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Chronique des Missions et des Etablissements communs 9

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 3 août.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    3 août.

    LAssociation de la Jeunesse Catholique de Tôkyô avait été dissoute lan dernier pour faire place aux associations dAction Catholique à base paroissiale dans laquelle les Sociétés de Jeunesse devaient trouver leurs cadres naturels et une nouvelle organisation. Mgr lArchevêque de Tôkyô a jugé que le temps était venu de grouper les Sociétés paroissiales de jeunesse qui existent déjà, dans une fédération diocésaine. LAssociation diocésaine des Sociétés paroissiales de jeunesse a donc été fondée avec le P. Candau comme directeur et le P. Taguchi comme sous-directeur. Empruntant son programme à la devise donnée par le Saint-Père aux Associations de Jeunesse Catholique : Piété, étude, action, elle vise, ainsi que lexprimait le Journal Catholique du 3 juillet, à former le lien entre les Sociétés paroissiales de jeunesse, groupées autour de leurs chefs naturels, les pasteurs des paroisses, ces derniers étant aussi les conseillers de lAssociation générale. Par le développement de la piété, par des retraites, par des conférences et cercles détudes, par la participation à lAction Catholique, et notamment laide fournie aux uvres de Presse, elle se propose de réaliser le programme qui lui a été tracé.

    Des réunions de délégués, choisis au nombre de deux pour chaque paroisse, doivent avoir lieu de temps à autre, pour se concerter, sous la présidence des directeurs, sur le travail qui pourrait être effectué, la mise à exécution des projets élaborés dans les réunions étant dailleurs réservée à lapprobation des pasteurs de chaque paroisse.

    Le dimanche 3 juillet a été choisi pour linauguration de cette fédération des Sociétés de jeunesse paroissiale, dans une réunion générale qui sest tenue à léglise de Tsukiji, riche des traditions du passé de la mission, et dont le pasteur actuel est le P. Cesselin. Une centaine de délégués de la Jeunesse des paroisses de Tôkyô, dOmori et de Yokohama sy sont trouvés réunis. Après le salut du Saint-Sacrement, donné par Mgr Chambon, pour attirer les bénédictions de Notre-Seigneur sur lAssociation, une photographie des assistants a été tirée ; puis il a été procédé au parloir des chrétiens à une série de discours, dans lesquels on a entendu, avec le mot dencouragement de Mgr lArchevêque, le P. Taguchi exposer le but et la nécessité de lAssociation Générale, et des jeunes gens, délégués de diverses paroisses, exposer leurs idées et leurs espérances sur la coopération des Jeunes à lAction Catholique. Les docteurs Torii et Tanaka, professeurs catholiques et M. Yoshimitsu, également professeur et président de la Ligue des étudiants catholiques, ont, ainsi que divers invités, témoigné leurs sympathies à la nouvelle Association. Un goûter a suivi, assaisonné de courts discours et de gais propos.

    Le 30 juin, S. E. le Délégué Apostolique, Mgr Mooney, sest rendu à la résidence du premier ministre, lamiral Saitô, pour lui annoncer que le Saint-Père lui décernait la grandCroix de lOrdre de Pie IX, pour la bienveillance dont il na cessé de favoriser lEglise Catholique, pendant les dix années de son administration comme Gouverneur de Corée. Le 4 juillet, le premier ministre a rendu sa visite au Délégué Apostolique, et la entretenu pendant une demi-heure,

    Le 13 juillet, le Dr. Tanaka Kotarô, professeur de Droit à lUniversité Impériale, qui, depuis sa conversion au catholicisme, il y a quelques années, déploie beaucoup de zèle pour la cause catholique parmi les étudiants, a reçu la décoration pontificale de lordre de St-Sylvestre des mains de S. E. le Délégué Apostolique, à la Délégation Apostolique. Monseigneur lArchevêque de Tôkyô assistait à la cérémonie.

    Le 11 juillet, Mgr Chambon a béni, à 3 h. de laprès-midi, à léglise de St Vincent-de-Paul, adjointe à la maison de Béthanie (Cf. Bulletin, août 1932, p. 599), une cloche nouvellement arrivée de France. Le parrain et la marraine étaient M. et Mme Ogura, paroissiens de Sekiguchi et bienfaiteurs de la maison de Béthanie. Mgr Chambon a expliqué les rites de la bénédiction des cloches et leur usage sacré. La cloche, baptisée du nom de Josephina, a été hissée ensuite dans le nouveau clocher, et a sonné, pour la première fois, la bénédiction du St-Sacrement qui a été donnée par Monseigneur à 5 heures.

    La nouvelle nous est parvenue que le grand séminaire de Tôkyô, sur la proposition de lAssemblée des chefs de mission, réunis à Tôkyô les 31 mars et 1er avril 1932, a été déclaré, à la date du 11 juin 1932, par la S. C. de la Propagande, Séminaire Régional de toutes les missions de lEmpire Japonais (à lexception de la Corée et de Formose). La direction du Séminaire reste confiée à la Société des M.-E. de Paris, et le Père Candau est maintenu dans la charge de Supérieur.

    Le 16 juillet, une dizaine de jeunes gens, appartenant à la Ligue des Etudiants Catholiques, a fait lascension du mont Fuji, accompagnée de deux des professeurs de lUniversité Sophia, les PP. Heuvers et Krauss. Mgr Chambon sest joint aux ascensionnistes et le lendemain matin 17, jour de la fête dun de ses patrons, saint Alexis, il a célébré la messe au bord du cratère de la célèbre montagne, qui domine de 3.780 mètres les plaines dalentour.

    Le 18 juillet, le Général Meitzinger, paquebot des MM., nous ramenait à Yokohama le Père Billing, après une longue absence au pays natal. Ses anciens confrères ont été heureux de le revoir avec sa bonne humeur de jadis, et une santé qui semble promettre de longues années encore dapostolat. Deo gratias ! et Banzai ! Le P. Billing a déjà gagné le poste de Shizuoka, où il doit travailler de concert avec le P. Giraudias.


    Fukuoka

    10 août.

    La construction du petit séminaire de Guébriant se continue normalement. Elle sera, nous lespérons, terminée fin septembre, ce qui nous permettra den étrenner les locaux en y tenant notre retraite en octobre.

    Monseigneur nous autorise à prendre, pendant les fortes chaleurs, une quinzaine de jours de repos et même à visiter, pendant ces vacances, une mission voisine, si le cur nous en dit.

    Nous attendons un nouveau confrère, le P. François Léoutre, il arrivera en octobre.
    Le P. Mayrand, de Tôkyô, a accepté de nous prêcher la retraite annuelle en octobre, du 16 au 22.

    Fukuoka commence à sortir de lobscurité : de plus en plus nombreux sont les nobles visiteurs qui nous font lhonneur de passer quelques jours chez nous. Impossible de signaler le passage de tous, la procure ne tenant pas registre et cest par hasard que nous, gens de la brousse, apprenons le passage de lun dentre eux. Mentionnons cependant le passage du P. Bulteau, de Taikou, venu par bateau à Fukuoka, le 27 juillet dernier, et escorté, jusquà lévêché, de deux policemen qui depuis Fusan avaient aimablement veillé sur sa personne. Ces Messieurs ne consentirent pas à le lâcher avant davoir obtenu lassurance que le voyageur en question était réellement citoyen français, comme le portait son passeport, venu au Japon pour se rafraîchir (si on peut dire !) et quil navait aucune accointance avec le service des renseignements dune certaine puissance étrangère.

    Quelques jours plus tard, le matin du dimanche 31 juillet, cétait le R. P. Considine qui, arrivant à brûle-pourpoint, trouva lévêché désert. Notre évêque, accompagné du P. Bois, Vic. Gén. et du P. Bulteau était à Imamura où il devait conférer la tonsure à nos deux théologiens. (Ces deux séminaristes sembarqueront le 20 août à Yokohama, à destination de Montréal, où, sous la direction de MM. les Sulpiciens ils feront leurs quatre années de théologie).

    Nous navions pas encore eu de cérémonie de ce genre dans notre jeune diocèse qui attend avec impatience léclosion de son premier prêtre indigène. Aussi pour faire un plaisir bien mérité tant au curé quaux parents qui donnent volontiers leurs enfants à Dieu (sur nos 40 séminaristes, la moitié vient dImamura, un village de 300 familles seulement), Monseigneur tint à faire cette cérémonie dans léglise du village et, dans laprès-midi, il faisait une visite inattendue dans quelques hameaux écartés et par suite non encore représentés au séminaire : il sensuivit quelques promesses de rentrées pour lan prochain.

    Le lendemain, fête de famille à loccasion de la bénédiction du nouveau presbytère dImamura que le P. Bonnet a bâti ex fundo proprio, la maison a un petit air moderne qui ne déplaît nullement.


    Séoul

    5 août.

    Monseigneur Larribeau est rentré à Séoul lé 6 juillet. S.E. se dit et paraît effectivement bien reposée. A sa descente du train la première nouvelle qui lui est communiquée nest pas réjouissante : hier, les élèves du petit séminaire ont dû être précipitamment licenciés. Plusieurs étaient malades. Après des tâtonnements, les médecins ont fini par diagnostiquer le typhus. Alors, bien vite et selon toutes les règles, tout le monde fut vacciné, ce qui na pas empêché, hélas ! le décès de deux séminaristes rentrés dans leurs familles ; un troisième, ici, à lhôpital depuis un mois et un quatrième, à lhôpital de Hpyeng-Yang, sont encore en danger.

    Nous avons eu le grand plaisir de revoir le P. Mélizan. Embarqué à Marseille, le 3 juin, il est arrivé à Séoul le 21 juillet. On dit bien que nous sommes au siècle des grandes vitesses. Cela ne paraît guère, du moins en ce qui concerne les Messageries Maritimes. Un confrère, en effet, faisait remarquer que, parti lui-même de Marseille le 1er mai 1892, il était arrivé le 18 juin : donc, il y a 40 ans, 49 jours de voyage, tout comme aujourdhui.

    Quoiquil en soit des vitesses, le cher P. Mélizan qui nous avait quittés, il y a treize mois, maigre comme un cent de clous nous revient dodu comme un chanoine. Chacun sait que le Père, à linstar des grands hommes, est quelque peu distrait, il en rit le premier, aussi on le pria de conter sa dernière aventure. La voici :

    Figurez-vous quaprès deux ou trois jours passés à la procure de Saigon, rentrant à bord je trouve une caisse nouvelle. Quest ceci ? demandai-je au garçon. Je ne sais, un Annamite a, ce matin, apporté une caisse disant que cétait pour le P. Mélizan. Et pas de billet ? Pas de billet. Intrigué je soulève le couvercle : ce sont des mangoustans magnifiques ! Quel peut bien être laimable confrère qui me fait ce cadeau ? Jen aurai au moins pour toute la fin du voyage, jusquà Kobé. Jen distribuai aux connaissances et même je priai le maître dhôtel dy puiser largement pour mettre sur la table des passagers. Arrivé à Hongkong le procureur me demanda : Le P. Gauthier vous a bien confié pour nous une certaine caisse ? Non, que je sache. Pourtant il mannonce une caisse de mangoustans. Ah, malheur ! il fallait le dire.

    Si non e vero les intéressés pourraient nous le dire, car avec les Marseillais on ne sait jamais.

    Le cher Père nest resté quune journée à Séoul tant il avait hâte de rentrer chez lui, mais cétait pour faire ses paquets, ce sacrifice lui ayant été demandé. Durant son absence le district avait été administré par le P. Perrin et son vicaire, le P. Barraux. Celui-ci connaissant ainsi déjà le poste a été désigné par Monseigneur pour en prendre la charge. Le P. Mélizan va remplacer, à la ville de Ok-Tchyen, le P. Dourisboure appelé comme professeur au grand séminaire.

    Depuis une quinzaine de jours nous avons une température extraordinairement chaude et vraiment sénégalienne, avec 37-38º et, à Séoul, nous serions, dit-on, relativement privilégiés ; il est vrai que tout est relatif en ce bas monde.

    Pour finir, une bonne nouvelle pour la mission : le P. Gérard nous annonce que le Conseil de Paris a pensé à nous cette année et nous envoie un nouveau confrère, le P. Collard, du diocèse de Namur ; il sera le bienvenu.

    A la dernière minute les journaux nous apprennent que le R. P.. Boniface Koesler, O. S. B, de la mission de Yenki notre voisine du nord-est qui avait été pris comme otage par les communistes chinois, la semaine dernière, a réussi dans la nuit du 2 août à leur fausser compagnie et est rentré sain et sauf à son poste. Deo Gratias !


    Taikou

    8 août.

    Bien que le mois de juillet ne soit pas une période propice pour un séjour à Taikou (les journaux ont déclaré que cétait lendroit le plus chaud de lempire japonais), nous avons eu le plaisir de posséder : le Père Gérey, procureur à Shanghai, pendant ses vacances, le Père Mélizan, (devenu depuis notre proche voisin), à son retour de France, le Père Considine, Directeur de lAgence Fides, au cours de son long voyage dinformation Asie-Afrique. De plus, deux Pères Bénédictins de Beuron, au Japon pour une fondation de leur ordre, se sont arrêtés ici, et un Père Bénédictin de Ste Odile, de la mission de Ouensan, est venu se reposer une dizaine de jours parmi nous.

    A une période de chaleurs très fortes et continues, comme on ne se rappelle pas en avoir vu de pareilles depuis 30 ans, a succédé, il y a quelques jours, une fraîcheur très appréciée. Pendant ce temps la maison de repos de Masanpo a vu passer, pour un séjour plus ou moins long, presque la moitié des missionnaires. Par cette température tropicale, vraiment ils ont été les heureux du jour... et de la nuit.

    Déjà, pour des raisons diverses, dont les mauvaises années et la crise commerciale, les Coréens se trouvaient de plus en plus pauvres ; la saison des pluies, trop tardive cette année, menace daccroître encore leur misère, la récolte, en plusieurs endroits, devant être nulle ou sannonçant très insuffisante.


    Moukden

    8 août.

    Depuis 15 jours, nous sommes presque isolés du reste du monde. Ladministration des Postes chinoises, en décrétant la fermeture de ses bureaux de Mandchourie le 24 juillet, et en rappelant tout son personnel de lautre côté de la frontière, a complètement arrêté le service des correspondances. En moins de 24 heures, il y eut pour les Postes de Manchukuo plus de demandes demplois quil nen fallait. Mais on nimprovise pas ce service assez compliqué, et il faudra plusieurs mois avant de le voir fonctionner normalement.

    En attendant, chacun vit à peu près isolé de ses voisins. Les courriers dEurope saccumulent dans les salles de triage. De loin en loin, on nous apporte des paquets de journaux et revues dont plus de la moitié souvent nest pas à notre adresse. Du côté de la Chine, cest le blocus absolu. Aucun sac postal de ou pour le Manchukuo ne passe la frontière. Pour létranger, il nous faut recourir à la Poste japonaise. Le courrier local nest guère mieux partagé par manque de personnel compétent. Pour arranger les choses, la classe de brigands quon appelle volontaires et qui reçoivent de Pékin directives, munitions et finances, a pour consigne darrêter et de piller les facteurs du Manchukuo qui transportent les sacs postaux à travers le pays. Comme ces Messieurs tiennent actuellement la plus grande partie des routes, voilà qui ne facilitera pas les relations et les affaires !

    Depuis quelques semaines déjà, les missionnaires de la brousse ont commencé à évacuer sur les places réputées sûres leurs modestes trésors: fourrures et autres habits dhiver, ornements, vases et linges sacrés qui ne sont pas absolument indispensables. Daucuns ont dû mettre également en sûreté les religieuses de leurs écoles. Cest que, de nouveau, le territoire de la mission se trouve plongé dans un véritable chaos. Les brigands sont les maîtres au point que dans certains quartiers les relations, même entre villages voisins, sont devenues impossibles. Tout dernièrement, ils nous ont encore détruit lOratoire de Eul Tao Heu Tse et les maisons attenantes.

    Au milieu de tous ces désordres et de dangers incessants, les ouvriers apostoliques restent fidèles à leurs postes, continuant dassister leurs chrétiens, et soutenant par leurs conseils et leur seule présence le moral des populations. Ils vivent là, au milieu de périls continuels, privés presque entièrement de toutes relations avec leurs confrères, souvent même avec leurs chrétiens des villages éloignés, et sans cesse tourmentés par les récits les plus alarmants ou les plus fantaisistes. Jusquà maintenant, seuls, deux prêtres indigènes ont cru devoir quitter leurs résidences pour se réfugier chez des voisins. Dieu merci, encore aucun accident de personne à déplorer. Nous continuons à compter sur la divine Providence qui nous a si bien protégés jusquà ce jour.

    Les volontaires envoyés, ou plutôt soutenus par Pékin, sétaient contentés jusquici de pressurer les populations chinoises, gibier moins réfractaire que lennemi japonais. Dernièrement, leur courage a semblé se réveiller, et ils ont osé, oh ! bien prudemment encore, attaquer lennemi en face. Les premiers jours daoût, ou plutôt les premières nuits, car pour des opérations de ce genre ils redoutent la lumière, quelques attaques ont été tentées sur le port de Newchwang, les villes de Liaoyang, Haicheng, Tashihchiao et plusieurs autres stations du chemin de fer japonais. A Newchwang, et à Haicheng surtout, les Japonais qui nétaient quune poignée dhommes contre un millier et plus dassaillants, se sont trouvés dans une position critique. Ils purent néanmoins faire face, et maintenant que les renforts sont arrivés, le calme est à peu près revenu. Mais ici et là, on défait encore les rails de la ligne, les fils télégraphiques et téléphoniques sont coupés, les volontaires couchés dans les récoltes, essaient de détruire les lampes électriques, les signaux et les fils, à coups de fusils rapides. Bref, cest la lutte incessante et le danger persistant, si bien que les trains de nuit ont dû, à plusieurs reprises, arrêter leur marche. Nous sentons, malgré nous, le besoin de nous demander quand, et doù, nous viendront enfin la paix et la sécurité !

    Et voici que le choléra fait lui aussi son apparition un peu partout, malgré des mesures sanitaires très strictes. Nous comptons déjà plusieurs victimes parmi nos chrétiens, dont un employé de lorphelinat de Liaoyang. Dieu merci, le fléau na pas atteint encore nos Communautés elles-mêmes.

    Guerre, peste : voilà des calamités classiques qui nous rappellent éloquemment que nous sommes dans la vallée des larmes. Il ny manque pas même la famine. En combien dendroits les pauvres gens en sont-ils réduits à la plus stricte ration, par suite des pillages de lhiver dernier, et de linondation qui, au printemps, et tout dernièrement, a ruiné les récoltes en certaines régions basses ! A peste, fame et bello, libera nos Domine.

    Au milieu de tant dhorreurs, nous venons de recevoir, comme un rayon de soleil dans un ciel noir, lannonce de larrivée prochaine dun nouveau confrère, M. Pierre Peckels, du diocèse de Reims. Il sera le bienvenu !


    Chengtu

    16 juillet.

    Il y a quelques jours, 5 bandits ont pénétré dans loratoire de Gni-pa-to et ont tué le procureur Oû venu de Chengtu et chargé de ramasser des arriérés de fermage. Notre jeune confrère, le Père Dedeban, installé dans cet oratoire pour y apprendre la langue na pas été inquiété, mais pour lui éviter de nouvelles émotions Monseigneur la rappelé auprès de lui à Chengtu.

    Les Pères Perrodin et Coron qui nous procuraient un peu de vin de vigne pour nos réunions à Chengtu, doutent fort quils puissent faire la vendange cette année ; loïdium et le mildiou ravagent leurs vignes et tous leurs soins nont pu jusquici enrayer le mal. Inutile de penser à faire venir du vin de France, car, outre les frais de douane à lentrée à Shanghai, il faudrait encore payer plus de deux cents piastres aux douanes des divers chefs militaires de lintérieur pour une simple demi-barrique de vin ordinaire. La mission doit payer des sommes considérables pour pouvoir assurer, chaque année, aux prêtres de notre mission, les 4 litres réglementaires de vin de messe.

    A part la plaine de Chengtu bien irriguée, le reste du Szechwan doit compter sur la pluie pour remplir les rizières. De divers côtés on se plaint de la sécheresse. Dans toutes les églises de la mission les chrétiens prient Dieu avec ferveur et lui demandent pluviam congruentem; de leur côté les païens implorent aussi le ciel suivant leurs coutumes millénaires dont les unes, comme labstinence de viande de boucherie, sont excellentes et dont les autres, qui ont dailleurs le plus de succès, sont ridicules, comme de fermer soit la porte du sud, soit celle de louest, suivant les régions, ou de porter un chien en procession.

    Malgré la grande misère du peuple des campagnes, les soldats continuent à exiger le versement anticipé des impôts ; dans certaines régions on a payé limpôt de la 52ème année de la République alors que 1932 en est seulement la 21ème.

    Daprès le Sin-min-je-Pao il y aurait à Chengtu 68 associations pour les divers corps de métiers :
    Nombre des inscrits 31.473,
    Sachant lire et écrire 6.285,
    Opiomanes invétérés 9.978.


    Suifu

    30 juillet.

    Cest lépoque des vacances et des grandes chaleurs, les correspondances se font rares doù peu de nouvelles ; cest aussi lépoque des comptes rendus ; voici, pour notre mission, quelques-uns des chiffres concernant lexercice 1931-32.

    Nombre de chrétiens. . 34.017
    Nouveaux prêtres. .. 5
    Confessions annuelles. 18.949
    de dévotion. . . 75.951
    Communions annuelles. .16.066
    de dévotion. .182.976
    Baptêmes : adultes. . .944
    in art. mortis. .487
    enfants de chrétiens. 805
    païens in art. mort. 5.065
    Morts. .1.177
    Confirmations : 760 Mariages : 241. Ex. onct . 610.

    Séminaires : grand séminaire à Suifu : 5 élèves ; séminaire commun à Chengtu : 20, collège Urbain à Rome : 1, petit séminaire : 44, probatorium : 29, soit un total de 99 élèves.
    Ecole de catéchistes-baptistes, 1 : 18 élèves.
    Ecole secondaire de filles 1 : 25 élèves.
    Ecoles primaires de garçons, 3 : 600 élèves ; de filles, 3 : 744 élèves.
    Ecoles paroissiales de doctrine : écoles de garçons, 37 : 1121 élèves ; écoles de filles, 36 : 1180 élèves ; écoles mixtes 56 avec 1349 élèves dont 672 garçons et 677 filles.


    Ningyuanfu

    8 juillet.


    Le Kientchang
    Par décision de S. Ex. Mgr Baudry le P. Bettendorf a été nommé curé de Houili et sera remplacé à Moulotchaikou par le P. Ollivier.

    Dans le courant du mois de juin les religieuses ont fait deux visites de malades à lextérieur et ont eu la consolation de donner de nombreux baptêmes.

    On dit que les travaux pour la construction de routes vont commencer incessamment; le tracé de la route Ningyuan-Litcheou a été fait la semaine dernière.


    Tatsienlu

    8 juillet.

    Par décision de Monseigneur, le P. Nusbaum quitte ses Chinois de Siaoweissi pour aller prendre soin de la chrétienté tibétaine de Yerkalo, le P. Ly passe de Yerkalo au Loutsekiang et le P. Bonnemin, recevant son premier poste en mission, est chargé du district de Siaoweissi.

    En la fête de S. Pierre et S. Paul le clergé, les religieuses et les écoles de Tatsienlu présentèrent leurs respectueux vux de fête à Nosseigneurs Giraudeau et Valentin et demandèrent aux saints Apôtres de continuer à bénir et protéger nos vénérés Supérieurs.

    Tandis que Mgr changeait les curés de Siaoweissi et Yerkalo, il se passait là-bas des événements relativement graves et peu faits pour ratifier les affirmations de la Chine sur son autorité au Tibet. Vers la mi-mai, Kelzong tsérine, ex-délégué de Nankin et révolté contre le gouvernement de la République, voulut soumettre le petit chef local de la région de Iêntsin, le lama Kongka, et alla lattaquer avec 600 soldats dans sa lamaserie de Sogun (à une bonne journée de la mission de Yerkalo).

    Le lama apprenant cela appelle à son secours les garnisons tibétaines qui se trouvent au-delà de la frontière (pays de Kiangkha) ; elles ne se le font pas dire deux fois et dun bond viennent couper la retraite de Kelzong tsérine sur Batang. Ce dernier, à force dadresse, réussit à se frayer une route et regagne Batang, talonné par les Tibétains ; ceux-ci arrivent en face de la bourgade, pénètrent dans les établissements de la mission protestante américaine et ne se retirent quaprès deux jours dun rude combat, laissant sur le terrain une vingtaine de cadavres et emmenant de nombreux blessés. Au passage du Fleuve Bleu ils sentassèrent dans les quelques barques présentes et lune delles chavira entraînant au fond de leau 80 Tibétains avec armes et bagages.

    Depuis lors on ne sait ce que sont devenus les survivants, on entend seulement dire quils ont lintention de revenir prendre Batang. Actuellement la sous-préfecture de Iêntsin serait donc sous lautorité des Tibétains ainsi quune partie de la sous-préfecture de Batang.

    Au moment de linvasion le P. Ly, curé de Yerkalo, était absent sétant rendu à Tsekou depuis une quinzaine de jours... Nous navons pas dautres nouvelles, les lettres doivent maintenant passer par le Yunnan ; le Père a-t-il pu rejoindre son poste ?


    Kweiyang

    24 juillet.


    Le 6 juillet, Mgr Seguin prévenant le désir des autorités civiles et militaires de Kweiyang, les invitait à dîner au petit séminaire, à 5 ou 6 kilomètres de la ville. Linvitation avait été acceptée avec plaisir et tous savouraient davance les délices dun pique-nique à lorée des montagnes et des bois. Malheureusement il fallut déchanter. La pluie, la grosse pluie, se mit de la partie et huit seulement des invités bravant boue et averses furent fidèles au rendez-vous ; comme cétait les personnages les plus importants de la liste, la partie, quoiquun peu manquée, ne fut pas perdue et neut pas à être remise.

    Notre vénéré doyen, le P. Ménel vient dêtre victime dun pénible accident. Malgré son grand âge (75 ans) et les infirmités qui sensuivent il avait voulu continuer à travailler et tenait très bien le petit poste de Ganpin, à environ 50 kilomètres de Kweiyang. Le 15 juin, après la prière du soir des chrétiens, il sortait de léglise pour rentrer chez lui en compagnie du P. Fortunat son voisin de district et son hôte depuis la veille. Tout en causant, ils marchaient à quelque distance lun de lautre ; au moment où le P. Ménel allait gravir les deux ou trois marches descalier menant à sa chambre, sa parole devenait embarrassée, il agitait les bras et tombait sur le côté, en bas de la véranda. Le P. Fortunat le fit aussitôt porter sur son lit et le lendemain, au lever, le P. Ménel, ne se souvenant de rien, fut tout surpris dapprendre et de constater quil était immobilisé au lit par une luxation de la hanche gauche.

    Tant quil na pas à bouger linfirme ne sent pas, à vrai dire, de douleur, il cause, il rit, plaisante comme dhabitude et accepte son sort sans rien perdre de sa gaieté. Il désirerait seulement arriver à faire seul quelques mouvements pour navoir pas à demander, dit-il, à son infirmier des soins par trop astreignants ; il y a quelque espoir quil y réussisse, un peu plus tôt, un peu plus tard ; le 20 juillet, il a déjà pu être transporté en auto à Kweiyang sans trop de difficultés. Dès les premiers jours le P. Champeyrol sest constitué son infirmier et déploie à son chevet bien du savoir-faire et un beau dévouement.

    Comment se fait-il, dans notre mission de Kweiyang, quun confrère, lorsquil a dépassé le cap des 70 ans et, dun pas encore assuré, se dirige vers les 80, se voit, tout dun coup, arrêté par un accident ? La chose est extraordinaire, cependant les cas de ce genre sont nombreux. Ainsi, en 1914, le P. Bazin, encore plein dentrain malgré ses rhumes et ses 74 ans, tombait dun mètre de haut, le soir, en récitant son chapelet, et se broyait la jambe. Quelques années plus tard, le P. J. B. Ronat, un jour de fête de S. Etienne, avait chanté la messe dune voix sûre et sonore ; le soir, en sortant du salut du S. Sacrement, il faisait un faux pas et sestropiait complètement. En 1925, le P. Chasseur, curé de la cathédrale, tombait de cheval en montant en pèlerinage à N. D. de Liesse, le lendemain de ses noces dor et expirait sur place. Enfin, le P. Ménel, à son tour, victime probablement dune syncope, vient de subir un sort semblable.

    Notre jeune confrère, le P. Etcheverry, parti de Yunnanfu le 2 juillet, nous est arrivé le 21 en bonne santé quoiquil soit un peu fatigué des dix-huit étapes de Yunnanfu à Kweiyang, par un temps très chaud et sur une route très accidentée où les hôtels ne brillent pas par le confort. Il a cependant pu faire les quatre dernières étapes en autobus, en 6 h. et demie.


    Lanlong

    15 juillet.

    Le Ripuaire.
    Le P. Etcheverry, jeune missionnaire destiné à Kweiyang, a traversé le nord-ouest de la mission et, à lheure actuelle, a dû franchir le Houa kiang. De Ileang à Houangtsaopa sa caravane comprenait quelques charges destinées à Anlung.

    Le P. Ambroise Lieou, de passage à lévêché, dit le P. Richard assez fatigué ; le Ripuaire fait des vux pour le prompt rétablissement de notre cher confrère.

    A Anlung on démantèle la vieille ville pour paver la nouvelle. La ligne des fortifications qui passe derrière la mission est déjà par terre, de la porte de lest à la caserne. Ces remparts, de proportions immenses, rendaient la grande enceinte difficile à garder. Pour mieux résister aux troupes chinoises, les musulmans en révolte, alors nombreux dans la région, construisirent à la hâte ce mur de défense.... dernier vestige de la prépondérance musulmane qui disparaît ; il ne restera plus désormais que le tombeau du P. Muller massacré dans un dernier soubresaut de haine.


    Canton

    1er août.

    Malades. Le Père André Lin malade depuis un certain temps, a pris quelques jours de repos à lEvêché.

    Le doyen de la mission, le Père Frayssinet, malade au sanatorium de Hongkong, ayant reçu lIndult lui permettant de célébrer assis, a pu offrir de nouveau le Saint Sacrifice, après une longue interruption.

    Vêture. Le dimanche 24 juillet, après une semaine de retraite, la communauté des Surs Indigènes de lImmaculée Conception a célébré la cérémonie de la vêture de quatre nouvelles novices. Cest Son Excellence Monseigneur lAuxiliaire qui a bien voulu prendre la parole et donner le saint habit aux nouvelles novices.

    Ecole. Lorphelinat qui se trouvait dans lenclos de lEvêché ne tenait plus que par la force de lhabitude. Il vient dêtre démoli. Le nouvel établissement sera construit, hors de la ville, sur la route de Sha-Ho, à 3 ou 4 kilom. de lancien. Les élèves nauront quà y gagner au point de vue de lhygiène.

    Epidémie. Lépidémie de choléra qui a sévi durant un long mois, en faisant de nombreuses victimes, semble être en décroissance ; des villes de lintérieur sont à leur tour contaminées.

    Fléau. Dans la nuit du 29 juillet les ruelles de la périphérie ont été envahies par les eaux. Une pluie diluvienne, tombant sans discontinuer durant 5 heures, occasionna de grands dégâts. Plus dun millier de maisons ont été renversées. A lasile des vieillards, envahi par les eaux descendant en cascade de la montagne du Nuage Blanc, 80 personnes ont été noyées. Parmi elles, on compte trois vieilles femmes chrétiennes.

    18 août.

    Par décision de Monseigneur, le Père Benedictus Tchan a été transféré de la procure au petit séminaire, où il enseignera le latin aux élèves de cinquième année et seconde année. Le Père Andreas Lin, jusquici chargé du district de Tsong fa, remplacera le Père B. Tchan à la procure. Il prendra possession le 1er septembre.

    Durant la semaine qui vient de sécouler, Monseigneur paraissait très préoccupé au sujet dun projet présenté par certain ingénieur des travaux publics, projet daprès lequel les deux tiers des maisons de nos chrétiens de Lung yang fong et Yok yong fong ainsi quune grande partie du couvent des Surs canadiennes devaient disparaître pour faire place à une voie large de soixante pieds qui irait en ligne droite de lavenue Tsing hoi au nouveau boulevard Tai san.

    Il ne sest pas passé de jour durant cette semaine sans que Monseigneur nait eu soit à faire, soit à recevoir des visites pour discuter au sujet de cette question.

    Le 15 août, Monsieur le Directeur Provincial de lenseignement accompagné de quelques-uns de ses principaux collaborateurs et le sympathique Docteur Ho tchi tcheung, surintendant de lHygiène, ont gracieusement accepté à dîner à lévêché. Lexcellent et si dévoué Monsieur Eynard, Consul de France à Canton, Monsieur Simon, Consul de France à Longtcheou, Monsieur le Commandant et un officier de la canonnière Argus, Messieurs les Docteurs de lHôpital Paul Doumer et Monsieur le Directeur de la Banque de lIndo-Chine avaient également eu lamabilité de prendre part à notre réunion. Il convient de dire que tous nos amis chinois présents ont fait leurs études en France et sexpriment admirablement en notre langue.


    Swatow

    16 août.

    En guise de chronique voici quelques chiffres de notre compte rendu :

    Nombre de chrétiens. 25.006
    de petits séminaristes. . 44
    Baptêmes dadultes solennels. 123
    in art. mortis. .302
    denfants chrétiens. .1.110
    païens. 2.569
    Confessions annuelles. 13.067
    répétées. . .74.375
    Communions annuelles. 11.963
    répétées. 167.111
    Ecoles de garçons : 52 ; élèves. 2.012
    de filles : 18 ; . 763

    Les temps sont durs, les progrès de lévangélisation lents. Les confrères nayant pu, au gré de leurs désirs, travailler en largeur, ont travaillé en profondeur ; nous espérons que les résultats pour la gloire de Dieu nen auront pas été moindres.


    Pakhoi

    18 août.

    Une nouvelle qui nous remplit de joie, cest lannonce du retour prochain de deux de nos chers malades, bien guéris, nous lespérons : le P. Genty, provicaire, qui a subi avec succès lopération de la cataracte et le P. Rossillon sont attendus ici au mois doctobre. Quant aux PP. Baldit et Léauté, bien quils aillent mieux, rien nest encore décidé. A tous nous adressons nos vux de bon voyage ou de prompte et parfaite guérison.

    Le P. Jégo, après avoir prêché la retraite au petit couvent de la Ste Trinité, a dû regagner son extrême-sud, près de Hainan, où il va retrouver les traces de son illustre prédécesseur, Mgr Pénicaud. Puisse-t-il y cueillir à pleine faucille les moissons qui blanchissent dans ce cher district de Topi.

    Le P. Sonnefraud, à lautre bout de la mission, élève un presbytère digne de ce nom dans son centre de Tchouk Shan. Nous lui souhaitons, avec les fonds nécessaires pour régler bientôt tous ses ouvriers, la joie dhabiter longtemps sa petite villa.

    A Pakhoi, le séminaire, à peu près terminé, a bonne tournure et le couvent des religieuses indigènes sagrandit tout doucement.

    Les bruits insensés qui ont sillonné toute notre mission, accusant les Japonais et même les Français de faire empoisonner les puits, se sont enfin calmés. Quelques pauvres malheureux en ont souffert et même, paraît-il, certains y ont perdu la vie. Sur le territoire de Kouang Tcheou Wan la campagne continue sous une autre forme. Lassistance publique, pour prévenir les épidémies, fait gratuitement des injections de divers sérums ; des meneurs font courir le bruit que cest pour anéantir la population et dans certains endroits le dévoué docteur na aucun client.

    Notre mission a eu, la semaine dernière, la visite de laviso Altaïr qui s est arrêté à Fort Bayard et à Pakhoi. A Fort Bayard une messe a été célébrée à bord et tous les assistants ont été édifiés par cette cérémonie toujours si touchante dans ce cadre spécial et si sympathique.


    Vinh

    10 août.

    Le 2 août, Monseigneur Eloy, entouré des confrères de Vinh et de Xã Đoài, a béni solennellement léglise conventuelle des Pères Franciscains de Vinh.

    Le 13 août aura lieu louverture du Probatorium nouvellement construit à 35 kilomètres au nord de Vinh, sur le bord de la mer. La direction de cet établissement a été confiée au P. Radelet, lequel est remplacé à Hương Phương par le P. Lambert.

    Dautre part, le P. Lantrade, nommé professeur au petit séminaire, est remplacé à Bôt-Đa par le P. Lefèvre.


    Hunghoa

    13 août.

    Pour lexercice 1931-1932, nous comptons environ 6.500 baptêmes denfants de païens, baptisés à lheure de la mort, et près de 1.500 baptêmes dadultes, dont une centaine à peine in articulo mortis. Cest la première fois que pareil résultat est obtenu ; et, de ce fait, la population catholique de notre mission doit atteindre très probablement, cette année, 50.000. Dieu en soit remercié !

    Le 8 juillet dernier les journaux du Tonkin annonçaient que le P. Gauja, curé de Tuyên-Quang, venait de rentrer à la clinique S. Paul, à Hanoi. Nous nous demandions ce quil pouvait bien y avoir à aller mal chez notre confrère ; une lettre du P. Gauja nous rassura vite. Oui, après un séjour ininterrompu de 13 ans à Tuyên-Quang il était venu à Hanoi, mais non comme grand malade, heureusement ; se sentant fatigué il navait, en venant à Hanoi, quun seul but : recourir aux rayons X et savoir exactement où il en était. A la clinique, la radiographie a rassuré le P. Gauja, des injections de cacodylate et même de strychnine lont revigoré ; il profita de loccasion de son voyage à Hanoi pour se remettre tout à neuf en garnissant ses mâchoires de molaires et de canines nouvelles.

    Le P. Laubie, toujours auxiliaire du P. Massard, à Sơn-Tây, nose pas encore affronter les brouillards de Chapa, notre station daltitude ; il se contente de faire de lhéliothérapie, dans la plaine ; promenades à bicyclette, avec ses jeunes Scouts, ascension du mont Ba-Vì, près de Sơn-Tây, courses à pied, autour de cette ville, et, ce mois dernier, voyage en auto à Tuyên-Quang ; rien ne leffraie plus ! Depuis longtemps, il désirait connaître de visu la paroisse du P. Gauja ; inutile de dire quil y fut reçu avec joie, et put apprécier, plusieurs jours durant, laimable hospitalité du maître de céans.

    La jeunesse est voyageuse ! Nous avons eu la joie de recevoir, à Hunghoa, le P. Coulot, professeur au grand séminaire de la mission de Vinh. Il venait voir son compatriote, le P. Millot. Depuis deux ans déjà, ils attendaient, lun et lautre, cette occasion de se rencontrer, et avaient également projeté la rencontre dun autre Franc-Comtois, le P. Pourchet, de Thanh-Hoá.


    Phatdiem

    13 août.

    Le 14 juillet le P. Poncet a pris possession du poste de Thanh-Hoa. Le champ daction que lui a laissé le P. Bourlet est particulièrement important ; les néophytes et catéchumènes, disséminés en plus de trente villages, y sont nombreux, mais que de kilomètres à parcourir pour aller les visiter ! Heureusement, la province de Thanh-Hoa possède dexcellentes routes, et le Père, de son côté, a de bonnes jambes et un solide vélo, aussi, même par nos chaleurs dété, est-ce pour lui un vrai plaisir que de pédaler sur les chemins de son district.

    Les Frères des Ecoles chrétiennes vont sétablir à Phatdiem, où ils ont accepté de prendre la direction des écoles de la mission à partir de septembre prochain.

    Deux prêtres indigènes ont été nommés professeurs au grand séminaire de Phatdiem, ce sont les PP. Jean-Marie Phùng et Joseph Phương. Le premier fut élève au Collège Général de Pinang pendant deux ans et demi, et termina ses études théologiques au grand séminaire de Phatdiem où il fut ordonné prêtre en 1924 ; le second fit toutes ses études dans la mission et est prêtre depuis 1929. Tous les deux avaient été jusquici professeurs au petit séminaire de Phucnhac.

    Le Bulletin daoût, au sujet de la mission de Phatdiem telle quelle sera après la prochaine division, parle de 1000 kilomètres carrés et de 450.000 habitants. Ces chiffres, faute détat civil et de complets travaux de triangulation, ne sont pas encore arrêtés, mais il y a tout lieu de croire quils sont au-dessous de la vérité ; cest plutôt 1.700 kil. carrés et plus de 500.000 habitants quil convient de dire. De plus en parlant de 11.000 kil. carrés pour la nouvelle mission de Thanh-Hoa, le chroniqueur na eu en vue que la partie évangélisé ; si lon veut envisager aussi la partie non encore ouverte à lévangile, il faut ajouter 9.000 kil. carrés et 30.000 habitants aux chiffres déjà donnés.

    Le P. Chevènement nous a quittés pour aller recevoir au ciel la récompense promise aux bons missionnaires. Le Bulletin, lan dernier, avait signalé que toute sa vie, depuis les jours lointains de son séminaire, il avait été un infatigable rédacteur dordo. Eh bien ! cela il lest resté jusquà la fin de sa vie.

    En janvier il était allé chercher un peu de repos à Béthanie et cest là que la mort vint le prendre en juillet. Mais quelle ne fut pas notre émotion, de recevoir, en même temps que lannonce de son décès, le manuscrit de lordo diocésain pour 1933, auquel il avait mis la dernière main le 3 juillet, 4 jours seulement avant sa mort.


    Hué

    12 juillet.

    Visites. Pendant le mois de juin et au commencement de juillet, Hué a reçu la visite de plusieurs confrères de diverses missions : Mgr Audren, évêque~coadjuteur de Yunnanfu ; le P. Poncet, provicaire de Phátdiệm ; le P. Dalaine, provicaire de Vinh ; le P. Stutzmann, de Kontum ; le P. Pourchet, de Phát-Diệm ; le P. Coulot, de Vinh ; le P. Laborier, de Quinhon ; le P. Bayet, du Laos. Quant au P. Barnabé, de Phátdiệm, il a pris ses cantonnements au monastère de Phước Sơn.

    Maladie. Le R. P. André Durand, secrétaire de Mgr le Délégué Apostolique, vient déprouver une crise sérieuse du foie. Ce na été heureusement quune forte congestion. Le R. P. Ugolin, franciscain, du monastère de Vinh, est venu résider à la Délégation pendant le séjour du R. P. Durand à lhôpital. Le cher et vénéré malade, maintenant en pleine convalescence, est revenu chez lui et le R. P. Ugolin a regagné son couvent.

    Union sacrée. Le 16 juin a eu lieu au Collège Quốc Học, sous la présidence du Résident Supérieur, M. Châtel, la distribution solennelle des prix aux élèves des collèges Quốc Học et Đồng Khánh et des écoles primaires franco-indigènes de Hué. S. A. R. le Régent et les principales notabilités françaises et indigènes assistaient à cette cérémonie. Mgr le Vicaire Apostolique, plusieurs missionnaires et des Surs de St Paul vouées à lenseignement libre étaient au nombre des invités. On a entendu de la belle musique et applaudi plusieurs chants français et annamites, exécutés avec goût et précision par des groupes délèves. On a écouté aussi plusieurs discours aux idées élevées (de M. le Directeur du Collège, de M. le Résident Supérieur, de S. A. R. le Régent), sur lautorité paternelle en matière déducation, sur le but premier des études classiques, qui est la formation intellectuelle et morale. Pour être parfaits, ces discours, pleins didées saines et fécondes, ne manquaient que de la conclusion appelée logiquement par toutes les phrases : la nécessité des idées religieuses pour soutenir tout lédifice de léducation. Cette rencontre de lélément laïque avec lélément religieux, des membres de lenseignement officiel avec des représentants de lenseignement libre à une solennelle cérémonie scolaire de ce genre, nest pas chose nouvelle à Hué, mais on est toujours heureux de la remarquer, surtout quelle est provoquée par linvitation expresse des honorables dirigeants de lenseignement public de lAnnam. Cette déférence et cette bienveillance des uns à légard des autres ne peut que tourner au bien de tous.

    Cette même sympathie sest retrouvée le dimanche, 19 juin, à la caserne de lInfanterie Coloniale, à loccasion de la fête du régiment, à la charmante soirée qui la termina : Mgr lEvêque et plusieurs missionnaires étaient au nombre des invités de M. le Colonel et de ses officiers.

    Retraite des prêtres indigènes. Elle a eu lieu, comme dordinaire, au petit séminaire dAnninh au commencement de juillet. Quatre-vingts prêtres étaient présents ; une vingtaine étaient retenus chez eux par la maladie ou par la garde des malades. Cest le P. Dalaine, provicaire de Vinh, qui en était le prédicateur. Ses instructions aux idées élevées et pratiques, données dans une langue claire et tout apostolique, ont pénétré le cur de ses auditeurs ; le résultat, il ny a pas à en douter, en sera profond et durable.

    Conférences aux païens. Dans le Bulletin du mois de juin nous avons relaté la Semaine de Causeries aux païens, organisée par les Pères Rédemptoristes à Kimlong. Voyant le succès de ces réunions et prédications, le P. Lành, le nouveau curé de Gia Hội, demanda aux Révérends Pères dorganiser la même chose dans son église Gia Hội, comme Kimlong, est situé aux portes de Hué, mais du côté opposé de la citadelle. Cest le quartier des gros commerçants annamites et chinois ; la population y est très dense. Dans cette même agglomération il y a la salle des méthodistes protestants américains, établis à Hué depuis lannée dernière.

    Pendant trois semaines on prépara la Semaine de Causeries: tout dabord le plan général fut étudié et discuté avec les conférenciers, prêtres indigènes zélés, dont le talent est déjà connu et apprécié, les Rév. Pères Cẩn, Mỹ, Kinh, Thục, Lành et Thích. Les réunions eurent lieu chaque soir du 5 au 13 juin. Voici les principaux sujets traités : la nécessité et lunité de la vraie religion ; nécessité de suivre la religion catholique ; qui est Jésus ? quest-ce que lEglise ? les obstacles à la conversion ; récompense et punition ; lEglise et léducation ; lEglise et le patriotisme Il fallait aussi lattraction extérieure: le P. Lành avait orné son église comme aux jours de fête ; une puissante lumière placée dans le clocher, invitait les gens à venir chercher la lumière de la vérité ; une multitude de lanternes chinoises décoraient et éclairaient le parterre et la façade de léglise On avait enlevé du tabernacle le T. S. Sacrement afin de pouvoir plus facilement recevoir et placer les auditeurs. Tous les soirs, avant et après les conférences, musique et chants, exécutés par la chorale des Juvénistes des RR. PP. Rédemptoristes. Il y eut même plusieurs fois, grâce au concours dun excellent violoniste de Phủ Cam, un trio de violon.

    Cinq cents programmes avaient été distribués par les dignitaires de la paroisse, à qui le Père Curé avait recommandé lapostolat. Des visites furent faites aux notables païens du village, qui promirent dassister aux conférences. Le maire païen, lui seul, distribua plus de cent programmes. Le premier soir, lorsque le conférencier monta en chaire, il y avait déjà foule. Le lendemain, les sièges ne suffisant plus, il fallut apporter de lEcole Pellerin cent cinquante chaises. Le nombre des auditeurs saccrut chaque jour, et les trois derniers soirs léglise était comble, depuis le marchepied de lautel jusquà la porte ; de plus, tout autour de léglise les gens se pressaient sous les vérandas. On peut estimer à un millier environ les personnes présentes. Et toute cette foule était attentive et sympathique, écoutant avec intérêt lenseignement quon lui donnait. Aucun désordre, aucun bruit ; chez tous, une attitude polie et respectueuse. La réunion du dimanche soir devait être la dernière. Mais voyant cette foule si sympathique et si avide dentendre la parole du prêtre catholique, le P. Lành annonça pour le lendemain une causerie supplémentaire. Elle fut écoutée par un auditoire aussi nombreux et non moins attentif que les précédents.

    La semence est jetée. Produira-t-elle des fruits ? Sans aucun doute, à en juger par les résultats de la prédication de Kimlong. Le Père curé nous dit que plusieurs demandes de conversion lui ont été faites, même de la part de familles mandarinales.

    Les Scouts de Hanoi en promenade à Hué. Le samedi 2 juillet arrivaient à Hué un groupe de Scouts de Hanoi, sous la conduite du R. P. Aubert, O. P., leur aumônier. Ils étaient une vingtaine, et parmi eux un petit louveteau. Les chers Frères de lEcole Pellerin leur avaient aimablement offert lhospitalité. La cour fut vite transformée en un petit camp bien ordonné, mais de crainte de quelque indisposition, le repos de la nuit fut toujours pris dans les dortoirs. Linstallation faite, la petite troupe alla présenter ses hommages à Mgr Chabanon et à Mgr Allys. Elle eut auprès des Annamites un beau succès de curiosité, quand elle traversa la ville avec ses bâtons et son costume pittoresque. Le lendemain dimanche, à la messe principale de la paroisse française, les Scouts avaient une place dhonneur. Deux dentre eux servirent la messe et les autres chantèrent leurs beaux cantiques accoutumés. A la communion on les vit sapprocher simplement et pieusement de la Ste Table, donnant ainsi à tous lexemple dune piété de bon aloi, exempte de respect humain. Mgr le Vicaire Apostolique et les missionnaires de Hué que le ministère paroissial ne retenait pas chez eux sétaient fait une joie de venir assister à cette messe. Ils eurent de plus le plaisir dentendre un éloquent discours du R. P. Aubert, qui en guise de prône expliqua ce que cest que le scoutisme et quelle est sa valeur éducative pour former à la fois des hommes au caractère fortement trempé et des chrétiens sans peur ni reproche. Au camp scout, dit-il encore, on ne pèche pas, on ne peut pas pécher ;le scout doit accomplir sa bonne action chaque jour :est par ces petits moyens quon sachemine vers les hauteurs ;on. vit en toute fraternité, de peu, on saime, on sentraide, on est toujours content. Après la messe se déroula, dans la cour de lEcole Pellerin, la curieuse et touchante cérémonie dune Promesse scoute, sous la présidence de S E. Mgr Chabanon qui, en quelques mots choisis, expliqua dabord le sens de lengagement scout. Une nombreuse assistance française et annamite témoignait par sa présence lintérêt quon portait déjà à Hué à la jeune troupe. Au premier rang, la famille du récipiendaire. Celui-ci savance au centre de la cour où, au milieu des tentes, flotte le drapeau français, et la main appuyée sur le drapeau scout, il formule dune voix claire la. Promesse : Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je mengage à servir de mon mieux Dieu, lEglise, la Patrie, à aider mon prochain en toutes circonstances, à observer la loi scoute.

    Les journées que les Scoufs passèrent à la capitale de lAnnam furent bien remplies : Visite de la ville, du Palais et des tombeaux royaux ; longue et intéressante excursion à la maison de campagne des Rév. Pères Rédemptoristes, au bord de la mer (le groupe y fraternisa avec les scouts Rédemptoristes ; chants, jeux et baignades) ; réceptions très cordiales chez S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Ministre de lintérieur et Président du Conseil, à la Résidence Supérieure, chez S. A. R. le Régent de lEmpire dAnnam, qui porte le plus vif intérêt au scoutisme. A la Résidence Supérieure, ce fut M. lAdministrateur Colombon qui, en labsence de M. le Résident Supérieur, accueillit les jeunes gens. Après un échange cordial de souhaits de bienvenue et de remerciements, M. Colombon fit passer ses petits visiteurs dans la salle à manger joliment décorée et leur offrit un succulent goûter. La réception par S. A. R. le Régent eut lieu dans une des magnifiques salles du Palais. Son Altesse était entourée de ses enfants et petits-enfants. Il plaça à sa droite le R. P. Aubert, à sa gauche le R. P. Darbon, curé de Hué, puis les Scouts formèrent le demi-cercle. Le R. P. Darbon présenta la troupe, puis le R. P. Aubert exprima la reconnaissance des enfants et de leurs parents pour le très grand honneur qui leur était fait dapprocher le plus haut dignitaire de la Cour et pour la joie de sentir son cur de père. Le Régent répondit en exprimant tout le bonheur quil éprouvait à voir cette belle jeunesse. Il lui souhaita de toujours donner satisfaction aux parents dans létude et la conduite. Plusieurs scouts sont présentés à S. A., entre autres le fils de S. E. le Tổng Đốc Hoan et le petit louveteau Clémente. Le Régent sinforma de leurs familles ; devant le louveteau son sourire sépanouit et il posa affectueusement la main sur la tête du petit. Lentrevue dura presque une heure ; le Régent pria chacun de rester assis, il questionna les scouts, demanda force détails, puis il offrit le thé et des gâteaux, Il accepta dêtre photographié avec le groupe et réclama le louveteau à ses pieds, puis leur dit à tous au revoir. Le scoutisme, dit-il en manière de conclusion, voilà une bonne méthode de rapprochement franco-annamite.

    Le jeudi soir, séance récréative à la Chambre des Corps Elus, en présence de nombreuses personnalités françaises et annamites. On entend dabord une conférence où le R. P. Aubert expose ce que cest que lassociation scoute, les moyens pratiques de ladapter à la colonie malgré les difficultés relatives au climat, aux intempéries, à la fourniture deau potable, difficultés quon vainc de plus en plus chaque jour par lexpérience et une sage attention ; dailleurs les excursions ne sont entreprises quaprès sêtre, au préalable, renseigné sur tous les points importants concernant lhygiène et la santé des Scouts. Lorateur indique ensuite le but moral de lassociation : former des hommes dénergie, daction, conscients de leurs devoirs. Sa péroraison est saluée dapplaudissements. Puis les Scouts donnent deux petites saynètes représentant la vie au camp avec les incidents drolatiques qui en émaillent la vie : la soupe trop salée, les haricots pas cuits ; mais aussi lentraide fraternelle, la charité envers le prochain surtout envers ceux qui souffrent. Le tout se termina par une quête : elle produisit une somme assez rondelette qui permit de procurer quelques gâteries à ces sympathiques jeunes gens.

    Les Scouts passèrent encore deux agréables et joyeuses journées à Dônghoi chez le P. de Pirey. Puis le dimanche 10 juillet ils reprenaient le chemin du Tonkin, emportant lagréable souvenir de la bonne semaine passée à Hué et des sites pittoresques du pays dAnnam. Limpression générale donnée par cette belle jeunesse est excellente : bonne mine, tenue impeccable, beaucoup dentrain, bonne humeur communicative. On le voit, à la vie saine du grand air, les corps sépanouissent et les âmes sépurent. Aux Scouts hanoiens nous avons dit un cordial au revoir, en attendant de voir se créer à Hué, comme on le fait espérer, une section de louveteaux et plus tard un groupe de Scouts.

    6 août.

    Le 29 juin, le P. Laurence et le P. Boudillet ont célébré le vingt-cinquième anniversaire de leur ordination sacerdotale. Ils navaient point voulu de fête extérieure ; mais ils ont eu lun et lautre lagréable surprise de voir arriver inopinément quelques amis venus leur apporter leurs félicitations et leurs souhaits.

    Nous venons de perdre un des vétérans de notre clergé indigène : le P. Jean Baptiste Học, décédé à lâge de 72 ans. Ancien élève du Collège général de Pinang, il fut toujours pendant les quarante ans de sa carrière sacerdotale, un prêtre exemplaire : très pieux et très régulier, dur pour lui-même, homme de devoir, même un peu sévère. Il a travaillé dans diverses paroisses de la province de Quảng Trị, jusquà la limite de ses forces. Les trois derniers mois de sa vie, il les a passés sur un lit de douleur : une tumeur maligne au cou lui faisait subir un véritable martyre. Mais il supportait ses souffrances avec une patience, une résignation et un esprit de foi qui faisaient ladmiration et lédification de ses visiteurs. Je remplis, disait-il, la tâche que le Bon Dieu ma assignée. Quand jétais jeune ma tâche était détudier, ensuite ce fut dexercer le ministère sacerdotal, maintenant ma tâche est de souffrir. Il est mort un samedi, comme il lavait désiré ; et le jour de la fête de N. D. du Mont Carmel. Plus de soixante prêtres étaient présents à ses funérailles, car il ne comptait que des amis dans le clergé de la mission. Mgr le Vicaire Apostolique tint à célébrer lui-même pontificalement la messe des funérailles, interrompant même pour cela une tournée de confirmation dans un district éloigné. Son Excellence voulut montrer ainsi en quelle haute estime elle tenait ce bon prêtre.


    Phnompenh

    4 août.

    Monseigneur Herrgott est rentré de sa longue tournée de confirmation en Cochinchine. Il faudrait plusieurs pages du Bulletin pour raconter en détail les diverses phases de ce voyage où S. E. a administré la confirmation dans 26 chrétientés principales ; dans plusieurs endroits, les chrétientés secondaires avaient envoyé leurs confirmands au chef-lieu du district. Inutile de dire toutes les fatigues endurées, mais aussi quelle compensation, pour un évêque, de voir une bonne partie de son troupeau, de se rendre compte des difficultés à vaincre, des résultats obtenus et de multiplier ses conseils et ses encouragements !

    A Chaudoc, Mgr a béni une coquette église édifiée par le P. Béquet en plein centre païen. Néophytes et catéchumènes ont été fiers de la visite épiscopale qui avait amené un grand concours de curieux. Cétait un digne pendant aux fêtes de février 1931 et la preuve de lefficacité de lintervention de nos Bx Martyrs.

    A Buhut, dans le district de Cantho, se dessine un mouvement de conversions de grande envergure. Le P. Larrabure y a déjà baptisé plus de deux cents catéchumènes ; les demandes de conversion continuent daffluer, si bien que Mgr a décidé dy mettre un prêtre à demeure. La bénédiction de la nouvelle église, bien faite pour rehausser le prestige de notre sainte religion, raffermira la ferveur des néophytes et déterminera ceux qui sont encore quelque peu hésitants.

    Il nous en coûterait de passer sous silence la bénédiction solennelle dun calvaire à Soctrang. Sur les insistances du P. Charles Keller, Mgr avait consenti à faire un détour pour venir lui-même présider la fête. La cérémonie eut lieu le 17 juillet, à quatre heures du soir ; il y avait foule et de nombreux prêtres voisins avaient pu, après la messe dominicale, arriver à temps. La fanfare paroissiale se distingua en jouant les plus beaux morceaux de son répertoire.

    Du pied de la Croix, Son Excellence remercia dabord la donatrice, la vénérable Madame Schmitt, dont on ne compte plus les diverses uvres de pieuse libéralité dans notre mission, puis fit un long et magnifique sermon sur les vertus de la Croix, ensuite eut lieu la bénédiction proprement dite.

    Le grand Crucifix de fonte est fixé sur une croix en marbre noir de Hué, plantée sur un piédestal également en marbre noir élevé sur un tertre de maçonnerie de granit. Lescalier et la grille sont en ciment armé.

    Lensemble, de lavis de tous, est dun bel effet. Ce Calvaire est situé bien en vue près du carrefour de deux routes, au coin gauche du parc devant léglise, faisant face à la grotte de Lourdes, uvre également du curé actuel.

    Un homme heureux en ce jour, était le P. Keller que tous se firent un devoir de féliciter de ses pieuses initiatives et de son bon goût.


    Bangkok.

    1er août.

    Des efforts considérables et louables viennent dêtre tentés ces dernières années par la mission de Bangkok pour débloquer le nord du Siam et lui infuser une vie catholique dont les anciens missionnaires ont toujours compris la nécessité, mais que des circonstances indépendantes de leur volonté ne leur avaient point permis de réaliser. Sil est en effet facile aujourdhui de gagner les postes en formation de Phitsanuloke, de Lampang et de Xieng-Mai, grâce au rail, il ny a pas encore dix ans, laccès à ces villes était extrêmement difficile et nécessitait un long, dispendieux et pénible voyage. Il suffit de lire les deux relations du Père Grandjean, qui, avec le Père Vachal, envoyé par Mgr Pallegoix, nous fait part de son essai de pénétration dans le nord du Siam. Sont-ils dailleurs les premiers pionniers de ce royaume de Xieng-Mai, jadis indépendant ? Nous noserions pas laffirmer, car des missionnaires ont dû pénétrer dans ces régions par la Birmanie.

    Quoiquil en soit, ce champ dapostolat qui ne comprend pas moins de deux millions cinq cent mille habitants attirait la vigilance pastorale de S. E. Mgr Perros dès le début de son épiscopat puisquil priait les Pères Fouillat et Broizat, en lannée terrible de 1914, daller reconnaître les possibilités détablissement de postes catholiques dans le nord.

    La Providence, en rappelant en France les ouvriers apostoliques prouvait que lheure navait point encore sonné de ramener à Dieu ces âmes païennes. Un Père indigène, le Père André, tenta seul vers 1920, daller de lavant et il eut la joie de réussir à fonder Phitsanuloke quil confiait, (lui-même étant rappelé à Bangkok) au Père Nicolas, prêtre indigène. Malheureusement le manque de ressources et de personnel de la mission de Bangkok limitait toujours lessor quil convenait de donner aux postes de Lampang et Xieng-Mai. Deux confrères, les Pères Durand et Broizat furent, au début de 1930, chargés par Mgr Perros daller, une fois encore, tâter le terrain avant quil ne fût confié pour le défrichement spirituel aux Pères Mirabel et Nicolas. Ce nest donc en réalité que depuis 1930, que la mission catholique sest définitivement implantée dans le nord siamois où leffort protestant est depuis longtemps prépondérant. Ecoles, Collèges, Hôpital, Léproserie, Imprimerie, Dispensaires prouvent en effet la vitalité des uvres et les énormes ressources dont dispose léglise presbytérienne. Il ny a pas là néanmoins, source à découragement pour les missionnaires, les religieux et les religieuses catholiques.

    A la gloire des Religieuses Ursulines de lUnion Romaine qui furent les premières à accepter la fondation dun Institut de jeunes filles à Xieng-Mai, disons-le franchement, leur foi, leur zèle et leur empressement furent un entraînant exemple et la réponse péremptoire aux hésitations des pusillanimes. Rome leur demandait cet acte dabnégation et de courage ; Mgr de Guébriarit, à Bangkok même, en décembre 1931, leur exaltait cet honneur dêtre les premières fondatrices dun couvent à Xieng-Mai, elles navaient donc plus quà partir. Et le 6 avril 1932, munies dune bénédiction spéciale du Délégué Apostolique dIndochine, cinq dentre elles quittaient Bangkok. Depuis, les chers Frères de St Gabriel ont entrepris, eux aussi, avec laide morale et financière de la mission la construction dun collège.

    Aussi peut-on dire que la chrétienté de Xieng-Mai nest plus un mythe mais cette prenante réalité que prévoyait notre Supérieur Général, Mgr de Guébriant, quand, lors de son passage dans la mission de Bangkok, il eut laudace dentreprendre un fastidieux voyage pour se rendre compte par lui-même des difficultés de lexpansion catholique dans le Siam extrême-nord et pour suggérer les moyens dy remédier.

    Sil ne lui a pas été donné de voir la chapelle longue de 24 mètres et large de 10 avec un clocher; sil na pu admirer lAula Magna Regina Cli qui compte au bout de deux mois 95 élèves et où se dévouent la Révérende Mère Prieure Marie Bernard et ses quatre vaillantes compagnes ; sil na pu contempler les travaux commencés du Collège Montfort, quil apprenne du moins toute la joie queut le vendredi 3 juin, en la Fête du Sacré-Cur, S. E. Mgr Perros, de bénir et les bons ouvriers de la mission, et les chrétiens, encore pusillus grex, et la coquette chapelle en bois où le Père Mirabel chanta la première messe. Cétait en somme la vraie prise de possession et la consécration de ce pays au Sacré-Cur.

    Depuis cette date, 253 enfants fréquentent les écoles catholiques de Xieng-Mai ; cest un merveilleux essaim qui laisse damples espoirs. Daigne Dieu par sa grâce, accroître en cette région, le nombre de ses adorateurs et répandre ses bénédictions sur ceux qui se dévouent corps et âme à lévangélisation ; sur ceux aussi dont la générosité chrétienne a permis ces magnifiques réalisations.


    Malacca

    3 août.

    La cathédrale catholique de Singapore a été la victime dun attentat de la part des communistes, le samedi 30 juillet, vers les deux heures de laprès-midi. A ce moment, le curé de la cathédrale était en haut dans la maison, quand un bruit formidable, comme un coup de tonnerre le fit sursauter. Ce bruit venait de léglise. En regardant de la véranda, il vit les gens de la maison qui se rendaient vers la cathédrale en criant et en gesticulant. En bas, on lui dit quune troupe de Chinois, environ 30 ou 40, avait saccagé léglise. Quelques-uns avaient été arrêtés par des jeunes gens qui jouaient au cricket et étaient détenus dans un bus à lécole des Frères. Le Père Ruaudel entra alors dans léglise et put se rendre compte des dégâts. Lautel de St Joseph navait plus ni croix ni chandeliers : ils gisaient par terre où ils avaient été jetés violemment. Deux grands chandeliers du maître autel avaient été renversés. Un lustre de léglise était en partie endommagé. Plus de vingt bancs étaient renversés et la statue de St Jean-Baptiste, des fonts baptismaux, était en pièces.

    En sortant de léglise, le Père Ruaudel trouva le bus que lon avait amené avec huit occupants arrêtés, devant léglise. Un détective en avait pris charge. La Police arriva bientôt, le grand Chef en tête. Elle fit prendre des photographies du désastre et conduisit les prisonniers à la Police.

    Nous devons remercier le bon Dieu de ce que les dégâts ne sont pas plus considérables. Les Chinois ont fait tout cela en courant, ne songeant quà séchapper. Cest à leur manuvre densemble que le Père Ruaudel attribue le coup quil a entendu. Neût été cette manuvre, personne naurait rien entendu. Les jeunes gens qui jouaient ont été attirés par le bruit, et leur arrivée a mis les communistes en fuite et permis den arrêter quelques-uns.

    Depuis ce jour, toutes les églises sont gardées par la Police. LInspecteur Général a dit au Père Ruaudel quil sattendait à quelque chose, mais seulement pour le lendemain.

    Le chroniqueur na pas que des mauvaises nouvelles à annoncer. Les missionnaires de Malacca ont été heureux doffrir leurs vux et leurs félicitations au Père François, à loccasion du 25ème anniversaire de son ordination sacerdotale. Le Père François est depuis longtemps curé de Malacca et gardien du tombeau, maintenant vide, de St François-Xavier, depuis que le corps du Saint a été transporté à Goa. Il est le Président de la Société archéologique de lendroit et personne, mieux que lui, ne connaît ce qui se rapporte à St François-Xavier. Ses chrétiens, Européens. Eurasiens et Chinois ont tenu à lui dire en quelle estime ils le tiennent et laffection quils lui ont vouée.


    Rangoon

    3 août.

    Le 17 juillet, veille de St Frédéric, nous avons offert nos vux de fête à Mgr Provost. Cest juste avant dîner queut lieu cette petite cérémonie très intime à laquelle ont pris part, non seulement tout le clergé de Rangoon, mais encore quelques confrères de lextérieur. Le P. Saint-Guily, provicaire, sest fait notre interprète pour exprimer à Mgr notre filial et respectueux attachement, lassurer de notre humble et fidèle soumission, et lui souhaiter de longues années encore dun épiscopat déjà si fécond, sous légide de son St Protecteur. Pour répondre au compliment, Son Excellence neut quà laisser parler son cur. Elle nous dit dabord combien Elle était touchée de notre démarche, puis nous donna de précieux encouragements et nous promit que sa paternelle sollicitude ne nous ferait jamais défaut. Tout le monde prit ensuite le chemin du réfectoire où nous attendait un excellent dîner. Inutile de dire quon lui fit honneur et quon apprécia fort certains extra que Mgr doit à la générosité de quelques catholiques et quil tient en réserve pour nous en faire profiter quand loccasion se présente.

    Le 19 juillet, nous avons eu linauguration du nouvel établissement que la mission vient de fonder, en bordure de la grande Cité Universitaire de Rangoon, pour les étudiants et étudiantes catholiques. Il comprend une résidence pour le prêtre et une salle de réunion qui sert en même temps de chapelle. De sérieuses difficultés financières ne permettent pas, pour le moment du moins, dexécuter tout le projet qui comporte, en plus, une église et une seconde salle de réunion. Le P. Sellos est le titulaire de lendroit.

    Après avoir béni les locaux, Mgr a, dans un fort beau discours, exposé le but de luvre, qui est de fournir à ces étudiants et étudiantes les moyens de pratiquer leur religion, de conserver leurs bons principes, de rester en contact avec le prêtre, et de se préparer à remplir consciencieusement leurs devoirs daujourdhui et de demain. Puis il a fait appel à la charité des catholiques présents et absents pour laider à poursuivre la réalisation complète de son rêve. Espérons que cet appel ne sera pas tombé dans loreille de sourds.

    Le P. Sellos, dont le zèle et lactivité ne connaissent pas de bornes, soccupe infatigablement des catholiques tamils disséminés autour de chez lui dans un rayon de 8 à 10 milles. Cest souvent quon le rencontre, courbé sur sa moto, sa grande barbe au vent, courant partout où son ministère le réclame. Il vient de bâtir, à ses propres frais, dans la banlieue de Rangoon, une école qui compte déjà 130 élèves, en grande majorité catholiques ; le besoin sen faisait donc sentir. Désormais ces braves tamils auront toute facilité pour faire élever chrétiennement leurs enfants.

    A la paroisse du Cantonment, lancien cercle militaire a été mis à la disposition des Dames du Bon Pasteur qui viennent dy ouvrir une école préparatoire pour les petits garçons au-dessous de 8 ans.. Le nombre des élèves nest pas encore très considérable, mais on a bon espoir quil ira saugmentant petit à petit.

    Le P. Meyrieux, de passage à Rangoon, a contracté la dysenterie. Lattaque fut assez sérieuse pour nécessiter sou transfert à lhôpital. Il est en bonne voie de guérison et pourra bientôt rejoindre son poste.

    A Pégu, nos bonnes Surs Clarisses, après avoir eu la grippe les unes après les autres, commencent à sacclimater. Elles ont organisé leur vie aussi bien quelles ont pu, dans une pauvre maison dont les destinées nétaient pas de devenir un asile de la prière et de la pénitence. Il y a déjà deux jeunes filles Eurasiennes qui demandent leur admission chez elles. Cest de bon augure pour leur recrutement.

    Depuis huit jours, nous avons des pluies torrentielles qui ont provoqué de fortes inondations, surtout dans la région de Pégu. Plusieurs lignes de chemin de fer sont coupées, et les trains ne circulent plus entre Rangoon et Mandalay et entre Rangoon et Moulmein. La grand route de Mandalay est aussi très endommagée dans certaines sections et quelques ponts ont été emportés. Le Frère Jean, Directeur de lécole St Paul, et le P. Rioufreyt, notre Procureur, qui, peu de temps avant ce déluge, sont partis en auto pour la Birmanie du nord, se trouvent aux prises avec de graves difficultés pour rentrer. Ils nous informent, par télégramme, quarrivés à 100 milles de Rangoon, ils ont dû rebrousser chemin pour se rendre à Myingyan, 250 milles plus haut, sur les bords de lIrrawaddy. Là, ils auront à prendre un bateau fluvial pour descendre à Prome où ils trouveront un train qui pourra les rapatrier à Rangoon, si, dans lintervalle, cette ligne nest pas aussi coupée. Embarqueront-ils également la voiture, ou bien laisseront-ils au chauffeur le soin de la ramener quand la route sera réparée ? Cest ce que nous ignorons. En tout cas, nos voyageurs auront eu des aventures quils noublieront pas de sitôt.


    Mandalay

    27 juillet.

    La crise économique se fait sentir en Birmanie comme partout ailleurs : diminution des salaires dans toutes les branches de ladministration gouvernementale, licenciement de nombreux ouvriers dans les gros centres industriels de Yenangyaung et Namtu, sans parler de firmes de moindre importance qui ont aussi réduit le nombre de leurs employés, stagnation des affaires, krachs de banques locales, rien ne manque. Le nombre des sans-travail et des quémandeurs va saugmentant de jour en jour et la porte du missionnaire nest pas celle où lon vient frapper le moins. Que ne peut-il en disant Misereor super turbam multiplier aussi les pains !

    Pendant, quon se chamaille à Lausanne autour du tapis vert au sujet des réparations, dettes de guerre, désarmement, que sais-je, les politiciens de Birmanie se crêpent le chignon (car ces messieurs en ont un authentique) autour de la question de la séparation davec lInde. Séparatistes et anti-séparatistes sont aux prises. Separation or no separation: voilà la question brûlante à lordre du jour.

    Le P. François Collard, fatigué de lestomac depuis un certain temps, a enfin consenti à descendre des montagnes Katchines pour se soigner à Mandalay et Maymyo. Mais croyez bien quil na pas cédé facilement ; il a fallu que le P. Herr aille le chercher.

    Son Excellence Mgr Falière est en tournée du côté de Yenangyaung, depuis le 11 juillet. Il devait bénir une nouvelle chapelle à Magwe. Mais les détails manquent sur cette cérémonie ; la prochaine chronique en parlera peut-être. Dans ce voyage le long de lIrrawaddy, Monseigneur est accompagné non pas dun chapelain ordinaire, mais de notre vieil évêque, Mgr Foulquier.


    Laos

    29 juillet.

    Thakhek
    Du 16 au 23 juillet, Monseigneur accompagné du Père Barbier, fit un rapide voyage à Vientiane pour offrir ses vux e bienvenue au nouveau Résident Supérieur, M. Le Fol qui, occasione data pria Monseigneur de confirmer son fils. Entre deux visites, le cher P. Excoffon promenait les voyageurs et réussissait, malgré la boue, à leur faire voir les curiosités de la capitale du Laos. Ces quelques jours passèrent bien vite, et ce nest pas sans regret que nos voyageurs quittèrent le toit si hospitalier du curé de Vientiane.

    26 juillet, fête patronale de la cathédrale du Laos. Les PP. Lazare, Figuet, Malaval, Barbier, Marchi, Chabanel et Bayet étaient venus donner un coup de main au curé du lieu. Un grand nombre de communions attesta que Ste Anne était aimée et bien fêtée à Nong Seng.

    Retour dun congé dun mois, passé en partie en Annam, à Hué et à Quangtri, le cher P. Bayet a regagné son poste de Tharé, heureux de tout ce quil a vu pendant son voyage.


    Coïmbatore

    14 juillet.

    Le mois de juin sest écoulé tranquillement pour la mission de Coïmbatore, sans aucun événement bien important. Une fête cependant, celle de St Louis de Gonzague, patron de Mgr Aloisius Tournier, vint rompre la monotonie de cette période de calme. A cette occasion, les confrères les plus voisins de Coïmbatore et même quelques-uns qui en sont relativement éloignés tinrent à venir présenter à Sa Grandeur leurs vux respectueux. La fête se passa en toute simplicité, comme il convient à une fête de famille.

    Avec le mois de juillet commencèrent les tournées de confirmation au nord de la mission : Kottampalayam-Pudur, Gundri, Kodivéri, Kongurupalayam et Sikkarasampalayam. Cette région fut évangélisée dès 1643 par le P. Balthazar da Costa, S. J. qui fut le premier Pandara Swami. (Les Pandara Swamis étaient des missionnaires qui soccupaient des castes inférieures). Depuis cette époque il y a toujours eu des chrétiens dans cette partie de la mission.

    Monseigneur termine sa tournée en allant visiter à Geddésal et à Talavadi les Frères Franciscains qui sy dévouent pour obtenir des conversions parmi les montagnards. Que le Bon Dieu bénisse leurs efforts !

    Notre cher vieil évêque est toujours au Sanatorium. Le climat des Nilgiris lui a rendu de la vigueur et il jouit maintenant dune meilleure santé.


    Salem

    28 juillet.

    La réouverture des classes accuse, pour le chef-lieu seulement, une augmentation sensible du nombre des élèves de nos écoles secondaire et élémentaires de garçons et de filles qui dépassent 800 et dont plus de la moitié se recrute parmi les païens.

    Le petit séminaire, fondé il y a un an, a vu doubler son effectif : il compte actuellement 28 séminaristes, espoir de lavenir. In semine messis !

    Un nouveau centre de catéchumènes vient encore de souvrir à Samoutiram dans le district de Idappadi, voisin de Namakal, confié au P. Jusseau, qui est en train de préparer au baptême une soixantaine dadultes païens. Le midi bouge, se tournant vers la Croix.

    Le P. Quinquenel, après avoir passé ses vacances au milieu des néophytes du P. Hourmant, à Parutipalli où il leur a construit une chapelle et sest employé à les former à la vie chrétienne, a dû sarracher aux consolations de lapostolat ad Gentes pour reprendre sa chaire de Dogme au grand séminaire de Pondichéry. Avant son départ, il a eu la joie de revoir un bon nombre de confrères réunis à lEvêché pour la fête de St Henri, Patron de Mgr Prunier et de participer à cette fête de famille où chacun pouvait redire ce que leur interprète disait à Son Excellence, dans son toast :

    Et nous navons ici quune seule âme
    Et quun seul cur.

    Quelques jours après, le pèlerinage annuel de Ste Madeleine, à Madianpatti, réunissait chez le P. Massol un groupe de confrères accourus à son appel pour laider. La veille de la fête, les confessionnaux étaient assiégés par les pèlerins qui se pressaient en masse à la Ste Table le lendemain matin, à toutes les messes. A la grandmesse, panégyrique de la Ste Patronne de lEglise prononcé par le P. Bulliard, enlevant son auditoire avec le même entrain que les chants liturgiques, dune voix éclatante comme un clairon qui domine le tumulte de la mêlée et électrise la foule de son souffle de flamme. Lancien grenadier de première vague, bien quayant double le cap de la cinquantaine, na rien perdu de son cran. Cest lui qui guide la fête,

    Jamais sa fière trompette
    Neut des accents plus vainqueurs..

    Son mordant de vieux briscard a vite trouvé à sexercer dans la direction du service dordre quil assure à lintérieur de léglise pendant que le P. Nalais, par sa rapidité de mouvement et sa quasi-ubiquité le maintient dans la cohue des pèlerins dont la houle grossissante déferle autour du sanctuaire.

    La fête passée, le P. Massol, déjà fatigué depuis quelque temps, est allé prendre un peu de repos au sanatorium.

    Les PP. Brun et Chassain sont allés consulter le docteur français de Pondichéry sur leurs malaises chroniques aggravés par lâge.

    Le P. Playoust, gêné par une occlusion nasale, a fini par en triompher à laide dun vaporisateur Mira qui a opéré la merveille de la liberté des détroits en lui facilitant le fonctionnement normal des voies respiratoires.

    Le P. Hourmant souffrant dun commencement de dysenterie a dû aller se faire soigner à lhôpital Ste Marthe à Bangalore.

    Le P. Huysman, malgré ses 70 ans, tient toujours le coup : profitant des vacances de lécole secondaire de Yercaud dont il est laumônier, il a fait le voyage de Madras et Bangalore pour revoir danciennes connaissances.

    De nos confrères qui sont en France nouvelles diverses. Le traitement radiothérapique suivi par le P. Laplace nayant amené aucune amélioration, une intervention chirurgicale simposerait pour la guérison.


    Le P. Bertail nous a communiqué ses impressions sur le Congrès Eucharistique de Dublin doù il a rapporté la vision ineffaçable de tout un peuple en adoration devant le T. S. S..

    Le P. R. Michotte donne des conférences avec projections sur lInde : il compte nous revenir en novembre prochain avec le P. Martin, en ce moment à Dormans.

    Létat des autres confrères est stationnaire, avec des alternatives passagères damélioration et daggravation donnant peu despoir en leur prochain retour parmi nous. Et cependant comme il nous tarde de les revoir ! Dieu les guérisse et nous les rende le plus tôt possible.


    Séminaire de Paris

    1er juillet.

    Les derniers Echos avaient annoncé le départ de Mgr le Supérieur pour Montbeton. Après avoir visité et encouragé nos malades, Son Excellence est allée à la Motte et de là, avec une auto mise gracieusement à sa disposition par M. Sallé, sest rendue à Rodez. Mgr le Supérieur a donné une conférence aux élèves du grand séminaire puis sest rendu à Villefranche du Rouergue où il a parlé aux élèves de lInstitution St Joseph et du petit séminaire de Graves, institutions florissantes et pépinières de vocations. Le 18 au matin, Monseigneur rentrait à Paris.

    Les examens de fin dannée se sont poursuivis jusquau 21 à Bièvres et au 22 à Paris. Le Séminaire de Bièvres présentait cette année 8 candidats aux examens dauditorat de Philosophie scolastique. Le P. Robert est allé assister aux séances présidées par le P. Peillaube, Doyen de la Faculté de Philosophie à lInstitut Catholique. Six ont été reçus, dont lun, M. Gentinne, magna cum laude.

    A Rome, M. Lobez a obtenu le grade de Docteur en théologie avec la mention Bien , M. Cussac celui de licencié avec la mention cum laude, MM. Mortagne et Perriot-Comte ont été reçus au Baccalauréat de Droit canonique avec la mention cum laude. Les résultats pour les autres aspirants de Rome ne sont pas encore connus.

    Le 19 juin, après les vêpres, la Communauté de Paris est allée assister à une cérémonie en lhonneur de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, à lOrphelinat dAuteuil.

    Le 23 après le dîner, à la Salle du Conseil, les membres de ladministration, les Directeurs des deux séminaires, les confrères présents à Paris et les Frères, offraient leurs vux de fête à Mgr le Supérieur. Le P. Robert se fit linterprète de tous pour dire la joie que nous avions de revoir au milieu de nous notre chef vénéré. Les deux communautés réunies avaient, elles, offert leurs vux avant le dîner et se rendaient le soir à Montmartre pour ladoration nocturne. Le lendemain, tous prenaient le chemin de Meudon où le déjeuner de fête eut lieu sous les charmilles par un temps idéal. M. le curé de Meudon sétait joint à nous pour fêter Mgr le Supérieur.

    Le soir, directeurs et aspirants entraient en retraite, à lissue de laquelle membres de ladministration, directeurs et confrères renouvelaient leur promesse devant le St Sacrement exposé. Le lendemain, en la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, Mgr le Supérieur conférait les saints ordres à 18 prêtres, 5 diacres, 15 sous-diacres, (dont un aspirant de Bièvres et un séminariste du diocèse de Paris), 9 exorcistes-acolytes, 2 ostiaires-lecteurs (de Bièvres), 7 tonsurés, dont 1 de Bièvres.

    Le soir du même jour, les 21 Partants de septembre recevaient leurs destinations. En voici la liste :

    Fukuoka M. Leoutre, Lanlong M. Pouvreau, Thanh-Hoa M. Groslambert,
    Osaka Dechaux, Canton Morel, Saigon Tricoire,
    Séoul Couard, Swatow Guesdon, Hué Douchet,
    Moukden Peckels, Pakhoi Cotto, Bangkok Meunier,
    Chengtu Josset, Nanning Billaud, Birmanie S. Cassan,
    Chungking Ghaye, Hanoi Caillou, Coïmbatore Audiau,
    Nîngyuanfu Laborie, Vinh Ronsin, Sikkim Queguiner.

    Ils iront faire leurs adieux à leurs familles du 14 juillet au 18 août, bénéficiant de quelques jours de supplément accordés par Mgr le Supérieur.

    Les autres aspirants auront deux mois de vacances, du 7 juin et au 7 septembre.

    Nous avons été heureux de donner lhospitalité à Son Eminence le Cardinal Hlond, primat de Pologne, et à deux évêques qui laccompagnaient à laller et à leur retour du Congrès de Dublin.

    De passage à Paris. Son Exc. Mgr Chaize, coadjuteur de Hanoi, est au milieu de nous depuis quelques jours ; MM. Devais, Cassaigne, Morge. De nombreux prêtres, parents ou curés des nouveaux prêtres ou sous-diacres ont aussi été nos hôtes pendant deux jours.

    Admissions. 11 à 15 : MM. Gallant, dArras ; Niemaz, de Tarentaise ; Le Gal, de Vannes ; Fabre, prêtre du diocèse de Rodez ; Bourgouin, dOrléans.

    15 juillet.

    Le dimanche 3 juillet était la fête patronale de la paroisse St Pierre de Cholet. Mgr le Supérieur, à la demande de M. le curé Allard, a été heureux de la présider, en témoignage de reconnaissance pour cette paroisse généreuse qui a fourni aux Missions-Étrangères de nombreux missionnaires et compte en ce moment parmi les siens 2 des 21 partants de cet automne et 2 aspirants de Bièvres. La messe solennelle a été dite par trois nouveaux prêtres célébrant à trois autels placés parallèlement dans le chur, les deux nouveaux missionnaires encadrant leur compatriote jeune prêtre récemment ordonné. Très grande affluence de fidèles. Après les vêpres, Mgr le Supérieur a rendu visite à chacune des 6 familles de nos partants, aspirants et missionnaires originaires de Cholet. Le soir il couchait à Beaupréau et y passait la journée du lendemain.

    Le dimanche suivant, à la fête annuelle de Dormans que favorisa un temps magnifique, Mgr de Guébriant et les PP. Robert et Gérard étaient présents. Le P. Gracy, dont la santé est très bonne, y était venu de Jouarre. La présence de 8 généraux et léloquence de Mgr Tissier donnèrent à la fête son éclat accoutumé, malgré le nombre un peu diminué des pèlerins.

    Mgr Chaize accompagné du P. Gros a dû assister le 13 courant à la distribution des prix au Collège de St Pol de Léon. Deux des élèves annamites se sont présentés au baccalauréat à Paris et viennent dapprendre quils sont admissibles.

    On établit en ce moment à Montbeton le chauffage central, ce qui sera un confort apprécié de nos chers malades. A Paris, on profite des vacances pour remettre à neuf les cellules des aspirants du cinquième étage de lancien bâtiment,

    Les aspirants ont quitté le Séminaire le 7 juillet pour un séjour de deux mois dans leurs familles. Les Partants eux sont partis le 13 juillet pour faire leurs adieux, et rentreront le 18 août pour leurs préparatifs de départ.

    Mgr le Supérieur a appelé aux ordres pour lordination du 24 septembre douze aspirants, dont six sont étudiants à Rome. Trois seront ordonnés prêtres, trois recevront les 4 ordres mineurs et six les ordres dostiaires et de lecteurs.

    Nous pouvons compléter maintenant les résultats des examens subis à Rome par nos étudiants. M. Dewonk a obtenu sa licence en théologie et subi cum laude son examen de théologie morale ; M. Harmandon sa licence en théologie avec mention bene; M. Anouilh son baccalauréat en théologie et en Droit canon. En outre, la plupart ont subi avec mentions des examens de grec biblique ou dhébreu.

    De passage à Paris les PP. Tesson, Vircondelet, Souhait, Léauté et Favre.

    Admissions. 16 à 22 : MM. Pratmarty et Cros de Rodez, Thuault et Duval de LavaI, Chaudeur de St Dié, Charlemagne de Paris et Deville de Carcassonne.
    1932/686-724
    686-724
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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