur de la Délégation Apostolique à Pékin, écrit : " En remerciant Votre Excellence de cet envoi, il m'est agréable de lui présenter mes félicitations pour les résultats obtenus pendant cette année, en dépit des nombreuses difficultés présentes, et tous mes meilleurs voeux pour un apostolat toujours plus fructueux à l'avenir. Je partage vos peines et je m'unis de coeur à Votre Excellence et à ses missionnaires dans ces jours d'épreuve de l'Eglise de Chengtu. Que les souffrances présentes puissent hâter le temps de la miséricorde divine pour le peuple de ce pays ! "
    Le 19 octobre, le P. Roux, complètement guéri, a quitté Chengtu pour regagner le Probatorium.
    Le 21, arrivée à Chengtu des RR. PP. Rédemptoristes : R. P. Segundo Miguel Rodriguez, Supérieur ; R. P. Emmanuel Cid, ministre ; R. P. Emmanuel Gil de Sagredo ; R. P. François Campano.
    Le local destiné à la Fondation n'est qu'à sept minutes de l'évêché, dans la rue Yâng-ché-kai.
    Statu quo sur le front : chacun garde ses positions, les Rouges sur la rive gauche et les Réguliers sur la rive droite du Kia-lin-kiang, de Paoning à Shunking.

    Ningyuanfu

    " Le Kientchang" 20 novembre.
    Le 15 novembre, deux petits séminaristes nous quittaient pour aller continuer leurs études à Penang. Un autre les accompagne jusqu'à Yunnansen, où il aura à subir une opération. Une lettre du P. Supérieur du Collège général de Penang annonce le retour de nos trois diacres vers le 10 décembre.
    Sur un appel pressant du P. Boiteux, de passage à Te-tchang, le P. Laborie s'est décidé fin octobre, à se rendre à Tchang-pin-tse faire à notre confrère la visite promise. Depuis, il a dû recevoir une lettre de Son Excellence Mgr Baudry, l'invitant à profiter de son séjour là-bas, pour bien se mettre au courant des affaires du district, dont Elle le nommait vicaire économe.
    Le P. Monbeig nous écrit, qu'à Ien-tsin les militaires en route pour Long-ta arrivaient. On ignore encore s'ils pourront continuer leur route, les lamas n'étant pas tout à fait décidés à leur permettre d'exploiter les mines d'or. " Il est possible, ajoute le Père, que cette fois, les soldats mettent enfin le pied sur le tuf des réalités ".
    Dans le Houi-li, ce n'est pas encore la paix. Dans la région de Ma-lang-ho, deux bandes de brigands ont attaqué une troupe de soldats et l'ont mise bien à mal. Beaucoup de tués ; une vingtaine de blessés sont entrés en ville. Deux compagnies sont parties en renfort. Un régiment occupe la région de T'ong-gan, Sin-p'ou-tse. 200 soldats sont casernés à l'oratoire de T'ong-gan, où le P. Ollivier en faisant sa visite, a dû loger chez un chrétien. Le P. Flahutez est dans les meilleurs termes avec le commandant de la garnison de Kiang tcheou.
    Dans le nord, la situation reste la même. L'ex-gouverneur a quitté Han iuen, pour Ya-tcheou, et s'est installé à l'Evêché, où l'attendaient ses femmes, son fils avec toutes leurs servantes, soit 22 personnes.
    Le P. Li de retour à Houang-mou-tchang, a trouvé sa résidence toujours occupée par les soldats. Ils lui ont cependant cédé sa chambre et deux autres pour son personnel. Permission est donnée aux chrétiens d'assister à la Messe ; mais peu nombreux sont ceux qui osent user de cette permission. Le bois de chauffage est rare dans la région, il faut aller le chercher au loin dans la montagne. Les hôtes du P. Li ont trouvé une solution plus simple, et pour eux moins pénible. Ils brûlent les tables, les bancs et les cloisons de l'oratoire. Le Lien-tchang, chef civil et militaire de la région, refuse d'habiter le prétoire qui vient cependant d'être réparé et remis à neuf.

    Tatsienlu

    1er novembre.
    Une lettre de Paris nous annonce que le P. Graton doit quitter la France, pour revenir auprès de nous au mois de novembre. Nous lui souhaitons des vents propices et un heureux voyage.
    Le P. Doublet nous écrit que, vers la mi-octobre, il a été assez sérieusement malade, et, un jour, fut sur le point d'envoyer un courrier rapide pour appeler un confrère à son chevet. Il diagnostiqua une grippe, compliquée de rhumatismes très douloureux. Ses dernières nouvelles, datées du 20 octobre, relataient un léger adoucissement de ses souffrances. Aussitôt après les fêtes de la Toussaint, le P. Pasteur ira visiter notre confrère. Le Père nous confirme la nouvelle du départ des troupes et des milices de Taofu, envoyées par la montagne du Tangli sur le champ de bataille de Tanpa.
    Le 12 octobre, arrivait à Tatsienlu le P. Placido, supérieur de la léproserie de Mosimien, qui, accompagné du F. Urbain, venait s'entretenir avec Mgr de l'oeuvre des lépreux. Il regagna Mosimien le 18 octobre, par la montagne de Yakiaken, qu'il passa sous le vent et la neige.
    La retraite de nos missionnaires de la région thibétaine a eu lieu cette année au Loutsekiang, à Tchrongteu. C'est là que le P. Genestier a élevé, comme un hommage personnel au Sacré-Coeur, l'église dont la bénédiction coïncida avec cette retraite. Nous croyons savoir que tous nos confrères et les P. Chanoines du St Bernard étaient présents. Le P. Nussbaum cependant manquait à cette pieuse réunion.
    Ce dernier, en effet, fit, vers la fin de septembre, un voyage jusqu'à Kiangka, capitale de la province thibétaine du Kham méridional. Il s'y rendit pour avoir une entrevue avec le gouverneur provincial thibétain, dont dépend le pays de Yentsin (Yerkalo), résidence du missionnaire. " Le gouverneur, écrit-il, m'a reçu avec bonté et s'est montré assez accueillant. Il m'a fait visiter son palais, son artillerie, le camp, et.... m'a retenu à dîner. J'ai pu prier sur le tombeau du P. Renou, mort en octobre, il y a 70 ans. J'ai réglé avec les autorités différentes questions concernant la chrétienté de Yerkalo ". Le P. Nussbaum est revenu satisfait de son voyage, car les fonctionnaires thibétains lui ont manifesté des dispositions meilleures qu'autrefois ; de même ses fidèles de Yerkalo ont été comme réconfortés par ces marques de bienveillance, reçues par leur curé. Accompagné d'une escorte de soldats de Lhassa, et muni d'un passeport, le Père était de retour le 7 octobre. Les chefs indigènes qu'il rencontra lui demandèrent " de revenir les visiter quelquefois, et de leur écrire souvent ".
    Par suite de la guerre qui a lieu actuellement autour de Tanpa, nous sommes sans nouvelles des Pères Charrier et Pezous. D'après les bruits qui courent en ville de Tatsienlu, une troupe de la 28e armée, avec le secours de bandes locales, aurait attaqué la garnison de Tanpa (24e armée). Les assaillants, descendant par les deux vallées de Padi et de Lamase, seraient déjà très près de Tanpa. De Tatsienlu des renforts ont été envoyés. La situation générale, du reste, n'est pas très claire. On dit bien que la paix a été faite entre les maréchaux du Szechwan, et que la région de Yachow a été rendue à Lieou ouen houi, mais jusqu'ici il semble que ce dernier est encore à Yunkinhien... ; et si la paix est réglée en haut lieu, que signifient ces nouvelles hostilités à Tanpa ?
    Tatsienlu a reçu un nouveau gouverneur en la personne de l'exgénéral de division T'ang. Il est arrivé le 22 octobre, avec ses bureaux et un bataillon. D'autre part, plusieurs nouveaux mandarins sont entrés en fonctions : à Tatsienlu, M. Tchao ; à Tanpa, M. Song et à Lutingkiao, M. Sy. Celui-ci est venu se présenter au P. Valour, et se montre bien disposé à l'égard de la mission. Quant à la population de la sous-préfecture de Luting, elle doit se préparer à retourner son bas de laine pour verser un " emprunt " de 6000 dollars... La ville de Tatsienlu se modernise : chaque maison a été dotée d'une petite plaque en bois (coût : 2 ligatures!), portant le nom de la rue et le numéro du logis. Le malheur, c'est que bien peu pourraient dire exactement ce qui est écrit sur la planchette de leur propre porte.... !

    Yunnanfu

    Le Petit Nouvelliste 4 décembre.
    C'est sur les vives instances des missionnaires et pour rendre service à la Mission de Malacca que Mgr a consenti à s'arrêter à Singapore. Il s'agissait de conférer le sacerdoce à un diacre chinois. Il n'y avait pas eu d'ordination sacerdotale à Singapore depuis plus de 20 ans. Les fêtes grandioses qu'occasionna cette cérémonie atténuèrent le regret que causait à Mgr le retard de 11 jours pour son arrivée au Yunnan.
    Arrivé le 16 novembre à Haiphong où l'attendait le P. Letourmy, Mgr se rendit le lendemain à Hanoi. Après avoir fait les visites qui s'imposaient, il en repartait le lundi 20. La compagnie du Chemin de fer du Yunnan eut la délicate attention de mettre à sa disposition un de ses vagons-salons : un voyage de trois jours consécutifs permit de constater combien appréciable était cette gracieuseté.
    Le 21 novembre, fête de la Présentation de la Ste Vierge, il pénétrait non sans émotion sur le territoire dont l'évangélisation était confiée à son zèle.
    Le P. Ducloux et les PP. Yang et Michel sont allés le recevoir au croisement des trains à Su kia tou. D'autres confrères montèrent à Choui tang dans la voiture épiscopale. Le train arriva à Yunnanfou à l'heure réglementaire. Nos compatriotes s'étaient fait un honneur de venir accueillir le nouveau Vicaire Apostolique. A leur tête était notre sympathique Consul, M. Baudez. Ils eurent la délicatesse de laisser nos confrères et les prêtres Chinois saluer d'abord leur évêque. Plusieurs dames étaient présentes. M. Ouang, Commissaire des Affaires Etrangères, retenu au gouvernement, ne put à son grand regret venir en personne recevoir Mgr ; il se fit représenter par un délégué.
    A la nuit tombante Mgr arriva à l'évêché. Là attendaient les soeurs du Kao ti hang avec leur communauté, les novices, les catéchistes, les élèves des écoles, les chrétiens, ainsi que de nombreux païens attirés par la curiosité.
    Après lecture à la chapelle du bref qui le nommait Vicaire apostolique de Yunnanfou, Mgr prit la parole. Il s'adressa d'abord à ses prêtres, en latin. Il leur dit qu'il était très touché de leur accueil cordial, et qu'il entrait en charge plein de confiance, comptant sur l'appui de la Providence, et sur leur concours dévoué. Il finit en rappelant les grands services rendus à la mission par le P. Ducloux durant la vacance du siège, et, certain que son premier acte de juridiction aurait l'approbation de tous, il lui maintint ses fonctions de Provicaire, auxquelles il ajouta celles de Vicaire Délégué. Après avoir adressé la parole à l'assistance chinoise, Mgr donna le Bénédiction du S. Sacrement, durant laquelle fut chanté le " Te Deum".
    Le lundi 27, Mgr est allé visiter le Petit Séminaire de Pe long tan ; il a admiré le bon esprit et la bonne tenue des séminaristes. A la messe le lendemain les cérémonies et les chants furent exécutés d'une façon impeccable.
    Mgr a déjà reçu la visite de plusieurs autorités chinoises, notamment celle du Commissaire des Affaires Etrangères.
    La retraite des Pères Chinois eut lieu du 26 novembre au 2 décembre ; elle fut prêchée par le P. Ducloux. Seul manquait le P. Tén ; à cause de sa récente maladie il ne pouvait sans imprudence s'exposer aux fatigues d'un voyage d'une vingtaine de jours.
    Le 1er décembre, premier vendredi du mois, Mgr de Jonghe tint à donner lui-même la bénédiction solennelle du S. Sacrement, durant laquelle il confia au Sacré-Coeur de N. S. les intérêts du Vicariat.
    A la clôture de la retraite Mgr a constitué son conseil. Les conseillers sont les PP. Ducloux, Mey, Savin, Michel et Joseph Tchang; et pour le conseil financier, les PP. Ducloux et Savin.
    Le P. Michel a été maintenu Correspondant de la Commission synodale ; et le P. Hamon désigné comme Correspondant de l'Agence " Fides "
    Le dimanche 3 décembre, les minorés Ly Simon et Ma Simon furent ordonnés sous-diacres. L'église paroissiale de Yunnanfu n'avait pas encore vu pareille solennité se dérouler dans son enceinte : messe pontificale avec chant grégorien. Les sous-diacres recevront le diaconat le 22 décembre, et la prêtrise le lendemain.
    Le P. Souyris, averti trop tard du retard apporté à la venue de Mgr, nous est arrivé le 7 novembre ; pressé de regagner son district, il nous a quittés le 11. Les PP. Badie et Degenève ont séjourné ici du 18 novembre au 4 décembre. Le P. Letourmy reprenait le 24 novembre la route de son district en passant par Mong tse.
    Avant son départ de Paris, et après entente avec S. E. le Cardinal Verdier, Mgr a signé avec M. Boisat, vice supérieur des Sulpiciens, le contrat pour la fondation du grand séminaire de Yunnanfu, dans lequel les autres missions pourront envoyer leurs élèves.
    Sur le désir manifesté par quelques confrères, la retraite des missionnaires Européens aura lieu à la fin de l'année chinoise ; elle souvrira le 11 février 1934 au soir, 28 de la douzième lune.

    Kweiyang

    26 novembre.
    Un télégramme du 20 novembre nous annonce que les 3 Surs Canadiennes de N. D. des Anges, descendues à Hongkong pour cause de maladie, ont quitté Nanning le matin même et nous reviennent par auto en compagnie du nouveau Père, le P. Dewonck. S'il n y a pas de contretemps en route, on peut espérer que le convoi ne tardera pas à atteindre Kweiyang.
    Dernièrement un des élèves du petit séminaire a été pris de la dysenterie ; les soins assidus du P. Guettier l'ont tiré de danger, mais l'infirmier a été atteint à son tour et a dû garder le lit une dizaine de jours.
    Le P. Célestin Solignac nous est arrivé de Kaitcheou mal en point lui aussi. Heureusement les soins des confrères et de son frère en particulier semblent lui rendre un peu de vigueur et d'entrain.
    Par contre, le P. Saunier, toujours alerte et vigoureux, malgré ses 30 ans de Chine, a délaissé pour quelques semaines les salons de sa cure pour visiter une demi-douzaine de stations de chrétiens de la banlieue, à quelque 20 ou 30 kilomètres autour de Kweiyang. A retrouver les sentiers rocheux et le bord des torrents, notre confrère sent revivre ses jouissances de vieux broussard.
    Le journal de Chungking annonce la reprise des hostilités entre Ouang kia lie et ses ennemis habituels. La nouvelle en est très vraisemblable et le surprenant, c'est qu'elle soit fausse. Fausse, puisse-t-elle le rester longtemps.

    Canton

    La retraite annuelle des missionnaires de notre Société a eu lieu du 10 au 15 du mois de décembre.
    L'Amiral Berthelot visitant Canton a eu la grande amabilité d'accepter à dîner à la mission.
    A l'occasion du passage à Canton de Son Excellence le Ministre des Etats-Unis d'Amérique à Nankin, il y a eu une grande réception au Consulat d'Amérique. Invité par Monsieur le Consul Général, Monseigneur y a pris part. Il retrouva là des connaissances quil n'avait pas revues depuis longtemps et il paraissait heureux davoir assisté à cette fête.
    Le Rév. P. Cairns, organisateur du pèlerinage de Sancian, est venu à Canton exhorter nos chrétiens à en faire partie.
    Malgré la crainte du mal de mer, une cinquantaine d'entre eux, se sont inscrits au nombre des pèlerins. Ils ont, joyeux, quitté Canton le 9 décembre par le train de 8 heures. Arrivés à Hongkong à 11 heures 11, ils s'embarquaient directement sur le bateau Hai-ning de la Co. Douglas. A 2 heures, le Hai-ning quittait Hongkong pour aller à Macao recevoir les pèlerins de cette chrétienté. A six heures, il se remettait en route et au point du jour, le lendemain matin, dimanche, il se trouvait en vue de Sancian. Il mouilla à quelque trois milles du débarcadère situé au-dessous de la chapelle du tombeau. Le motor-boat du P. Cairns remorqua les embarcations sur lesquelles étaient descendus les pèlerins. Une heure après, ils étaient tous sur l'île de St François. Ils y restèrent jusqu'à midi. La sirène du Hai-ning les rappela à bord. A six heures du soir, ils se retrouvaient dans la rade de Macao et, à 10 heures, ils jouissaient du féerique spectacle du port de Hongkong vu de nuit. Le lundi 11 décembre, à 11 h. 1/2, nos chrétiens rentrèrent à Canton. Les pèlerins furent très nombreux. Les élèves de notre Séminaire Régional avaient été gracieusement invités par Son Excellence Mgr Walsh à y prendre part.
    S. E. Mgr Yeung avait précédé à Sancian, l'arrivée des pèlerins. Ancien missionnaire de cette île, il y est allé rappeler à ses anciens paroissiens leurs devoirs de chrétiens.

    Swatow

    18 décembre.
    Monseigneur, profitant du beau temps et du calme relatif de la région de Kityang, est allé faire une petite tournée de confirmation de ce côté-là ; il n'a pas pu se rendre dans les districts limitrophes du Foukien qui pour le moment sont par trop exposés aux incursions des brigands. Les troubles consécutifs à la déclaration d'indépendance de la Province voisine, l'absence des troupes, parties Pour la frontière orientale ou se retranchant dans les villes, donnent du courage aux petites bandes de brigands à la campagne ; en ville, le marasme des affaires cause de nombreux krachs de banques locales et de maisons de commerce. Tout cela joint à l'incertitude de la situation politique, crée une atmosphère d'inquiétude générale. Nous espérons cependant que ces nuages se dissiperont bientôt et que de nouveau le soleil resplendira au firmament bleu de la politique chinoise, bien que le gouvernement du Foukien en ait supprimé le symbole sur le nouveau drapeau "national".

    Hunghoa

    10 décembre.
    Le dimanche 19 novembre, arrivaient à Hunghoa Mgr Marcou, évêque de Phatdiem et son coadjuteur, Mgr Tong. Venus à Hanoi, deux jours auparavant, ils avaient poussé une pointe de quelque 70 km, vers le nord, pour rendre visite à Mgr Ramond.
    Depuis la veille, la nouvelle s'était répandue dans le centre urbain et aussi dans les chrétientés du voisinage.
    L'évêché, avec ses oriflammes tricolores et les drapeaux annamites, avait un air de fête, et, lorsque l'automobile des nobles visiteurs y pénétra, au son des cloches, de la musique, au bruit des pétards, elle fut vite entourée par les chrétiens et par les païens ; tous voulaient voir de près le premier évêque annamite.
    L'Administrateur civil, l'Inspecteur de la Garde Indigène, avec leurs familles, ainsi que le mandarin et le médecin de l'hôpital indigène, étaient présents, et avaient tenu à lui offrir leurs respectueux hommages.
    Ensuite, dans l'intimité, ce fut le tour des prêtres et catéchistes présents ce jour-là à Hunghoa qui adressèrent leurs félicitations à Son Excellence, et, au nom de toute la mission, les meilleurs souhaits de long et fructueux épiscopat.
    Au dîner qui suivit, Mgr Ramond exprima, avec délicatesse, les sentiments de son coeur, regrettant seulement que la coïncidence du dimanche n'ait pas permis à ses prêtres de venir plus nombreux à Hunghoa. Mais, ajouta-t-il, " ils n'y perdront pas, car j'invite Votre Excellence à venir leur prêcher la retraite ". Mgr Tong accepta ; ayant déjà prêché à Phatdiem et à Keso, les années précédentes, il sera heureux de venir, en fin de janvier prochain, aider nos prêtres à se sanctifier.
    Cette fois, il ne pouvait rester que deux ou trois heures à Hunghoa ; lors de la retraite, il pourra plus à son aise prendre contact avec notre mission.
    Une des dernières chroniques parlait des nouvelles routes pour automobiles qui s'ouvrent dans le Haut Tonkin. Après celle de Ha Giang, celle de Hoa Binh Son la Lai chau, voici que la route de Yen Bai à Nghia lo, améliorée et pourvue de ponts solides, est accessible aux automobiles. Récemment, le Résident de Yen Bai l'a inaugurée, et nos deux confrères de l'intérieur, les Pères Cornille et Doussoux, reçurent chacun sa visite ; la voiture s'était arrêtée à leur porte ; bientôt, dit-on, ce sera l'inauguration officielle par les autorités de Hanoi,
    En attendant, quelques jours après la visite du Résident, ce sont des parents du P. Cornille, cousin et cousine résidant à Hanoi, qui, avec leur petite famille, sont allés le voir. Excellent voyage à l'aller et au retour. Notre confrère en a profité pour bénir une petite cloche, récemment reçue de France ; puisse-t-elle, comme le lui a souhaité Mgr Ramond, rappeler à tous leurs devoirs de chrétiens, et sonner le glas du paganisme dans ces régions !
    Nous avons eu, cette année, un mois de novembre superbe ; pas un jour de pluie, et un beau soleil presque toujours. La moisson a pu se faire partout dans de bonnes conditions, et, si le riz pouvait se vendre plus facilement, tout le monde serait content. L'impôt approche, et l'argent manque partout
    Nos deux doyens, les Pères Méchet et Pichaud sont fatigués. Sans doute, celui-ci ne souffre que de rhumatismes, mais leur persistance l'empêche de vaquer à son ministère, et puis, avec l'âge, il en constate l'intensité d'une manière plus sensible. Le bon Père Méchet, lui, est plus atteint. Une occlusion intestinale l'a obligé à se rendre à la Clinique St Paul, à Hanoi, et une première opération a été faite pour enrayer l'infection de l'intestin ; la faiblesse de notre confrère et son grand âge, 74 ans, font craindre aux médecins la seconde opération, pourtant nécessaire : l'ablation de la partie malade. Pourra-t-il la supporter ? Ce n'est guère probable. Le Père Méchet est, actuellement, bien affaissé ; peu ou pas d'appétit, forces soutenues seulement par les injections de sérum, sommeil pour ainsi dire nul, sauf quand on lui fait une piqûre de morphine, et, avec cela, une bronchite qui, lors des quintes de toux, ravive ses douleurs.
    Le jeudi 7 décembre, il a reçu les derniers sacrements des mains du bon P. Dronet, son vieil ami ; avec quelle dévotion et quelle joie il le fit ! ! Les Pères Vandaele et de Neuville, qui l'assistaient, furent profondément touchés quand ils le virent, après l'extrême-onction, demander qu'on voulût bien réciter avec lui le " Te Deum ", et leur donner, pour toute la mission, sa bénédiction !

    Que réserve l'avenir ? Les médecins n'osent se prononcer. Les témoignages de sympathie qu'il a reçus de tous, les visites du vénéré Mgr Gendreau, de NN. SS. Marcou, Chaize et Tong, et celles des confrères des missions de Hanoi et de Hunghoa, et les soins dévoués dont il est l'objet de la part des bonnes Religieuses, aident notre confrère à supporter cette dure épreuve. Du reste, il est prêt; quand le bon Dieu voudra et comme il le voudra Tous prient pour lui ; qu'il reste encore notre doyen, pour notre édification à tous !

    Thanhhoa

    18 novembre.
    Le grand événement du mois de novembre pour la mission a été, sans contredit, le passage de Mgr Tong, le nouveau Coadjuteur de Phatdiem.
    Le séminaire de Balàng eut l'honneur d'accueillir S. E. dès son arrivée. C'était par un de ces beaux après-midi d'automne, au soleil radieux, mais à la température rafraîchie par la brise du nord : un temps idéal. Toute la paroisse, tout le séminaire étaient là, bannières claquant au vent, parasols larges ouverts, dignitaires en robe bleue, longues théories d'enfants au minois éveillé, au regard clair....
    A quatre heures les autos arrivent. Mgr Tong, à peine descendu, reçoit les hommages des Pères français et annamites et les embrasse cordialement, à la française.
    Le cortège se rend directement à la chapelle du séminaire où les élèves chantent un Magnificat en faux-bourdon. Puis, après le Salut du St Sacrement Mgr adresse quelques mots aux fidèles et aux élèves. Toute la communauté se rend ensuite à l'étude pour les compliments traditionnels.
    Il y en a plusieurs, et assez longs ... et pour ne pas changer, Mgr se voit souhaiter une fois de plus dix mille ans de vie : ad multos annos" bien couleur locale.
    Mgr répond d'une voix chaude et vibrante, et aussi avec une pointe d'émotion. N'est-ce pas les premières paroles qu'il adresse à ses futurs diocésains, à plusieurs de ses futurs prêtres, puisque un grand nombre des élèves de Balàng appartient à la mission de Phatdiem ?

    Le lendemain matin, après avoir dit la messe de communauté, Mgr se rendit à Thanh-hoa où il fut chaudement accueilli par toute la population française et les chrétiens annamites.
    A midi il dînait ainsi que NN. SS. Marcou et De Cooman à la Résidence. Puis, le soir même, S. E. nous quittait pour Phatdiem.
    Qu'il soit permis ici aux professeurs et élèves du Séminaire et à toute la chrétienté de Balàng d'exprimer leur gratitude à M. Denis Lê Phat An qui, en mettant ses automobiles à la disposition de Mgr Tong, a rendu possible cette belle fête.

    Quinhon

    Le typhon du 1er novembre.
    La chronique du mois dernier a déjà annoncé les ravages causés par le typhon du 1er novembre, mais le Bulletin est heureux d'emprunter à une lettre de Mgr Tardieu adressée à ses confrères les détails suivants sur cette terrible journée :
    ".... Nos deux Noviciats des Amantes de la Croix à Gothi et des Petits Frères de St Joseph à Kimchâu, qui tous les deux contenaient tant de promesses, sont en partie détruits. Les étages se sont effondrés sous la violence de l'ouragan, faisant dans chacune des deux maisons 8 victimes, sans parler des blessés, en tout une vingtaine, dont 2 morts depuis et 2 encore en grave danger. Pauvres chers enfants !
    .... Le Grand Séminaire a fait honneur au P. Dorgeville et a bravé la tempête, ou plutôt, car quelle est la construction même la plus solide qui soit assurée contre la force du vent, le bon Dieu a eu pitié de nous et nous l'a laissé. Dégâts, assez graves d'ailleurs, aux toitures et aux dépendances seulement.
    Le Petit Séminaire a été, on peut le dire, blessé à mort. Les murs des deux grands bâtiments, vers le milieu, sont nettement cassés à la naissance de l'étage, qu'il faudra ou reconstruire plus solidement ou supprimer, si nous ne voulons pas exposer nos enfants à cette chose affreuse dont la seule pensée fait frémir d'horreur. La chapelle en bois, qui date de Mgr Van Camelbeke et du P. Garnier, a tenu bon, mais la toiture et les murs, défoncés en partie, sont à refaire en entier. Presque toutes les dépendances sont par terre.
    A l'Imprimerie, restée debout comme par miracle et largement décoiffée, l'eau a coulé à son aise durant plusieurs heures sur le papier, les livres, une foule d'objets. On devine l'importance des pertes. De l'ancien Evêché et dépendances qu'utilisait l'Imprimerie, il ne reste presque plus rien. Le P. Dụng, qu'on croyait enseveli sous sa maison en ruines, a été retrouvé sain et sauf : il s'était blotti sous une table.
    De tous nos établissements communs, c'est l'hôpital de Kim-châu qui s'est le mieux comporté ; tuiles emportées, quelques dégâts à l'intérieur, c'est tout.
    La Léproserie s'est moins bien défendue : tuiles arrachées à la maison de l'Aumônier, au Couvent ; chapelle détruite, quelques murs défoncés, quelques maisons par terre chez les malades.
    Que dire de l'Evêché ? Il a été frappé sévèrement, c'est tout juste s'il n'est pas tombé. Faîte largement découvert, pans de murs renversés sous la vérandah, plafonds dégringolant les uns après les autres, en déversant à l'intérieur, avec de l'eau en abondance, des débris de tuiles, de briques. Vers 4 heures du matin, l'Evêque a dû quitter la place et s'est réfugié ailleurs, puis, le soir, il est allé demander l'hospitalité au Grand Séminaire. La Procure, plus massive, a mieux tenu, non toutetois sans de graves dommages commis par la pluie dans le magasin et un peu partout.
    Des deux orphelinats de Gò-thị, l'un a réussi à garder son grenier à riz et deux maisons plus basses, où le noviciat a pu trouver un refuge ; l'autre a été complètement rasé.
    Les Paroisses ont eu le même sort que les Etablissements communs. Sur 115 églises ou chapelles, ou même davantage si on tient compte de la Province du Phú-yên, 45, dont 5 principales, Gò-thị, Lac-điến, Kiếu-Đông, Lông-sông et Qui-hoà, ont été renversées jusqu'au ras du sol, et toutes les autres plus ou moins blessées. Même dommage aux petits presbytères de chaque chrétienté dans la même proportion.....
    Je voudrais surtout mieux montrer, par ce récit véridique, la nécessité où nous sommes tous de nous placer en face de la réalité et de nous adapter.
    Quelle que soit la " Grande Pitié " de 70 églises renversées et près d'une centaine endommagées, 2 grands établissements presque détruits et 1 blessé à mort, tout cela en un an, nous ne devons pas nous illusionner et songer à relever de suite un tel monceau de ruines. Que ceux qui ont perdu leur église principale s'efforcent, au mieux de leurs moyens, de préparer pour la messe du dimanche un local convenable. En dehors de là, qu'ils fassent taire leurs impatiences et celles de leurs chrétientés. Car il faut choisir entre nos pauvres églises mortes et l'église vivante, que nos malheurs ne nous permettent pas de laisser tomber, que nous devons même embellir et agrandir de toutes nos forces.....
    De même que l'âme a le pas sur le corps, qui sans elle ne serait qu'une masse inerte, de même c'est à cette église vivante que nous devons garder la toute première place dans nos préoccupations et dans nos maigres budgets. La restauration de nos chères églises ne doit venir qu'après, dès que des jours meilleurs nous seront rendus.
    On comprendra sans peine que dans les conjonctures très pénibles que traverse le pays, l'Evêque ne fasse point appel, comme l'an dernier, à la charité des Fidèles du Vicariat. A chacun de nous de voir dans quelle mesure il peut, par lui-même ou par ses chrétiens, venir en aide aux sinistrés.

    Visite de Mgr Tòng. Sa Grandeur Mgr Tòng, qui s'était annoncé pour le Samedi midi, 4 novembre, a dû, par suite des inondations, qui ont emporté plusieurs ponts dans la Province du Phú-yên, passer par Ninh-hoà, Banmethuôt, Pleiku, et n'est arrivé à Quinhon que le dimanche à 11 h. du matin. On a eu juste le temps de prévenir Mgr Tardieu, qui est accouru aussitôt du Grand Séminaire. Assistaient au repas de midi, outre les deux Evêques, le P. Đức de Saigon et M. Denis Lê-phát-An qui accompagnaient Mgr Tòng, le P. Procureur seulement. Le télégramme annonçant l'arrivée de Mgr Tòng pour le dimanche n'est parvenu à Quinhon que dans la soirée du lundi.
    " Nous aurions voulu vous recevoir autrement, a dit Mgr Tardieu à Son Excellence. J'aurais voulu surtout fournir à notre clergé indigène l'occasion de fêter comme il convient le 1er Evêque annamite, mais le coeur y est. Votre visite est pour nous un rayon de soleil au milieu de nos ruines, soyez-en remercié ". Mgr Tòng nous quittait à 13 h. après avoir visité les Frères de Gagelin et nos religieuses blessées hospitalisées à Quinhon. Il a tenu en passant à s'arrêter aussi chez Mgr Grangeon et le P. Sion, si éprouvé par le typhon. Nos voeux l'accompagnent dans son nouveau champ d'apostolat.

    Monseigneur Grangeon. Le dimanche 29 octobre, dans la matinée, Mgr Grangeon, l'hôte des Petits Frères de St Joseph, a eu plusieurs syncopes qui ont fait craindre pour ses jours. Le soir, à huit heures, après la récitation du chapelet, devant tous les Frères réunis dans sa chambre, le P. Sion, supérieur, assisté du P. Thiêng, aumônier, administra le sacrement de l'extrême-onction à Son Excellence, qui le reçut avec une grande foi, une piété admirable et une parfaite tranquillité d'âme, recommandant ensuite aux Frères de persévérer jusqu'à la mort dans leur vocation.
    Le 21 novembre, jour de la Présentation de la Sainte Vierge, Son Excellence a rendu sa belle âme à Dieu, non dans la maison des Petits Frères renversée par le typhon, mais à l'hôpital des Soeurs de St Paul de Kim-châu où il avait été transporté le lendemain de la catastrophe.
    Les obsèques très solennelles ont été présidées par S. E. Monseigneur le Délégué Apostolique venu de Hué la veille. Mgr Chabanon et Mgr Tardieu, qui a chanté la messe pontificale " De obitu", ont donné chacun une des cinq absoutes. Une quarantaine de prêtres, qui avaient pu être avertis à temps, se pressaient, ainsi qu'une foule énorme de chrétiens venus des districts voisins, dans l'église paroissiale de Kim-châu.
    Suivant la volonté du regretté prélat, la dépouille mortelle de Mgr Grangeon repose dans l'enclos des Petits Frères de St Joseph, au pied de la croix du cimetière.
    Dans son humilité, Son Excellence a demandé qu'on ne fasse paraître aucune notice sur sa personne ; disons seulement qu'il nous a laissé l'exemple des plus belles vertus et que sa mort fut celle du juste. R. I. P.
    Hué
    2 décembre.
    Visite à flué de S. E. Mgr Tòng, coadjuteur de Phatdiem.
    S. E. Mgr Tòng, au cours de son voyage de Cochinchine au Tonkin, s'est arrêté trois jours à Hué (6-8 novembre). Le nouvel évêque annamite désirait rendre visite à S. E. Mgr le Délégué Apostolique et à la Mission de Hué, où il compte de nombreux amis ; il avait en outre une mission à remplir, de la part du Souverain Pontife, auprès de S. M. l'Empereur d'Annam. L'arrivée de Mgr Tông avait été annoncée pour le dimanche 5 novembre : les chrétientés des environs de la capitale se préparaient à le recevoir solennellement et Mgr Chabanon, Vicaire Apostolique, accompagné de quelques prêtres, était parti à la rencontre de Son Excellence jusqu'à avait dû, après Nhà-Trang, faire un grand détour par Pleiku et la région des montagnes, et ce ne fut qu'après un voyage des plus pénibles qu'il parvint à Qui-Nhon et put reprendre la route mandarine. Au premier poste de télégraphe en communication avec Hué, il prévint de son arrivée S. E. Mgr Dreyer. Aussitôt (c'était le 6 novembre dans la matinée), Mgr Chabanon, accompagné du R. P. Provincial des Rédemptoristes et du Supérieur du grand séminaire, se porta en hâte au devant de Mgr Tòng, qu'il rencontra à quelques kilomètres de la capitale, en compagnie du P. Bric et de M. Denis Lê phát An, qui avait reçu de Mgr Dumortier la mission de conduire dans son auto particulière le coadjuteur de Mgr Marcou jusqu'à Phatdiem. Arrivé à l'évêché, Mgr Tòng alla tout d'abord rendre ses devoirs au vénérable Mgr Allys, pendant qu'en toute hâte on prévenait la chrétienté de Phú-Cam, les prêtres de Hué et le grand séminaire. Malgré ces circonstances défavorables la réception fut grandiose. Une belle procession s'organisa depuis l'évêché jusqu'à la cathédrale au milieu d'une foule de chrétiens et de païens accourus de tous les environs. Après les prières liturgiques et la Bénédiction Pontificale, le nouvel évêque adressa une courte mais très cordiale allocution aux fidèles qui remplissaient l'église. Puis la procession reprenant sa marche conduisit Mgr Tòng à la Délégation Apostolique. Mgr Dreyer avait réuni à sa table, pour la circonstance, un grand nombre de missionnaires et de prêtres indigènes. En tête des invités, Mgr Marcou, évêque de Phatdiem, venu à la rencontre de son Coadjuteur, Mgr Chabanon, évêque de Hué, le P. Lemasle, Provicaire, le R. P. Dionne, Provincial des Rédemptoristes, M. Denis Lê phát An. A la fin du déjeuner, Mgr le Délégué offrit ses félicitations et ses souhaits au premier évêque annamite, qui répondit en exprimant en termes délicats ses sentiments envers tous. Voici les passages les plus importants de ce beau discours :
    " Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique, Messeigneurs, Vénérés Pères,...... Il me semble devoir répéter à tous et à chacun: " C'est votre oeuvre que vous avez sous les yeux". Excellence (en sadressant à Mgr Dreyer O. F. M. Délégué Apostolique), " c'est bien votre oeuvre que vous avez sous les yeux ". On dit : " Evêque par la grâce de Dieu " sans doute, mais aussi " par l'autorité du Saint Siège Apostolique ". C'est le Pape qui choisit les évêques, qui leur commet le soin de paître une partie de son troupeau... Mais le Pape en Indochine, ici, c'est vous, Excellence, puisque VOUS êtes pour nous tous le très vénéré et très aimé Représentant de Sa Sainteté Pie XI. Vous en êtes le représentant agissant, faisant vôtres toutes les volontés du Souverain Pontife ; apportant à l'exécution de ses hautes directions votre foi éclairée, votre esprit sage, votre volonté ferme. Au très Saint Père toute notre religieuse vénération, tout notre entier dévouement, tous nos hommages de fils obéissants et aimants. Mais à tous ces hommages, Excellence, vous êtes plus qu'associé. Certes, je puis bien dire et vous devez bien le reconnaître, " vous avez votre oeuvre sous les yeux ". Cette oeuvre, vous même vous l'aviez entreprise de longue date... et au moment où je voulais m'y soustraire, sans pitié pour ma faiblesse, pour mon âge, sans égard à mes plaintes, à mes supplications, vous l'avez menée à terme, vous l'avez " parfaite ". In verbo tuo.... je ne pouvais, je ne devais plus hésiter. Mais puisque vous avez si bien voulu parfaire votre oeuvre, espérons seulement que vous avez pu faire oeuvre parfaite.
    Et vous, Monseigneur, (à S. E. Mgr Marcou, Vicaire Apostolique de Phatdiem) votre oeuvre, vous pouvez aussi la contempler, l'examiner, la juger à plaisir... vous aurez même de longs jours pour le faire. Cette oeuvre, (personne ne le niera, et vous moins qu'un autre) elle est la fille de vos oeuvres et la fille de vos désirs. Elle est la fille de vos uvres : Monseigneur, pour connaître vos oeuvres, je n'avais pas besoin de monter jusqu'à Phatdiem et Hanoi pour prêcher des retraites pastorales, qui restent pour moi des souvenirs si heureux d'apostolat consolant; le Sud n'est pas si loin du Nord pour ignorer quel Chef, quel Père, quel Docteur, quel Pasteur modèle vous êtes pour votre Vicariat; ajoutant aux mérites du Père Six, vous avez fait, Dieu aidant, de votre Vicariat la première Eglise d'Indochine susceptible d'être entièrement confiée aux soins du clergé indigène. Cette oeuvre que représente l'élévation à l'épiscopat d'un prêtre annamite, n'avais-je pas raison de dire qu'elle était la fille de vos travaux ? Et tout le monde sait qu'elle n'est pas moins la fille de vos désirs.... Prudemment, ardemment, inlassablement vous avez voulu votre dessein et les jours sont venus où les desseins d'hier sont les réalités d'aujourd'hui. Serez-vous payé en retour ? Demain le dira. Et pourquoi aujourd'hui ne le promettrait-il pas ? Des fils vous ont quitté, Monseigneur, mais c'est un fils qui vient à vous, un vrai fils aimant, dévoué, déférant. Cependant, Monseigneur, ce fils ose bien vous dire : " non alleviasti opus tuum ", vous n'avez pas allégé votre fardeau: malgré la consécration reçue des mains mêmes du Souverain Pontife, de ce fils vous aurez encore à faire un " évêque ", un évêque de votre lignée, " ad imaginem tuam et ad similitudinem tuam".... C'est un nouveau fardeau que vous avez voulu prendre sur vos épaules.
    Monseigneur, (à S. E. Mgr Chabanon, Vicaire Apostolique de Hué), vous non plus, vous n'êtes pas étranger à cette oeuvre. Elle est vôtre, puisqu'en vous, en tous les missionnaires qui forment votre couronne, je salue une fois de plus la vaillante Société des Missions Étrangères. Vous êtes, à tous, nos Pères dans la Foi ; et nous avons lieu de nous en glorifier. Les antiques Eglises des Gaules prouvent leur noblesse en se rattachant aux Apôtres: Lyon se glorifie d'Irénée le Smyrniote, fils spirituel de Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean l'Apôtre. Nous, où irions-nous chercher plus belle filiation spirituelle que celle qui, par vous, nous attache au coeur même de la France chrétienne, la fille aînée de l'Eglise, titre que, selon le mot de Pie XI, l'Eglise d'Annam doit reprendre à son compte pour devenir à son tour la fille aînée de l'Eglise en Extrême-Orient ? Cette filiation que le sang de nos martyrs a scellée, il n'est point nécessaire de l'affirmer : on éprouve quand même le besoin de la proclamer en des circonstances comme celle qui nous réunit à cette table de la Délégation Apostolique. Vous et les vôtres, Mgr, vous avez reçu cette grâce de la paternité spirituelle en même temps que la grâce de l'Apostolat : " Vobis data est gratia hoec in gentibus evangelizare.... Gratia Dei in vobis vacua non fuit". Cent ans après nos premiers Martyrs, l'Eglise d'Annam doit l'honneur qui lui sera rendu demain dans cette réception officielle au Palais royal à la fidélité d'hier, mais aussi au prestige qu'en cette Mission de Hué vous avez su attacher au nom chrétien.
    .Cher Clergé Annamite de la Mission de Hué, chers Confrères (les mots de l'amitié et de l'affection se placent naturellement sur mes lèvres). Ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que je suis à même de goûter votre délicatesse: la Providence m'a déjà ménagé plusieurs fois cette joie. Vos témoignages de sympathie, vos félicitations, vos cadeaux n'étaient pas nécessaires pour me rappeler ces doux souvenirs: le coeur n'oublie pas. S'il y a dans la dignité épiscopale un honneur, j'ai toujours bien compris que cet honneur n'allait pas à ma personne ; cet honneur, je le vois allant au Clergé Annamite tout entier.... Acceptez cet honneur, vous y avez droit, vous y avez d'autant plus droit qu'en haut lieu on ne connaît guère, ce n'est point une critique, Excellence, (s'adressant à Mgr le Délégué Apostolique) le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, on ne connaît qu'une Indochine tout court et c'est très bien ainsi. Prenez donc bien pour vous tout l'honneur de cet épiscopat, il vous revient... quant aux charges qu'il comporte, c'est à moi seul qu'elles incombent.
    C'est à moi seul que ces charges incombent. Mais est-ce bien vrai cela? Puisque tous vous avez tour à tour dû reconnaître que vous avez voulu, que vous avez préparé cet épiscopat... est-ce que en toute justice, je ne puis pas vous demander d'en partager les charges? N'êtes-vous pas tenus de m'apporter votre aide ? Votre charité répond déjà.... Je compte donc sur vos prières pour rendre ma croix moins lourde, je vous supplie de m'entendre. Vous avez déjà tant fait pour moi que je suis certain désormais du secours que ma misère vous mendie " ......
    Le lendemain ce fut au tour de Mgr le Vicaire Apostolique de recevoir à l'évêché le nouvel évêque Annamite. Mgr le Délégué, Mgr Marcou et de nombreux missionnaires et prêtres indigènes assistaient à ce déjeuner. Mgr Tòng disposait de fort peu de temps, néanmoins il voulut faire plaisir aux nombreux établissements religieux de Hué, qui tous désiraient vivement sa visite pour lui offrir leurs hommages et lui témoigner la joie que leur causait son élévation à la dignité épiscopale. Ce fut partout une profusion de compliments, de chants et de fleurs. Simple et aimable, affable et souriant, Son Excellence se fit tout à tous, trouvant toujours pour remercier, féliciter, exhorter, des paroles sorties du coeur. En trois endroits la réception fut plus solennelle : à l'Institut des Petits Frères du S. C. du P. Cẫn où Mgr Tòng célébra la messe de communauté, chez les R. P. Rédemptoristes où avait été organisée une charmante soirée avec chants, musique et séance artistique, et au grand séminaire où Son Excellence répondit aux compliments par une allocution aussi touchante que pratique : rappelant aux séminaristes ce que doit être un prêtre au point de vue de la science et de la piété, il parla avec admiration du clergé français, qu'il venait de voir sur place, de sa distinction, de sa science, de son ardeur au travail : " c'est la France qui nous a envoyé ces prêtres distingués et travailleurs, et vous voyez la belle oeuvre qu'ils ont réalisée en Indochine ; à nous de marcher sur leurs traces, le travail est encore si considérable ". Pour la piété, la vie intérieure, Mgr Tòng rappelle son pèlerinage à Ars et l'émotion profonde qu'il y éprouva, cette modeste église, ce presbytère si pauvre du saint curé ! " Prêtres, avant tout nous devons être des saints ". A mesure qu'il développait cet idéal sacerdotal, l'émotion gagnait l'orateur, et c'est en versant d'abondantes larmes qu'il termina son allocution. Les auditeurs se sentaient remués jusqu'au fond de l'âme par ces paroles apostoliques.
    Répondant à l'invitation de S. E. M. Nguyễn hữu Bài, ancien Président du Conseil, Mgr Tòng se rendit à Phước-Môn le mercredi 8 novembre ; Mgr Marcou et Mgr Chabanon l'accompagnaient. Le P. Lemasle, Provicaire, le R. P. Dionne, Vice Provincial des Rédemptoristes, de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, en tout une cinquantaine de prêtres, étaient venus, malgré le mauvais temps, prendre part à cette fête pour rendre honneur à la fois à S. E. Mgr Tòng et à S. E. M. le Duc de Phước-Môn. A la fin du déjeuner, M. Bài, après avoir offert ses félicitations et ses souhaits à Mgr Tòng, reporte l'honneur de l'élévation d'un Annamite à l'épiscopat d'abord à la Société des M.-E., qui depuis près de trois cents ans travaille ici à la formation des prêtres, et à la France, qui en donnant la paix et la sécurité sous tous les rapports à notre pays d'Annam a permis de travailler sans crainte à l'extension de la religion chrétienne : " Ce grand bienfait de la France, ajoute-t-il, ne l'oublions jamais ". En remerciant le grand chrétien dont il est l'hôte aujourd'hui et le clergé annamite de Hué, qui par la bouche du Père Cẫn vient de lui offrir, en deux belles pièces littéraires annamite et latine, ses félicitations et ses voeux Mgr Tòng s'associe aux sentiments exprimés par S. E. M. le Duc de Phước-Môn, qui a tant travaillé pour le bien de la religion : s'il est évêque aujourd'hui, il le doit certes à la Société des M.-E. et à la France ; mais il le doit aussi à S. E. M. Nguyễn hữu Bài, qui a tant insisté auprès du Saint Siège pour la création d'évêchés indigènes. Il fait ensuite l'éloge du clergé de Hué, qu'il a vu à l'oeuvre dans les voyages qu'il a faits ici à plusieurs reprises et il s'estime très fier du titre de " Prêtre Honoraire de Hué ", que lui a décerné Mgr Allys depuis plusieurs années déjà.

    Audience Royale. Ce même jour, dans la matinée, avait eu lieu en grand cérémonial, la réception de Mgr Tòng par l'Empereur d'Annam : selon la volonté de Sa Majesté, elle se fit dans la magnifique salle Cần Chánh réservée aux audiences solennelles. Le roi était entouré de M. l'Administrateur Surcouf chef de cabinet et Représentant de M. le Résident Supérieur, absent de Hué, de M. le Lieutenant de Vaisseau Barthélemy, Chef de la Maison militaire du roi, et de plusieurs grands mandarins. Mgr Tòng, qu'accompagnait Mgr Marcou, fut présenté à Sa Majesté par Mgr le Délégué Apostolique. Son Excellence remit aussitôt au roi la lettre autographe que Sa Sainteté Pie XI lui avait confiée pour S. M. Bão-Đại. Cette lettre est la réponse du Pape au télégramme que le roi lui avait adressé le jour du sacre de Mgr Tòng à Rome pour lui exprimer sa satisfaction et le remercier de l'élévation d'un Annamite à l'épiscopat. (Cf. Bulletin M.-E. n° d'octobre p. 793). Une superbe médaille en or, à l'effigie de Sa Sainteté, était jointe à la missive. Voici le texte de ce message du Pape :

    Au Sérénissime Prince Bão-Đại, Illustre Empereur d'Annam,
    Pie XI Pape.

    Sérénissime Empereur, Salut et félicité.
    Cette lettre, en même temps que nos salutations, Vous sera présentée par Notre Vénérable Frère Jean Baptiste Tòng, Evêque titulaire de Sozopolis que nous recommandons instamment à Votre Majesté Impériale à cause de ses remarquables mérites envers la nation annamite et envers l'Eglise catholique.
    Ces mérites, vous les connaissez et vous les appréciez hautement; nous en avons eu le témoignage lorsque récemment, à Notre grande joie, l'élevant à la dignité Episcopale dans Notre basilique Vaticane. Nous avons reçu de Vous par les ondes aériennes un gracieux message de félicitations.
    Nous Vous offrons de justes remerciements pour cette preuve de votre bienveillance, et nous avons pleine confiance que vous emploierez votre autorité pour que les catholiques soumis à votre pouvoir jouissent de la liberté de professer leur religion et de la protection des lois. Vous l'avez fait jusqu'à ce jour ; Nous Vous en félicitons vivement. Par là vous manifestez clairement votre grandeur d'âme et votre sagesse politique ; car ceux qui embrassent la foi catholique, s'ils mettent leurs actes en conformité avec les préceptes évangéliques, ne le cèdent à personne dans l'amour de la patrie et ne peuvent pas ne pas être de dignes citoyens de leur nation, pleins d'égards pour l'autorité publique.
    Que si, à l'occasion, Nous n'avons pas manqué de montrer Notre sympathie envers Votre Majesté Impériale et envers le très cher peuple annamite, comme le prouve, ainsi que Nous l'avons dit, la dignité épiscopale du porteur du présent message, cependant Nous désirons qu'un souvenir de Notre bienveillance vous en porte le témoignage : c'est pourquoi Nous Vous offrons cette médaille.
    Et, espérant pour Vous et pour votre peuple un avenir heureux et prospère, Nous demandons spécialement au Dieu tout-puissant qu'il daigne dans sa bonté nous unir dans une parfaite charité.
    Donné à Rome, près Saint Pierre, le 7 du mois de septembre de l'année 1933, de Notre Pontificat la douzième.
    Plus. PP. XI
    Ayant remis à leur Auguste Destinataire le message et la médaille du Souverain Pontife, Mgr Tòng prenant la parole adressa à Sa Majesté cette belle harangue :
    SIRE,

    Pour la première fois depuis le début du XVIIe siècle, c'est-à-dire depuis l'introduction du christianisme dans Votre Royaume, un évêque annamite a l'honneur de venir Vous présenter ses hommages en son nom personnel et au nom du peuple catholique qui lui est confié. Cette date mémorable dans l'histoire de notre Eglise d'Indochine coïncide heureusement avec l'avènement de Votre Majesté au Trône.
    Le futur évêque hésita longtemps avant d'accepter cette redoutable charge. Il trouvait le fardeau bien lourd pour ses faibles épaules. Cependant le Chef de l'Eglise avait parlé, il fallut obéir. Ce choix d'ailleurs était un grand honneur pour les catholiques annamites et une insigne marque d'attachement que leur donnait le Pontife suprême de leur religion.
    Mais si Pie XI, glorieusement régnant, a pris une pareille décision, il savait bien que dans le pays qu'il honorait ainsi, ses fils de la Sainte Eglise trouveraient un Souverain à l'esprit très cultivé et très ouvert, en même temps qu'un père et un protecteur.
    C'est donc beaucoup à Votre Majesté, Sire, que le peuple d'Annam est redevable, en quelque sorte, de cette grande faveur. Daignez trouver ici, par la bouche du premier évêque indochinois, l'expression de son entière reconnaissance.

    Notre foi catholique nous oblige non seulement à respecter nos rois, à leur obéir, mais encore à les aimer. Même aux jours les plus sombres de notre histoire, les catholiques n'ont jamais cessé un seul jour de prier pour leur Souverain ; à plus forte raison, prieront-ils avec encore plus de ferveur pour Votre Majesté, puisque depuis Son retour de France Elle n'a cessé de donner des marques de Sa bienveillance et de Sa sympathie à l'égard de nos évêques, de nos prêtres et de nos fidèles.
    Vous avez bien compris, Sire, que la prospérité et la force matérielle d'une nation ne suffisent pas à son bonheur. A l'exemple des grands et vrais conducteurs de peuples, Vous savez que ne pas tenir compte de l'élément spirituel dans l'édification de la cité serait vouloir mettre au monde un corps sans âme. L'homme ne vit pas seulement de pain, disait le Christ, il y aura bientôt deux mille ans. A plus forte raison, ce facteur spirituel doit-il être pris en considération, quand depuis des siècles, il a fait ses preuves, dans l'oeuvre moralisatrice et civilisatrice de tous les peuples qui en ont vécu. Or c'est le cas de l'Eglise catholique romaine.
    Le règne de Votre Majesté, Sire, nous en sommes sûrs, marquera une phase nouvelle dans l'ère de prospérité et de paix que nous vivons déjà. Partout où Vous conduirez Votre peuple, (parce que nous savons bien que Votre Majesté ne nous demandera pas de sacrifices incompatibles avec notre foi romaine), Vous trouverez toujours les catholiques prêts à Vous suivre. Ils n'ont qu'une ambition, après celle d'être de bons chrétiens, c'est d'être les premiers et les plus dévoués sujets de leur roi et de leur patrie. Vive Sa Majesté l'Empereur d'Annam! "
    Le roi répondit avec la plus exquise amabilité, parlant d'abondance. Il dit le profond plaisir que lui causaient le message et la médaille souvenir du Pape et la grande satisfaction qu'il éprouvait de voir un Annamite élevé, pour la première fois, à la dignité épiscopale, ajoutant : " Vous, Annamite, vous travaillerez, en qualité d'évêque, à la prospérité de l'Annam au point de vue religieux, comme Moi, Annamite aussi, en ma qualité de roi je travaille à sa prospérité matérielle et civile ". En terminant la réception le Souverain, qui était resté debout tout le temps, offrit aux assistants une coupe de champagne.
    Le soir, le roi donna au Palais un dîner officiel de 35 couverts en l'honneur du premier évêque Annamite. Sa Majesté, qui présidait, avait à ses côtés Mgr le Délégué Apostolique et Mgr Marcou, et en face, M. le Gouverneur Général Honoraire Charles entouré de Mgr Chabanon et de Mgr Tòng. S. A. R. Tôn thất Hân, ancien Régent, les Ministres, les Chefs de Services, étaient parmi les invités.
    On peut dire que cette journée du 8 novembre, où pour la première fois un évêque Annamite fut reçu officiellement et avec une amabilité des plus cordiales par l'Empereur d'Annam, est une date quasi historique pour l'Eglise annamite ; et, coïncidence remarquable, cet événement se passe juste cent ans, presque jour pour jour, après que le prédécesseur de S. M. Bão-Đại, le roi Minh-Mạng inaugurait la persécution ouverte contre le christianisme en envoyant à la mort le premier missionnaire français, le Bx Isidore Gagelin. Mais ce qui arrive aujourd'hui n'est-il pas précisément dans les desseins mystérieux du bon Dieu le fruit précieux du sacrifice héroïque offert il y a cent ans, le 17 octobre, aux portes de Hué ?.....
    ..... Le sang des martyrs est comme une semence
    Où germent les moissons du Ciel.

    Bangkok

    6 décembre.
    Une véritable épidémie de grippe et d'entérite s'est abattue sur les missionnaires réunis en retraite vers la mi-novembre. Aucun n'en est mort, hâtons-nous de le dire, mais presque tous ont été atteints. Une vague inopinée de froid le thermomètre étant descendu subitement à 23° au-dessus de zéro en serait cause ainsi qu'un vent nord-est malencontreux. Les plus atteints ont été les Pères Carrier, Ollier, Martin et Meunier qui ont dû gagner l'Hôpital de la Mission et s'y faire soigner pour quelque temps. A l'heure actuelle tous ont regagné leurs postes respectifs.
    Après l'échauffourée militaire d'octobre, la situation politique reste stationnaire. Les Représentants du peuple à l'Assemblée Nationale ont été partout élus en novembre. L'ouverture du 1er Parlement siamois doit se faire en décembre à Bangkok et de grandes fêtes seront célébrées à cette occasion. Le calme semble se maintenir.

    Malacca

    Le dimanche 5 novembre, dans l'église de St Pierre et de St Paul, à Singapore, S. E. Mgr de Jonghe a conféré la prêtrise à un enfant de la paroisse, M. Moïse Koh. Les journaux de Singapore ont fait mention de cette cérémonie, quelques-uns même tout au long. Une fois de plus la communauté chinoise de cette paroisse a montré son esprit d'attachement à l'Eglise et sa volonté de la servir: Dans une allocution au nouveau prêtre, le Président de la " Catholic Young Men's Association " disait entre autres : " Nous sentons que nous ne pouvons laisser passer cette occasion sans exprimer l'espoir que parmi la génération qui lève, et plus particulièrement parmi les membres de cette Association, il s'en trouve pour monter à votre suite à l'Autel de Dieu ". Puisse ce souhait avoir au plus tôt sa pleine réalisation !
    Au cher P. Koh, à notre tour et de tout coeur, nous disons : " Ad multos annos ! " Que le Divin Maître vous donne des années fécondes en mérites et couronnées de succès dans votre apostolat au milieu de vos frères de race.
    Comme avant l'ordination, S. E. Mgr de Jonghe avait devant lui quelques jours libres, il en profita pour aller jusqu'à Malacca, la vieille Forteresse du Grand Albuquerque, la cité de St François-Xavier qui le vit partir à la conquête du Japon, et plus tard, vers l'îlot de Sancian pour y mourir.
    Grands furent le plaisir et la surprise des trois confrères qui tiennent à Malacca, sans absolument toutefois le remplacer, la place de St François-Xavier, de recevoir cette visite inespérée. Non seulement S. E. put, le jour de la Toussaint, célébrer une grand-messe pontificale, mais le P. François (Jules, celui-là) trouva moyen de lui faire parcourir quelques-unes des vieilles rues étroites de la ville où grouille une population chinoise, formée pour une bonne part de descendants des marchands Fokinois (Hòk-kien) qui s'implantèrent à Malacca au temps de la domination portugaise (1511-1641). Puis S. E. fit au haut de la colline qui domine la mer un court pèlerinage aux ruines de N.-D. de l'Annonciade dont Albuquerque jeta les fondations sitôt après la conquête, et où reposèrent intacts, avant leur transfert à Goa, les restes saints de Maître Xavier. Et au pied de la colline Mgr vit la massive porte de ville de SanTiago, tout ce qui demeure de la glorieuse couronne des remparts jadis élevés par les Chevaliers du Christ. Le soir même de la Toussaint, S. E. partait pour Seremban surprendre un de ses vieux amis de la rue du Bac, le cher P. Auguin.
    Aujourd'hui, dans sa Résidence de Yunnanfu, elle n'a pas oublié encore et, certainement, n'oubliera pas de longtemps cette envolée de quelques jours aux féeriques régions malaises. Et ceux d'entre nous qui eurent le plaisir de l'avoir pour hôte, se rappelleront les heures aimables et débordantes d'intérêt que furent celles passées en la compagnie de Mgr de Jonghe.
    Le dimanche, 26, le P. Ruaudel, Vicaire Général, a donné la confirmation dans l'église de Saint Jean l'Evangéliste à Kuala Lumpur. Et, ce même jour, le P. François remplissait les mêmes augustes fonctions dans son église de St François-Xavier ; il n'était pas, en effet, dans ces paroisses, possible d'attendre plus longtemps. Qu'on n'oublie pas que S. E. Mgr Perrichon nous a été enlevé en août 1932, au milieu de sa tournée de confirmation, c'est-à-dire depuis plus d'un an déjà.
    La polémique au sujet des écoles catholiques se poursuit dans le " Straits Times " de Singapore.
    D'autre part, S. E. le Gouverneur, Sir Cecil Clementi, ayant officiellement annoncé que désormais, dans les écoles primaires encore à fonder la langue malaise serait la seule employée, à l'exclusion de l'anglais, les protestations s'élèvent de toutes parts et emplissent les colonnes des journaux.
    Cette révolution dans l'enseignement pourrait bien être cause de grabuge car les " non malais " Chinois, Indiens, Eurasiens, etc., trouvent déjà que les Malais sont de la part du gouvernement l'objet de trop de faveurs. Le mécontentement devient chaque jour de plus en plus général et la bonne harmonie qui jusqu'ici unissait les unes aux autres toutes les races pourrait fort bien, tôt ou tard, faire place à une animosité des plus graves entre les deux partis qu'une nouvelle politique vient de créer dans la population des états malais et de la Colonie.

    3 décembre.
    Dernière heure. Nous venons de recevoir l'avis officiel de la nomination au Siège de Malacca de S. Ex. Mgr Adrien Devais, chargé de la paroisse de l'Assomption à Penang ; et grande est la joie de tous de voir enfin se terminer une si longue vacance.
    A S. Ex. nous disons tous, du fond du coeur et sûrs d'être exaucés : " Ad multos et faustissimos annos ! ", heureux de nous presser autour d'un évêque qui se montrera tout autant Père que Chef, et chef qui donne l'exemple du devoir et de la charité.

    Laos

    Thakhek 1er décembre.
    Les confrères de la mission se réunirent à Nong-Seng du 19 au 24 novembre pour la retraite annuelle. Différentes raisons avaient retenu chez eux les Pères Burguière, Chatenet, Tenaud et Hân.
    Nous fîmes joyeusement mémoire du cinquantenaire de l'arrivée de nos aînés à Lakhone, sur le territoire duquel se trouve actuellement l'évêché.
    La bonne, l'excellente dernière nouvelle, annoncée déjà par plusieurs journaux, est l'acceptation des PP. Oblats de Marie, de venir travailler au Laos. Ils vont prendre cinq provinces du nord : Vientiane, Xiengkhouang, Luang-Prabang, Haut-Mékong et Phongsaly. Ce sera un gros morceau de moins pour notre Mission du Laos, qui pourrait encore après cette amputation, être facilement divisée en deux. Sur ces cinq provinces, quatre n'ont jamais été évangélisées, faute de personnel, mais les Pères Oblats sont suffisamment équipés pour faire les bouchées doubles.
    Monseigneur Gouin projette un petit voyage en Annam et un pèlerinage à Notre Dame de Lavang oû il est invité pour la grande fête du 8 décembre.

    Pondichéry
    Le Trait d'Union 31 novembre.
    Pondichéry. Le samedi 28 octobre, ordination, à la cathédrale, de 5 diacres et de 2 minorés : la grande ordination aura lien le 20 décembre. Elle nous donnera 2 prêtres ; un autre diacre, nous appartenant aussi, sera ordonné prêtre à Alwaye à peu près à la même époque.
    A la cathédrale, ce même jour, commencement du boycottage proclamé l'avant-veille par un groupe de chrétiens choutres : la grève fut un fiasco à peu près complet ; l'assistance aux offices du matin était presqu'aussi nombreuse que d'habitude. Le Saint Sacrement a été exposé toute la journée, et beaucoup d'adorateurs se succédèrent à l'église sans interruption. Le soir, consécration du diocèse au Christ-Roi par Monseigneur et bénédiction solennelle du T. S. Sacrement.
    Le 1er novembre, le Compiègne entre en rade et nous ramène le P. Capelle dont la bonne mine fait plaisir à voir. Dès le lendemain soir, il nous quittait pour Balmadies où Mgr Morel l'attendait avec impatience.
    Monsieur Bourret, le nouveau Gouverneur de l'Inde française, est arrivé par le même paquebot. Mgr Colas étant allé lui présenter ses hommages, il fut très touché de cette démarche et se montra on ne peut plus aimable. Le lendemain, accompagné de son Aide de Camp, il rendait sa visite à Mgr l'Archevêque : il est un petit-neveu du Cardinal Bourret.
    Le dimanche 12, au soir, pendant un salut solennel du Saint Sacrement, à la cathédrale, furent chantés, d'abord le Parce Domine pour demander pardon des péchés commis pendant le " kalabam ", puis le Te Deum pour remercier le bon Dieu d'avoir ramené la paix et la concorde dans la paroisse. L'église était remplie comme aux jours de grandes fêtes : la grève n'avait duré que 15 jours grâce au bon sens et à la fermeté de la meilleure partie de la chrétienté.
    Le salut terminé, tout le monde se rendit dans la cour de la cathédrale, où le P. Combes prêcha un éloquent sermon sur la bonne Presse. Monseigneur ajouta quelques mots pour appuyer ce que le prédicateur avait dit, et encourager les fidèles à acheter, à lire et à distribuer à leurs amis les publications mises en vente. Des étalages contenant des publications catholiques et des brochures de la " Catholic Truth Society " avaient été disposés devant la porte de la cathédrale par les soins du P. Bernadotte, et des vendeurs bénévoles offraient les imprimés au public. Monseigneur, joignant l'exemple à ses paroles, fit de larges emplettes ; les confrères présents l'imitèrent, ainsi que de nombreux chrétiens : c'était la première fois que Pondichéry avait sa journée de la bonne Presse.

    Mysore
    28 octobre.
    Pose de la première pierre de la nouvelle église Ste Philomène.
    ... Puisse cette église de Sainte Philomène être non seulement un centre de vie spirituelle ; mais aussi une source de paix, de bonne volonté et de zèle pour le bien !... "
    Ainsi parlait le 28 octobre dernier, dans sa capitale, devant une statue de Sainte Philomène, un roi de la terre, un pontife de l'Hindouisme, en présence de toute sa Cour, de tous les grands de son royaume, du clergé catholique et d'une foule considérable.
    La chère petite Sainte du Curé d'Ars, " son consul, sa chargée d'affaires près de Dieu " comme il l'appelait, était entièrement inconnue jusqu'au XIXème siècle ; c'est en 1802 seulement, le 24 mai, qu'un ouvrier occupé à déblayer une galerie dans la catacombe romaine de Sainte Priscille, découvrit sa tombe. A Mugnano, petit bourg du royaume de Naples, où ses restes furent transportés en 1805, Philomène signala aussitôt sa présence par d'étonnants prodiges.
    Depuis, et probablement grâce au saint abbé Vianney, la renommée de la sainte martyre s'est étendue en Europe d'abord et puis dans le monde entier. Ici aux Indes, on ne la connaît que sous le nom de " Woneer Worker " : " l'étonnante thaumaturge ".
    N'est-ce pas une chose étonnante, en effet, de voir un Souverain hindou venir avec toute sa suite s'incliner devant l'image d'une obscure martyre romaine et poser la première pierre d'une église catholique, dans sa capitale même, avec tout le faste, la pompe et les apparats des rois orientaux ? Le chef de l'État ne vint pas en homme privé mais en Souverain : dans son plus beau carrosse, empruntant les grandes avenues de la cité, entouré de toute sa Cour et paré de ses plus beaux habits.
    Monseigneur Despatures, avec le clergé, reçut le Roi à son arrivée, et Sa Majesté, après avoir serré la main de tous les prêtres, prit place avec son frère, le Prince Royal Yuvaraja, sur l'estrade réservée.
    Le chef du diocèse, dans son adresse, remercia le Roi en son nom personnel, celui de son clergé et celui de ses fidèles. Il rappela au Souverain régnant que la vieille église qui allait bientôt disparaître avait été bâtie en 1843 par le Maharaja Krishnaraja Wadiyar III, son grand-père, et expliqua pourquoi la nouvelle église était dédiée à Sainte Philomène.
    ''...... Les catholiques de Mysore, dit-il en terminant, garderont un souvenir ineffaçable de cette journée et tous les " clients " de Ste Philomène ne cesseront de vénérer le nom du Roi glorieusement régnant : ils prieront avec nous pour qu'il puisse encore longtemps présider aux destinées d'un si noble pays et que son règne soit heureux et fécond ".
    Le Roi, qui avait été visiblement ému à son arrivée, par la réception grandiose qui lui avait été faite, se leva pour répondre. Après avoir remercié l'évêque de Mysore et rappelé les relations intimes qui existent depuis plus de vingt ans entre l'ancien Curé de Mysore, aujourd'hui chef du diocèse, et lui, il ajouta :
    ''...... C'est pour nous un grand plaisir de nous trouver ici et de prendre part aux fêtes en l'honneur de votre sainte patronne.... "
    ''...... Nous sommes profondément convaincu que la religion est le seul fondement et l'unique base de toute vie nationale.... "
    ''...... L'église, qu'a bâtie notre grand-père et qui est dédiée au nom de Dieu, Unique et Créateur universel, a été depuis plus de 90 ans la maison spirituelle (spiritual home) d'un grand nombre de fidèles, un lieu de paix et de consolation.... "
    ''...... L'Etat et la Cité de Mysore vous sont redevables, à vous Monseigneur et à votre clergé, de nombreuses oeuvres de charité et des efforts continus pour l'accroissement spirituel et redressement de notre peuple. Vous vous êtes oubliés mais vos travaux ne peuvent être cachés et cette magnifique église restera un souvenir de votre travail et de votre sacrifice héroïques.... "
    Monseigneur bénit ensuite la première pierre et cette bénédiction tout à fait solennelle fit une profonde impression sur le Roi et sur les membres de son entourage, qui pour la première fois assistaient à une cérémonie catholique.
    Après la pose de la première pierre Mgr présenta au Souverain et au Prince royal des bouquets et les enfants du Couvent chantèrent un hymne de circonstance.
    Et pendant que l'escorte royale s'en retournait au palais avec la même pompe, plus d'un parmi les assistants, j'imagine, a dû penser à un autre Palais et à la joie ineffable de deux des membres de sa Cour : à celle du saint Curé Vianney de voir sa chère sainte " sa douce étoile ", titulaire d'une nouvelle église Paroissiale et à celle de la jeune Martyre de Ste Priscille, tout heureuse de la joie de son Saint Curé, promoteur de son culte et de sa dévotion....

    Salem
    27 novembre.
    Tous nos voeux de prospérité pour le nouvel an au Bulletin ! S. Ex. Mgr Prunier, après une quinzaine de jours d'interruption de ses conférences, due à l'aphonie causée par un refroidissement survenu après avoir, dans une seule journée, pris cinq fois la parole en public, ayant recouvré la voix, a repris aussitôt le cours de ses tournées : le 14 octobre, Elle présidait à Louvain une journée missionnaire, et assistait à la prise de soutane de son premier grand séminariste, admis il y a un an au Séminaire Léon XIII ; le 21, passant la Manche, Elle faisait une descente en Angleterre. Son programme final est si chargé qu'Elle n'aura pas un seul jour libre avant le 8 janvier, date de son départ de Paris pour aller s'embarquer à Marseille le 31 ; il nous arrivera dans la deuxième quinzaine de février.
    Son Exc. Mgr Morel a présidé à Yercaud le 17 octobre la distribution solennelle des prix aux élèves de l'école secondaire de garçons dirigée par les Frères de St Gabriel, dont le dévouement et les capacités trouvent une digne récompense dans les succès remportés aux examens chaque année, qui maintiennent le bon renom de leur établissement.
    Après la moisson qui fut encore prospère cette année, le P. Massol a glané 17 épis et le P. Devin 10.
    La chapelle de Perumkurichy est finie ; la toiture vient d'être posée : on attend le retour de Mgr pour la bénir et y installer une belle statue de N.-D. de Lourdes offerte par Mgr de Guébriant.
    Au chantier de la Résidence Procure, une accalmie de deux mois permettra aux fondations de se tasser et au P. Michotte de reprendre haleine, tout en mettant à jour ses comptes de fin d'année, et au point deux retraites qu'il doit prêcher fin décembre et fin janvier.
    Le P. Laplace a été retenu encore quelque temps en France pour compléter sa convalescence : ses bons offices trouveront leur utilisation au Petit Séminaire du B. Th. Vénard, à Beaupréau où il a déjà fait un stage.

    Fukuoka
    10 décembre.
    Attention ! Le Nord bouge et ça menace de devenir sérieux, nous dit-on. Ce pauvre Nord de notre Mission, jusqu'ici plutôt modeste, s'est donc enfin mis en branle et sous la main énergique des confrères du district a déjà pris un renouveau de vie.
    C'est d'abord le P. Bertrand qui, tout en se plaignant d'être vieux, anémié, de n'avoir plus d'appétit, plus de mémoire, plus rien, quoi ! A néanmoins remis entièrement à neuf le presbytère de Moji, un produit de ses premières années de mission. Bâti à flanc de côteau, près de la jolie petite église du P. Martin dominant le détroit, il est facilement repéré par les passagers en route pour les ports de la Mer Jaune. Aussi, nombreux sont les visiteurs étrangers qui s'y arrêtent pour dire la messe et profitent de l'hospitalité du P. Bertrand.
    A dix kilomêtres de là, le poste de Kokura était lui aussi doté d'une installation de fortune, commencée il y a environ quarante ans, peu à peu perfectionnée par l'appoint de pièces et de morceaux agencés au petit bonheur, un produit assurément respectable et de fait très respecté, à en juger du moins par ce fait que les fourmis blanches qui l'avaient d'abord attaqué s'en furent un beau jour, filant à l'anglaise, leur travail inachevé. La main énergique du
    P. Heuzet qui fait jaillir les sources d'eau vive sur commande, s'exerce maintenant avec non moins de succès à faire sortir de terre une installation moderne, pratique et digne de Kokura. Sachant par expérience qu'il est plus avantageux de faire du neuf que de raccommoder du vieux, le Père a impitoyablement fait table rase de tous les bâtiments, sans exception aucune. Déjà un gentil et coquet presbytère est construit et habité. On travaille dare-dare à la salle paroissiale et à la maison du catéchiste qui seront prêtes pour Noël. Puis ce sera le tour de la nouvelle église qu'on annonce pour le printemps. Bravo! Père Heuzet, faites vite et bien.
    A dix kilomètres plus loin encore, à Yawata, le P. Doller n'a pas l'intention de se laisser frigorifier, enfumer, encore moins volatiliser à l'ombre de sa forêt de hauts fourneaux. La preuve en est qu'a son titre de curé de Yawata et de missionnaire ambulant de la zone noire, il n'a pas hésité à joindre celui de professeur de langues à l'école Supérieure de Commerce de Yamaguchi : ce qui lui procure, si on veut l'appeler ainsi, un jour de congé hebdomadaire avec une bagatelle de quatre heures de chemin de fer pour se rendre à son cours et autant pour en revenir. Tout de même ça lui permet de mettre un peu de beurre dans les épinards et un peu d'aisance dans les coudes. Et en effet notre professeur, à la suite d'un rêve où la silhouette de la cathédrale de Strasbourg lui était probablement apparue, se réveilla un beau matin atteint de la maladie de la pierre. Depuis lors on le dit en train de râcler tous ses tiroirs, pas très profonds hélas ! Et en quête de bonnes volontés et de bons coeurs qui l'aideront bientôt à doter Yawata d'une église digne de ses 200.000 habitants. Les soucis de bâtisseur ne l'empêchent pas de pourvoir aux besoins de ses ouailles du bassin houiller. Dans la ville de Iizuka, à une heure et demie de chemin de fer, il a, le premier novembre, loué un pied à terre et installé un catéchiste à demeure. Désormais tous les premiers dimanches du mois, il y réunira les 150 chrétiens dispersés des mines, pendant que le P. Léger, de St Sulpice, faisant trève à ses études de linguistique, viendra le remplacer à Yawata et prendre peu à peu contact avec la vie japonaise.
    Pendant l'absence du P. Lagrève en congé, le P. Léoutre fait l'intérim à Shindenbaru, aidé par Mgr Breton qui tient à l'initier aux diverses fonctions du ministère paroissial et surtout à. l'enseigne ment personnel et direct du catéchisme à cette agglomération si intéressante de près de 500 chrétiens, dont cent enfants au dessous de 15 ans qui fréquentent régulièrement les cours d'instruction religieuse. A deux lieues de Shindenbaru, dans un endroit appelé Toyotsu où les Trappistines avaient un moment songé à fonder une succursale, vient d'arriver une nouvelle colonie de chrétiens émigrés des îles Goto. Mgr accompagné du P. Lagrève à la veille de s'embarquer, est allé visiter les huit familles qui ont loué des terrains à défricher, et leur a promis une église le jour où ils seraient trente familles.
    Le 23 décembre 1933 sera un grand jour de joie et d'espérance pour notre jeune diocèse. Ce jour en effet verra l'ordination sacerdotale de notre premier prêtre japonais, Jean S. Hirata, étudiant au Collège Pontifical de la Propagande à Rome. Deux de nos séminaristes, étudiant au Séminaire Saint Sulpice à Montréal, recevront les Ordres Mineurs, et deux autres, étudiant à Tokyo, la tonsure. C'est le flot montant de la jeune génération que nous voyons avec plaisir poindre à l'horizon. Puisse Dieu la faire nombreuse et apostolique jusqu'à la moelle des os.

    Moukden
    10 décembre.
    Le 8 décembre, Mgr Blois a béni solennellement la nouvelle église que le P. Vérineux vient de construire à San T'ai Tse. Elle offre cette particularité assez rare en nos parages, qu'elle a été construite entièrement aux frais des paroissiens.
    Pour une population chrétienne atteignant 1.100 dans un village qui compte plus de 4.000 habitants, sans parler des 1230 chrétiens disséminés à l'extérieur, il fallait voir grand. Très judicieusement, le P. Vérineux a su utiliser toute la place disponible dans l'enceinte de la résidence, et son église peut contenir au moins 1.500 personnes dont 600 assises sur des bancs.
    Tout en admirant leur nouvelle église, les chrétiens ne virent pas sans émotion disparaître l'ancienne. Construite en 1876 par le P. Métayer, elle subit le siège de 1900 et fut criblée de balles et d'obus par les milliers de boxeurs et soldats réguliers qui attaquèrent la résidence du 25 juillet au 14 août. On refit la tour démolie par les coups de canons, la toiture et les vitres percées comme une écumoire, et d'innombrables et minuscules crépis de chaux réparèrent les outrages des balles sur les murs. C'était pour tous une précieuse relique, mais elle était absolument insuffisante pour une population qui augmente sans cesse. Une fois de plus, le sentiment céda devant la nécessité. On se résigna même si bien que les bourses se délièrent largement.
    A l'automne 1931, le P. Vérineux commença les travaux. L'édifice s'éleva durant l'année 1932 qui fut pour nous l'année du brigandage intense. Pendant que des sentinelles veillaient aux créneaux des murs de terre, malgré plusieurs attaques qui terrorisèrent les ouvriers, les murs montèrent rapidement, et l'on put y célébrer la première Messe pour la fête de Noël.
    Nos chrétiens de San T'ai Tse viennent de donner un beau témoignage de leur esprit de Foi. Déjà la récompense se dessine, imprévue, inespérée, mais assez manifeste pour leur faire mieux comprendre, si c'est possible, qu'on ne prête pas en vain à la caisse de la Providence. A la satisfaction intime d'un devoir généreusement accompli, au bonheur de posséder une vaste église que chacun proclame fièrement la plus belle de la Mission, à la cordialité des rapports que cette collaboration étroite a rendus plus intimes encore entre le Pasteur et ses ouailles, viennent s'ajouter les avantages d'une entente inconnue jusqu'à ce jour entre les deux éléments chrétien et païen du village, et surtout la joie de constater un mouvement de conversions en masse dans les villages environnants. Déjà, plus de cinq cents adultes ont été baptisés au cours de cette année, et la moisson s'annonce plus belle encore pour le prochain compte rendu. Ici et là, des villages populeux s'ébranlent, notables en tête. Le Curé et son tout dévoué vicaire le P. Paul Kiang seraient littéralement débordés si leurs chrétiens de San T'ai Tse ne les aidaient très efficacement pour la direction et le contrôle des catéchuménats.
    Heureux Missionnaires ! Heureuse paroisse ! Qui connaissent réellement la vie chrétienne intense, et sentent si clairement sur eux les bénédictions divines, en réponse à leur générosité toute surnaturelle.

    Séminaire de Paris
    1er novembre.
    Le 16 octobre, les PP. Robert et Gérard ont représenté les M.-E. aux obsèques du P. Berthet, Supérieur du Séminaire français à Rome, dont la mort est une perte cruelle pour la Congrégation du St Esprit. Le même jour, arrivaient à Paris trois prêtres indiens du diocèse de Mysore, les PP. Rodriguez, Lobos et Noronha. Ils ont passé avec nous près de deux semaines coupées par des pèlerinages et voyages à Lisieux, en Belgique, en Angleterre, etc..
    Le 21 octobre, à la chapelle du Séminaire, un service solennel a été célébré pour l'âme du regretté P. Aubert. Du 26 au 27 octobre a eu lieu au Séminaire la journée d'adoration perpétuelle de jour et de nuit, en union avec Montmartre. Le Séminaire célébrait ce jour-là le 270e anniversaire de son inauguration (29 octobre 1663).
    Le dimanche 29 octobre, fête du Christ-Roi, se donnait à Boulogne-sur-Mer la journée missionnaire annuelle parfaitement organisée, comme toujours, par M. le Chanoine Monet. Mgr le Supérieur a célébré la Messe pontificale en présence de Monseigneur l'évêque d'Arras, donné une conférence le soir à l'église du Portel et, dans la matinée du lundi, visité l'Institution Haffreingue, le Petit Séminaire et le Collège St Joseph des PP. Jésuites.
    Mgr Prunier prenait part à cette journée missionnaire. Il est demandé de tous côtés et sa prédication chaude et vivante est partout très goûtée. A Boulogne et aux environs, les PP. Gérard et Depierre jouaient également un rôle dont notre recrutement missionnaire, espérons-le, profitera.
    Pour donner une première préparation aux vocations tardives qui se présentent à divers moments de l'année, le P. Bouchet a accepté de s'installer à notre Maison de Meudon avec une Communauté qui commence avec 5 élèves et augmentera probablement son effectif avant peu.
    Entre autres visites au cours de cette quinzaine, le Séminaire a reçu celle de Mgr Deyrieux, Directeur du journal des " Missions catholiques" et de M. le Chanoine Lutz, Supérieur des Soeurs de la Charité de Strasbourg, de MM. Humbertclaude, Supérieur des Marianistes au Japon et de trois de ses Religieux, du P. Gérard, Prieur de la Trappe du Mont des Cats, récemment nommé visiteur des Trappes de Chine et du Japon, et enfin du P. Wandrille envoyé par son Abbé du Monastère de la Pierre qui Vire pour confirmer à Mgr le Supérieur que le Révérendissime Abbé général des Bénédictins étant favorable au projet apostolique de ce fervent monastère, nous pouvions espérer d'ici à un an ou deux, le concours de ces Religieux pour quelqu'une de nos Missions d'Indochine.
    Parmi les nombreux confrères qui nous ont rendu visite durant cette quinzaine, nous signalons le passage du P. Laplace. Quand on songe à la terrible opération qu'il a subie le 8 juin dernier, on a plaisir de constater son état actuel. Si la convalescence se poursuit comme elle a commencé, il semble que notre confrère retrouvera sa bonne santé d'antan.
    Une fois encore nous avons la joie de terminer nos " Echos " sans annoncer de décès. Dieu en soit loué !

    15 novembre.
    Le 1er novembre ont été faits les appels pour l'ordination des IV Temps : 2 prêtres, 23 diacres dont 3 de la Communauté de Rome, 4 sous-diacres, 20 minorés et 3 tonsurés. De ces derniers, deux appartiennent à la Communauté de Bièvres.
    Les 6 et 7 courant, Mgr le Supérieur a passé 24 heures à Dormans où deux jeunes gens terminent leur première année de Noviciat. Un troisième les rejoindra avant la fin du mois. Un quatrième fait son service militaire et le cinquième est hospitalisé au Sanatorium de Villiers-sur-Marne.
    Les 7 et 8 novembre, le Séminaire a eu pour hôtes le T. R. P. Daems, Supérieur Général des PP. de Scheut, accompagné de trois de ses confrères destinés, l'un à la Procure de Singapore, le second aux Philippines, le troisième à la Mongolie. Le P. Daems lui-même entreprend une tournée de 18 mois dans les Missions de sa Congrégation en Extrême-Orient.
    Le soir du mercredi 8 novembre, Monseigneur le Supérieur a donné une conférence sur " les Origines des Clergés indigènes d'Extrême-Orient " à la nombreuse Communauté du Séminaire d'Issy. M. Weber, Supérieur de la Communauté, en remerciant le conférencier, a exprimé sa joie de la collaboration désormais établie entre St Sulpice et les M.-E., non seulement au Tonkin mais à Fukuoka et bientôt au Yunnan.
    Le 11 novembre, sur l'invitation de Mgr Gaillard, archevêque de Tours, Monseigneur le Supérieur s'est rendu à Tours où il a passé la journée du dimanche 12, solennité de la fête annuelle de St Martin. NN. SS. les Evêques de Nantes, Laval, Angers, Blois,Meaux étaient présents. Favorisée par un temps superbe, la fête et notamment le défilé dans la rue entre la basilique de St Martin et la cathédrale a été remarquable. Mgr de Guébriant et le P. Laplace ont dit la Messe à la basilique de St Martin, où les Chapelains sont fidèles à l'union de prières traditionnelle, entre le Chapitre qu'ils remplacent et la Société des M.-E.. L'Craison qui termine notre prière du soir y est récitée en français publiquement à toutes les grandes fêtes.
    Le P. Laplace qui accompagnait Mgr le Supérieur à Tours a continué son voyage sur Beaupréau où il achèvera sa convalescence en rendant de précieux services à notre petit séminaire.
    Le P. Boulanger est à Lausanne. Le P. Thibaud assiste au Congrès du Recrutement sacerdotal à Montpellier.
    Durant cette quinzaine nous avons reçu la visite d'un prêtre indigène de Kumbakonam, le P. David. Ancien élève de Penang, à qui il fait honneur, il a tenu à aller trouver dans sa famille où il villégiature en ce moment, le P. Monjean, son ancien professeur et directeur de Penang.
    Le P. Cossard de la mission de Tôkyô, venu pour se préparer à prendre le rôle de directeur de spiritualité au Grand Séminaire de Tôkyô, vient d'achever un stage à la "Solitude" d'Issy, chez les Sulpiciens. Il continuera sa formation par un nouveau stage qu'il va commencer ces jours-ci à Rome.

    "
    1934/33-80
    33-80
    Anonyme
    France et Asie
    1934
    Aucune image