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Chronique des Missions et des Etablissements communs 9

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 8 août. La Mission de Tôkyô vient de subir une nouvelle perte dans la personne d’un de ses anciens missionnaires, le Père Steichen, qui s’est éteint le 26 juillet, à 9 heures du soir.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    8 août.

    La Mission de Tôkyô vient de subir une nouvelle perte dans la personne d’un de ses anciens missionnaires, le Père Steichen, qui s’est éteint le 26 juillet, à 9 heures du soir.

    Souffrant d’une entérite chronique depuis un mois et demi, il ne pouvait plus s’alimenter et il était devenu d’une faiblesse extrême. Ainsi que nous le disions dans le dernier Bulletin, on avait conservé quand même l’espoir que les soins qui lui étaient donnés pourraient le ramener à la santé, car sa constitution, d’après le diagnostic même du Dr Arai, médecin de la Cour Impériale, qui voulut bien le visiter à la dernière période, ne dénotait aucune autre maladie. Malgré les injections alimentaires qui lui furent faites, Dieu jugea bon d’appeler à la récompense ce bon et fidèle serviteur qui a travaillé dans la Mission pendant plus de quarante-deux ans, et a rempli, de la manière consciencieuse qu’il apportait en toutes choses, les tâches variées qui lui furent confiées.

    Arrivé le 18 janvier 1887 dans la Mission de Tôkyô, il occupa divers postes dans la capitale : au Séminaire de Tsukiji, à la paroisse d’Azabu, à celle de Tsukiji, à Shizuoka et à Yokohama (Wakabacho). Dans l’intervalle, de 1905 à 1907, à cause de sa connaissance des langues anglaise et allemande, il fut même chargé de quêter pour la Mission en Europe et en Amérique. Aumônier du Sacré-Cœur en 1909 et 1910, il prit, à la fin de 1911, la direction de la presse catholique de la Mission, direction qu’il a conservée jusqu’à sa mort.

    Il avait déjà publié divers ouvrages, en particulier la traduction des Evangiles, la Vie de N. S. J. C., en collaboration avec des savants japonais, et un livre d’érudition remarquable : les Daimyos Chrétiens, en français et en anglais. Le P. Steichen, dont les connaissances historiques étaient fort étendues, s’était spécialisé en effet dans l’étude des documents relatifs à l’histoire ancienne de l’Eglise Catholique au Japon ; les articles qu’il publiait à ce sujet dans la Revue Catholique contribuaient spécialement à son intérêt. Avec la direction de la Revue, le P. Steichen mena de front la direction du Séminaire de Tsukiji, puis du poste de Tsukiji ; après le tremblement de terre de 1923, réfugié à Sekiguchi, la charge d’aumônier des Dames de St-Maur de Tôkyô, et enfin, depuis octobre 1928, la direction de la nouvelle paroisse de Hongo, en collaboration avec un jeune prêtre nouvellement ordonné, le P. Ideguchi. Par ailleurs il fut souvent demandé pour prêcher des retraites aux diverses communautés de religieuses. Depuis de longues années, il siégeait au Conseil de la Mission, où ses avis éclairés et prudents étaient appréciés.

    Doué d’une mémoire excellente et d’un esprit original, produisant volontiers ses idées sous une forme hyperbolique et parfois paradoxale, il ne contribuait pas peu à donner aux réunions des confrères de la vie et de la gaîté. Il a voulu, avant de mourir, demander pardon aux confrères qu’il aurait pu blesser par quelques excès de langage. Mais pour qui connaissait le P. Michel Steichen, on pouvait mettre ces excès mêmes, s’il y en eut à de rares intervalles, sur le compte d’une sensibilité très vive à ce qui lui paraissait déroger à la droite raison ou à l’expérience ou simplement aux bonnes façons de faire.

    La messe a eu lieu à la Cathédrale de Sekiguchi, le lundi 29 juillet, à 9 heures du matin. S. G. Mgr Chambon a lui-même officié, en présence de S. E. Mgr le Délégué, de S. G. Mgr Rey, de tous les missionnaires et prêtres Japonais de la Mission, sauf deux missionnaires empêchés, et d’une nombreuse assistance des Communautés religieuses du diocèse et des chrétiens venus des diverses paroisses. Le P. Birraux représentait la mission d’Osaka ; le P. Hervé celle de Hakodaté. Le corps du P. Steichen a été transporté au cimetière d’Aoyama, où il repose auprès de Nosseigneurs Ozouf et Bonne, et des Confrères qui y sont inhumés.

    Le Dr. Le Bec, chirurgien des Hôpitaux de Paris, ancien Président du Bureau des Constatations de la Grotte de Lourdes, venu en juin dernier pour revoir sa fille, religieuse chez les Dames du Sacré-Cœur à Tôkyô, est reparti pour France le 15 juillet. L’Association de la Jeunesse Catholique a profité de sa présence pour lui demander, sur les preuves médicales du miracle, une conférence qui a eu lieu dans une salle de l’Association. Le 10 juillet, un banquet, auquel était invité Mgr l’Archevêque, fut donné en son honneur par l’amiral Yamamoto ; quelques jours auparavant, le Père Totsuka, lui-même docteur en médecine, l’avait invité à un banquet, où se trouvaient réunis plusieurs docteurs catholiques de la capitale.

    S. E. Mgr le Délégué a été, du 19 au 28 juillet, l’hôte de Mgr l’Archevêque à la maison de campagne que la Mission possède sur le plateau dominant les montagnes de Nikko, aux bords du lac de Chuzenji, et qui lui fut offerte, du temps de Mgr Rey, par les Européens des ambassades, désireux d’avoir une messe le dimanche pendant leur villégiature d’été.

    Le samedi 27 juillet, à 7 heures 58 du matin, la région de Tôkyô et de Yokohama a été secouée par un fort tremblement de terre. Il s’en est suivi une interruption de plusieurs heures sur les lignes de chemins de fer. Les seuls dégâts éprouvés par la Mission ont eu lieu au Sanatorium de Ste Thérèse, à Schirigahama, près de Kamakura, voisin du centre d’ébranlement. Une crevasse de 20 centimètres a coupé en deux le parquet de la cuisine ; les murs sont tombés en plusieurs endroits. Le montant des dégâts s’élève à un millier de yen.


    Fukuoka

    La Mission vient de recevoir son premier nouveau : le P. Doller. Annoncé, attendu depuis avril, il débarquait à Nagasaki vers la fin de mai, après un heureux voyage et sachant déjà au moins un mot de japonais : akahige, barbe rouge. C’est le P. Gracy qui le lui avait appris. Ce cher Père, en effet, que la fatigue avait éloigné de nous pendant près de trois ans, servait de mentor au P. Doller depuis Hongkong, rentrant dans le diocèse de Fukuoka qui était né pendant son absence.

    Le 3 juin ils arrivaient à Fukuoka. Dès le lendemain, une petite fête de famille réunissait à l’évêché une dizaine de missionnaires, tout heureux de voir un jeune confrère à lunettes, barbu, parlant déjà deux langues européennes, et s’apprêtant à en affronter une troisième, et de rencontrer en même temps un bon et dévoué serviteur qui revenait prendre sa place dans le champ du Père de famille.

    Retardé à Shanghai, le P. Veillon nous revenait quelques jours plus tard, augmentant encore la joie de la famille.

    Le 9 juin Mgr était à Nakatsu, dans la Mission des Pères Salésiens, afin de fêter “en famille” la béatification de Don Bosco et pour y donner à cette occasion la Confirmation. Journée bien remplie, où l’utile s’allie à l’agréable, la piété à la gaieté, avec une aisance et une simplicité charmantes. Sur les 150 enfants ou grandes personnes qui ont passé cette journée à la Mission une vingtaine au plus sont catholiques.

    Un tremblement de terre a eu lieu le 8 août dans le département de Fukuoka. Les secousses se sont produites le soir de 10 heures 29 à 10 heures 33. Ces quatre minutes durent bien paraître un peu longues aux pauvres gens qui, pris de panique, se précipitèrent en criant hors de leurs maisons. Toutefois, malgré l’ampleur et la durée des oscillations de ce jishin, tout le monde en fut quitte pour la peur. Il faut, nous dit-on, remonter jusqu’à l’année 1898 pour trouver un tremblement de terre de cette importance dans les annales du département de Fukuoka.


    Taikou
    7 août.

    Une des dernières lettres qui nous soient parvenues avant l’interruption du Transsibérien était une lettre de Mgr Demange. Sa Grandeur va aussi bien que possible, la demi-saison à Bains-les-Bains ayant donné d’excellents résultats. Il n’y a plus qu’à maintenir, dit Monseigneur.

    Dans toute la Mission le mois de juillet a été un mois particulièrement pénible : on y a atteint des températures extraordinaires ; et, avec cela une sécheresse absolue compromet très grandement la récolte qui s’annonçait pourtant pleine de promesses.

    Les vacances du Séminaire ont permis au Père Julien d’entreprendre une tournée au Japon, près des chrétiens coréens partis là-bas gagner leur vie, et depuis de longues années, privés des secours de la religion. L’autorité ecclésiastique de Oïta et de Tôkyô ayant demandé la visite d’un Père connaissant le Coréen, le Père Julien, pendant près d’un mois, a pu rencontrer une centaine de chrétiens, et organiser en certains points de petites chrétientés. Il est certain que cette visite, surtout visite d’étude et d’essai, demande à être renouvelée, et, après une préparation sérieuse, les visites suivantes semblent appelées à donner de sérieux résultats. On dit bien que le Japon voudrait arrêter l’exode des Coréens au Japon, mais on le dit depuis si longtemps ! et le nombre des chrétiens là-bas est déjà très élevé.


    Moukden
    août.

    Un télégramme provenant de la Délégation Apostolique nous annonce l’érection de la Préfecture Apostolique de Szepingkai. Il s’agit, à n’en pas douter, de la partie de la Mandchourie confiée à la Société des Missions-Étrangères de Montréal : mais la concision même du télégramme et l’absence de tout autre renseignement provenant de source officielle ne nous permettent pas encore de donner sur ce point des détails nombreux et précis.

    Les difficultés survenues entre la Chine et la Russie au sujet du chemin de fer de l’Est-Chinois et les menaces de guerre entre les deux pays n’ont pas altéré le moins du monde le calme de la population. A la campagne, le paysan se préoccupe bien davantage de ses récoltes, que les pluies trop abondantes et la crue des rivières menacent de détruire. La ville, de son coté, travaille à s’embellir et y réussit en partie : chaque année, à la belle saison, des rues entières se transforment en chantiers, les vieilles bâtisses chinoises une à une font place à des maisons à l’européenne, à plusieurs étages, bien alignées, suffisamment espacées, et dont l’ensemble finira par faire de Moukden une ville moderne.

    L’arrêt momentané du service transsibérien a eu pour heureux effet de nous procurer la visite du P. Dassier, de Kirin, et du P. Coste, de Hanoi. Tous deux, rentrant de France par la Sibérie, se trouvèrent arrêtés à la frontière russo-chinoise. Ils durent, pour ne pas être obligés de rebrousser chemin, continuer leur voyage jusqu’à Vladivostok, et de là prendre un bateau pour Dalny. C’est ainsi qu’un beau matin nous vîmes arriver deux gentlemen qui, à première vue, n’avaient rien d’ecclésiastique, mais qui n’en étaient pas moins deux charmants et intéressants confrères.


    Kirin
    13 août.

    Depuis longtemps déjà, Mgr Gaspais avait l’intention de faire rédiger le Directoire de la Mission. Mais le Concile de Shanghai ayant eu lieu sur ces entrefaites, il était normal d’attendre que les Actes de ce Concile fussent publiés. Les Décrets en sont entrés en vigueur au mois de juin de cette année. Monseigneur décida, conformément aux dispositions de ce même Concile, de réunir au plutôt le Synode de la Mission, afin de mettre les règlements et usages particuliers du Vicariat en harmonie avec les prescriptions du Concile. Une Commission préparatoire, faisant fonction de Commission synodale, s’est donc réunie. Outre l’Evêque et le Provicaire, elle comprenait deux prêtres européens et deux prêtres chinois ; elle travailla à l’élaboration du projet de Directoire pour la Mission.

    Ce travail achevé, Sa Grandeur convoqua à Kirin, pour assister au Synode, non pas tous les prêtres de la Mission, ce qui eût été impossible, mais, outre le clergé de la ville épiscopale, cinq représentants des missionnaires et cinq représentants du clergé indigène.

    L’ouverture du Synode eut lieu dans la Cathédrale, avec tout le cérémonial prescrit en pareil cas. Les séances de travail se poursuivirent sans relâche pendant plusieurs jours pour examiner, discuter chacun des articles du Directoire et en arrêter le texte définitif. Un office pontifical clôtura ce premier Synode de la Mission de Kirin.

    Les difficultés sino-russes au sujet du chemin de fer de l’Est-Chinois ont eu pour conséquence de fermer inopinément la frontière aux voyageurs du Transsibérien. Le P. Dassier, rentrant de France, et le P. Coste, son compagnon de voyage, se sont donc vu imposer d’office l’agrément d’un supplément de voyage de plusieurs jours. Après avoir emprunté le chemin de fer de l’Amour et passé à Kabarowsk, ils sont arrivés à Vladivostok où ils ont pris le bateau pour Dairen.

    Le P. Gondolfi, Supérieur des Missions-Étrangères de Bethléem, comptait repartir pour la Suisse Via Siberia, il a dû se résigner lui aussi à prendre la voie de mer.

    Espérons que les choses s’arrangeront à l’amiable et que le fléau d’une guerre sino-russe sera épargné à notre Mandchourie.


    Chengtu.
    19 juillet.

    La nouvelle Mission de Shunking. — Par un télégramme daté du 11 juillet, Son Excellence le Délégué Apostolique vient de notifier à Mgr Rouchouse, Vicaire Apostolique de Chengtu, l’érection de la nouvelle Mission de Shunking (caractères chinois) .

    Vicariatus qui abunde vivit, scinditur et novis dat ortum Missionibus. De notre cœur s’élève une pensée pleine de gratitude et de vénération à la mémoire bénie des vaillants Missionnaires, nos prédécesseurs, qui ont préparé par leurs travaux et leurs souffrances, quelques-uns même usque ad effusionem sanguinis, le terrain sur lequel, dans la plénitude de sa Sagesse, N. T. S. Père le Pape vient d’ériger une Mission confiée au Clergé Indigène. Laudemus viros gloriosos et parentes nostros in generatione sua.

    Nous ne doutons pas que le Clergé Chinois par sa vertu, sa science, son dévouement à la Ste Eglise, sa reconnaissance aux Missionnaires et aux bienfaiteurs des Missions, ne se montre digne de la confiance dont le Vicaire du Christ l’a honoré.

    Le nouveau Vicariat devait d’abord comprendre toute la partie septentrionale de la Province (caractères chinois), en tout 25 sous-préfectures ; mais, à la demande de Rome, la Mission de Chengtu a gardé pour elle toute la, partie montagneuse de l’ancien Pao lin fou (caractères chinois) . La nouvelle Mission se compose donc de tout le (caractères chinois), f Chouen k’in fou et de la plus grande partie du (caractères chinois) T’ong tchouan fou, au total 13 sous-préfectures, avec environ 20.000 chrétiens. C’est à quelques kilomètres de Shunking (caractères chinois) que se trouve le Monastère Bénédictin fondé par l’Abbaye de St André de Bruges.

    La Mission de Chengtu. — A la nouvelle qu’un Vicariat, confié au clergé indigène, était érigé dans notre Mission, j’ai voulu relire les débuts de l’évangélisation de la province du Szechwan. Ces notes portent sur une période qui va de 1640 à 1756 ; elles intéresseront les lecteurs du Bulletin.

    En repassant cette histoire de nos premiers Missionnaires, je leur appliquais tout naturellement cette parole des Actes des Apôtres sur les Juifs qui se trouvaient à Jérusalem au moment de la Pentecôte : Vin religiosi ex omni natione quœ sub cœlo est.

    Parmi les premiers apôtres du Szechwan nous trouvons en effet des hommes appartenant aux nations et aux sociétés les plus variées :

    Pères Jésuites : Buglio (Sicile), Maghalens (Portugal), Fridelli (Germanie). Bonjour (France).

    Pères des Missions-Étrangères de Paris : Basset, de la Baluère, de Martiliat.

    Pères Lazaristes : Appiani (Piémont), Mullener (Brème, Allemagne). Le P. Maggi, Dominicain italien ; les prêtres séculiers, italiens également : MM. Lamagna et Scofoni.

    Prêtres Indigènes : Les Pères Paulus Sou et Linus Tchang de Canton, le P. J. B. Kou de Pékin, le P. Andreas Li du Chen si.

    Tous n’ont qu’un but : faire des chrétiens, c’est-à-dire “mettre l’Evangile dans la vie indigène et laisser à celle-ci tout ce qui n’est pas opposé à la loi chrétienne”. Et de suite, parmi les nouveaux baptisés, ils choisissent les meilleurs jeunes gens pour les préparer au Sacerdoce.

    Pour ce qui regarde spécialement le nouveau Vicariat de Shunking, voici les seuls renseignements que j’ai pu trouver.

    Le (caractères chinois), d’après la convention signée à Chungking, le 30 mars 1702, par les PP. Basset et Appiani, fut attribué aux missionnaires de la Propagande. Ces missionnaires se trouvaient alors représentés par les PP. Appiani et Mullener, dont le centre d’activité se trouvait à Chungking. Par suite du manque de missionnaires, l’évangélisation n’y fit pas beaucoup de progrès. D’après une liste des stations chrétiennes qui fut dressée par Mgr de Martiliat en 1744, Shunking et les huit sous-préfectures qui en dépendent n’auraient eu que de deux à trois cents chrétiens.

    A partir de 1753, en vertu du Décret de la Propagande du 8 janvier, cette région fut administrée par la Société des Missions-Étrangères de Paris.

    Le (caractères chinois) avait d’abord été attribué à la même Société et il avait été évangélisé par les membres de cette Société jusqu’en 1744. A cette époque, Mgr Maggi en confia le soin aux Missionnaires Italiens de la Propagande ; les derniers d’entre eux, les PP. Lamagna et Scofoni, furent chassés par la persécution de 1746. Ce territoire de (caractères chinois) fut, par le Décret de 1753, rendu définitivement aux Missions-Étrangères de Paris. Le P. Basset de la même Société, y baptisa les premiers chrétiens de Anyo (caractères chinois) en 1707, et, quand Mgr de Martiliat vint faire la première visite de cette sous-préfecture, en 1744, il y trouva environ 700 chrétiens. La tradition s’est conservée que la famille Sié, également de Anyo, aurait été convertie par les PP. Fridelli et Bonjour S. J. qui, dans les années 1700-1717, parcouraient la province pour en relever la carte.

    Mgr de Martiliat dut quitter la Chine en 1746 par suite de sa mauvaise santé. En cette même année s’éleva une violente persécution, au cours de laquelle furent expulsés trois missionnaires qui travaillaient encore au Szechwan. Dans cette province, il ne resta plus que trois, puis plus que deux prêtres indigènes.

    Dès que les communications purent être rétablies entre la province du Szechwan et la procure de Macao, le Séminaire de Paris s’empressa de faire parvenir tous les secours possibles à ces dignes prêtres qui cherchaient par des efforts héroïques à soutenir le zèle défaillant des nouveaux convertis, et la Société traita toujours ces prêtres indigènes comme ses propres membres. Cette situation dura 10 ans, c’est-à-dire jusqu’en 1756, époque où arriva au Szechwan Mgr Pottier, qu’on a à bon droit appelé le Fondateur des Missions du Szechwan. Puis, voici venir les Dufresse, dont le martyre parle assez haut ; les Gleyo, qui passe huit ans dans les infectes prisons chinoises ; les Delpon et les Devaut, morts dans les prisons de Pékin. Tous ont travaillé dans les districts de la nouvelle Mission.

    Sanguis martyrum semen christianorum.


    Chungking

    Trois nouvelles Missions Indigènes au Szechwan.
    _____

    Un télégramme de la Cité du Vatican nous apportait le 11 juillet l’heureuse nouvelle de l’érection de 3 nouvelles missions indigènes dans la province du Szechwan.

    Vicariat Apostolique de Shunking (Mission de Chengtu M.-E.)
    13 Sous-préfectures. 18.395 chrétiens. 10 prêtres indigènes.
    Vicariat Apostolique de Wanshien (Mission de Chungking M.-E.)
    10 Sous-préfectures. 22.960 chrétiens. 23 prêtres indigènes.
    Préfecture Apostolique de Yachow (Mission de Suifu. M.-E.)
    10 Sous-préfectures 7.182 chrétiens. 13 prêtres indigènes.

    Le Szechwan est divisé en 5 vicariats apostoliques confiés à la Société des Missions-Étrangères de Paris :

    Vic. Apost. Fondé en. Evêques, Miss. Prêtres indig. Sém. Chrétiens
    Chengtu 1696 1 27 66 170 57.759
    Chungking 1856 1 33 74 175 63.052 Suifu 1860 2 27 39 101 42.653 Tatsienlu 1849 2 18 4 14 5.119 Ningyuan 1910 2 9 7 38 9.180

    La province du Szechwan fut confiée en 1696 à la Société des Missions-Étrangères de Paris ; elle eut pour premier Vicaire Apostolique Mgr de Lionne, fils de Hugues de Lionne, Ministre des Affaires-Étrangères.

    Pénétrés des instructions de Rome qui avait instamment recommandé la formation d’un clergé indigène, les missionnaires s’occupèrent, dès le début, d’établir des séminaires. Deux missionnaires, MM. Basset et de la Baluère, fidèles au Règlement de la Société des Missions-Étrangères : Art 1er (Dans les lieux où il y a déjà des chrétiens, former et élever à la cléricature les sujets qu’on en trouvera capables.), en 1704 réunissent des jeunes chrétiens et les préparent au sacerdoce. En 1711, après la persécution qui dispersa les Missionnaires, Mgr Mullener C. M. rentre au Szechwan et poursuit avec un zèle tout apostolique la formation du clergé indigène.

    En 1743, Mgr de Martiliat M.-E., et après lui ses successeurs jusqu’à ce jour, ont continué, malgré les difficultés sans nombre et souvent malgré la persécution, à former un clergé indigène afin d’en arriver au jour où l’on puisse mettre en pratique l’Art. 2 du Règlement de la Société : (Lorsqu’ils verront le clergé formé de manière à se perpétuer lui-même, et les nouvelles Eglises assez solidement établies pour pouvoir se conduire elles-mêmes et se passer de leur présence et de leurs soins, ils consentiront avec joie. si la S. C. le juge à propos, à céder tous leurs établissements et à se retirer pour aller travailler ailleurs).

    Parmi les nombreux martyrs du Szechwan, 4 prêtres indigènes ont été déclarés Bienheureux. De 1746 à 1756, deux ou trois prêtres chinois administrèrent seuls la mission du Szechwan, et en 1764 on pensa à M. André Ly pour être élevé à l’épiscopat..

    L’Eglise donc aujourd’hui en érigeant des Vicariats Apostoliques indigènes n’innove rien. Elle exécute ce qui de longue date a été préparé, et l’érection de ces missions indigènes doit réjouir tous ceux qui sont animés de l’esprit catholique, cette mesure n’étonnera que ceux qui ignorent tout des missions catholiques. Les missionnaires du Szechwan attendaient depuis plus d’un an l’érection de ces trois missions indigènes. Cette érection sera comme la récompense de leurs travaux et de leur persévérance, le couronnement d’une œuvre difficile et souvent ingrate. La décision de Rome les encouragera à préparer encore d’autres missions indigènes, car l’Eglise continuera sa politique missionnaire, elle poursuivra son but clairement exprimé dans l’Encyclique Rerum Ecclesiœ. A quoi tendent les missions ? si ce n’est à établir de façon stable et régulière l’Eglise du Christ dans ces contrées immenses ? Et en quoi consistera-t-elle aujourd’hui chez les payens, si ce n’est dans tous les éléments qui la constituèrent autrefois chez nous ? Le clergé et le peuple propres à chaque région, les religieux de l’un et l’autre sexe.

    Sur 93 missions il y en a 12 de confiées au clergé indigène.

    G. DE JONGHE M-E.


    Jubilé Sacerdotal
    1904 - 1929.
    ____

    Ainsi que l’a annoncé dernièrement le Bulletin, c’est le 26 juin que furent célébrées à Ma pao tchang les noces d’argent sacerdotales du Père Gibergues. Disons tout de suite qu’elles le furent avec toute la solennité qui convenait à pareille occasion, et personne ne sera surpris d’apprendre que Ma pao tchang fit dignement les choses.

    L’éclat de la solennité était rehaussé par la présence de Mgr Jantzen. Sa Grandeur avait voulu venir Elle-même s’associer à cette fête qui coïncidait avec la clôture du premier semestre de la nouvelle école normale de garçons. Et nous savons combien les chrétiens de Ma pao tchang furent touchés de cette démarche si délicate, et combien ils savent gré à Sa Grandeur d’être venue donner à leur curé et à leur district ce témoignage non équivoque d’attachement et de paternelle affection.

    Des districts voisins tous les confrères, ou presque, tant européens que chinois, étaient également venus offrir leurs vœux au Jubilaire . Ils étaient venus de Ho tcheou, de Tong liang, Ho pao tchang, Iun tchang, Kiang tsin, Iun tchouan, Yun kia che, Tong kouang y.

    Quant aux chrétiens, qui eût pu les compter ? Malgré la pluie qui ne cessa guère de tomber toute la journée du 25, ils accouraient de tous les points du district et des districts environnants, ceux particulièrement où le P. Gibergues avait jadis exercé son ministère, et d’où son souvenir n’avait pu être effacé après son départ.

    Le jour de la fête, le soleil daigna nous envoyer quelques rayons que des nuages eurent le bon esprit de tamiser un peu.

    A la messe d’actions de grâces, célébrée par le Jubilaire, Monseigneur assistait, entouré de 14 prêtres revêtus du surplis. La grande église se trouvait trop étroite pour contenir la multitude des fidèles. Le P. Tsin, curé de Kiang tsin, du haut de la chaire, rappela aux chrétiens les bienfaits et les grâces que leur ont valus ces 25 années de vie sacerdotale. Il eut quelques paroles délicates et pleines de cœur pour engager tous ces chrétiens à prier davantage encore pour celui qui ne leur avait toujours voulu et fait que du bien, et pour dire au Jubilaire quels exemples nous puisons tous dans ces 25 ans consacrés au bien des âmes, dans cette vie de zèle et de charité.

    Puis ce fut toute une foule qui s’approcha de la Sainte Table, et qui vint demander au Dieu Eucharistie d’exaucer les prières que tous faisaient à l’intention de leur pasteur.

    La messe finie, commença le défilé de toutes les délégations apportant leurs vœux et leurs présents : les écoles d’abord, qui à elles seules formaient un long cortège, les autorités du pays, les chrétiens…. Défilé interminable et quelque peu bruyant. Les réceptions avaient commencé au K’ee tin….. Mal en prit au curé de vouloir faire admettre tout ce monde dans une pièce vingt fois trop étroite ; lorsqu’une poutre soutenant le parquet, n’y tenant plus, eut craqué sous le poids devenu trop écrasant, force fut bien de continuer la réception dehors.

    Je ne dirai rien des milliers de pétards qui furent tirés en ce jour…. dans toute fête chinoise il en faut ; mais tout de même… il y en avait beaucoup. Ajoutez à cela les clairons, les fifres, les tambours..., et l’orchestre du pays.... et vous conviendrez que c’était beaucoup pour des oreilles habituées au calme. Quant aux yeux, ils eurent leur part aussi, avec les guirlandes, les fleurs, les arcs de triomphe, les décorations de toutes sortes.... surtout les superbes travaux que des mains de fées avaient brodés pour cette occasion..

    En somme, excellente journée. L’impression qui s’en dégageait était celle de la mutuelle affection, l’affection du pasteur pour ses brebis, l’affection de celles-ci pour leur pasteur. Les chrétiens savent que celui qu’ils fêtaient n’a vécu que pour eux pendant ces 25 ans, et leur a donné son temps, son cœur, pas mal de sa santé même. Ils ont palpé du doigt son zèle, son dévouement. Ils savent le développement qu’ont pris, sous son impulsion, la vie paroissiale, et les œuvres de toutes sortes qui ont fait de l’Eglise et de la résidence le centre rayonnant de tout le district. Ils savent que chez leur tsou tsou, ils sont vraiment chez eux, et qu’ils trouvent toujours près de lui le réconfort et les conseils opportuns.

    Ils ont voulu à leur tour lui dire leur attachement, leur amour, et, à leur manière, ils le lui ont dit magnifiquement.

    Et ils s’en sont retournés avec le ferme espoir que tous ces sentiments, ils pourront les lui exprimer encore à Ma pao tchang, dans 25 ans, à l’occasion de ses noces d’or. Ad multos annos !
    UN TÉMOIN

    19 juillet.

    Chronique. — Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique nous communique la décision du Souverain Pontife qui vient d’ériger Ouan hien en Vicariat Apostolique.

    — Vendredi 12, malgré un soleil implacable, une nombreuse affluence se pressait à I’Ecole Ste Thérèse pour la distribution des prix. D’année en année la réputation de l’école va en augmentant avec le nombre des élèves et ses succès.

    Cette année, l’école comptait aux examens officiels 33 lauréates : 4 au tchong hio, 16 au kao ten, et 13 au tson ten.

    La proclamation des prix suivit une séance des mieux réussies, et fréquemment applaudie. Deux pièces se divisaient le programme : une tragédie avec comme sujet : Une Vierge martyre sous les boxeurs, et une comédie : La difficulté de trouver de bons domestiques ; elles furent interprétées l’une et l’autre avec plein succès, avec un naturel, et un sang-froid, que tous se plurent à reconnaître.

    Carmel. — Un deuil bien cruel vient de frapper le Carmel de Chungking. Mère Thérèse de l’Enfant Jésus a quitté cette terre pour un monde meilleur.

    Arrivée depuis quelques mois seulement en Chine, Mère Thérèse s’était tout de suite fait remarquer par son esprit de recueillement et sa vertu d’obéissance ; aussi aux dernières élections fut-elle choisie par toutes ses sœurs pour remplir au couvent la charge de sous-prieure.

    Samedi 13, elle vaquait encore aux devoirs de sa charge, se sentant bien un peu fatiguée ; mais, c’est, disait-elle, travail d’acclimatation, et chaleur exceptionnelle et persistante. Après le repas du soir, Mère Sous-Prieure se retira dans sa cellule, se sentant un peu plus abattue, sans que rien toutefois ne pût faire prévoir sa dernière heure si proche.

    Lorsque sonna l’heure des matines, les religieuses, avant de se rendre au chœur, voulurent prendre de ses nouvelles. La Sœur n’avait déjà plus sa connaissance. Aussitôt appelé, le P. Aumônier lui administra les derniers sacrements, et bientôt après, tout simplement, comme elle avait vécu, l’âme de Mère Thérèse prenait son vol vers le ciel.

    Notre Sœur quitte cette terre à la fleur de son âge. C’était là l’un de ses plus profonds désirs. Ayant donné sa vie pour la conversion de la Chine, elle avait toujours souhaité que cette vie lui fût ravie de bonne heure, pour avoir une fleur plus fraîche à offrir à son Céleste Epoux. La Providence a comblé ce vœu, Mère Thérèse est allée jouir de la gloire du Paradis avant sa trentième année.

    Au service funèbre qui eut lieu le 16, Sa Grandeur Mgr Jantzen, entouré du clergé de Chungking et de celui de Tsen kia gai, célébra le St Sacrifice et donna l’absoute, puis accompagna la dépouille funèbre dans le petit cimetière du couvent, où Mère Thérèse va reposer aux côtés de Sœur Angèle, en attendant le grand jour du Jugement. Requiescat in Pace.


    Suifu
    1er août.

    Le 14 juillet, Mgr Fayolle recevait de la Délégation Apostolique le télégramme suivant :

    “Peping, 11/7. Yachow érigé en Préfecture Apostolique. Congratulations : Vœux . Costantini” .

    Malgré l’effervescence communiste et antichrétienne, qui sévit dans une grande partie du département de Yun hien, et qui amena la fermeture de plusieurs catéchuménats quelques semaines seulement après leur ouverture, le P. Dubois a eu la joie d’y baptiser 120 adultes. C’est un beau succès.

    Du compte-rendu de l’année 1928, nous extrayons les quelques chiffres suivants :
    Population catholique. 43.127
    Confessions annuelles 25.073
    Communions annuelles 20.133
    Baptêmes d’adultes non in articulo mortis 954
    ,, ,, in articulo mortis 509
    ,, d’enfants de payens in articulo mortis 7.009
    Ecoles de garçons : 56, nombre des élèves. 1.663
    ,, de filles : 42, élèves. 1.375
    ,, mixtes : 89 ; garçons 697 ; filles 761 ; total. 1.658


    Ningyuanfu
    25 juin.

    Le 30 mai nous avons admiré un halo de toute beauté. Le soleil était entouré d’une auréole jaunâtre, environnée elle-même d’un cercle couleur verte. Sept autres cercles, allant du jaune pâle au jaune foncé, s’entrecroisaient autour du soleil et remplissaient toute la voûte céleste. Ce phénomène admirable dura de 7 heures à 10 heures du matin. Les païens l’ont interprété comme un présage fâcheux pour la caste militaire et comme étant l’annonce du retour prochain d’un empereur. Les chrétiens ont essayé de lui trouver une signification mystique, concordant avec la fête du jour, celle du Saint-Sacrement.

    Le nouveau trésorier-payeur, (première place au civil pour cette contrée), est un nouveau chrétien de Chungking, baptisé en 1928. Dès son arrivée, sa première démarché a été pour venir remplir ses devoirs religieux, ce qui a produit sur les fidèles la meilleure impression.

    Le colonel Ten siou tin, à la tête de 4000 hommes environ, est parti combattre les Lolos, direction Mienlin-Chapa et Mienlin-Eulséin. Son but est d’ouvrir ces deux routes. Sans cela c’est la faillite du commerce à Ningyuanfu, le seul recours des commerçants étant d’échanger les produits du Thibet contre ceux du Yunnan.

    Les Religieuses qui descendaient à Houilitchéou ont, été arrêtées pendant deux jours à Siao kao k’iao, de fortes pluies ayant coupé tous les ponts. Elles ont pu arriver à destination sans autre incident.


    Tatsienlu
    30 juin.

    Le 26 juin 1904, dans la chère chapelle de la rue du Bac, Mgr de Zeugma recevait le Sacerdoce. Séminaristes, élèves et chrétiens de Tatsienlu n’ont pas laissé passer le 25ème anniversaire sans venir présenter à Mgr le Coadjuteur leurs respectueuses et joyeuses félicitations. Selon le mot d’un catéchiste : “Attendons maintenant vingt-deux années pour les noces d’argent épiscopales”.

    Bientôt, avec l’aide de St Joseph, notre Mission aura sa léproserie. Depuis plusieurs mois il en était question, mais il fallait vaincre certaines difficultés, et, dans ces conditions, la prudence réclamait un minimum de discrétion. Monseigneur avait d’abord songé installer cette œuvre sur les terrains que possède la Mission au-delà de la Porte-Sud de Tatsienlu, mais, étant donné l’altitude du lieu, — 2.700 ou 2.800 mètres — on dut y renoncer. Sa Grandeur opta alors pour Mosimien : c’est à environ huit lis au-dessus du marché que, sous peu, commenceront les travaux. Mosi relève du sous-préfet de Loutinkiao. Le curé de l’endroit, le P. Valour invita ce mandarin à sa table et obtint de lui, (entre la poire et le fromage), l’autorisation qu’il souhaitait. Les autorités municipales ont emboîté le pas, et le peuple, ayant appris qu’à la léproserie seront joints et un dispensaire et un petit hôpital, se montre bien disposé en faveur de cette œuvre .

    Notre école primaire-primaire supérieure connut, comme toute œuvre nouvelle, des débuts assez pénibles. Maintenant elle commence à marcher toute seule. Approuvée par le Directeur de l’enseignement et par le sous-préfet, elle fut gratifiée par ce dernier d’un édit de protection. Dernièrement, un inspecteur, venu de la capitale, visita l’établissement et se déclara satisfait de sa tenue.

    Voici quelques nouvelles des pays thibétains : Le 7 mai, le P. Ly reçut une visite des indésirables de la bande Kieundzen Jineba. Ces Messieurs, sous prétexte de commerce, fouillèrent la chambre du Père et l’un d’eux découvrit sur une étagère une fiole d’arag que le propriétaire l’invita à vider. Le geste n’eut pas l’heur de plaire au citoyen-lama, qui hurla son désespoir d’avoir été tenté de rompre son vœu de tempérance perpétuelle (?). Il se retira, emportant un réveil-matin, tandis que ses acolytes obligeaient le Père à lui verser 100 roupies en échange des mérites perdus. Le lendemain deux des larrons viennent faire un nouvel assaut à la bourse du Père en rapportant le réveil brisé ; ils veulent obliger le donateur à le payer ou à le réparer.

    De la fameuse colonne volante qui devait protéger les convois de Yentsing à Batang, il n’est plus question. Voici donc forcément remise à une date sine die la visite au pusillus grex de Batang.

    Mme Néel, la dernière exploratrice au Thibet, écrit que le Sud de ce pays, Lhassa y compris, est sous la coupe des Britanniques ; quant au Thibet oriental, il est pour la Chine, si toutefois celle-ci peut le contrôler.


    Yunnanfu
    20 juillet.

    Yunnanfu attaqué par les généraux dissidents

    I. — Les opérations militaires.

    Le Gouvernement Central de Nanking avait donné à Long Yun, gouverneur du Yunnan, l’ordre d’attaquer Tchéou si tchen, gouverneur du Kweichow et considéré comme insoumis aux idées de Nanking. On s’engageait à faire demeurer au Szechwan un dissident, adversaire de Long Yun, le général Fou tse kia. Rassuré de ce côté-là, le gouverneur du Yunnan entreprit l’expédition du Kweichow et dirigea sur cette province la plus grande partie de ses troupes. On était alors au mois d’avril. L’occasion était bonne pour les adversaires de Long Yun, les généraux dissidents Fou tse kia, Tchang joui, Mong ieou ouen ; ils ne la manquèrent pas. Ils envahissent le Yunnan, s’emparent de Tchaotung, ville située au nord-est de cette province. La ville est reprise peu après par les généraux Kao et Tchang tchong, lieutenants de Long Yun. Mais les coalisés ne veulent pas lâcher cette position, avec huit ou dix mille hommes, ils se présentent de nouveau devant Tchaotung. Pendant huit jours ils en poursuivent le siège, juin ; ils bombardent la malheureuse ville dans laquelle s’entassent les morts et les blessés. Puis subitement, les trois généraux confédérés lèvent le siège de Tchaotung, 6 juillet, à marches forcées ils vont attaquer Yunnanfu, la capitale de la province, sachant que cette ville était dégarnie de ses défenseurs.

    A cette nouvelle, toutes les troupes yunnanaises sont aussitôt rappelées du Kweichow ; Long Yun lui-même, Tchou siao long et autres généraux rentrent au Yunnan en toute hâte à la tête de leurs armées. A Yanling, ville située à une centaine de lis au nord-est de Yunnanfu, ils atteignent les trois généraux confédérés, qui de leur côté accouraient de Tchaotung.

    La bataille s’engage aussitôt. Elle tourne vite en faveur de l’armée yunnanaise. L’ennemi se retire dans la direction de Sungming, mais oblique aussitôt vers Yunnanfu. De leur côté, les généraux vainqueurs accourent à Yunnanfu et rencontrent l’ennemi le 17 juillet, à 20 lis de la ville, l’arrêtent et, après un violent combat, dans le nuit du 17 au 18 juillet, l’obligent à se retirer vers la route de Tali.

    Les trois généraux dissidents se trouvent ainsi groupés à 40 lis de Yunnanfu, à Py-Ky-Kouan. Ils occupent le haut des collines qui ferment la plaine de Yunnanfu, tandis que les troupes du-gouvernement sont dans la plaine. La position est désavantageuse pour l’armée de Long Yun ; aussi, durant un très dur combat, qui a duré de une heure à sept heures du soir, cette armée a-t-elle perdu de quatre à cinq cents hommes, la plupart blessés. De son côté, le parti ennemi a subi également de lourdes pertes. Il est, dit-on, obligé de reculer. Il se dirigerait vers Ngan lin tchéou. Peut-être les dissidents voudront-ils obliquer vers Kouen Yang et se réunir à Ou hio hien, lui-même un dissident.

    Cette journée du 18 juillet a coûté bien cher aux troupes de Yunnanfu ; on compte parmi les tués le colonel Kiang ; le parti adverse a perdu un général de brigade. Toutefois, il y a une détente sensible dans la ville. A cette heure, 20 juillet, les troupes poursuivent encore l’ennemi.

    D’autre part, une lettre du P. Salvat, Ma chang, 1er juillet annonce qu’un chef de bandes, Li ki tchouan, enrôlé par les dissidents est en route pour Tali, viâ Houa pin, Yun pé. Il aurait été nommé par Fou tse kia commandant de toutes Les troupes du Sitao.

    II. — Un incident désastreux.

    Dès le début de juillet, en prévision du siège possible de Yunnanfu par les troupes dissidentes, le Gouvernement prit toutes sortes de précautions : barricades aux portes de la ville, et sur les divers ponts de la rivière longeant les murs une surveillance sévère.

    Un dépôt de poudre de 5000 caisses, (50 livres la caisse ), se trouvait en dehors de la porte du Nord. On commença à transporter ces caisses en ville. Déjà 2000 avaient été remisées au Club de Kianglan. Tout à coup, le 11 juillet, à 2 heures 22 de L’après-midi, une énorme détonation se produisit, à accompagnée d’un bruit formidable de murs qui s’écroulent : les 2000 caisses venaient de prendre feu. Un nuage de fumée noire montait à une très grande hauteur.

    Les établissements des Sœurs de St Paul de Chartres se trouvent à 300 mètres du lieu où se produisit l’explosion ; toutes les toitures y furent ou enlevées ou disloquées, brisées ; les cloisons furent renversées, ,les portes et les fenêtres arrachées. A l’évêché les dégâts furent du même genre, quoique un peu moins considérables.

    Par une protection divine qui tient du miracle, ni morts ni blessés dans ces établissements, ni à l’église paroissiale, laquelle, située à 250 mètres plus loin, eut cependant à supporter des dégâts considérables. A l’évêché, le P. Larregain, nouveau Directeur se rendant à Paris, fut enseveli sur son lit, sous la cloison en briques de sa chambre, mais on le dégagea bien vite. Il était simplement contusionné.

    Le Consulat de France a subi également de gros dégâts, mais sans accident de personnes . Il n’en fut pas de même dans un rayon de 200 mètres autour du lieu où se produisit l’explosion. Toutes les maisons y furent ou complètement renversées et mises en miettes ou tellement démolies que seuls les débris de charpente en restèrent debout. On estime à un millier le nombre des personnes mortes sur le coup ou ensevelies sous les décombres, les blessés se comptent par milliers, à lui seul l’hôpital français en a reçu 800 le premier jour. Enfin par toute la ville la commotion a plus ou moins détérioré les immeubles. Aucun Européen n’a été grièvement blessé.

    Quelles ont été les causes de la catastrophe ? Les soupçons du premier moment se portèrent sur les communistes dont l’agitation donna une certaine appréhension à l’approche de Fou tse kia. Cependant les faits démontrent que seule l’imprudence a causé le désastre. La poudre était transportée sur des chars. Les caisses, ébréchées par endroits et mal calfeutrées, répandaient la poudre par le chemin. Les roues cerclées de fer produisaient des étincelles sur le pavé et parfois le feu prenait. Quelle est la dernière étincelle qui a produit l’explosion ? Personne n’est plus là pour l’attester. Tous ceux qui se trouvaient sur les lieux ont disparu, ils ont été pulvérisés ou projetés on ne sait où. Un bloc de pierre de 30 à 40 kilog. est tombé sur la Mission, défonçant et brisant tout sur son passage.

    Un nombre considérable de familles sont sans asile et sans nourriture. Les divers Comités en ville s’occupent de leur venir en aide. La Colonie Française, qui s’était cotisée pour organiser une soirée le 14 juillet, décida de supprimer la soirée et d’affecter les fonds à un achat de riz au Tonkin. De nouvelles cotisations et — on l’espère — un secours du Gouvernement de l’Indochine, permettront d’importer assez de riz pour distribuer de la nourriture à tous ces malheureux pendant plusieurs semaines.


    Kouiyang
    4 juillet.

    Aujourd’hui la lutte entre les fidèles de Tchéou sy tchen et son adversaire, Ly siao ien, vient d’avoir son dénouement. Ly est parti durant la nuit et une partie des troupes adverses a pris possession de la ville ce matin vers 7 heures.

    Voici en résumé le récit des derniers événements.

    Le mercredi 26, les troupes de l’ancien gouverneur lançaient leur attaque sur quatre points différents. L’effort principal partait de Tchatso. Là, se trouvaient massés les régiments de Lay sin hou et de Mao se tchang.

    Un groupe opérait à Chouy tien pa, 50 lis de Kouiyang, sur la route de Kay tcheou ; un autre entre Sieou ouan et Kouiyang ; le quatrième devait venir par Longly. Après un dur combat, les assaillants furent repoussés ; à la nuit tombante, ils traversaient Tchatso à toutes jambes. A huit heures du soir, les Yunnanais victorieux entraient en ville. Le lendemain, toute la journée du jeudi 24, ces derniers se tinrent sur la défensive, dans la crainte d’un retour offensif de la part de l’ennemi. La résidence était remplie de blessés que pansaient avec dévouement les PP. Freyche et Derouineau.

    Vendredi matin coup de théâtre. Les troupes du Yunnan repartent pour Kouiyang. A peine y sont-elles arrivées qu’elles abandonnent cette ville pendant la nuit, elles s’en vont par les routes de Tsintchen et de Ganchouen. Le samedi 29, il ne restait plus dans la ville que Ly siao ien et ses troupes.

    Que s’était-il donc passé ? Long Yuin, gouverneur du Yunnan et allié de Ly, se voyait forcé de rappeler ses troupes et de rentrer lui-même au Yunnan pour remettre ordre à ses propres affaires qui s’étaient gâtées pendant son absence. Le premier juillet il quittait donc Ganchouen avec l’avant-garde de ses troupes, le gros de l’armée devait le suivre à intervalle.

    Après le départ des Yunnanais, nous comptions sur la venue, à bref délai des soldats de Tchéou. Nous dûmes attendre jusqu’à ce matin, 4 juillet. Cette fois la délivrance nous arriva venant non pas de Tchatso, mais par la route qui conduit à Houangpin. Les soldats de Leao houai tchong, venant de l’Est, ont en effet battu hier les guerriers de Ly. Ce dernier, voyant que ses affaires tournaient mal, n’attendit pas qu’on le mît à la porte, il partit dans la nuit, sans tambour ni trompette. On dit qu’il a pris la direction de Tsingay.

    Ce matin, la population de Kouiyang est dans la jubilation et les rues sont pleines de monde. Spontanément toutes les maisons ont été pavoisées et les premiers soldats qui arrivent sont l’objet de toutes les sympathies.

    Il paraît que les deux résidences du Pétang et de Lantang l’ont échappé belle. Peu de temps avant sa fuite, Ly siao ien a réuni son conseil et proposé le pillage de ces deux résidences. Quelques voix se sont heureusement élevées en notre faveur, celles de Yuen lao tay et celle de Tchang pey nien. La proposition n’eut donc pas de suite. Que nos remerciements aillent à St Joseph et à Ste Thérèse.

    Pour le moment, le danger du régime bolcheviste est écarté. Ce régime, Ly et sa clique voulaient l’établir à tout prix. Tous leurs discours ne tendaient qu’à ce but et leurs actes, durant le court séjour qu’ils ont fait au pouvoir, ne l’ont que trop démontré. Le riz des particuliers a été pris de vive force, même celui de la Mission ; à Lo ouan, les riches habitants ont été emprisonnés, pour être relâchés seulement après avoir payé intégralement la somme exigée pour leur rançon. Un nommé Tay s’est ainsi libéré en versant la somme énorme de 24.000 dollars.

    Maintenant que vont faire les nouveaux maîtres ? L’entente régnera-t-elle parmi eux ? Si encore l’espoir nous restait de voir réapparaître ce grand animateur que fut Tchéou sy tchen. Hélas ! il est fort probable qu’il est mort de ses blessures, et le peuple n’aura plus qu’à le pleurer, car il est et sera encore regretté.


    Lanlong
    15 juillet.

    Le P. Guettier, de la Mission de Kouiyang, retour de Hanoi, est venu passer quelques jours à Lanlong. Pendant le séjour qu’il a passé chez nous, notre confrère n’a pas laissé son crayon oisif, il nous a tracé un magnifique plan de Séminaire. Le P. Guettier nous a quittés le 12 juillet. Nous lui adressons avec nos remerciements, nos meilleurs vœux de bon voyage.

    Le P. Cheilletz a profité d’un moment où les routes se trouvaient être plus sûres, pour venir passer quelques jours ici. Depuis plus de trois mois, il n’avait pas pu voir de confrère.

    Pendant le mois, l’oratoire de P’in fa et celui de T’ong tchéou ont été pillés, d’autres ont été très menacés.

    Les événements politiques de la province ont subitement changé de face (1).

    ___________________________________________________________________________
    1) Sur les événements auxquels fait ici allusion le correspondant de Lanlong, voir la chronique de Yunanfu.


    Nanning
    7 août.

    Le gouvernement nationaliste a fêté le 1er août sa victoire sur les généraux rebelles et le retour à l’unité, (au moins dans cette province).

    La Mission Catholique a présenté ses congratulations qui ont été remarquées. Quelques jours auparavant, dans une visite officielle rendue aux autorités civiles et militaires de la capitale, la conversation est venue sur Rome et sur le Pape. Nous avons remarqué avec joie que le Message du Saint-Père à la Chine était loin de leur être inconnu, qu’ils en étaient flattés et qu’ils en reconnaissaient la portée.

    En dernière heure, un télégramme de Paris nous apprend la douloureuse nouvelle de la mort du père et de la mère du P. Madéore, tous deux tués par la foudre le 24 juillet dernier. Nous les recommandons aux prières des lecteurs du Bulletin.


    Hunghoa
    15 août.

    Le 5 juillet dernier, les Confrères venus à Hunghoa, à l’occasion de la fête de Mgr Ramond, y apprenaient cette bonne nouvelle : notre Mission aurait désormais, elle aussi, sa station d’altitude, et les Missionnaires pourraient, durant la saison chaude, y aller passer, à tour de rôle, une quinzaine. La proposition fut accueillie avec plaisir, et tous remercièrent Sa Grandeur de songer ainsi à la santé de ses Missionnaires.

    Cette station, c’est Chapa, l’une des villégiatures de la population européenne du Tonkin, à 40 km. de Lao-Kay, au nord de la Mission. Le voyage, qui se faisait jadis en chaise ou à cheval, ne demande plus maintenant que deux ou trois heures d’automobile. La montée commence à 12 km. de Lao-Kay, et, à mesure que l’on avance, le paysage devient grandiose, l’air plus vif, le ciel plus pur : c’est la forêt, dont les arbres bordent la route, tantôt la surplombant, tantôt s’élevant jusqu’à elle, du fond d’un ravin profond, où ils ont pris racine ; ce sont de gros ruisseaux, dont les eaux limpides font contraste avec, les flots limoneux du Fleuve-Rouge, ou des cascades rapides qui se précipitent, dans un bouillonnement d’écume, au milieu des roches en désordre ; ce sont des côtes abruptes, des tournants nombreux et dangereux, des à pics impressionnants, où les chauffeurs doivent faire preuve d’attention et d’adresse.

    C’est à 1500 m. d’altitude qu’en aperçoit tout d’un coup, à un détour de la route, les premières villas de la station, et, dans le lointain, la longue chaîne du Fan-Si-Pan, dont le plus haut sommet atteint 3.142 mètres ; peu à peu apparaissent, sur un éperon dominant toute la vallée, les autres maisons : sanatorium militaire, villas des Charbonnages de Hongay, de la Cimenterie de Haiphong, villas du Résident Supérieur, du Résident de Lao-Kay, hôtels, où sont hébergées des familles venues du Delta, et où les nombreux enfants, qui y passent leurs vacances, s’en paient à cœur-joie ; plus bas, est le village annamite, peuplé de commerçants et d’ouvriers, maçons ou charpentiers, qui, surtout durant la saison estivale, font de bonnes affairés, et dont c’est plaisir de voir la mine florissante.

    Le terrain concédé à la Mission est en plein centre de la station, à proximité du marché et du village annamite ; une maison y a été élevée l’hiver dernier, où Monseigneur et cinq ou six Confrères peuvent trouver place en même temps ; l’une des chambres sert provisoirement d’oratoire, et, le dimanche, Européens et Annamites s’y pressent pour l’assistance à la messe. On songe à construire une chapelle, et le Père Jacques, Curé de Lao-Kay et de Chapa, est chargé d’intéresser les villégiateurs européens, qu’il connaît tous, à cette bonne œuvre .

    D’aucuns diront qu’à Chapa il pleut continuellement ; c’est vrai, surtout durant les mois de juin, juillet et août, où il n’est pas rare d’avoir de 20 à 22 jours de pluie. Mais, à cette époque, ne pleut-il pas un peu partout, au Tonkin ? et puis, à Chapa, l’eau s’écoule très vite sur les pentes, et l’on peut très bien circuler après une ondée ; souvent même, après une abondante pluie durant la nuit ou dans la matinée, on jouit dans la soirée d’un ciel clair et du soleil.

    Ce que tous apprécient surtout, c’est la température peu élevée, de 200 à 250 aux heures les plus chaudes de la journée, et de 150 à 200, à la chute du jour et durant les nuits d’été ; pour qui vient du Delta ou de la plaine, c’est un changement complet. Aussi, le travail est-il facile, l’appétit excellent, le repos agréable.

    Pour qui aime la belle nature, le “brumeux Chapa” a aussi son charme. Rien de plus majestueux que la chaîne du Fan-Si-Pan, lorsque, aux premières heures d’un jour serein, elle projette, dans le ciel pur, sa masse imposante, ou qu’un arc-en-ciel complet en illumine les crêtes boisées. D’autres fois, ce sont des nuages, masses cotonneuses, qui s’avancent lentement dans la vallée, s’accrochent, immobiles, aux flancs de la montagne, ou recouvrent toute la station, comme d’un épais rideau ; alors, c’est vraiment la brume ; mais, brusquement, elle se dissipe, et tous ces nuages, maintenant déchiquetés, semblent aspirés par les hautes cimes, se détachent en lambeaux, aux aspects les plus variés ; c’est un changement continuel de décor, qui réjouit l’œil, en même temps qu’il élève la pensée vers le divin Créateur.

    Et puis, il y a les promenades dans les bois des environs, où les fleurs, aux couleurs vives, aux larges pétales, abondent, où les botanistes peuvent faire ample provision de fougères et d’orchidées nouvelles ; l’arbre, qui y domine, ainsi que sur toute la montagne, c’est le “Peu-meu”, conifère de grande taille, atteignant 30 à 35 m. de haut, et dont le bois imputrescible est surtout employé par les Chinois pour la confection de leurs cercueils.

    De nombreuses villas sont déjà entourées de “peu-meu”, dont le feuillage vert foncé orne les jardins, où s’acclimatent très bien, du reste, la plupart des fleurs d’Europe, où poussent également pêchers, poiriers, pommiers, châtaigniers, et où se rencontrent les papillons les plus beaux et les plus variés.

    Tel est Chapa. Le 16 juillet, fête de N. D. du Mont-Carmel, Mgr Ramond fit l’inauguration de notre maison, et souhaita aux Confrères du premier groupe de bien profiter de leur villégiature dans la montagne, et d’y prendre, chaque année, de nouvelles forces, pour “tenir” et faire bon travail ; seuls, peut-être, deux ou trois catarrheux ou rhumatisants n’oseront affronter la brume des hauts sommets, mais les autres seront contents de trouver là un peu de repos, et une agréable diversion aux multiples soucis de la vie apostolique.

    Tandis que, sur la montagne, ses Confrères font provision de bon air, dans la plaine, à Son-Tây, le cher Père Laubie suit avec soin le régime prescrit par les médecins, et voit ses poumons se fortifier peu à peu ; les “petits plats”, que lui préparent à heures fixes les bonnes Sœurs de St-Paul, le ravigotent, et lui permettent d’apprendre un peu l’annamite, d’aider le Père Massard, voire même de faire, une fois ou l’autre, une petite promenade à bicyclette, dans les environs ; puisse ce mieux sensible durer et s’accentuer de plus en plus.


    Phatdiem
    24 juillet.

    Par suite des grandes chaleurs, Monseigneur Marcou s’est trouvé assez gravement indisposé. Pendant quelques jours, Sa Grandeur n’a pas célébré la sainte messe ; après cette indisposition passagère, Elle a pu reprendre le cours de ses occupations habituelles.

    Après un séjour de plusieurs mois au sanatorium de Béthanie, le P. Delmas. est rentré dans sa Mission et le P. Rey. lui-même très fatigué, est allé prendre là-bas la place laissée libre par le P. Delmas.

    17 août.

    Typhon désastreux. — Le 28 juillet dernier, un télégramme de l’Observatoire de Phu-Lien, Tonkin, annonçait ceci : “Typhon, centre sur le Nord de Haï-Nam et probablement pas très violent, poursuit sa marche à vitesse temporairement affaiblie, direction Ouest-Nord- Ouest”. Ce télégramme alerta bien les habitants, mais étant donnée la direction indiquée, on pensa que le typhon toucherait plutôt la région frontière entre le Tonkin et la Chine. Malheureusement pour nous, l’ouragan a dévié, il est venu fondre sur le Sud du Delta Tonkinois, dans les Provinces de Ninh-Bìng, Hà-Nam, Nam-Định, Thai-Bình Kiển-An, au grand détriment des Missions de Hà-Nội, Hài-Phòng, Phát-Diệm et Bùi-Chu.

    Les journaux ont donné force détails sur les malheurs occasionnés par la tempête. Bien entendu les régions éprouvées ont été séparées du genre humain pendant plusieurs jours ; les chemins de fer ne circulaient plus, sait parce que les voies étaient affouillées par la violence des eaux, soit parce qu’elles étaient recouvertes par des milliers de poteaux télégraphiques, qui, quoique en fer, gisaient tordus au travers des rails. Il ressort de tous les renseignements reçus que ce sont les Missions de Bùi-Chu, de Hà-Nội, et de Phatdiệm qui ont le plus souffert. Entre autres malheurs, Bùi-Chu déplora la perte d’un missionnaire, le R. P. Gonzalez, O. P., écrasé sous les ruines de la chapelle du Grand Séminaire, et l’écroulement dé l’immense basilique du S. Rosaire à Phú-Nhai.

    La Mission de Phátdiệm n’a pas à signaler de malheurs aussi sensationnels, et pourtant le bilan de nos pertes nous laisse fort inquiets pour l’avenir, surtout à cette fin d’année : 36 chapelles écroulées, ainsi que 8 écoles paroissiales, 13 catéchuménats et hospices ; 11 presbytères ruinés, 37 autres plus ou moins gravement endommagés ; près de 2000 maisons de chrétiens renversées. Les prêtres sinistrés ont fait la liste des dégâts qu’ils ont subis de concert avec leurs chrétiens : ils les ont même évalués en piastres dans l’espoir de recevoir quelques secours. Hélas ! Qui pourrait réaliser les sommes qu’il faudrait pour cela ? Pauvres gens, non seulement leurs habitations sont démolies ou abîmées, mais la récolte également est plus ou moins compromise en 21 paroisses. Les païens étant beaucoup plus nombreux que les chrétiens, impossible d’évaluer l’étendue de leurs pertes.

    La Mission de Phátdiệm a déjà été très éprouvée en 1927 par 3 typhons consécutifs accompagnés de raz-de-marée ; cette année un fléau analogue frappe la partie Nord-Est de la Mission. Daigne le Bon Dieu, malgré tous nos malheurs, amener beaucoup de païens à l’Eglise et à Son Saint Paradis.


    Quinhon
    4 août.

    Une récente ordination, faite par S. Gr. Mgr Dumortier, venu de Saigon, nous a donné sept nouveaux prêtres. La région de Kontum reçoit ainsi trois prêtres annamites nouveaux. De plus 3 Bahnars élèves au Séminaire de Penang, devaient être ordonnés sous-diacres le 11 août ; mais Mgr Grangeon a décidé de retarder leur ordination jusqu’à la nomination de notre nouveau Vicaire Apostolique.

    Monseigneur s’est rendu à Saigon où il a été opéré le 12 août d’une double cataracte. L’opération, nous dit un télégramme, donne bon espoir.

    Le P. Provicaire a donné la confirmation dans la partie nord de la province de Binh-Dinh à près d’un millier de chrétiens.

    Le P. Maheu construit avec une grande activité les premiers bâtiments de sa léproserie de Qui-hoà. Une dizaine de lépreux sont déjà hospitalisés et l’un d’eux s’est même fait l’instituteur de ses compagnons d’infortune. Tout à sa nouvelle œuvre, le P. Maheu a dû abandonner l’imprimerie et sa revue annamite si connue, le Lời Thăm ; mais elles sont en très bonnes mains, puisque c’est le P. Dorgeville qui en a pris la direction.


    Hué
    4 août.

    Cette année on a l’air de prendre goût à Bana. Rien d’étonnant à cela : il fait si chaud en bas ! Le Père Dalaine, de la Mission de Vĩnh, a ouvert la saison, mais le climat frais de là-haut lui a été plutôt nuisible. Il est revenu ici avec une bonne trachéite qu’il a emportée avec lui à Xã-Doài. Il paraît que les stations d’altitude ne sont pas bonnes pour les personnes qui ont dépassé la cinquantaine. Heureusement ce n’est pas parole d’Evangile. Le Père Roux n’en croit rien. Voilà quinze jours qu’il respire le bon air de la montagne et il ne s’en trouve pas mal du tout. Il fait même de la propagande en faveur de Bana et de sa villa Saint-Nicolas ; il a réussi à gagner à sa cause le Père Urrutia ; il finira peut-être même par y attirer un confrère que l’on dit être un adversaire irréductible de la susdite station. D’autres Pères, dit-on, se proposent de demander l’autorisation d’aller s’y reposer. Que l’Ange de Bana leur soit propice !

    A son grand regret, Monseigneur, dont la vue baisse de plus en plus, n’a pu faire sa tournée pastorale et donner la Confirmation dans le district de Dinh-Cát (Quảng-Trị). le Père Provicaire l’a remplacé. Commencée le 13 Juillet, cette tournée se termine aujourd’hui même. Le P. Morineau, Supérieur du district, accompagné le P. Chabanon pour l’aider à faire passer les examens aux confirmands et à entendre les nombreuses confessions durant la visite pastorale.

    Mgr Gouin, Vicaire Apostolique du Laos, nous est arrivé lundi soir. Sa Grandeur avait surtout l’intention de venir présenter ses hommages à Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique.

    Il y aurait bien encore d’autres petites nouvelles à donner ; mais la Censure s’y oppose. Le pauvre chroniqueur n’a donc qu’à s’incliner jusqu’à ce que cette respectable Dame veuille bien lui accorder la liberté d’écrire ce qu’il désirerait communiquer à ses confrères des autres Missions.


    Phnompenh
    juillet.

    Le 6 juin, Mgr Herrgott a quitté Phnompenh pour une longue tournée de Confirmation dans la Basse-Cochinchine.

    Sa première visite a été pour Cùlaotây, où Sa Grandeur a eu le bonheur de bénir une grande et belle église bâtie par le P. Soĩ, qui s’est dépensé sans compter pendant plusieurs années pour mener à bonne fin cette magnifique construction. Jadis, au début de sa carrière, Mgr avait été curé de Cùlaotây et il était heureux de l’œuvre accomplie par ceux qui lui avaient succédé dans cette place.

    Le district de Năng Gù, l’un des plus vastes de la Mission et qui, sous la sage et énergique direction du P. Collot, se développe chaque jour davantage, a eu ensuite la visite de Mgr, qui a donné la Confirmation à plusieurs centaines d’enfants et de néophytes dans la vaste église dont Sa Grandeur fut l’architecte et dont Elle dirigea les travaux, en guidant le regretté P. Unterleidner.

    A Rachgia Mgr fut à même d’admirer l’ensemble des travaux exécutés depuis 1920 par le P. Dalle et qui font que ce poste n’a rien à envier à aucun autre.

    Après avoir goûté les douceurs du chef-lieu, Mgr continua la visite des chrétientés de l’intérieur : Vị Thanh, Cèi Nhum, Cái Trâu, Tân Thú, Trà Cù et Tràlồng, qui par leur masse forment une des parties les plus prospères de la Cochinchine.

    Monseigneur, qui avait commencé sa tournée par la bénédiction d’une église, continua, dans le district de Cantho, par la bénédiction d’églises à Rau Râm et à Cồn Nhím, deux jolies chapelles dues au goût si délicat du P. Larrabure.

    Sa Grandeur se rendit ensuite à Thói Lai, poste tenu par le doyen de nos prêtres annamites et termina sa randonnée par Sadec, où Elle fut reçue comme seul sait le faire le P. Lozey.

    En arrivant à Culaogien, c’était le repos, si tant est qu’un évêque puisse trouver le temps de se reposer : et, en effet, quelques jours plus tard Mgr présidait la retraite des prêtres annamites prêchée par le P. Blondet.

    Le P. Chabalier remplace comme Supérieur du Grand Séminaire le P. Rousseau, parti pour France afin de rétablir sa santé gravement atteinte.

    Depuis longtemps Mgr désirait s’occuper plus efficacement de la région de Camau, où depuis plusieurs années le trop-plein des vieilles provinces se déverse pour cultiver les terres nouvelles. Il a choisi pour ce poste d’avant-garde le P. Quimbrot, qui depuis 25 ans se dépense à Tràlồng. Le choix ne pouvait pas être plus heureux. Il y aura du travail, des ennuis, des misères, sans doute, mais qui donc est plus habitué à tout cela que le digne successeur du P. Gonet ?

    Un autre point de la Mission est aussi pour Sa Grandeur l’objet d’une sollicitude spéciale : la région de Kampot et l’île de Phú-Quốc. Mgr a fait appel pour ce poste au dévouement d’un ancien, le P. Arvieu.

    Cette île de Phû-Quốc pourrait devenir le paradis de la Mission. Elle jouit d’un climat enchanteur, son sol se prête à toutes les cultures : il ne lui manque que la main-d’œuvre . Des Européens y occupent d’immenses concessions et les Directeurs sont tout disposés à favoriser l’établissement de centres religieux pour les chrétiens qui voudraient travailler chez eux. Quand on voit les catholiques, surtout ceux venant des Missions du Tonkin, embauchés sans scrupule ni discernement par des raccoleurs qu’allèche une bonne prime, quand on les voit, dis-je, éparpillés sur les plantations de caoutchouc, séparés de leurs femmes et de leurs familles, on se prend à regretter qu’il n’y ait pas une entente pour canaliser cette émigration et grouper ces chrétiens dans des centres bien déterminés afin de faciliter l’administration spirituelle. Il faudrait avant tout régler l’émigration par familles entières. Que peuvent devenir des hommes sans ou presque sans secours religieux, dans la promiscuité païenne, loin de leurs foyers, en dehors des influences bienfaisantes du missionnaire et de la famille ? Je connais un campement dans lequel se trouvent 250 coolies hommes et 6 coolies femmes. Celles-ci ne sont pas sans doute des Lucrèce, et le seraient-elles, comment résister à tous les dangers qui les assaillent ? Et les hommes ? La femme et les enfants sont là-bas, qu’ils se débrouillent ! Et le soir de paie, c’est l’ivrognerie, le jeu et le reste. C’est une situation intolérable et, pour ma part, je ne comprends pas qu’on ne comprenne pas qu’il y aurait autre chose à faire qu’à se lamenter sur le déplorable état de ces chrétiens et qu’on n’envisage pas une entente pour y porter remède.


    Bangkok.
    août.

    D’après le dernier recensement paru au Siam en juin 1929, la foi bouddhiste siamoise du Petit Véhicule est divisée en deux Ordres, l’un de la “Stricte Observance” et l’autre du “Relâchement”. L’ordre de la stricte observance n a été constitué que depuis le règne du -Roi Mongkut, Rama IV. Cet ordre aurait actuellement au Siam 186 monastères habités par 3407 talapoins et 1817 novices. — L’Ordre primitif, aujourd’hui du “Relâchement”, comprendrait 16.317 monastères disséminés dans le Royaume, desservis par 126.651 talapoins et 81.528 novices.

    Il faut ajouter qu’il y a en outre 6 monastères chinois et 44 bonzes, et 9 monastères annamites avec 45 bonzes et 14 novices répandus dans tout le Siam. Tous, chinois et annamites font partie de la foi du Grand Véhicule.

    C’est donc en chiffres ronds 16.500 monastères bouddhiques qui se trouvent au Siam, fréquentés par 213.500 personnes. Si l’on compte environ 600 personnes pour chaque monastère, il y a donc un talapoin pour 47 personnes. Ces chiffres sont remarquables, quand on considère la grande dispersion de la population dans les provinces. Le nombre des talapoins semble donc plus élevé que jamais, bien qu’on puisse faire de nombreuses remarques sur un apparent déclin de la religion. On observe encore assez largement la coutume ancienne qui veut que les hommes âgés de 21 ans entrent à la pagode pour une période de trois mois. Le service militaire obligatoire dérange un peu cette coutume. Ajoutons que la plupart des talapoins obtiennent leur subsistance grâce à la bonne volonté de leurs parents, de leurs amis ou du peuple en général. Quelques monastères, surtout à Bangkok, ont leurs propres revenus de terrains loués. On assure que ces revenus se monteraient à environ 40 millions de francs annuellement, chiffre très conservateur. Des ordres récents auraient été donnés pour que ces revenus soient augmentés en prévision de l’avenir.

    La Gazette du Gouvernement du 7 Juillet 1929 annonce que Sa Majesté le Roi a sanctionné par Décret Royal, l’acte concernant le Statut territorial des Eglises de la Mission Catholique du Siam paru précédemment, comme s’appliquant aussi au Vicariat Apostolique de Nong Seng (Laos). Sa Majesté a pensé qu’il était temps de régulariser les droits de la Mission du Laos sur la propriété terrienne acquise en vue de construction d’Eglises, d’Ecoles, etc. L’Article 1er du Décret proclame que la Loi concernant le Vicariat du Siam s’applique également au Vicariat du Laos, à l’exception des Articles 13-14-19. — L’Article 2 limite le droit de posséder des terrains par la Mission du Laos, dans chaque province, à près de 200 hectares, non compris les terrains occupés par les églises, les résidences des missionnaires et leurs enclos. L’Article 3 stipule que le Décret Royal ne sera pas affecté par le transfert de la Mission du Laos, ou d’une partie quelconque à tout autre Vicariat Apostolique au Siam. L’Article 4 enfin donne la liste et l’étendue des propriétés déjà acquises dans les 6 provinces laotiennes.


    Laos
    28 juillet.

    Depuis la fondation de la Mission du Laos, en 1881, jusqu’à ce jour, c’est la deuxième fois seulement qu’on a le plaisir d’annoncer la bonne nouvelle d’un Laotien appelé aux Ordres-Majeurs. Un jeune minoré, Joseph Dong, originaire d’Oubone, vient d’être appelé au sous-diaconat. Il sera ordonné à Pinang, dans les premiers jours du mois d’août. Il vient du même poste que son aîné dans le Sacerdoce, M. Antoine Mun.

    On entrevoit déjà le jour où ce jeune lévite sera couronné de l’auréole sacerdotale. Après tant d’insuccès, après tant de reculs, on ne peut que se réjouir de voir enfin un jeune Laotien doué d’assez de persévérance pour ne pas reculer, effrayé devant la perspective de 17 ans d’étude et de probation avant de pouvoir parvenir au but désiré.

    Nous espérons que dans peu d’années, Joseph Dong sera suivi de deux autres. Ces jeunes gens se trouvent actuellement au Séminaire de Pinang depuis deux ans, ils y donnent complète satisfaction.


    Pondichéry
    20 juillet.

    Le P. Mignery. — Un télégramme de Paris, en date du 2 juillet, nous annonçait la mort du P. Mignery, survenue à Montbeton, la veille du 1er juillet, jour de la fête du Précieux Sang.

    Le P. Mignery nous avait quittés en août 1927, atteint d’un cancer au côté gauche du palais. Le mal n’était alors qu’à ses débuts, aussi les médecins de l’Inde avaient-ils fait espérer au cher patient qu’un traitement spécial parviendrait peut-être à enrayer le mal. Sur cet espoir, le P. Mignery, qui n’était jamais retourné en Europe, nous quittait en nous disant : “Au revoir, à bientôt, ... s’il plaît à Dieu !” ajouta-t-il.

    A Paris, il fut examiné par des spécialistes qui lui laissèrent entrevoir une guérison comme probable et à brève échéance. Le cher malade croyait-il à cette guérison ? Je ne le pense pas. Retiré à Montbeton, où il fut entouré de tous les soins avec un dévouement inlassable, essayant tous les remèdes connus, supportant les souffrances les plus vives avec un courage véritablement apostolique, une égalité d’âme et de caractère qui fit l’admiration et l’édification de tous les confrères, toujours souriant et aimable, le cher P. Mignery assistait impuissant aux progrès quotidiens de ce mal inexorable.

    Une neuvaine à Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, un pèlerinage à N. D. de Lourdes, furent sans succès. Le cher Père était mûr pour le ciel et le bon Dieu à cette âme d’apôtre envoyait, comme dernière grâce, la souffrance à jet continu, pour la purifier davantage encore et pour augmenter l’éclat de sa couronne éternelle. Si le Père voulait guérir, c’était afin de revenir au milieu de nous pour y travailler encore. Cette guérison, Dieu ne l’a pas permise. Il a appelé son fidèle serviteur au repos éternel, repos que lui a mérité une vie apostolique, pieuse, mortifiée, une vie dont tous les instants ont été consacrés à l’évangélisation des payens.

    Le P. Mignery, je le sais, a demandé qu’on ne publiât pas sa notice nécrologique dans le Compte-Rendu annuel, et tous nous le regrettons, car c’était un apôtre, un prêtre dans toute la force du terme. Dans sa piété, dans son amour des âmes, dans sa vie mortifiée, il y avait en lui quelques traits qui l’apparentaient au St Curé d’Ars.

    Né en 1853, après quatre années de vicariat dans le diocèse de Lyon et l’année de séjour réglementaire au Séminaire de la rue du Bac, le P. Mignery arrivait à Pondichéry le 15 septembre 1882. Après quelques mois, passés comme professeur au Petit Séminaire, après un court vicariat chez le P. Prieur à Attipakkam, le P. Mignery occupa successivement les postes de Kovilour, Tirouppattour, Poudour, Tatchour, d’où il fut transféré à Vandiwash. Dans ce dernier district abondent les nouveaux chrétiens. Le P. Mignery s’adonna d’une manière spéciale à leur formation, mais il n’oubliait pas l’évangélisation des payens à laquelle il se livrait avec un zèle très grand, avec un enthousiasme, un entrain de jeune missionnaire. Les deux derniers postes qu’il a fondés en terre payenne et qu’il a dotés d’une église et d’un presbytère sont la preuve de son zèle apostolique.

    J’espère que du haut du ciel, le cher défunt ne m’en voudra pas d’avoir soulevé, et combien légèrement ! un petit coin du voile qui cache une vie si belle, toute à Dieu et aux âmes. Exemplum dedi vobis.

    Chronique. — La maladie éclaircit encore nos rangs si peu serrés. Le P. G. Higonenq, sur l’ordre du médecin, s’est embarqué le 24 juin pour la France afin d’y refaire une santé véritablement délabrée.

    Autrefois on criait : “Debout les morts !” Mais nous, les vieux, nous nous sentons portés à crier, à implorer : “au secours, les vivants et les jeunes !”


    Mysore
    4 juillet.

    Jubilé sacerdotal. — L’événement du mois, a été cette fois le jubilé sacerdotal du P. Briand. Ce fut une belle fête et elle fut d’autant plus appréciée qu’elle ne s’obtint pas sans lutte. Ceux-là seuls qui ont bien mauvaise mémoire ne se rappellent plus comment, il y a quelque trois ans, le cher Père Briand répondait par une échappatoire à la question de plusieurs confrères très anxieux de connaître la date exacte de son ordination sacerdotale. Evidemment, en posant la question, nous avions un but, et même une fin de non-recevoir n’était pas de nature à nous le faire abandonner. Des fureteurs furetèrent, et l’on trouva (oh ! sans grand peine) que c’était la St Pierre 1879. Si nous avions eu quelques remords de pénétrer ainsi des secrets intimes, l’intérêt que Son Excellence le Délégué Apostolique porta aux recherches eût bien vite calmé nos consciences.

    De fait, en dépit de notre bonne volonté, le 28 Juin se passa sans à-coup, comme sans démonstration particulière. Mais un sports-man ne recule que pour mieux sauter. Nous fîmes de même, et ne laissâmes passer la date que pour lui substituer un triduum solennel. Dès le dimanche matin, à cinq heures, un feu de joie donna le branle.

    Vous n’avez pas toujours vu des Grand’Messes comme celle-là. La rumeur veut, paraît-il, que Son Excellence ait fait diacre, et Sa Grandeur Mgr Despatures sous-diacre. Mais je crois que les liturgistes, dans leur langage technique, parleraient plutôt d’assistance au trône. Quoiqu’il en soit, le chœur fut garni, et bien garni. Ce fut merveille de voir comment les enfants de chœur trouvèrent à circuler quand même. En dehors du sanctuaire, sur des chaises d’honneur, se rangèrent les membres du clergé. Un banc, dans l’aile gauche, avait été réservé aux invités de marque non-catholiques, que les cérémonies paraissent avoir beaucoup intéressés.

    Dans une inspiration heureuse, le P. Noronha, qui prêcha le sermon, expliqua en détail à la foule tout ce que le prêtre est pour sa paroisse. Nombreuses furent les communions. Une procession solennelle ramena le Jubilaire à son bungalow.

    L’après-midi fut consacrée aux jeux. Que de courses ! courses plates, courses à trois pieds, courses de lenteur, courses à la cuiller, course arithmétique, course de couture, courses au drapeau, course au pain, course en sac, course en musique, course du demi-mille. Et cependant personne ne trouva que ce fût trop long. Notez qu’il y avait d’ailleurs entre les courses des intermèdes aussi variés que pittoresques. L’heure vint pourtant où il fallut penser aux prix. Mais avant de les distribuer, des compliments furent lus en Anglais, en Tamoul et en Kanara. Ils rappelèrent, comme de juste, les titres du Jubilaire à la reconnaissance publique : ses conversions, l’appel dans la paroisse des Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie Immaculée, et, avec leur assistance, la création d’un Couvent, d’un orphelinat, d’un dispensaire, d’une école ménagère ; la participation aussi du P. Briand à la vie du quartier en qualité de Conseiller Municipal. Ce dernier fait sera commémoré d’âge en âge par la création d’une place, juste en avant de l’Eglise, et qui portera le nom de “Briand Circle”.

    Quant à la petite fête de famille, celle qui ne peut se célébrer un dimanche, car il faut bien avoir quelques loisirs pour la célébrer dignement, elle eut lieu à la Procure le mardi suivant. Là encore Son Excellence se trouvait, et dans son speech, Elle célébra même la circonstance comme une victoire signalée, ce que le P. Briand ne fit aucune difficulté d’admettre. Monseigneur à son tour taquina bien un peu le Père, et nous étions tous dans l’attente de la réponse. La réponse vint, sous la frme d’une invitation aux futures noces de diamant. “Tenez-vous-le pour dit, car cette fois-là je n’enverrai rien à personne”. Puis entrouvrant l’avenir dans une envolée prophétique, le Père nous fit d’abord observer que Son Excellence ne serait pas au rendez-vous, car on aura, dans l’intervalle, manqué de Cardinaux à Rome, Mgr. Despatures aura cessé d’être l’Evêque de Mysore, mais sera devenu l’Archevêque de Bangalore, et naturellement tous et un chacun sera en possession d’un siège épiscopal quelque part dans la Mission. Le P. Briand seul ne sera que le P. Briand, toujours en charge de sa paroisse St Joseph, mais heureux de compter tant d’amis haut placés qui lui feront des aumônes abondantes. Pour qu’il ne manquât rien à la fête, un orphéon local y alla de ses accords les plus retentissants. Les “bis” ne manquèrent point quand il nous joua le plus horrible des jazz. Que voulez-vous ? ce n’est pas tous les jours que l’on trouve à se divertir. Au surplus, comme le veut le proverbe, “plus on est de fous, plus on rit”. Et la Procure depuis bien des années n’avait vu un pareil concours de confrères ; tant Européens qu’Indiens nous étions plus de quarante.

    A l’heure où ces lignes sont écrites, la fête est depuis bien longtemps terminée. Mais une autre plaisante nouvelle est venue entretenir notre bonne humeur : nous allons recevoir un nouveau en la personne du P. Colin. Au Vétéran comme au Benjamin : Ad multos annos.


    Kumbakônam
    1er août.

    En vertu d’un arrangement signé entre le Saint-Siège et le Gouvernement du Portugal, 11 avril 1929, la Mission de Kumbakonam cède à Mgr Texeira, évêque de Melyapore, 9 districts avec une population totale de 18.400 fidèles. Voici les noms de ces chrétientés :

    Pérumpaniour avec 856 chrétiens. Tranquebat avec 1.102 chrétien
    Karayour 1.981 ,, Erukkur 1.548 ,,
    Molankoudy 1.737 ,, Paleyamcottah. 3.256 ,,
    Mayavaram 2.872 ,,
    Manday 2.530 ,,
    Pillavadandey 1.490 ,,

    Ces chrétientés, ainsi que d’autres qui ont été détachées de différents diocèses de l’Inde, sont attribuées à la Mission de Melyapore à titre de compensation pour les différents districts que cette Mission a dû céder à d’autres diocèses voisins dans le but de mettre un terme à la double juridiction dans l’église de l’Inde.

    Le P. Brun, fatigué depuis assez longtemps déjà, part pour la France. Le poste qu’il occupait à Gabrielpouram, près de Trichinopoly sera rempli par le P. Mercier, précédemment aumônier au couvent des Saints Anges à Kumbakônam.

    La retraite annuelle s’ouvrira à Kumbakônam le 10 septembre, elle sera prêchée par le P. Petit, curé de Conoor, Coïmbatore.


    Séminaire de Paris
    15 juillet.

    Parti de Paris le 10 juin avec le P. Ferrières, Mgr le Supérieur a séjourné à Rome jusqu’au 18. Le but de son voyage était de présenter au Saint-Père les vœux de la Société, à l’occasion de son jubilé. Sa Sainteté a promis d’aller visiter au Palais de Latran la très belle chapelle bouddhique que la Société a fait faire à Hué, (par les soins du P. de Pirey), pour l’offrir au Musée Missionnaire où elle sera une des pièces les plus remarquables. Mgr le Supérieur a vu deux fois le Cardinal Préfet de la Propagande, une fois Mgr le Secrétaire, Mgr Borgongini Duca et plusieurs cardinaux, a visité l’Ambassadeur de France, le Séminaire français, l’Agence Fides, etc. etc. C’est le lundi 17 courant qu’a eu lieu l’audience pontificale. Elle a duré une bonne demi-heure. Les Pères Garnier, Bergougnoux et Monbeig, ainsi que les six aspirants, ont été présentés au Pape qui les a bénis affectueusement et a donné à chacun en souvenir un beau volume relié à ses armes. A noter la joie que le St-Père a exprimée au cours de l’audience en apprenant que les Sulpiciens allaient dès cette année collaborer avec les M-E. à la formation du clergé tonkinois. Actuellement les aspirants de Rome ont commencé leurs examens.

    Rentré de Rome quelques jours avant le P. Ferrières, Mgr le Supérieur est allé passer à St Brieuc la journée du 24 juin pour prendre part aux fêtes du sacre de Mgr Tréhiou, le nouvel évêque de Vannes. Au retour il a couché une nuit à Lisieux et célébré, dans la matinée du 26, la messe conventuelle à la chapelle du carmel.

    Le 29 juin Mgr le Supérieur a conféré les Saints Ordres à 60 aspirants : 20 prêtres, 4 diacres, 9 s — diacres, 13 exorcistes-acolytes, 8 ostiaires-lecteurs et 6 tonsurés.

    Les nouveaux prêtres et trois de leurs confrères ordonnés précédemment recevaient le soir même les destinations suivantes :

    MM. Cossard Evreux Tôkyô
    Duchesne Chartres Osaka
    Dourisboure Bayonne Séoul
    Richard Paris Taikou
    Pinault S. Brieuc Chengtu
    Bonnemin Besançon Tatsienlu
    Burger Strasbourg Yunnanfu
    Didier St. Dié Kweiyang
    Boulay Seez Pakhoi
    Maillot Besançon Nanning
    Giraud Rennes Hanoi
    Coulot Besançon Vinh
    Barnabé Rodez Phatdiem
    Tourte Verdun Quinhon
    Courtois Reims Saigon
    Massiot Rennes Hué
    Leroux Lille Phnompenh
    Girard Paris Malacca
    Bazin Vannes Rangoon
    Colin Besançon Mysore
    Dezesst Aire Coïmbatorre
    Labandibar Bayonne Kumbakônam
    Alazard Rodez Sikkim

    Les départs de Paris auront lieu les 8 et 15 septembre.

    De passage à Paris : Mgr Grumel, évêque de St-Jean-de-Maurienne et M. le chanoine Poncet, de l’abbaye de St Maurice en Valais, ont été les hôtes du Séminaire pendant deux jours.

    Admissions : Nos 16 à 22. — MM. Thouvenin (Nancy). Briand (Nantes), Romat et Touron (Auch), Pouclet et Giraudet (Luçon) Y, Seitz (Rouen). — 23 à 26 : — MM. Vigneau (Bourges), Audiau (Angers), Audigou (St Brieuc), Reynès (Albi).



    1929/540-576
    540-576
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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