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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 3 novembre. La retraite des missionnaires devait commencer le 6 octobre, elle a dû être retardée; elle eut lieu du 13 au 17. Tous les missionnaires et les prêtres japonais ont pu y prendre part, et goûter la parole substantielle et vraiment apostolique de l’éminent prédicateur, S. E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    3 novembre.

    La retraite des missionnaires devait commencer le 6 octobre, elle a dû être retardée; elle eut lieu du 13 au 17. Tous les missionnaires et les prêtres japonais ont pu y prendre part, et goûter la parole substantielle et vraiment apostolique de l’éminent prédicateur, S. E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique.

    Le 15 octobre, jour de fête japonaise, ayant été fixé pour l’inauguration du Séminaire régional de Tôkyô, les retraitants se sont transportés à Musashi-Seki pour prendre part à la cérémonie et continuer leur retraite dans l’atmosphère vivifiante de la nouvelle pépinière sacerdotale.

    Un autel avait été élevé au fond du préau magnifiquement décoré, qui s’ouvre au fond de la grande cour. A 10 heures, lorsque commença la messe pontificale, huit cents personnes étaient déjà réunies, soit sous le préau, soit dans la cour, malgré les longues distances que la plupart avaient dû franchir. L’administration du Séminaire s’était d’ailleurs généreusement employée à faciliter les transports, comme à pourvoir, au moyen de boutiques improvisées, à l’alimentation, in deserto, des pèlerins, ne forte deficiant in via. Le temps, légèrement pluvieux le matin, s’était complètement remis pour faire placé à ce ciel admirablement pur, éclairé par un doux soleil d’automne, que les Japonais se plaisent à appeler Nipponbare (caractères chinois). Toute la solennité d’une messe pontificale, célébrée par S. G. Mgr Chambon, se déroula majestueusement avec le cortège de diacre et sous-diacre, prêtre-assistant et diacres d’honneur ; Son Excellence Mgr Giardini assistait au trône, ayant près de lui Leurs Grandeurs Mgr Rey, ancien archevêque de Tôkyô et Mgr Kinold, l’évêque récemment consacré de Sapporo. Le chœur du Séminaire chanta la messe en grégorien d’une manière impeccable. Après l’évangile, Mgr l’archevêque de Tôkyô adressa à la foule des fidèles un sermon de circonstance, où après avoir rappelé les efforts continus faits dès le début par la Mission pour créer et développer l’œuvre des Séminaires, il montra la nécessité du prêtre catholique pour assurer à la civilisation du pays ses véritables bases : la vérité et la morale qui viennent de Dieu. A l’issue de la cérémonie, le Supérieur du Séminaire, le P. Candau, remercia l’assistance et mit en lumière le but primordial poursuivi par les séminaristes : se former pour le service des âmes et pouvoir répandre un jour dans leur patrie le feu de l’amour divin que N. S. veut y voir s’allumer. La cérémonie se clôtura par le défilé du clergé aux accents de la marche pontificale : Viva Pio, chantée par la chorale.

    La foule se répandit ensuite à travers les corridors du Séminaire pour visiter les diverses salles ; et de nombreux groupes restèrent à faire pique-nique dans la propriété boisée. Aux environs de midi, les principaux invités, au nombre d’une soixantaine, comprenant Leurs Grandeurs, les missionnaires, les représentants des établissements catholiques scolaires, deux professeurs catholiques de l’Université, le corps professoral du Séminaire, l’entrepreneur, etc. prirent place à un lunch servi par un restaurant de Tôkyô, dans la salle des exercices. Un Français de Yokohama avait même offert le champagne ; bien qu’il fût excellent, il ne pétilla pas plus et ne fut pas plus goûté que les toasts divers qui se succédèrent : le P. Candau prenant d’abord la parole, puis S. E. Mgr Giardini, Mgr Kinold, et Mgr Chambon. L’intervalle, qui séparait la fin du dîner du Salut, fut en grande partie comblé par le discours de l’entrepreneur japonais, racontant les longues péripéties qui l’avaient amené au catéchuménat.

    Le Salut eut lieu à 3 h. ½ , donné par S. G. Mgr Chambon. Après le Salut, les missionnaires se réunirent à la chapelle du Séminaire pour entendre l’exhortation que leur fit S. G. Mgr Giardini de renouveler en eux la grâce de leur sacerdoce. Ce fut le bouquet spirituel de cette belle journée. Avant le départ, Mgr l’Archevêque de Tôkyô bénit les diverses salles du Séminaire.

    Au moment d’envoyer la présente chronique, nous apprenons la mort du Père Raguet, de la Mission de Nagasaki, survenue à l’hôpital Sainte-Marie, à Omori, où le Père s’était retiré et où il était soigné par les Sœurs japonaises de la Visitation. Il y travaillait à la revision de son Grand Dictionnaire français-japonais, dont il préparait une nouvelle édition. Depuis l’été, ses forces déclinaient sensiblement ; il y a trois semaines, une chute, qu’il avait faite dans sa chambre, avait fait juger prudent de lui administrer l’Extrême-Onction. Le samedi soir, 2 novembre, son état empira soudainement ; le P. Breton lui donna l’Indulgence plénière de la bonne mort, il la reçut en pleine connaissance ; puis il entra en agonie et expira le 3 novembre, quelques minutes après l’Angelus de midi. Ses obsèques doivent avoir lieu à la cathédrale de Sekiguchi, le mardi 5, à 10 heures du matin.

    Nous aurons l’occasion, dans notre prochaine chronique, de reparler du regretté missionnaire, qui pendant cinquante ans, a donné l’exemple d’un travailleur infatigable, et qui aurait pu se rendre le témoignage que se rendait saint Paul : abundantius omnibus laboravi …..


    Fukuoka
    4 novembre

    La retraite a eu lieu du 21 au 26 octobre. Pour nous la prêcher nous eûmes un “ Père prédicateur ” de chez nous, et, au nombre des résultats et fruits de cette retraite, on peut mettre chez tous un vif désir d’avoir chaque année un prédicateur de cette qualité. Le “Père” dont il est ici question n’était autre que S. G. Mgr l’Archevêque de Tôkyô.

    Monseigneur nous rappela de point en point les marques de l’esprit apostolique, tout particulièrement de l’esprit apostolique qui est celui de la Société des Missions-Etrangères. L’éminent prédicateur nous montra que cet esprit est un esprit d’initiative disciplinée. Sa Grandeur ne craignit pas de nous mettre en garde contre un certain mal appelé mauvais esprit. Si ce mal venait à se glisser dans une Mission, il pourrait y produire des effets diamétralement opposés aux effets de cette charité intense, prévenante, accueillante, infatigable, qui est heureusement de tradition aux Missions-Etrangères.

    Merci donc à Mgr Chambon d’être venu. Merci également à notre Evêque d’avoir pu le décider à venir malgré ses nombreuses occupations.

    Le P. Lemarié a fait, à son retour de la retraite, un enterrement qui mérite d’être signalé. Le défunt était très considéré dans son village païen. Onze catholiques assistaient aux funérailles, mais 200 païens étaient présents, parmi lesquels 2 bonzes et un kannushi, tous trois en grande tenue. Le Père fit un petit sermon de circonstance sur la divinité de la religion catholique, le catéchiste lui succéda et parla sur le culte des morts, puis le kannushi sur la fidélité avec laquelle le défunt avait pratiqué sa foi catholique jusqu’à la mort.

    Dimanche 3 novembre, une dépêche nous annonçait la mort de notre cher doyen. Depuis 1928, le Père Raguet était à Omori, près du Père, Breton ; il y continuait la préparation de la seconde édition de son Dictionnaire, tout en recevant les soins que réclamaient son âge et ses infirmités. Car le cher Père, travailleur infatigable, n’a jamais voulu se reposer, ni se contenter de ses 52 années de labeurs et de courses apostoliques. Puisse-t-il, là-haut, continuer à travailler pour ce Japon et sa Mission qu’il aimait tant, et par ses prières lui procurer de nombreux ouvriers de sa trempe et de son zèle.

    Le 3 novembre, Monseigneur donnait la Confirmation à Shindenbaru. Autour de la Trappe de la Ste-Famille se forme petit à petit un village chrétien composé de cultivateurs venus des îles qui ne suffisaient plus à les nourrir. Ils sont déjà près de 200. La petite chapelle de 12 nattes, qu’ils fréquentent, ne suffit déjà plus à les abriter. Le beau temps permit à une bonne moitié d’assister du dehors à la cérémonie, la première dans cette chapelle....

    Le 15 octobre, s’éteignait à Nagasaki, la Rév. Mère St Elie, Provinciale des Sœurs du St Enfant-Jésus de Chauffailles ( Autun ), à l’âge de 80 ans, dont 52 passés au Japon.

    La Congrégation avait été appelée par Mgr Petit jean.

    Arrivée au Japon le 9 juillet 1877, Mère St Elie passa 3 ans à Kobé, puis vint à Nagasaki. Elle fut la première maîtresse des novices au Noviciat fondé en 1885. Depuis ce temps, 68 jeunes filles ont été admises à la vêture. Actuellement la Congrégation compte 20 professes et 16 novices japonaises en plus des 24 professes européennes.

    Mère St Elie était depuis 1901 la Supérieure provinciale de la Congrégation. Celle-ci possède au Japon 7 maisons, 4 lycées, 3 écoles professionnelles, avec orphelinats, salles d’asile, dispensaires. La huitième maison est à la veille de s’ouvrir. Imitatrice, peut-être trop à la lettre du Divin Enfant dans sa vie privée, elle passa sa vie connue de Dieu seul, donnant à toutes ses Sœurs un bel exemple de vie cachée en Dieu et de dévouement à tous.


    Taikou
    8 novembre

    De bonnes nouvelles nous sont parvenues de France intéressant la santé de Mgr Demange. Sa Grandeur, maintenant parfaitement rétablie, ne se trouve retenue en France que par la proximité de l’Assemblée générale. Sa Grandeur nous a Elle-même annoncé, par contre, un événement malheureux : notre nouveau confrère, le Père Richard, a dû subir une opération qui l’oblige à retarder son embarquement de plusieurs mois.

    La grande préoccupation, préoccupation malheureusement générale dans la Mission, est la mauvaise récolte du riz. De belles apparences avaient laissé croire que, malgré une sécheresse prolongée au moment du repiquage, la récolte ne serait pas trop déficitaire. Le froid venu trop vite et les insectes ont fait tomber ces espérances. C’est, comme l’an dernier, la famine en perspective pour les pauvres, les méfaits de toutes sortes par les vagabonds, et les inquiétudes nombreuses pour ceux qui ont quelque chose, assaillis qu’ils sont par les malheureux et les affamés. Avec tout son cortège de misères, la famine est un ennemi des plus à craindre pour le Missionnaire : l’un de ses plus funestes effets est de pousser les chrétiens à s’exiler au Japon, d’où ils reviennent toujours moins bons.


    Kirin
    10 novembre.

    Pendant le mois d’octobre, Mgr Gaspais a commencé ses tournées pastorales. Elles se continueront tout l’hiver. Ce sont les districts de la partie du nord et de l’est qui recevront, cette année, les grâces de la visite pastorale. Déjà Sa Grandeur est passée dans l’importante chrétienté de Saint-Joseph de T’ong-K’en. Elle y a administré la Confirmation à plus de 800 fidèles.

    La guerre sino-russe, dont les opérations militaires se passent hors du territoire de la Mission, ne nuit en aucune façon à l’administration des chrétientés.


    Chengtu
    26 octobre.

    Dans les statistiques qui ont été publiées lors de l’érection des trois nouvelles Missions confiées au clergé indigène dans le Sze chwan, on n’attribue que 12 sous-préfectures au nouveau vicariat apostolique de Shungking. En réalité il y en a treize. Voici d’où vient cette différence dans la manière de compter : pour délimiter le territoire de la nouvelle Mission, on s’est servi de la carte que le P. Roux avait levée en 1908-1910. Cette carte ne compte, en effet, que 12 sous-préfectures dans la partie détachée. Or, après la révolution de 1911, on érigea en sous-préfecture indépendante la ville de Tungnan, qui se trouve comprise sur le territoire de la nouvelle Mission. Le vicariat de Shungking compte donc treize sous-préfectures et non douze.

    Depuis plusieurs mois, dans notre vicariat apostolique, missionnaires et prêtres indigènes travaillent beaucoup à réunir les éléments nécessaires pour organiser l’“Association de la Jeunesse Catholique” et l’“Action Catholique”; mais la dispersion de nos chrétiens en de nombreuses stations et leur éloignement de la résidence du missionnaire n’ont pas permis, jusqu’à ce jour, d’arriver à un résultat appréciable. Voici ce que le curé de Chungkingchow écrit à ce sujet. Ces quelques lignes montrent clairement les difficultés rencontrées :

    “J’ai dans mon district 1700 chrétiens, écrit notre confrère. Ils sont répartis en 18 stations. Les 8/10 cultivent la terre. Ardents au travail, ils sont, dans l’ensemble, bons chrétiens ; cependant, bien peu m’ont compris quand je les ai entretenus de ce su jet vital qu’est l’Action Catholique. Reste la station centrale, celle de la résidence. Elle compte 300 chrétiens. Retranchez de ce nombre une quarantaine de vieilles filles et autant de vieux et de vieilles qui attendent paisiblement la mort en égrenant leurs chapelets, il ne reste plus que 150 à 200 chrétiens, petits bourgeois ou commerçants. Vingt à trente jeunes gens, auxquels j’ai distribué les statuts de l’Association de la Jeunesse Catholique, pourront former un premier noyau, à condition toutefois que je puisse arriver à leur communiquer le “feu sacré”.

    “Pour l’Action Catholique j’ai essayé de me servir des éléments qui se trouvaient déjà. groupés par une ancienne Société nommée Jen gai houi ; mais, il faut bien l’avouer, les rivalités de familles et de clans m’ont empêché d’aller de l’avant,

    “Qui va piano va sano, qui va sano va longo, disent nos bons amis les Italiens; Tch’ang sé pou mang, mang sé pou tch’ang, répondent comme un écho nos amis les Chinois.

    “Aujourd’hui comme hier, faisons notre devoir en toute simplicité de cœur, en toute confiance dans la divine Providence, et, si le succès vient couronner nos efforts, nous pourrons dire avec le célèbre médecin Ambroise Paré : Je le pansay, Dieu le guarist.


    Chungking
    25 octobre.

    Le 28 septembre, en l’église du Lan ki men, Monseigneur procédait à la bénédiction d’une très belle image de saint Michel, patron titulaire de l’église. Aux fidèles de la chrétienté, qui se trouvaient tous réunis au grand complet, étaient venus se joindre les prêtres de la ville ; de ce fait la cérémonie se trouva revêtir un charmant caractère de solennité. Le bon P. J. Tchang, curé de la paroisse, était tout à la joie.

    Le 3 octobre, pour la première fois, Kiangpee célébrait la fête de sa patronne, sainte Thérèse de Lisieux, dans le sanctuaire qui lui fut dédié le 22 janvier de cette année. Afin de donner à cette fête une solennité plus grande, comme aussi dans le dessein d’accroître la ferveur des pèlerins et de leur donner toutes facilités pour l’accomplissement de leurs dévotions, le Père Caron, curé de la paroisse, avait sollicité de Monseigneur l’autorisation de célébrer un triduum, autorisation que Sa Grandeur avait accordée très volontiers. A ce Triduum ont pris part les quatre paroisses de la ville de Chungking.

    Le mardi, premier jour du Triduum, les fidèles de la paroisse du Jo se tang et ceux de la paroisse du Tse mou tang accomplissaient leur pèlerinage. Le P. J.-B. Tchang, curé de l’église St Joseph, célébra ce jour-là la messe du pèlerinage, donna le sermon et clôtura les cérémonies de cette journée par le Salut du Saint-Sacrement.

    Le lendemain, aux pieds de sainte Thérèse se présentaient les pèlerins de la paroisse de la cathédrale et ceux de la paroisse de Lan ki men. Le P. Cacauld Casimir fut l’officiant de cette seconde journée.

    Le jour même de la fête, qui était aussi le jour de la clôture du Triduum, Monseigneur vint célébrer pontificalement. Sa Grandeur était entourée de tout son clergé de Chungking et des prêtres des environs. Les chants, du pur grégorien, furent exécutés par les élèves du Grand Séminaire, ils le furent avec cette perfection que chacun aime à retrouver toujours chez nos grands séminaristes.

    Le dimanche 13 octobre, Monseigneur s’embarquait pour Itchang. Sa Grandeur allait assister aux funérailles de Mgr Trudon Jans et de ses compagnons. La région de Patong, où avait eu lieu le massacre du 9 septembre, étant demeurée aux mains des communistes, les cercueils des victimes n’avaient pu être transportés à Itchang ; ce transfert eut lieu le samedi 12 octobre. Les cercueils furent portés en la ville de Patong, et la canonnière française Lagrandière vint les prendre là pour les conduire à Itchang.

    Le P. Lombard, descendu d’urgence à Itchang, y fut opéré aussitôt d’une hernie étranglée. L’opération, faite par le Dr André, de l’Alerte, a eu lieu dans d’excellentes conditions. Depuis lors, les nouvelles reçues sur l’état de notre cher malade continuent à être rassurantes.

    Le P. Blanchard s’est embarqué le samedi 19 octobre pour se rendre à Itchang et de là à Shanghai ; sa santé étant loin de s’améliorer, il va consulter les sommités médicales et prendre un peu de repos.

    Suifu
    29 octobre.

    A Suifu, la fête nationale, plus connue sous le nom de “double dix”, a passé, cette année, d’une manière assez inaperçue : un drapeau à la sous-préfecture, un arc de triomphe à la porte de la caserne, ce fut tout. Du reste, les rues de la ville se prêteraient difficilement à des processions, à des cortèges, à des défilés de manifestants, on travaille actuellement à les élargir et, en attendant que ce travail soit terminé, elles sont encombrées par des monceaux de terre et des tas de pierres.

    Le P. Le Roux, atteint d’une grave maladie de l’estomac, avait été dans la nécessité de garder le lit pendant deux semaines et plus ; à certains moments, l’état de notre cher confrère fut tel qu’il donna des inquiétudes à son entourage et que l’on jugea prudent de lui administrer les derniers sacrements. Aujourd’hui, bien que la guérison ne soit pas complète, le malade se trouve hors de danger.


    Ningyuanfu
    30 septembre.

    Le 4 septembre à 10 heures du soir, une fusillade des plus nourries éclatait en plein centre de la ville ; elle ne se terminait que le lendemain, à quatre heures du matin. Nous sûmes bientôt la raison de ce combat nocturne. Le colonel Tsiang, voulant absolument envers et contre tous devenir chef militaire du pays, s’était ménagé des accointances avec les dissidents du Yunnan ; ceux-ci, réfugiés à Houi li tchéou, annonçaient comme imminente leur arrivée à Ningyuanfu.

    Notre général, le colonel Ten ainsi que les autorités du pays crurent bon de prendre les devants. Le moyen le meilleur était pour eux de faire disparaître le colonel, fauteur de la révolte. Celui-ci avait déjà tout préparé. Il devait faire son coup de main le 5 septembre, à l’aurore. Sous le prétexte d’une réunion de conseil de guerre, le colonel Tsiang fut convoqué chez le colonel Ten. Il s’y rendit. A peine y était-il arrivé depuis quelques minutes que sa tête roulait à terre. C’est alors que les soldats, alertés de part et d’autre, avaient essayé de s’entretuer. La fusillade avait duré toute la nuit. En somme il y eut plus de bruit que de mal, puisque deux morts seulement restèrent sur le carreau. La. loi martiale fut aussitôt proclamée. Elle n’empêcha pas le peuple de se ruer sur les grandes habitations du colonel qui venait d’être décapité ; à midi il ne restait plus rien de sa splendide demeure. Ses soldats avaient pris la fuite dans la direction du Ien uen hien ; ceux de Ningyuanfu se mirent à leur poursuite afin de les désarmer. Pendant ce temps, les chefs de la garde nationale avec tous leurs hommes et quelques Lolos prenaient la direction de Te tchang, pour s’opposer à l’avance des Yunnanais.

    Ces jours-ci on dit que ces derniers ont quitté Houi li, se dirigeant vers l’ouest, et que les soldats du colonel Tsiang ont fait leur soumission après s’être réfugiés à Oui tchen

    Le P. Burnichon est arrivé à Yunnanfu le 1er septembre, après avoir fait un voyage excellent. Le docteur, consulté par lui, a conseillé un séjour d’un mois ou deux dans un pays de moindre altitude. Le 5 septembre le Père partait pour Hanoi, se rendant à la clinique Saint Paul.

    Des soldats, venus de Kia tin au nombre d’un millier, ont donné dernièrement la chasse à de nombreux brigands qui opéraient dans les environs de Houang mou tchang. La répression est des plus sévères, et les soldats massacrent sans pitié les gens du pays qui ont tant soit peu été de connivence avec les brigands.


    Tatsienlu
    30 septembre.

    Les nouvelles reçues du P. Charrier nous font penser que le symbolique rameau d’olivier a décidément beaucoup de peine à s’acclimater dans nos régions sino-thibétaines. Parti de Tatsienlu à l’époque de l’Assomption, notre confrère et sa petite caravane passèrent sans encombre le col du “Ta pao chan”, (4.700 m.). On lui avait bien dit que douze brigands l’attendaient sur le sommet de la montagne, mais il ne vit personne. En arrivant sur l’autre versant, le P. Charrier entendit les premiers échos de la guerre. “Arrivé à Pa chan men, écrit-il, je rencontre des estafettes, elles viennent m’annoncer qu’on se bat. En route, je reçois également deux lettres ; l’une dit “pressez-vous”, l’autre “retournez sur vos pas”. Finalement, je viens me heurter à la porte de la ville. Dans l’affolement général, cette porte a été verrouillée. Après force excuses, on m’ouvre et j’arrive paisiblement au logis”.

    Le P. Charrier nous explique la situation des belligérants ; la voici en résumé. “D’un côté, c’est un chef militaire nommé Tchang (se lín), qui s’est allié au roitelet thibétain d’Ogeu, (Ogeu tóu se). L’autre parti est celui du marché de Mongkong. Ce marché, proie convoitée, est défendu par sa seule garde nationale forte de 400 fusils, mais qui compte appeler à son aide Su tsin, un autre chef de la région de Tsong houa. Une première attaque de Tchang contre la ville a été repoussée. Maintenant on attend la seconde.... “Si on ajoute qu’à Mongkong la récolte fut très mauvaise cette année, on comprendra la conclusion du P. Charrier : “Situation peu brillante et sombre avenir”.

    Pour faire diversion à ces mauvaises nouvelles, nous avons eu la joie de recevoir du P. Ouvrard une longue et intéressante missive. Nous en donnons ici le résumé. Le curé de Tsetchong, (P. Ouvrard), a fait un tour au Loutsékiang. A Bahang, les chrétiens du P. André ont profité de la fête de saint Jean-Baptiste pour montrer à leur ancien pasteur que les Loutses ont la mémoire fidèle. A Tchongteu, le voyageur visita les constructions du P. Genestier. Le 30 juin, bénédiction solennelle du pied-à-terre de Pondang et aussi bénédiction d’une statue de N. D. de Lourdes, patronne du lieu. De retour à Tsetchong, le P. Ouvrard reçut des hôtes inattendus : six bandits yaraouas, tous bien armés, venaient demander à domicile... 100 piastres chacun. Comme il n’y avait pas de commissaire de police dans le voisinage, notre confrère dut parlementer. Finalement, les bandits consentirent à se retirer à raison de 15 piastres. Comme ils allaient continuer ailleurs leurs exploits, quelques braves décidèrent de les exterminer dans une embuscade. Nos six vide-goussets y perdirent leur butin, mais, profitant de la peur des Lissous qui étaient chargés de leur couper la retraite, ils sauvèrent leurs vies.

    Au Séminaire de Tatsienlu, quatre élèves viennent de commencer leurs études de latin. Dans quelques semaines, trois ou quatre de nos “philosophes” prendront la direction de Pinang pour aller là bas poursuivre leurs études théologiques.


    Yunnanfu
    5 novembre.

    Le 10 octobre, fête de la République Chinoise, Sa Grandeur, accompagnée des PP. Ducloux, Guyomart, Michel et Savin, assistait à la cérémonie officielle.

    Du 17 au 25 octobre, sous la direction du P. Savin, membre du “Comité des sinistrés du 11 juillet”, eut lieu à la Mission la distribution de 13 tonnes de riz, pour venir en aide aux victimes de l’explosion. Cette donation est due à la générosité des membres de la Colonie française de Yunnanfu et à celle du Gouvernement du Tonkin.

    Le 31 octobre, arrivée des nouveaux confrères : MM. Burger (Yunnan), Bonnemain (Thibet) et Didier (Kweiyang) ; ces deux derniers se préparent à gagner leurs Missions respectives. Nous espérons que, malgré l’insécurité des routes, ils feront jusqu’au bout un heureux voyage. Quant au P. Berger, dont la santé florissante fait contraste avec celle de quelques confrères plus anciens, nous lui souhaitons de tout cœur un long et fructueux apostolat dans notre chère Mission du Yunnan.

    Le P. Leparoux est descendu jusqu’au Tonkin. Il y va chercher. si possible, quelques secours pour les Sœurs de Kao ty hang, victimes de l’explosion. Nous espérons que ses démarches ne resteront pas infructueuses.

    Le 3 novembre, les confrères présents à Yunnanfu ont offert, en leur nom et au nom de tous les confrères de la Mission, leurs meilleurs vœux de bonne fête à Sa Grandeur Mgr de Gorostarzu. Le lendemain, fête de saint Charles, chacun de nous s’est fait un devoir et un plaisir d’avoir un souvenir spécial au saint Sacrifice de la messe pour notre Evêque vénéré, demandant à Dieu de le conserver encore bien longtemps à notre filiale affection.

    Vers le milieu d’octobre, tous les confrères de Yunnanfu ont payé leur tribut à l’épidémie de grippe qui sévissait alors dans la ville. On dit même que le P. Leparoux, à Hanoi, ne fut pas exempt et qu’il fut atteint du mal dont souffraient ses confrères à Yunnanfu.


    Kweiyang
    15 octobre.

    Le P. Derouineau qui, dans une précédente lettre, nous annonçait son retour, vient de nous avertir que la Faculté le condamne à prolonger son séjour à Chungking afin d’y continuer son traitement pendant une vingtaine de jours encore.

    Notre “nouveau” arrivera à Yunnanfu dans le courant d’octobre. La Mission a dépêché deux courriers à sa rencontre. Quant aux trois Pères allemands, qui sont partis d’Europe il y aura tantôt un an, ils sont encore à Paotsin, dans le Houlan. L’insécurité des routes ne leur permet pas de gagner Tongjen ou Chetsien.

    Tout le pays de l’est se trouve entre les mains des brigands ou des partisans de Ly siao ien. Le P. Darris est bloqué à Tongjen. On en veut à l’argent du Comité de la Famine, argent dont il a la garde. Déjà, sous menace d’être pillé ou d’avoir à subir un traitement pire encore, il a dû abandonner aux chefs la somme de $ 5.000. Maintenant on lui réclame ce qui reste de l’argent et, comme il l’a envoyé ailleurs par lettre de change, il se trouve dans l’impossibilité de satisfaire les exigences de ces maîtres du pays, aussi est-il à craindre qu’il ne lui arrive quelque malheur.

    A Outchouan, Tukiang et Fongtsuen, les Chen pin, (membres de la secte des Illuminés), règnent en maîtres ; ils s’installent partout dans les résidences. Le P. Ankenbrand a même été leur prisonnier l’espace d’une demi journée ; c’était au moment où il venait de prendre possession de son nouveau poste.

    A Chetsien, la situation n’est guère plus brillante. Et qui envoie-t-on pour mettre à la raison ces gens de sac et de corde ?... Des soldats, expédiés de Kweiyang, étaient parvenus jusqu’à Tongjen, ville qui était alors au pouvoir des rebelles. Ils mirent le siège devant la place. Or, un beau jour, les assiégés, à bout de ressources et de munitions, résolurent de faire une sortie et de prendre le large. Tous en chœur ils se précipitent par l’une des portes de la ville. A leur vue, les assiégeants n’ont pas l’ombre d’une hésitation ; sans tirer un coup de fusil, ils tournent le dos aux fuyards et s’enfuyent eux-mêmes comme une volée de moineaux. Ce dénouement imprévu redonne du courage aux premiers qui, de chassés devenus chasseurs, se mettent à la poursuite des réguliers et les poussent jusqu’à Tchen iuen.


    Lanlong
    15 octobre.

    Après la retraite, les confrères ont pu regagner leurs districts sans qu’il leur soit rien arrivé de fâcheux. Le P. Esquirol Joseph a bien fait, à Ta ly chan, la rencontre d’une bande de brigands ; mais ceux-ci ne l’ont pas inquiété, ils l’ont laissé passer avec ses bagages.

    Cependant les routes ne sont pas sûres, et toute caravane de marchands, si elle n’est convoyée par une forte escorte de soldats, court toujours le risque d’être dévalisée. C’est surtout entre Lanlong et Pa lin qu’il y a le plus de danger.

    Accompagné du P. Nénot, le P. Signoret a pu s’installer facilement à Wangmou, ancien district du regretté P. Doutreligne.

    Vers la fin du mois de septembre, Ly siao ien, qui avait été rejeté dans le Yunnan, a essayé de revenir ; il a culbuté et repoussé jusqu’à Hin jen les troupes de Iéou se lin. Mais ces dernières sont parvenues à reprendre le dessus, elles ont poursuivi les partisans de Ly jusqu’à deux étapes, dans l’intérieur du Yunnan. Ly aurait reçu l’ordre de licencier ses troupes et de se rendre à Nankin pour y remplir les fonctions d’officier d’état-major. Quelques-uns de ses partisans auraient fait leur soumission, plusieurs sont indécis, d’autres demeurent résolument en état de rébellion ; ils se livrent au pillage afin de pouvoir vivre.


    Swatow
    19 novembre.

    Malgré l’insécurité des routes, les confrères ont pu venir à la retraite annuelle ; seul le P. Becmeur en a été empêché, séparé qu’il est du monde civilisé par une région infestée de brigands.

    L’armée rouge de Tchou et Mao, dont il a été question dans la dernière chronique, a été forcée par des troupes venues du Kiangsi, de quitter la Préfecture de Tingchow et a pénétré au Kwangtong, dans la Mission de Kaying. Les Pères de Maryknoll, dont les principales stations de Kaying, Tchin-p’in et P’in-yan se trouvaient sur la route que suivaient les Rouges, durent évacuer à la hâte le Séminaire vers une station plus éloignée et se retirer eux-mêmes chez des chrétiens dans les montagnes. Une de leurs stations du P’inyan a été complètement saccagée ; le Père qui s’y trouvait a eu juste le temps de consommer les saintes Espèces et de s’échapper, à l’ombre de son parapluie, en traversant les rangs des envahisseurs.

    Ailleurs, pressés par, les soldats réguliers, les Rouges n’eurent pas le temps de commettre beaucoup de dégâts ; mais partout ils commencèrent par demander où se trouvaient les diables étrangers. Un ministre protestant allemand, voisin des Pères, qui était revenu chez lui entre deux alertes, a été saisi et emmené ; il est sans doute allé rejoindre les trois autres ministres allemands, qui ont été enlevés au mois d’août et pour lesquels une rançon de deux millions de dollars a été demandée. Actuellement cette armée rouge est divisée en plusieurs bandes réfugiées dans les montagnes et prêtes à recommencer leurs exploits dès que les troupes régulières seront parties.


    Pakhoi
    5 novembre.

    Vis-à-vis des brumes moroses d’Angleterre, il est en France une région favorisée, où le clair soleil fait agréablement mûrir les fruits qui donnent le cidre plein d’esprit. Dans ce pétillant terroir, il est un coin privilégié, générateur de roses et de grâces célestes : Alençon ; et d’Alençon, berceau de la Patronne des Missions, vient de s’envoler un frais bouton, plein des plus généreuses promesses et qui va maintenant s’épanouir à Pakhoi. Notre jeune confrère, Monsieur Boulay, est depuis le 25 octobre sur le rivage où Dieu veut qu’il travaille au salut des âmes jusqu’au moment d’aborder les rives éternelles. Il est dans la joie, et nous encore plus. Ad multos annos !

    Hélas ! Toutes les fleurs qui arrivent de France ne sont pas aussi enivrantes, ni tous les fruits également savoureux. Il y a parfois des senteurs, amères, des goûts désagréables... des nouvelles qui ne viennent pas de Normandie. Une lettre de Monsieur Marqué nous fait payer les joies apportées par Monsieur Boulay. La santé de notre cher malade ne semble pas s’améliorer et, malgré un séjour à Vichy, ni sa dysenterie, ni son vieux paludisme ne sont en voie de disparaître. Il nous parle même de la nécessité où il va se trouver de s’enfermer pour un temps dans une clinique de Rennes. Que ses amis et ceux de notre Mission veuillent bien prier pour une guérison que notre petit nombre rend si nécessaire (1).

    En France encore, mais au rebours de M. Marqué, un autre confrère, que nous ne saurions oublier, voit sa santé se raffermir assez pour pouvoir reprendre un peu de vie active. Monsieur Grégoire est, depuis deux mois environ, chargé d’une paroisse dans le diocèse de Nancy et non loin de Toul. Ceux qui voudront lui écrire devront désormais adresser leurs lettres à M. le Curé de Domgermain, (Meurthe-et-Moselle).

    Et dans ce petit compendium de révolution chinoise qu’est le territoire de Pakhoi, que se passe-t-il ?… Eh bien, il ne se passe rien du tout ! Nos têtes chaudes doivent être au Kwangsi, au Hounan, sur le Yangtse, que sais-je ? Ou bien, les événements des années passées les ont singulièrement refroidies. Le fait est que nous jouissons, pour le moment du moins, d’un calme et d’une tranquillité, stupéfiants peut-être, mais fort appréciables. Dieu veuille que cela continue longtemps encore.

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    (1) Un télégramme, reçu à Hongkong le 11 novembre, nous annonçait que le cher P. Marqué avait rendu son âme à Dieu le 8 du même mois. R. I. P.


    Nanning
    9 novembre.

    La guerre civile, annoncée dans la chronique du mois précédent, n’a pas eu beaucoup d’ampleur dans l’ensemble de la province. Le 12 octobre quelques avions du parti des Cantonnais sont venus survoler Kouy Hien et Nanning, villes dans lesquelles ils ont laissé tomber des proclamations et lancé un certain nombre de bombes.

    Quelques jours plus tard, les deux gouverneurs (le civil et le militaire) du Kwangsi partaient avec leur armée dans la direction de Longtchéou et de Pésé, c’est-à-dire du côté de l’ouest, vers la frontière du Tonkin. C’est là qu’ils organiseraient leur dernière résistance.

    Ces événements ont empêché la plupart des confrères de venir à la retraite annuelle : deux seulement ont pu arriver jusqu’ici ; les autres ont dû rester chez eux ou rebrousser chemin par suite du manque des moyens de communications.


    Hanoi

    JUBILÉ ET FÊTE DU CHRIST-ROI A HANOI

    Impressions de trois Jeunes missionnaires de passage
    à Hanoi en se rendant en Chine. (a)
    _____

    15 novembre.

    Les 25, 26 et 27 octobre, les habitants de Hanoi furent témoins d’une manifestation catholique qui comptera dans les Annales du vénéré P. Dronet, le sympathique et dévoué curé de la cathédrale. Ce fut à l’occasion du Jubilé et de la Fête du Christ-Roi.

    Les chrétiens montrèrent à répondre à l’invitation de leur pasteur un empressement vraiment exemplaire et des plus édifiants. Chaque matin, dès 4 h. 30, une foule compacte assiégeait les confessionnaux, et, après avoir écouté religieusement un sermon de circonstance, participait par la récitation des prières en commun à la célébration du saint Sacrifice. Les communions furent si nombreuses que M. le Curé crut devoir appeler à son aide deux autres prêtres, afin de ne pas trop retarder les chrétiens, appelés à leurs occupations.

    Outre la messe et le sermon du matin, à 14 h., la foule se rassemblait de nouveau pour la récitation du chapelet et une Bénédiction du Saint-Sacrement. Le soir enfin, à 18 h. un second sermon et un Salut solennel.

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    (a) MM. Burger (Yunnan), Bonnemain (Thibet) et Didier (Kweiyang). Ils arrivèrent à Yunnanfu le 31 octobre. Ils étaient partis dé Paris le 8 septembre.


    Un fait, entre autres, est bien caractéristique de la ferveur des chrétiens : l’un d’entre eux n’hésita pas à rester à jeun toute la matinée pour se présenter au confessionnal et à la sainte Table à 11 h. 30. Quel bel exemple pour beaucoup de Français qui se disent catholiques....!

    Aux enfants aussi vont nos éloges, à eux aussi est due en grande part l’impression de notre édification. Tout comme leurs parents, ils eurent à part leurs sermons, leurs cérémonies; chez eux aussi confessions et communions furent très nombreuses ; le dernier jour les communions des enfants atteignaient le beau chiffre de 500.

    En un mot ce Triduum donna le spectacle d’une soumission,.d’une fidélité, d’un amour sans égal envers notre Saint-Père le Pape. Il dépassa en ferveur et en nombre toute espérance et toute prévision.

    Bilan de ces trois journées de prières :
    1.064 communions d’enfants.
    3.450 “ de grandes personnes.

    Le 27 octobre, la fête du Christ-Roi faisait finir en beauté ce Triduum. Dès la veille, la cathédrale revêtait une parure inaccoutumée. L’autel, en particulier, était décoré de la façon la plus heureuse. Des ampoules électriques, scintillant dans le feuillage, faisaient songer au ciel étoilé par les belles nuits d’été. Faisant le tour du chœur, une guirlande de lampes y répandait une éclatante lumière.

    Aux quatre messes paroissiales, l’immense vaisseau de la cathédrale était vraiment trop petit pour contenir tous les fidèles. La messe de 6 h. 30, spéciale pour les Annamites, revêtait un éclat tout particulier : messe chantée avec diacre et sous-diacre. A chacune de ces messes un sermon de circonstance fut donné, qui fut suivi attentivement par tout l’immense auditoire.

    Un fait digne d’être relevé en particulier : une tradition, qui tend malheureusement à disparaître en France, fut ce jour-là, grâce à la générosité d’une dame de la ville, observée à Hanoi : vers la fin de la messe, d’aimables demoiselles firent la distribution du pain bénit.

    A la messe des Français, le P. Lebourdais prononça un sermon que ne manquèrent pas de goûter ses auditeurs... A 14 h. 30, Vêpres solennelles avec le concours d’un chantre d’occasion.

    Cette inoubliable journée fut clôturée par un Salut très solennel. Le P. Dronet lui-même, ainsi qu’il convenait, récita la formule de la Consécration au Sacré-Cœur et donna la Bénédiction. La Maîtrise du P. Dépaulis exécuta avec beaucoup de brio les plus beaux morceaux de son répertoire.

    L’extérieur de l’église aussi devait contribuer à rendre l’allégresse générale. En effet, la façade de la cathédrale était brillamment illuminée grâce au concours d’un paroissien de marque. Au centre du portail, une magnifique tiare, toute de feu, indiquait aux passants l’objet de la fête, cependant que la croix supérieure se dessinait nettement dans le ciel au-dessus de toutes les maisons environnantes. Attirés par la nouveauté du spectacle, tous, chrétiens et payens étaient accourus en masse. Longtemps après la cérémonie, combien s’attardaient encore, saisis d’admiration !

    Puissent ces beaux jours, témoignage de la foi des fidèles et de leur amour du Saint-Père, source de joie et de consolation pour leur pasteur, se renouveler souvent ! Plaise au ciel qu’il en soit de même un jour dans nos Missions respectives ! Espérons-le.

    Trois nouveaux Missionnaires de Chine.


    Hunghoa
    13 novembre.

    Le 15 octobre, fête de sainte Thérèse, ramenait le 34ème anniversaire du sacre de Mgr Ramond ; une fois de plus, nous avons rendu grâces à Dieu, et prié pour notre vénéré Pontife.

    Le 19, revenait de Hongkong le Père Granger, plein de santé, après un agréable séjour à Béthanie. Naturellement, il fut là-bas 1e boute-en-train des convalescents du Sanatorium. Sur l’aimable invitation du Père Cellard, son compatriote, il visita Fort-Bayard, et les chrétiens annamites du territoire de Kouang.Tchéou-Wan profitèrent de son passage pour remplir leurs devoirs.

    Le Père Laubie, à Sơn-Tây, continue à reprendre des forces ; il sort peu à peu de la catégorie des poids plumes ; il remplace parfois, le dimanche, l’actif Père Massard souvent arraché à son poste par ses catéchumènes ; une fois ou l’autre il supporte même de longues séances au confessionnal. Le 25 octobre, il fut tout à la joie de voir arriver les Pères Bonnemain, Burger et Didier, en route vers la Chine et le Thibet ; de Hanoi ils venaient lui rendre visite.

    Le 27, fête du Christ-Roi, eut lieu la “Journée du Pape” ; un Triduum solennel l’avait préparée. Une offrande généreuse, ( près de 400 piastres ), fut recueillie dans tout le Vicariat, pour être offerte au “Pape des Missions”. Le Père Gauja, à Tuyên-Quang, qui a toujours à cœur le succès de ce genre de collectes, emporta le record, une fois de plus, et ses chrétiens envoyèrent la forte somme.

    Notre confrère, qui, en juin dernier, ne put subir l’examen radio-graphique tant désiré de sa douzaine de maladies bien connues, est, grâces à Dieu. en bonne santé. Profitant de cette accalmie propice, il prépare, avec un soin fiévreux, la visite pastorale de Mgr Ramond pour une date plus ou moins probable. Exerce-t-il à une cantate ? Fait-il ronfler son bel harmonium tout neuf ? Les plumeaux doivent mener une sarabande effrénée, et nous ne serions pas étonnés que l’auto, qui transportera Sa Grandeur, soit déjà réquisitionnée, et le moteur au ralenti.

    Mgr Ramond a fêté la Toussaint et le jour des Morts à Nỗ-Lực, l’une des vieilles paroisses de la Mission, où fut arrêté jadis le Bienheureux Cornay.

    Le Père Pierchon, dont le travail de construction du Petit-Séminaire est terminé, a laissé au Père Fleury, professeur, le soin de fixer les dernières vis ; et, comme celui-ci a le goût inné de la menuiserie-ébénisterie, les ouvriers n’ont qu’à se tenir ; qu’ils ne s’avisent pas de croire qu’il mesure les millimètres avec son œil de verre ! Bon succès à notre Mutilé de guerre !

    Phatdiem
    25 octobre.

    Nous venons de célébrer un Triduum de prières pour le Pape. Les dix jours qui précédèrent ce Triduum furent consacrés à la prédication et à l’audition des confessions. Quinze prêtres ont apporté leur concours à ce travail de sanctification des âmes. Le nombre des communions fut considérable, on en compta plus de 20.000, encore conviendrait-il d’ajouter à ce chiffre celui des communions qui furent distribuées, soit au Grand Séminaire, soit dans les différentes communautés religieuses, environ 1.500. Les communions furent particulièrement nombreuses pendant les trois jours du Triduum : on en compta 15000 de grandes personnes et 2.800 d’enfants au-dessous de 13 ans. Les cérémonies furent clôturées par un jour d’Adoration solennelle du Saint-Sacrement

    Nous avons eu la visite du P. Burnichon, de la Mission de Ningyuanfu. Son séjour ici fut pour tous un sujet de véritable joie. De cette joie chacun, sans doute, a pris sa part, mais plus grande fut la part des “anciens”, car, beaucoup plus que sur les temps modernes, la conversation roula sur le passé ; on y passa en revue tous les confrères qui furent nos contemporains. Hélas ! combien sont tombés au champ d’honneur ! Sed nos qui vivimus, benedicimus Domino.

    Un autre sujet de joie pour nous a été l’arrivée d’un nouveau confrère, le P. Barnabé. Qu’il soit le bienvenu !

    Saigon
    15 octobre.

    Le samedi des Quatre-Temps, 21 septembre, Mgr Dumortier a ordonné 2 prêtres, 2 diacres, 2 lecteurs ; un séminariste a reçu l’Ordre de portier, 7 autres, la tonsure. La cérémonie a eu lieu à la cathédrale de Saigon, en présence de 30 prêtres et d’un grand nombre de chrétiens.

    Monseigneur le Délégué Apostolique a quitté Saigon le même jour pour se rendre à Quinhon, en passant par Phanthiêt, Djiring et Dalat. Le P. De Coopman l’a accompagné jusqu’à Dalat, où le Père Labiausse, provicaire de Quinhon, est venu à la rencontre de Son Excellence. Durant son séjour dans notre Mission, Mgr le Délégué a visité l’Ecole normale du Cap Saint-Jacques, le Séminaire, l’institution Taberd, le Carmel, la Sainte-Enfance, les 4 couvents des Amantes de la Croix, la communauté des Catéchistes, les œuvres de Mytho, de Cholon, de Tândinh et les différentes chrétientés par où il a passé.

    Le lendemain de la visite de Son Excellence le Délégué à la léproserie de Culaorông, près de Mytho, les lépreux ont envoyé une lettre touchante pour exprimer à Son Excellence ainsi qu’à Mgr Dumortier la reconnaissance et la joie qui débordaient de leurs cœurs.

    Au Carmel de Saigon, le 30 septembre, la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a été célébrée avec toute la solennité possible. Le sermon du matin a été donné en annamite par le P. Vang, secrétaire de l’Evêché, et celui du soir en français par le P. Detry, vicaire à la cathédrale.


    Hué
    7 novembre.

    S. E. Mgr Dreyer est rentré à Hué le 6 octobre après avoir visité les Missions de Saigon, Phnompenh et Quinhon, y compris la partie sauvage de Kontum. Le soir même de son arrivée à Hué, nous avions une pluie torrentielle, qui a duré deux jours et nous a amené une sérieuse inondation. Les routes coloniales et provinciales dans le Centre et Sud-Annam ont été coupées en plusieurs endroits ; aussi, le P. Labiausse, provicaire de Quinhon, venu accompagner Mgr le Délégué Apostolique jusqu’à Hué, a dû y rester plus longtemps qu’il ne l’aurait voulu, et ce n’est pas sans peine qu’il a pu regagner Quinhon. La ligne de chemin de fer de Hanoi à Tourane fut aussi endommagée entre Dồng-hới et Hué, ce qui fut loin de faciliter le voyage entrepris par S. G. Mgr Chaize, le coadjuteur de Hanoi, pour la visite qu’il fit à Mgr le Délégué : partie de Hanoi le 8 octobre, par le train direct Hanoi-Tourane, vers 8 h. du soir, Sa Grandeur arrivait à Hué le 10 au soir, alors que normalement Elle aurait dû s’y trouver le 9, un peu après midi. A son voyage de retour, Mgr Chaize a visité le monastère de Notre-Dame d’Annam et notre Petit Séminaire d’An-Ninh.

    Notre nouveau, le Père Massiot, était à Hué le 18 octobre. Le P. Dancette, heureux de ne plus s’entendre appeler le cố mới (Père nouveau), était allé le chercher à Tourane. Un autre jeune confrère, le P. Maillot, destiné à la Mission du Kouang-si, est arrivé avec eux à la capitale, Après quelques jours passés ici, au monastère de Notre-Dame d’Annam et à Dong-Hoi chez son “pays”, le P. Henri de Pirey, il a regagné sa Mission par petites étapes.

    Le 20 octobre, dans la chapelle du Grand Séminaire de Hué, Mgr Dreyer a ordonné deux sous-diacres : l’un est un descendant, en ligne directe, du Bienheureux Mathieu Phượng, béatifié par S- S. Pie X en 1909 : l’autre est le petit-fils d’un ancien élève de Pinang, rentré dans le monde peu de temps avant d’avoir fini ses études théologiques.

    Sur la demande de S. E. Mgr le Délégué, un Triduum de prières, commencé le 25 et fini le 27 octobre, en la fête du Christ-Roi, a été célébré dans la Mission, comme dans toutes celles qui sont du ressort de la Délégation Apostolique. Le 27, S. E. a chanté la messe pontificale dans la cathédrale de Phủ-Cam.

    Le P. Thuc, dont il était question dans la précédente chronique, est arrivé à Hué le 3 novembre.


    Phnompenh
    Visite du Délégué Apostolique (25 août-l0 septembre).

    Le 23 août 1929, Mgr le Délégué arrivait à Saigon ; le 26, accompagnée de Mgr Herrgott, Son Excellence prenait la direction du Cambodge.

    Après un voyage de deux heures en automobile, les illustres voyageurs, franchissant la frontière, pénétraient sur le territoire de l’ancien royaume des Khmers. Son Excellence voulut bien bénir aussitôt toute la Mission de Phnompenh. Une heure plus tard Elle faisait une entrée solennelle dans la chrétienté de Soai-riêng, chef-lieu de la province. M. le Résident de France, son adjoint et les Dames de ces Messieurs, s’avancèrent immédiatement après le clergé, afin d’offrir leurs hommages et leurs souhaits de bienvenue à celui qui, pour tous, était dans ce pays le Représentant du Saint. Père. La Bénédiction papale, un échange de compliments, l’acte de rendre sa visite à M. le Résident, tout cela ne dura qu’une heure. L’auto reprit sa course. Elle emportait les voyageurs vers Ranam, beau centre d’une grosse chrétienté d’environ 3.000 âmes. Le temps se trouvait strictement mesuré, et les quelques heures consacrées à cette halte furent très remplies par la réception, qui fut grandiose, par une visite faite l’école des Catéchistes, par un déjeuner et par un temps de repos, l’un et l’autre bien gagnés.

    Dans l’après-midi, à 15 heures, l’auto fut descendue sur un bac et on passa le Mékong, fleuve dont la largeur en cette endroit dépasse un kilom. Vers 18 heures, ainsi qu’il avait été convenu, Son Excellence et Mgr le Vicaire Apostolique faisaient leur entrée dans Phnompenh. Là, près de l’église, qui tient lieu de cathédrale, se trouvaient massés tous les catholiques de la ville, les élèves du Grand Séminaire, ceux des Frères des Ecoles Chrétiennes, celles des Sœurs de la Providence. Spectacle imposant que tout ce monde pieux et recueilli, se tenant à genoux, sous la main de celui qui allait le bénir au nom du Saint-Père, rempli d’une religieuse attention pour entendre les premières paroles de joie et de souhaits, qui allaient tomber des lèvres de l’auguste Visiteur.

    A chacune des quatre chrétientés de la ville Son Excellence voulut bien consacrer une journée entière. Elle alla y dire la messe, y donna la Bénédiction papale et y reçut des compliments qui étaient tous dictés par une foi très vive. Entre temps, Elle visitait le Carmel, le Couvent des Sœurs de la Providence et leurs différentes œuvres : pensionnat, orphelinat, crèche, hospice, puis l’école Miche et l’école Saint-Pierre, institutions des Frères.

    Ce fut aussi une visite faite à M. le Résident Supérieur, premier représentant de la France au Cambodge, une autre à M. le Résident. Maire de la ville. C’est avec une grande courtoisie, une véritable cordialité que ces hauts personnages accueillirent le Délégué du Saint-Siège.

    Sa Majesté le Roi Sisowath-Monivong voulut aussi recevoir Son Excellence en sa qualité de Représentant du Chef suprême de la Catholicité. L’entrevue eut lieu dans la soirée, elle fut des plus cordiales et produisit une profonde impression sur l’un et l’autre des deux illustres personnages. Après un entretien qui avait duré environ une demi-heure, Sa Majesté s’informa si la visite du palais royal pourrait intéresser Son Excellence et, sur une réponse affirmative, Elle commanda au Grand Maître des cérémonies d’accompagner Son Excellence et de lui faire visiter la salle du Trône, le pavillon de l’Epée sacrée et de la Couronne, la pagode d’argent.

    En rentrant à l’évêché, Mgr le Délégué disait à ceux qui l’accompagnaient : “ Quelle belle journée nous avons passée aujourd’hui ! Je suis heureux de constater le parfait accord qui existe entre les autorités tant françaises qu’indigènes et la Mission, la cordialité réciproque qui règne dans leurs mutuelles relations .”

    Le lendemain, le Résident Supérieur d’abord, le Résident-Maire ensuite, venaient rendre la visite à Son Excellence.

    Le vendredi 30, Mgr le Délégué alla célébrer la sainte messe dans l’église de la paroisse française du Sacré-Cœur. Là, répondant à une adresse que venaient de lui présenter nos compatriotes, il leur fit un magistral discours sur leurs obligations. Les auditeurs étaient visiblement émus de s’entendre expliquer par le Représentant du Saint-Siège le rôle qu’ils ont à jouer dans ces pays lointains, au milieu d’un peuple en grande partie payen : rôle de civilisateurs, rôle de missionnaires ; ces obligations, ils les rempliront par la fidélité à leurs multiples devoirs et en donnant l’exemple d’une vie intègre et sans reproche.... Réception solennelle, Bénédiction papale, sainte messe avec de nombreuses communions, tout contribua à impressionner vivement la population française : aussi à la sortie de l’église tout le monde alla-t-il au presbytère saluer Son Excellence et la remercier.

    Le 31 août, accompagnée de Mgr Herrgott et du P. Mennetrier Son Excellence reprenait l’auto. La destination était Culaogien. Les voyageurs s’arrêtent à Chaudoc, où le P. Béquet avait préparé une très belle réception. Visite à M. l’Administrateur, chef de la province, visite à l’hôpital provincial et à l’orphelinat des garçons, dirigés l’un et l’autre par les Sœurs de la Providence. On se remet en route. On approche de Năng-Gù, encore trois kilom, on y sera. Dans le lointain, on aperçoit toutes les maisons du village magnifiquement pavoisées, mais de près, ces demeures semblent désertes, comme vidées de leurs habitants. Vides, elles le sont en effet, car tous les fidèles, petits et grands se sont donné rendez-vous devant l’église. Ils sont là, sous la conduite du P. Collot et de ses deux vicaires, flot immense de fidèles que l’église ne pourra contenir malgré ses vastes proportions.

    Cependant, de toutes les réceptions faites jusqu’à ce jour l’éclat devait être éclipsé par la splendeur de celle que les chrétiens du district de Culaogien, de concert avec le Petit Séminaire et l’Etablissement des Sœurs, ménageaient à Son Excellence le Délégué Apostolique. Les deux rives du fleuve étaient pavoisées ; des canots à moteurs, des barques multiples, petites et grandes, au son des cloches, des tams-tams et des pétards, dans une ovation émouvante, faisaient à Son Excellence une escorte d’honneur. Le P. Chouffot Supérieur du Petit Séminaire, entouré de ses professeurs, des prêtres venus du voisinage et de ses élèves reçut l’auguste Visiteur.

    Tant pour prendre quelque repos que pour visiter ce grand centre chrétien, Mgr le Délégué fit à Culaogien une halte prolongée. Son Excellence s’intéressa d’abord à toutes les œuvres des Sœurs : noviciat, juvénat, orphelinat de filles, crèche où sont reçus chaque année plus de 800 enfants de la Sainte Enfance, hospice pour hommes et pour femmes, hôpital pour les Sœurs infirmes, maternité, — une vraie ruche de 7 à 8 cents âmes, — ruche où le bien se fait sans bruit. Dans la visite qu’Elle fit au Petit Séminaire, Son Excellence consacra une heure et plus à chacune des classes.

    Le lundi 9 septembre, Son Excellence quittait Culaogien pour se rendre à Sadec. La réception qu’on lui avait préparée fut gâtée par une pluie malencontreuse, mais l’éloquence brûlante du P. Lozey eut tôt fait de réchauffer les cœurs et d’y ranimer l’enthousiasme.

    Le même jour, Son Excellence fut reçue à Cântho. Le soleil avait daigné accorder un sourire qui se mêla à la joie du P. Larrabure et de ses chrétiens. Le lendemain, après avoir célébré la sainte messe à Cântho, Son Excellence regagnait Saigon. Elle emportait notre profonde reconnaissance pour toutes les bénédictions et pour tout le bien qu’Elle était venue répandre dans la Mission de Phnompenh.

    Nous pouvons bien appliquer à Mgr Dreyer la parole de l’Ecriture : Il a passé en faisant le bien.


    Bangkok.
    10 novembre.

    Des inondations sérieuses ont coupé la route qui relie Bangkok à Battambang pendant quelques jours. Par ailleurs, ces inondations dans le nord du Siam ont déclenché une véritable épidémie d’influenza, et l’on signale de nombreux cas mortels.

    On annonce comme très prochain le raccord par air de Bangkok à Saigon, via Angkor. De nombreux touristes américains, venant au Siam et désirant voir cette merveille d’architecture qu’est Angkor Wat, auraient demandé qu’on mette à leur disposition des aéroplanes pour accomplir le trajet en un jour. On quitterait Bangkok vers 9 heures du matin et l’on atterrirait à Angkor environ deux heures plus tard. On rallierait Saigon dans l’après-midi. Le prix à forfait serait de $200 g. c.

    A l’occasion des fêtes de Noël 1929 et du 1er Janvier 1930, 16 formules-télégrammes seront acceptées par la Poste siamoise, du 15 Décembre au 5 Janvier, pour être expédiées par radio en Europe seulement, à un prix forfaitaire de 50 francs chaque formule. Ces formules standard peuvent être rédigées indifféremment en Français, Anglais, Allemand, Hollandais, Portugais et Espagnol.

    Visitant à Singapore et à travers la Malaisie quelques-uns de ses chrétiens émigrés, le R. P. Jarreau, de la Mission de Canton, est arrivé à Bangkok venant de Penang, le samedi 26 octobre. Son séjour, assez bref, lui a cependant permis de prendre contact avec un bon nombre de missionnaires et avec quelques chrétientés chinoises du Siam.


    Laos
    octobre.

    Monseigneur est de retour de Bangkok, où Sa Grandeur s’était rendue afin de prendre part à la réunion des membres du Groupe des Missions de l’Indochine occidentale. L’absence de Monseigneur dura 34 jours ; vingt furent par lui passés en voyage. Sa Grandeur nous est revenue en excellente santé. Il n’en fut pas de même de son compagnon de route, le P. Figuet. Délégué par les confrères du Laos, le P. Figuet était allé à Bangkok pour accompagner Mgr et prendre part avec lui aux conférences qui allaient se tenir entre les représentants des différentes Missions, évêques et missionnaires. A peine était-il arrivé au terme de son voyage, que notre confrère, pris d’une crise de calculs biliaires de caractère assez grave, dut s’installer à l’hôpital Saint-Louis, et, comme la maladie persistait, non seulement il lui fut impossible de prendre part aux conférences, mais quand vint le moment de rentrer, il fut incapable de se mettre en route et dut se résigner à laisser Monseigneur reprendre seul la direction du Laos.

    Mais non, je me trompe, Mgr notre Evêque n’est pas revenu seul de son voyage à Bangkok : un prêtre l’accompagnait que, dans sa grande charité, Mgr Perros avait mis à la disposition de Sa Grandeur pour venir en aide aux missionnaires du Laos.

    Dans les dernières promotions à la Légion d’Honneur au titre du Ministère des Affaires-Etrangères se trouve le nom de sœur Ursule, 50 ans de colonies. Il s’agit ici de Mère Ursule, depuis 25 ans Supérieure à Nóngsẽng et qui avait déjà passé 25 années de sa vie à la Martinique. Tout le monde ici se faisait un bonheur d’assister à la remise de la décoration à Mère Ursule, quand une plaie qu’elle avait à la jambe a nécessité son départ pour la clinique de Saigon. C’est donc là-bas que se fera pour elle la remise de la décoration. Personne d’entre nous ne se trouvera à cette cérémonie, mais nous espérons que la Révérende Mère aura tôt fait de retrouver la santé et que bientôt elle sera de retour à Nóngsẽng.


    Kumbakônam
    15 octobre.

    Notre “nouveau”, le cher P. Labandibar, nous est arrivé. Une chaude réception lui fut faite, réception merveilleuse, paraît-il, puisque, si nous en croyons la chronique locale : “on n’aurait jamais reçu avec autant d’honneurs un jeune missionnaire à son arrivée dans l’Inde. Il y aurait donc nécessité, du moins haute convenance à ce que, dans le plus prochain numéro du Bulletin, une mention spéciale fût faite de cette réception”.

    C’est donc dans l’Inde, à Madras, qu’au matin du premier octobre, débarquait le P. Labandibar. Une première surprise l’y attendait, qui dut lui être agréable : au milieu de la foule, il reconnut au débarcadère la sympathique figure du P. Jusseau. Arrivé, il y a trois ans dans la Mission de Kumbakonam, le P. Jusseau en était demeuré le Benjamin. Ce titre, il venait le transmettre au nouvel arrivant. Pour lui le plaisir était double : il retrouvait une ancienne connaissance du Séminaire dans la personne du P. Labandibar, et passait dans la série de ceux qui ne sont plus des poudou samiars (des nouveaux).

    On ne peut s’empêcher ici d’admirer la sollicitude toute maternelle de notre Administration. Jadis, un nouveau était-il annoncé qu’un confrère était, tout comme aujourd’hui, délégué pour aller à sa rencontre. Seulement ce confrère était généralement un ancien, parfois un vieux, le plus souvent un procureur. Maintenant, on a changé tout cela. On a pensé qu’un ancien, surtout un vieux, a fortiori un procureur qui, par devoir, est un businessman, on a pensé, dis-je, que de tels délégués, tout gentils, tout charitables qu’ils soient, pourraient intimider le nouvel arrivant. Dans le but d’éviter au jeune Eliacin cette impression défavorable, on délègue pour le recevoir à son arrivée en Mission, quelqu’un qu’il a connu au Séminaire, quelqu’un qui n’a pas encore mis le pied sur le premier échelon de l’ancienneté et qui, n’étant pas encore un ancien, n’est déjà plus un nouveau. Il y a trois ans, le P. Jusseau avait été reçu de la sorte par le P. Blons ; il est aujourd’hui délégué pour rendre le même service au P. Labandibar. Nous espérons que, dans un avenir assez proche, ce dernier à son tour sera délégué pour aller recevoir quelque nouvel arrivant.

    De Madras, le P. Jusseau conduisit notre nouveau confrère à Salem. Pourquoi pas à Kumbakonam ? Kumbakonam, c’est déjà le passé ; Salem, c’est l’avenir. A Salem se trouve le P. Michotte. Nouveau Caleb, envoyé dans cette nouvelle Terre-Promise, il a pour mission de reconnaître le pays et de préparer les voies. C’est donc au P. Michotte que le P. Jusseau remit son précieux dépôt. C’était le trois octobre, fête de sainte Thérèse, patronne des Missions. Salem devait être la dernière étape du P. Labandibar sur le chemin de sa Mission. Piloté par le P. Michotte, il arrivait à Namakal le dimanche suivant.

    Namakal est une petite ville située à une vingtaine de milles, au sud de la ville de Salem. Il y a quelques années, le P. Prunier y fut envoyé pour y fonder un centre de chrétienté. Il parvint à réunir un certain nombre d’enfants, surtout des orphelins. La communauté en compte aujourd’hui 35, tous pleins d’entrain. Devenus grands, ils se feront les auxiliaires du missionnaire et l’aideront à répandre la bonne semence.

    Le P. Labandibar avait été nommé vicaire du curé de Namakal. Arrivant dans ce lieu, il se trouvait au terme de son voyage.

    Nous l’avons dit, il y fut l’objet d’une réception grandiose. La chose se comprend. Pour les enfants de l’orphelinat, c’était la première fois que se présentait l’occasion de fêter un poudou samiar (nouveau Père). Pour le curé de Namakal, c’était la première fois qu’il allait procéder à cette opération délicate entre toutes, la réception d’un vicaire. Chacun mit tout son cœur à bien faire toutes choses.

    Les guirlandes de fleurs, l’offrande du syndippou (présents), la musique tant instrumentale que vocale, rien n’y manqua. On y entendit même le chant du Gai bonjour exécuté par les 35 bambins de l’orphelinat, gai bonjour absolument inédit, tout à fait original et dont les notes argentines jamais ne résonnèrent sous le plafond de la salle des récréations, au Séminaire de la rue du Bac, bref un gai bonjour franco-indien, adapté à cette belle miousique dite musique de Paleyam, nom du lieu où, d’après la légende, elle aurait pris naissance.

    Tous les Basques sont musiciens, a-t-on dit. Si la chose est vraie, le cher Père Labandibar aura dû être enchanté.

    Chargé d’un vicaire, le curé de Namakal lui doit naturellement “le gîte et le couvert”. Il y a été pourvu, paraît-il. S’agit-il du couvert ? Le vicaire sera “soigné aux petits oignons”.

    Parle-t-on du gîte ? Mgr Bottéro, arrivant à Kumbakonam, il y a une trentaine d’années, écrivait à l’un de ses amis : “Si vous saviez comme on est bien dans un grenier !”. Mieux partagé que le vieil évêque-poète, le vicaire de Namakal aura sa chambre à lui : “12 pieds sur 20 avec trois vérandas autour”.... un palais dont les charpentiers montaient la toiture au moment de son arrivée.

    A notre jeune confrère nous souhaitons un long séjour à Namakal. Il est à bonne école, à l’école de l’entrain et de la gaîté, à l’école du zèle et du sacrifice. Puisse-t-il y demeurer longtemps et, pour terminer par une parole historique, nous nous permettons de lui dire : “Vous avez le filon gardez-le”.


    Séminaire de Paris
    15 octobre.

    La retraite de rentrée, prêchée par le P. Zimmermann, a été très goûtée par les aspirants. Elle fut clôturée par l’ordination, le samedi 21. Pi cette ordination prenaient part parmi les aspirants 2 prêtres, 4 diacres, 5 sous-diacres et 4 minorés.

    Du 22 au 28 septembre, avait lieu à Lisieux un Congrès missionnaire avec exposition. Comme d’habitude, les PP. Depierre et Nassoy se sont dépensés sans compter pour organiser et tenir le stand des M.-E.. Les dimanches 22 et 29, ils ont pris part, avec d’autres confrères, à des prédications dans diverses églises du diocèse de Bayeux où des journées missionnaires étaient organisées.

    Au congrès, le 25, le P. Montagu lisait le rapport du P. Papinot sur les catéchistes et le maintien de la foi au Japon. Le jeudi matin, Mgr Demange parla de la magnifique action du clergé indigène. Le soir, le P. Cadière traitait du clergé indigène de l’Indochine française. Le vendredi, Mgr le Supérieur fit un rapport très goûté sur les congrégations indigènes de religieux et religieuses contemplatives en Extrême-Orient. Le samedi matin, Mgr Deswazières parlait sur les martyrs indigènes en Extrême-Orient. — Mgr le Supérieur, rentré à Paris le vendredi soir, retournait à Lisieux le dimanche pour assister à la cérémonie de la pose de la première pierre de la future basilique, cérémonie présidée par le cardinal Charost, délégué spécial du St-Siège.

    Le dimanche 30, deux prêtres de St-Sulpice, conduits par leur supérieur, Mgr Verdier, sont venus déjeuner au Séminaire. Ils partent au Tonkin le 4 de ce mois, prémices d’un contingent plus nombreux qui ira prendre charge d’un séminaire régional en Indochine.

    Le diocèse de Paris est en deuil de son vénéré Cardinal. Mgr le Supérieur se présenta plusieurs fois à la clinique des Frères de St-Jean de Dieu pour prendre des nouvelles de l’auguste malade. Le lundi 21, Monseigneur fut appelé dans l’après-midi pour assister aux derniers moments du chef du diocèse et réciter avec les sommités ecclésiastiques les prières des agonisants.

    Le 1er octobre avaient lieu les obsèques ; elles ont été grandioses. Mgr le Supérieur a pris part au cortège ; la communauté de Paris s’est rendue directement à N.-D. pour assister au service ; la chorale s’était jointe à celles de St-Sulpice, de St-Lazare et des PP. du St. Esprit.

    Le 4 octobre, Mgr le Supérieur, accompagné du P. Robert, assistant, est parti à St-Pol-de-Léon, pour prendre part aux fêtes jubilaires de M. le Comte et Mme la Comtesse de Guébriant. Ces fêtes ont été une manifestation de sympathie de toute une population pour ses châtelains, et une magnifique preuve de l’entente parfaite, on pourrait dire familiale, qui règne entre tout le clergé du pays et la famille de Guébriant.

    Mgr le Supérieur, rentré le 11 au matin, repartait le 12 pour Genève, où avaient lieu des journées de missions. Le jeudi 10, les PP. Nassoy et Depierre donnaient des conférences pour les enfants afin de les intéresser aux œuvres missionnaires ; plus de deux mille enfants y assistaient. Le dimanche 13, Mgr le Supérieur officiait à l’église du Sacré-Cœur. A 3 heures, au Victoria Hall, Mgr Besson, évêque de Genève, Lausanne et Fribourg, présidait une conférence publique à laquelle Mgr le Supérieur prit la parole. A la fin de cette conférence, deux mille personnes chantaient avec émotion le Credo catholique. Décidément il y a quelque chose de changé dans la Rome protestante, si jalouse autrefois de sa suprématie. Le soir, réunion générale à l’église Notre-Dame, où Mgr le Supérieur donna le sermon à un auditoire que l’église ne pouvait contenir.

    Le 14, Mgr le Supérieur était l’hôte de l’abbaye de St-Maurice-en-Valais et adressait la parole aux religieux et novices.

    Le 3 octobre, les communautés de Paris et de Bièvres fêtaient solennellement et pour la première fois sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne principale des Missions.

    A maintes reprises, NN. SS. les Evêques et Vicaires Apostoliques avaient exprimé le vœu, que fut établi au Séminaire un cours de langue anglaise, dont la connaissance indispensable dans bon nombre de nos Missions est grandement utile dans la plupart des autres. Le cours, confié à M. Schmitt, maître en la matière, a été inauguré le 9 octobre ; il a lieu le matin des jours de promenade, avant le départ pour Meudon.

    M. Michel, directeur des aspirants de Rome, a quitté Paris le 10 pour la Ville Eternelle, accompagnant sa petite communauté d’étudiants. Ceux-ci sont au nombre de 7, dont deux nouveaux de la communauté de Paris.

    M. Larregain, représentant du groupe des Missions du sud de la Chine, est arrivé à Paris pour y commencer ses fonctions.

    Admissions. — Nos 33 & 34 — M. de Vesvrotte, de Dijon, et M. Vanaldelwerelt, du diocèse de Lille.



    1929/738-768
    738-768
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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