Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chronique des Missions et des Etablissements communs 8

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô Le 7 Juin dernier la léproserie de Kôyama était en fête, une fête tout intime, familiale, sans aucun invité. Les lépreux, avec une émotion visible, célébraient le jubilé sacerdotal de leur aumônier, le P. Droüart de Lézey, au Japon depuis 1873, cest-à-dire avant leur naissance à tous, sauf deux bonnes vieilles lépreuses, qui, fait assez singulier, ont dépassé leur soixante-dixième année.
Add this

    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    Le 7 Juin dernier la léproserie de Kôyama était en fête, une fête tout intime, familiale, sans aucun invité. Les lépreux, avec une émotion visible, célébraient le jubilé sacerdotal de leur aumônier, le P. Droüart de Lézey, au Japon depuis 1873, cest-à-dire avant leur naissance à tous, sauf deux bonnes vieilles lépreuses, qui, fait assez singulier, ont dépassé leur soixante-dixième année.

    Que peut être une fête dans une léproserie ? Dabord jour de repos, sans travail. Puis, à la chapelle, une messe basse, comme tous les jours, mais avec un autel resplendissant, sinon de lumières, du moins de tout léclat des fleurs variées cultivées par les lépreux eux-mêmes, et des chants lancés à pleins poumons.

    Après le déjeuner, précédés dune fanfare composée dune grosse caisse et de cymbales, dun cornet à piston, de deux flûtes et de deux violons, les lépreux se rendirent au presbytère offrir leurs vux au jubilaire par un discours fort joliment tourné. Dans sa réponse le Père dit quil remerciait Dieu de lui avoir, sur la fin de sa carrière, confié ladministration des lépreux ; dabord parce que, durant ses cinquante années de mission, parmi toutes les paroisses quil avait eu à administrer et qui lui avaient donné des consolations diverses, la léproserie était incontestablement la plus pieuse, la plus consolante pour un cur de prêtre, et ensuite parce quil estime que la mort au milieu des lépreux doit être douce ; pas de tombe plus enviable que celle quil aura un jour au milieu deux, dans le cimetière calme et solitaire au pied de la montagne.

    Au Japon comme en France, pas de fête sans agapes fraternelles. Rien ne fut épargné pour laisser à ces pauvres grands enfants un souvenir durable de la petite fête familiale. Grâce surtout au vin de France, souvent recommandé par les médecins et toujours apprécié par les lépreux, bien des visages avaient perdu leur pâleur habituelle, toutes les langues étaient déliées et des rires joyeux éclataient partout.

    La journée finit gaiement par une pièce de théâtre tirée de lhistoire des Martyrs japonais, suivie dune comédie représentant un paysan abominablement dupé par un rusé commerçant. Ce fut au milieu des éclats de rire que lon se sépara.

    Hélas ! dans une léproserie surtout, le deuil suit de près la joie. Le jubilaire dut consacrer le reste de la nuit à assister à ses derniers moments un lépreux aveugle, couvert de plaies, dont les main et les pieds navaient plus rien dhumain. Et, le lendemain de cette joyeuse fête, se fit, au milieu dun sinistre brouillard, le plus lugubre enterrement auquel, de son aveu, le Père ait jamais assisté.

    Les journaux annoncent que la fameuse secte du Nishi-Hongwanji qui se distingua dans la récente campagne contre lambassade japonaise au Vatican, a décidé denvoyer un de ses bonzes, M. Matsubara Chiyen, pour étudier à Rome même lorganisation de lEglise catholique. Que ne la-t-elle envoyé plus tôt ?....

    Nagasaki

    Du 4 au 9 juillet ont eu lieu les exercices de la retraite annuelle pour nos prêtres japonais. Vingt-neuf, dont trois du diocèse dOsaka, y prirent part et goûtèrent fort les pieuses instructions que leur donna le P. Raoult. A la fin de la retraite, le P. Yamaguchi fut félicité par Monseigneur et fêté par ses confrères à loccasion du 25e anniversaire de son ordination sacerdotale.

    Seoul

    Au milieu de juin nous avons eu à plusieurs reprises le très rare plaisir de recevoir à Seoul la visite du commandant et des officiers dun petit bateau de guerre français, lAltaïr, mouillé en rade de Chemulpo. A cette occasion les missionnaires furent tous invités au Consulat de France et Mgr Devred fut reçu à bord par le commandant, qui exprima le regret que le manque de local ne lui permît pas une plus large réception.

    Le P. Byrne, de Maryknoll, souffrant depuis plusieurs semaines dun commencement de dysenterie, a dû, le 10 juillet, entrer à lhôpital : espérons que ce ne sera pas pour longtemps.

    Taikou

    Noces dargent sacerdotales de Mgr Demange

    Au séminaire, cétait grande fête le 11 Juin. Cette année, en effet, Mgr Demange célèbre ses noces dargent sacerdotales, et aux séminaristes étaient réservées les prémices de ces solennités, puisquils seront en vacances le 26, jour anniversaire. Le matin, en des poésies et des compliments tour à tour latins et coréens, qui montrent à la fois leur talent et leur cur, ils célébrèrent les 25 ans de sacerdoce, les vertus et les uvres de leur vénéré Père. Ce fut intime, senti, sincère et bien doux au cur du Pontife, comme il le leur dit à son tour.

    Laprès-midi, une séance dun autre genre, mais tout aussi parfaite dans son exécution, était offerte à lheureux Jubilaire.. Une pièce de théâtre, composée, préparée, montée par nos artistes improvisés, mettait en présence un David champêtre et un gigantesque Goliath, que faisaient ressortir le majestueux Saul et larmée dIsraël apeurée, tandis que le ciel envoyait au prophète Samuel trois anges gracieux sous leur blanc visage et leurs vastes ailes.

    Une si bonne journée ne pouvait sachever quaux pieds du Maître des Apôtres : cest aussi dans un salut solennel que lavenir de lEglise de Taikou, rendant grâces au Dispensateur de tous biens des 25 années dernières, en sollicitait de nombreuses encore pour son premier Pontife.

    Le 25 Juin, de tous les points de la Mission arrivaient à Taikou les confrères et les prêtres indigènes, pour y fêter le jubilé sacerdotal de Mgr Demange. NN. SS. Mutel et Devred, accompagnés des PP. Poisnel, Guinand et Paul Han, venaient de Seoul apporter à la Mission-sur le témoignage renouvelé de lunion parfaite.

    La Providence ménageait à cette brillante cérémonie un très brillant soleil : tout était à lunisson pour faire de cette journée une belle fête. Un portique de verdure, une allée de branchages, de guirlandes et de fleurs conduisaient au portail de la cathédrale où sentassait, sous une voûte de drapeaux multicolores, une foule compacte de chrétiens.

    A lautel, où monte pour la messe pontificale Mgr Demange, lassistent les doyens de ses prêtres. Toute la famille est là : dhier, daujourdhui, de demain même, car des séminaristes restés pour la circonstance ou revenus à cette intention, font les cérémonies avec leur aisance habituelle et exécutent les chants liturgiques. Une allocution simple donne à la foule le sens de cette fête et lexhorte à limitation des vertus de son vénéré Pasteur.

    Après le salut solennel du Très Saint Sacrement, pendant lequel retentit le Te Deum dactions de grâces, dans la salle des retraites, au Séminaire, on se réunit pour le banquet, où la traditionnelle franche gaieté ne fit certes pas défaut.

    A lheure des toasts, à cette heure des souvenirs intimes et des aimables indiscrétions, davance pardonnées, successivement le P. Vermorel, provicaire, et Mgr Devred, par délégation de Mgr Mutel, au nom de Taikou et de Seoul, dirent tout haut ce que chacun pensait tout bas et rappelèrent ce que fut le passé de lheureux Jubilaire, qui, à son tour, exprima les sentiments qui se pressaient en son cur.

    Des salves de pétards annonçaient bientôt le commencement dune autre cérémonie. Entouré des Evêques de Seoul et de son clergé, Mgr Demange, prenait place, au pied même de la grotte de Lourdes, sur lesplanade qui domine la ville et que couvraient, comme dun dôme original, des centaines de petits drapeaux, tandis que se massaient en un vaste demi-cercle, les enfants des écoles et de la Sainte-Enfance et la foule des chrétiens. Tour à tour les interprètes des chrétiens et des enfants dirent à leur Pasteur leur reconnaissance pour ces 25 ans de labeur quil leur a consacrés.

    Monseigneur, en des paroles senties, convient que cest bien à eux, en effet, que ses missionnaires et lui-même donnent et leur temps et leurs forces, et il leur en explique le pourquoi.

    Les paroles nont pas paru suffisantes aux chrétiens, et voici quils présentent à Sa Grandeur les cadeaux qui seront le témoignage sensible de leur filiale affection. A lutile et au pratique se mêle lartistique : un ornement complet pour les messes pontificales, étrenné le matin même, est offert par les Surs de Saint-Paul, les chrétiens de la ville et les écoles ; divers cadeaux sont offerts aussi par les chrétientés voisines. Déjà à lissue du banquet, les missionnaires et les prêtres indigènes de la Mission ont présenté à leur Evêque une chaîne et une croix pectorale, sous laquelle, affirme Monseigneur en les remerciant, bat un cur qui les contient tous.

    Avant de se séparer, la foule demande la bénédiction de Sa Grandeur et en denthousiastes vivats condense ses souhaits de prospérité à son Pasteur.

    Oui, bien belle journée, parfaite en tous points, et combien réconfortante !

    Dieu donne à Mgr Demange de garder de longues années encore le gouvernail de la barque quIl lui a confiée et quil dirige dune main si sûre et si paternelle !


    Le Bulletin, de loin et un peu tard, sassocie de tout cur à ce dernier vu et prie le vénéré Jubilaire dagréer ses respectueuses félicitations.

    Mandchourie Méridionale

    Le 13 Juin, à lissue de leur retraite annuelle, nos prêtres indigènes ont fêté les noces dargent sacerdotales de trois dentre eux : les PP. Thaddée Tchao, Laurent Sia et Joseph Ouang. Le P. Tchao est le propre oncle de Claire Tchao, morte en odeur de sainteté à Songchou-tsouitze (ou N.-D. des Pins, dans le Vicariat Apostolique de Mongolie Orientale), à laquelle les Chinois attribuent de nombreux miracles, dont plusieurs furent relatés dans le Chen Sin Pao édité à Shanghai. Comme ses deux confrères, il fut toujours un prêtre fort édifiant et se fit remarquer par un véritable zèle de convertisseur. Les PP. Sia et Ouang eurent particulièrement à souffrir lors de la tourmente des Boxeurs. Le premier resta plusieurs mois caché dans les montagnes de Kaochantouen, vivant et couchant à la belle étoile en compagnie des PP. Hérin et Perreau. Le second se réfugia avec la plus grande partie de ses chrétiens dans les forêts vierges voisines, qui constituaient alors le parc réservé aux chasses des Empereurs mandchous. Ces lieux sauvages ne fournissaient pas le nécessaire à la subsistance de plusieurs centaines de personnes : il fallait de temps en temps envoyer au village dorigine quelques chrétiens plus débrouillards et hardis, qui rapportaient le sorgho nécessaire à la nourriture des fuyards. Plusieurs de ces courageux envoyés, surpris et massacrés en route, ne revinrent jamais au camp, et la faim sy faisait alors cruellement sentir. Honneur soit aux vaillants qui connurent les jours des grandes épreuves et donnent aujourdhui à leurs jeunes confrères lexemple des vertus sacerdotales !

    Notre nouveau confrère, M. Vérineux, débarqué en Mandchourie le 8 Juin, jour de la fête du Sacré-Cur, arriva à Moukden le 11, juste à temps pour faire connaissance avec nos prêtres indigènes et prendre sa part du festin purement chinois offert par les Pères jubilaires à ceux qui les fêtaient si cordialement. On ne poussa pas la cruauté jusquà lui mettre en main des bâtonnets, mais il soutint avec honneur ce premier contact avec la cuisine nationale et, si ses oreilles bourdonnèrent quelque peu lors des toasts prononcés en chinois, il ne se sentit nullement effrayé à la pensée davoir à se familiariser avec ces sons bizarres. Cest dun excellent augure.

    Le 1er Juillet, nos sept théologiens recevaient la tonsure. Le soir, après la bénédiction du Saint-Sacrement, le Chant des Martyrs nous rappela que le lendemain était lanniversaire du massacre de Mgr Guillon, des confrères, des religieuses et de nombreux chrétiens, sur le lieu même où nous commémorions leur souvenir.

    Mandchourie Septentrionale

    Après la Pentecôte a eu lieu à Siaopakiatze une fête dun genre spécial et, en tout cas, nouveau pour notre Mission. Les titulaires des districts de la région de Changchun avaient depuis quelques mois formé le projet de réunir à Siaopakiatze leurs écoles de garçons pour un concours de gymnastique tel quen ont chaque année les écoles du gouvernement. Voyant dans cette réunion une occasion dattirer lattention sur les uvres scolaires, Mgr Gaspais, qui na rien tant à cur que le développement de ces uvres, approuva chaleureusement lidée et promit de venir lui même présider cette fête. Les districts de Mandchourie septentrionale sont si distants les uns des autres, les communications sont si difficiles, que ce premier congrès fut forcément tout régional et, de fait, seules les écoles de la région de Changchun purent y participer. Donc, le mardi de la Pentecôte, les écoles de Changchun, Wangkiatoun, Lienhoachan, etc. arrivèrent successivement, faisant retentir des accents joyeux de leurs fanfares les échos du village de Siaopakiatze. La population, qui navait jamais vu rien de pareil, manifesta, durant toute la durée du concours, son plus grand intérêt et sa plus cordiale sympathie pour la bruyante jeunesse qui fut son hôte pendant près dune semaine. Le missionnaire de Siaopakiatze, le P. Guérin, aidé de ses catéchistes, nomit, du reste, rien de ce qui pouvait contribuer au succès de la fête. Malheureusement des pluies persistantes rendirent les chemins impraticables et forcèrent les congressistes à prolonger leur séjour. En attendant que le ciel devînt plus clément, des réunions variées, séances de gymnastique suédoise ou de prestidigitation, concerts avec chants et sonneries de fanfares, conférences, aidèrent les écoliers à passer le temps dune façon à la fois utile et agréable.

    Le jeudi eut lieu la Messe spéciale du Congrès. Mgr Gaspais assistait au trône ; les écoles étaient massées dans la partie supérieur de la grande nef avec leurs drapeaux et leurs fanfares. Dans léglise, magnifiquement décorée, se pressait la foule des grands jours. Après lévangile, Monseigneur monta en chaire et expliqua à son auditoire attentif limportance des uvres scolaires, ce quelles doivent être, la nécessité surtout de joindre à la formation de lintelligence celle de la volonté, qui fait non seulement des hommes instruits, mais surtout des hommes de caractère, des chrétiens convaincus. A lélévation, les clairons sonnèrent aux champs et les drapeaux sinclinèrent devant Jésus-Hostie. Bientôt après tous les enfants, qui, la veille, sétaient approchés du sacrement de pénitence, firent la sainte communion.

    Le temps sétant enfin remis au beau, le concours de gymnastique depuis si longtemps préparé put avoir lieu le samedi. Durant toute une journée, sous les regards dune foule curieuse et sympathique, les exercices les plus variés mirent aux prises les équipes des différentes écoles, et comme, toutes choses considérées, chacune eut suffisamment la face, tout le monde fut content et cest dun pas alerte et lair joyeux que, malgré la fatigue, les écoliers défilèrent le soir pour aller prendre un repos bien mérité.

    LE lendemain, dimanche de la Sainte Trinité, un temps splendide permit de donner à la fête un éclat que le mauvais temps avait empêché de donner à la cérémonie du jeudi. Un long cortège, formé des écoles précédées de leurs drapeaux et de leurs clairons, vint chercher Monseigneur, revêtu de la cappa et précédé des notables et du clergé ; pendant la messe, les sonneries de fanfares alternèrent avec les chants sacrés. Le soir, la bénédiction du Saint-Sacrement, donnée par Sa Grandeur, réunit une dernière fois congressistes et fidèles aux pieds de Notre-Seigneur, qui dut bénir avec amour cette chère jeunesse, bataillon bien modeste, certes, mais qui, nous lespérons, reviendra chaque année plus nombreux donner le spectacle de son ardeur et de sa foi.

    Enfin à la nuit une retraite aux flambeaux parcourut les rues du village. De la foule, des fanfares, des lanternes, rien de plus conforme au goût de nos Chinois qui se pressaient sur le parcours du défilé.

    Le lendemain matin, chacun regagna ses pénates, emportant de ces jours de fête le meilleur souvenir et se promettant bien de revenir lan prochain.

    Setchoan Occidental

    La guerre civile continue dans toute la province. De Gan-io le P. Ambroise écrit : Dix mille hommes sont cantonnés en ville et dans les environs. Grâce à une proclamation du général en chef, jai pu éviter la réquisition de mon oratoire, mais non celle des locataires et des fermiers : on prend jusquaux enfants de dix ans pour porter des munitions.

    De son côté le P. Robin dit : De nombreux cadavres de soldats pourrissent sur le bord du fleuve à Tchaokiatou ; on peut sattendre à la peste ou au choléra. Plus de commerce possible ; personne nose saventurer sur les routes et se rendre au marché. Les habitants sont frappés de lourdes contributions.

    Les oratoires de Sinfan, Suhopa, Teeyang, ont été pillés par la soldatesque. Ce nest partout que désordre et brigandage.

    Setchoan Oriental

    La province est toujours sérieusement troublée : guerres, brigandages, troubles de toutes sortes. Les paysans terrorisés abandonnent leurs champs et leur maisons. Partout cest lanarchie la plus complète.

    Le 9 juin, dans la matinée, trois marins français convoyaient une barque de charbon destinée au Doudart de Lagrée. Arrivée à Tan-tseche lembarcation chavira. Des trois convoyeurs deux seulement parvinrent à gagner la rive ; le troisième, le quartier-maître Lucien-Théophile Fatrez, après avoir vainement lutté contre le tourbillon, disparut, ainsi que huit Chinois. Sur la demande du Commandant, une messe de Requiem fut célébrée le lendemain dans la chapelle de lhôpital catholique : toute la colonie française de Chungking y assista, ainsi que les officiers et matelots du Doudart, du La Grandière, etc. Huit jours après le corps du malheureux fut enfin retrouvé et lenterrement eut lieu le 17 juin.

    Yunnan

    A Yunnanfu les chrétiens se sont fait un pieux devoir de réciter les prières des morts et de faire célébrer une messe solennelle pour le repos de lâme de Mgr Excoffier. Au séminaire de Pelongtan, les séminaristes ont chanté un service pour celui qui fut jadis supérieur de la maison.

    Le P. Bourlet, du Tonkin Maritime, est venu prendre un peu de vacances bien méritées, du reste, à Yunnanfu ; mais son zèle ne souffre pas de repos : il soccupe des Annamites de la capitale, et il a été heureux de découvrir une trentaine de chrétiens, à qui il fait le catéchisme, dit la messe et prêche chaque dimanche. De plus en plus nous voyons combien il serait désirable quun missionnaire se consacrât aux Annamites, qui sont plus de 600 à Yunnanfu, peut-être autant à Amitcheou, et tout le long de la voie ferrée, à Ileang, à Posi, à Mongtse, etc.

    Dans la nuit du 2 au 3 juin, 300 soldats se sont enfuis du camp du Nord avec armes et bagages : encore 300 brigands de plus !

    Kouytcheou

    Cest toujours la série noire qui continue. Si la bataille entre Yunnanais et Setchoanais a pu être évitée, il semble bien que ce ne soit que partie remise, car le général Tcheou, en se retirant, a emmené comme otage le propre neveu du maréchal Lieou Jou-tseou, qui lui avait été envoyé comme parlementaire. Les Yunnanais semblent se préparer à envahir le Setchoan. Lavant-garde dune nouvelle armée de 15.000 hommes est déjà arrivée à trois étapes de Kouiyang. Avec les nouveaux venus cela fait une armée de 40.000 hommes au moins, que la province doit entretenir et payer. Et ce nest pas chose facile, car le gouvernement doit, bon gré mal gré, trouver chaque mois la jolie somme de 400.000 piastres et, comme la caisse est vide, il faut singénier. On lance alors un emprunt forcé, quon pourrait appeler impôt sur revenu. Mais, comme il ny a aucune base permettant de tabler cet impôt, cest le chemin grand ouvert à larbitraire. Déjà les deux trois gouvernements précédents avaient grugé le peuple par tous les moyens possibles, et voici que celui-ci recommence : la population est fort mécontente, mais nose rien dire, car les fusils des militaires partent, hélas ! trop facilement tout seuls. Les soldats sont sans discipline et sans tenue : ils pénètrent partout et sapproprient ce qui leur fait plaisir. De ce fait nos malheureux confrères de la campagne sont dans une situation des plus pénibles. Cela nempêche pas les gros bonnets de larmée de faire la fête à Kouiyang sous le fallacieux prétexte de la nomination de trois Toupan, expression que, par euphémisme, on peut traduire : Pacificateurs du Kouytcheou.

    A cause des réquisitions sans nombre, il nous est impossible de faire venir nos bagages, qui se morfondent depuis quelques années, soit à Tchenyuen, un des ports de rivière de la province, soit sur la route du Houlan. Ceux que nous avons essayé de faire venir par la voie du Yunnan sont stoppés depuis des mois, nous ne savons trop où. Par malheur notre petite provision de vin de messe touche à sa fin et, si cet état troublé continue encore quelques mois, il nous sera tout à fait impossible de la renouveler. Larrivée des Pacificateurs na mis aucun frein à laudace des pirates, au contraire. Eux-mêmes disent le ouvertement quils ne sont point venus pour réprimer la piraterie, et que cela ne les regarde en aucune manière. Aussi les bandits sen donnent à cur joie et se livrent à leurs fructueux exploits jusque sous les yeux des soi-disant pacificateurs. La terreur règne dans tout le de la province : les rizières ne sont plus cultivées et le riz de la récolte dernière pourrit dans les greniers.

    Ce mois nous a apporté, à nous aussi, notre part de misères. La ville de Eullangpa a été complètement pillée ; léglise na pas été épargnée et nos deux prêtres indigènes qui y étaient en résidence, les PP. Laurent Hou et Job Tsin, celui ci pour la deuxième fois, ont été emmenés comme otages, comme cochons gras, disent les pirates. Ceux-ci ont fait demander deux cents charges dargent, à peu près 280.000 piastres, pour la rançon des deux prisonniers. Le serviteur du P. Laurent Hou, emmené lui aussi, mais qui a pu séchapper, assure avoir entendu les pirates affirmer que si dans un mois cette somme ne leur est pas livrée, ils mettront les deux Pères à mort.

    Sans contredit, notre Mission à lheure actuelle détient le record des sévices subis : un missionnaire maltraité, cinq poursuivis, huit emmenés pendant un temps plus ou moins long, et huit résidences pillées de fond en comble. Que le bon Dieu ait enfin pitié de nous !

    Le 8 juin dernier, dix postulantes de notre petit couvent du Sacré-Cur ont fait leurs premiers vux. Daigne la divine Providence bénir cette uvre, fondée par le P. Cousin pour les jeunes filles chinoises désireuses dembrasser une vie plus parfaite, et de laquelle nous sommes en droit dattendre une aide précieuse pour nos écoles dans les districts.

    Canton

    Les Bulles et Bref nommant Mgr Fourquet à lévêché titulaire de Themisonium et au Vicariat Apostolique de Canton sont arrivés. La cérémonie du sacre est fixée au dimanche 16 Septembre.

    Le 30 Juin il y a eu 50 ans que notre vénéré doyen, le P. Sorin recevait lordination sacer4dtale. Dans son humilité, il na voulu se prêter à aucune cérémonie extérieure et a préféré passer cet anniversaire dans lunique société du Dieu qui réjouit sa jeunesse.

    La guerre civile continue daffliger notre province. Notre confrère, le P. Frayssinet, en particulier, a vécu des heures pleines dangoisses. Depuis plus dun mois, écrivait-il le 17 Juin, je suis enfermé chez moi et puis à tout moment être fusillé, car ici personne nest épargné. Cinq fois la bataille a fait rage autour de ma chapelle : je me trouvais toujours au centre. Du village il ne reste quun amas de ruines... Le général Lao Tsunwan ma donné une charge de riz et le pasteur protestant anglais un sac de farine ; mais jai une cinquantaine de réfugiés à nourrir et le riz ne fait pas longue durée. Pendant dix jours je nai eu ni sel, ni huile : je me nourris de pain et de légumes verts... La puanteur des cadavres est insupportable ; par une chaleur de 33º les corps des morts sont restés dix jours sans être enterrés. La situation sest cependant un peu améliorée : notre confrère a pu séchapper et le 30 Juin il arrivait à Canton, où un repos bien mérité laide à se remettre des émotions et des privations quil a subies.

    Létat de santé du P. Péric est toujours inquiétant : la faiblesse semble empirer de jour en jour.

    Le 30 juin et 1er juillet a eu lieu la remise des diplômes aux élèves du Collège du Sacré-Cur, de lEcole des garçons de la cathédrale et de lEcole des filles du Saint-Esprit: toutes fêtes scolaires des plus attrayantes.

    Kouangtong Occidental

    Dans les territoires qui forment la Mission du Kouangtong Ouest, les divers partis en présence continuent à sobserver et attendent la conclusion des événements de Canton. On a même tenté, écrit un confrère, de former un petit consortium entre les gouverneurs militaires de Hainan, de Pakhoi et de Yamtchao, pour se protéger contre toute expédition étrangère et simposer au gouvernement de Canton, quel quil puisse être. Mais les intérêts sont trop divergents pour que cet accord soit durable. Quoiquil en soit, si la piraterie semble un peu sommeiller en certaines régions, ailleurs elle reprend de plus belle. Il faut reconnaître que jamais champ plus propice ne fut offert à ses adhérents. Chaque village se fortifie et se garde selon ses moyens, sentourant de haies de bambous épineux, élevant des tours de protection quelque peu semblables, proportions gardées, à nos donjons moyenâgeux, payant entre temps tribut aux troupes de tout acabit pour éviter leurs tracasseries.

    Dans certaine région, un chef-pirate, promu colonel depuis trois mois, et ses associés, devenus soldats, restent gardiens de lordre (tout au moins momentanément) dans les localités dont ils assurent la défense, mais sen vont faire de fructueuses opérations à quelques lieues plus loin. Leurs randonnées accomplies, ils réintègrent tranquillement leurs cantonnements et dépensent gaiement leur butin dans les maisons de jeux, les fumeries dopium, les loteries, etc., quils ont eux-mêmes organisées. Cela se passe au vu et su de tout le monde, mais quelle protestation élever contre de tels abus et à qui sadresser pour en obtenir la cessation ?

    Toutes ces difficultés nont cependant pu empêcher Mgr Gauthier dentreprendre la visite des chrétientés de Mouilok et Fatchao, pas plus que les chrétiens de répondre à lappel de leur évêque et de leur missionnaire. La pénurie de personnel vient encore de contraindre S. G. à se dessaisir dune nouvelle portion de territoire en faveur des PP. de Maryknoll. La sous-préfecture de Fatchao, dont il sagit, ne pouvait dailleurs tomber en de meilleures mains. Sur linvitation de S. G., le P. Meyer sest rendu à Fatchao pour prendre possession de ces nouvelles chrétientés. Monseigneur qui devait encore sa première visite épiscopale aux excellents Pères de Maryknoll, ses fidèles et reconnaissants disciples, a profité de cette occasion pour suivre le P. Meyer jusquà Kotchao, Toungtchan et même Yeungkong (chrétienté fondée par le P. Gauthier il y a quelque 25 ans). Toutefois les circonstances permettront-elles à Mgr daccomplir son programme jusquau bout ? Il peut être périlleux de sengager dans des régions sans cesse parcourues par les soldats ou les pirates, dont la moralité est si semblable ?

    A côté de tous ces points noirs qui obscurcissent si fort notre horizon, notons cependant une récolte de riz qui sannonce superbe et sera une petite compensation à tant de misères occasionnées par létat danarchie où se débat le pays.

    Kouangsi

    La partie sud-ouest de notre Mission est la seule où règne quelque tranquillité. Le voisinage du Tonkin et la présence du Maréchal Louk Yong-ting y sont bien pour quelque chose. Mgr Ducur en a profité pour faire une tournée pastorale dans cette région.

    La partie est du Kouangsi ressent le contre-coup de la guerre civile qui se prolonge dans le Kouangtong. La voie du fleuve est presque impraticable. Le P. Humbert, voulant se rendre à Kouylin, a dû attendre plus dun mois à Nanning avant de trouver un bateau en partance

    De Toungmon le P. Teissier annonce que les pirates, cest-à-dire les soldats en déroute revenant de Canton, ont envahi la région, pillant et brûlant tout sur leur passage.

    De tous ces événements il résultera que le compte-rendu des résultats de lévangélisation pendant le dernier exercice sera forcément peu consolant ; mais le bon Dieu a vu nos efforts et notre bonne volonté !

    Tonkin Occidental

    Les 6, 7 et 8 Juillet, se sont réunis à Keso, sous la présidence de Mgr de Cooman, tous les Supérieurs des Petits-Séminaires, délégués par NN. SS. les Evêques de toutes les Missions du Tonkin, espagnoles et françaises, pour élaborer un programme détudes commun pour une formation de nos catéchistes et séminaristes plus appropriée aux temps et aux circonstances ; ainsi que pour examiner les réformes qui simposent dans nos méthodes denseignement. Les délégués, sappuyant sur les magnifiques résultats obtenus par les écoles du Gouvernement depuis quelques années, ont estimé que nous ne devions pas être inférieurs pour lenseignement et quun nouveau programme détudes simposait, afin que nos catéchistes soient aussi instruits que les élèves des écoles publiques. Le programme de nos études se rapprocherait autant que possible du programme suivi par le Gouvernement et nos catéchistes pourraient même concourir aux examens des écoles publiques en vue dobtenir des diplômes officiels. La Commission a fait de bon travail, qui, dici à quelques années, nous donnera les meilleurs résultats.

    Le P. Schlicklin, fatigué, quitte le Grand-Séminaire pour faire du ministère paroissial : cest pour lui un dur sacrifice de cesser lenseignement, pour lequel il était né. Le P. Chaize, nouveau Provicaire, devient Supérieur du Grand-Séminaire. Le P. Glouton, qui fut Supérieur de théologie pendant de longues années, revient comme professeur de théologie dogmatique à là place do P. Schlicklin. Le P. Vuillard cumule les fonctions de procureur de la communauté de Keso et de professeur de philosophie et de sciences.

    Le P. Lelourdais, nommé directeur du nouveau journal en annamite, fait un grand vide au Petit-Séminaire de Hoang Nguyên, où il a passé 23 années. Le manque de personnel enseignant a obligé Mgr Gendreau à enlever le P. Décréaux à son grand district, pour le nommer professeur intérimaire en attendant que notre nouveau confrère, le P. Brun, puisse enseigner.

    Haut Tonkin

    Selon lusage antique et solennel, les confrères de la Mission se sont réunis à Hung-Hoa pour fêter avec Mgr Ramond les saints Apôtres Pierre et Paul et lui offrir, par lorgane de leur cher doyen, le P. Girod, leurs vux délicatement et humoristiquement exprimés. Fête de famille, à laquelle prenait part pour la première fois le P. de Neuville, laimable nouveau confrère qui nous est arrivé récemment. Le cher Père sest mis joyeusement à la besogne ; il paraît déjà tout habitué et vraiment dans le train; ce qui faisait dire sentencieusement à un ancien : Il ne déparera pas la collection ! Cest lieu ce quil faut.

    La rentrée en classe de philosophie, qui doit avoir lieu le 11 août, comptera 16 élèves. Le P. Gautier est chargé de ce cours, qui dura deux ans.

    Tonkin Maritime

    Remettre nest pas omettre et mieux vaut tard que jamais : ces deux proverbes nous autorisent à revenir aujourdhui sur petite fête datant déjà de deux mois. Le lundi de la Pentecôte, le Petit-Séminaire de Phuc-Nhac, dordinaire si calme, témoignait dune animation inaccoutumée. Mgr Marcou et son Coadjuteur Mgr de Cooman, avec une dizaine de missionnaires venus des environs, célébraient, dans une fête toute dintimité, le 80e anniversaire de la naissance de notre vénéré doyen, le P. Deux. Bien rares au Tonkin sont ceux qui arrivent à doubler ce cap avancé. Il y a sept ans (1916), la modestie du bon Père se trouva déjà fort mal à laise lorsque, à loccasion de ses noces dor, Monseigneur rappela au jubilaire quelques-uns de ses titres dhonneur : neveu du P. Charrier, confesseur de la foi ; ordonné prêtre par Mgr Theurel, lami du Bx Vénard, etc. Dieu réservait à notre apôtre une gloire plus modeste : vingt-sept ans de professorat au Petit-Séminaire de Phuc-Nhac !... Que la centaine de prêtres et les quelque 700 catéchistes à la formation desquels il a contribué viennent nous dire les vertus et les mérites de leur ancien professeur !... Hélas ! en dépit de lénergie concentrée de lâme, le corps était débile ; diverses infirmités obligèrent le Père à demander un repos bien mérité. Repos, dailleurs; ne fut pas inaction. Il donna le meilleur de son temps aux visites au Saint-Sacrement, ses seules visites. Une autre part de ce temps était consacrée à létude de la Vie des Saints, dont il aimait à rappeler les traits les plus édifiants. Par dessus tout une dévotion touchante à la Sainte-Vierge. Mais qui dira le nombre de confessions entendues au Séminaire, même après sa retraite ? A tous, élèves et professeurs, le P. Deux donna mieux que des paroles : sa piété, sa confiance en la Providence, son obéissance scrupuleuse, jallais dire son culte de lautorité, sont encore le meilleur de ses enseignements. Dieu veuille nous le conserver longtemps encore !

    Cochinchine Orientale

    M. Baudoin, Gouverneur général p. i, et M. Pasquier, Résident Supérieur de lAnnam, venant de Quinhon, sont arrivés à Kontum le 19 mai. Au débarcadère le monde officiel et les missionnaires les attendaient : les élèves de lEcole Cuenot, un petit drapeau à la main, les accueillirent aux accents de la Marseillaise chantée en français. Le 20, au déjeuner à la Résidence, auquel avait été convié le P. Kemlin, Supérieur de la Mission Bahnar, le Gouverneur insista sur la percée à faire pour la route haute qui doit, en passant par Kontum, relier Hué à Saigon, et sur la nécessité de prendre de plus en plus contact avec les Moïs, quil faut organiser et dont il faut étudier le droit coutumier.

    A 4 h., ce même jour, eut lieu la visite de lEcole Cuenot, dirigée par le P. Jannin ; et les visiteurs ne furent pas peu surpris dentendre les élèves les accueillir par une cantate en bahnar, exécutée sans un seul accroc. Le P. Kemlin remplaça le banal discours de bienvenue par un intéressant historique de la Mission.

    Le Gouverneur y répondit en élogiant la Société des Missions-Étrangères et en promettant dutiliser lexpérience des missionnaires pour la mise en valeur de lhinterland moï. De son côté, le Résident Supérieur déclara quil reviendrait dans quelque temps passer cinq ou six jours pour mettre toutes choses au point. Ces Messieurs sextasièrent ensuite sur les publications en bahnar de la petite imprimerie. En quittant lEcole, le Gouverneur Général remit cent piastres pour améliorer lordinaire des élèves et ne voulut pas partir sans quune photographie gardât le souvenir de dette réception.

    Nous croyons savoir que le Résident de Kontum a obtenu une auto et une camionnette, et quil sera établi des dépôts de sel dans la province. Il est probable aussi quon supprimera les can-cuoc (passeports indigènes) et que, grâce à des carnets agricoles, les Européens de la région moï pourront prendre à leur service tous les Annamites quils voudront. Cette mesure (cf. Bull. Janv. 1923) répond pleinement aux desiderata exprimés à lAdministration supérieure par la Mission de Kontum.

    Cambodge

    Cest à Soctrang, le 15 Juin, chez le P. Charles Keller que sest terminée la tournée apostolique de S. G. Mgr Lécroart dans notre Mission et aussi dans toute lIndochine. La réception fut très réussie et digne de clôturer la série des belles manifestations qui ont accueilli partout le Représentant du Saint-Père.

    Mgr Bouchut, accompagné de son Provicaire, a pu aller à Saigon assister à la réunion des Vicaires Apostoliques, puis il est revenu à Cûlaogieng.

    Siam

    Mgr Perros sest rendu à Saigon pour assister à la réunion des Vicaires Apostoliques qui y a eu lieu le 20 juin et jours suivants sous la présidence de Mgr Lécroart, Visiteur Apostolique.

    Trois confrères de notre Mission, les PP. Colombet, Broizat et Chorin sont nommés Officiers dAcadémie.

    Malacca

    Les chrétiens de la cathédrale du Bon Pasteur à Singapore viennent de célébrer avec beaucoup dentrain le 25e anniversaire de lordination sacerdotale de leur curé, le P. Ruaudel. Il y a dix an quil est en charge de cette grande paroisse : cest dire lénorme somme de travail quil a dû fournir, surtout pendant les longues années où il est resté sans assistant. Aussi les témoignages daffection et de reconnaissance lui sont venus de tous côtés. Tour à tour il fut fêté au Catholic Club, à lécole des Frères, et surtout au Couvent. Puis, le dimanche 1er Juillet, cest toute la paroisse qui se réunissait à la cathédrale pour la fête religieuse proprement dite. Le Père Ruaudel est le quatorzième jubilaire de notre Mission. Il faut que les anciens tiennent bon. Aussi de tout cur : Ad multos amplius annos !

    A propos de Singapore, savez-vous que lîle de Singapore nexiste plus ? Non pas quelle ait disparu dans les flots ; mais parce quelle vient dêtre reliée à la presquîle par ce quon appelle officiellement the Johore Causeway, cest-à-dire la chaussée qui, partant du nord de lîle, traverse le détroit de Johore et aboutit à la ville de même nom. Cette chaussée fut commencée en 1919 et coûtera la bagatelle dun million de livres sterling. Elle a un peu plus dun kilomètre de long. A lendroit où elle franchit le détroit, celui-ci a une profondeur moyenne de 12 mètres et une profondeur maximum de 21 mètres. En la suivant, on peut déjà aller à. pied dune rive à lautre. Toutefois, elle ne sera inaugurée que le 1er Octobre prochain. Elle naura alors quune simple voie ferrée et un trottoir pour les piétons. Douze mois plus tard, elle sera complètement achevée et présentera une surface de 18 mètres de large, avec double ligne de chemin de fer et une route pour les voitures. Bientôt il y aura des trains directs de Singapore à Bangkok.

    Birmanie Septentrionale

    Le P. Couillaud est tout à la joie, et de bon cur nous y prenons part. De tous les candidats de la Birmanie au Brevet supérieur dInstituteurs langue vernaculaire, son élève Maung Paw vient dêtre reçu avec le numéro 1. La médaille dor (prix Copleston) lui est décernée. Honneur à lEcole Normale de Thonzé qui, sous lhabile direction du P. Mamy, obtient de si brillants résultats !

    Aucunement fier de son succès, le jeune médaillé aide son ancien maître à la fondation dun nouveau village de chrétiens, en prenant la direction de la petite école ; car le Père ne se contente pas seulement de ladministration de ses trois postes de vieux chrétiens : il travaille encore activement à la conversion des païens qui lentourent.

    Pour enrichir un peu ses gens en les tirant des griffes des usuriers du pays, il sest avec succès lancé dans les Coopératives. Lune prête à lintérêt minime ; lautre achète des terrains dont peu à peu ils deviennent acquéreurs ; une troisième ramasse des fonds pour établir les nouveaux ménages. Et dun geste, dun tour de main, il faut que çà marche : le Père dirige lui-même toutes ces entreprises.

    Pondichéry

    Notre confrère le P. Loubière, professeur au Collège Saint-Joseph de Cuddalore, vient dêtre lobjet dune très haute distinction, la plus haute quun missionnaire puisse obtenir, dans lInde anglaise, de Sa Majesté britannique. La médaille dor du Kaiser-i-Hind (Empereur des Indes) lui a été attribuée dans les termes suivants :

    S. E. le Vice-Roi, Gouverneur général de lInde, est heureux dannoncer que S. M. I. le Roi-Empereur des Indes a daigné décerner la médaille de 1re classe du Kaiser-i-Hind au R. P. Ernest-François-Auguste LOUBIERE, de la Société des Missions-Étrangères de Paris, résidant à Cuddalore, pour les services signalés quil a rendus au bien public dans lInde.

    Le Catholic Leader de Madras dit que cest là une juste récompense de vingt années defforts consacrés à léducation de la jeunesse et de longs et intelligents travaux au sein du Conseil municipal de Cuddalore, dont le P. Loubière, qui en fait partie depuis 1904, est lun des membres les plus influents et les plus respectés.

    Tous ceux qui connaissent le P. Loubière et qui lont vu à luvre se réjouissent de la récompense officielle dont il vient dêtre lobjet.

    Le Bulletin est heureux de joindre ses félicitations à celle qua reçus déjà notre confrère.

    Kumbakônam

    Le 9 mai, poussé par la brise qui vient du large avec les flots, le P. Hourmant nous est arrivé de son pays de Bretagne. Après être demeuré quelques semaines à Kumbakônam, notre nouveau confrère a été envoyé dans le district de Mayavaram. Cest là que, sous la paternelle direction du P. Bailleau, il fera ses premières armes et sinitiera aux beautés mystérieuses autant quinsoupçonnées de la langue tamoule. Au nouvel arrivant tous les confrères de Kumbakônam souhaitent la bienvenue. Il ne trouvera pas chez eux les cent cathédrales de la ville dYs, les cathédrales aux cloches dor, qui dorment doucement là-bas, au pays des légendes. A lombre de pauvres chapelles, à labri dhumbles églises, il trouvera des âmes à sauver, ces Indiens auxquels il a déjà donné son cur. Solide comme les chênes de son pays dArvor, puisse-t-il, en cette terre de lInde, pendant de longues années semer la bonne semence quen son pays jetèrent à pleines mains Gwennolé, Corentin, Pol de Léon et les moines, alors quà Ker Ys régnait le roi Gradlon !

    Hongkong

    Le 4 juillet, Mgr Lécroart, passager de lAngkor, revenant dIndochine, sa Visite apostolique terminée, sest arrêté quelques heures à Hongkong. Sa Grandeur a tenu à visiter les établissements français de la ville et des environs : écoles des Frères et des Surs, Nazareth, Béthanie, etc. Le Visiteur paraît satisfait de sa longue tournée apostolique à un double point de vue : il a constaté la ferveur des chrétiens et admiré luvre colonisatrice de la France, qui a su assurer un sort heureux à la population de lIndochine.

    Rome

    Le 22 mai a eu lieu la Congrégation préparatoire à la cause des Vénérables Imbert, Maubant, Chastan, le prêtre Kim et 78 autres Martyrs de Corée. Le Cardinal ponant est lEminentissime Granito di Belmonte. Les conclusions de la Congrégation sont des plus encourageantes. La réunion générale aura lieu dans les premiers mois de lannée prochaine.

    Durant son séjour à Rome, le P. J.-M. Martin a vu quatre fois le Saint-Père. Un jour, dit-il, je me faufilai dans une audience accordée aux Basques. Passant devant moi, Sa Sainteté sarrêta et me dit : Vous êtes de Betharram ? Non, Saint-Père, je suis des Missions-Étrangères de Paris. Quelle mission ? Tonkin. Y retournerez-vous ? Peut-être, Saint-Père. Oh ! le Tonkin ! Vous lui porterez ma bénédiction !

    Séminaire de Paris

    La vente de charité au profit de luvre des Partants a eu lieu les 16 et17 mai. Aux six comptoirs traditionnels sen est ajouté un autre, où se trouvaient exposés livres, images et cartes postales de la Société. Le deuxième jour, le prince héritier dAnnam et son jeune cousin, reçus par M. Léculier, sont venus voir la vente. Graves et charmants dans leur riche costume annamite, ils ont parcouru les comptoirs, causé avec les dames, fait une promenade au jardin et pêché à la ligne dans le panier aux surprises. Le résultat de la vente a dépassé le maximum des années davant guerre ; un bel article de M. Maurice Talmeyr, inséré dans lAction Française, a contribué à ce succès.

    Monseigneur a donné la confirmation dans plusieurs écoles et paroisses de Paris, notamment à lEcole Gerson, à N.-D. dEspérance, à Saint-Pierre de Montrouge.

    Sa Grandeur a présidé, Je 21, le pèlerinage de Longpont. A la communauté de Bièvres sétaient joints vingt-cinq de nos aspirants de Paris. La procession, suivie par près de 3000 personnes, accompagnant plus de 50 châsses de reliques, sest déroulée dans le parc, par un temps favorable, avec beaucoup de piété.

    Le 22, nous avons eu lexposition du Saint-Sacrement, à loccasion de la Congrégation préparatoire à la cause de nos Martyrs de Corée, qui avait lieu ce jour-là à Rome.

    Le même jour, au Carmel de Créteil, Monseigneur présidait lémouvante cérémonie de prise dhabit de la fille du marquis de Beaucour, et, le 25, le départ pour lInde de six religieuses de la Société des Catéchistes missionnaires de Marie Immaculée, filles de Saint François de Sales.

    Le 26, Monseigneur a conféré les saints ordres aux 25 aspirants dont lappel a été signalé le mois dernier.

    Le 27, il présidait le matin à Montmartre, le pèlerinage de lUnion catholique des Employés de la Nouveauté ; le soir, accompagné de M. Gérard, la fête des noces dor du Patronage de Puteaux.

    Deux réunions missionnaires ont eu lieu cette quinzaine : le 13, celle de lUnion Missionnaire du Clergé, présidée par Mgr Le Roy, en présence de NN. SS. Rolland-Gosselin, Chaptal et Baudrillart, et, le 28, la séance mensuelle de lAmicale Missionnaire.

    Sur linvitation de Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, Monseigneur, accompagné du P. Chambon, est allé passer deux jours à lInstitution Saint-Joseph dEpinal. Le 30, après une conférence sur les Missions de Chine, il a donné le baptême à un élève chinois du Setchoan. Le 31, il a fait deux instructions et donné la Première Communion et la Confirmation à plusieurs élèves de cette institution. Le diocèse de Saint-Dié nous fournit encore cette année une recrue en la personne de M. Sagard, vicaire à Thaon.

    Pendant ce temps, dans notre jardin de la rue du Bac, se déroulait la belle procession de la Fête-Dieu. Çà et là des décors, où nos aspirants ont mis beaucoup dart et de piété ; près de cinq cents personnes assistaient à la procession.

    Six de nos aspirants, libérés du service militaire, et M. Courtejaire, retour de convalescence, sont rentrés à Bièvres.

    Les Acta Apostolic Sedis du 1er juin publient une lettre du Saint-Père à Mgr Gendreau pour le féliciter de ses noces dor sacerdotales et lui accorder la bénédiction apostolique.

    Monseigneur le Supérieur sest rendu le 2 Juin, à linauguration de lExposition de luvre Apostolique ; a donné la confirmation le 3 à Pierrefitte ; a assisté le 4 au déjeuner offert par S. E. le Cardinal Dubois au Cardinal Vico. Le Cardinal Vico était allé au Carmel de Lisieux représenter N. S. P. le Pape aux fêtes de la Béatification de la Bienheureuse Thérèse de lEnfant-Jésus.

    Le mois précédent, la messe de luvre des Partants avait été dite et lallocution prononcée par le P. Tour, de la Mission de Malacca ; ce mois-ci, le 4, par le P. Adolphe Keller, de la Cochinchine Occidentale.

    Le 7, à Saint-François de Sales, Monseigneur présidait la fête des Chanteurs déglise, et le 8, accompagné de son secrétaire et du P. Gérard, la fête patronale de lEcole du Sacré-Cur de Conflans (Petit-Séminaire du diocèse de Paris).

    Le soir même, il assistait à lélaboration des statuts de lassociation les Amis des Missions, que le P. Piollet, S. J-, sest efforcé de mettre sur pied.

    Le Conseil de la Sainte-Enfance a eu ses réunions annuelles. Il a fait célébrer un service anniversaire pour le repos de lâme de Mgr de Teil, ancien Directeur général. Cest à notre chapelle, le 14, que ce service a eu lieu ; les membres du Conseil de luvre, de nombreux fidèles, nos deux communautés y assistaient. Mgr de Guébriant a célébré la sainte Messe et, avant labsoute, a prononcé une allocution de circonstance remarquable dà propos. A cette occasion, le R. P. Hall, directeur de luvre à Londres, a été plusieurs jours lhôte du Séminaire.

    Du 12 au 14, se trouvait aussi à la Rue du Bac le R. P. Rutten, Supérieur général de Scheut. Il revenait de Rome. Le Saint-Père lui a paru sintéresser plus que jamais aux Missions, à lExposition missionnaire du Vatican en 1925. Il nous a appris que le Cardinal Van Rossum est lui-même parti, le 13 juin, pour une tournée en Danemark, Islande, Suède, Norvège, Finlande.

    Ont aussi fait visite au Séminaire : Mgr Brunault, évêque de Nicolet, au Canada ; le R. P. Verdier, Supérieur religieux de la Mission du Kiang-Sou, Shanghai.

    Ont été admis comme aspirants : M. Félix Pelliard, du diocèse de Rennes ; M. Charles Stutzmann, postulant, qui a déjà pris la soutane à Bel-Air le 13 juin ; M. Robert Joeger, du Grand-Séminaire dIssy ; trois de nos postulants de Saint-Lô, MM. Dunac, Martin, Munch.

    Le P. Bellamy, dans lintérêt de sa santé, a pris du service à Saint-Martin des Pallières, diocèse de Fréjus.

    Le P. Fargeton écrit de Montana (Suisse) que son état de santé sest bien amélioré ; il nen est pas de même de celui du cher P. Bodin, qui garde cependant bon courage.

    *
    * *

    Au sujet des postulants, Mgr le Supérieur a adressé aux confrères qui sont en France la lettre suivante, qui fait appel à leur zèle pour le recrutement, que chacun de nous nourrit en son cur dapôtre.

    Paris, le 14 Juin 192
    Bien chers Confrères

    A lapproche des vacances, je vous demande à tous et à chacun, au nom des intérêts de Dieu et des âmes, de vous rappeler quel rôle efficace vous pouvez presque toujours jouer dans vos diocèses respectifs au profit du recrutement des aspirants-missionnaires.

    Autant un missionnaire attardé sans raison dans un séjour en France inutilement prolongé nuit à lidéal missionnaire quil rapetisse et à sa famille religieuse quil discrédite, autant un bon missionnaire, que lon sait prêt à repartir dès que son congé sera expiré ou sa suffisamment rétablie, attire lintérêt et la sympathie, surtout quand il ajoute à lexemple dune vie pleinement sacerdotale les manifestations évidentes de son amour pour les missions dont il est momentanément éloigné. Sa présence ne peut manquer dorienter vers lapostolat des âmes généreuses et dinspirer aux prêtres qui dirigent ces vocations confiance dans lInstitut auquel il appartient lui même.

    Mais je vous recommande particulièrement une institution dorigine plutôt récente chez nous et qui a pris ses premiers développements sous le très regretté P. Delmas. Je parle des postulants, cest-à-dire de ces enfants qui offrent certaines garanties de vocation, que des amis des Missions, presque toujours des prêtres, signalent au Séminaire des M.-E. et dont celui-ci soffre à payer la pension, en tout ou en partie, soit dans leur diocèse dorigine, soit dans un établissement avec lequel il est en relations. Grâce à notre correspondance avec eux, aux visites que nous leur faisons, aux congés que parfois ils viennent prendre chez nous et à laction suivie du prêtre qui le premier sest intéressé à leur vocation, ces enfants arrivent à fournir dans une proportion encourageante de bons aspirants-missionnaires. Nous en avons en ce moment plus de 60, placés dans une quinzaine de maisons différentes. Il est à désirer que ce chiffre soit augmenté, et cest dans ce but surtout que je fais appel à votre dévouement. Outre ceux que vous pourrez à loccasion découvrir par vous-mêmes, il en est dautres, plus nombreux, que les prêtres amis des Missions nous feront connaître et dirigeront comme il convient, si vous leur faites comprendre ce que nous désirons.

    Confiant dans votre zèle pour rendre utile de la sorte à nos chères Missions votre passage en France, confiant surtout en Dieu pour bénir et féconder nos bonnes volontés, je vous remercie de tout ce que vous ferez dans le sens que jindique, et je me dis affectueusement

    Vôtre en N. S.
    J. de GUEBRIANT,
    Sup.


    1923/505-527
    505-527
    Anonyme
    France et Asie
    1923
    Aucune image