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Chronique des Missions et des Etablissements communs 3

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô Le 26 janvier, a été célébré au Palais Impérial le mariage du Prince Régent avec la fille aînée du Prince Kuni, la Princesse Naga-ko. Le Prince jouit dune grande popularité, et les journaux aiment à souligner le caractère démocratique de ses faits et gestes. Aussi le cortège nuptial a-t-il reçu sur son parcours, depuis la demeure respective des deux fiancés jusquau Palais, les ovations chaleureuses dune foule qui semblait tenir à faire oublier lodieux et stupide attentat de fin décembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Tôkyô

    Le 26 janvier, a été célébré au Palais Impérial le mariage du Prince Régent avec la fille aînée du Prince Kuni, la Princesse Naga-ko. Le Prince jouit dune grande popularité, et les journaux aiment à souligner le caractère démocratique de ses faits et gestes. Aussi le cortège nuptial a-t-il reçu sur son parcours, depuis la demeure respective des deux fiancés jusquau Palais, les ovations chaleureuses dune foule qui semblait tenir à faire oublier lodieux et stupide attentat de fin décembre.

    Quelques jours auparavant, le 21 janvier, parmi les Ambassadeurs et Ministres des Puissances admis à présenter au Prince et à la Princesse les compliments et les présents de leurs gouvernements, figurait S. E. le Délégué Pontifical, bien que non encore officiellement attitré auprès de la Cour de Tôkyô. Son Excellence a présenté à Leurs Altesses un message de félicitations de la part de Sa Sainteté le Pape Pie XI. Il y a lieu de penser que le Prince Héritier, qui, lors de sa réception au Vatican, a noué avec le Chef de lEglise Catholique des relations spéciales, en gardera précieusement la mémoire une fois monté, sur le trône, et que lEglise Catholique, dans ce pays, pourra être assurée de sa bienveillante protection.

    Nous avions espéré que les secousses sismiques qui ont suivi le cataclysme du 1er septembre finiraient graduellement par séteindre avec les derniers jours de 1923. Mais le 15 janvier, à 6 heures moins 5 du matin, un tremblement de terre dune très grande violence, dans le sens horizontal, et qui a duré 12 minutes, est venu jeter la panique parmi la population de Tôkyô et de Yokohama et environs. Il ny avait plus guère dédifices susceptibles dêtre jetés à terre ; il y a eu pourtant, surtout à la campagne, à louest de Yokohama, un bon nombre de maisons restées debout qui ont été démolies. Yokohama a compté 4 victimes écrasées sous les décombres, et Tôkyô, 2 morts par accident. En outre on a enregistré dans la région plusieurs centaines de blessés. Le nouveau séisme a, peut-on dire, eu surtout un effet déprimant et a suggéré communément ce refrain : Quand et comment tout cela finira-t-il ? Dans ces circonstances, il paraît bon de se rappeler le mot de sainte Thérèse : Que rien ne te trouble, que rien ne tépouvante... Tout passe... Dieu seul demeure..., et de chanter sur un mode joyeux le Deus refugium nostrum et virtus, qui, avec ses allusions aux tremblements de terre, est pour nous un psaume tout à fait dactualité.

    Nagasaki

    Le P. Thiry, notre procureur, est chargé de recueillir et dexpédier les objets destinés à lExposition missionnaire Vaticane de 1925.

    Aux environs du premier de lan, on a distribué largement dans nombre de villes une petite brochure portant le titre : Mi Mune wo aoide (Respect à la Volonté Impériale). Cette brochure émane dun bureau établi à Kyôto, dans la secte bouddhique Ôtani, pour secourir les victimes du grand cataclysme du 1er septembre dernier. Elle donne au peuple des conseils de patience et de courage, ce en quoi on ne peut que lapprouver. Mais, vers la fin, elle appelle quelques observations.

    Attachons-nous plus fortement que jamais à nos dieux (kami) et à nos Bouddhas (hotoke), car ils sont lâme même de notre peuple, dit-elle, mettant le tout sous le couvert de la volonté de lEmpereur.

    On trouve aussi (page 17) cet éloge inattendu de lAllemagne vaincue : Après sêtre donnée tout entière à la guerre durant 4 ans et 4 mois, lAllemagne sest vue condamnée à payer en 30 années la somme formidable de. Malgré cela, elle ne sabandonne pas. Les Alliés, disent les Allemands, auront beau, nous prendre nos biens et nos revenus, jamais ils ne nous arracheront notre âme, qui leur résiste et ne se rend pas ! Conclusion : quel bel exemple !

    Osaka

    Le 15 novembre 1923, est arrivé à Osaka un nouveau missionnaire, le P. Jupillat, du diocèse de Bourges, et, le 19 janvier 1924, la Providence nous envoyait un autre ouvrier apostolique, le P. Vion, de la Mission du Kouytcheou. Ce second confrère, dont la santé est un peu délicate, a demandé à être admis dans la Mission dOsaka, parce quil espère que le climat du Japon conviendra mieux à sa santé que celui de Chine et lui permettra de travailler plus efficacement. Ce double renfort est pour nous un précieux secours, surtout que, depuis dix ans, nous navions pas eu de nouvelle recrue, et aussi parce que, ces dernières années, la mort a fait de grands vides dans nos rangs.

    Le 9 décembre dernier, dimanche de la solennité de lImmaculée Conception, Mgr dOsaka a eu la grande joie de bénir à Kôbe la nouvelle église, dédiée au Sacré-Cur, de la paroisse des catholiques étrangers. Les travaux de ce nouvel édifice ont duré 2 ans et ont été dirigés par le P. Fage, Vicaire général et curé de cette paroisse. Cette nouvelle église, de style gothique, est une des plus, grandes et des plus belles du diocèse dOsaka. Sa longueur totale, y compris les clochers et la sacristie, est de 36 mètres. Sa largeur est de 15 mètres, soit 6 m. 50 pour la nef principale, et 4 m. 25 pour chaque nef latérale. Léglise na quun seul toit, ce qui a permis de donner aux murs latéraux une hauteur de 12 mètres ; cela fait paraître lédifice plus monumental à lextérieur, tout en lui conservant son apparence de gracieuse légèreté. La façade est peut-être la partie la plus soignée. La porte dentrée est encadrée de gracieuses colonnades et surmontée dune ogive bien lancée, au milieu de laquelle se trouve une rosace de 2 mètres de diamètre. Le pignon a 18 mètres de haut, et se termine par une grande croix. De chaque côté du portail sélève une tour carrée de 4 mètres de côté, dont la hauteur est de 22 mètres 50. Ces tours attendent encore les cloches qui doivent leur donner une âme. Dans la construction de cette nouvelle église, on a surtout visé à la solidité, sans pour cela sacrifier lélégance. Les fondations reposent sur le rocher qui forme le sous-sol de la colline. Lossature est en acier et comprend 36 colonnes de 0 m. 30 carré, reliées entre elles par des traverses en fer, supportant une charpente également en fer. Tout ce métal est noyé dans le ciment, ce qui le préserve de la rouille et ajoute à la solidité de lédifice. Les tours, les cadres des fenêtres sont en ciment armé. On espère que lédifice durera longtemps et fera honneur à lEglise catholique à Kôbe.

    Ajoutons que la Procure de Kôbe a quitté son ancien local et est venue sinstaller à lombre du nouveau clocher. Voici sa nouvelle adresse : Mission catholique, Nakayamate-dôri, 1 chôme, 51, Kôbe.

    Sur Antonine, du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, Supérieure de lEcole catholique de Kôbe, a été décorée par le Prince Régent en récompense de 40 années de dévouement consacrées à léducation des jeunes filles japonaises.

    Hakodate

    Le 12 janvier, a. passé à Sendai, se rendant au monastère des Trappistines de N.-D. des Anges (Hakodate), le R. Père Jean-Marie Angles, sous-prieur de la Trappe de Pékin, autrefois missionnaire dOsaka. Il sera chez les religieuses en qualité de second aumônier et y restera jusquà larrivée au Japon du R. P. Abbé Dom Louis Brun. Il devra profiter de son séjour à laumônerie pour se remettre à la langue japonaise. Dès son arrivée il aura la charge des chrétiens et des catéchumènes qui fréquentent léglise du monastère.

    Seoul

    Le P. Le Gendre a quitté lhôpital le 26 janvier et depuis lors son état, grâce à Dieu, a toujours été saméliorant.

    Sur Camille, de Saint-Paul de Chartres, Supérieure de létablissement de Seoul, a reçu un don de 200 yen et une coupe en argent à loccasion du mariage du Prince Régent.

    La mode est aux expositions. Outre lexposition nationale coréenne que prépare le gouvernement pour 1925, la province du Kyeng-keui veut faire bientôt une exposition de mouches, dans, le but de bien montrer au public les dangers auxquels nous exposent ces trop nombreuses bestioles.

    Taikou

    Jusquici lécole catholique de filles à Taikou dépendait, comme annexe, de celle des garçons. Le 14 janvier a eu lieu son inauguration officielle comme école autonome. La cérémonie, présidée par Mgr Demange, réunissait des représentants du gouvernement, de la préfecture et de toutes les écoles de la ville. Bonne journée pour linfluence catholique.

    Une épidémie de béribéri sétant déclarée au Séminaire Saint-Justin, les élèves ont dû être renvoyés dans leurs familles, ce qui leur a procuré des vacances du 16 janvier au 1er mars.

    Le P. Mousset sest embarqué pour la France le 22 janvier.

    Mandchourie Méridionale

    Le mois dernier a été marqué par un événement bien insignifiant aux yeux des profanes, mais qui peut avoir de nombreux et heureux fruits spirituels. Je veux parler de la retraite des vierges chinoises.

    La Mission de Manchourie méridionale compte 177 vierges à voile noir, ou de lancien régime, plus 61 professes à voile bleu qui sont sorties du couvent de Moukden. A ce nombre il faut ajouter 84 aspirantes ou novices, qui étudient actuellement au couvent.

    Il fut décidé, lors de la fondation de la nouvelle communauté, que les vierges qui en sortiraient reviendraient tous les deux ans au couvent pour la retraite commune. Mais on se rendit vite compte que la chose nétait guère pratique. La plupart des vierges en service dans les districts se trouvent, en effet, à de grandes distances de Moukden. Les obliger à faire 4 ou 500 ly, et même plus, pour venir assister à quelques jours de retraite, cétait les exposer à bien des incidents ou accidents de voyage, sans parler des dépenses coûteuses et de la perte considérable de temps.

    On a pris, il y a six ans, la résolution plus pratique de leur faire faire la retraite par régions. Au lieu de faire voyager les vierges, cest un ou deux confrères qui se rendent dans les principaux centres pour porter la nourriture spirituelle à ces nombreuses et intéressantes brebis. La retraite est précédée dun examen sur la doctrine et sur les Constitutions de la Société.

    Cette nouvelle mesure a, de plus, lavantage de permettre aux vierges à voile noir de profiter des bienfaits de la retraite donnée aux vierges sorties du Couvent.

    Cette année, cest le Père Beaulieu qui a assumé, à lui tout seul, la lourde mais consolante tâche daller prêcher dans les différents groupes. Espérons que la grâce de Dieu, secondant les instructions solides de linfatigable prédicateur, aura touché le cur de ses auditrices et quelles seront sorties de leur retraite encore plus pieuses et plus zélées; Puisse le résultat se manifester au plus tôt par une plus grande application à leurs devoirs et par des fruits spirituels chaque jour plus nombreux et plus féconds.

    Setchoan Occidental

    Décidément les étudiants se croient appelés à prendre part au gouvernement du pays. A Tchentou, le 15 décembre, ils ont fait une manifestation bruyante pour protester : 1o contre lélection de Tsao Kun à la Présidence de la République ; 2o contre loccupation de Weihaiwei par les Anglais ; 3o contre la présence des canonnières étrangères dans le Yangtse.

    La nouvelle année na apporté aucune modification heureuse à létat troublé de la province : cest, au contraire, lanarchie croissante dans tous les districts. A Tchentou, la fin de lannée chinoise, jadis marquée par une activité fébrile dans toutes les branches du commerce et de lindustrie, se passe dans le marasme le plus profond : 95 pour 100 des magasins sont fermés à cause de larrogance des troupes rentrées en ville après leurs récentes défaites. Les bourgeois ne sont pas plus favorisés que les marchands : leurs hôtels particuliers sont réquisitionnés par les soldats et leurs immeubles taxés à 5 % de leur valeur.

    Setchoan Oriental

    Le 31 décembre, Mgr Chouvellon a ordonné 1 prêtre, 2 diacres, 3 sous-diacres et 14 minorés ou tonsurés.

    La canonnière française La Grandière, se rendant de Chungking à Suifu, à essuyé à trois reprises une fusillade venant de la rive du fleuve. Les Chinois ne distinguent plus les couleurs des diverses Puissances : ils veulent prouver quils sont libres et que de leur liberté ils useront pour se moquer des traités et de leurs signataires.

    Les hostilités ont recommencé entre Nordistes et Indépendants : les premiers veulent à tout prix se rendre maîtres de Tchentou, capitale de la province.

    Setchoan Méridional

    Notre nouveau confrère le P. Couvet, nous est arrivé à limproviste. En route il se trouva à Chungkin juste pour assister à la reprise de la ville par les Nordistes. Après quelques jours dattente, il put prendre un petit vapeur pour remonter le fleuve ; mais, comme les communications télégraphiques étaient coupées, il ne put avertir de son arrivée prochaine, qui fut pour nous une surprise ; la joie nen fut que plus grande, et plus chaleureuse la bienvenue de la part de tous les confrères. Confié aux bons soins du P. Combourieu, curé dune des paroisses de la ville, le jeune missionnaire attaque déjà avec entrain létude du chinois.

    Malgré lincertitude des temps, belle fête de Noël à Suifu. Plus de mille communions dans les paroisses, et naturellement force pétards et illuminations.

    A lEcole catholique primaire supérieure de Suifu ont eu lieu les examens de fin détudes. Linspecteur officiel les écoles de la ville avait donné comme sujet de dissertation : De lapplication et de la diligence à apporter dans le travail. Sur 11 élèves présentés, 7 ont obtenu la mention très bien, 2 la mention bien, les deux autres la mention passable. Cest un résultat encourageant, qui ne peut que contribuer à la bonne réputation de lEcole.

    Thibet

    A Tatsienlou, la fête de Noël a été bien solennelle : la cathédrale et les allées latérales étaient décorées avec goût ; lassistance de nuit et de jour fut très nombreuse ; au salut du Sait-Sacrement beaucoup de personnes durent rester au dehors, faute de place. Il y eut 170 communions en dehors du personnel des uvres.

    Le Konke-lama a pris la fuite devant son rival le Nangkha-lama, devenu maître à Yerkalo et environs, et qui accablait le peuple de contributions. Les troupes chinoises sont rentrées à Patang et deux détachements ont été envoyés, qui assiègent Nangkha dans la lamaserie de Kokanda. Puissent-ils délivrer le pays de cet indésirable!

    Kientchang

    Le P. Dugast vient de faire la visite des stations de Changpa. Ce district, naguère si troublé, reprend vie et cohésion ; lécole centrale compte 48 élèves.

    Le P. Audren, tout en surveillant les travaux de sa nouvelle résidence, soccupe activement des uvres déducation : il entretient actuellement 10 écoles.

    A Ningyuan-fu, très belle fête de Noël ; à minuit, messe pontificale, 220 communions. Après la messe du jour, chrétiens et chrétiennes se sont réunis à tour de rôle pour offrir leur vux à Monseigneur, qui leur répondit par quelques paroles sorties du cur.

    Un de nos prêtres indigènes, le P. Ou, est arrivé à Ningyan-fu le 31 décembre, retour dune randonnée en pays thibétain, à six jours au delà dEulsein, le tout à pied, le plus sou vent par des sentiers de chèvres ; mais il a eu la joie dy trouver une dizaine de familles chrétiennes qui navaient pas vu de missionnaire depuis vingt ans.

    La retraite annuelle des missionnaires a eu lieu du 30 janvier au 4 février. Celle des prêtres indigènes demeure fixée au 3e dimanche après Pâques.

    Etant donne lextension prise par notre dispensaire et les demandes fréquentes qui nous sont adressées, Mgr a décidé lérection dun petit hôpital dune quarantaine de lits : les travaux sont commencés.

    Yunnan

    Le P. Piton est toujours aux mains des brigands. Après lavoir arraché de sa résidence de Mosso-in dans la nuit du 4 au 5 janvier, ils lui firent parcourir à pied un long trajet, puis lui procurèrent un cheval et sarrêtèrent enfin dans la montagne de Lopin-chan, à une journée au S.-S.-O. de Langkong-hien. De là le Père put, le 9 janvier, écrire quelques mots au P. Savin : il est bien malheureux, sa vie est affreuse ; il demande quon prie pour lui. Les autorités agissent pour délivrer le pauvre captif, mais réussiront-elles ?... Le chef des brigands est un certain Yâng Itien, frère de Yâng Yulin, qui détint prisonniers Mr Weatherbe et le P. Degenève. Dès le jour de lenlèvement, Yâng Itien écrivit à Mgr, lui enjoignant de lui rendre dans les dix jours lAnglais (actuellement à Pékin), faute de quoi il brûlera les résidences et les églises, massacrera les missionnaires et les chrétiens, etc. Maintenant les pirates demandent que le gouvernement accepte leur soumission, alors ils relâcheront le P. Piton. Les autorités, au contraire exigent que les brigands rendent la liberté à leur captif et livrent leurs, armes, après quoi on verra. Mais les pirates, se souvenant que dernièrement des brigands furent mis à mort après sêtre soumis, nacceptent pas ces conditions et gardent leur prisonnier. Et cette situation se prolonge ; les jours passent et notre pauvre confrère continue de souffrir. Quant aux soldats qui ont censément mission de délivrer le prisonnier, ce sont, pour la plupart, danciens pirates eux-mêmes, qui ne songent quà semparer du butin des brigands, et avec le moins de risques possible. Aussi navons-nous guère de confiance dans les mesures prises ou envisagées par les autorités provinciales : nos prières seront plus efficaces que tous les pourparlers ou que les irréalisables projets dencerclement des brigands.

    Le P. Cheilletz, de la Mission de Lanlong, est arrivé à Yunnan-fu le 5 janvier : il conduit 9 séminaristes à Penang et de là rentrera en France pour soigner sa santé. Le 9, la petite caravane partait pour le Tonkin.

    Le fameux brigand Pou Siao-hong a été fusillé à Yunnan-fu le 12 janvier avec un certain nombre de ses hommes. Une foule immense, prévenue par des affiches, assistait à lexécution. De ce fait la confiance renaît dans les campagnes voisines et beaucoup de gens qui sétaient réfugiés à la capitale rentrent chez eux. Mais au loin la piraterie est encore à lordre du jour : dans la région au nord de Kaihoa, par exemple, nos confrères sont très inquiets.

    Le P. Henri Maire nous est revenu de Hongkong le 26 janvier, tout florissant de santé et portant allègrement ses 76 ans : il est chargé du poste dIleang.

    Un de nos prêtres indigènes, le P. Simon Tay curé de Longki, est décédé le 24 janvier, âgé seulement de 33 ans.

    Kouytcheou

    Aux premiers jours de janvier il y eut grande panique parmi la population de Kouiyang. Les Yunnanais, écrasés au Setchoan, refluaient en désordre vers le Kouytcheou et tout le monde avait grandpeur. Heureusement que ces guerriers sarrêtèrent à Tsengni, à 5 étapes de Kouiyang, doù, après quelques jours de repos, ils repartirent vers les Quatre Fleuves. Depuis lors plus de nouvelles.

    A loccasion du premier de lan chinois, notre Gouverneur, M. Tang Kiyu, nous fit lhonneur de nous inviter à dîner. Monseigneur et plusieurs missionnaires répondirent à linvitation. Comme toujours le service fut irréprochable, et la musique très intéressante, quoique un peu bruyante. La politesse exigeait que nous rendions le repas et, le 14 Février, la Mission réunissait les principales personnalités de la ville.

    Le P. Freyche, emprisonné dans Suyang, fait presque ses adieux à son vicaire forain, le R Saunier : il ne sait pas sil sortira vivant de Suyang, les pirates ne lui pardonnant pas davoir défendu la ville contre leurs assauts.

    Le 11 février a eu lieu linauguration du dispensaire de Notre-Dame de Lourdes. Deux Surs Canadiennes du couvent de Notre-Dame des Anges sont désignées pour cette uvre ; nous leur souhaitons un prompt et grand succès.

    Le Kouytcheou étant lhabitat principal de lantique race des Miao, le P. Mollat nous a tout spécialement chargés de collectionner, pour lexposition missionnaire de Rome, le plus possible dobjets intéressant ces peuplades si peu connues. Comme spécialités nous avons déjà : un service complet en cuir laqué, une collection de bibelots en réalgar ou sulfure rouge darsenic, quelques costumes miao, des estampes chinoises sur les Miao, et une douzaine de photographies de tribus différentes, Par ces temps de brigandage, il nest vraiment pas facile denvoyer photographes et collectionneurs chez les multiples races, tribus ou clans miao. Les Chinois en énumèrent près de 80, et nous nous ne sommes pas loin den distinguer une soixantaine.

    La Mission de Lanlong se spécialisera surtout dans lenvoi de documents sur les tribus dioï de langue thai, qui forment le fond de la population de cette Mission.

    Lanlong

    Dans la chronique du mois de janvier, il est dit que le P. Aubry, un des premiers apôtres des Dioi, vint mourir à Lanlong de la fièvre contractée dans ces régions malsaines. Ce point demande une légère rectification. Sans doute, le vaillant missionnaire était déjà bien affaibli par les ravages de dame Fièvre (nom trop poétique dune maladie bien prosaïque, hélas !) qui le minait depuis longtemps ; mais il ne succomba cependant que terrassé par la dysenterie. Cest dans son dernier voyage dexploration quil ressentit les atteintes du mal qui devait lemporter.

    Le P. Aubry était parti de Kiaoma, en compagnie du P. Thibault, pour rendre visite au P. Bazin, alors en résidence à Lukiatô (Kouang-sSi). Il revint seul, traversant les régions de Kohao, Silong, Tchechou, Tsehen. En passant au marché de Kieoutcheou, il but une tasse de ce thé quoffrent aux voyageurs les boutiques déplorablement sales de nos agglomérations chinoises. A peine remonté sur sa mule, le Père se sentit indisposé et, le soir, arrivé au village de Ouenpang, il dut saliter ; toute la nuit il fut torturé par des douleurs dentrailles. Le lendemain, il reprit néanmoins la route de Hingi-fu ; mais rien ne put arrêter le terrible mal et, quelques jours après (19 septembre 1882), il succombait terrassé par la dysenterie, qui avait amené une recrudescence de fièvre paludéenne.

    Dans ce voyage au Kouangsi, le P. Aubry espérait trouver le trait dunion qui joindrait les deux rives du Nanpan-kiang ; il rêvait de reconstituer lancienne province du Tsangkô, qui réunirait comme autrefois les Dioï du Yelang et du Tsielan sous un même joug, le joug du Christ. Ce rêve est maintenant réalisé par la création de la Préfecture Apostolique de Lanlong. Nul doute que, du haut du ciel, ce cher confrère nintercède efficacement en faveur de notre nouvelle Mission.

    Canton

    Le P. Le Restif a réussi à louer une maison dans la ville de Chingyuen. Il sy installera prochainement.

    Du 24 au 28 janvier, dans la chapelle résidence de Taileung, ont eu lieu les exercices de la retraite pour les vierges du district de Sheuntak. Quarante y prirent part, venues de 5 ou 6 localités différentes, il faut louer le zèle de ces pieuses filles, pour la plupart modestes ouvrières dusines, qui généreusement sacrifient le salaire de 5 ou 6 journées et supportent en outre les frais dun voyage assez coûteux pour témoigner du prix quelles attachent au salut de leur âme.

    Du 28 janvier au 2 février, 4 Surs Canadiennes de Canton et 12 de leurs élèves, la plupart catéchumènes, ont fait une première tournée dans ce même district de Sheuntak. Tant à Taileung quà Tongli et Lungngan elles ont vacciné 250 personnes. Le soir du 30 janvier, dans la vaste chapelle de Lungngan, devant 500 spectateurs moitié catholiques moitié païens, elles ont donné une séance sur les uvres de miséricorde dans lEglise et surtout au Kouangtong. Lordre fut parfait, le succès complet, et le grain jeté germe déjà. Puissent les hirondelles du Bon Dieu prendre fréquemment leur vol vers des plages trop longtemps inconnues delles !

    Kouangtong Occidental

    Disons que soldats et pirates ont continué avec entrain leurs opérations similaires, qui empêchent de mettre la moindre différence entre les deux professions. On cite pillages, massacres, enlèvements, qui sont le fait des uns et des autres. Aux dernières nouvelles, la ville de Louitcheou était menacée dun nouveau siège par les bandes qui infestaient les routes conduisant à la Sainte-Trinité, ralliées depuis peu à la cause dun chef militaire dont le passé nest pas sans quelques faiblesses. Il est remarquable quassiégeants et assiégés, qui mutuellement se qualifient de pirates, prétendent servir la même cause et faire triompher tous deux le même parti politique ! Cette communauté de but nempêche nullement les compétitions et les rivalités entre chefs de moindre envergure qui essayent de se supplanter réciproquement. Cette remarque peut sappliquer et sapplique réellement à dautres chefs militaires de notre région, dont les dissensions perpétuent le désordre et linsécurité.

    Félicitons-nous en passant que des circonstances favorables aient permis la conclusion dun accord pour le pillage de Tepo, quhabite le prêtre indigène Liou. Les pertes subies sont loin dêtre couvertes, mais en de si tristes temps on doit se réjouir comme dun succès de toute honorable réparation, et cest le cas.

    Mgr Gauthier, qui avait repris ses pérégrinations dès le début de janvier, vient de clore sa première visite épiscopale. Il a pu administrer 121 Confirmations chez le P. Genty à Shekshing, 95 chez le P. Zimmermann à la ville de Souitcheou, et 158 chez le P. Poulhazan à la Sainte-Trinité. Malheureusement ce dernier confrère, surmené déjà par plusieurs mois dalertes et de ministère absorbant quil a dû subir seul, son vicaire ne pouvant le rejoindre à cause de linsécurité des routes, vient dêtre atteint dune assez forte fatigue qui nécessite un séjour au sanatorium de Béthanie. Puisse-t-il être bientôt sur pied et reprendre, plus vaillant que jamais, le poste dhonneur qui lui est échu ! Laccalmie survenue dans cette région permettra, espérons-le, au prêtre indigène Yip, de remplir lintérim sans de trop grosses difficultés. Messieurs les pirates et soldats, à loccasion de la nouvelle année chinoise, laisseront leurs paisibles concitoyens, il faut le souhaiter, jouir dune trêve de longue durée, que lon voudrait perpétuelle. Hélas ! Nous nen sommes pas encore là, si lon en juge par les bruits sinistres qui circulent et semblent bien plutôt présager de nouvelles calamités !

    Tonkin Occidental

    Vendredi matin 1er février, les Carmélites de Hanoi ont quitté lancien couvent pour aller occuper leur nouvel établissement qui vient dêtre terminé. Samedi, les restes mortels des religieuse enterrées au Carmel ont été exhumés et inhumés dans le cimetière du nouveau couvent.

    Depuis quelques années la population française et indigène de la ville de Hanoi a augmenté dans des proportions considérables. On construit de tous côtés pour loger les nouveaux arrivants. Le nombre des chrétiens de la ville est sensiblement plus élevé, en sorte que la cathédrale et les quelques chapelles de secours ne sont plus suffisantes pour contenir tous les fidèles qui viennent assister aux offices les dimanches et jours de fête. Le père Dronet, curé de la paroisse, sest décidé à construire une nouvelle église et à fonder une nouvelle paroisse dans la partie nord de la ville, sur un terrain, spacieux et bien situé, généreusement cédé par le Gouvernement français. Le désir du Père serait de commencer les fondations de cet édifice le plus tôt possible ; il a déjà fait appel à la générosité des chrétiens. Cette nouvelle église serait élevée à la mémoire de tous les Français morts au Tonkin depuis le commencement de la conquête et de tous les Annamites morts en France durant la dernière guerre ; elle serait dédiée au Bienheureux Théophane Vénard.

    Haut Tonkin

    Le Bulletin a conté, dans son dernier numéro, la tragique rencontre de notre confrère le P. Tissot avec un éléphant. Létat un moment alarmant de ses blessures nécessita son transport à lhôpital de Lanessan, à Hanoi. Dès son arrivée le blessé a été radiographié avec soin, puis longuement opéré. Le résultat de lopération a été la découverte de plusieurs fragments des os du bras gauche, ayant. Provoqué une abondante suppuration. Les pansements sont encore bien douloureux, mais tout danger a disparu et notre confrère sera bientôt remis dune secousse qui la mené aux portes du tombeau.

    Les fêtes du Têt (1er jour de lan annamite) sont enfin terminées. Cette année, un phénomène sest produit que, de mémoire dhomme, personne au Tonkin navait encore constaté. Un orage dune violence inouïe a éclaté sur une grande partie du Delta tonkinois et dénormes grêlons ont causé de grands ravages. Nos Annamites se demandent ce que peut bien présager pour lavenir pareil phénomène, et les imaginations en travail donnent à la question les réponses les plus variées.

    Tonkin Maritime

    Le T. C. Frère Aglibert, Visiteur des Frères des Ecoles chrétiennes pour la province de lIndochine, était à Phát-Diêm le dimanche 20 janvier. Arrivé la veille au soir, il fut reçu au débarcadère et conduit à la mission par les chrétiens de la paroisse, venus à sa rencontre avec drapeaux, tambours, clairons et tout ce quils ont lhabitude dexhiber lorsquils reçoivent un hôte de marque. Cest que le très cher Frère ne venait pas à Phát-Diêm pour voir seulement un beau centre chrétien ou une cathédrale dun style unique au monde, mais aussi pour préparer la fondation dune école de Frères ardemment attendue par des centaines denfants. Puisse-t-elle souvrir bientôt, car tous, pasteurs et fidèles, lappellent de tous leurs vux.

    Tous les confrères, excepté les Pères Deux et Varengue, ont pu prendre part à la retraite annuelle. Notre prédicateur, le P. Dalaine, Supérieur du Grand-Séminaire de Xà-Doài, nous a profondément édifiés par ses instructions si pleines de science théologique et de piété. Quatre dentre elles sur loraison ont été particulièrement remarquées. Nous souhaitons que le cher Père nous revienne encore.

    Cochinchine Orientale

    Nous aurons, dans le cours de cette année, la joie de fêter les noces dor des PP. Mathey et Panis, ordonnés tous deux le 30 mai 1874, et les noces dargent des PP. Porcher (5 février), Solvignon (25 juin) et Alberty (25 septembre). Davance nous disons à tous : Ad multos annos !

    Cochinchine Septentrionale

    Janvier et février ont été des mois de bénédictions célestes pour les missionnaires et les religieux de la Mission : les confrères ont fait leur retraite annuelle du 9 au 15 janvier ; les Frères de lEcole Pellerin, du 27 janvier au 5 février ; et les scolastiques, auxquels sétaient joints plusieurs jeunes Frères faisant déjà la classe à Hué et au Binh-Dinh, du 24 janvier au 11 février. Le P. Le Darré, de Cochinchine Orientale, est venu faire sa retraite chez nos bons Pères du monastère de Notre-Dame dAnnam ; il est revenu enchanté de son séjour à Phuoc-Son.

    Le Dimanche 27 janvier, à la suite dune forte crise durémie, le P. Girard, supérieur du Petit-Séminaire dAn-Ninh, y a reçu les derniers sacrements. On a pu le transporter à Hué. Nous espérions que, grâce aux soins dévoués des docteurs de lhôpital, il pourrait se remettre assez bien pour aller revoir ce bon vieux collège dAn-Ninh, où il a passé à peu près toute sa vie de missionnaire, mais la Providence en a disposé autrement et notre confrère sest éteint le 11 février.

    Le jour de la Purification de la Sainte-Vierge, cétait grande fête au Carmel de Hué: Monseigneur y célébrait une grandmesse pontificale pour la profession de deux religieuses: une Annamite, originaire de Tan-An (Cochinchine Occidentale), et une Française, de la paroisse Saint-François-Xavier à Hué.

    Cambodge

    Mgr Bouchut sest rendu à la station daltitude de Dalat et va de mieux en mieux.

    Le P. Guibé na pu lutter avantageusement contre sa maladie de foie ; il a reçu lextrême-onction le lundi 21 janvier et sest éteint le vendredi 1er février, après avoir supporté ses vives souffrances avec une patience admirable et accepté la mort avec calme et résignation.

    Lélève que la Mission a envoyé au Collège de la Propagande à Rome a été reçu docteur en philosophie à la fin de la dernière année scolaire.

    Les 22, 23 et 24 janvier, a été célébré au Carmel de Xom-Biên (banlieue de Phnom-Penh), un triduum solennel en lhonneur de la Bse Thérèse de lEnfant-Jésus. La grande inondation de lan dernier, qui couvrait tous les chemins de Xom-Biên, avait rendu nécessaire le renvoi de cette solennité à une date ultérieure. Nombreux furent les prêtres qui tinrent à dire la messe de la Bienheureuse. Les fidèles ont montré un empressement peu ordinaire à suivre les exercices : pendant les trois jours, une grande jonque remorquée par un canot-automobile fit constamment la navette dun bord du fleuve à lautre toujours chargée de monde. Les chants furent exécutés successivement par la chorale de Xom-Biên, les élèves du Grand-Séminaire, et par la chorale de léglise du Sacré-Cur, qui donna, au dernier salut, une cantate particulièrement réussie.

    Puisse la Bienheureuse protéger la santé des ouvriers apostoliques, augmenter leur nombre, répandre sur eux et sur leurs ouailles de multiples bienfaits, et ouvrir à la lumière de la foi les yeux de plus de trois millions dinfidèles qui peuplent notre Mission !

    Siam

    Pour tous les établissements dinstruction tenus par les Frères de Saint-Gabriel et les Religieuses de Saint-Paul de Chartres, lannée scolaire sest close à Bangkok entre le 15 et le 25 décembre. Toutes ces écoles ont continué de prospérer lan dernier grâce au dévouement des maîtresses, grâce surtout à Dieu, qui bénit visiblement les travaux de ses dévoués serviteurs au Siam. Le Collège de lAssomption, pour ne parler que dun seul, qui ne comptait pas plus de 33 élèves le jour de sa fondation, vieille de quarante ans environ, enregistrait en décembre 1923 son 7022e élève. Pas moins de 1909 enfants fréquentèrent les classes, dont 378 nouveaux de lannée. Espérons que 1924 ne se terminera pas sur de moins beaux succès scolaires. La Mission du Siam tout entière reconnaît lheureuse influence de ces écoles et elle sait que delles dépend en partie son avenir. Luvre pédagogique nest encore quà ses débuts au Siam ; il faut donc concentrer à lheure actuelle les efforts de tous sur cette uvre et surtout implanter de plus en plus Dieu, le Maître réel de ces jeunes âmes qui séveillent à la science profane et religieuse.

    Deux de nos confrères ont quitté momentanément la Mission pour aller reprendre au pays natal de nouvelles forces. Le P. Chanelière, très fatigué, sest embarqué à Penang le 18 janvier. Le P. Chorin a quitté Siam le 22 février en route pour France, tout en visitant sur son passage les postes principaux de la Mission de Malacca.

    Malacca

    Parmi les Chinois nés en Malaisie, il en est un bon nombre qui ne verront jamais la Chine. Dautres tiendront à pouvoir dire quils sont allés au moins une fois à Canton ou à Swatow.

    Mais, à côté de ces visiteurs occasionnels, il y a toujours beaucoup de Chinois de Chine qui font la navette entre la Presquîle de Malacca et les provinces méridionales de Chine doù la plupart sont venus et où ils retournent périodiquement.

    Chaque année, des statistiques officielles nous donnent les chiffres de ces arrivées, et de ces départs. Voici celles des années 1922 et 1923. En 1922, il y eut 132.886 arrivées et 96.869 départs. En 1923, 159.019 arrivées et 78.121 départs. Doù il ressort que, lannée dernière, il y eut tout à la fois beaucoup plus de Chinois qui vinrent ici et beaucoup moins qui retournèrent en Chine que lannée précédente : soit une augmentation de plus de 26.000 pour les arrivées et une diminution de près de 9.000 pour les retours.

    Cette différence notoire, qui nous est révélée par les statistiques, nest évidemment pas fortuite. Elle est le contre-coup de létat danarchie qui désole particulièrement le sud de la Chine.

    Ce nest pas que tout soit parfait par ici, Ainsi, pendant lannée dernière, les vols, les brigandages et les, assassinats se sont tellement multipliés, dans la ville même de Singapore, que le gouvernement a dû faire de nouvelles ordonnances de police très rigoureuses pour endiguer le flot montant du désordre. Malgré cela, les Chinois se rendent bien compte quils sont beaucoup plus en sûreté ici que dans leur propre pays.

    Birmanie Méridionale

    Le 8 janvier, le P. Emile Foulquier, entouré de 12 prêtres, a célébré ses noces dargent. Quoique de nomination récente dans le beau poste de Maryland, il a su sy faire déjà aimer, et les Carians ont fait grandement les choses. Du reste, ce peu de temps leur a donné loccasion dapprécier leur nouveau curé. Sans bruit, en effet, notre cher jubilaire a déjà fait un travail considérable. Beaucoup reste à faire, mais le passé est garant de lavenir.

    En revenant du jubilé du P. Foulquier, le P. Ravoire traversait en petite barque la rivière dHenzada. Cétait en plein midi ; il avait gardé sa grosse soutane noire et navait que son chapeau de soleil pour le préserver. Comment cela se fit-il ? Nul ne peut le dire. En tout cas, notre confrère sévanouit. Assis à larrière de la barque, il tomba à la renverse dans la rivière. La sensation de fraîcheur le fit revenir à lui juste à point pour sapercevoir quil était bel et bien en train de se noyer. Heureusement quil ne perdit pas la tête et quil était bon nageur : il regagna sa barque tant bien que mal et en fut quitte pour un bain. Un autre y eût peut-être perdu la vie.

    Le 23, ce rescapé de la noyade avait le bonheur de faire bénir une nouvelle église. Mgr Perroy et 12 confrères étaient présents. Belle et joyeuse cérémonie. Léglise, tout en briques, avec de grandes fenêtres, est un bel édifice et répond aux besoins du poste. Elle na pas encore de clocher : ce nest pas essentiel. Félicitons de tout cur notre confrère davoir réussi, dans les temps difficiles que nous traversons, à ériger cette belle église.

    Au début du mois, est arrivé le P. Paquet, premier Canadien des M.-E. Nous lui avons fait fête. Hélas ! Il nétait pas pour notre Mission ; néanmoins la joie a été grande. Quand on connaît le Canada avec sa foi intense, ses familles nombreuses, ses séminaires et maisons religieuses regorgeant de vocations, on ne peut que demander à Dieu que le P. Paquet soit le premier dune longue série de missionnaires Canadiens-français dans notre chère Société.

    Birmanie Septentrionale

    Mgr Foulquier vient de terminer sa tournée pastorale en pays katchin et sham. Parti de. Mandalay le 9 décembre, il y rentrait le 15 janvier, heureux des progrès que de visu il avait partout constatés. Les montagnes sébranlent, la plaine est en marche vers notre sainte religion.

    Chez le P. Juéry, à Lamaibang, un millier de Katchins exactement 1009, dont 500 chrétiens ou catéchumènes, se trouvaient réunis pour recevoir S. G. Par écrit, les païens lui demandèrent des Djaous, des prêtres. Ils veulent des écoles, nous donnent leurs enfants et les laissent complètement libres de se faire chrétiens. Eux, ils lavouent ingénument, sont par trop... endurcis pour changer leur genre de vie. Lun deux pourtant, gros bonnet dun village païen important, demanda que Monseigneur allât lui-même enlever les Nats de sa maison ; et les Nats disparurent, et la maison fut bénite, et la famille mise au nombre des catéchumènes. Deux jours après, un autre demandait et obtenait la même faveur. Une brèche est donc faite dans ce gros village, qui, espérons-le, ira sélargissant et fera tomber une autre citadelle du diable. De belles fêtes religieuses attirèrent vivement lattention de ces rudes montagnards.

    A Kuhtong, chez le P. Gilhodes, au sommet de la montagne, à près de 4000 pieds daltitude, Monseigneur, faute despace dans la chapelle pour contenir une foule nombreuse accourue dun peu partout, fut obligé de dire la Messe de Minuit en plein air : scène pittoresque et touchante, qui dut profondément émouvoir le cur de lEnfant-Dieu. Les bergers de la première Noël devaient en bien des points ressembler à ces frustes Katchins, venus, deux mille ans après, offrir leurs humbles hommages, au Roi des curs simples et droits. Là encore, on constates de bonnes dispositions, qui présagent bien de lavenir.

    Même bonne volonté chez les Shans de la plaine. A Nanhlaing notamment, sa résidence ordinaire, le P. Roche les a déjà formés à une vie de foi vraiment remarquable pour de nouveaux convertis. Les offices du dimanche sont bien suivis, et nombreuse sont les communions quotidiennes de dévotion. Pour laider dans ses travaux et pousser de lavant lévangélisation des Shans dans ce coin de la Mission, Monseigneur vient de lui adjoindre le solide et énergique P. Paquet tout frais débarqué du Canada.

    Pondichéry

    Chaque mois arrive le cher Bulletin. Il est le bienvenu, certes. Mais, depuis deux ou trois mois, son arrivée est pour nous, missionnaires de Pondichéry, une déception : rien, absolument rien sur notre Mission. A qui la faute ? Est-ce au correspondant officiel, qui serait devenu muet ? Est-ce à Anastasie, qui de ses cruels ciseaux retranche tout et ne retient rien ? Mystère. Cest à se demander vraiment si la Mission de Pondichéry est encore dans le catalogue des Missions confiées à notre Société. Ny aurait-il donc rien dintéressant à signaler chez nous, sous le fallacieux prétexte que les peuples heureux nont pas dhistoire? Et le correspondant officiel, et Dame Anastasie, nous rangeraient-ils dans la catégorie idéale de ces heureux mortels ? Grande erreur ! Dabord le bonheur nhabite pas notre pauvre planète. En tout cas, pour lhabiter il naurait pas choisi, et sil leût fait, il se serait lourdement trompé, la Péninsule indienne, en effervescence de home rule ou de swaraj, comme on dit ici ; ravagée dune part par des inondations, auxquelles sajoutent les horreurs dun cyclone, comme à Vizagapatam en novembre 1923 ; éprouvée, dautre part, par une horrible sécheresse qui désole à lheure actuelle toute la partie Ouest de notre Mission, les districts civils de Salem et du North-Arcot, sans compter les autres.

    Ne serait-il pas intéressant pour les lecteurs du Bulletin de savoir que, du 9 au 15 janvier, 60 missionnaires réunis à lArchevêché ont pris part, cor unum et anima una, à la retraite annuelle, prêchée par le R. P. Sabatte, S. J.? que le P. Gayet, Supérieur du Grand-Séminaire, atteint dune paralysie des nerfs de lil, est pour le moment incapable de tout travail et obligé, à son corps défendant, à un long, peut-être très long repos ? quun de nos vénérables doyens, le bon P. Bayol, criblé dinfirmités, lumbago, rhumatisme chronique, volant et incurable, atteint de cécité, presque totale, a failli sincendier plusieurs fois déjà en voulant allumer son cigare ? que, notre vénéré Archevêque, après avoir donné, le 11 février, le saint habit à 4 postulantes du Carmel, est parti jusquà Pâques en tournée pastorale dans la région famélique du Nord de la Mission ? que... Que sais-je encore ? Je marrête là pour aujourdhui, pauvre de moi, qui nai reçu de personne la plus petite mission denvoyer ma prose au Bulletin, Quelle audace ! Peut-être récidiverai-je, si le correspondant officiel nen prend pas ombrage et si la, Direction, faisant bon accueil à ces quelques lignes, leur donne une petite place dans le prochain numéro. Ce sera pour nous presque une résurrection et un encouragement à recommencer.

    Hongkong

    Une cruelle épreuve vint de frapper la Mission catholique de Hongkong : S. G. Mgr Pozzoni a rendu son âme à Dieu le 20 février. Né à Paderno dAdda, au diocèse de Milan, le 22 décembre 1861, il entra au Séminaire des Missions Etrangères de Milan et, ordonné prêtre en 1885, il arriva à Hongkong à la fin de cette même année. Après 20 années dun laborieux ministère apostolique dans la partie continentale de la colonie, il fut appelé à succéder, comme Vicaire Apostolique, à Mgr Piazzoli, et, pendant ses 18 ans dépiscopat, il sappliqua avec un zèle infatigable à développer les uvres dévangélisation, dinstruction et de charité. Sa bonté, son affabilité lui conciliait la respectueuse affection de tous ceux qui lapprochaient. Aussi sa mort a été comme un deuil public et ses funérailles, présidées par Mgr lEvêque de Macao, une manifestation éclatante de la vénération quavait su inspirer à tous le regretté défunt.

    Les établissements des M.-E. à Hongkong nont jamais eu quà se louer de la paternelle bienveillance du Vicaire Apostolique, et nos confrères ressentent vivement la perte quils ont faite. De tout cur ils unissent leurs prières à celles des Pères de la Mission Italienne, à qui ils offrent leurs plus sympathiques condoléances.

    Cest le R. P. Spada, curé de la paroisse du Saint-Rosaire à Kowloon et provicaire de Mgr Pozzoni, qui devient Supérieur de la Mission.

    Avis de la Procure

    Pour éviter tout retard dans le règlement des avaries ou pertes qui peuvent survenir dans le transit des colis destinés aux Confrères ou aux Missions, les procureurs de chaque Mission sont priés denvoyer toutes les réclamations des intéressés, avec documents à lappui, directement à la Procure de Hongkong qui fera le nécessaire pour que les pertes soient indemnisées.

    Les documents requis à cet effet sont :

    1o La police dassurance
    2o Le constat davarie établi par le procureur ou lintéressé
    3o La facture du fournisseur ou de lexpéditeur.

    Il arrive quelquefois que la Procure de Marseille reçoit des colis sans autre avis quun simple petit mot de lexpéditeur, et donc sans facture, ce qui, dans certains cas, ne permet pas de faire assurer les colis. Le destinataire, en cas davarie, doit alors supporter toute la perte, sans quil y ait de sa faute ni de celle des Procureurs. Pour obvier à cet inconvénient, les Confrères sont donc priés davertir les fournisseurs, expéditeurs, parents ou amis, de vouloir bien toujours prévenir la Procure de Marseille pour tout colis mis en route et de ne pas omettre de lui faire parvenir le double de la facture ou, tout au moins, dindiquer la valeur exacte de la marchandise expédiée.

    Rome

    Notre Procureur Général ayant fait de nouvelles démarches au sujet de la durée des pouvoirs de bénédiction, les confrères qui auraient reçu, depuis le 5 décembre 1922, les facultés de bénir et indulgencier les croix, médailles, chapelets ; dagréger les fidèles aux confréries approuvées par le St-Siège (à lexception du Rosaire), de bénir les scapulaires et dattacher aux crucifix les Indulgences du Chemin de la Croix, sont informés que ces facultés sont prorogées pour un an, à partir du 1er janvier 1924. Les confrères qui nauraient pas ces pouvoirs et seraient désireux de les recevoir sont priés dadresser leur demande à M. Chambon, Secrétaire de Monseigneur le Supérieur.

    A quelque époque de lannée quelles soient accordées, ces facultés seront données à partir du 1er janvier jusquau 31 décembre.

    Séminaire de Paris

    Le dimanche 16 décembre, à St-Ambroise, et le jour de Noë1 à la Trinité, Monseigneur a célébré la messe pontificale et parlé en faveur des Missions. A la messe de 11 heures, le P. Gérard dans la même église de la Trinité et le P. Chambon à St-Georges prêchaient également pour les Missions.

    La paroisse St. François-Xavier a célébré, le troisième dimanche de lAvent, la solennité de son saint Patron. Comme les années précédentes, la communauté a été invitée à exécuter les chants et à prendre part aux cérémonies, présidées par Mgr Chaptal, auxiliaire de Paris.

    Le samedi 22, Monseigneur le Supérieur a conféré les saints Ordres à 2 prêtres, 4 diacres, 2 sous-diacres, 12 minorés, 1 tonsuré. Le même jour, à Bayonne, Mgr Gieure ordonnait prêtre un de nos aspirants étudiant à Rome, son diocésain.

    Les fêtes de Noël se sont déroulées comme de coutume, malgré quelques cas de grippe assez bénigne parmi nos aspirants. Lun deux est hospitalisé à St-Joseph pour soigner un ulcère à la jambe.

    M. Outrey, député de Cochinchine, est reparti pour lExtrême Orient le 28 décembre, après une nouvelle démarche faite auprès du Ministre des Colonies en compagnie de Monseigneur le Supérieur. Il y a lieu despérer un bon résultat après entrevue de M. Outrey avec le Gouverneur de lIndochine...

    Le 27 décembre, la nouvelle Nonciature (10, Avenue du Président Wilson), la plus belle Nonciature du monde, a été inaugurée par un déjeuner où Son Exc. Je Nonce avait invité avec S. E. le Cardinal Archevêque, NN. SS. Leroy, de Guébriant, Roland-Gosselin, Baudrillart, Chaptal, et MM. Verdier et Garriguet.

    La veille du nouvel an, M. Boulanger a présenté à Monseigneur le Supérieur les vux de la famille de Paris et, après la prière du soir, selon la coutume, les aspirants se sont joyeusement donné laccolade fraternelle dans le couloir qui nous est si bien connu.

    A la grandmesse qui ouvrit à St Etienne-du-Mont la neuvaine à sainte Geneviève, le 3 janvier, Monseigneur présidait et le P. Kuhn O. P. faisait le panégyrique de la sainte. Cest aussi ce jour-là que le beau temps, succédant à des pluies prolongées, a sauvé Paris dun désastre.

    Lannée nouvelle apporte une amélioration de santé pour nos malades et presque tous sont sur pied pour la solennité de lEpiphanie. La communauté de Bièvres vient sy associer. La messe pontificale est célébrée par Mgr Chaptal, évêque auxiliaire de Paris.

    Avant le déjeuner, pendant une demi-heure, S. G. entretient les aspirants réunis à la SalIe des Exercices sur lunion des Eglises, les obstacles et préjugés à vaincre, les espérances de la Sainte-Eglise, qui travaille à réaliser, non par des discussions subtiles, mais par la charité et la prière, le vu du divin Maître : Sint unum !

    Loctroi dun jour de congé supplémentaire clôture la séance.

    Au déjeuner, Mgr Chaptal et son secrétaire labbé Quénet, M. Verdier sup. de St-Lazare ; Mgr Boucher, président de luvre Apostolique ; M. Lebon, procureur des Marianistes ; M. Péret, curé de St-François-Xavier, le docteur Hallé.

    Le 7, messe de luvre des Partants à la crypte. Le P. Cubizolles, provicaire de Mandchourie Sept1e a entretenu lassistance des uvres de sa Mission.

    La Marquise de Semallé, une des fondatrices et en son temps présidente de luvre des Partants, à laquelle elle a gardé jusquà la fin un profond attachement, est morte à lâge de 94 ans le 10 janvier. A ses obsèques, célébrées à Ste-Clotilde le 13 courant, 4 aspirants et plusieurs membres de lAdministration représentaient le Séminaire. Monseigneur donna labsoute. Chaque membre de la Société doit à cette bienfaitrice insigne un souvenir devant Dieu.

    Le R. P. Rutten, Supérieur général des Missionnaires de Scheut (Belgique), venant à Paris pour affaires, a été notre hôte pendant 24 heures. Mgr Marty, évêque de Montauban, a bien voulu, lui aussi, accepter notre hospitalité.

    La communauté des Dames de St-Maur, si éprouvée au Japon, lest également à Paris, où 4 religieuses, dailleurs très âgées, sont mortes depuis le 1er janvier. Madame la Supérieure générale est elle-même souffrante et forcée de retarder son départ pour le Japon.

    A Saint-Merry, des sermons et des projections sur les missions ont été donnés par les PP. Gérard et Chambon. Le 11, à Nantes, à la Société commerciale de Géographie, conférence sur le Japon et le tremblement de terre du 1er septembre, devant plus de 1.100 personnes.

    Le P. Yates, cessant son enseignement au Collège dAmiens, est entré à lInstitut Pasteur pour un examen à fond de son état de santé.

    1924/172-194
    172-194
    Anonyme
    France et Asie
    1924
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