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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 6 octobre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    6 octobre.

    La sécurité et la paix dont jouissent les missions du Japon sous légide dun gouvernement fortement organisé les mettraient dans une situation de tous points enviables, si certains malentendus et préjugés ne créaient pas des obstacles latents ou déclarés à lévangélisation, et nindisposaient pas divers milieux vis-à-vis de léglise catholique. Parmi ces malentendus, il faut spécialement noter ceux qui résultent de la question complexe du culte rendu aux ancêtres et héros nationaux et aux guerriers morts pour la patrie, dans les temples shintoïstes ou jinja. Le gouvernement a bien signifié par diverses mesures administratives et certaines déclarations officieuses que ce culte était purement civil et patriotique. Néanmoins, de laveu même dautorités compétentes en la matière et qui ne peuvent être suspectées dattaches confessionnelles, on ne peut nier que les cérémonies qui se pratiquent dans ces temples, daprès les rites traditionnels de lancien shintoïsme, naient un caractère religieux.

    Les difficultés nexisteraient pas, si on laissait libres les catholiques de toutes catégories de visiter ou non ces temples, à loccasion de quelque cérémonie patriotique, par exemple lors des fêtes du Shŏkonsai (lit. cérémonies de lévocation des âmes) en lhonneur des soldats morts pour la patrie. Mais il est exigé que, dans certaines circonstances, ministres, fonctionnaires de tel ou tel rang, soldats et étudiants, conduits en groupes, se présentent devant ces temples, et rendent les honneurs, soit en présentant les armes, soit en faisant une inclination respectueuse.

    Jusquà ces derniers temps, laccord na pu se faire entre tous sur la question de savoir si même une assistance ou participation de cette nature, commandée par lautorité civile ou militaire, pouvait être tolérée. Dans cet embarras, certaines de nos écoles catholiques, invitées officiellement, il y a quelques mois, à participer de la manière susdite aux cérémonies du Shŏkonsai, avaient cru devoir sabstenir. Cette abstention a eu pour effet dirriter les autorités militaires, qui ont menacé de retirer de ces écoles les officiers instructeurs pour la préparation militaire, et conséquemment de faire abolir les privilèges qui favorisent le recrutement des élèves, et aussi de soulever une campagne de presse contre léducation antinationale et antipatriotique donnée, disait-on, dans ces écoles, au nom des principes catholiques.

    Déjà les Supérieurs des missions du Japon, dans leur assemblée générale des 3 mars et 1er avril de cette année, avaient discuté cette question des Jinja, entre toutes épineuse. Lun deux a depuis fait, sur le même sujet, un rapport dans lequel il émet la conclusion suivante : Etant donné que lassistance qui est requise des élèves des écoles aux cérémonies patriotiques des Jinja, peut être envisagée, suivant les termes du Canon 1258, ut prsentia passiva seu mere materialis, civilis officii vel hottoris causa, propter graves rationes, et secluso scandali periculo, tolerari potest. Enfin Monseigneur lArchevêque de Tôkyô, après sêtre concerté avec S. E. le Délégué Apostolique, et avoir pressenti par des pourparlers le Ministère de lInstruction Publique, a adressé à ce Ministère, le 22 septembre, une lettre dans laquelle S. E. disait en substance quon ne pouvait mettre en question le patriotisme et la loyauté des catholiques vis-à-vis de la Constitution nationale, et nier linfluence que léglise catholique exerce sur ses fidèles pour entretenir en eux ces sentiments. S. E. demandait seulement que le Ministère de lI. P. voulût bien donner lassurance que la présence des élèves aux cérémonies patriotiques des Jinja était requise pour des raisons purement patriotiques et non religieuses, et ajoutait que les difficultés seraient moindres, sil était déclaré explicitement que linclination demandée aux groupes délèves avait une signification purement patriotique et nullement religieuse.

    A cette lettre, le Vice-Ministre, M. Awaya, répondit le 30 septembre par la déclaration suivante : La raison pour laquelle les visites aux temples shintoïstes est requise des élèves des Universités, des écoles secondaires et des écoles primaires, est une raison déducation nationale ; dans ces occasions, le salut exigé des groupes délèves de ces écoles na pas dautre signification que de manifester leur patriotisme et leur loyauté civique.

    Mgr lArchevêque a communiqué cette déclaration aux Supérieurs des écoles catholiques, et, en avisant le Ministère de lI. P. de cette communication, lui a exprimé ses espérances quil ny aurait plus de difficultés à lavenir. Plusieurs journaux, qui avaient rapporté avec plus ou moins de fidélité ces divers incidents, se sont déclarés satisfaits. Il est à souhaiter que la question soit définitivement réglée.

    Au sujet des autres événements du mois, nous avons reçu communication du mariage de la fille de S. E. lAmbassadeur dAngleterre, Miss Lindley et de M. Morland, secrétaire particulier de lAmbassadeur, célébré le 22 octobre dans la cathédrale de Sekiguchi, en présence de S. E. le Délégué Apostolique, et dune nombreuse assemblée de diplomates étrangers et de hauts fonctionnaires du Gouvernement japonais.

    Le 25 octobre, la Société de Ste-Marguerite convoquait de nombreux invités à fêter avec elle le transfert de sa Maison de Retraite pour personnes âgées, aux bons soins des Surs Franciscaines Mres de M.. Mgr lArchevêque de Tôkyô a présidé à la cérémonie et donné la confirmation à quelques bonnes vieilles, qui ont trouvé dans lasile de leurs derniers jours la grâce du baptême.

    Le 3 novembre, Monseigneur bénissait à Maebashi la nouvelle église gothique en ciment armé, bâtie par le P. Uchino, grâce, en grande partie, aux généreuses contributions des chrétiens de son district. Les élèves du séminaire régional de Tôkyô étaient venus prêter leur concours aux chants de la messe solennelle, dont les cérémonies émerveillèrent lassistance, au dire de la presse locale. Trente néophytes du district ont reçu la confirmation. Dans lassistance, on remarquait avec plusieurs missionnaires et prêtres japonais, le représentant du préfet, le maire de Maebashi, et plusieurs fonctionnaires de la cité. Le P. Uchino, tenu en haute estime par les autorités locales, est souvent consulté par elles, spécialement pour les uvres municipales de bienfaisance et jouit dune grande popularité dans le district.


    Fukuoka

    5 novembre.

    Le dimanche 2 octobre eut lieu la bénédiction du noviciat des Surs japonaises de la Visitation (Homonkwai), situé à Fukuoka même, et construit suivant les exigences du Droit Canon et celles de la vie moderne. Il y a place pour une trentaine dé postulantes et novices et le désir de tous est que le local soit toujours rempli.

    Quinze jours plus tard et à deux pas de là, dans un cadre souriant de soleil et de verdure que le souvenir de notre vénéré Supérieur Général rendait plus vivant encore, Mgr Breton procéda à la bénédiction du petit séminaire De Guébriant. La plupart des confrères du diocèse et de nombreux représentants des paroisses ; le P. Gabriel, Administrateur de Kagoshima ; les PP. Cimatti et Tanguy, de la mission de Miyazaki ; le P. Hagiwara, S. J., de la mission de Hiroshima, venus de loin pour assister à la cérémonie, eurent le privilège dentendre un sermon éloquent du P. Brenguier, depuis longtemps passé maître dans lart de manier la langue japonaise, et purent admirer à loisir le nouveau bâtiment, spacieux, bien aéré et construit pour 200 élèves, suivant toutes les prescriptions du Ministre de lInstruction Publique pour les lycées officiellement reconnus.

    Le lendemain 17 octobre on célébra à lévêché les deuxièmes vêpres du jubilé sacerdotal du P. Vion les premières avaient été chantées dans lintimité le jour de loccurrence, soit le 29 juin dernier. Le P. Lagrève, notre poète attitré, sétant mis en frais déloquence et de poésie, ce quil fait dailleurs sans difficulté aucune, le patient jubilaire dût subir une chanson en trente couplets fort bien tournés certes, mais trop longue pour mériter, même en partie, les honneurs du Bulletin.

    Le soir commençait la retraite annuelle. Le prédicateur, le Père Mayrand, de la mission de Tôkyô, sut à la fois nous intéresser et nous instruire par ses instructions marquées au coin dune doctrine solide et pratique. Malheureusement, cette année encore, linstallation matérielle laissait beaucoup à désirer. Pendant que les plus vieilles barbes se casaient vaille que vaille dans la maison japonaise qui sert dévêché de fortune, les plus jeunes allaient chercher gîte ailleurs.

    Entre autres bonnes nouvelles apprises à la retraite, deux méritent dêtre mentionnées. Les Sulpiciens du Canada, accédant au désir du Cardinal Verdier, leur Supérieur Général, ont accepté de venir fonder un séminaire sulpicien à Fukuoka.

    Les Dames de St Maur ont de leur côté accepté de venir fonder à Fukuoka une école commerciale de filles, où les enfants de nos vieilles familles chrétiennes des îles auront des facilités quelles navaient pas jusquici, de recevoir une éducation vraiment chrétienne et une instruction égale à celle de leurs surs païennes du continent. Cest là une uvre de charité de premier ordre et de toute nécessité dans le diocèse, que les Dames de St Maur ont bien voulu prendre sur elles de fonder et dentretenir.

    La joie de nous trouver réunis a été bien tempérée par labsence de notre jeune benjamin et boute-en-train, le P. Benoît, quune grave maladie retient depuis plusieurs mois à lhôpital, où sa patience et sa bonne humeur font lédification de tous. Il est entre les mains dun des meilleurs chirurgiens du Japon, le Dr. Goto, celui-là même qui, en mai dernier, après lattentat de Shanghai, fut envoyé durgence pour opérer M. Shigemitsu, Ministre du Japon en Chine. Des infirmières catholiques le soignent avec un dévouement quon ne rencontre que chez des religieuses : deux dentre elles, à la suite, il faut le dire, de notre jeune et vaillant Vicaire Général, se sont offertes dernièrement pour transfuser au cher malade un sang plus généreux. On signale depuis une grande amélioration dans son état. Nous espérons donc bientôt pouvoir de nouveau jouir de la compagnie si gaie et si réconfortante de ce cher Benjamin.

    La retraite terminée, pendant que notre évêque faisait à S. E. Mgr Castanier les honneurs de son palais épiscopal (!!), notre Vicaire Général reprenait la route de son cher Kumamoto, poste où il passa douze années dun fécond ministère et auquel il donna une touche finale parfaite, par la construction dune jolie église en ciment armé et dun presbytère présentable. Le 25 octobre en effet était la date fixée pour la bénédiction de la nouvelle école commerciale de filles, quun afflux inespéré délèves força les Surs de Chauffailles délargir, ou plutôt de refaire à neuf, et où maintenant 500 élèves pourront facilement prendre leurs ébats et jouer des coudes. Plusieurs confrères du département avaient tenu à venir, par leur présence à la cérémonie, encourager les Surs à continuer la lutte sur le terrain de léducation. Toute rayonnante de joie et plus éloquente que jamais était la Mère Borgia, une relique du premier convoi venu de Chauffailles en 1877 la même qui assistait à la fondation de lécole en 1894 et qui présida longtemps à ses destinées. A la voir on a peine à croire quelle ait 83 ans dâge et 55 ans de service ininterrompu au Japon.


    Osaka

    8 novembre.

    Le 9 octobre, les missionnaires du diocèse se réunissaient à Osaka pour participer aux exercices de la retraite annuelle prêchée cette fois par Mgr Demange. Ce fut pour tous un véritable plaisir dentendre la parole entraînante de Mgr de Taikou, ainsi que découter les conseils éminemment pratiques que suggérait à Son Excellence une longue expérience du ministère apostolique. Ce nétait, nous dit-Elle, que lacquittement dune dette déjà ancienne. Puisse-t-Elle, ne la croyant pas complètement éteinte, se sentir obligée de recommencer !

    Le 6 novembre voyait débarquer, avec trois jours de retard, le Père Déchaux, confrère que nous envoyait le Séminaire de Paris pour combler lun des vides creusés dans nos rangs au printemps dernier. Larrivée dun nouveau (accompagné cette fois des trois partants destinés aux secteurs voisins) met la joie au cur des anciens qui ont blanchi sous le harnais.

    Le lendemain 7, inauguration officielle à Noé, banlieue dOsaka, du lycée de jeunes filles que les Surs de lEnfant-Jésus, viennent de faire construire en ciment armé pour remplacer létablissement déjà ancien quelles dirigeaient à Kawaguchi.

    Pour la circonstance, les autorités administratives, les directeurs des écoles de la ville et plus dun millier de personnes, (anciennes élèves pour la plupart) étaient venus se joindre à Mgr dOsaka et aux confrères de la mission.

    Cette cérémonie, en attirant lattention sur un établissement qui a déjà fait ses preuves, est un heureux augure pour lavenir.


    Séoul

    5 novembre.

    Mgr Larribeau est revenu à Séoul le 11 octobre fort satisfait de sa visite pastorale dans les districts des PP. Perrin, Colin et Barraux. S. E. a laissé ces confrères en excellente santé, bonne humeur et a administré le sacrement de Confirmation à 636 chrétiens.

    La fête des Bienheureux Martyrs coréens que nous célébrons avec toute la Société des M. E. le 26 septembre, a un lendemain pour le Bx André Kim. Le grand séminaire de Séoul a en effet obtenu le privilège de célébrer le 14 octobre la messe de ce prêtre-martyr, prémices du clergé coréen. Les prêtres indigènes qui peuvent se rendre libres ce jour-là, quelques-uns même viennent de loin, se font un devoir daller dire la messe dans la chapelle du grand séminaire où sont conservés précieusement les restes mortels du Bx dont la vie resplendit de foi, et dont la mort est illuminée dhéroïsme selon la remarque de son biographe, le P. Launay.

    Puisque nous parlons du grand séminaire, ne manquons pas, dans cette chronique, de faire mention dune autre fête carillonnée et solennisée avant-hier, mais dont le saint est encore bien vivant. Le P. Guinand, supérieur de la maison depuis 1900, (il a succédé au regretté P. Chargebuf rappelé à cette époque au séminaire de Paris) achevait, le 3 novembre, le cycle de 60 ans.

    En Corée, riches et pauvres, tous ont à cur de fêter dignement le soixantième anniversaire de la naissance, ce jour où, dit-on, finit lâge mur et commence la vieillesse. Cest le Hoan-Kap (caractères chinois) ; celui qui latteint est censé avoir rempli sa tâche, il a bu à longs traits à la coupe de lexistence, il ne lui reste plus quà se souvenir et à se reposer. Cest du moins ce quon écrit en prose et en vers, ce quon chante sur tous les modes, mais le P. Guinand se rend bien compte que pour lui comme pour ses aînés il y a loin de la coupe aux lèvres, et cest bien ainsi..

    Sur la liste des missionnaires de Corée, le P. Guinand est le soixantième, douze seulement de ses devanciers ont achevé le cycle de soixante ans, de ces douze, huit, dont deux à Taikou et six à Séoul, sont encore en vie.

    Lavant-dernier dimanche du mois doctobre, selon les prescriptions de notre nouveau règlement et pour entrer dans les intentions du Souverain Pontife, dans les églises et chapelles les curés et les vicaires ont rappelé aux chrétiens leur devoir de contribuer à la conversion des païens de tout lunivers. Jai dit dernièrement que luvre de la Propagation de la Foi a été introduite ici dès la venue des missionnaires et en pleine persécution. Les collectes pour cette uvre ont donné, au précédent exercice, la somme globale de 4.200 francs. Ce nest pas beaucoup, mais il faut tenir compte de la baisse du Yen ; lan dernier, à pareille époque, le Yen valait : fcs. 12,70, aujourdhui il est tombé à 5,75. Les événements de Mandchourie ne relèvent donc pas le crédit du Japon ; je ne sais pas si les brasseurs daffaires trouvent leur compte à cette baisse, en tous cas nous navons rien à y gagner, tant sen faut.

    Un autre sujet dinquiétude est larrêt des courriers postaux venant dEurope via Sibérie. Depuis quun certain général du Manchukuo chargé de la garde du chemin de fer de lEst Chinois, entre Manchuli et Tsitsikar, sest déclaré, fin septembre, indépendant, le service de la poste est interrompu et il y a plus dun mois que nous navons reçu ni lettres ni journaux.

    Le plénipotentiaire japonais, Général Muto, se rendant à son poste près de S. E. Henri Pu Y, fit afficher sur les murs dAntong, ville frontière entre la Corée et la Mandchourie, une proclamation annonçant le but de sa mission : faire du Manchukuo une terre de paix et de prospérité. Nous ne demandons pas mieuxen attendant si le brave général pouvait donc nous faire parvenir les sacs postaux qui moisissent depuis un mois et plus on ne sait trop où !


    Taikou

    8 novembre.

    Conformément aux décisions du Concile régional de Corée de lan dernier des représentants des 5 Vicariats et Préfectures apostoliques de Corée se réunissaient à Taikou en septembre pour y remanier et compléter le catéchisme existant. En 18 sessions, cette commission a pu mener à bien son travail, et le 30 septembre chacun des commissaires reprenait le chemin de sa mission.

    Le 5 octobre, Mgr Demange a béni une crèche nouvellement édifiée et qui complétera heureusement lorphelinat confié aux Surs de St Paul de Chartres. Le même soir S. E. prenait le chemin dOsaka pour y prêcher, du 9 au 15, les exercices de la retraite annuelle des missionnaires. Monseigneur est revenu édifié et enchanté de son voyage.

    Le 30 octobre, fête du Christ-Roi, Mgr a conféré la prêtrise à un diacre que létat de sa santé a retardé jusquà ce jour. Le Père Kim Jean est le 34ème prêtre coréen, vivant, de la mission, cest-à-dire que le clergé coréen se trouve être chez nous exactement le double des missionnaires en exercice dans la mission.

    Dès le début de novembre, profitant de la température, ordinairement très bonne à cette époque, les ouvriers apostoliques se disposent à visiter leurs chrétientés ; cest encore le temps de la visite pastorale, aussi dès le 2 novembre Monseigneur a quitté Taikou pour visiter la plus grande partie de la province septentrionale de la mission.


    Moukden

    7 novembre.

    Le calme revient peu à peu chez nous. Les troupes japonaises ont entrepris, au début doctobre, une campagne qui a porté ses fruits. La plupart des grandes bandes de brigands se sont dispersées ou soumises.

    Que durera cette accalmie ? Un peu despoir renaît au cur des missionnaires. Néanmoins, tous se préoccupent de mettre sans retard à profit cette paix relative pour visiter enfin leurs chrétiens éloignés, car ils ne sont pas sans appréhensions.

    Il reste en effet dans le pays une multitude de vauriens habitués à la vie facile du bandit paresseux, bambocheur et en même temps féroce, qui se sont arrogés un droit absolu sur les personnes et les biens dont ils peuvent semparer, qui gardent encore leurs armes et assez de munitions pour faire trembler et réduire à merci les populations paisibles tentées de se défendre, et qui se résigneront malaisément à mener désormais une vie honnête et laborieuse. Aussi,, à la suite dune expérience déjà longue et trop souvent répétée, ces soumissions forcées nous semblent-elles fort problématiques. Elles dureront tant que la force armée se fera sentir, équitable et impitoyable, aux bons endroits. La paix et la sécurité dans le pays dépendent de la façon dont ce programme sera réalisé. Plaise à Dieu que nos espoirs ne soient pas encore une fois déçus !

    Nos Religieuses de la Providence sont en deuil de leur compagne, Sr Gabrielle, que le bon Dieu a rappelée à Lui le 30 octobre, après plusieurs mois de douleurs atroces causées par un cancer à lestomac. Arrivée en Mandchourie en 1903, elle avait travaillé, pendant ces 29 ans, à la résidence des Surs à Newchwang.

    Alors que les PP. Maillard et Cordon refont leurs forces en France, voici que le P. Lacroix, procureur, a dû partir pour Shanghai chercher, près des docteurs réputés de la grande ville, la guérison de son foie gravement atteint. Dautre part, le P. Laurent Ting, surveillant au séminaire, garde la chambre et même le lit depuis une dizaine de jours, et ne semble pas près de se relever. Enfin, le P. Ignace Pî, professeur au petit séminaire et préposé à la garde des enfants du probatorium, est immobilisé depuis plus de trois semaines par une broncho-pneumonie qui, vu son état général, lempêchera vraisemblablement de reprendre ses fonctions avant la rentrée du mois de mars prochain.

    Epreuves dautant plus pénibles que notre personnel est déjà très restreint, et quil sagit de malades dont le remplacement ne simprovise pas aisément. Que le bon Dieu daigne leur rendre au plus tôt la santé et les forces dont le besoin se fait si vivement sentir !


    Kirin

    octobre.

    Guerre et brigandage.
    Nous avons enfin reçu des nouvelles de Panche, les brigands qui loccupaient en ayant été chassés par les troupes japonaises. Les PP. Li et Yin sont sains et saufs. La résidence na pas été pillée, mais la tour de léglise a littéralement été coupée en deux par un obus japonais et on devra la faire sauter pour éviter un accident.

    La ville de Itong est occupée depuis plusieurs semaines par des troupes de couleur indécise et, toutes relations avec elle étant interrompues, on était inquiet sur le sort du P. Ant. Wang. Un courrier envoyé à Itong navait pu y parvenir. Enfin le domestique du Père a réussi à passer et à conduire plusieurs religieuses de ce poste à Changchun. Nous avons appris alors que la résidence a été pillée et occupée par les soldats-brigands et léglise transformée en cantonnement.

    Une lettre du P. Baron nous apprend que Wangkiatan a de nouveau été attaqué par les brigands. Les chrétiens se sont défendus et les brigands ont finalement été repoussés. Deux païens habitant le village ont été tués et deux autres emmenés comme otages.

    Fête patronale de Changchun.
    Sainte Thérèse, titulaire de Changchun, a été célébrée avec éclat le 9 octobre. La solennité fut rehaussée par la présence des grands et petits séminaristes qui, arrivés la veille, se chargèrent des chants et des cérémonies. Ils étaient tout heureux de faire enfin en chemin de fer la promenade si libéralement octroyée par S. Ex. Monseigneur de Guébriant, lors de sa visite au printemps, et si ardemment attendue depuis.


    Chengtu

    15 octobre.

    Le P. de Jonghe, secrétaire de la Commission synodale, est arrivé à Chengtu le 24 septembre. Parti de Chungking le 19, il pensait, grâce à lautobus, atteindre Chengtu le lendemain, mais il fut arrêté par la pluie et la boue dès le premier jour, et ce nest que le sixième jour quil débarquait à lévêché de Pingankiao quil navait pas revu depuis 1927, année de son départ pour Péping.

    Après avoir visité les écoles de la ville, il sest rendu au Probatorium de Hopatchang. Après quelques jours de détente chez son ancien voisin et ami, le P. Roux minor, il continuera sa visite par Yachow, Suifu, etc. si du moins les événements le lui permettent.

    La guerre civile vient déclater de nouveau dans notre province et les premiers engagements ont eu lieu dans le Vicariat de Chouen-Kin confié au clergé indigène. Le Gouverneur militaire, Maréchal Lieou siang, qui réside à Chungking et le Gouverneur civil, Maréchal Lieou ouen houi, son oncle à la mode de Bretagne, qui réside à Chengtu, sont à la tête des deux partis qui se disputent le gouvernement de la province.

    La rentrée des cours au séminaire commun a eu lieu le 24 septembre ; la retraite a été prêchée par le R. P. Rodriguez, O. SS. R.

    Communiqué de lévêché.
    Lépidémie de choléra semble diminuer dintensité. Elle a fait de nombreuses victimes dans toute la province et Chengtu na pas été épargné. Elle a été pour nos Religieuses F. M. M. une occasion de se dévouer davantage, sil est possible, et douvrir le ciel à beaucoup de malheureux.

    A notre hospice de la Porte du Nord, du premier août au 12 septembre, 384 baptêmes in art. mortis (adultes pour la plupart) et 337 décès.

    Lhôpital de Pingankiao enregistre pour la même période 91 baptêmes et 86 décès, de militaires principalement.

    A la prière de la municipalité, les Religieuses ont visité souvent lhôpital de la ville où elles ont eu la consolation de baptiser 173 mourants.

    A lorphelinat, aux divers dispensaires, dans les visites à domicile ont été administrés 1.068 baptêmes dont 389 denfants.

    Nous devons remercier le Bon Dieu pour ces magnifiques résultats ; il a bien voulu, dans sa miséricorde, épargner ses serviteurs qui tous, Religieuses et infirmiers, ont échappé au fléau.

    Je voudrais connaître, pour les citer aussi à lordre du jour, les résultats obtenus par mes confrères, qui de jour ou de nuit, sous le soleil ou la pluie, risquant de se noyer au passage des torrents débordés, sont allés porter les derniers sacrements à leurs chrétiens atteints du choléra, mais mes confrères naiment pas écrire et je le regrette pour lédification des lecteurs du Bulletin.


    Chungking

    1er novembre.

    Daprès certaine statistique, la mission du Setchouan en serait, depuis la révolution de 1911, à sa 378ème guerre civile. Cest dire que lexplosion dun nouveau conflit ne devrait plus guère nous émouvoir. Peut-être pourtant la lutte qui met en ce moment aux prises les factions les plus puissantes de la province mérite-t-elle quon y attache autant dinquiétude que dattention. Elle est en effet et pour durer combien de temps ? la lutte décisive pour la suprématie provinciale, que se partagent depuis tant dannées, pour la plus grande misère du serf et du bourgeois, des seigneurs militaires, aussi indépendants les uns à légard des autres quils le sont à légard du gouvernement central de Nankin.

    Nombre dinfluences se sont sans doute exercées et continuent leur pression pour mettre fin à une guerre si ruineuse pour le peuple, et dautant plus impopulaire, que toutes ces forces qui sentre-déchirent ne devraient, à cette heure, former quun front uni contre lennemi national. Mais si lon peut retarder la violence du conflit, on ne lempêchera pas déclater un jour.

    La province ne pourra jouir de la paix et du bien-être, que seule pourrait donner lallégeance des taxes militaires, que le jour où lautorité provinciale sera centralisée entre des mains fermes et... honnêtes. Et lon ne voit pas comment cette centralisation pourrait saccomplir sans conflit armé. La raison du plus fort sera la meilleure, et ce sera peut-être tant pis pour le droit, mais peut-être aussi tant mieux pour la paix de la province. La menace du parti communiste est autrement inquiétante pour nous ; ses tentatives ont été toutefois vite réprimées jusquici, de part et dautre.

    La mission de Chungking doit se féliciter de navoir pas souffert jusquici des hostilités, qui ne se sont dailleurs exercées que sur ses districts de lOuest et nous avons confiance que Ste Thérèse nous continuera son efficace protection.

    Le 30 octobre, le P. Palafre nous quittait pour Nazareth, où lon attend de sa profonde connaissance du chinois et du dialecte setchouannais en particulier de précieux services.

    Avec le P. Palafre, sembarquait aussi pour Wanshien le P. G. de Jonghe, arrivé de la veille, après avoir, par des routes assez calmes sinon confortables, visité les écoles des missions de Chengtu, Yachow et Suifu.

    De passage aussi en notre ville le P. Tang, de la mission de Chengtu, qui revient de Rome, où, après deux ans détudes à lApollinaire, il a conquis le diplôme de Docteur en Droit Canon. Depuis un mois, il doit attendre, pour regagner sa mission, que la voie Chungking-Chengtu soit libre de combattants.


    Ningyuanfu

    12 octobre.

    Le Kientchang
    Le voyage du P. Le Mercier, provicaire, dici à Houili sest effectué normalement et sans pluie. Le cher Père a pu constater que le moral des chrétiens de Tetchang est resté bon et que leur foi na pas souffert de la dernière persécution. A son arrivée à Houili il trouva la ville tranquille et presque dégarnie de troupes. M. le Colonel Su, non content dapposer à la porte de notre hôpital une affiche invitant les soldats au respect de nos religieuses qui les soignent, est venu en personne menacer de sanctions ceux qui se permettraient denfreindre la consigne.

    Reparti le 3 septembre, le P. Provicaire arriva à Yunnanfu le 18. Dans cette seconde partie du voyage ni le temps, ni les circonstances ne lui furent aussi favorables quau début ; pluie, rivières débordées et un accident survenu à son domestique larrêtèrent plusieurs jours en cours de route.

    Le Père comptait prendre le train du 25 à Yunnanfu pour arriver le 27 au soir à Hanoi. Il nous manifeste, dans sa lettre, le désir de se revoir le plus tôt possible parmi nous. Et nous ne sommes pas moins pressés de le revoir ; notre désir est même, sil est permis de sexprimer ainsi, multiplié par 2 ; en effet, il ne nous reviendra pas seul, mais accompagné de notre très désiré nouveau confrère, le cher P. Laborie.

    Le P. Boiteux se plaint toujours de manquer de courrier, et cest à Tetchang quil est allé, une fois de plus, chercher des nouvelles. Que na-t-il poussé jusquau centre ! Nous lui en aurions donné bien dautres avec ou sans fil que les rares quil peut attraper chez le sympathique P. Tong et notre accueil lui aurait fait oublier sa présente solitude.


    Yunnanfu

    5 novembre.

    Le Petit Nouvelliste
    Le 5 octobre, le P. Duffau quittait Yunnanfu pour Tonghai et le même jour nous arrivait le P. Richard, de la mission de Lanlong, en route pour Hanoi.

    Le 13 octobre deux élèves du probatorium atteints de dysenterie venaient se faire soigner au dispensaire des Surs ; lun deux mourut le 18 et fut inhumé le lendemain à Pelongtan ; lautre, moins atteint, est hors de danger, néanmoins il restera encore quelques jours au dispensaire car son état nécessite des soins et de la prudence.

    Le P. Ducotterd autorisé à prendre quelques mois de repos est arrivé le 26, il ira probablement au sanatorium de Béthanie. Le même jour nous avions le plaisir de revoir les PP. Esquirol L. et Le Mercier ; ils étaient accompagnés de deux nouveaux confrères destinés, lun, le P. Pouvreau, à Lanlong et lautre, le P. Laborie, à Ningyuanfu.


    Kweiyang

    24 octobre.

    Le jour du Patronage de S. Joseph, les missionnaires avaient fêté les 25 ans dépiscopat de Mgr Seguin. Il y a quelques semaines le clergé chinois a profité de sa réunion de la retraite annuelle pour remplir à son tour ce facile et agréable devoir. Enfin, le 6 octobre, au jour même anniversaire du sacre, les chrétiens de la ville se mettaient en frais aussi : ils eussent voulu relever la cérémonie de discours, palabres et gala, mais sur le désir de Monseigneur leurs curés réussirent à modérer cette ardeur et à ne leur laisser manifester que témoignages de respect, obéissance et affection, comme il convenait.

    Notre province vient dêtre scindée en deux allégeances. Au printemps dernier le Gouverneur Mao navait passé la main à son successeur Ouang quà son corps défendant, et depuis, le rôle de Cincinnatus nétait guère de son goût. Aussi, récemment, il quittait Kweiyang, par un chemin détourné arrivait à Tsen y, chef-lieu de tout le nord de la province, et tout doucement, en sourdine, installait son gouvernement. Il semblerait même que sur la périphérie de la province dautres aussi sessaieraient à ce petit jeu. Ce morcellement du pouvoir conduira-t-il à lunification de la Chine ? Peut~être, il est tel pays où les fabricants de certain fromage le broient dabord pour le mieux coaguler.

    Ce pendant notre petite capitale, bien quà petite allure, marche dans la voie du progrès et fait profiter le paysan de nouvelles recettes scientifiques. Ces jours derniers, au moment de la récolte du riz, nous étions affligés dune pluie persistante et par trop intempestive. Pour la faire cesser lautorité fit installer sur une hauteur deux gros mortiers quon bourrait de poudre, et toutes les cinq minutes deux coups de canon ébranlaient les montagnes dalentour.. et les nuages aussi ; un des mortiers éclata, mais la pluie cessa post hoc, ergo propter hoc...!

    Pareillement, au printemps dernier, on avait ramené un vieil usage superstitieux que lon prétendait dégager de toute superstition et appuyer sur un principe inébranlable de physique. Lhabitant devait avoir devant sa porte des baquets deau et la jeter en lair ; leau en sévaporant allait former nuage et retomber en pluie. Un de nos confrères fut même, au nom de la Physique, sommé, sans succès dailleurs, davoir à entrer dans le mouvement.


    Lanlong

    15 octobre.

    La retraite annuelle, clôturée à laccoutumée, le 8 septembre, avait réuni tous les confrères des districts. Le P. Louis Esquirol, provicaire, actuellement à Hongkong, où il prend un peu de repos, manquait seul au rassemblement. Il était au milieu de nous par le souvenir et la pensée de son prochain retour en florissante santé.

    Cétait une belle occasion pour procéder à la bénédiction de la première pierre du petit séminaire en construction. Létat des travaux de fondation y invitait. Son Excellence y procéda. Les latinistes dressèrent un document qui fut enfermé avec beaucoup de soins et un peu de cérémonie, dans un ex-flacon de teinture diode, cacheté, scellé... puis, après les prières liturgiques, déposé dans une cavité que ferma un énorme bloc de belle pierre de Kinkia tchong, Cétait en la fête du Saint Nom de Marie, 12 septembre 1932.

    Le lendemain la dispersion des retraitants commençait.
    Le P. Dunac, très goûté, a prêché la retraite, à lécole préparatoire au petit séminaire.
    Le dernier Ripuaire parlait vaguement dun partant qui nous aurait été destiné ? Depuis, le P. Pouvreau, ledit partant, nous a donné des précisions, complétées par celles du P. Huc son ancien frère darmes. Il est originaire du diocèse de Nantes. Sétant embarqué le 14 septembre, il a dû toucher Haiphong ces jours-ci. Si on ne nous le souffle pas en route, il sera à Lanlong dans un mois environ. Que son Bon Ange nous le garde !

    Son Bon Ange et... son introducteur. Car ce cher nouveau naura pas lavantage dune semaine de grand silence comme tant de ses prédécesseurs pour préluder à sa vie apostolique. Veinard ! il trouvera à qui parler. En effet, rapport à sa blessure de guerre, à une fièvre intraitable, et à un tas de petites choses soigneusement notées dans son célèbre petit carnet, le P. Richard sest rendu à Yunnanfu et Hanoi. Il reviendra avec le P. Pouvreau évidemment, débarrassé de sa fièvre, mais encombré dune caravane de clous, de serrures, de moufles, de carreaux de vitre en blanc et en couleurs, sans compter le vin de messe (et on en saura, paraît-il, le prix !). Nous souhaitons ardemment bon voyage au convoi et aux convoyeurs. A la garde de Dieu !

    Ces temps-ci des bruits de guerre civile imminente ont circulé... en douce sentend. Ils ne paraissent pas fondés. Léternel et vraiment un peu fréquent ôte-toi de là que je my mette. Souhaitons-nous la paix...

    Les résidences de Kieou tcheou (Kouangsi) et de Pou gan (Kweichow) sont toujours occupées par les militaires. Ils sy trouvent bien : cest mieux agencé, plus agréable, plus propre, plus poétique quailleurs. A Kieou tcheou il ny a plus de fenêtres ni de portes, mais le style étranger les enchante au point de leur faire oublier les courants dair...

    Pluies persistantes et froides depuis un mois. Elles tombent doublement mal : ce devrait être un mois de moisson et de battage, et la moisson ne peut pas jaunir. Le lac de Lanlong a repris son niveau de juin et vient frôler les pieds des remparts. Les paysans coupent le riz en herbe et essaient de le réaliser comme fourrage : Vingt sous la charge. Une pitié....


    Canton

    novembre.

    Le 28 octobre est arrivé à Canton notre nouveau confrère, le P. Morel. Après notre retraite, à la mi-novembre, il ira prendre place dans le district de Ho-Yun, à côté du P. Seznec, et il y travaillera sous sa direction.

    Monseigneur lAuxiliaire a visité les chrétientés de la Préfecture de Lung-Moon, à loccasion de la bénédiction de la chapelle construite par le P. Grégoire Leung dans une chrétienté de ce district. 75 chrétiens ont été confirmés et 120 catéchumènes ont reçu le baptême ; parmi ces derniers 30 appartenaient au village de Tso tam et les 90 autres à celui de Ta-woun-pin. A Tso tam, depuis déjà quelque dix ans, il y avait des chrétiens ; les baptisés de Tawoun-pin étaient catéchumènes depuis dix-huit mois. Ils sont les premiers baptisés de leur région, dautres le seront encore dici au 30 juin, sil plaît à Dieu.

    Le 23 octobre, la fête de la Propagation de la Foi a été célébrée à la cathédrale, dans les divers groupements de la ville et dans les districts. Des quêtes ont produit, jusquici, la somme de 238 piastres, en monnaie de Hongkong ; les comptes rendus de la fête dans les districts ne sont pas encore arrivés.

    Le lundi premier novembre sont arrivés à Canton des aviateurs de la compagnie Air-orient. Un dîner a été donné en leur honneur par le capitaine de corvette Monsieur Faye, commandant de la canonnière Argus, et une réception a été faite au consulat de France. Le commandant Noguès de la compagnie Air-orient a voyagé avec Monseigneur en 1930 sur le Sphinx, de Saigon à Marseille. Ils ont, lun et lautre, éprouvé un vif plaisir à se rencontrer, Monseigneur a promis de prendre la voie des airs sil doit, un jour, se rendre en Europe soit pour la réunion décennale de notre société, soit pour toute autre raison.

    Le 5 de ce mois, lamiral Berthelot suivi de son chef détat-major et de son officier dordonnance a fait incognito une visite à la métropole du Sud. LAmiral, alors jeune lieutenant de vaisseau, avait visité Canton en 1906. Il a remarqué une transformation complète de notre ville. Après avoir vu Monseigneur à lévêché, lamiral a visité les établissements et uvres diverses se rattachant à la mission : écoles, asiles, religieuses etc.... Seule la léproserie na pas été visitée. Elle est éloignée et le temps était très limité. Cette visite a été renvoyée au mois davril 1933. A propos de la léproserie, quil me soit permis de faire remarquer que la crise mondiale a tari la source des aumônes. Si parmi les lecteurs du Bulletin il sen trouve qui aient des placements à faire à la Banque du Mérite Eternel, ils ont là une occasion unique. La léproserie se recommande comme la plus importante du monde avec ses 783 pensionnaires (mois doctobre 1932).

    Les Petites Surs des Pauvres viennent de terminer leur retraite annuelle. Elle leur a été prêchée par le Révérend Père Piel S. J., frère de la bonne Mère Agnès, Supérieure de létablissement.

    La fête du Christ-Roi a été célébrée avec la plus grande solennité ; à la cathédrale il y a eu exposition du Très Saint Sacrement pendant toute la journée, Monseigneur le Vicaire Apostolique a lu la formule de Consécration.


    Swatow

    14 novembre.

    Notre Benjamin, le P. Marcel Guesdon, est arrivé à bon port après une heureuse, mais quelque peu fatigante traversée. Il prendra quelques jours de repos, puis se rendra auprès du P. Rey qui est chargé de lui apprendre le bon ton chinois, pour la langue et pour les manières. Nul doute quà lécole dun tel maître il ne soit bientôt à même de se mettre à luvre et daller au secours des anciens dont plusieurs, presque à bout de forces, attendent lheure de la relève. En attendant nous lui souhaitons bon succès dans son travail dacclimatement et long et fructueux apostolat au beau pays de la République Fleurie du Milieu.


    Nanning

    10 novembre.

    Depuis le sacre de Mgr Ducur en juin 1911, cest-à-dire depuis plus de 21 ans, la mission de Nanning (Kouangsi) navait pas eu de réunion générale des confrères : les troubles, les guerres civiles, avaient toujours fait avorter les divers projets formés en vue de nous rencontrer tous au centre de la mission.

    Cette année, nous jouissons dune tranquillité exceptionnelle et nous avons pu voir se réaliser cette réunion depuis si longtemps désirée.

    Un attrait de plus servait damorce : il devait y avoir une retraite prêchée. La date fixée était du 26 octobre au 1er novembre.

    Dès 19, le P. Peyrat arrivait bon premier par lautobus de Liou-Fou (400 kil., au nord-est).

    Le 21, le P. Caysac arrivait par motor-boat de Long-Tchéou (400 kil., au sud-ouest) avec le Rév. P. Dionne, Rédemptoriste, notre prédicateur de retraite, (quil était allé attendre au Tonkin) et le P. Maillot quil avait pris au passage à Tai-Pin.

    Le 22, samedi, arrivent par lautobus postal de Kouy-Lin les PP. Pélamourgues et Rigal : en deux étapes ils ont couvert plus de 700 kilomètres.

    Le lundi 24, arrive par auto de Kouy Hien (300 kil. à lOuest) le gros de larmée comprenant les Pères Héraut, Teissier, Séosse et Madéore.

    Durant les journées de mardi et de mercredi les conversations ne chômèrent pas car plusieurs confrères ne sétaient pas vus depuis plusieurs années et quelques-uns ne sétaient même jamais rencontrés. La retraite commença le mercredi soir 26 et se termina le mardi 1er novembre, fête de la Toussaint, par une grandmesse pontificale, un Te Deum solennel et la rénovation du Bon Propos devant le Saint Sacrement exposé.

    Le P. Billaud, notre nouveau confrère, nous était arrivé la veille au soir venant directement de Paris : il put figurer dans la photographie-souvenir sur laquelle il ne manque que le P. Crocq qui se dévoue temporairement dans la mission de Pakhoi.

    Le lendemain 2 novembre, Le Rév. Père Dionne célébra un service funèbre pour Son Eminence le Cardinal Van Rossum ; Son Excellence Mgr Albouy donna labsoute.

    Les journées des 2, 3 et 4 novembre furent consacrées à des échanges de vues sur les affaires de la mission ; séminaires, couvents, catéchistes, moyens dapostolat, uvres de bienfaisance, etc..

    Du 1er au 8 novembre le Rév. P. Dionne prêcha aussi une retraite aux Surs de Notre-Dame des Anges, toutes réunies à Nanning.

    Les journées des 7, 8, 9 et 10 virent tous les missionnaires de la brousse reprendre courageusement et joyeusement le chemin de leurs postes éloignés.


    Hanoi

    6 novembre.

    Quid novi ? Reprise des tournées pastorales, rentrée des classes, mutations, tout cela a été dit dans la précédente chronique. Bilan spirituel du dernier exercice : il faut en laisser la primeur à Paris et à Rome. Contentons-nous de glaner quelques faits.

    Deux dabord, qui ne se rencontrent pas tous les jours. Le 21 septembre ont été célébrées les noces dargent de léconome de notre communauté de Ke So, le P. Cantaloube. Il sy était préparé spirituellement par une retraite au monastère de Phuoc Son, doù il est revenu décidé à se tenir désormais et de plus en plus à létage de son château intérieur, cest-à-dire au-dessus des vains bruits et des agitations de ce monde. Deus adjuvet !

    Quelques jours plus tard, noces dor du P. Souvignet, à Phu-Ly, dans lintimité de son castel. Linguiste distingué, maître ès caractères chinois, écrivain de talent, juriste pour qui le code, les us et coutumes annamites nont point de secret, architecte à ses heures et bâtisseur déglises, le cher jubilaire a rendu et continue à rendre de nombreux et signalés services à la mission, aux catholiques indigènes, voire même à la science et à lAdministration. A 77 ans, il a toujours bon pied, bon il et la chasse demeure son passe-temps favori. Ad multos annos !

    Après ces petites fêtes intimes, à noter dautres réunions plus ouvertes, mais toujours familiales. Lévêché de Hanoi devient de plus en plus et dans le meilleur sens de lexpression, un lieu de passage. Venant pour leurs affaires, pour leur santé, pour un repos bien gagné entre deux tournées pastorales, pour retrouver un coin de France après de lointains, durs et périlleux labeurs, de nombreux confrères du Tonkin, de lAnnam, de Chine sy succèdent et parfois sy rencontrent.

    Cest ainsi quun des derniers jours de septembre, nous nous trouvâmes assis à la même table, outre les représentants de plusieurs ordres religieux, une dizaine des Missions-Étrangères appartenant à sept Vicariats. Plus récemment les PP. Le Mercier, provicaire du Kientchang, Esquirol, provicaire, et Richard missionnaire de Lanlong ainsi que des confrères de Thanh Hoa et Hunghoa, vinrent recevoir ou saluer les nouveaux. Enfin ces jours-ci nous avons la visite de S. Ex. Monseigneur Gouin, Vicaire Apostolique du Laos, du P. Gauthier procureur à Saigon et du P. Vircondelet qui veut bien se charger de porter au directeur du Bulletin cette chronique et nos amitiés.

    Une autre réunion est en perspective, où la joie aussi, et la fierté, et laffection se donneront libre cours. Ce sera la réunion qui aura lieu à loccasion de la remise de la Légion dHonneur à notre nouveau Chevalier, le presque légendaire curé de Hanoi, le bon Père Dronet. Ce jour-là ! Français et Annamites, Catholiques et Bouddhistes, tout Hanoi en parle, tout Hanoi lattend. Ce sera sûrement un beau jour. Le Bulletin en aura les échos.

    Une rectification pour terminer. Le Bulletin de septembre a annoncé le retour probable de Mgr Chaize en novembre. Cette nouvelle traduisait sans doute fidèlement le désir et lespoir de Mgr le Coadjuteur, mais les médecins et par suite les autorités supérieures ont décidé quune prolongation de séjour en France était préférable. Son Excellence sest inclinée, nous navons quà en faire autant.


    Hunghoa

    6 novembre.
    Le jeudi 20 octobre, en la cathédrale de Hunghoa, un service solennel fut chanté pour le repos de lâme de S. E. le Cardinal Van Rossum ; les chrétiens y vinrent nombreux, et prièrent avec ferveur pour celui qui a tant contribué au développement des uvres de la Propagation de la Foi, en ces vingt dernières années.

    Le jeudi suivant, 27 octobre, toute la population de Yên-Bái, Européens et Annamites, était en fête : Sur Géronyme, des Surs de St Paul de Chartres, attachée à lhospice de la mission, depuis plus de 20 ans, solennisait le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse. Messe solennelle, salut dactions de grâces, félicitations de tous, en prose et en poésie, pétards, tambours..., rien ne manqua, pour remercier, de son dévouement inlassable, cette bonne religieuse ! Elle eût voulu se souvenir, seule, devant Dieu, des nombreuses grâces reçues, durant ces longues années dapostolat, à la Guyane et au Tonkin ; ses Supérieures de Hanoi en jugèrent autrement, et furent heureuses de venir lui tenir compagnie, en ce beau jour. Mgr Ramond, lui aussi, au souvenir des services rendus, si souvent, aux missionnaires, prêtres indigènes et catéchistes, par Sur Géronyme, lui envoya une lettre, pleine de bonté et de reconnaissance, en même temps quil ajoutait, à sa missive, une.... belle image pour ses uvres, et lui faisait expédier un colis de médecines variées. Que cette bonne religieuse reçoive lexpression de notre sincère reconnaissance, et que le Bon Dieu lui accorde dattendre, de longues années encore, la plus belle récompense, quil lui réserve certainement, pour sa vie toute de bonté et de dévouement !

    Grâces à Dieu, la moisson du dixième mois, qui paraissait bien compromise, par suite des inondations récentes, promet dêtre passable : en plusieurs endroits, on commence à moissonner, et le riz, encore sur pied, a bel aspect.

    Les fêtes de la Toussaint ont été favorisées par un temps superbe, un véritable Eté de la St-Martin; partout, lassistance aux offices a été édifiante, les communions nombreuses ; comme toujours, eurent lieu les examens de catéchisme ; en maints endroits, des nouveaux chrétiens y prenaient part, pour la première fois ; inutile de dire quils furent, partout, pleins dentrain et démulation, pour se préparer à cette épreuve.

    Malheureusement, en la paroisse de Nỗ-Lực, à quelque dix kilomètres de Hunghoa, un triste accident est venu jeter la consternation, dans la population catholique ; le matin de la Toussaint, quatorze personnes, logées sur un banc de sable, vis-à-vis léglise de cette paroisse, prenaient une barque, pour passer le Fleuve-Rouge, et aller assister à la messe. Quadvint-il ? la barque était-elle en trop mauvais état ? les enfants, qui étaient en plus grand nombre, remuèrent-ils trop brusquement ? y eut-il fausse manuvre de la part de celui qui dirigeait ? Toujours est-il, que la barque chavira, et quen quelques secondes, tous ses occupants furent submergés. Alors, avait lieu la première messe ; aux cris poussés par les victimes, tous les assistants se précipitèrent à leur secours, et purent en sauver une dizaine. Quatre, hélas ! ne purent être retrouvées ; parmi elles, deux surs, lune âgée de 12 ans, lautre, de 5 ans. Espérons que le Bon Dieu aura eu pitié de ces pauvres enfants, et les recevra dans son paradis !


    Phatdiem

    26 octobre.

    Au mois daoût le P. Delmas avait dû passer déjà plusieurs jours à lhôpital de Phatdiem pour soigner une furonculose douloureuse et tenace. Au début doctobre la dysenterie la obligé, de nouveau, à se faire hospitaliser à la clinique St Paul de Hanoi. Il est revenu, en bonne santé, dans son poste de Ninh-Binh dont il a, en peu de temps, merveilleusement réparé et embelli église et presbytère.

    Une circulaire de S. E. Mgr Marcou, adressée au clergé le 10 octobre, annonce larrivée des deux pièces officielles de la division. Le premier décret, daté du 7 mai 1932, concerne la nouvelle mission de Thanh Hoa ; le second daté du 21 juin, nomme S. E. Mgr De Cooman, premier Vicaire Apostolique de cette mission. La lettre commune fait savoir aussi que la division ne sera définitive quà partir du jour de lan annamite, cest-à-dire, fin janvier 1933. Ainsi les retraites annuelles des catéchistes, prêtres annamites et missionnaires se feront encore à Phatdiem et permettront à tous de se retrouver ensemble une dernière fois....

    Le P. Luong, ancien élève de Pinang, ordonné prêtre en 1926, est nommé aide-procureur de la mission de Phatdiem.

    Le 21 octobre, à la cathédrale de Phatdiem, S. E. Mgr Marcou a chanté la sainte messe pour le repos de lâme de Son Eminence le Cardinal Van Rossum.

    Le 24 S. E. a quitté Phatdiem pour aller bénir le cimetière du petit séminaire de Phuc-Nhac. De là S. E. sest rendue à Ninh-Binh où Elle baptisera un certain nombre de nouveaux chrétiens et commencera une nouvelle tournée apostolique.

    Le P. Groslambert, de Besançon, est le premier confrère envoyé par le Séminaire de Paris dans la nouvelle mission de Thanh Hoa. H est arrivé à Haiphong le 20 octobre. Le P. Pourchet, son compatriote, est allé à sa rencontre et la conduit directement à Thanh Hoa, sans passer par Phatdiem. Le 24, le P. Fénart la conduit à Phuc-dia, demander la bénédiction à son évêque, Mgr De Cooman. Après la Toussaint, il ira commencer létude de la langue au Proatorium, sur la belle plage de Ba.Làng. Puisse la Reine des apôtres lui accorder un long et fructueux apostolat ! Puisse-t-elle nous accorder, à tous, la joie de voir beaucoup dautres jeunes missionnaires venir dans la jeune mission de Thanh Hoa où un million cinq cents mille annamites et 76.000 laotiens se convertiraient facilement sil y avait davantage douvriers et aussi, moins de gêne matérielle. Le premier évêque de la mission, sans gîte lui-même, se demande anxieusement doù lui viendront les ressources nécessaires pour fonder : évêché, maison de communauté pour missionnaires et prêtres indigènes, séminaire, cures, catéchuménats etc.

    Dans le Bulletin doctobre, p. 757, un confrère posait cette question : La puissance du démon dans la Chine actuelle est-elle une vérité de fait ?
    Et dans lhistoire contemporaine de lIndochine ?

    Voici deux réponses. Elles en suggéreront peut-être encore dautres.... Elles montrent que le démon, toujours aussi peu consciencieux, se sert parfois de stratagèmes assez inattendus.

    Dans un coin de la mission on peut voir une villa européenne, flanquée dune pagode du meilleur goût indigène. Cette pagode a été construite par la femme annamite dun européen. Elle sy livre à toutes les contorsions savantes de lhypnotisme diabolique quon appelle ordinairement ngồi đồng bóng. Le mari ne veut pas rester en retard sur sa femme ; lui aussi se livre à la même pantomime et avec le même succès. Parfois le jeune garçon, fils de cet intéressant ménage, sen va à la chasse. Pendant ce temps, son papa fait du sport hypnotique et dit le nombre de pièces de gibier que rapportera son héritier et même leur espèce. La pagode en question est très courue ; elle est en train dacquérir une réputation provinciale ; les femmes stériles y viennent avec ferveur demander une progéniture.

    La seconde réponse a déjà été communiquée à lAgence Fides, par un confrère dont le poste, le plus éloigné de la mission, savance jusque dans le Laos :

    Cette vaste région qui occupe la partie nord-occidentale de lIndochine, a une population fort mélangée tant au point de vue des races quau point de vue religieux. Le long du Mékong, vers le nord surtout, on trouve quelques enclaves franchement bouddhiques, mais presque partout les habitants sont animistes, avec à peine une teinte de bouddhisme. Les villages ont, il est vrai, des bonzeries ; les gens soccupent aussi de Bouddha quelques jours au cours de lannée, et cela à loccasion de fêtes tout à fait extérieures. Le fond de la croyance populaire est le culte des esprits, appelés phi ou pi. Ce sont ces esprits seuls en somme que les neuf-dixièmes des Laotiens adorent et invoquent.

    Sous prétexte dempêcher quelques bonzes du Mékong daller étudier au Siam, lAdministration française sefforce de régénérer le bouddhisme au Laos.

    Il y a quelques années, M. Bosc, résident supérieur du Laos, créa de toutes pièces, pour le Laos, une hiérarchie bouddhique, copiée sur le modèle de la hiérarchie catholique. Le Gouvernement Général en publia le Statut à lOfficiel. Chaque province laotienne eut son évêque, ses vicaires généraux, ses curés-doyens, ses curés et ses vicaires ! En même temps on prescrivit aux bonzes davoir à saméliorer par des études et par un règlement officiel spécial très détaillé On créa aussi pour eux des associations cultuelles.

    En 1929, le Résident Supérieur du Laos, décida de sappuyer sur le bouddhisme, très vivace, du Cambodge pour redonner de la vie au bouddhisme malade du Laos. A cette époque il créa à Vientiane, la capitale, lInstitut Indigène détudes bouddhiques, du Petit Véhicule : la Directrice est une française, Mlle Kerpeles, les principaux professeurs sont des bonzes venus du Cambodge. Cet Institut étroitement lié à la Haute Ecole Bouddhique du Cambodge, communément appelée Bibliothèque Royale du Cambodge est bien une sorte de grand séminaire à lusage des bonzes et un centre des hautes études bouddhiques au Laos. Le Gouvernement le subventionne officiellement. Son inauguration fut présidée par la plus haute autorité de lIndochine française, M. Pasquier, Gouverneur Général. Au cours du mois de mai 1932, cet Institut vient de répandre les premiers livres de propagande bouddhique. Ce sont : 1 LAthi phommacharyaka sikka, sorte de morale bouddhique composé par Sa Majesté Sisavang Vong, Roi actuel de Luang Prabang. 2 Un extrait de Tripitaka, livre sacré. 3 Gihivinaya, morceaux choisis. 4 Traypranan, morceaux choisis. Ces livres ont été traduits du Cambodgien en Laotien relevé, assez difficile à comprendre. Les chefs laotiens ont tous reçu lordre de vendre ces brochures à leurs sujets.

    Le Laotien est peureux, craintif. Devant cette propagande en faveur du bouddhisme pur, il obéira et se fera vrai disciple de Gautama. Cest un gros danger pour lavenir du catholicisme au Laos. Un vrai bouddhiste est autrement difficile à convertir quun animiste.


    Quinhon

    7 novembre.

    Du compte rendu de lannée écoulée nous extrayons les lignes suivantes :
    Lexercice 1931-32, écrit Monseigneur Tardieu, restera dans les annales de la mission de Quinhon marqué dévénements particulièrement importants.

    Cest dabord la division de la mission et lérection de Kontum en Vicariat Apostolique ; en second lieu lordination des trois premiers prêtres Banhars.

    Après lordination de ces trois jeunes prêtres, premiers vux, le 16 juillet, des dix premiers Petits-Frères de St Joseph dont la Communauté, quatre jours plus tard, abandonnait les paillotes de la Nha Da pour aller sinstaller à Kim-Chau, dans la grande et belle maison laissée libre par le transfert des Frères des Ecoles chrétiennes à Quinhon.

    Nos grands séminaristes, eux aussi, ont dit adieu à Dai-An, terra invia et inaquosa, et sont venus, dans le courant des vacances juillet-août, prendre possession du nouveau grand séminaire à Quinhon.

    Enfin nos six Franciscaines Missionnaires de Marie, promises depuis décembre 1930 ! Leur départ de Marseille est fixé au 23 septembre. Egalement une autre fondation est annoncée et en bonne voie de réalisation à Nhatrang, les Surs de St Vincent de Paul en prendront la direction.

    Pour clore généreusement la série de ses abondantes bénédictions et nous consoler de bien des soucis, la bonne Providence nous a donné cette fois 4214 baptêmes dadultes dont 138 seulement in articulo mortis. Le mouvement des conversions, loin de se ralentir, paraît, au contraire, sétendre vers le sud, dans les provinces de Ouang-Ngai et Binh-Dinh, jusquaux lieux qui furent autrefois les témoins des travaux et souffrances de nos premiers missionnaires et où furent arrêtés le Bx Monseigneur Cuenot et ses compagnons pour être conduits à la mort.

    Notre joie de moissonner ainsi à pleines mains nest malheureusement pas sans mélange. Il a fallu, cette année, réparer de suite églises, presbytères, écoles et autres installations gravement touchées par le typhon qui, en mai, a ravagé la province de Phanrang.

    Les ruines accumulées par ce typhon étaient à peine réparées quune nouvelle épreuve est venue frapper notre mission : le typhon du 16 octobre a ravagé le nord de la province de Binh-Dinh. Dès le lendemain du désastre Monseigneur Tardieu accompagné du P. Provicaire sest hâté daller porter aux sinistrés les premiers secours et ses encouragements. La route mandarine, malgré les équipes de miliciens, prisonniers et coolies na été complètement libre que quatre jours plus tard.

    Les églises principales de Nha Da, Nuoc Nhi, Thac Da, Hoi Duc, Dong Hau ne sont plus que des ruines, nos confrères de Nha Da et Dong Dai nont plus où se loger, beaucoup de nos pauvres chrétiens de toute cette région sont logés. à la même enseigne.

    Cest Nuoc Nhi qui a subi le choc le plus fort. Léglise est à plat, le P. Sanctuaire a pu enlever le ciboire après la chute de léglise. Dans la maison fortement malmenée, le Père et ses serviteurs ont cru leur dernier jour arrivé. Les maisons des chrétiens et païens ont été en grande partie mises en miettes. A Nha Da, sur 32 maisons, il en reste 10 debout et à Muong La, trois sur une trentaine.

    Partout ailleurs cest la même proportion. En dehors des églises principales, il y a environ 45 églises de chrétienté rasées, les autres ont eu leurs toitures ou enlevées ou détériorées. Sur les 10.000 chrétiens de cette région nous navons eu à déplorer la mort que dun seul chrétien, mais parmi la population païenne on compte environ 150 morts.

    Le 23 octobre on nous annonçait encore un typhon sur Nhatrang, Phanrang et tout le sud, heureusement il est resté en mer et il y a eu seulement inondation. Au-delà de Phanrang le train a déraillé et on a eu à déplorer la mort dun européen.

    Lécole Gagelin, transférée à Quinhon, a ouvert ses cours le premier septembre, il y a en ce moment 200 élèves.

    Le 14 septembre Monseigneur Tardieu présidait à Gothi une cérémonie de vêture et recevait les premiers vux de cinq novices, ce qui porte à 31 le nombre des professes. Le surlendemain elles partaient pour leurs postes respectifs, léproserie, hôpital, orphelinat et écoles paroissiales jusquà Kontum. Les 14 premières professes ont émis cette année leurs vux triennaux qui doivent précéder les vux perpétuels.

    De nos absents dassez bonnes nouvelles ; le P. Jean va bien et sapprête à affronter lhiver de Pézenas ; nous espérons revoir le P. Lalanne vers la fin de lannée.

    Le P. Lassalmonie a fait à Vichy une seconde cure dont il a retiré beaucoup de bien, dit-il, mais Vichy ne fait pas de miracles et les forces lui reviennent lentement. Puisse lannée 1933 nous ramener notre cher confrère plein de santé, le travail ne manque pas ici : en attendant, sur le désir de Monseigneur le Supérieur Général, il est allé à Beaupréau et y secondera le P. Davias.

    Le P. Priou, après une saison de 40 jours à Vichy, en a fait une autre de 30 jours à Châtelguyon, il se déclare enchanté de son traitement. Puisse la nouvelle année le ramener sur son plateau de Pleiku, il ne sera pas de trop dans la nouvelle mission de Kontum !

    Sont partis pour Béthanie, le P. Laborier, fin août, et le P. Solvignon, fin septembre, le premier pour essayer de se débarrasser de fréquents accès de paludisme dûs au climat fiévreux de Phu-Thuong, et le second pour faire, aux environs de la soixantaine, une halte de quelques mois dans notre si hospitalier sanatorium. Ces deux confrères ont lintention de profiter de leur séjour à Béthanie pour assister à la retraite qui doit avoir lieu à Nazareth fin janvier 1933.


    Hué

    13 novembre.

    Distinctions honorifiques. Parmi les dernières promotions dans lOrdre de la Légion dHonneur nous avons été heureux de trouver, avec les noms du vénéré Mgr le Supérieur Général et dautres membres vénérables de la Société, ceux de S. E. Mgr Dreyer, Délégué Apostolique, élevé au grade de chevalier, et de S. E. Mgr Allys, ancien Vicaire Apostolique de Hué, au grade dofficier. Nous leur offrons nos respectueuses félicitations. Un nom que nous avons relevé aussi avec plaisir parmi les nouveaux chevaliers, est celui de Mme Charles, femme de lancien Gouverneur Général. Pendant dix ans elle a veillé avec une sollicitude maternelle sur le jeune empereur Bảo-Đại, durant son séjour à Paris, et elle a concouru avec tout son cur, à son éducation.

    Notre nouveau confrère, le P. Douchet, est arrivé le 19 octobre. Après un bref séjour à Hué, il a été placé chez le P. Cadière, à Di-loan, pour y apprendre la langue et sy former au ministère-apostolique. Que le Bon Dieu lui conserve sa bonne santé et lui donne de réaliser tout ce que rêve son cur de jeune missionnaire !

    Visiteurs. Le 28 octobre, nous eûmes lagréable surprise de la visite du P. Gauthier, de Saigon, et du P. Vircondelet, de la Procure de Hongkong, se dirigeant vers le nord. En moins dune journée, à la vitesse de leur auto, ils visitèrent les diverses maisons religieuses et admirèrent plusieurs des curiosités de Hué et des environs.

    Nos malades. Le P. Boudillet est entré à lhôpital pour y soigner un anthrax au cou. Il va déjà mieux, mais il en a bien pour plusieurs semaines encore avant dêtre complètement guéri. Le P. Maunier, au sanatorium de Béthanie depuis six mois, a des hauts et des bas, cependant létat de santé de notre confrère sest bien amélioré depuis son arrivée à Hongkong : aussi espérons-nous le revoir à Hué dans quelques semaines.

    Fêtes civiles et religieuses. Le 22 octobre, le roi Bảo-Đại célébrait lanniversaire de sa naissance. A la fête nocturne que donna S. M. dans son Palais privé dAn-cưu, Mgr le Vicaire Apostolique et les missionnaires étaient invités. Malheureusement le temps était si mauvais que bien peu purent sy rendre. Le roi ayant aperçu Monseigneur dans un groupe, le fit prier de venir et layant fait asseoir à sa gauche (M. le Résident Supérieur était à sa droite), sentretint longtemps avec lui. Cette attention de S. M. fut très remarquée.

    Le 2 novembre, les autorités françaises et les ministres de la Cour, ayant à leur tête M. le Résident Supérieur Châtel, et le Grand Maréchal du Palais représentant le roi, assistaient, avec toute la colonie française, à la messe de Requiem célébrée à la paroisse française par S. E. Mgr Chabanon. La chorale du grand séminaire assurait les chants. Avant labsoute S. Exc. rappela ce que nos chers morts attendent de nous : des sacrifices et des prières. La messe terminée, tout le monde se rendit au monument aux morts. Deux palmes y furent déposées, lune par S. M. Bảo-Đại en lhonneur des morts français, lautre par M. le Résident Supérieur en lhonneur des morts annamites. Les assistants défilèrent ensuite devant le monument, et ce pendant les troupes présentaient les armes et les clairons faisaient entendre une sonnerie lugubre.

    Le 11 novembre, la même assistance se retrouvait à la paroisse française, à la messe demandée par les Anciens Combattants. Mgr le Vicaire Apostolique célébra la messe, dont fanfare, violon, chorale du grand séminaire rehaussaient la solennité. Le P. Chapuis, du haut de la chaire, rappela en termes choisis et émus aux anciens combattants et à tous ce que nous devons à nos morts de la Grande Guerre : un souvenir reconnaissant et des prières. Une revue des troupes devant le monument aux morts avait précédé la cérémonie religieuse. Le reste de cette journée de fête nationale se passa en réjouissances publiques, choses toujours prisées des citadins et des nhà quê (campagnards).

    Le typhon du 2 novembre. Pendant la nuit du 1 au 2 novembre et la matinée suivante le centre de la province de Quảng-trị fut ravagé par un typhon ou plutôt par une violente tornade. La région sinistrée va de la mer à la montagne mais heureusement sur une largeur dune vingtaine de kilomètres seulement. Le centre de cette tempête semble avoir été la petite localité de Đông-hà. Là, les maisons annamites sont toutes par terre et les habitations bâties à leuropéenne et couvertes en tuiles, sont découvertes et gravement endommagées. A la gare plusieurs wagons vides ont été retournés les roues en lair et les camions automobiles du service du Laos, jetés pêle-mêle les uns sur les autres. On compte dans la région ravagée environ cinq mille maisons annamites démolies ; les blessés sont nombreux, un certain nombre gravement atteints, mais il y a seulement une vingtaine de morts. Une dizaine de paroisses ont souffert du typhon, quelques-unes ont subi des pertes importantes : ainsi, chez le P. Thắng, à Linh-yên, toutes les chapelles des chrétientés annexes sont détruites, léglise principale a eu son toit enlevé ; chez le P. Tuyến, à Phương-gia, paroisse voisine de Đông-hà, église, clocher, cure et dépendances, tout est par terre ; cest dautant plus triste que cette paroisse est de création récente et que le P. Tuyến venait à peine de terminer son installation il y a trois-semaines ; chez le P. Phát, à Đại-lộc, léglise seule est restée debout ; chez le P. Tuần, à Nhu-lý, la grande et belle église construite il y a une trentaine dannées par le P. Guichard, a été découverte et gravement endommagée. Le P. Delvaux, est le seul missionnaire que le typhon ait touché, mais peu gravement, grâce aux mesures de précautions quil avait prises ; une seule de ses chapelles a été démolie. Une forte inondation suivit la tempête. Linondation fut plus forte encore au nord de la région ravagée par le typhon, dans le bassin du fleuve qui baigne le monastère de Phước-sơn. Des-pluies torrentielles, de véritables trombes deau sabattirent sur ces collines et ces vallées. En quelques heures la crue du fleuve débordé atteignit une hauteur inouïe jusquici ; le pays ne fut bientôt plus quune vaste mer ; le flot dévastateur emportait tout, maisons, mobilier, bétail ; il fit à la ligne du chemin de fer, sur une longueur dune trentaine de kilomètres, de larges et profondes coupures et endommagea gravement la route mandarine. Cest un vrai désastre pour les pauvres Annamites déjà si malheureux, de la région ravagée par le typhon ou par linondation : à la perte de leurs maisons, de leur mobilier et de leur bétail, il faut ajouter celle de la récolte sur pied et du riz qui était dans les greniers. Deus misereatur nostri !

    Mort du Père Thới. Le 2 novembre séteignait, après de longs mois de souffrances vaillamment et pieusement supportées, le P. Paul Thới. Il avait 54 ans dâge et 28 de sacerdoce. Cétait un prêtre profondément pieux, très soigneux, plein de zèle, toujours de bonne humeur, aussi était-il estimé et aimé de tous. Il a bâti deux grandes et belles églises : celle de Mỉ-duyệt et celle de Kim-long. Son dernier poste fut la petite paroisse de N. D. de La-vang : il y a construit de vastes et confortables bâtiments pour les pèlerins, une école et un petit couvent pour les religieuses. En 1885 (il avait alors une huitaine dannées), il avait vu sa chrétienté de Duong-lệ complètement détruite par les Văn-Thân (Lettrés), ses compatriotes massacrés, sa mère tuée sous ses yeux. Lui-même réussit à se cacher dans un fourré épais, où, mort de peur, il demeura immobile. Les égorgeurs, en fouillant les haies de leurs lances et de leurs épées pour y découvrir les chrétiens cachés, lui firent une large blessure à la tête ; malgré le sang qui coulait en abondance, le petit Paul ni ne cria ni ne bougea ; les païens ne soupçonnant pas sa présence se retirèrent et le pauvre blessé réussit à senfuir. Toute sa vie il a porté la glorieuse cicatrice. Depuis plusieurs années une lente maladie de poitrine lavait obligé à noccuper que des postes peu fatigants, enfin au début de 1932 il dut se démettre de tout ministère. Sa mort fut particulièrement pénible et douloureuse. Il entra en agonie juste en plein typhon, et la chrétienté de Đại-lộc où il sétait retiré fut très éprouvée par louragan : le vent, la pluie faisaient rage dans la maison dont la toiture était en partie enlevée et les murs éventrés. On transportait le pauvre moribond deçà delà pour tâcher de labriter un peu, pendant que cinq ou six personnes tenaient au-dessus de lui des parapluies ouverts et de larges chapeaux pour le protéger : ce qui ne lempêcha pas dêtre à la longue complètement trempé. Les funérailles eurent lieu au sanctuaire de La-vang. Les communications étaient rompues de partout, linondation couvrait le pays : aussi une quinzaine de prêtres seulement, Mgr Chabanon à leur tête, purent y assister. Le pieux desservant de N. D. de La-vang repose maintenant auprès de la Bonne Mère, à laquelle il avait une tendre dévotion, au chevet du sanctuaire.


    Bangkok.

    9 novembre.

    Le mercredi, 19 octobre, est arrivé à Bangkok le cher P. Meunier. Il vient augmenter le nombre, hélas ! trop restreint des missionnaires de Bangkok. Le travail ne lui fera pas défaut et il en aura dautant plus que sa bonne volonté et ses aptitudes semblent grandes. Nous lui souhaitons un fructueux et long apostolat au Siam.

    La vie scolaire dans nos Collèges et Couvents a repris son rythme ordinaire. On enregistre partout un léger fléchissement dans le chiffre des rentrées. Beaucoup de fonctionnaires civils et militaires du gouvernement ayant été licenciés pour équilibrer le budget de lEtat, se trouvent en effet dans la dure nécessité dabréger léducation de leurs enfants. Par ailleurs, les établissements scolaires de la mission catholique, tout en conservant leur excellent renom, se voient concurrencés par une multitude décoles que le nouveau gouvernement, inconsidérément peut-être, laisse sétablir sans profit pour le niveau des études, avec perte certaine pour lesprit de discipline.

    A loccasion de lanniversaire de la naissance de Sa Majesté le Roi de Siam, des réjouissances populaires et des fêtes ont eu lieu les 7-8-9 novembre dernier. On aurait pu craindre que le coup détat du 24 juin, en renversant la monarchie absolue, nait en même temps ruiné le prestige et lautorité royale. Il nen est rien. Déjà, le 28 octobre, lors de lanniversaire de la mort de Sa Majesté Chulalongkorn, véritable fondateur et père de la nation siamoise, on a constaté un heureux revirement populaire en faveur de la royauté. Par ailleurs, Sa Majesté actuelle Prachatipok avait formellement signifié son intention quaucune cérémonie nait lieu pour lanniversaire de sa naissance, ne voulant pas, dans la crise actuelle, occasionner des dépenses somptuaires. Le Gouvernement du Parti du Peuple la respectueusement prié de revenir sur sa décision. Comme dordinaire les fêtes, les réceptions et les dîners ont eu lieu et plus brillants que jamais.

    Il semble donc que le peuple (et son nouveau Gouvernement) reste profondément attaché à son Roi et que les manifestations desprit bolchéviste qui marquèrent la première période de la révolution soient momentanément jugulées. La presse siamoise en effet qui compte actuellement dix-huit journaux quotidiens est loin dêtre toute entière respectueuse de la personne royale. Néanmoins il faut conclure que présentement, le Siam entier manifeste toujours de la vénération pour le Roi qui, de son côté, cherche toutes les occasions possibles dêtre utile, compatissant et dévoué à son peuple.


    Malacca

    29 octobre.

    Son Excellence Mgr Jean Marie Mérel.
    Le 13 octobre, le Bon Dieu rappelait à Lui Son Excellence Mgr Mérel, Archevêque de Craina, ancien Vicaire Apostolique de la mission du Kouang-Tong.

    Jean-Marie Mérel était né à Vay, dans la Loire-Inférieure, le 18 avril 1854. Ordonné prêtre dans son diocèse, à Nantes, le 29 juin 1879, il entrait lannée suivante à la rue du Bac et en 1881 partait pour la mission du Kouang-Tong. Après dix-neuf années de labeur, sur la demande de ses confrères, il leur était donné comme chef le 20 avril 1901 et sacré Evêque dOrcisto dans la magnifique cathédrale de Canton le 6 juin de la même année.

    En 1914, Mgr Mérel démissionnait pour se retirer dans la mission de Malacca et cest là que, pendant dix-huit ans, il nous a été donné dadmirer son zèle infatigable dans les postes divers qui eurent le bonheur de lavoir comme pasteur. Car la retraite pour lui, nen fut pas une. Ne pouvant désormais porter le fardeau de lépiscopat, Son Excellence voulut être à nouveau le vaillant missionnaire dantan qui se souciait peu de sa peine. Il semble quune nouvelle jeunesse lui fut donnée pendant cette seconde période de son apostolat dans le rang. Nous tous, qui lavons vu à luvre, conserverons longtemps de ce grand vieillard, à peine courbé par lâge, les exemples de piété, dhumilité, de simplicité, de patience et de charité si cordiale quil nous a laissés. Et dans les postes qui furent son champ daction, à Batu-Gajah, Kuala-Lumpur (Eglise du Rosaire), Taiping et surtout à Ipoh et au Sacré-Cur de Singapore où il fit ses deux plus longs stages, nos chrétiens noublieront pas de sitôt cette figure souriante qui savait devenir sévère à loccasion, et aussi ces sermons, longs parfois, mais dun style relevé, dans lesquels il leur rappelait, en les expliquant, les obligations de la vie chrétienne.

    En 1921 le Saint-Siège, voulant marquer en quelle estime il tenait le vénérable Evêque qui avait voulu continuer, comme un simple missionnaire, son travail dans la vigne du Père de Famille, lélevait à la dignité archiépiscopale, au titre de Craina.

    Le deuil qui vient de nous frapper ne nous a pas été une surprise. Depuis un an, il était visible, hélas ! que lâge hâtait son uvre ; et dun moment à lautre pouvait sonner pour ce bon ouvrier lheure du repos. Dans la journée du 10 octobre il fut pris de congestion, ne pouvant plus parler ; cet état dura toute la journée du 11 et celle du 12 jusquau soir. A ce moment la fièvre se déclara et dura toute la nuit ; la respiration devenait très pénible et la faiblesse saccentuait. Le lendemain, 13, à 11 heures du matin, il rendait le dernier soupir ayant auprès de lui trois confrères pour lassister à ses derniers moments.

    Aujourdhui lancien Vicaire Apostolique du Kouang-Tong attend la résurrection glorieuse aux côtés de son aîné, lancien Vicaire Apostolique de la Birmanie Septentrionale, Mgr Charles-Arsène Bourdon qui, lui aussi, vint terminer dans notre mission une carrière semblable à celle de Mgr Mérel, pleine dans, de labeur et de mérites.

    Les missionnaires de Malacca, unis à leurs confrères de Canton, Swatow et Pakhoi dans ce deuil qui leur est commun, joignent leurs prières aux leurs afin que le Divin Maître pour lequel, en dépit de lâge, il a travaillé jusquau bout, dépose sur le front de son vieux serviteur la couronne de justice réservée à ceux qui ont vaillamment combattu dans larène et en sortent victorieux ; car du vénérable Archevêque de Craina comme du jeune Evêque dOrcisto, il convient de dire : Bonum certamen certavit.

    Nouvelles : Nous en avons reçu dexcellentes du premier groupe de nos confrères rentrés en France, MM. Hermann, Devals et Souhait, qui se sont retrouvés aux pieds de la Vierge de Lourdes et lont priée pour leur mission, pasteur et troupeau. De MM. Fourgs et Goyhénètche, rien à dire encore ; laissons-leur le temps de faire peau neuve. Pendant labsence de M. Fourgs cest son vicaire et disciple en langues chinoises, le Père Allard, un Picpucien hollandais de la mission Banka-Billiton, qui tient la grande paroisse de St Michel dIpoh.

    Grand remue-ménage dans notre Babel. Atteints soudainement de nationalisme suraigu, les Malais partent en guerre contre les autres races au cri de : La Malaisie aux Malais ! Quen feraient-ils, grands dieux ! si on les y laissait seuls. Ils redeviendraient vite les demi-sauvages dil y a soixante ans, opprimés par leurs Kajas, mal habillés, grelottant de fièvre entre un chien galeux et un chat famélique, à lombre protectrice oh combien ! de trois ou quatre cocotiers.

    Les communistes eh oui ! on en parle encore quelquefois. Tout récemment, M. François apprenait de ses chrétiens, dans un petit poste de lintérieur, que les Camarades chinois avaient apposé des placards portant en caractères noirs : Mort aux Capitalistes ! en caractères bleus : Mort aux Gouvernants ! et en caractères rouges : Mort aux Catholiques ! Pan, pan, pan ! tout le monde par terre ! Les gouvernants, en tout cas, ne semblent pas du tout décidés à se laisser descendre pour faire plaisir aux Camarades. Et quand ils les pincent cest pour les saler comme lard.

    La dépression économique nest pas ici pire quailleurs. Toutefois la hache du retrenchment qui navait jusquici fait de coupes réglées que dans la broussaille touffue des employés subalternes, sattaque maintenant aux gros arbres, aux Européens. On semble même frapper à tort et à travers puisquil serait question de diminuer nos anges gardiens, les mata-mata, pandores de Malaisie. Ce nest pas cette mesure qui remédiera aux vols à main armée ni aux enlèvements par les brigands de gros planteurs et mineurs chinois qui ne sont remis en circulation que contre espèces sonnantes.


    Laos

    1er novembre.

    Le 25 septembre dernier le P. Malaval nous a quittés momentanément pour aller faire un petit voyage à Hongkong. Le bon air de la mer et les bons soins quil trouvera à Béthanie lui rendront vite sa belle santé dautrefois que plus de trente ans de Laos avaient quelque peu malmenée. Il fera toujours plaisir à ses vieux amis en leur donnant, de temps en temps, de ses nouvelles.

    Le 10 octobre Monseigneur est allé installer son remplaçant, le P. Fraix, à Dong Mak Ba. Notre confrère soccupera aussi de Ban Si Mang, près de Thakhek, et de temps à autre ira respirer le bon air de Nong Seng. Cest dire quil naura pas le temps de sennuyer.

    De passage, ces jours-ci, le P. Joachim, de Bangkok, qui venait revoir et quelques amis et le vieux Laos où, il y a une trentaine dannées, il travaillait comme catéchiste. A cette époque il était professeur dans cet embryon de petit séminaire que lon essayait de fonder dans lîle de Don-Done.

    Le 2 novembre Monseigneur quittera Thakhek à la première heure se rendant à Hanoi par Vinh et dans trois semaines, pendant que paraîtront ces lignes, les missionnaires du Laos se réuniront à lévêché pour la retraite annuelle. Cest en perspective un peu de copie, moins rachitique que dordinaire, pour la chronique laotienne.


    Rangoon

    2 novembre.

    Le 24 septembre, Mgr Provost est allé donner la clôture aux Clarisses à Pegu. Ces saintes Filles attendaient ce moment-là depuis plus de cinq mois ; mais leur monastère provisoire nécessita tant de réparations, de transformations et dadditions quil ne leur fut pas permis de se réfugier plus tôt derrière les murs du cloître. Les voilà donc désormais bien séparées du monde pour se consacrer, par la prière et la pénitence, à la conversion des bouddhistes.

    La cérémonie qui devait commencer à 7 heures, fut un peu retardée par suite dune panne dauto queurent Mgr et le P. Saint-Guily, Provicaire, avant darriver. Le P. Dessalle, qui les avait précédés, en auto également, ne les voyant pas paraître, se remit au volant pour se porter à leur secours, et les trouva sur la route, à 15 kilomètres de Pegu, se désespérant auprès dune voiture qui refusait obstinément davancer. Il les prit dans la sienne et les conduisit à destination.

    Après une absence de trois mois, le P. Philippe nous est revenu le 27 septembre. Il a pris part à la retraite commune à Hongkong et sest offert ensuite un séjour de quelques semaines dans une trappe dAnnam. Il a mené la vie de trappiste qui serait tout à fait de son goût, sil ny avait pas lobligation de travailler dans les champs, en plein midi, sous un soleil tropical : cest assez malsain quand le crâne commence à se dégarnir. Mais il na voulu, sans doute, que se perfectionner encore un peu plus dans la pratique du renoncement pour continuer daffronter, avec la même égalité dâme, les labeurs, les fatigues, les difficultés, les soucis que lui tient en réserve ladministration de ses 6000 chrétiens tamils.

    Le 27 septembre, nous avons eu le plaisir de revoir le P. Paquet qui rentrait dans sa mission de Birmanie Septentrionale, après un congé de deux ans. La mine de prospérité quil rapporte prouve quil a bien profité de sa longue villégiature au Canada.

    Le 10 octobre, le P. Cassan, nouveau missionnaire, en route pour Mandalay, débarquait à Rangoon. Il est resté quelques jours avec nous. Le P. Ogent, son ami, lui a fait visiter la ville et les environs.

    Du 13 au 17 octobre, nos prêtres indigènes ont eu leur retraite annuelle. Ils étaient tous présents, sauf un, que son curé malade avait été obligé de garder auprès de lui.

    Mgr Provost vient davoir une attaque dinfluenza dont il se remet assez lentement. Linactivité lui pèse et il attend avec impatience daller mieux pour se remettre au travail.

    Nous apprenons que les Pères Mourlanne et Picot se préparent à revenir. Ils doivent sembarquer à Marseille le 3 décembre pour arriver à Rangoon la veille de Noël. Le P. Fargeton voudrait bien les accompagner, mais son état de santé ne lui permet pas encore de penser au retour. Le P. Maye continue probablement de promener ses vieilles infirmités dans le midi de la France et ne rentrera que lorsquil sen sera définitivement débarrassé.

    Le 28 octobre, au cours dune cérémonie officielle pour la remise des décorations et des récompenses, le P. Sellos a reçu, des mains du Gouverneur, la médaille dor du Kaisar-I-Hind, dont il est titulaire depuis le 1er janvier.

    Les grandes élections qui doivent décider du sort de la Birmanie auront lieu le 9 novembre. Séparatistes et anti-séparatistes briguent les suffrages des électeurs qui, dune façon générale, ne sont pas très au courant de la question. Selon la majorité de la nouvelle chambre, le pays prendra rang parmi les colonies de la Couronne, avec un modus vivendi qui lui donnera tout au moins lillusion de lindépendance, ou restera ce quil est depuis longtemps, tributaire de lEmpire de lInde.

    *
    * *

    La chronique ci-dessus vient de noter la clôture donnée aux Clarisses de Pegu, le Bulletin (mois daoût 1932, pag. 633) avait déjà mentionné leur arrivée dans la mission de Rangoon et leur installation à Pegu. Cest le P. Mignot, notre confrère aveugle qui, du consentement de Mgr Provost, prit linitiative de les inviter et fit tous les frais de leur première installation.

    Les Clarisses occupent le couvent provisoire quon leur a préparé et sont très reconnaissantes au P. Mignot de ce quil a fait et continue à faire pour elles ; le jour de sa fête (29 septembre) elles lui ont fait parvenir une adresse dans laquelle elles expriment toute leur gratitude ; cest à ce titre et avec plaisir que nous publions in extenso cette adresse. N. D. L. R.

    Pegu, le 28 septembre 1932.

    Notre vénéré et très cher Père,
    Il y a de cela un an à. peine, cétait à la veille de la fête du grand St Michel qui garde à travers les siècles le rôle glorieux de soldat du Christ. Le rêve missionnaire des petites Clarisses bisontines commençait à se réaliser : en effet, un mois après cette date leur arrivait un pressant appel de la part dun Apôtre de Birmanie.

    Longtemps, bien longtemps auparavant, le chef de la milice céleste présidait à lordination sacerdotale dune âme de prêtre et y déposait, avec la flamme sacrée de lamour de Dieu, le zèle apostolique du salut des âmes. Ces deux glaives brûlants conduisirent lApôtre en plein centre païen, sur la terre birmane, où régnaient en souverains, Satan et ses suppôts. Tout était à faire alors pour lavènement du Christ Jésus, et tout se fit. Les chapelles apparurent successivement aux regards étonnés du peuple idolâtre habitué à ses pagodes antiques et à son célèbre et peu intéressant Bouddha. Peu à peu, les brebis encore en dehors du divin bercail furent conduites au Bon Pasteur, les chrétientés se développèrent, les écoles souvrirent, les couvents mêmes se fondèrent, la dévotion mariale prit naissance là où le nom de lImmaculée navait jamais été invoqué.

    Bientôt la Vierge de Lourdes se conquit tellement les curs de ses enfants quils accoururent en foules à ses pieds, dans cette grotte bénie où tant de faveurs sobtiennent journellement. Le feu sacré qui, du Tabernacle, embrasait lâme du missionnaire ne se confina pas dans son district, si large cependant, chacun à son tour, les Prêtres de Jésus, ses frères dans lapostolat, bénéficièrent de son abondance et des largesses de son cur.

    Quand il sembla que son uvre fût achevée et que lheure dun repos bien mérité eût enfin sonné, Jésus fit entendre à son fidèle serviteur sa Parole intime, celle qui opère le vouloir divin et qui découvre de nouveaux horizons. Le Fiat ne se fit pas attendre, suivi aussitôt dune prompte exécution.

    Que ne peut produire une volonté humaine quand elle est toute une par la toute-puissance dun Dieu aussi fort que généreux ? A première vue, létablissement dun monastère de contemplatives en pays de mission semblait hérissé de difficultés. Mais la Vierge de Lourdes et le bon St Michel veillaient. De concert, ils travaillaient à développer dans les âmes dhumbles petites Clarisses bien faibles le germe dune vocation missionnaire quelles regardaient comme la perle précieuse qui ne saurait être achetée assez cher. Aussi quand, après de longues années dattente, dépreuves, de tribulations de tous genres, elles reçurent lappel qui comblait leurs vux intimes, un Fiat joyeux vint faire écho à celui du missionnaire lointain, inconnu delles et qui déjà les attirait.

    Quelques mois suffirent pour réaliser le grand et cher projet. Le beau mois de Marie, le mois de notre Mère des Cieux, vit lexode des sept petites Clarisses abandonnant leur patrie, leur famille aimée pour voler là où les appelait Jésus, lEpoux adoré dont elles brûlaient détendre le Règne.

    Bon Père, les voilà vos petites filles, à côté de vous qui les avez accueillies avec tant de paternelle, daffectueuse charité ; le voyez-vous, le sentez-vous, ce petit monastère que vous souhaitiez offrir au Seigneur, cet asile de la prière incessante doù séchapperont Dieu nous en fasse la grâce, ces élans du cur qui percent les nues et triomphent du Cur du Maître ? Ne vous semble-t-il pas déjà voir sortir de terre, sélever vers le Ciel, le cloître définitif, que remplit une jeunesse ardente, heureuse de se consacrer à Jésus sous légide de François, de Claire et de Colette ? Elles arrivent de tous côtés, ces petites colombes, assoiffées damour généreux qui se nourrit dimmolations et de sacrifices, la modeste ruche que votre paternelle bonté a aménagée avec tant de soin et de paternelle prévoyance ne saurait les contenir toutes ; mais nous savons que vous vous réjouissez de cette fécondité. Votre ambition monte plus haut cependant : vous voulez que vos filles soient ferventes, que le couvent, le vôtre devienne une oasis pour notre Jésus ; vous voulez que leurs supplications fassent descendre du Ciel sa rosée bienfaisante sur le champ confié à votre apostolat aussi bien que sur la mission toute entière. Père très aimé, votre juste ambition est la nôtre aussi, et pour la satisfaire pleinement, cest encore sur vous que nous comptons. On dit que Jésus vous confie ses secrets, quil se plaît à vous écouter : alors, priez-le pour votre petit troupeau ; obtenez-lui les grâces de choix qui le rendront docile aux inspirations de lEsprit damour, et alors comme notre bouquet de fête sera beau, comme nous serons puissantes auprès de Celui que nous aimons uniquement et qui ne souhaite que répondre à nos désirs.

    Bon et vénéré Père, soyez pleinement heureux : votre beau rêve depuis hier a vu son plein épanouissement : en cloîtrant vos petites Clarisses, en se les appropriant un peu plus, Jésus na rien enlevé de la respectueuse et filiale affection quelles vous garderont toujours, au contraire. Il la rendue plus forte, de la force même du sacrifice accompli, voulu pour son amour.

    Que St Michel et Notre-Dame achèvent leur uvre, en vous donnant, à vous, Père très bon, de voir beaucoup de générations de Clarisses dans votre petit monastère, et à nous de jouir longtemps de votre paternel dévouement et du fruit de votre grand crédit sur lHôte adoré et jalousement aimé de nos Tabernacles.

    Puissions-nous vous obtenir de son divin Cur une abondance de faveurs spirituelles qui répondent à votre inépuisable bonté pour nous. Puissions-nous aussi, après avoir été votre consolation ici-bas, chanter éternellement au Ciel :

    Vive notre bien-aimé Père,
    Qui pour la gloire de Jésus,
    Fonda cet autre Monastère
    Dans le vieux et païen Pégu !

    Les Petites Clarisses du
    monastère de Pegu,
    Burma.


    Pondichéry

    21 octobre.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le 5 octobre, arrivée en rade du Bernardin de St Pierre venant de France. Il avait à bord dix partants de la rue du Bac et deux dominicains à destination de Hanoi. Ils ont passé la journée à la mission et ont visité les curiosités de la ville et des environs.

    Le 8, service solennel, à la cathédrale, pour le repos de lâme de son Eminence le Cardinal Van Rossum. Nombreuses furent les communions offertes pour le vénéré défunt. Le Rév. P. Gayet, vicaire général, chanta la messe ; Monseigneur donna labsoute en présence du séminaire et de tous les Pères de Pondichéry.

    Le 15, visite du Rév. Frère Clément, visiteur des frères franciscains de Mount Poinsur. Cest ce mois-ci quils vont occuper, à Ongur, le poste qui leur a été assigné dans la mission.

    Le 17, arrivée de deux Pères du Verbe divin en route pour Indore où ils vont fonder une nouvelle mission prise sur Ajmer, Allahabad, Poona et Nagpore. Ils visitent les diocèses du sud de lInde pour se renseigner sur nos méthodes dévangélisation.

    Mahé. Le P. Loyon se trouvant très souffrant envoie deux télégrammes coup sur coup pour appeler au secours. Le 5, le P. Morin quitte Pondichéry pour aller laider à célébrer la fête de Ste Thérèse et lui permettre de prendre quelques jours de repos au sanatorium. Les dernières nouvelles sont tout à fait rassurantes.

    Attipakkam. Après avoir, pendant des semaines, récité loraison pour la pluie, le P. Hougard et son vicaire prient maintenant pro serenitate pour sauver une chapelle en construction que les pluies torrentielles de ces derniers jours menacent de démolir. Pendant le mois doctobre, léglise se remplit de fidèles tous les soirs pour les exercices du St Rosaire.

    Eraiyur. Dans sa modestie, le P. Trideau voulait laisser passer inaperçu le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale. Par bonheur, un confrère voisin dévoila le secret et le 11 octobre, sept confrères se trouvaient réunis à Eraiyur pour offrir leurs vux et leurs félicitations à lheureux jubilaire. Le P. Capelle, jubilaire lui aussi, navait pas craint dentreprendre un long voyage par une pluie battante, pour venir prendre part à la fête. Dautres invités étaient attendus : Monseigneur lui-même devait présider la solennité, mais le mauvais temps les empêcha darriver.


    Mysore

    24 octobre.

    Le 21 septembre, la plupart des prêtres de la mission de Mysore avaient la joie de se trouver réunis pour présenter leurs vux à leur cher Evêque, Monseigneur Despatures. Les paroles, que le Père Vanpeene, au nom de tous les confrères, présents et absents, redit à Sa Grandeur, quoique répétées chaque année, ne sont pourtant pas des paroles creuses. Monseigneur les entend pour la dixième fois et je suis sûr quil en apprécie toujours la saveur et que, cette année encore, il y a trouvé plus quune marque de déférence, plus quune marque de sympathie, mais aussi un réel réconfort et un véritable soutien. Notre Evêque est désormais le doyen des Evêques de nos quatre missions du sud de lInde, puisse-t-il conserver son titre très longtemps !

    Le P. Vanpeene se plut à rappeler les principaux événements de lannée et mentionna entre autres le Carmel et cela surtout fit plaisir à Monseigneur.

    Après la réponse de S. Ex. nous nous rendîmes au réfectoire et tous fîmes honneur au succulent menu du P. Procureur.

    Cependant il y avait une ombre au tableau ; le Père Faisandier, notre procureur, nétait pas tout à fait dans son assiette et, de fait, le lendemain il partait pour Ste Marthe et maintenant il prend un repos bien mérité chez son frère à la plantation de Yercaud.

    Le Père Colin fait lintérim à la procure et on dit que les importuns (et Dieu sait sil y en a autour dune procure) y regardent à deux fois avant daffronter une voix pareille : et pourtant, il faut en convenir, il ne se fâche pas ! Dailleurs comment peut-on se fâcher quand on vient de se faire admettre membre définitif de la Société ?

    Le 3 octobre, notre petit Carmel était à lunisson avec tous les Carmels du monde. Le salut présidé par Monseigneur, fut particulièrement réussi : il y eut des chants superbes exécutés par la schola du Collège St Joseph ; il y eut aussi une pluie de roses ! Bref, une délicieuse et rafraîchissante soirée du ciel !

    Monseigneur ne se contenta pas de bénir des roses au Carmel, le surlendemain, il partait pour une longue tournée de Confirmation : Aroballé et Shimoga. Entre temps il sarrêta à Mysore pour les fêtes du Desara. Parmi les guests du Maharajah, la gent ecclésiastique était particulièrement bien placée : immédiatement après le Gouverneur de Pondichéry venaient Son Excellence le Délégué Apostolique et son secrétaire ; puis Monseigneur Despatures accompagné du P. Vanpeene.

    Les vivants ont été fêtés, mais cependant les morts nont pas été délaissés. Le 21 octobre, à la Cathédrale, une messe solennelle de Requiem a été chantée par Mgr de Mysore pour le repos de lâme du regretté Cardinal Van Rossum, ancien Préfet de la Propagande.

    Dans quelle catégorie faut-il placer la cérémonie qui sest déroulée le 28 octobre au Carmel de Bangalore ? Morts ou vivants ? Laissons la nouvelle carmélite trancher elle-même la question. Puisse Sur Gabrielle de lIncarnation porter longtemps encore le saint habit quelle vient de prendre. Ce souhait nétonnera plus les lecteurs quand ils sauront que la nouvelle recrue, une dame de Roubaix, veuve, est déjà grandmère dune grande enfant de 18 ans. Monseigneur présida la cérémonie. Le Père Prouvost, lui aussi de Roubaix, représenta en quelque sorte la famille, et la communauté des Chanoines de St Maurice assura le chant.

    Le Père Nauroy a quitté sa retraite de Mercara et a été nommé tout dernièrement aumônier du Couvent de St Joseph, à Bangalore.


    Coïmbatore

    25 octobre.

    Le dimanche 25 septembre 1932, eut lieu à Ketti la bénédiction dune nouvelle église destinée surtout aux néophytes Badagas des Montagnes Bleues. Monseigneur Tournier a tenu à la bénir lui-même et à témoigner au P. Périé, le vaillant apôtre des Badagas, ladmiration quil a pour son zèle. Tous les missionnaires des environs non retenus chez eux par les travaux du ministère se sont fait un doux plaisir de venir, à cette occasion, présenter leurs congratulations au zélé P. Périé. Léglise est due en grande partie à la générosité de notre vénéré Supérieur, Mgr de Guébriant, qui, lors de sa visite, lan dernier, ne put quadmirer les vertus apostoliques de son vaillant missionnaire et, pour le récompenser, vida sa bourse dans la sienne.

    Après trois longues années dattente, la mission de Coïmbatore vient enfin de recevoir un nouveau; cest le P. Audiau. Il est dautant plus le bienvenu quil a été plus attendu. Que le Seigneur lui accorde une vie apostolique longue et très fructueuse. Espérons que le prochain nouveau ne se fera pas attendre si longtemps. Il sest mis à létude du Tamoul et, pour linitier à la vie apostolique, Monseigneur vient de le prendre comme socius dans une tournée quil fait à travers les montagnes du nord et du nord-ouest de la mission.

    Le P. Castanié est toujours à lhôpital de Ste Marthe à Bangalore. Il va mieux, mais les forces reviennent lentement. Cest le cur, dit-il, qui ne fonctionne pas très bien ; néanmoins il espère pouvoir nous revenir à la fin de novembre.


    Salem

    27 octobre.

    Un miracle moderne, cest ainsi que la presse nationaliste hindoue caractérisait le triomphe de Gandhi dont le jeûne de 6 jours avec menace de prolongation de la grève de la faim jusquà extinction, avait réalisé lunité de front politique au sein de lhindouisme, prélude du nivellement social amorcé par la suppression de luntouchability des basses castes.

    En criant au miracle et en poussant des cris de victoire à la seule annonce de larrangement conclu entre les chefs politiciens des divers clans, on avait compté sans lorthodoxie qui veillait jalousement sur la pérennité des coutumes millénaires, sanctionnées par les prescriptions religieuses, et répondit par un refus catégorique à linvitation qui lui fut faite de permettre laccès des pagodes aux basses castes.

    Devant cette résistance, il a bien fallu déchanter. Le fameux miracle qui devait changer la face de lInde, proclamé à grand renfort dorchestre par toutes les trompettes de la presse, demandera encore pas mal de temps pour produire tous ses effets, surtout celui de labolition de la caste, pierre fondamentale de la société hindoue.

    En effet, le jour où la caste aura complètement disparu de lInde, alors, mais alors seulement, on pourra parler, sinon de miracle, du moins dun événement vraiment merveilleux, modifiant totalement et de fond en comble le dernier rempart du traditionalisme.

    En attendant, cest vers le catholicisme que se tournent les basses castes.
    Cest ainsi que la moisson continue, toujours prospère, à Namakal, où le P. Hourmant a encore tout dernièrement baptisé une cinquantaine dadultes païens, entamant deux nouveaux villages : Minnampalli et Ilanagiri, à Salem où le P. Mercier en a glané autant ainsi que le P. Ligeon, à Yercaud.

    En vue de la future Résidence Episcopale et en prévision du développement des uvres diocésaines, vient dêtre acquis un magnifique terrain de 7 hectares, très bien situé, en face de la gare de Town, à proximité du collège municipal.

    Le P. Playoust, souffrant depuis quelque temps daérophagie, est allé à lhôpital Ste Marthe à Bangalore chercher un adoucissement à ses souffrances : les bons soins qui lui ont été prodigués ont amené une certaine amélioration dans son état de santé. Nous espérons bien que notre cher et vénéré doyen se remettra vite de cette secousse passagère et pourra bientôt regagner son poste, complètement remis. Dans un an, nous aurons la joie de fêter ses noces dor. Quel jour que celui-là ! Un vrai jour de triomphe.


    Sikkim

    21 septembre.

    Lannée 1932 a été pour la Préfecture de Sikkim une année vraiment extraordinaire : bon nombre de conversions et visites dillustres personnages. Depuis quarante, cinquante ans, nous autres, vieux missionnaires, nous nous contentions de recueillir quelques épis, et bien maigres, et encore étions-nous très heureux de pouvoir glaner ces rares épis ; mais les jeunes, arrivés de Paris tout feu et tout flamme, ont parcouru nos gorges profondes des Himalayas à la recherche, non pas dépis épars, mais bien de grosses gerbes.

    Et nos jeunes ont réussi, aussi certains ont-ils vu leur troupeau doubler, tripler même. Et quels beaux épis se trouvaient dans ces gerbes : un Révérend et deux pasteurs protestants (tous indigènes). Aussi, grâce à eux, le nombre des chrétiens a-t-il dépassé les 1.200 et le nombre des baptêmes, pour cette année seulement, a-t-il dépassé 200. Pour nous, vieux, nous nous contentons davoir tenu bon, selon la consigne reçue jadis de notre vénéré fondateur, le cher P. Desgodins, et nous continuerons de prier pour le succès de leurs armes.

    Cette année aussi a vu limpression des quatre Evangiles et des Actes des Apôtres. Ces cinq petits livres sont arrivés à point car les nouveaux convertis, venus du protestantisme, sont très friands de la lecture de la Sainte Bible.

    Dans le courant de lannée Monseigneur le Préfet Apostolique a pu faire quelques visites dans le Sikkim proprement dit. Pendant quatre jours il a été lhôte de Sa Majesté le Maharajah du Sikkim qui, à loccasion dautres visites, sest toujours montré très aimable. Il faudrait profiter des bonnes dispositions de Sa Majesté pour sétablir dans ce petit royaume où les missionnaires catholiques nont jamais eu de pied-à-terre, mais Monseigneur enchaîné, rivé à Kalimpong, ne voit pas de sitôt ses chaînes rompues. Il pensait pouvoir trouver un peu de liberté, mais une lettre de Paris annonce que le nouveau missionnaire destiné au Sikkim est, pour cause de maladie, dans limpossibilité de se mettre en route, doù Monseigneur doit donc encore remplir les fonctions de chapelain du couvent des Surs. Le couvent, cette année, grâce à un généreux bienfaiteur, a pu bâtir une jolie chapelle gothique en ciment armé.

    Durant cet exercice le nombre de nos écoles a augmenté et notre désir serait dentourer la forteresse protestante dune ceinture décoles. Si nous avions des ressources cela serait facile, en effet le gouvernement nous permet douvrir des écoles là où nous voulons. En particulier une école secondaire tenue par des Frères nous serait très utile. Depuis des années déjà nous avons frappé à bien des portes, mais jusquici sans résultat. Qui sait ? peut-être finirons-nous par réussir ? Dans quelques jours le Provincial des Frères de St Gabriel viendra voir notre situation et choisir un emplacement si nous acceptons ses conditions dont quelques-unes sont très onéreuses pour une jeune mission ; cest la banqueroute en perspective, mais nous ne serions pas beaucoup plus pauvres après la banqueroute quavant.

    Comme les temps sont changés ! Autrefois les catholiques avaient à peine droit de cité, maintenant ils peuvent aller et sétablir partout en territoire anglais, bien entendu, car le Sikkim reste toujours fermé ; ses portes finiront bien par souvrir et, pour hâter ce jour, un catéchiste parcourt tous les villages ; cest lancien Révérend qui a bien voulu prendre cette charge.

    Nous avons eu la visite dillustres personnages : Le 27 mai, Son Altesse royale le Prince héritier du Népal, Hiranya Shansher Yangbahadur Rama, se présentait au Couvent où une très belle réception lui fut faite, nous fûmes très heureux de pouvoir lui parler dans sa langue natale, ce quil apprécia très hautement, aussi, en nous quittant, promit-il de venir nous revoir. Le 5 août, Leurs Majestés le Maharajah et la Maharani du Sikkim venaient au Couvent où un thé dhonneur leur fut offert, le 12 ils revenaient assister à une soirée donnée en leur honneur et ils furent tellement satisfaits que le 15, avant de rentrer à leur capitale, ils vinrent eux-mêmes prendre congé. Leurs enfants sont en pension au Couvent.

    Ce nest pas souvent que le Sikkim paraît dans les colonnes du Bulletin : les nouvelles intéressantes sont rares. En donnant aujourdhui un bref aperçu de ses travaux et de ses joies de lannée la jeune mission sollicite les prières de tous les chers confrères pour la réussite de ses uvres.


    Séminaire de Paris

    1er octobre.

    Le 17 septembre était le dernier délai fixé pour la rentrée des nouveaux aspirants, ces derniers ont donc gagné à cette date Paris et Bièvres. Quelques-uns sont encore retenus par le service militaire qui prend fin dans la première quinzaine doctobre.

    Le dimanche 18, avait lieu la cérémonie de départ pour les nouveaux missionnaires qui prennent le bateau de la ligne Chine-Japon. Lassistance était particulièrement nombreuse. Le P. Parmentier, supérieur de Bièvres, leur adressa les dernières paroles dadieu, leur montrant à la lumière des enseignements de St Paul et des exemples de nos aînés, ce que doit être un véritable apôtre. Après le repas du soir la communauté se rendit à la chapelle pour terminer les grâces et, heureuse innovation, les Partants récitèrent en commun les Prières de lItinéraire et sortirent dans la cour où les voitures attendaient. La semaine suivante fut occupée par la retraite de rentrée : à Paris le R. P. Menne, à Bièvres le R. P. de Boissieu en furent les prédicateurs. Tous deux appartiennent à lOrdre de St Dominique,

    Le samedi 24, Mgr le Supérieur a conféré les saints ordres. Six. prêtres (dont 3 étrangers), 1 sous-diacre (étranger), 4 exorcistes-acolytes et 6 ostiaires-lecteurs prirent part à cette ordination qui clôturait la retraite. Le lundi 26 avait lieu la fête solennelle des Martyrs de Corée, et le lendemain les aspirants se remettaient au travail pour une nouvelle année scolaire.

    Le 29, Mgr le Supérieur, accompagné du P. Depierre, assistait à la cathédrale dAmiens au sacre de Mgr Lamy, supérieur du grand séminaire, récemment promu à lEvêché de Meaux.

    Un tout récent décret de la S. C. de la Propagande, enregistre la démission de Mgr Barillon, évêque de Malacca, et de Mgr Audren, nouvellement nommé évêque de Pomaria et coadjuteur du Vicaire Apostolique de Yunnanfu.

    De passage à Paris les PP. Jean, Maillard, Genty, Vircondelet, Meiller, Delahaye, Guesdon,

    Départs de nouveaux Missionnaires. Par le paquebot Général Metzinger sembarquaient à Marseille les partants du deuxième groupe : MM. Léoutre (Fukuoka), Déchaux (Osaka), Collard (Séoul), Peckels (Moukden), Josset (Chengtu), Ghaye (Chungking), Morel (Canton), Guesdon (Swatow), Cotto (Pakhoi), Billaud (Nanning).

    15 octobre.

    Aux premiers jours doctobre, au Séminaire, nombreuses allées et venues de postulants dâges divers, depuis 12 ans jusquà 25 et répartis par les soins du P. Thibaud entre le maisons des Montmélian, Issy-les-Moulineaux, Conflans, Changis St-Jean et Montmagny. Le petit séminaire de Beaupréau a recommencé lannée avec 12 élèves.

    Dix-neuf aspirants ont quitté le Séminaire pour aller accomplir leur service militaire ; 15 autres, libérés au début du mois, sont rentrés le 11. La communauté de Paris compte à la date du 15 octobre 69 aspirants, celle de Bièvres 58 ; 8 sont à Rome et 21 au service de larmée, au total 156.

    La petite communauté de Rome se prépare à rejoindre le centre de ses études. Aux 7 anciens sajoutera un nouveau, M. Broizat, du diocèse dAnnecy.

    Mgr le Supérieur, à loccasion dun baptême de famille à quelques kilomètres de Charolles, a fait, le 6 octobre, un court pèlerinage à Paray-le-Monial. Le P. Robert, de son côté, est allé assister au service solennel du jeune P. Coulot décédé à Vinh.

    De passage à Paris Mgr Chaize, les PP. Lemasle, Graton Alc., Thomas, Léauté, Doquet, Tesson. Deux jeunes prêtres du Séminaire des M.-E. de Québec ont pris aussi un repas à la rue du Bac avant de se rendre à Rome où ils vont poursuivre leurs études.

    Admission nº 35. M. Paul Lefebvre, du diocèse de Lille.


    1932/923-970
    923-970
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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