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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô En attendant lheure quand viendra-t-elle ? de pouvoir relever leurs postes, nos confrères sinistrés singénient pour subvenir malgré tout aux besoins spirituels des chrétiens et pour cela sinstallent, au milieu des ruines, dans des abris, de fortune. A Tsukiji, lancienne cathédrale, le P. Giraudias a bâti, sur lemplacement de la loge du portier, une petite cabane en planches : il y dit la messe en attendant la construction dune chapelle provisoire.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs


    Tôkyô

    En attendant lheure quand viendra-t-elle ? de pouvoir relever leurs postes, nos confrères sinistrés singénient pour subvenir malgré tout aux besoins spirituels des chrétiens et pour cela sinstallent, au milieu des ruines, dans des abris, de fortune.

    A Tsukiji, lancienne cathédrale, le P. Giraudias a bâti, sur lemplacement de la loge du portier, une petite cabane en planches : il y dit la messe en attendant la construction dune chapelle provisoire.

    A Kanda, là où sélevait la salle de réunion des chrétiens, le P. Cherel a édifié une grande baraque qui sert déglise ; puis, à un pan de mur de lancienne église resté debout, il adosse une petite construction en bois : ce sera son presbytère.

    Le P. Lissarrague, à Asakusa, a utilisé le soubassement de pierre de lancien parloir des chrétiens pour y élever des cloisons en planches recouvertes dune toiture en tôle : cest léglise paroissiale ; près de là une petite baraque de facture analogue est sa résidence.

    Seul le poste de Honjo est abandonné temporairement. Le P. Honjô, qui en avait la charge, sest retiré à Hamamatsu, son ancienne paroisse, en attendant des circonstances plus favorables.

    A Yokohama, le P. Lemoine habite une salle de classe du Collège Saint-Joseph, où il a sa chapelle pour les quelques Européens demeurés sur place, pour les chrétiens japonais et les élèves des Dames de Saint-Maur.

    Le P. Caloin, retiré à Omori (où se trouve également S. E. Mgr le Délégué Apostolique), vient le dimanche célébrer la messe chez un de ses chrétiens. Le terrain de son poste de Wakaba-chô sétant affaissé de plusieurs pieds par suite du tremblement de terre, il faudra dabord lexhausser dautant avant dy élever les baraquements qui serviront déglise et de presbytère provisoires.

    Les écoles ont repris leurs cours aussi tôt quelles lont pu, soit dans leurs anciens bâtiments, là où le tremblement de terre et lincendie les ont respectés, soit dans des locaux loués par les municipalités ou les particuliers.

    Les Surs de Saint-Paul de Kanda ont pu emprunter, près de larsenal de Koishikawa, à un quart dheure de leur ancien établissement, une école, où elles se rendent chaque jour et où elles ont réuni déjà plus de 600 élèves.

    La Mission médicale française, venue du Tonkin sous la direction des Docteurs Laurence et Mottais, a bâti sur le terrain de lambassade de France de vastes baraquements pour un dispensaire tenu par les Surs de Saint-Paul : linauguration a eu lieu le 31 octobre.

    Une autre Mission française, composée des Docteurs Bellet et Forgues, sest embarquée à Marseille le 2 novembre sur le Paul Lecat. Elle apporte au Japon les secours provenant de la souscription des journaux français : 500 lits, des pavillons démontables, des appareils sanitaires, etc.

    Nagasaki

    Le 21 octobre 1898 les Surs Franciscaines Missionnaires de Marie arrivaient à Kumamoto pour y prendre la direction de la léproserie de Biwazaki, fondée par le P. Corre. Elles ne pouvaient laisser passer inaperçu le 25e anniversaire de cette prise de possession.

    Le P. Lemarié, Vicaire général de Nagasaki, qui depuis plus de vingt ans prête à luvre son dévoué concours, avait bien voulu accepter de présider la fête. Dès la veille il avait commenté lévénement devant les malades réunis, et, au jour fixé pour le commémorer, il montait à lautel pour y célébrer une messe solennelle dactions de grâces.

    A 11 heures eut lieu la cérémonie du renouvellement de lIntronisation du Sacré-Cur, suivie du Te Deum.

    A 2 heures un salut solennel réunissait dans la chapelle provisoire du couvent les Surs et leur personnel.

    Les malades décédés depuis la fondation de lhôpital nont pas été oubliés : une messe de Requiem fut célébrée, le lundi 22, pour eux et leurs bienfaiteurs.

    La veille, les Surs et leurs coadjutrices sétaient rendues sur la tombe du P. Corre : de ferventes prières sélevèrent vers le ciel pour quil repose en paix et de là-haut continue à protéger luvre qui lui fut si chère !

    Osaka

    La division du diocèse dOsaka est maintenant un fait accompli.

    Les décrets dérection du nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima et de la nomination de Mgr Doering comme premier Vicaire Apostolique sont datés du 4 mai 1923. Cependant, pour diverses raisons, Mgr Doering na pu prendre la charge de sa Mission que le 22 septembre 1923.

    Cinq départements ont été ainsi détachés du diocèse dOsaka pour former cette nouvelle Préfecture apostolique de Hiroshima. Ce sont ceux dOkayama, Hiroshima, Tottori, Shimane et Yamaguchi, avec une population totale denviron cinq millions dâmes. Sur ce nombre les catholiques sont un peu plus dun millier. Notre Mission cède ainsi 8 postes ou districts, qui, au point de vue matériel, sont installés de façon fort convenable. Les Pères Jésuites héritent aussi de tout le personnel qui était au service de la Mission catholique dans la région qui leur a été cédée. Cela facilitera dautant plus leur tâche que la plupart des catéchistes sont danciens et fidèles auxiliaires, qui évangélisent la même région depuis plusieurs années.

    A lexception du Père Villion, qui doit rester quelque temps avec les Pères Jésuites, nos confrères qui évangélisaient cette partie du diocèse dOsaka ont installé leurs successeurs et, à la fin du mois de septembre dernier, ils se sont rendus dans les nouveaux postes qui leur ont été assignés. Tous ont fait leur sacrifice avec une générosité admirable.

    Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima commence avec un Evêque et 8 missionnaires, appartenant à la Compagnie de Jésus, province du Nord de lAllemagne.

    A Osaka, les Frères Marianistes du Meisei-gakkô (Ecole de lEtoile brillante) ont célébré, le 16 octobre dernier, le 25e anniversaire de la fondation de leur école. Neût été la catastrophe qui a mis tout le Japon en deuil et causé tant de pertes à leurs établissements de Tôkyô et de Yokohama, la fête aurait eu toute la solennité désirable. Mais, vu les circonstances, on sest contenté de célébrer cet heureux événement par une simple fête de famille, réunissant 21 membres de la Société de Marie et 8 missionnaires, venus pour offrir leurs vux et leurs félicitations à nos si dévoués auxiliaires. Le soir donc du 16 octobre, à la bénédiction du Saint-Sacrement donnée par Monsieur le Provincial de la Société de Marie au Japon, Mgr dOsaka et ses missionnaires unissaient leurs prières à celles des Frères Marianistes pour remercier Dieu du succès accordé déjà à cette belle uvre déducation et pour Lui demander de continuer à la combler de bénédictions. Au repas qui suivit, Monsieur le Provincial rappela, dans son toast, la mémoire des fondateurs de lEtoile brillante et exprima ses vux les plus chaleureux pour le succès croissant de cette Ecole qui compte actuellement 850 élèves, et même pour son agrandissement. Il termina en nous faisant espérer de lui voir bientôt sadjoindre une filiale, cest-à-dire un lycée pour les garçons. Mgr dOsaka, qui depuis cinq ans multiplie les démarches pour obtenir que la Société de Marie fonde ce lycée dans la ville dOsaka, sest empressé de prendre acte de cette promesse de Monsieur le Provincial, et maintenant nous espérons tous que la réalisation ne sen fera pas trop attendre.

    A Yokohama, les Frères Marianistes avaient établi, pour léducation des enfants de la population européenne, le Collège St.-Joseph, qui, avant les vacances de lété dernier, comptait 230 élèves. Le tremblement de terre et lincendie ont à peu près détruit leur magnifique établissement. Heureusement tous les Frères ont eu la vie sauve et se sont réfugiés à Kôbe, où la procure de la Mission dOsaka a été heureuse de leur donner lhospitalité pendant deux mois. La population européenne de Yokohama, chassée également par le désastre, sest réfugiée en grande partie à Kôbe. Aussi les bons Frères ont pensé tout de suite que, en attendant que Yokohama se relève de ses ruines, le mieux était de rouvrir à Kôbe leur Collège St-Joseph. La Providence leur est venue en aide, car ils ont pu louer, dans des conditions relativement favorables, une ancienne école qui pour le moment était inutilisée. Situé à un petit quart dheure de tramway de Kôbe, au pied des collines de Sumiyoshi, le Collège St.-Joseph a réuni dès le premier jour 80 de ses élèves. On dit bien que cette installation dans notre Mission nest que provisoire, mais nous, nous espérons que ce provisoire durera longtemps.

    Hakodate

    Les missionnaires du diocèse de Hakodate se sont réunis à Sendai du 10 au 16 octobre pour leur retraite annuelle.

    Cette réunion a été assombrie par le deuil qui a frappé la Mission en la personne de son procureur, le P. de Noailles. Le pauvre Père fut-il tué sur le coup ? Tout porte à le croire. Lorsque, trois jours après, on parvint à dégager ses restes, la partie inférieure du corps était broyée ; mais le buste et la tête, bien quà moitié calcinés, permirent lidentification, confirmée, du reste, par le légendaire trousseau de clefs dont ne se séparait jamais notre vigilant procureur et qui fut retrouvé là. Les restes ayant dû être incinérés, ce fut devant une petite poignée de cendres que Mgr célébra la cérémonie des funérailles, à laquelle les fidèles de Sendai se firent un devoir dassister.

    Bien que tous les papiers daffaires aient été trouvés calcinés dans le coffre-fort du P. de Noailles, les démarches faites par Mgr Berlioz au Consulat français de Kôbe et auprès des services de la Chartered Bank permettent despérer que le Mission pourra recouvrer une bonne partie des fonds dont les titres ont été détruits.

    Seoul

    Les PP. Le Merre et Devise sont rentrés à Seoul le 23 octobre, après un congé en France qui leur a été très salutaire.

    Le P. Guinand, après plusieurs jours de vives souffrances, a dû, le 21 octobre, être transporté à lhôpital Séverance : son état sest heureusement amélioré depuis lors.


    Taikou

    Le 11 octobre, Mgr Demange a béni la maison de campagne du Séminaire. Bien située et solidement construite, elle a un réfectoire qui peut contenir 200 séminaristes.

    Il ne se passe pas de jour où lon nait à signaler quelque grève détudiants. Dernièrement les élèves de lécole gouvernementale de Quelpaert se sont révoltés et ont brisé les fenêtres, les bancs et les tables des classes. La police a arrêté sept meneurs, quon sempressera sans doute de relâcher.

    Mandchourie Méridionale

    Le Délégué Apostolique à Moukden. Moukden vient davoir la visite du Délégué Apostolique en Chine, Mgr Celse Costantini. Il sétait annoncé la veille, comme devant seulement traverser la capitale mandchoue et demandant que tout se passe privatissime. Il nous arriva le 18octobre à 8h. 30 du soir.

    Par bonheur, plusieurs confrères sont de passage à lévêché, ce qui permet de lui présenter, pour cette visite impromptue, un groupe assez imposant de 14 missionnaires.

    Dès les premières salutations, le P. Alfred Caubrière reçoit un compliment spécial pour son frère, auteur de la Synthesis Decretalium sinarum, qui, par ce temps de synodes, est devenue comme le livre classique des consulteurs en Chine.

    Le 19, Mgr le Délégué célèbre la messe à la cathédrale, puis il consacre la matinée à la visite de quelques établissements de la Mission.

    Le couvent des Vierges le retient assez longtemps. Les Religieuses de la Providence de Portieux, chargées de la direction de cette maison, entendent de sa bouche de chaleureux compliments pour les résultats obtenus et des conseils pour lavenir. Dans la grande salle des Exercices, S.-E. sadresse, dans la langue de lEglise, à 75 vierges ou aspirantes. Elle dit le rôle des saintes Femmes dans lEvangile, à la Passion, au pied de la Croix, lorsque les ténèbres couvraient la terre. Les vierges indigènes, tandis que les ténèbres de lerreur aveuglent les esprits en Chine, doivent se tenir aussi au pied de la Croix de Notre-Seigneur, consoler son Cur sacré, et préparer, suivant leurs moyens, prière, exemples, enseignement, lillumination des âmes de leurs compatriotes.

    Dans la soirée, visite à Tchang Tso Lin. Après les politesses dusage, la conversation prit une tournure nettement religieuse. Notre Maréchal sembarrasse bien quelque peu dans son étude comparée des religions : catholicisme, protestantisme, bouddhisme ; il est très étonné dapprendre que le Pape ne réside pas en France, mais il sait son influence mondiale, le respect universel dont il est lobjet...

    Le mauvais temps dérange fort le programme fixé pour la matinée du 20. A 6 h. ½ Son Excellence doit être au Séminaire. Mais, à 6 h, il tombe encore, depuis la veille au soir, une forte pluie rendue glaciale par le vent du nord qui souffle en tempête. Que faire ? Le Séminaire est à 2 lys de lévêché, les routes sont détrempées, les bas-fonds pleins deau, et la pluie tombe toujours. A pareille heure et par ce temps, impossible de trouver une autre voiture que le fameux chariot chinois, style roman, qui fait à juste titre leffroi des nouveaux arrivants dans le nord de la Chine. Mgr le Délégué nen a jamais usé. Il sy installe néanmoins de bon cur, accompagné du P. Provicaire, qui prend place, les jambes pendantes, sur le brancard. A défaut de confort, notre hôte vénérable trouve du moins dans ce véhicule une protection efficace contre la pluie et la boue, et il arrive au Séminaire à lheure fixée pour la sainte Messe.

    Avant de communier les lévites, il leur adresse un fervori qui sort dun cur tout amour pour Notre-Seigneur et pour cette jeunesse des séminaires, espoir de lEglise de Chine. Après déjeuner, les séminaristes lisent une adresse au Représentant du Saint-Père. Il leur répond longuement, donnant mille conseils appropriés et leur proposant en exemple Népotien, le disciple préféré de saint Jérôme.

    LEcole secondaire franco-chinoise, lorphelinat des Surs, les hospices de vieillards, ont aussi la visite du Délégué, qui partout bénit, éclaire, encourage. Puis, sous la neige qui maintenant tombe avec la pluie, cest le retour à lévêché, dans le même équipage et par les mêmes routes.

    Avant midi, Son Excellence réunit les missionnaires à la chapelle et nous rappelle, dans une causerie tout apostolique, que nous devons être des hommes de foi, des hommes de zèle ardent, pieux, mortifiés, obéissants, très unis au Souverain Pontife par une union intime avec notre évêque. Nous sommes parfois, comme les deux disciples dEmmaüs au soir de la Résurrection, tristes jusquaux confins du désespoir, parce que luvre de Dieu semble compromise et que nous ne sentons pas sa présence. Et pourtant, le Peregrinus mysticus est là près de nous, invisible, peut-être momentanément oublié, méconnu. Si nous savons lécouter, bientôt sa parole éclairera nos esprits, dissipera nos doutes. Il réchauffera nos curs et nous le reconnaîtrons enfin, nous le sentirons véritablement présent, lors de la fraction du pain. Heureux le prêtre qui vit uni au divin Maître ! Son Excellence a un mot pour nos Martyrs de 1900, dont léglise commémorative se dresse là tout près, un mot pour le passé si riche de gloire et de mérites de notre chère Société.

    Malheureusement le temps manque à Mgr le Délégué pour sattarder plus longtemps à Moukden : il doit continuer sa route sur Harbin, où il espère rencontrer et sacrer le nouvel évêque de Vladivostock, Mgr Sliwowski, âgé de 79 ou 80 ans. Il nous quitte le 20 octobre, par le train de 22 h.

    Ceux dentre nous qui ont eu le bonheur de lapprocher garderont de ce premier contact avec le Représentant du Pape limpression réconfortante et pleine de charmes dun Délégué très apostolique, aimant la vérité toute pure, la défendant sans détour, ayant toujours le mot dencouragement sur les lèvres, nhésitant pas à faire partager les fruits dune riche expérience, causeur captivant aux mille souvenirs : souvenirs du professeur, du curé de grande paroisse rurale, du Vicaire général, de laumônier sur le front aux heureux comme aux mauvais jours, du savant, conservateur de musée, directeur de fouilles archéologiques et fondateur dune Revue dArt religieux, de lAdministrateur de Fiume lors de la dictature de dAnnonzio, et enfin souvenirs déjà variés du Délégué Apostolique en Chine.

    Son extrême simplicité et son affabilité ont gagné nos curs. Que ses conseils et lexemple de son zèle nous inspirent un désir chaque jour plus ardent de réaliser jusquau bout notre vocation apostolique !

    Mandchourie Septentrionale

    S. E. Mgr Costantini, Délégué Apostolique en Chine, sest rendu à la fin doctobre en Mandchourie septentrionale. S. E. a fait dabord une courte visite à Changchun et à Kirin. Dans cette dernière ville, et maigre durgentes affaires qui lappelaient ailleurs, S. E. voulut bien prolonger son séjour de quelques heures pour aller bénir, à notre maison de campagne, la grotte de N.-D. de Lourdes qui venait précisément dêtre achevée. Les élèves du Séminaire et un bon groupe de chrétiens sétaient rendus à la cérémonie et beaucoup de païens des environs vinrent contempler avec une sympathique curiosité ce spectacle nouveau pour eux. Quand pour la première fois le chant des Ave Maria eut retenti dans ce vallon et que S. E., après une charmante allocution aux chrétiens, eut donné la bénédiction du Saint-Sacrement, tous nous étions bien heureux, mais nul ne létait autant que le cher P. Cubizolles qui voyait réalisé un de ses rêves les plus chers et qui a tant travaillé pour mener à bonne fin son pieux projet. Puisse ce premier pèlerinage être suivi de beaucoup dautres, où nos chrétiens montreront leur filiale confiance en Marie et où la Bonne Mère leur prodiguera les trésors de ses grâces.

    Quant au P. Cubizolles, il va nous quitter pour aller prendre au pays natal un repos dont le besoin se fait bien sentir. A lui et au P. Graber nos meilleurs vux et que N.-D. de Lourdes nous les ramène bientôt lun et lautre florissants de santé !

    S. E. le Délégué Apostolique se rendit ensuite à Harbin. Un wagon spécial avait été mis à sa disposition et le représentant du Pape fut salué à la gare par les Consuls de France et de Belgique, par le représentant des autorités chinoises et par les principaux membres de la colonie polonaise. Le dimanche eut lieu le sacre de S. G. Mgr Sliwowsky, évêque de Vladisvostock. Pour la cérémonie du sacre, S. E. était assisté de S. G. Mgr Gaspais et du P. Ostrowsky, curé de la paroisse polonaise de Harbin. S. E. se rendit aussi à Foukiatien, où il reçut les hommages des chrétiens chinois et visita rapidement les différentes uvres. A noter que larchevêque orthodoxe de Harbin avait envoyé son représentant à la gare pour saluer le Délégué du Pape. Celui-ci tint personnellement à lui faire une visite que larchevêque russe lui rendit.

    Partout où S. E. le Délégué Apostolique a passé au cours de sa trop rapide visite en Mandchourie septentrionale, tous, missionnaires et chrétiens, ont été touchés de sa simplicité, de sa bonté, du zèle apostolique qui perce à travers toutes ses paroles. Après ce voyage où tant de graves questions intéressant lavenir religieux de la Mandchourie ont été agitées, plus que jamais nous offrirons à Dieu nos plus ferventes prières pour celui qui, au nom du Vicaire de Jésus-Christ, préside en Chine à lextension du règne de Notre-Seigneur.

    Setchoan Méridional

    Notre Petit-Séminaire compte maintenant 60 élèves, y compris quelques-uns venus du Kientchang. Ils ont récemment fait leur retraite avec une ferveur de bon augure pour lavenir.

    La campagne de Ou Peifou contre le Setchoan semble avoir complètement échoué. Son principal lieutenant, Yang Sen, après quelques succès, a subi une série déchecs : il essaie maintenant de négocier pour se tirer dune situation à peu près désespérée. Cela ne signifie pas, hélas ! que nous aurons bientôt la paix, car dans la province il y a trop de clans qui se disputent la suprématie.

    Pendant ce temps les missionnaires et prêtres chinois chargés de districts font le possible, et même limpossible, pour visiter leurs chrétiens, inspecter les écoles, réparer les ruines, et il semble bien que Dieu bénisse leurs peines et leurs travaux.

    Le samedi 27 octobre, Mgr Fayolle a ordonné 7 nouveaux prêtres. Ce fut une solennité vraiment impressionnante. Le nombre des ordinands, limposition des mains par douze missionnaires ou prêtres chinois, la rareté dun pareil événement, et surtout la grandeur et la beauté des cérémonies firent une impression profonde sur tous les fidèles. Dieu nous donne dassister bientôt et le plus souvent possible à pareille fête !

    Thibet

    Groupe du Setchoan. La rentrée des six écoles catholiques de Tatsienlou sest faite dans la première quinzaine de septembre. Le chiffre des élèves est sensiblement le même que celui de lannée dernière.

    Mgr Giraudeau a fait une chute et sest foulé le pied droit au-dessus de la cheville. Après un long repos obligatoire, S. G. a pu recommencer à célébrer la sainte messe le 14 octobre.

    Le P. Davenas, tombé malade vers la mi-août, est resté longtemps alité. La convalescence a été longue aussi. Enfin notre cher confrère est à peu près rétabli et doit même, vers la Toussaint, prêcher la retraite de nos séminaristes.

    M. le brigadier-général Pereira, sujet de S. M. britannique, encouragé par lheureux voyage quil fit au Thibet lannée dernière, tente une traversée du sud au nord. Des Indes il est parvenu à Patan (Setchoan). Là commencent les difficultés. Les fonctionnaires chinois exigent de lui un écrit dégageant leur responsabilité en cas dincident grave. Les Thibétains ne le laisseront passer que sur présentation dun passeport en règle. Il lui est facile de satisfaire aux exigences des Chinois mais il na aucun titre à présenter aux Thibétains et son séjour à Patang se prolonge indéfiniment. Il est possible que, trompant la surveillance des douaniers, il se mette en route quand même, au risque dêtre arrêté et reconduit à la frontière, comme le cas vient de se produire pour M. Weatherbe, son compatriote.

    Les Thibétains du nord cherchent tous les moyens de secouer la domination des Célestes. Ils voudraient profiter de labsence du gouverneur et de la diminution des garnisons pour satisfaire leurs aspirations. Tout récemment ils ont cherché à créer un casus belli en semparant de deux soldats chinois en armes et sur territoire chinois, espérant que le général leur déclarerait la guerre. Celui-ci a pu obtenir la remise en liberté des deux prisonniers sans user de moyens violents. Et, par lintermédiaire dune princesse thibétaine, il aurait même obtenu la prolongation de larmistice jusquau retour du gouverneur des Marches. Cette nouvelle a rassuré la population, qui sest remise à ses occupations ordinaires.

    Au milieu doctobre, à Tatsienlou, on enregistrait quatre secousses de tremblement de terre, assez peu sensibles.

    Vingt-trois Disciples of the Christ sont en route pour Patang, via Yunnanfu. Leurs coreligonnaires les engagent à attendre au Yunnan des temps plus favorables.

    Kientchang

    Avant de passer le district de Tetchang à son successeur, le P. Burnichon a voulu faire une dernière tournée dans la région de Toumentse, à 30 lis de Tetchang, où sannonce un mouvement de conversions. Joli coup de filet : ici 58 noms, là 38.

    Yunnan

    Le 7 octobre, arrivait à Yunnansen le P. Robert, 1er Assistant du S. S. S. Malheureusement il ne put passer que deux jours au milieu de nous et repartait le 10. Nous regrettons que son séjour ait été si court, mais il nous a laissé lespoir de le revoir avant longtemps.

    Dans une lettre au Ministre de France, M. de Fleuriau, le Ministre le Grande-Bretagne à Pékin fait léloge de la belle conduite des PP. Savin et Degenève dans laffaire Weatherbe. Il fait ressortir que nos confrères, voyant un acte de charité à accomplir, nhésitèrent pas à exposer leur vie pour essayer de délivrer le captif. Il prie la Légation le France de transmettre ses remerciements à lEvêque du Yunnan.

    Lofficier Ouang Ouen.ku, dont la conduite fut plutôt louche lors de la fuite du prisonnier anglais et de larrestation du P. Degenève, a été exécuté à Taly avec 50 de ses hommes. 150 autres ont pris la fuite dans le maquis, où ils reviennent à leur véritable profession, qui est la piraterie.

    Kouytcheou

    Les PP. Darris et Cousin ont reçu du gouvernement de Pékin une décoration pour services rendus comme membres du Comité de la famine.

    Le P. Larrart est nommé professeur au Grand-Séminaire : il est chargé du cours de théologie.

    A Tchen-yuen les soldats viennent de donner une preuve de leur savoir-faire. Visitant le hangar où étaient entreposées des caisses à notre adresse, ils en emportèrent cinq, en brisèrent cinq autres quils débarrassèrent de leur contenu et vidèrent un petit tonnelet de vin de messe ; les objets volés furent ensuite vendus à des prix dérisoires.

    Lanlong

    Voici quelques chiffres extraits du compte-rendu de lexercice 1922-23.

    Population païenne 2 millions environ
    Mahométans 10.000
    Catholiques 8.281
    Adultes 342
    Baptêmes Enfants de chrétiens 209 1.077
    de païens 526
    Confessions 10.563
    Communions 21.494
    Catéchistes 19
    1 Probatorium 28 élèves
    16 Ecoles de garçons 302
    8 de filles 130
    1 Orphelinat de garçons 25 enfants
    1 defilles 24
    Pharmacies 8

    Ces chiffres sont bien modestes. Ils étaient meilleurs il y a quelques années, alors que nos Dioï étaient dans leur première ferveur. Mais plusieurs districts sont sans titulaire ; quelques confrères âgés ne peuvent plus travailler comme au temps de leur jeunesse apostolique.

    Nous voici à nos pièces. Daigne le Sacré-Cur bénir Lanlong, le Benjamin des Missions de Chine !

    Canton

    Rentrant dans son district après la retraite, le P. Veyrès a été arrêté par des brigands. Payant daudace, il a réussi à se faire relâcher moyennant la somme de 10 piastres.

    Deux nouveaux missionnaires de Maryknoll sont arrivés, et, après avoir prêté à Canton les serments obligatoires, ils se sont rendus dans leurs districts respectifs, lun à Hoi-in avec le P. Meyer, lautre à. Kochow chez le P. Paschang.

    Le bateau de guerre français lAltaïr a passé plusieurs semaines en rade de Canton. Le Commandant et les officiers se sont montrés vraiment aimables pour la Mission catholique. Plusieurs hommes de léquipage ont soutenu des matchs de football avec les élèves du Collège du Sacré-Cur et les parties ont été vraiment intéressantes.

    Les subventions du gouvernement pour la Léproserie et les autres uvres de bienfaisance se font de plus en plus rares. Mgr a écrit au maire de Canton pour lui faire part des grands ennuis quune telle situation cause aux directeurs de ces uvres : comme réponse on ne donne que des promesses. Le trésorier municipal a donné sa démission à la fin doctobre et nest pas encore remplacé : personne nose assumer la charge.

    Swatow

    Pendant ce mois de novembre la Mission de Swatow est dans le signe des bénédictions spirituelles : ce fut dabord la retraite commune des confrères de la Mission. Grâce à la tranquillité qui règne en ce moment dans ce coin de la province, tous les confrères ont pu se rendre à Swatow. Au plaisir de nous voir pour la première fois tous réunis sajoutait celui de goûter les entretiens instructifs, pratiques et émaillés de traits spirituels du P. A. de Cooman, venu de Nazareth pour prêcher la retraite des confrères dabord, celle des prêtres chinois ensuite.

    Kouangtong Occidental

    Toujours la guerre civile, les troubles, le brigandage. Le village chrétien de Shekting, près de Muilok, qui comptait plus de 300 habitants, a été mis à feu et à sang par des pirates enrôlés comme réguliers. Le pillage et lincendie accomplis, les brigands se retirèrent, emmenant 35 femmes ou jeunes filles et une vingtaine de bêtes de labour. Huit personnes ont été massacrées. Les survivants se sont réfugiés à la résidence de Muilok, doù ils nosent sortir, de crainte dêtre saisis par les bandits-soldats.

    Tonkin Occidental

    Le mois de septembre dernier, un incendie sest déclaré dans la maison, couverte en chaume, du Père Bourgeaux. En quelques instants les flammes embrasèrent la toiture et, malgré les secours, toute la maison fut réduite en cendres. Les pertes, sans être très importantes, sont cependant sérieuses. Le plus inquiétant, cest que le feu a pris à la résidence du Père pour la quatrième fois depuis un an, et à peu près dans les mêmes circonstances, ce qui prouve quil y a eu malveillance. La justice, à force denquêtes, à fini par arrêter deux individus, sur lesquels pèsent de sérieux soupçons. Dans quel but auraient-ils mis le feu ?... Probablement par haine de la religion et pour obliger le Père à abandonner ce poste périlleux. Cependant le missionnaire ne se laisse pas rebuter par les difficultés et prépare les matériaux dune construction solide et moins inflammable que les paillot précédentes.

    Mgr Gendreau, malgré son grand âge et les nombreux soucis ladministration générale de la Mission, est parti, tout le mois doctobre, en tournée pastorale dans divers postes de la Mission pour se rendre compte par lui-même des progrès de nos chrétiens et pour les encourage à mieux faire. Sa Grandeur est rentrée à Hanoi pour la Toussaint et, le lendemain, a célébré un service solennel pour les Français morts au Tonkin ou tombés au champ dhonneur pendant la grande guerre. Toutes les autorités civiles et militaires, ainsi quune foule immense, se sont fait un devoir dassister religieusement à ce service.

    La Mission vient de recevoir un nouveau confrère, le P. Binet, qui a fait sur lAngkor une traversée assez mouvementée. Le Père, dune solide constitution, sest déjà mis avec ardeur à létude de la langue annamite, de façon à pouvoir se rendre utile aux chrétiens le plus tôt possible. Quil soit le bienvenu parmi nous !

    Tonkin Méridional

    Notre chroniqueur serait-il atteint de cette affection dangereuse (du moins pour un reporter), récemment cataloguée sous le nom de graphophobie ? Ou bien aurait il la main nickelée ? Ou encore se laisserait-il totalement absorber par ses occupations professionnelles, je veux dire professorales ? Je ne sais, mais le fait est que voilà des mois que nous navons vu la couleur de sa prose.

    Ce nest pourtant pas la matière qui manque, à ce quil semble. Ainsi il aurait pu vous rendre compte de la bénédiction solennelle de léglise de Cữa-Lò, qui eut lieu à la fin de mai. Ce nest assurément pas une cathédrale que cette église, mais étant donné la rareté, dans notre Mission, des édifices entièrement bâtis en maçonnerie, sans colonnes de bois, il eût été convenable de signaler la construction de cette église tout en brique, commencée, continuée et achevée inter angustias et spinas, comme, du reste, la plupart de nos uvres à nous autres, pauvres broussards. De dimensions restreintes (30 m. de long sur 9 m. de larg.), la nouvelle église de Cữa-Lò est remarquable par sa tour ajourée et coiffée dun petit dôme et aussi par sa voûte en lim (sorte de bois de fer) à cintre surbaissé et à poutres apparentes. Cest un genre tout à fait nouveau pour le pays, genre diversement apprécié, comme tout ce qui rompt avec les façons de faire accoutumées. Quoiquil en soit la cérémonie de la bénédiction, qui fut très solennelle, réunit autour du hardi et heureux bâtisseur, le P. Victor Barbier, une huitaine de missionnaires et une douzaine de prêtres annamites. Daigne Notre-Dame Auxiliatrice, sous le patronage de qui est mise cette nouvelle église, bénir le pasteur de Cữa-Lò et ses ouailles.

    Notre chroniqueur aurait également pu vous dire que, dans plusieurs de nos districts, notamment dans ceux de Bột-Đà, de Nghệ-yên et de Đồng-Tháp, se dessine un mouvement de conversions plus accentué que les années précédentes ; que la rentrée de nos Séminaires a eu lieu à la mi-août dans dexcellentes conditions au point de vue du nombre des élèves, puisque le petit-séminaire compte cette année 177 élèves et le grand, 54 ; enfin que, aux Quatre-Temps de septembre, Monseigneur a ordonné six diacres et deux minorés.

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    Dans le Bulletin du mois doctobre, le correspondant du Haut-Tonkin souhaitait que la rafraîchissante pensée dune station daltitude pour les missionnaires devînt bientôt une réalité. Ce vu est partagé par lensemble des confrères du Tonkin.

    Or, dans notre Mission du Tonkin Méridional, sur le plateau meo du Tran-Ninh, dans un décor merveilleux de rochers et de montagnes, à 1.500 mètres daltitude, existe non seulement lendroit idéal, mais même un poste provisoire, comprenant quatre corps de bâtiments et une chapelle. Ce poste, au nom sauvage de Nong.Het (étang des rhinocéros), est situé sur la grande route coloniale qui relie Vinh à Xieng-Khoang et se prolonge au delà vers Luang-Prabang : il peut devenir demain le lieu de rafraîchissement et de repos désiré par tous nos confrères pendant les mois si débilitants de lété tropical. On peut y accéder en automobile : Nong-Het nest quà 24 heures de Hanoi et de Hué. Le ravitaillement y peut être organisé dune manière régulière et économique. En outre, pendant lété, les jardins produisent tous les légumes de France et les vergers des pêches exquises, à rendre jaloux les favorisés du Yunnan. Le climat y est délicieux : 15 à 20º le jour, fraîcheur pendant la nuit. Calme, solitude, excursions pittoresques dans les environs : rien ne manque, en un mot, à lidéal que chacun peut se faire dune station daltitude pour missionnaires.

    Pourquoi ne passerait. il pas a posse ad actum ?...

    Tonkin Maritime

    Nayant aucun événement extraordinaire à signaler, je me contenterai cette fois, dans un but purement humanitaire, dattirer lattention de tous sur un mal endémique et épidémique qui répand la terreur et quon nomme le béribéri. Cette ennuyeuse maladie, qui sévit un peu partout dans les pays chauds, chez les peuples dont la nourriture est à base de riz, est daprès la Revue Hebdomadaire et la Revue des Deux-Mondes une maladie de carence, dont tous les missionnaires dExtrême-Orient, depuis des Indes jusquau Japon, connaissent suffisamment les symptômes : donc inutile de les rappeler ici.

    Dans le passé, le béribéri a fait beaucoup de ravages dans nos missions du delta tonkinois. Le Père Deux, notre vénéré doyen, dans ses 57 années de vie missionnaire, en a souvent vu les méfaits dans nos séminaires et nos couvents de religieuses indigènes. Aussi, il y a quatre ou cinq ans, voyant que les précautions ordinaires étaient insuffisantes pour enrayer le mal, le Supérieur de ces dernières résolut de combattre le fléau en obligeant les personnes atteintes à manger du riz moins décortiqué ou à remédier aux inconvénients du riz trop blanc par laddition dune certaine quantité de son. Les résultats furent très satisfaisants : les malades furent guéries et les bien portantes restèrent indemnes.

    Le point difficile est de faire entrer le son dans lalimentation sans blesser les susceptibilités, et de le rendre assez appétissant pour ne pas décourager les bonnes volontés. On peut le laisser attaché au grain de riz, qui ne sera, dans ce cas, que grossièrement décortiqué. On peut aussi le servir en bouillie, en petits pains sucrés, mélangé au nước mắm ou à dautres aliments, cuit ou cru peu importe. Il est évident que chez les personnes débiles, dont lestomac digère mal, son absorption naura pas de résultat bien sérieux, mais chez les autres, cest la guérison ou limmunité assurée. A noter quil vaut mieux prendre ce remède comme préventif que comme curatif. Ceux qui ont recours à la méthode préventive peuvent se contenter davaler une bonne cuillerée à bouche de son, tous les deux jours ; quant à ceux qui ne veulent employer que la méthode curative, ils devront doubler ou même tripler la dose, sans jamais se décourager. Le résultat semble infaillible.

    Depuis que nous avons adopté cette manière de faire au Tonkin Maritime, le béribéri ne nous donne presque plus de souci et ne fait plus de victimes. Aussi les élèves de nos séminaires, ainsi que nos Amantes de la Croix, commencent à apprécier sérieusement les avantages de ce traitement. Cest, dailleurs, un remède très simple et fort peu coûteux, quon peut toujours essayer sans inconvénient.

    Cochinchine Occidentale

    Du 12 au 14 octobre, on a célébré à Saigon le triduum en lhonneur de la Bienheureuse Thérèse de lEnfant Jésus. La chapelle du Carmel, artistement décorée de roses et de lys, était bien trop petite pour contenir laffluence recueillie des dévots à la petite sainte. On avait dû élever à côté de la chapelle une paillote qui, elle non plus, ne fut pas assez grande. Chaque jour messe chantée et salut solennel ; le matin, sermon en annamite ; le soir, sermon en français. A cette occasion, le Père Thommeret nous prouva que, pour être le plus jeune de la mission, il nen savait pas moins bien penser et bien dire. (Mais on nous annonce par le prochain bateau un nouveau confrère qui aurait fait ses preuves déjà comme orateur. Alors...) Les chants furent exécutés le premier jour par les élèves des Frères, le second par les jeunes filles de lécole des Surs de Saint-Paul, le troisième par le Séminaire. La note générale fut le recueillement, et, sans tenir compte des nombreuses personnes qui, faute de place au Carmel, allèrent communier à la cathédrale ou dans les paroisses voisines, il y eut durant ces trois jours plus de sept cents communions. Un Français, très connu à Saigon, malade depuis longtemps, affirme sêtre senti guéri soudainement en assistant aux cérémonies et attribue cette guérison à lintercession de la Bienheureuse. Les médecins, sans sêtre encore prononcés sur le miracle, reconnaissent cette guérison comme extraordinaire, mais attendent la confirmation que lui donnera le temps.

    Le Père Soullard, curé de la cathédrale, se prépare à partir pour le Siam afin dy prêcher la retraite. Jusquici nous avions été les seuls à profiter de son éloquence, il faut partager avec les voisins.

    Nos quatre sous-diacres de septembre ont été ordonnés diacres au commencement de novembre. Bientôt ils seront prêtres et suppléeront pour leur part à linsuffisance du nombre des ouvriers apostoliques.

    Cochinchine Septentrionale

    Le Carmel de Hué na pas encore 15 ans dexistence et voici quil essaime déjà sous dautres cieux. Quatre religieuses françaises viennent, en effet, de nous quitter pour aller ouvrir un sanctuaire de prière et de pénitence aux Philippines, dans le diocèse de Mgr Mac Closkey. Le mois doctobre semble être un mois privilégié pour la fondation des Carmels en Extrême-Orient. Cest le 9 octobre 1861 que la Rév. Mère Philomène, professe du Carmel de Lisieux, cousine de Mgr Lefebvre, alors Vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale, arrivait à Saigon pour y établir le premier Carmel de lIndochine. 34 ans plus tard, le 9 octobre 1895, la Mère Aimée de Jésus, venant de Saigon avec une autre carmélite française et quelques surs indigènes, commençait la fondation de Hanoi. En 1909, Mgr Gendreau cédait à la mission de Hué la Mère Aimée de Marie qui, le 2 octobre, installa provisoirement son petit Carmel de Saint-Paul dans grande salle de létablissement des Surs de la Sainte Enfance. Et, à son tour, le 22 octobre, Hué donne au diocèse de Jaroro le petit noyau qui là-bas deviendra un grand arbre.

    Le P. Girard, supérieur du Petit-Séminaire dAn-Ninh, fatigué depuis quelques jours, est venu se faire soigner à lhôpital de Hué, où il est entré le jour de la Toussaint.

    Siam

    Une lettre pastorale de Monseigneur invite missionnaires et fidèles du Siam à soulager pécuniairement la Mission de Tôkyô, si éprouvée le premier septembre dernier. Plus heureux que bien dautres Vicariats Apostoliques, celui du Siam nenregistre que très rarement de grandes calamités et jouit dune paix intérieure qui permet lépanouissement de toutes les industries humaines. Il est donc juste et délémentaire charité que ceux qui sont ainsi naturellement favorisés viennent en aide aux autres selon leurs moyens.

    Nous saluons avec joie le retour parmi nous du cher Père Durand, dont la santé peu florissante avait nécessité le climat de France et les soins de spécialistes. Bien que non complètement guéri, ce confrère a voulu rentrer quand même au plus vite, sachant combien dautres peinent au Siam, où la disette de missionnaires se fait de plus en plus sentir.

    Malacca

    Ainsi quon lavait annoncé (Bulletin, août 1923), la ligne de chemin de fer établie sur la chaussée qui relie lîle de Singapore à la Presquîle a commencé à fonctionner exactement le 1er octobre, en livrant passage au train du matin. Linauguration officielle a cependant été renvoyée à plus tard à cause dune indisposition du Gouverneur.

    Dautre part, malgré la campagne acharnée menée en Angleterre par certains journaux qui réclament labandon du projet dune base navale à Singapore, les préparatifs de son installation se poursuivent activement. La colonie sest engagée à mettre gracieusement à la disposition de lAmirauté tous les terrains dont elle aura besoin à cet effet, et, en conséquence, les expropriations sont en train de se faire sur une vaste échelle dans le nord de lîle. On dit même que les ingénieurs qui doivent diriger les travaux commencent déjà à arriver.

    A lautre extrémité du détroit de Malacca, Penang vient aussi davoir linauguration de son chemin de fer de montagne, ou Penang Hill Railway. Car lIle des Aréquiers (Poulo Penang) qui est moitié moins grande que celle de Singapore (108 milles carrés contre 217), a sur cette dernière lavantage dêtre traversée dans toute sa longueur par une jolie petite chaîne de montagne, avec une altitude maximum de 732 mètres. Cest bien modeste ; et cependant, à cette hauteur, il fait sensiblement plus frais que dans la plaine où est située la ville de Penang, ou Geogetown. De plus, on y jouit dun magnifique panorama embrassant la ville et le détroit, le territoire de Kedah avec ses pics et ses cours deau, la Province Wellesley avec ses rizières et ses plantations de caoutchouc, et, dans le fond, les hautes montagnes de Perak. Aussi il y a bien longtemps que les habitants de Penang et des environs désiraient ce moyen de locomotion pour leur permettre de jouir davantage des agréments de leur petite montagne, en facilitant lascension. Il y a longtemps aussi, plus de 25 ans, si jai bonne mémoire, quune compagnie locale sétait formée pour construire cette petite ligne de deux kilomètres au flanc de la colline. Les travaux de terrassement furent faits, les rails posés... mais les câbles se refusèrent à tout fonctionnement. Un vice radical de construction fit tout abandonner. Dans la suite, plusieurs tentatives furent faites pour reprendre luvre en sous main. Mais les bailleurs de fonds brillèrent par leur absence. Enfin cest le département des Chemins de fer des Etats Malais Fédérés qui sest chargé de lentreprise. Toutefois, pour éviter tout mécompte, la ligne a été partagée en deux sections indépendantes, avec trois gares seulement : au bas, au milieu et au sommet. Il doit cependant y avoir dautres haltes. Quoiquil en soit, ce sera un nouveau charme pour Penang, qui sest toujours vantée, et à bon droit, dêtre plus pittoresque et plus attrayante que sa grande rivale du sud.

    Birmanie Septentrionale

    Grande est la dévotion de nos catholiques indiens envers la Deva-Mada, la Mère de Dieu. Elle na pas de fête quils ne célèbrent avec une foi et une piété ardentes ; il ny a pas de pèlerinage en son honneur quils ne sy rendent en grand nombre.

    Celui de N.-D. du Rosaire à Chanthagon, petit poste chrétien sur la ligne du chemin de fer, à quelques kilomètres de Mandalay, est devenu, grâce à eux, un vrai foyer de dévotion envers Marie. Tous les ans Elle voit accourir à ses pieds des milliers de pèlerins. Une magnifique grotte de Lourdes, où la bonne Mère se plait à répandre ses faveurs témoins les nombreux ex-voto déposés à ses pieds, en attire le plus grand nombre. Les cérémonies commencent la veille de la fête du S. Rosaire, à 8 heures du soir, par une grandiose procession aux flambeaux à travers les allées du village, au milieu de chants, de musique, de prières et dinvocations : cest une vraie féerie de lumières, de fleurs, de beauté sous une nuit tropicale. La procession dure deux heures et se termine à léglise par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le reste de la nuit se passe en prières et au confessionnal. Le lendemain à 8 heures, une grandmesse est chantée en plein air, à la grotte, devant limmense foule, pieuse et recueillie, parmi laquelle des centaines viennent recevoir Jésus-Hostie, réalisant ainsi le vrai but de ces solennités : Ad Jesum per Mariam.

    Kumbakônam

    Missions. Dans nos districts, les grandes solennités, telles que les fêtes patronales, sont généralement précédées dune neuvaine préparatoire. Cest alors que les fidèles viennent plus nombreux assister le matin à la Messe, le soir à la bénédiction du St.-Saçrement. Depuis quelques années, plusieurs missionnaires mettent à profit cette affluence des fidèles pour procurer à leurs ouailles le bienfait dune mission. Il ne sagit pas ici de grandes missions classiques avec tout lappareil quelles comportent : prédicateurs nombreux, conférences contradictoires, tableaux, etc., etc. Ce sont là des moyens que la modicité des ressources ne permettrait pas demployer à de simples missionnaires. Disons plutôt que ces missions sont des missions en miniature, une série de prédications faites par un prêtre étranger à la paroisse, parfois par le curé lui-même, prédications à la fois simples et doctrinales, accompagnées dexercices et de cérémonies qui ont pour but dattirer les populations à léglise. Généralement très suivies, ces missions ne manquent pas de raffermir les bons dans la foi et dans la pratique des vertus chrétiennes ; le plus, souvent elles réveillent les indifférents et les pécheurs de leur déplorable sommeil et les ramènent dans le droit chemin.

    Au cours des deux ou trois dernières années il a été donné de ces sortes de missions dans les districts de Mikelpatty-sud, de Kottapaleyam, de Tennour, de Pullambadhi, de Pillavadendey, de Mayavaram. La dernière en date fut donnée à Kumbakonam dans la cathédrale, comme préparation à la solennité de lAssomption, qui est la fête patronale de la paroisse. Prêchée par un de nos prêtres indiens, le P. K. Rattinam, curé de Vadugarpatty, cette mission fut clôturée le 15 août par Mgr Chapuis, qui voulut ce jour-là célébrer solennellement la Messe pontificale et remercier Dieu des grâces accordées aux chrétiens de Kumbakonam.

    Nazareth

    Le P. Monnier, Supérieur de la Maison de Retraite, sest embarqué le 6 novembre pour les Indes, via Borneo-Singapore. Il va se reposer de toute une existence de travail et de dévouement dans sa vieille et inoubliée Mission du Mayssour, où il a passé les six premières années de sa carrière apostolique. Congé bien mérité, sil en fut, puisque le Père nous quitte au 39e anniversaire de son arrivée à Hongkong et quil rejoindra son cher Bangalore à lorée de sa 70e année.

    Pendant labsence du Supérieur, le P. Papinot, Assistant, prend la direction de la Maison.

    Le 23 novembre, nous est arrivé le P. Dalle, auparavant missionnaire du Kouangsi, nommé directeur de la Maison de Nazareth. Quil soit le bienvenu, et puisse le séjour quil vient de faire en France avoir amélioré notablement une santé délabrée par 20 années de durs labeurs apostoliques !

    Le 24, les confrères de nos trois maisons de Hongkong se sont réunis à Nazareth pour célébrer nos BB. Martyrs. Le P. Robert a chanté la grandmesse. Fête de famille tout intime.

    Séminaire de Paris

    La retraite de rentrée au Séminaire a eu lieu du 16 au 21 septembre. Elle a été prêchée par M. Dujardin, prêtre de la Mission, ancien supérieur du Grand-Séminaire de Beauvais. Le 22, à la suite de la retraite, ont été ordonnés deux diacres, un sous-diacre, un minoré et un tonsuré.

    Le 17, Monseigneur, sur linvitation des Dames de St.-Maur, a célébré dans leur chapelle, rue de lAbbé Grégoire, un service de Requiem pour les victimes, Surs et élèves, de la catastrophe du Japon.

    Le 24, ont été célébrées les fêtes du couronnement de N.-D. de Béhuard (petite île de la Loire en aval dAngers). Mgr Rumeau, évêque dAngers, avait invité notre Supérieur à y prendre part. La présence de quatre évêques, trois abbés mitrés, de plusieurs sénateurs et députés, de plus de 350 prêtres, laffluence de plus de 25.000 pèlerins, ont donné à la fête, sous un ciel radieux, un éclat extraordinaire. Lécole des Petits Clercs de N.-D. de Béhuard, annexe du pèlerinage, a de lintérêt au point de vue des vocations apostoliques. Le directeur, curé de la paroisse, na pas manqué de rappeler que N.-D. de Béhuard avait été le pèlerinage favori de Mgr Pineau.

    Le 26, Monseigneur le Supérieur a conduit les aspirants de Bièvres et quatre de leurs professeurs à pied jusquà Versailles, et de là par chemin de fer, en promenade extraordinaire à Neauphle-le-Vieux, dans la vallée de Chevreuse. Là, la comtesse de Chabannes-La Palice, jadis collaboratrice de Mme de St.-Jean dans sa fondation de luvre d Partants, leur a accordé la plus gracieuse hospitalité. Par un temps magnifique, la journée sest agréablement passée en promenades dans le parc, canotage sur la rivière, etc.

    Non moins généreusement, les Carmélites de Lisieux ont invité, outre Monseigneur et le P. Roulland, le secrétaire et le P. Le Gourriérec à venir passer à Lisieux la journée du 30 septembre, première fête liturgique de la Bienheureuse Thérèse de lEnfant-Jésus. Les offices étaient célébrés pontificalement par S. E. le Nonce apostolique. La chapelle, décorée de roses, pouvait à peine contenir les pèlerins munis de cartes. Le panégyrique a été prononcé par M. Martin, supérieur des missionnaires diocésains de Luçon. Quelques rares privilégiés ont pu pénétrer ensuite dans la clôture et vénérer les reliques de la Bienheureuse si chère à nos confrères,

    Le 27, le P. Mollat, désireux dassister au départ, est rentré à Paris. Sa santé demande encore quelques ménagements.

    A la demande de M. Maritain, professeur de philosophie thomiste à lInstitut Catholique de Paris, notre maison de Meudon a abrité, du 26 au 30, une vingtaine de membres du Cercle dEtudes thomistes, venus faire une retraite sous la direction du R. P. Garrigou-Lagrange, professeur à l Angélique de Rome.

    La cérémonie du départ du 1er octobre a réuni une très nombreuse assistance. On remarquait la présence de lAmbassadeur et dun député de Belgique, venus pour témoigner leur sympathie à deux des partants, leurs compatriotes. Lallocution dusage a été prononcée par le P. Chambon.

    Le départ des dix nouveaux missionnaires réduit à 46 le nombre des aspirants de la communauté de Paris. Celle de Bièvres en compte 56. Parmi eux, vient dêtre admis M. Barnabé (Rodez). Pour que la liste des aspirants admis soit complète, nous ajouterons les noms de MM. Massiot (S.-Brieuc) et Casseaux (Montauban).

    Le 2 octobre, a eu lieu le pèlerinage traditionnel, après le départ de leurs aînés, des aspirants de Paris à Notre-Dame des Victoires.

    Le lendemain, ils étaient à leur tour, comme leurs confrères de Bièvres huit jours plus tôt, les hôtes de la Comtesse de Chabannes à Neauphle-le-Vieux. Si le temps fut peu favorable, lhospitalité fut extrêmement gracieuse et les fervents de la rame ne sen livrèrent pas moins à leurs exercices favoris.

    Ce même jour était célébré au Theil (Calvados) un service solennel pour le regretté P. Lebarbey : vingt prêtres, la paroisse entière et de nombreux amis des environs sétaient réunis pour témoigner leur sympathie au jeune missionnaire que Dieu a rappelé à Lui dans de si tragiques circonstances,

    Le 5, par très beau temps, les dix missionnaires du départ du 1er octobre ont quitté Marseille.

    Le dimanche 7, à lissue des vêpres, sest déroulée dans le jardin, la procession en lhonneur de la Ste-Vierge, suivie par une assistance nombreuse et recueillie.

    Accompagné de son secrétaire, Monseigneur a passé la journée dimanche 14 à Hennuyères, chrétienne paroisse du diocèse de Tournai (Belgique). Il sagissait de consacrer un nouvel autel et de donner une conférence sur les Missions : temps radieux, beaucoup de monde, chaude sympathie, généreuses aumônes et hospitalité particulièrement large de lexcellent et distingué bourgmestre, M. du Bois dEnghien.

    En vertu des instructions de la S.-C. de la Propagande, demandant quun missionnaire de chaque Congrégation soit choisi avec soin et désigné officiellement comme chargé de préparer lexposition missionnaire du Vatican en 1925, le P. Mollat a été nommé à cette fonction si importante pour le bon renom de la Société et de ses uvres.



    1923/789-812
    789-812
    Anonyme
    France et Asie
    1923
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