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Chronique des Missions et des Etablissements communs 11

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 1er octobre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    1er octobre.

    Le dimanche 8 septembre, à 3 heures de l’après-midi, avait lieu dans l’église d’Omori, la cérémonie de profession de quatre religieuses japonaises de la Visitation, et la prise d’habit de trois postulantes. Monseigneur l’Archevêque présida la cérémonie et prononça le discours de circonstance. De nombreux chrétiens, parmi lesquels des parents des religieuses, venus jusque des îles voisines de Nagasaki. assistaient à la cérémonie. Le soir, des agapes fraternelles réunissaient de nombreux missionnaires venus à Omori pour la cérémonie, et aussi pour “l’intronisation” du nouveau recteur de la paroisse, le P. Ideguchi.

    Le samedi 14 septembre, avait lieu, dans le nouveau Grand Séminaire installé à Shakujii, près de Tôkyô, la rentrée des séminaristes, au nombre de 33. A l’issue des exercices de la retraite, qui leur a été prêchée la semaine suivante par le Supérieur, le P. Candau, tous les séminaristes, qui n’avaient point encore la soutane, l’ont revêtue le dimanche 22, dans une cérémonie présidée par Monseigneur l’Archevêque.

    La régularité et la piété des séminaristes font l’édification de ceux qui visitent le Séminaire. Un des doyens de la Mission, qui en était témoin et n’avait pas encore vu un Séminaire comme celui-là, lui rappelant les Séminaires de France, ne pouvait retenir ses larmes. Ne peut-on pas dire aussi que nos doyens voient également là un des fruits de leurs travaux : Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua.... Tous nous appelons de nos vœux les bénédictions de Dieu sur l’œuvre qui s’annonce pleine de promesses : “Spes messis in semine”.

    Le 11 septembre, Monseigneur l’Archevêque réunissait pour la première fois un Comité de Presse, destiné à promouvoir les œuvres de publications catholiques. A cette première séance, il a été décidé de maintenir séparément les deux Revues Catholiques : le Koye ( la Voix ), spécialement destiné aux catholiques, et qui doit ajouter à son nom le titre de: Kôkyô Lasshi ( revue catholique ), et le Catholic, destiné surtout à la propagande parmi les païens, qui passe des mains de la Jeunesse Catholique à la charge du Comité de Presse de la Mission.

    Deux Comités ont été formés pour la direction de ces Revues. Le Comité du Koye comprend comme membres : les PP. Lemoine, Iwashita, Candau et l’amiral Yamamoto. Le Comité du Catholic : les PP. Totsuka, Heuvers S. J., Candau et M. Nagai Tokushiro, ce dernier Secrétaire de l’Ecole de l’Etoile-du-Matjn. Comme nous l’avons déjà dit, l’adminis-tration du Koye, à la suite de la mort du P. Steichen, reste confiée provisoirement au P. Iwashita et doit passer entre les mains du P. Candau en janvier prochain.


    Fukuoka
    15 octobre.

    Le Bulletin a donné en son temps le compte rendu d’une très belle fête à Kumamoto: la bénédiction de l’église de Notre-Dame du japon, (août 1928).

    Cette fête vient d’avoir un complément dans la bénédiction d’une jolie cloche. Cette cloche est de 400 kilog. La forme en est remarquable ainsi que la sonorité de son timbre. Du reste elle vient de Savoie : c’est une petite Savoyarde.

    Donc, en la fête de la Nativité, le 8 septembre, dans la soirée, Mgr Thiry, assisté des PP. Bonnet et Fressenon, entouré de six autres missionnaires, procéda devant une très belle assistance à la bénédiction, bénédiction dont les rites sont si expressifs et si touchants.

    Un homme particulièrement heureux ce jour-là fut le P. Frédéric Bois, qui voyait ainsi couronner ses efforts. La cloche porte le nom de ses pieux parents et l’inscription rappelle en outre qu’elle est en partie un don offert par ses camarades du 22ème bataillon de chasseurs alpins échappés, comme lui, au, danger de mort mille fois encouru sous la pluie des balles et des shrapnels.

    Il nous reste le devoir et le plaisir de signaler l’instruction que donna, à l’occasion de cette cérémonie, le P. Martin, (un ancien “poilu” lui aussi), instruction sur le rôle de la cloche par rapport à Dieu, aux fidèles et même aux infidèles. Il était difficile d’exprimer, en un langage si beau et si facile, tant de choses fortes, pieuses, théologiques et….. japonaises en même temps : Pauca sed bona, non multa sed multum.

    Un salut très solennel du Saint-Sacrement termina la fête à l’église ; à la suite de quoi on se rendit à la salle des réunions, (ancienne chapelle). Là fut donnée une intéressante soirée récréative. Avant que ne commença la séance, plusieurs chrétiens dirent quelque mots de circonstances, Monseigneur donna le bouquet spirituel de la journée : Diligite alterutrum, la dilection mutuelle devant vivifier toutes les autres œuvres. Alors commença le régal de la séance....

    Le 29 septembre les chrétiens de Yawata ont eu leur jour de joie. La chapelle où ils avaient patienté de longues années… une chambre de 20 nattes, à l’étage d’une maison japonaise, sous les fumées des fonderies et sur la ligne des grands trams... a été remplacée par une véritable chapelle dédiée à saint Michel.

    Ils y seront au large pour assister aux offices, les enfants pourront y recevoir l’instruction facilement, et le reste du terrain leur permettra de s’ébattre à leur aise... loin des fumées et du bruit des ferrailles.

    Le P. Lagrève était tout rayonnant de bonheur.
    Mgr, arrivé la veille, passait la nuit dans la nouvelle résidence du Père.

    La cérémonie commença à 8 heures. Le P. Bertrand, fondateur et premier Père spirituel de la paroisse, fit le sermon de circonstance. La messe fut célébrée par S. G.. Les PP. Fressenon, Martin et Doller, retenus par le service du dimanche, arrivèrent dans la journée pour partager la joie de tous et un repas plus que frugal. Le soir une séance récréative, (elle fut répétée le lendemain pour les païens), terminait joyeusement cette fête de famille.

    Le bon Dieu appelle à son service qui il veut et quand il veut. Coup sur coup 5 ou 6 jeunes gens, ayant terminé les études secondaires, ont manifesté leur désir d’entrer au Séminaire. Leur ignorance complète du latin ne pouvait être un motif de refus, encore fallait-il y pourvoir. L’œuvre est commencée. Une maison a été louée et 3 jeunes gens y ont commencé leur formation. D’autres demandes sont déjà reçues pour mars prochain. Puisse l’œuvre prospérer !


    Taikou
    9 octobre.

    Le 2 septembre les jeunes filles chrétiennes de Taikou entrent dans leur nouvelle école complètement achevée. Les visiteurs très nombreux la déclarent la plus belle de la ville, bien qu’elle ne soit pas la plus grande. Avec le presbytère récemment terminé, la maison des Sœurs en voie d’achèvement, la vaste salle de réunion adjointe à l’école, c’est le quartier de la cathédrale complètement transformé, et combien amélioré. Un recensement général de la paroisse semble, lui aussi, donner d’excellents résultats et permet de constater qu’un nombre très élevé de chrétiens viennent habiter Taikou, sans se faire connaître, si bien que la seule paroisse de Taikou pourrait fort bien compter près de 5000 baptisés, ce qui appelle des œuvres en conséquence.

    Le 19, le Séminaire a effectué sa rentrée ; le nombre total des élèves est de 73, dont 21 nouveaux, et 10, qui passent de la préparatoire au Séminaire.

    La réunion des délégués des missionnaires du groupe Corée-Mandchourie ayant eu lieu à Séoul, c’est le Père Peynet, de notre Mission, qui a été choisi pour porter les idées et les desiderata des confrères à l’Assemblée Générale de Paris.


    Kirin

    Malgré les bruits de guerre et l’annonce de quelques escarmouches entre les Chinois et les Russes, la province reste calme, et rien ne trouble l’administration des chrétientés. Les troupes, dit-on, sont aux frontières dans l’attente des événements. Que nous ménage l’avenir?

    Le P. Guérin, complètement rétabli, a repris la vie de district ; il est chargé de la chrétienté de Houlan, où il remplace le P. Duhart appelé au Séminaire.


    Chengtu
    18 septembre.

    Le P. Laroche, sur l’ordre du médecin, est parti pour la France. Il nous a quittés le 12 septembre.

    Le 14 septembre a eu lieu une ordination de quatre nouveaux prêtres.
    Les PP. Poisson et Charel ont été nommés professeurs de philosophie au Grand Séminaire, et le P. Fabien Iû, prêtre indigène, est nommé curé de l’église cathédrale.

    Un élève du Grand Séminaire est entré au noviciat des RR. PP. Bénédictins de Shungking.


    Chungking
    30 août.

    — Les vieilles corporations qui jusqu’ici, tant bien que mal, avaient régi la main-d’œuvre dans le pays, semblent bien près d’avoir fini de vivre, du moins de la vie qui fut la leur durant tant de siècles. Désormais, tout ouvrier, à n’importe quel corps de métier qu’il appartienne, devra se faire inscrire au bureau de la police. Là, moyennant une certaine contribution, il sera autorisé à passer un examen, puis classé selon son degré de capacité. C’est après cela seulement qu’il pourra exercer sa profession. Naturellement, selon les capacités les salaires seront différents. En tout état de chose, ces salaires seront établis par le bureau de la police qui, par la suite, se réservera aussi l’office de fournir la main-d’œuvre à l’employeur. A la pratique nous verrons qui trouvera son avantage, qui son désavantage dans le nouveau système, ou de l’employeur, ou du distributeur automatique, ou de l’ouvrier.

    6 septembre.

    — L’école Ste Thérèse a repris ses cours le 2 courant. Le collège St.. Paul reprendra les siens le 9.

    — Le Carmel vient d’ouvrir ses portes à une nouvelle postulante venue de Chengtu, ce qui porte à 4 le nombre des Szetchouannaises actuellement dans le monastère.

    13 septembre.

    — Deux Frères de nationalité chinoise sont annoncés pour le Collège St Paul et vont arriver incessamment.

    — Hier, au Carmel du Sacré-Cœur de Tsen kia gai, après les vêpres du jour, eut lieu la prise d’habit de la première postulante chinoise entrée au monastère. La cérémonie fut présidée par Sa Grandeur Monseigneur Jantzen entourée d’un nombreux clergé. Une foule immense, avide de voir cette cérémonie absolument nouvelle pour elle, se pressait dans la petite chapelle extérieure trop étroite pour la contenir.

    20 septembre.

    Dimanche 15 septembre, en son église cathédrale, Sa Grandeur conférait les saints Ordres à 2 prêtres, 4 diacres, 5 sous-diacres 11 minorés, 4 tonsurés.

    En mars dernier, Monseigneur avait déjà ordonné 2 prêtres et un diacre. Donc, pour l’année 1929, 29 ordinands. Nos 64.000 chrétiens fournissant 29 ordinands supposent, pour un diocèse de 256.000 fidèles, un total de 116 séminaristes à ordonner annuellement. Sont-ils nombreux les diocèses qui atteignent cette proportion ?

    27 septembre.

    Jeudi 19 septembre, les anciens élèves du collège St Paul firent célébrer un service funèbre pour le repos de l’âme du T. C. F. Subran, qui fut longtemps leur Supérieur. Sa Grandeur, priée par eux, voulut bien accéder à leur demande ; à 8 heures, Elle offrait le St Sacrifice au Tien tchou tang, en présence des anciens et des élèves actuellement au collège. Puis tous se rendirent à Tsen kia gai où les jeunes invitaient leurs aînés. Toute la soirée, les anciens, dans de longues et bruyantes conversations, fraternisèrent avec les jeunes, ou, ensemble se livrèrent avec entrain à d’épiques parties de ballon, ainsi qu’aux beaux jours d’antan ils avaient coutume de le faire. Enfin, avant de se séparer, les anciens choisirent comme Président de leur réunion, réunion qu’ils ont l’intention de renouveler chaque année, le Docteur Ouang tai hi, médecin de l’hôpital catholique, ancien élève du collège, et diplômé de la Faculté de médecine l’Aurore, à Shanghai.

    Voici les détails qui nous ont été communiqués sur le massacre de Mgr Trudon Jans, des PP. Brunon et Rupert et de six chrétiens, tués le 9 septembre, à Siao chan, dans la sous-préfecture de Patong, Hupeh.

    Sa Grandeur, en visite pastorale, était depuis quelques jours à Che keou chan, (alias Siao chan), avec les PP. Rupert et Brunon, quand, le 9 septembre, vers le soir, la résidence est subitement envahie par une bande de forcenés armés de piques (so piao) et de longs couteaux. A ce moment, Monseigneur se trouvait à l’entrée, tout près du monument du P. Victorin, martyrisé en cet endroit en 1898. Dès qu’ils l’aperçurent, les bandits se précipitèrent sur lui, et sans autre forme de procès, lui assenèrent un grand coup de lance qui l’atteignit au front, le blessant mortellement. Les PP. Rupert et Brunon furent aussi frappés à la nuque et ne tardèrent pas à expirer. En même temps, des chrétiens qui se trouvaient à la cure, 3, dont 2 catéchistes, furent massacrés et 3 autres mortellement blessés ; quelques autres réussirent à s’enfuir. Leur coup terminé, les bandits, au nombre d’une trentaine, se livrèrent au pillage en règle 1e la résidence et se retirèrent sans être autrement inquiétés, emportant le fruit de leur vol.


    Suifu
    29 septembre.

    Le 21 septembre, en l’église cathédrale, Mgr Renault a ordonné un nouveau prêtre, M. Yâng qui, le jour même, a été nommé vicaire du P. Michel Ouang, à Che houi k’i. C’est là un renfort, mais qui est loin, bien loin, de combler les vides creusés dans les rangs du clergé indigène ou des missionnaires, soit par la mort, soit par la maladie. Il y a deux mois, nous avons eu à déplorer la mort de M. Pierre Li ; deux prêtres indigènes sont en traitement à l’hôpital de Chengtu ; deux confrères, le P. Chinchole, supérieur du Grand Séminaire, et le P. Jouve, ont dû aller se reposer à Hongkong. Et puis combien à qui l’âge et les infirmités ne permettent plus une vie active !

    Dans le département de Fou chouen on signale une réaction contre les extrémistes. Deux meneurs ont été arrêtés et exécutés à Tzeliutsing vers le milieu de septembre. La veille, les autorités avaient offert de les grâcier, à condition qu’ils cessassent leur propagande. Ils refusèrent dédaigneusement la proposition. Ils marchèrent au lieu du supplice avec enthousiasme, et moururent crânenement en disant : “on ne nous tuera pas tous ! Le communisme un jour triomphera !” Le surlendemain, leurs adeptes et l’association des sauniers leur firent des funérailles grandioses.


    Tatsienlu
    31 août.

    La Sainte Vierge, le jour de son Assomption, nous a apporté une bonne nouvelle : le 8 septembre, partira de la rue du Bac pour le Thibet un nouveau confrère, M. Victor Bonnemin, du diocèse de Besançon. Qu’il soit le bienvenu ! Quittant ses montagnes du pays de Consolation, il retrouvera ici des montagnes plus hautes encore, soit celles de Tatsienlu, soit celles des rives du Mékong et du Loutzé-kiang, selon qu’en décidera Monseigneur.

    Dans la matinée du 20 août, Mgr le Coadjuteur mit le pied à l’étrier pour se rendre à Mosimien. Sa Grandeur passa d’abord à Sémakiao, petite chrétienté installée tout récemment et sur le territoire de laquelle la Mission a construit une maison de vacances... notre Meudon. De là, suivant le torrent de Yu lin kong, Monseigneur s’en alla passer la nuit dans une hutte de montagne afin de pouvoir, le lendemain matin au petit jour, franchir le col de Ka Kia, situé à 4.100 mètres d’altitude. Du sommet de ce col à Mosimien la route est très mauvaise et souvent coupée par des torrents. On redoute toujours de passer sur les ponts qui traversent ces cours d’eau ; à cette époque de l’année, ils sont généralement en ruines ou complètement démolis. Le but du voyage entrepris par Sa Grandeur est la mise en train des travaux de la léproserie. Il y aura de longues discussions avec les entrepreneurs de bois, de briques et de tuiles. Ses séminaristes se trouvant en vacances, Monseigneur prend les siennes de cette façon.

    L’année a été très sèche et les récoltes ont souffert ; puis les orages sont venus. A ce sujet le P. Valour nous écrit de Chapa : “Les populations riveraines du Ta tou ho ont eu une bonne partie de la récolte compromise par la sécheresse. Trop tard, les cataractes du ciel se sont ouvertes, elles ont fait plus de mal que de bien. Des alluvions caillouteuses, amenées par les torrents descendus de la montagne, ont en partie envahi le jardin de l’école des filles ; un rocher a fendu le crâne d’un chrétien occupé dans son champ ; un autre de nos fidèles a roulé dans un précipice”.

    En dernière heure nous apprenons que la guerre civile a éclaté de nouveau à Mongkong. Nous ignorons si le P. Charrier a pu rejoindre son poste en retournant de la retraite. Nous attendons une lettre de lui.


    Yunnanfu
    30 septembre.

    A Yunnanfu arrive un délégué du Gouvernement Central de Nankin, Ouâng. Il est chargé d’une triple mission : 1o constater les dégâts qui ont été causés par l’explosion du 11 juillet ; — 2o licencier les troupes qui sont en surnombre, — on ne garderait que deux divisions ; — 3o réconcilier Long yun avec Tchang joui et Fou iu.

    Dans la région de Hoa pin hien... On sait que les vaincus de Tchang, Fou et Mong se sont retirés au-delà du Fleuve Bleu et qu’ils occupent la région située entre Houi li et Yun pé. Le P. Salvat, écrivant à la date du 16 septembre, disait que jusqu’ici, avec la grâce de Dieu, il n’a pas eu à souffrir de cette occupation. Il a pu garder la liberté de ses mouvements, et les résidences de la Mission n’ont pas eu à souffrir de la présence des troupes. Que les confrères veuillent bien avoir dans leurs prières un souvenir pour le cher P. Salvat dont la situation est toujours critique.

    Dans la région du bas Yunnan... Le pays a été troublé par la présence de plusieurs bandes rivales. Il y a eu bataille ; la victoire est restée à Kiang, le protecteur de l’ordre dans la région.

    A cause des troubles du bas Yunnan, on n’était pas sans inquiétude au sujet du P. Hamon. Une lettre vient de nous rassurer. Du haut de son donjon, il a pu assister impavide au va-et-vient des bandes nombreuses des indésirables qui parcourent le pays, sans avoir à souffrir de leur part. Que Dieu le protège !


    Kweiyang
    20 septembre.

    — Le P. Derouineau, actuellement encore à Chungking où il était allé suivre un traitement, va beaucoup mieux ; dans une quinzaine il pourra reprendre la route de Kweiyang.

    Paris nous annonce un nouveau confrère, le P. Didier, du diocèse de Saint-Dié. Il sera le bienvenu.

    La situation n’est toujours pas brillante. Dans l’est de la province, les brigands sont les maîtres du pays. Ils étaient installés a Tong jen depuis plus de 2 mois, lorsque dernièrement, un nommé Siee, partisan de Ly siao ien, se disant nommé par Nankin pour pacifier la contrée, a battu les brigands, et s’est installé en ville. Le P. Darris, curé de l’endroit, qui avait en dépôt 5.000 dollars, versés par le Comité de la Famine pour les pauvres de la région, a été obligé de livrer la somme au soi disant pacificateur, sous peine de voir sa résidence pillée. Plus au nord, à Ou tchouan, le P. Tsao et un jeune père du S. C., le P. Gan, venu pour prendre la succession, ne peuvent sortir, la ville étant assiégée par les chen pin. On dit pourtant que les brigands commencent à se replier sur le Setchouan. Pendant ce temps, les 3 nouveaux PP. Allemands du S. C. sont toujours à Pao tsin, au Fou lan, attendant que la route soit libre.

    Les délégués de Nankin, Ly et Ho, arrivés à Kweiyang fin août, observent et renseignent le Gouvernement Central qui, bientôt peut-être, nommera officiellement un gouverneur.


    Lanlong

    Le Père Doutreligne. — Denis-Donat Doutreligne naquit à Wattrelos, diocèse de Lille, le 18 août 1881. Foncièrement chrétiens, ses parents surent inculquer de bonne heure à leurs quatre enfants leur foi et leur zèle pour la gloire de Dieu. Denis, l’aîné, leur doit sûrement sa vocation, et, tandis que son frère Clément, aujourd’hui commandant, suivait la carrière des armes, il se présentait aux Missions-Etrangères où il savait trouver de quoi exercer son activité débordante.

    Prêtre en 1906, il fut destiné à ha Mission du Kweichow et fit ses premières études à Ts’in gai, sous la direction du P. Poux. Très débrouillard, il savait avec quelques mots de chinois se tirer des mauvais pas. C’est ainsi qu’un jour, connaissant à peine la langue, il visitait le mandarin de Kouitin ; en quelques minutes il lui arrangeait son horloge et se faisait donner des porteurs pour remplacer ceux qui l’avaient abandonné en route.

    L’année suivante, il était envoyé dans le midi de la province, chez les aborigènes “Dioy”. J’allai l’installer au village de Tchè chou, sa résidence. Une visite à un malade le conquit de suite. Voyant la ferveur d’un de nos maîtres d’école à l’heure de la mort, il me dit: “C’est fait, j’aime les Dioy” ! Et toute sa vie il les aima et se dévoua au salut de leurs âmes.

    Son district était vaste, une centaine de villages à visiter. Il s’y fit aimer à force de se dépenser, ne craignant pas de passer toute une nuit à cheval pour aller sauver un malade, ce qui lui causa plus d’une chute qui eût pu lui être funeste. Il eut et mérita le nom de médecin, et à la vérité, il étonnait les chrétiens par ses cures merveilleuses.

    Nos pauvres Dioy ont souvent des procès, et les deux partis, pour éviter le prétoire où ils étaient sûrs d’être grugés, s’en remettaient à la décision du Père. Le cher P. Denis se fatigua souvent outre mesure, faisant facilement étapes sur étapes pour protéger ses chrétiens menacés.

    Désolé de voir la femme Dioy encroûtée de superstitions, il lança en grand l’école de filles afin d’avoir en nombre des mariages chrétiens. Chaque année, il organisait une retraite fermée pour les vierges les catéchistes et les chefs de stations, ne reculant jamais devant les dépenses.

    Mais la dysenterie peu à peu le mina ; bientôt il se mit à cracher le sang et dut prendre du repos, d’abord à Tchen fong, en pays plus frais, puis à Hongkong, d’où il fut envoyé en France. Là, les bons soins de sa famille le remirent peu à peu. Ne pouvant rester inactif, il accepta d’abord d’être professeur, puis vicaire. Partout il se fit de nombreux amis qui lui écrivirent depuis fidèlement jusqu’à sa mort.

    Après ce repos en France, il nous revenait plein de gaieté. La Mission de Lanlong venait d’être fondée et le Père accepta le poste de Ouang mou. De suite, il lança les écoles et fit mille projets de conquête.

    Cette nouvelle acclimatation fut pénible, et, bientôt, les maux de ventre et la dysenterie le reprenaient. Il fit une cure à Hongkong, trop courte malheureusement pour le remettre complètement.

    L’an dernier l’incendie détruisit sa résidence. Sans perdre courage, il fit des plans. Avec l’aide de la Mission et de ses bienfaiteurs, il commença à la reconstruire, avec quelles fatigues, Dieu le sait ! Les bâtisses étaient à peine à moitié que la guerre civile éclatait. Le bourg de Ouang mou changea de maîtres plusieurs fois. La population avait fui ; le Père restait seul avec son personnel. Il se fatigua beaucoup afin d’éviter aux habitants le pillage et l’incendie, aux chrétiens mille avanies.

    Un jour, les rebelles font irruption chez lui. Deux prêtres chinois étaient venus le voir. La maison fut pillée de fond en comble, ses hôtes ficelés et menacés, le P. Doutreligne fut emmené dans la montagne, non sans avoir reçu force coups de crosses. Le lendemain il fut relâché et reconduit à sa résidence. Mais ne s’y sentant pas en sûreté, il se réfugia chez les chrétiens des environs pour surveiller les événements. Enfin, vers l’Assomption, à bout de forces, il se mit en route pour venir se reposer à Lanlong. Sa mule fit une chute dans une rivière grossie par les pluies ; il resta mouillé jusqu’au soir. Arrivé en la ville de Tsè hen, son état devint inquiétant. La fièvre s’ajoutant à la dysenterie, le P. Nénot crut devoir lui donner les derniers sacrements. Le lendemain il se trouva mieux et mangea avec appétit ; subitement, il fut pris de faiblesse. Sentant sa fin prochaine, il demanda l’Indulgence in articulo mortis et récita le chapelet avec le Père jusqu’à ce que ses lèvres ne pussent plus prononcer. L’agonie fut très courte et sans souffrance. C’est le dimanche 25 août qu’il rendit son âme à Dieu.

    Les chrétiens se firent un devoir de venir nombreux à ses obsèques. Il repose maintenant en paix dans le cimetière de Tsè hen, près des remparts, face au district de Tchè chou qu’il a tant aimé.


    Canton
    10 octobre.

    Nous sommes à l’époque des comptes rendus. Voici pour notre Mission quelques uns des chiffres extraits de l’Exercice 1928-1929 :
    1928 1929
    Nombre des chrétiens 14.110 14.487
    Baptêmes d’adultes 242 304
    “ d’adultes in articulo mortis 189 277
    “ d’enfants de payens 7.427 8.241
    Confessions annuelles 6.983 7.681
    Confessions répétées 80.751 75.183
    Communions annuelles 6.467 7.120
    Communions répétées 177.640 162.273

    Le Conseil Central de la Propagation de la Foi demande avec instance aux Vicaires Apostoliques d’instituer cette œuvre dans leurs Vicariats. Monseigneur a écrit à ses prêtres à ce sujet et leur a prescrit, pour l’avant-dernier dimanche d’octobre, une solennité spéciale en l’honneur de la Propagation de la Foi.

    Le Gouvernement Provincial a officiellement invité Monseigneur à assister aux fêtes du 10 octobre. La réception fut des plus brillantes. Le Président, général Tchang ming shu, donna à ses hôtes les meilleures assurances que l’affaire du général révolté, Tchang fat koui, serait vite réglée. Le Gouvernement, a-t-il ajouté, fait un effort considérable pour arriver à faire jouir le pays d’une parfaite tranquillité.

    La retraite des missionnaires de Canton aura lieu du 11 au 15 novembre.


    Swatow
    18 octobre.

    La vague rouge menace de nouveau d’envahir une partie de notre Mission ; cette fois elle arrive du nord-est, du côté du Foukien. Chez nos voisins de ce côté, les Pères Dominicains allemands de la Préfecture Apostolique de Tingchow, elle a déjà tout submergé. Grâce à la présence dans ces parages des troupes rouges de Tchou et Mao qui depuis plus d’un an circulent au Kiangsi méridional et dans les régions avoisinantes du Kwangtong et du Foukien, le bolchévisme s’est répandu dans presque toute la Préfecture ; partout les églises et les résidences ont été détruites ; en septembre, il ne restait plus que les stations centrales de Shanghang et de Wuping.

    Le 20 septembre Shanghang fut occupé par les troupes de Tchou, la Mission pillée, les Missionnaires, les Sœurs, tout le monde fut emmené au Quartier général. Quand quelques heures plus tard le général Tchou arriva, il renvoya les Sœurs, auxquelles dans la suite un Père fut adjoint à la Mission, avec ordre d’y soigner les malades et les blessés. Les autres Pères furent enfermés avec un grand nombre de “capitalistes” de la ville. A tous une forte “contribution de guerre” fut imposée ; ceux qui rie purent payer furent impitoyablement exécutés. Après plusieurs jours de pourparlers, la part des Missionnaires fut fixée à $ 10.000 et un Frère fut député à Swatow pour y chercher cette somme ; entre temps deux Pères furent emmenés dans la montagne.

    A la nouvelle de la prise de Shanghang, les Rouges de Wuping s’emparèrent de cette ville. Les Missionnaires et les Sœurs réussirent à s’enfuir au Kwangtong, d’abord à Chenping, chez les Pères de Maryknoll, puis à Swatow où, quelques jours plus tard, ils furent rejoints par ceux de Shanghang.

    Nous avons donc actuellement ici tout le personnel de la Préfecture Apostolique de Tingchow : Mgr Pelzer, six Pères, deux Frères et seize Sœurs.

    Du Foukien le mouvement bolchéviste menace de passer au Kwangtong où les organisations rouges, répandues dans toute la contrée, n’attendent que le départ des soldats qui tiennent encore le pays, mais qui ont reçu l’ordre de rallier Canton, pour y prendre part à l’expédition contre le Kwangsi. S’ils ne sont pas rapidement remplacés par d’autres troupes, nous pourrons bien revoir les horreurs de 1927-1928. Déjà du Lukfung, de chez le P. Ts’ai, arrive la nouvelle de la destruction du village chrétien de Leoutze. Les chrétiens, surpris par une bande de Rouges venue des montagnes ont voulu se défendre ; 9 ont été tués, 5 grièvement blessés, 22 femmes et enfants emmenés ; les habitations ainsi que la chapelle ont été incendiées et détruites.

    Que Dieu nous préserve de plus grands malheurs !


    Nanning
    8 octobre.

    Une nouvelle guerre civile est en perspective dans notre province : nos gouverneurs locaux se sont de nouveau révoltés contre là Gouvernement Central et déjà les armées ennemies sont en présence sur la frontière de l’est.

    La construction des chaussées macadamisées se poursuit activement dans notre ville. L’une d’elles doit passer devant notre Dispensaire-Hôpital. Les conditions sont draconiennes: Nous devons:
    1º Reculer nos bâtisses de sept mètres ;
    2º Payer une taxe proportionnelle à la surface de l’établissement, taxe que l’on évalue pour nous à plus de quarante mille francs.

    On nous demanderait volontiers, par-dessus le marché, de proclamer urbi et orbi que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la Chine est un pays charmant !


    Hanoi
    28 septembre.

    Les vacances sont finies. Maîtres et élèves viennent de réoccuper leurs chaires et leurs pupitres ; missionnaires et prêtres indigènes, quittant l’ombre des presbytères, se sont remis en campagne pour la dernière tournée jubilaire. La température est encore pénible, de brûlantes éclaircies alternent avec des averses diluviennes ; mais les nuits sont plus fraîches, le sommeil plus réparateur. La tâche, nouvelle ou à continuer,, sollicite les courages. Au travail !

    La rentrée de nos écoles catholiques, à Hanoi, est plus que satisfaisante. Les chers Frères inaugurent cette année les 4 cours complémentaires franco-indigènes. Ils ont reçu quelques renforts de personnel. Leur regret est que le manque de ressources pécuniaires les empêche de restaurer, d’agrandir leurs locaux de Puginier et de St Jean-Baptiste de la Salle, et par suite d’agréer un plus grand nombre de demandes d’admissions.

    L’école Sainte-Marie et son annexe de la rue de la Mission, proprettes et “tirées à quatre épingles”, fonctionnent aussi à plein rendement. Nos bonnes Religieuses de Saint Paul de Chartres, qui plient sous le fardeau, espèrent bien que Mère Louise, ou la nouvelle Mère provinciale, au cas où le Chapitre appellerait Mère Louise à d’autres destinées leur amènera de France des recrues munies de toutes les vertus et de tous les diplômes.

    Le Père Dépaulis, toujours entreprenant, installe à côté de son école élémentaire de garçons, un foyer des étudiants catholiques. Là pourront prendre pension un certain nombre de jeunes gens, venus de l’intérieur pour suivre les cours dans les établissements officiels d’enseignement. C’est une œuvre dont le besoin, depuis longtemps, se faisait sentir.

    Enfin, nous avons eu le plaisir d’enregistrer l’ouverture de plusieurs nouvelles écoles élémentaires dans les paroisses. Il n’est pas rare que les familles bouddhistes confient leurs enfants à nos maîtres chrétiens. C’est, en même temps qu’un témoignage rendu à l’excellence de l’éducation religieuse, un espoir de plus pour l’apostolat.

    Nos Séminaires ne connaissent pas, grâce à Dieu, la pénurie du recrutement. Le Grand nous a donné le 21 septembre 3 nouveaux prêtres. Le Petit, pour remplacer les “rhétoriciens” dont les études viennent de s’achever, a reçu plus de cinquante “ sixièmes ”. Le Probatorium voit sa population passer de 80 à 120. Dans sa jalousie, le diable a gratifié, juste au début de l’année scolaire, le Père Décréau, bon papa de tous ces enfants, d’une crise douloureuse d’arthritisme. Le malin en a été pour ses frais de malice. Le patient a augmenté ses mérites et acquis l’assurance que l’année, commencée dans l’épreuve, n’en sera que plus fructueuse.

    Pour clore ce petit “topo” sur l’enseignement, signalons la réouverture, à Ke-So, de l’école des catéchistes. Ses vicissitudes, dans le passé, ont été nombreuses et diverses. Espérons que son nouveau directeur, le Père Trong, va cette fois, l’asseoir sur un fondement inébranlable.

    J’ai dit que missionnaires et prêtres indigènes ont repris aussi le harnais. A vrai dire, ils ne l’avaient guère quitté. Un troupeau de plus de 150.000 brebis donne, même pendant l’été, de l’occupation à ses pasteurs. Pourtant nos deux évêques et 18 confrères, sur 29 présents dans la Mission, ont pu s’échapper, qui pour quelques jours, qui pour deux ou trois semaines, les plus fortunés pour un mois, et aller respirer l’air frais du Mauson. Ils y ont retrouvé les beaux horizons, l’ondoyante verdure, les cascades argentées, les vasques aux ondes limpides, qui font le charme de notre nouvelle station d’altitude, le tout égayé encore, pendant le mois d’août, par le gramophone, le Pathé-Baby et.. la gaieté communicative de notre apôtre des Muong, le bon Père Fourneuve.

    Son digne émule, le P. Marty, est ces temps-ci à la joie tout en demeurant à la peine. D’abord il vient d’inscrire une bonne centaine de nouveaux catéchumènes Muong, avec leur chef féodal, et ce beau coup de filet lui permet d’en espérer d’autres. Ensuite le Père Hébrard, son voisin, dont il a dirigé le district pendant 2 ans, vient de rentrer de France. Cette deuxième joie, inutile de le dire, est partagée par tous les confrères de la Mission et par les catholiques de Thuong-Lâm, heureux de revoir leur dévoué pasteur.

    Je ne vous ai pas parlé du typhon de fin juillet. Sans causer des ravages comparables à ceux qu’a éprouvés la Mission espagnole de Bui-chu, il a cependant laissé des traces cruelles dans nos paroisses du sud. Plusieurs églises renversées, d’autre abîmées, récoltes inondées etc.. A Trung-luong, district du P. Tardy, la foudre est tombée sur l’église déjà mise à mal par l’ouragan. En fait de calamités le “riche” Delta tonkinois est vraiment bien servi.


    Vinh
    1er octobre.

    Le P. Abgrall. — Le grand événement du mois de septembre a été la mort du R. P. Provicaire, le cher et vénéré P. Abgrall, survenue le 19, après une maladie de plusieurs mois.

    Au début de juin, le P. Abgrall, très fatigué, était venu se reposer à Xã-Ðoãi. Les bons soins de la sœur Supérieure de l’hôpital de la Mission l’avaient assez promptement remis sur pied. Cependant, après quelques jours passés dans son district de Quinh-Luu, il revint à Xã-Ðoãi fatigué autant, sinon plus, que précédemment. La fièvre l’avait repris, les organes, le cœur, l’estomac, les intestins, rien ne fonctionnait plus normalement. Le médecin-chef de l’hôpital de Vinh vint le voir à deux reprises, lui procura quelque soulagement ; il lui faisait même espérer une amélioration plus notable, si le malade voulait se faire hospitaliser à Vinh.

    Le P. Abgrall suivit l’avis du docteur. Le 8 août il entrait à l’hôpital de Vinh. Il y demeura trois semaines et revint à Xã-Ðoãi dans un état de santé fort satisfaisant pour son âge. L’amélioration continua, si bien que le dimanche 8 septembre il était décidé à repartir le lendemain pour regagner son poste de Thuân-Nghĩa. Il voulait préparer les fêtes de l’Adoration perpétuelle, fêtes qui devaient avoir lieu à la fin de la semaine. Et de fait, le cher Père avait tellement repris vie qu’on l’aurait dit alors presque revenu à son état de santé habituelle. Mais dans la nuit du dimanche au lundi, une crise cardiaque lui fit perdre tout ce qu’il avait gagné dans le cours du mois.

    Au bout de quelques jours, les soins ai dévoués de la sœur Supérieure ayant été impuissants à enrayer le mal, le Père voulut retourner à l’hôpital de Vinh. Il y entrait le vendredi 13, et, dès son arrivée, le médecin constatait le commencement d’une pneumonie. Etant donné le grand âge du malade et son affaiblissement, il restait peu d’espoir de guérison. Deux jours plus tard, cet espoir disparaissait. Le lundi dans la matinée, notre confrère, en pleine connaissance, reçut les derniers sacrements des mains du P. Delalex, curé de Vinh. Aussitôt après il se faisait ramener à Xã-Ðoãi afin d’y attendre en paix, au milieu de nous, la visite de la mort.

    Il était vraiment dans une grande paix et n’avait besoin d’aucune exhortation. “Je suis bien tranquille, aimait-il à dire, j’ai tout reçu, je n’ai plus besoin de rien, ma vieille maman, mes frères et mes sœurs, qui sont là-haut, ont tant prié, ils prient encore tant pour moi ! Je suis bien tranquille”. Le P. Abgrall garda sa connaissance jusqu’au mercredi soir, mais il s’exprimait assez difficilement et on avait peine à le comprendre. Le mercredi soir, un peu avant minuit, le Père entra dans le coma et le lendemain jeudi, à six heures du soir, assisté de Mgr Eloy, de plusieurs Pères français et annamites, notre vénéré confrère rendit son âme à Dieu.

    Les obsèques furent fixées au samedi suivant, huit heures. Pendant les quelques jours qui précédèrent sa mort, le cher défunt avait à plusieurs reprises manifesté le désir que l’on veillât à ce que tout se fit avec la plus grande simplicité et avec beaucoup de piété. Il défendait absolument tout ce qu’il appelait le “flafla” extérieur. On peut dire qu’il a été servi à souhait. Je ne pense pas que chez nous enterrement de missionnaire ait jamais été si simple, si pauvre, si triste....

    Dans la nuit du vendredi au samedi le vent s’était levé, la pluie avait commencé de tomber avec force. Au petit jour, un typhon se déchaînait. Des ordinands, au nombre de huit, qui devaient ce matin-là recevoir le diaconat, eurent mille peines à faire le trajet du Séminaire à la chapelle épiscopale. Monseigneur les ordonna à 6 heures et demie.

    Ne pouvant remettre cette ordination à un autre jour, Sa Grandeur avait prié le P. Dalaine de dire à sa place la messe des funérailles. Cette messe devait être célébrée très solennellement avec le concours des élèves de nos deux Séminaires. Mais à huit heures, le typhon était d’une violence telle que les séminaristes se trouvèrent dans l’impossibilité de sortir. Le corps du P. Abgrall fut transporté à la cathédrale sans aucune cérémonie. La messe fut chantée in forma pauperum. Comme assistance, entouraient le cercueil Monseigneur, le Père procureur, un confrère qui se trouvait de passage à la Mission ; un confrère du Grand Séminaire et un autre du Petit Séminaire avaient bravé l’un et l’autre le vent et la pluie ; avec eux deux prêtres annamites, la sœur de l’hôpital, enfin les huit coolies qui avaient apporté le corps à l’église.

    L’absoute fut donnée par Monseigneur et, comme le typhon continuait de faire rage, la sépulture fut remise à plus tard. Dans l’après-midi, une accalmie s’étant produite, le corps fut transporté au cimetière de la Mission, toujours in forma pauperum, car la pluie, encore très violente, ne permettait aucun cortège.

    De tous les missionnaires, déjà nombreux depuis la création du Vicariat, dont les restes reposent dans ce cimetière, aucun n’a travaillé dans la Mission aussi longtemps que le P. Abgrall. Pendant 42 ans, tout entier, sans relâche, il s’est dépensé au service des âmes, nous donnant à tous l’exemple d’un zèle ardent, infatigable, l’exemple également d’un détachement complet des choses de ce monde, Le seul temps qu’il passa en dehors de la Mission fut un séjour de six mois qu’il fit à Hongkong, au cours de l’année 1913.

    C’est sans doute cette vie toute livrée, toute consumée au service de Dieu et des âmes, qui valut au P. Abgrall tant d’assurance et de tranquillité en face de la mort et qui lui vaudra sûrement là-haut une belle place dans la glorieuse phalange, parmi les saints ouvriers apostoliques.

    Le P. Le Gourriérec qui avait, au début de septembre, repris son poste au Petit Séminaire après avoir passé deux mois à l’hôpital de Vinh, a dû y retourner voilà une douzaine de jours pour y soigner une pneumonie et une fièvre dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Il va mieux et il envisage un prochain voyage à Hongkong pour essayer de se remettre complètement.

    Monseigneur doit partir le 8 octobre pour une tournée de Confirmation de deux mois, dans les districts de Văn-Hạnh, de Kỳ-Anh et de Cũa-Lò.


    Hunghoa
    14 octobre.

    Le 18 septembre, après deux mois de villégiature dans la montagne, Mgr Ramond rentrait à Hưnghoá en compagnie du Père Mazé. Avant son départ de Chapa, Sa Grandeur indiqua quelques modifications à faire à la maison d’habitation, pour en rendre le séjour plus agréable encore dans l’avenir, et fixa l’emplacement de la future chapelle de cette station estivale. Actuellement, les prisonniers sont mis à notre disposition pour aider à déblayer et aplanir le terrain ; comme ils ne sont guère plus ardents au travail là-haut que dans la plaine, le Père Jacques est chargé d’aller, une fois ou l’autre, encourager leurs efforts.

    A propos du Père Jacques, nous pouvons ajouter que récemment il fut volé. Depuis quelque temps, il s’apercevait que de menus. objets, même de l’argent, disparaissaient. Quel était l’auteur de ces vols répétés ? Etait-ce quelqu’un du dehors, violant la barrière… morale, qui clôt le terrain de la Mission ? Etait-ce un domestique ? Le Père ne pouvait le découvrir.

    Sans mot dire, il chercha à connaître la manœuvre du malfaiteur, et vit de suite que rien n’était plus simple : le barreau d’un volet pouvait s’enlever, ce qui rendait aisée l’ouverture de la fenêtre ; celle-ci une fois ouverte, il n’y avait qu’à entrer et à faire son choix ; à la sortie, manœuvre inverse : le voleur refermait la fenêtre sans bruit, replaçait avec soin le fameux barreau, et, ni vu ni pris !

    Ce manège aurait pu durer longtemps encore, et tout le vestiaire du Père, toutes ses boîtes de conserves, de fromages ou autres. d’avant-guerre, voire même ses seaux de “Miel de Lorraine”, si appréciés de tous, eussent fini par disparaître complètement.

    Le Père Jacques n’y tenait nullement, et, pour mettre un terme à cette cleptomanie, il recourut à la “Méthode Bertillon” : puisque, à l’heure actuelle, les empreintes digitales amènent si rapidement la découverte des plus grands criminels, pourquoi n’userait-il pas, lui, des empreintes du pied ? Aussitôt pensé, aussitôt fait. Dans le silence et l’obscurité de la nuit, il répandit des cendres sur le sol, évitant naturellement d’y passer lui-même, et, tout plein d’espoir d’une bonne prise, s’en revint se coucher.

    Le lendemain, le résultat était complet, deux beaux pieds, bien marqués, apparaissaient ; le voleur, oubliant qu’il était nu-pieds, et ne soupçonnant pas le stratagème du maître de céans, avait laissé le pôvre, son signalement ; il n’y avait plus qu’à confronter. La Gendarmerie inspecta, et le voleur fut vite reconnu : c’était le boy du cuisinier du Père. Il est maintenant à l’ombre, dans la prison de Lao-Kay, et, un jour ou l’autre, le Père Jacques le retrouvera certainement parmi les terrassiers de Chapa.

    Notre confrère va sans doute profiter de cette occasion, pour entourer son terrain d’une solide barrière en bambous. Le voisinage des maisons de jeux est un motif sérieux de redouter les voleurs ; et une autre fois, ce pourrait être un domestique du boy de son cuisinier qui opérerait, lui, plus en grand ! Au Tonkin, maintenant, avec les journaux, le cinéma, il n’y a plus de secrets pour les voleurs et cambrioleurs !

    Le dimanche 22 septembre, eut lieu à Hưnghoá l’ordination d’un nouveau prêtre. C’est le premier prêtre originaire du village de Hoàng-Xá, à quelque vingt kilomètres de Hưnghoá, et les habitants de ce gros village s’étaient promis de venir très nombreux à la cérémonie ; un malencontreux typhon les en empêcha, et beaucoup n’arrivèrent que pour la première messe de leur jeune compatriote.

    Des typhons.... nous en avons eus cette année plus que de coutume. Sans doute, nous sommes loin de la mer, et notre Mission ne subit ordinairement que des “queues de typhon” ; nous n’avons pas eu à déplorer de dégâts ou d’accidents, comme dans le Delta, mais cependant, en bien des endroits, le riz, repiqué déjà deux ou trois fois, a été inondé ; il est complètement perdu ; c’est la récolte du 10e mois sérieusement compromise.

    Rarement, on eut tant de pluie que durant ces derniers mois ; de juillet à septembre, je ne sais combien l’Observatoire de Phú-Liên nous annonça de dépressions atmosphériques, de typhons en direction vers le Tonkin ; et, comme tout se résolvait en ondées sérieuses, c’était à décourager de se mettre en route !

    Même le Père Hue, Provicaire, un “as” de la pédale, qui circule ordinairement par tous les temps et dans tous les sentiers, trouvait qu’il y avait vraiment trop de pluie pour les pauvres cyclistes. Un jour que la route de Hưnghoá était couverte par l’eau et coupée en quelques endroits, il se hasarda tout de même à passer près d’une de ces coupures, et, pour une fois, (gare au chroniqueur !) il fit une belle pirouette dans l’eau. Un autre jour, revenant également de Hưnghoá, sérieusement lesté de plusieurs boîtes de sucre, les unes dans sa musette, les autres sur son porte-bagages, il fut menacé tout à coup d’un sérieux orage ; il lui fallait passer la Rivière Noire avec un vent de tempête. De l’autre côté, c’était encore une route de 10 à 12 km. à parcourir ; qu’allait devenir le cadeau du Procureur ? Les premières gouttes de pluie tombaient, et le ciel s’assombrissait de plus en plus. Revenir à la Mission ? Qu’eût-on dit, en le voyant rentrer ainsi à Hưnghoá ? Donc, “tant pis pour la pluie !” il monta en barque ; de sa forte poigne, il aida les “barquiers” à passer rapidement le fleuve, malgré le vent et les flots. Sur, l’autre rive, en un instant, il fut sur sa bécane ; du débarcadère jusqu’à sa résidence, ce fut une course en ne vitesse, même chose, un bolide ! Il y arriva à temps, et ses boîtes de sucre furent à peine mouillées. Durant ce temps il pleuvait à verse à Hưnghoá, et le Procureur, jetant les yeux sur l’horloge, et connaissant l’allure ordinaire du Père, tâchait de deviner où avait dû commencer probablement la fonte de son sucre, et ce qu’il pouvait bien en rester.

    Les inconvénients de ces pluies continuelles, les Pères Gautier et Cornille les connaissent plus que tout autre. Le premier se trouve alors isolé à Phủ-Yên-Bình ; qu’il projette une sortie à Yên-Bái, chez le Père Méchet, ou un voyage à Tuyên-Quang, chez le Père Gauja, c’est la même chose : les routes sont coupées, les ponts emportés, de la boue partout ; avec cela, mettez-vous en route ! Quant au Père Cornille, à cette époque de l’année, il ne songe guère, ordinairement, à faire les 80 km., qui le séparent de Yên-Bái : les arroyos, grossis démesurément par les pluies torrentielles de la forêt, ne le lui permettraient pas. Mais il n’en attend pas moins chaque jour son courrier, et, comme notre confrère a la notion précise du service régulier des Postes et Télégraphes et qu’il est toujours au courant de l’arrivée des paquebots, on devine aisément combien il lui en coûte de ne pas voir arriver à heure fixe les coolies de la Poste, et de ne recevoir, qu’après plusieurs jours d’attente, la réponse à ses lettres ou quelque colis annoncé.

    Même, le Père Vandaele, à Hưnghoá, fut “victime” d’un de ces typhons. Ne s’avisa-t-il pas un beau matin, par une pluie torrentielle, de descendre “les quatre fers en l’air”, un escalier en briques ! Tout porta, la tête, le coude, et surtout le bas du dos. Il avait ri, quelques jours avant, de la pirouette du Père Hue dans l’élément liquide, mais la sienne, si elle ne fut pas aussi humide,. fut loin d’être aussi élégante. Heureusement, il n’y eut rien de cassé, mais il se souviendra des massage de la colonne vertébrale.

    Et voilà comme quoi nous ne sommes jamais contents ici-bas. Qu’il fasse un beau soleil, ce sont des plaintes de jour et de nuit sur l’intensité de la chaleur ambiante, dans les pays tropicaux ; que la pluie vienne, se prolonge un peu, ou tombe en trop grande abondance, aussitôt de récriminer. Quand donc arriverons-nous à mettre en pratique la résolution de notre dernière retraite et à dire, en toute occasion, comme le Trappiste qui nous la prêcha : Fiat ! Amen ! Alleluia !


    Phatdiem
    26 septembre.

    Typhons successifs. — Il paraîtra fastidieux de voir la chronique revenir sans cesse sur des méfaits commis par les typhons. Mais je pense qu’on lui concèdera bien qu’il est navrant de subir tempête sur tempête, dans un pays qui est déjà pauvre sans cela. C’est, hélas! ce que nous avons éprouvé pendant tout cet été, ou plus exactement depuis la fin de juillet. Pour ne pas être trop ennuyeux, voici quelques détails seulement.

    6 septembre. — A Ba Làng, dans la province de Thanh Hoá, plus de 20 pêcheurs catholiques surpris par l’ouragan en pleine mer ont disparu. Les païens perdus se chiffrent par centaines. — Près de Mương Tuống, dans le Châu-Laos de Thanh Hoá, un rocher affouillé par les pluies incessantes s’est écroulé écrasant 7 maisons.

    21 septembre. — Samedi des Quatre-Temps, malgré la tempête, les grands séminaristes ont dû se rendre à la cathédrale pour l’ordination. Heureusement. qu’ils avaient apporté des habits de rechange, sans cela l’ordination aurait été suivie de maladies plus ou moins graves. Mgr De Cooman a ordonné 5 diacres, 1 sous-diacre, 1 acolythe, 4 lecteurs.

    21 septembre. — Science et Conscience. 9 heures du matin, le typhon continue, la pluie tombe par rafales et avec une rage extraordinaire, à Phátdiệm. Mais que voit-on donc au milieu de la cour de la communauté ? Une silhouette noire, toute encapuchonnée, qui se tient debout et, très tranquillement, subit l’averse. Elle regarde thermomètres, baromètres, pluviomètres, etc. etc. et prend note au crayon de tout ce qu’elle observe... Vraiment il faut avoir de la conscience pour aller par un temps pareil à l’heure réglementaire inspecter tous ces instruments, afin de renseigner comme il convient le Bureau météorologique pour l’amour de la science exacte. — Tous nos compliments à notre cher confrère, M. Alfred Barbier, le si dévoué correspondant de l’Observatoire de Phú-Liễn. Sans doute que plus d’un autre correspondant aura attendu la fin de la bourrasque, avant d’aller prendre ces renseignements, et ils n’ont pas tous 67 ans accomplis, comme notre modeste P. Barbier.

    23 septembre. — A peine le typhon est-il passé que Mgr De Cooman est parti pour une tournée pastorale. Malgré plusieurs incidents dûs au typhon, il arrive à Mục Sơn, province de Thanh Hoá. Pour la circonstance, l’église paroissiale venait juste de s’offrir un petit clocheton. Les constructions n’étaient pas encore sèches quand les typhons sont arrivés. Bien entendu le clocheton est tombé, il a écrasé une partie de l’église. Cela n’empêchera pas Sa Grandeur de prêcher la retraite, là comme ailleurs. Avec des moyens de fortune les chrétiens se mettront à l’abri du mauvais temps, ils ne sont pas difficiles d’ailleurs et savent se gêner pour le bon Dieu.


    Hué
    4 octobre.

    S. E. Mgr le Délégué Apostolique a quitté Hué le 21 août pour aller visite les Missions de Saigon, Phnompenh et Quinhon. On attend son retour dans la première quinzaine d’octobre.

    Nos Séminaires et écoles ont eu leurs rentrées dans les premiers jours de septembre. Les grands séminaristes sont 29 et les petits sont 112. Le Grand Séminaire de Hué et le Petit d’An-Ninh ont chacun deux élèves de la Mission du Laos. Les écoles des Frères et des Sœurs n’ont pas assez de place pour suffire aux demandes d’entrée.

    Le 8 septembre, en la chapelle de l’Institut indigène des Petits Frères du Sacré-Cœur, Mgr Allys a reçu les vœux triennaux des 6 premiers Religieux de cet Institut. Le même jour, 5 postulants ont pris l’habit religieux, ce qui porte à 12 le nombre des novices. Les juvénistes sont actuellement 29.

    On annonce le prochain retour à Hué du Père Thúc, ancien élève du collège de la Propagande, ordonné prêtre à Rome, aux Quatre-Temps de 1925. Après avoir fait ses études théologiques et canoniques dans la Ville éternelle, le Père Thúc était allé, sur le désir de Mgr Allys, préparer en France son baccalauréat et sa licence ès lettres. Ayant obtenu ces deux diplômes, il s’est embarqué le 20 septembre pour revenir à Hué. Durant son séjour à Paris, il avait reçu l’hospitalité au Séminaire des Carmes.. Le P. Thúc, dont le père, aujourd’hui décédé, avait été Ministre de la Cour d’Annam, a deux frères dans l’administration indigène : l’un est gouverneur d’une province et l’autre est préfet. Un autre de ses frères et l’un de ses neveux font leurs études en France, au collège de Juilly.

    On attend aussi dans le courant d’octobre le P. Massiot, notre nouveau confrère. Le P. Cadière, que l’on dit bien rétabli, ne tardera probablement pas à le suivre.


    Bangkok.
    3 octobre.

    Afin d’étudier en commun les questions relatives au Règlement de la Société, il y eut à Bangkok, les 12 et 13 septembre 1929, la réunion du Groupe des Missions de l’Indochine Occidentale. Etaient présents : Nosseigneurs Perros et Gouin ; les Pères Ferlay, Mamy et Devals. Diverses circonstances vraiment fatidiques empêchèrent le plein épanouissement fraternel de cette réunion. Sur cinq Missionnaires désignés en première ligne, deux seulement étaient présents : les Pères Mamy et Devals. La mort, en effet, en enlevait deux dans la semaine même précédant la réunion : les Pères Hervy et Peyrical. Quant au Père Figuet, représentant suppléant du Laos, atteint de lithiase rénale la nuit même de son arrivée à Bangkok, il fut incapable d’assister à aucune réunion et dut séjourner constamment à l’hôpital. Ces deuils et ces souffrances assombrirent évidemment l’atmosphère de radieuse allégresse qui entoure ce genre d’intime réunion, mais ils ne purent lui enlever son caractère de franche cordialité. Inutile d’ajouter que nous avons déploré l’absence de tout représentant de la Birmanie Septentrionale, les circonstances de temps ayant empêché, sans doute, le suppléant du regretté Père Hervy de prendre la route du Siam. Mgr Gouin, qu’aucune fatigue ne rebute quand sa présence est utile au bien général ou particulier, fut l’agréable animateur de cette réunion où, sous la présidence de Mgr Perros, se réalisa du bon travail qu’il appartient à la seule Assemblée Générale de l’an prochain de mettre en valeur. Le R. P. Mamy est élu pour s’y rendre au nom des missionnaires d’Indochine Occidentale.

    Nous signalons avec plaisir le programme musical exécuté à Bangkok par la Chorale uniquement siamoise de l’église de Sainte-Croix, en sa fête patronale de l’Exaltation. S’inspirant du Motu Proprio du 22 novembre 1903, rappelé et recommandé à nouveau par les Acta Apostolicœ Sedis du 6 février 1929, le programme comprenait les trois branches d’art vocal en Musique Sacrée : le Plain-Chant Grégorien, la Polyphonie classique et l’Homophonie religieuse. Des morceaux choisis de Palestrina, de Gounod, de Bernabei (Magnificat a capella), de Mozart, de Bach, etc. furent brillamment exécutés durant les cérémonies liturgiques de la journée, présidées par Sa Grandeur Mgr Gouin, Vicaire Apostolique du Laos. Le sermon fut donné par Sa Grandeur Mgr Perros qu’entourait une belle couronne de missionnaires et de prêtres indigènes. Ce fut un remarquable effort donné par des amateurs laïques, mais chrétiens, qui comprennent la beauté musicale religieuse et qui cherchent à l’épanouir au royaume du Siam.


    Malacca
    1er octobre.

    La date du 18 septembre était celle du 25me anniversaire du sacre de Mgr Barillon. Cet anniversaire, Sa Grandeur a voulu le fêter dans l’intimité. Mais les missionnaires, par leurs prières et leurs souhaits ont tenu à exprimer leurs sentiments à l’égard de notre Père et ont demandé au bon Dieu de lui accorder meilleure santé et longue vie. A l’issue de la grand’messe, le 15 septembre, le Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Singapore.

    Le P. Fourgs, après avoir passé presque toute sa vie à Seremban, vient d’être nommé à Ipoh. Le P. Maury a bien voulu prendre sa place, à Seremban. L’un et l’autre, mais surtout le P. Maury, peuvent dire : Statuisti in loco spatioso pedes meos.

    Nous avons eu le plaisir de posséder pendant quelques jours le P. Jarreau, de la Mission de Canton. Il a retrouvé un certain nombre de ses anciens chrétiens établis dans la Mission de Malacca.

    Nous attendons avec impatience notre nouveau confrère, le P. René Girard. Il deviendra un parfait sinologue sous la direction du vénéré Mgr Mérel.


    Pondichéry
    24 septembre.

    La fête de la Nativité de la B. V. M. à Ariankuppam. — C’est une fête antique et solennelle puisque, d’après les documents les plus autorisés, elle date de 1725 au moins.

    Ariankuppam est une dépendance du territoire français de Pondichéry. Cette localité est située à une bonne lieue de la capitale. C’est, comment dire ? un petit, un gros, un grand village ? Disons plutôt d’Ariankuppam que c’est un village bien organisé puisqu’il a son conseil municipal avec son maire, son école communale avec ses instituteurs, et son église avec son curé : un aimable, affable, charitable confrère, un confrère toujours souriant, populaire comme pas un. Entre nous, nous l’appelons le P. Valentin. Les chrétiens, déformant légèrement Autemard, son nom de famille, l’appellent Outtamanadar, c’est-à-dire “Excellent”.

    La paroisse d’Ariankuppam est un véritable petit centre de pèlerinages. Deux au moins s’y célèbrent chaque année avec grand concours de peuple : le premier à Korkamodhu, en honneur de sainte Anne, le second et le plus fréquenté, à Ariankuppam, le jour de la Nativité de la Sainte Vierge Marie. C’est de ce dernier qu’il s’agit.

    En 1714, la Compagnie des Indes accordait aux Pères Jésuites un terrain situé sur le territoire d’Ariankuppam. Ces derniers y bâtirent une église aux dimensions modestes, mais bien comprises : style roman, voûte plein cintre, une grande nef, deux nefs latérales, deux bras donnant à l’ensemble la forme d’une croix. C’est l’église actuelle d’Ariankuppam.

    Une dizaine d’années plus tard, en 1725, le P. Duclos écrivait : “Il y a 13 ans, le P. Bouchet ne rencontra qu’un seul chrétien à Ariankuppam. Aujourd’hui il y en a près de 400 et de belles espérances de nombreuses conversions”.

    Cette petite chrétienté devint bientôt le centre de pieux pèlerinages. L’église, dédiée à la Nativité de la Sainte Vierge, attirait chaque année à peu près tous les chrétiens de Pondichéry et des environs, pendant la neuvaine préparatoire et surtout le jour de là fête. Il faut croire que tout s’y passait très bien et que tout était pour le mieux dans le plus pieux des mondes, puisque le P. Duclos écrivait à cette époque : “J’ai eu le bonheur de coopérer cette année au salut d’un grand nombre de fidèles, tant indiens que créoles et européens, et les exemples touchants de piété dont j’ai été le témoin m’ont attendri jusqu’aux larmes”.

    Ceci se passait en 1725, nous sommes en 1929. Voyons comment se passent les choses aujourd’hui.

    Le concours des fidèles n’est peut-être pas aussi grand qu’autrefois, mais la fête n’a rien perdu de sa popularité. Chaque année on attend son retour, et la grande question est de savoir quand le Ter — char de procession — portant la statue, une vieille, très vieille statue en bois doré, quittera la cathédrale de Pondichéry pour se rendre à Ariankuppam où elle restera huit jours.

    Donc huit jours avant le 8 septembre, si la Nativité tombe un dimanche comme cette année, ou huit jours avant le dimanche qui suit la Nativité, si cette fête tombe un jour de semaine, la procession sort de la cathédrale, le soir à cinq heures et quart, après un très court salut du Saint-Sacrement. Au son des cloches, au milieu des détonations des canons, accompagnée des accords — disons-le, parfois disgracieux — de plusieurs musiques qui jouent en même temps, à contre-temps surtout, des airs différents, la Sainte Vierge, dans un char aux peintures vives et voyantes relevées par la blancheur des jasmins, entourée de nombreux fidèles, s’avance souriante, maternelle, à travers les rues de Pondichéry. La procession s’arrête devant chaque maison chrétienne afin de permettre au chef de famille d’allumer quelques bougies devant la statue et de lui offrir quelques fleurs.

    Enfin, doucement, pieusement, la procession, vers sept heures et demie du soir arrive à Odiamsalei, boulevard extérieur de Pondichéry. C’est le point où le clergé se retire et où de nombreux fidèles rentrent chez eux. Aussi, à partir de cet endroit, le cortège perd-il de son caractère liturgique pour prendre un aspect quelque peu chaotique et légèrement désordonné. Cela dure jusqu’au pont d’Ariankuppam, à un kilom. de l’église paroissiale du lieu.

    Le curé de l’endroit, le brave P. Valentin, prend alors la direction de la procession, il reçoit dignement son auguste Visiteuse, lui promet de l’entourer d’honneurs et de vénération, pendant le séjour qu’elle va faire sur la paroisse d’Ariankuppam. La procession se reforme et se remet en marche. Dix heures sonnent à l’horloge du beffroi quand, dans l’église paroissiale, la statue de Notre-Dame se trouve installée sur son trône et quand la bénédiction du Saint-Sacrement vient clôturer cette première journée.

    Durant tous les jours de la neuvaine, le P. Valentin est et se fait tout à tous : aux pèlerins, pour leur faciliter l’accès de l’église ; aux pénitents, pour entendre leurs confessions; aux confrères qui viennent l’aider et qu’il entoure des soins les plus fraternels. Ah ! il fait bon, en ces jours de fêtes être l’hôte de notre cher confrère !

    Mais le grand jour, c’est le dernier : le dimanche. Les pèlerins sont plus nombreux. Ce jour-là, de 5 heures à 8 heures du matin les messes se succèdent sans interruption. De Pondichéry les élèves du Grand Séminaire sont venus à Ariankuppam, ils chanteront la messe, fourniront le diacre et le sous-diacre pour la grand’messe solennelle, ils passeront à Ariankuppam la journée entière.

    Le soir de ce même jour, vers quatre heures, la cloche convoque les fidèles à venir assister au salut du Saint-Sacrement, à l’issue duquel la Sainte Vierge, sur le même char qui l’apporta huit jours auparavant, reprend la route de Pondichéry. Souvent, bien souvent, sur le parcours, se répètent-les offrandes de fleurs et de bougies, offrandes auxquelles contribuent les païens eux-mêmes. Des arcs de triomphe, élégamment décorés, de temps en temps viennent rompre la monotonie du parcours et font oublier la longueur de la route. Parfois le cortège s’arrête quelques minutes ; un artiste se présente alors, qui, à grands renforts de gestes et de branlements de la tête, chante un cantique de circonstance composé par un poète d’occasion. La poésie n’est peut-être pas très relevée, les idées sont bien un peu... abracadabrantes. Mais la voix y est, le cœur y est. Celui-là obtient le plus de succès qui chante le plus fort, c’est lui qu’on apprécie le plus. L’année prochaine on s’en souviendra pour l’inviter de nouveau.

    Mais c’est à Pondichéry, sur la place d’Odiamsalei que le coup d’œil est vraiment féerique. Sans exagération, on peut le dire, toute la population chrétienne et payenne s’est portée au-devant de la Bonne Mère. Les rues que suit la procession sont décorées, magnifiquement éclairées a giorno, ornées de guirlandes sans fin, les bougies s’allument comme par enchantement, les fleurs jonchent le sol. C’est un véritable triomphe. Du bruit, il y en a, c’est sûr ; du désordre aussi, c’est certain et impossible à éviter. Mais plus que le bruit et plus que le désordre, ce qui frappe, c’est la piété toute filiale que nos chrétiens, en la circonstance, manifestent à leur Bonne Mère du Ciel.

    Il est dix heures du soir quand la procession arrive à la cathédrale de Pondichéry. La fête terminée, le dernier lampion éteint, le P. Valentin n’aura pas manqué de dire en se frottant les deux mains : Quelle belle fête !…. Et il aura dit vrai !

    A. C.

    Chronique. — Le 21 septembre ramenait le 20me anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr E. J. Morel, notre Archevêque. Sa Grandeur eut la délicate attention de réunir, en de fraternelles agapes, tous les missionnaires et prêtres de Pondichéry et des alentours. Notre joie aurait été complète si Sa Grandeur ne nous avait annoncé qu’Elle a donné sa démission à Rome, démission acceptée, d’ores et déjà officielle.

    En termes choisis et émus, le P. Gayet, V. G., dans un charmant impromptu, dit à Sa Grandeur au nom de tous combien cette décision jetait de tristesse dans nos âmes. Ce n’est pas sans serrement de cœur que l’on se sépare après vingt ans d’un père et d’un chef sous la direction duquel on a travaillé.

    En attendant les événements, Mgr Morel reste Administrateur du diocèse. Nous espérons tous que le bon Dieu nous conservera encore de longs jours Mgr Morel et nous accordera la joie de célébrer dans cinq ans ses noces d’argent épiscopales.


    Mysore
    27 septembre.

    Comme tous les ans à pareille époque, la St Maurice a réuni à la Procure tous ceux de nos confrères auxquels leur travail en laissait le loisir. En présentant à Monseigneur les vœux de bonne fête notre Vicaire Général, le P. Vanpeene, ne recula pas devant un tout petit sermon : un évêque ne saurait mieux faire que d’imiter l’exemple donné par la Ste Vierge ; or, que fait la Ste Vierge, sinon prêter l’oreille de façon inlassable à cette même prière de l’Ave Maria que les chrétiens vont répétant, sans jamais en changer une syllabe ? Il en est de même des souhaits, par la force des choses, d’année en année ils se répètent ; la forme en peut varier quelque peu, le fond en est toujours le même, et puisqu’ils sont présentés avec une égale sincérité et un égal cœur, leur valeur ne diminue point.

    Monseigneur, cela va sans dire, n’eut pas de peine à se ranger à cet avis et nous remercia tous chaleureusement des vœux dont le P. Vanpeene s’était fait l’interprète.

    Au modeste et joyeux dîner qui suivit, le Délégué Apostolique lui-même fut présent, A notre grande surprise, le dîner en vint à sa fin sans que Son Excellence eût proposé un toast. Mais nous ne perdîmes rien pour avoir attendu. Nous nous levions pour dire les grâces, quand le Délégué nous fit savoir qu’il avait pris un engagement d’honneur “de ne pas gâter la fête” en y prenant la parole, ce que disant, il se mit lui-même à présenter ses vœux à Monseigneur en quelques mots courts et choisis, puis, tel un enfant en faute qui ne veut pas laisser aux autres le temps de lui adresser un reproche, il se hâta de faire un grand signe de croix : Agimus tibi gratias….

    Aux esprits pointilleux de discuter si les distractions que nous pûmes avoir pendant cette prière furent volontaires ou non.

    Notre nouveau n’est pas encore arrivé. Il nous faut patienter quelques jours. Mais, si les bruits qui nous sont parvenus de France méritent crédit, ce devra être un fameux nouveau: plus grand que les plus grands, plus fort que les plus forts, plus gros que les plus gros. Espérons qu’une imagination riche a eu sa bonne part dans cette ahurissante description. Après le P. Jacquemart, qui regarde de haut tous ceux qui n’ont que 6 pieds, après le P. Capelle, qui fait gémir les balances sous ses 100 kilogs, qu’est-ce que le P. Collin pourrait bien être ?


    Séminaire de Paris
    15 septembre.

    Pendant les vacances, ont eu lieu à Saint-Loup sur Thouet ( Deux-Sèvres ), de belles cérémonies organisées par l’Evêché de Poitiers, pour fêter le centenaire du Bienh. Théophane Vénard, originaire de cette paroisse. Le 20, Mgr le Supérieur célébrait la Messe Pontificale dans la cour du château de Saint-Loup, où 8.000 personnes au moins étaient rassemblées. A l’Evangile, Mgr le Supérieur montra dans le Bienheureux Théophane un modèle de labeur, de générosité, de foi. A la cérémonie du soir, le Cardinal Charost prononça un remarquable panégyrique du Bienheureux devant une foule égale à celle du matin. A ces cérémonies assistaient aussi Mgr Deswazières, les PP. Sibers, Schlicklin et Depierre, représentant les Missions du Tonkin, le P. Gérard, qui avait accompagné Mgr le Supérieur, et un groupe d’aspirants originaires de la Vendée.

    La rentrée des aspirants, anciens et nouveaux, s’est effectuée, le 6 septembre pour les premiers, et dans la semaine du 8 au 15 pour les seconds. A Paris, la communauté compte 67 aspirants, celle de Bièvres 54, chiffre qui sera bient8t augmenté par le retour de ceux qui auront terminé leur service militaire. Quelques-uns aussi sont retenus à la maison par un était de santé assez précaire.

    Admissions. — 27 à 32 : MM. Achigar (Bayonne), Grelier (Nantes), Rinchet (Chambéry), Gaillon (Nantes), Leroux (Saint-Flour), et Guittat (Autun).


    Une Mise au point.

    En Juin dernier, au cours d’un entretien avec Mgr le Supérieur alors présent à Rome, S. E. le Cardinal Van Rossum voulut bien lui faire savoir que, parmi les Constitutions des divers Instituts missionnaires, celles de la Société des Missions-Etrangères de Milan étaient les plus récemment mises à jour et que, par conséquent, nous pourrions nous en inspirer utilement là où notre propre Règlement nous semblerait demander une simplification ou une meilleure adaptation.

    Il semble que, dans le sein de la Société, l’un ou l’autre de nos confrères ait cru pouvoir en conclure que, Rome désirait voir les Missions-Etrangères de Paris échanger purement et simplement leurs Règles, vieilles de plus de deux siècles, avec celles des Missions-Etrangères de Milan.

    Le présent avis a pour but de couper court à cette absurdité.

    J. de Guébriant.
    Supérieur de la Soc. des M.-E.



    1929/673-705
    673-705
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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