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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 4 novembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    4 novembre.

    Le P. Bodin de la mission de Séoul et le P. Bertrand de la mission de Taikou, qui étaient venus lan dernier dans notre mission se perfectionner dans la langue japonaise, nous ont quittés le 16 octobre, emportant les sympathies quils ont gagnées parmi nous, et nos regrets de les voir partir si tôt. S. E. Mgr Chambon, dans sa circulaire du 18 octobre aux missionnaires, écrivait à leur sujet : Le P. Bodin a mis en application le transiit benefaciendo (par le concours quil a donné à luvre de Béthanie, etc.) ; le P. Bertrand a pris la charge de nos catholiques coréens et même du poste de Mito. Nous gardons un excellent et reconnaissant souvenir de leur passage à Tôkyô.

    Nous avions parlé dans la chronique parue en août de la nouvelle fondation du P. Flaujac pour les tuberculeux convalescents à Kiyosé, au nord-ouest de Tôkyô : luvre de Bethléem, complétant les uvres de Béthanie et de Nazareth. Le 17 octobre, jour de fête japonaise chômée, au milieu dune grande affluence de missionnaires, religieux et fidèles, S. E. Mgr Chambon a béni les nouveaux bâtiments qui étaient aménagés tout prêts à recevoir leurs hôtes. Une grandmesse pontificale, à laquelle la chorale du grand-séminaire prêta son concours, fut célébrée à 10 heures ½ dans une clairière de la propriété, la chapelle ne pouvant contenir lassistance. Un salut du Saint-Sacrement eut lieu à trois heures, après la bénédiction et la visite des locaux de la maison de Bethléem. Nous souhaitons à létablissement qui peut donner asile dès maintenant à 80 convalescents, de prospérer et de donner les fruits que procure déjà abondamment luvre de Béthanie.

    Le 20 octobre, Monseigneur lArchevêque est parti revoir son ancienne mission de Hakodaté, non point pour y raviver les souvenirs du passé, mais pour rendre aux religieux et aux religieuses de la Trappe le service de prêcher dans leurs deux maisons, les doubles retraites en français et en japonais que les bons Pères et les bonnes Mères nont pas craint de demander à son zèle.

    Le 22 octobre, dans le district du P. Mayrand, à Kawagoe, ville de 35.000 habitants, située à une quarantaine de kilomètres de Tôkyô (N.-O.), sur un terrain, où la mission avait déjà un pied-à-terre, a été inauguré un bâtiment spacieusement aménagé pour servir partie comme chapelle, partie comme presbytère. Mgr lArchevêque étant absent, la bénédiction a été faite par le P. Mayrand, assisté de trois prêtres indigènes, ses vicaires anciens et actuel, au milieu dun nombreux concours de fidèles venus de tous les points du district. Maintenant que le poste est fondé, espérons quun titulaire à demeure ne tardera pas trop à lui être affecté : tel est le vu spécialement du vicaire forain du district.


    Fukuoka

    Le 17 octobre eut lieu au Couvent des Religieuses Japonaises de la Visitation à Fukuoka, sous la présidence de Mgr Breton, une première réunion des maîtresses décoles maternelles du diocèse.

    On sait que la liberté denseignement primaire nexiste pas au Japon. Celle denseignement secondaire et supérieur est bien reconnue en principe, mais les règlements concernant lérection, léquipement et lentretien des écoles de ce genre sont si draconiens que plus dun supérieur de mission hésite à risquer laventure. Dans les diocèses nouveaux et aux ressources limitées, force a été de se rabattre sur les écoles maternelles qui nexigent pas une mise de fonds considérable. La Mission de Fukuoka possède déjà une dizaine de ces petites écoles, presque toutes, uvres diocésaines.

    La réunion du 17 octobre dernier avait pour but de donner aux maîtresses, outre les diverses directives nécessaires au début dune entreprise de ce genre, la méthode la meilleure pour elles de travailler au salut des âmes qui leur sont confiées, sans heurter de front les susceptibilités des parents païens. Quatre Religieuses du St. Enfant Jésus de Chauffailles et huit maîtresses laïques assistaient à cette réunion où le P. Doller, de Yawata, convoqué, relata les résultats obtenus par la Société des Mères de famille, établie dans son école.

    Le mois du Rosaire apporta cette année au diocèse de Fukuoka des renforts en personnel aussi précieux que variés.

    Mentionnée dans le dernier numéro du Bulletin, larrivée, le 7 octobre, de MM. Prévost et Léger, Sulpiciens de la province du Canada, qui, installés à lévêché, travaillent darrache-pied à létude du japonais.

    Le 25 octobre, le P. Heuzet allait à Nagasaki au devant de trois Filles de la Charité de St Vincent de Paul, appelées à Fukuoka pour y fonder des uvres de charité et dassistance sociale. A lheure actuelle ces uvres non seulement contribuent à acheminer vers le salut éternel les pauvres malheureux dont on a secouru les misères physiques, mais de plus elles attirent lattention et la bienveillance des autorités sur linfluence bienfaisante de lEglise Catholique à travers le monde : ce qui nest pas à dédaigner par ces temps de nationalisme effervescent. En attendant de pouvoir commencer une uvre, les Surs de Charité habitent lévêché dAratomachi, évacué par Monseigneur, et y étudient la langue. Son Excellence a transporté ses pénates dans un petit immeuble situé en bordure dune rue commerçante, lequel après avoir jadis servi de séminaire, puis de noviciat de religieuses, va maintenant servir de résidence épiscopale jusquà la mi-décembre, époque à laquelle on espère que sera terminé le nouvel évêché en construction.

    Enfin le dernier mais pas le moindre, notre cher nouveau le P. Beignet mettait le pied sur la terre nipponne le 30 octobre, et nous arrivait peu après accompagné par S. E. Mgr Castanier. Lui aussi a pris rang parmi les commensaux et linguistes en herbe de lévêché.

    Pour compenser tous ces arrivages, le P. Lagrève va nous quitter bientôt pour prendre au pays natal un repos bien mérité, pendant lequel il aura la satisfaction dassister avec ses trois autres frères prêtres aux noces dor de ses vénérables parents.


    Osaka

    7 novembre.

    Après les Trappistines, le diocèse dOsaka a la joie de voir les Filles de la Charité venir apporter le concours de leurs efforts à lévangélisation des régions si peuplées du Japon central.

    Trois religieuses sont installées depuis le 26 octobre à Tanabé, où, en attendant une installation définitive, elles habitent une maison de location à une faible distance de la résidence du P. Bec.

    Dès que la chose sera possible, un dispensaire gratuit sera ouvert à Imaiké, lun des quartiers les plus pauvres dOsaka, où ces religieuses sont appelées à recueillir une abondante récolte dâmes parmi ces déshérités de ce monde.

    Quelques jours plus tard, nous avions le plaisir dadresser nos salutations de bienvenue au Père Unterwald, que le Séminaire de Paris a eu la gracieuseté denvoyer à la Mission dOsaka, et dont nous lui sommes on ne peut plus reconnaissants.

    Notre jeune confrère, accompagné des PP. Froidevaux, Beignet, et Liogier, débarquait le 30 octobre à Kôbé en parfait état de santé, et tous quatre se déclaraient enchantés de leur longue traversée.


    Séoul

    4 novembre.

    Le 13 septembre, notre cher doyen est entré dans sa 71ème année. Jai oublié, et je men excuse, de signaler cet événement dans la chronique du mois dernier. Donc ce jour-là, il y eut grandes réjouissances au village de Mai hoa tong, résidence du Père, les chrétiens du district ayant tenu à fêter solennellement et de tout leur cur leur vieux missionnaire. Les PP. A. Gombert, Chabot et Dourisboure, encore en vacances à cette date, étaient allés présenter au jubilaire les vux et les félicitations de tous ses confrères : ils finirent même par lamener avec eux à Séoul, car il a vraiment besoin de repos. Pallentes habitant morbi, anémie et dautres misères que vieillesse apporte avec soi ; et le bon Père a dû, sans croire beaucoup à leur efficacité, absorber des poudres, des liquides de toutes couleurs. Après un mois de séjour à lévêché, il est retourné avec plaisir à son poste, le vicaire ayant reçu tous les pouvoirs nécessaires, le Père pourra vivre dans une demi-retraite.

    Depuis le commencement de lEglise de Corée, sur les 63 confrères décédés, 3 seulement ont dépassé 70 ans : les PP. Poisnel (+ 1925), Le Merre (+ 1928), tous les deux morts dans leur 71ème année, et Monseigneur Mutel que le bon Dieu a rappelé à Lui le 23 janvier dernier, et qui allait atteindre ses 80 ans. Sur ces 63, 16 sont morts de mort violente : 12 martyrisés, 1 massacré, 3 sur les champs de bataille de la grande guerre. Actuellement nous avons, grâces à Dieu, bien vivants, deux septuagénaires : le bon P. Vermorel, provicaire de la mission de Taikou et notre cher P. Curlier.

    On fait dire à Caton lAncien : sil ny avait que des vieillards on vivrait mieux et plus sagement.... à eux lintelligence, la raison, la prudence, mais il paraît que les jeunes du temps du vieux Ca-ton le traitaient de radoteur. Quen pensent les jeunes daujourdhui ? Mieux vaut ne pas les interroger. Contentons-nous de souhaiter à tous des années nombreuses et aussi bien remplies que furent celles de Mgr Mutel, des PP. Poisnel et Le Merre, dont je viens de rappeler le souvenir, et de prier le bon Dieu de nous conserver encore longtemps les chers PP. Vermorel et Curlier.

    Le P. Bodin est enfin de retour ; aussi, le jour de la fête du Christ-Roi lorgue de la cathédrale a retrouvé sa voix.

    Mgr Larribeau a fait imprimer dernièrement un Petit Aperçu de lannée 1er mai 1932 1er mai 1933, état du Vicariat Apostolique de Séoul, feuille destinée aux bienfaiteurs et amis de cette mission. Nous constatons avec plaisir que laccroissement de la population catholique pour toute la Corée est de 6604, dont : Séoul 2992, Taikou 1452, Ouensan 1320, Hpyeng-yang 1604 ; par contre, la mission de Yenki compte 839 chrétiens de moins que lannée dernière. Cest que dans ce petit coin du paradis mandchou les raids de brigands, les enlèvements de personnes, les vols, pillages, assassinats sont toujours très fréquents ; aussi, beaucoup de Coréens sont allés porter leurs pénates dans une contrée moins dangereuse, plusieurs missionnaires ont dû abandonner leurs résidences pour se réfugier dans les centres où les soldats japonais tiennent garnison. Ceux-ci font bien de temps à autre ce quils appellent des expéditions punitives, mais on sait que trop souvent dans ces répressions les innocents se trouvent englobés avec les coupables. Bref, le dernier recensement de la Préfecture Apost. de Yenki na donné que 11.837 chrétiens contre 12.676 enregistrés en 1932. Pour toute la Corée le nombre des catholiques est de 127.643, dont pour le Vicariat de Séoul 57.295, répartis en 43 districts groupant 614 stations ou chrétientés.


    Taikou

    7 novembre.

    Nos vétérans se rappellent encore le bon vieux temps où notre chère Société envoyait à la fois quatre nouveaux au même évêque. Cela est bien loin, hélas ! aussi, larrivée chez nous dune dizaine de jeunes et vaillants ouvriers apostoliques constitue un fait divers dune rareté digne dattirer lattention. Le supérieur de la petite équipe des missionnaires de Saint Colomban, parti pour Shanghai au devant de sa troupe, nous revenait le 29 octobre à Taikou accompagné de ses huit premiers collaborateurs. Sept viennent dIrlande, un dAmérique, et un neuvième, parti faire ses adieux à la famille en Australie, arrivera dici peu, ce qui portera à dix le premier contingent. Ces jeunes gens ont quitté la terre natale avec les missions pour destination ; à Hongkong, lamplitude de leur domaine apostolique, large comme leur cur, sest restreint et précisé, avec Taikou pour but. Il reste encore suffisamment de payens pour satisfaire leur zèle. A leur arrivée, selon la tradition, ils ont reçu un nom coréen et maintenant ils commencent à sinitier aux charmes de la langue sous la direction dun professeur du pays. Dans quelques mois, ce sera le Duc in altum dans le Tjyen-la sud, futur champ de leur labeur. Le supérieur, accompagné du vicaire forain de cette province, vient de partir visiter tous les postes jusquà Quelpaert inclusivement.

    La sus-dite province, pendant la guerre, était confiée aux soins paternels du seul P. Taquet. Larrivée des missionnaires de Saint Colomban coïncidait avec le soixantième anniversaire de ce cher confrère. En Corée, cette fête se célèbre dans la mesure des moyens avec la plus grande solennité possible. Les enfants et les petits enfants se réunissent autour des parents ; salutations, présents, compliments, festin, rien ne manque. Les chrétiens des deux provinces du sud de la Corée ont été les enfants spirituels du jubilaire ; après son entrée au Séminaire comme professeur, puis supérieur, une légion de jeunes prêtres le devinrent ainsi que les séminaristes actuels. Toute cette nombreuse postérité na pas manqué aux bienséances, et sest réjouie de cur en ce jour de fête. Les absents, retenus par la distance ou les devoirs détat, offrent leurs vux par lettre, les présents plus heureux le font de vive voix. On souhaite même de faire loctave dans soixante ans. Dans sa pondération, le nouveau sexagénaire répond quil ne faut pas exagérer. Nous demandons seulement au Bon Dieu de lui faire faire une large brèche dans le cycle quil commence.

    Le P. Froidevaux, notre nouveau, vient accroître dune unité le nombre des missionnaires de la Société. Dans le clergé de Taikou, y compris les prêtres indigènes et les Pères de saint Colomban, il prend par rang dordre le numéro 63. Sans coup férir, à peine débarqué, il se joint aux Pères irlandais pour létude du coréen, faisant coup double, car obligé de raviver ses souvenirs danglais, il progressera aussi rapidement en cette langue, si utile en Extrême-Orient. Bon succès, long et fructueux ministère à notre Benjamin

    Chronique de Moukden : voir plus loin.


    Kirin

    17 octobre.

    Les journaux locaux parlent depuis 15 jours de la peste qui ravage le district de Nenganhien. Des mesures énergiques ont été prises par les autorités pour localiser le mal et on peut espérer quelles y ont réussi.

    Désormais lon peut aller directement de Kirin à Karbine, par la nouvelle ligne qui vient dêtre achevée et qui sappelle La-pin Tiélou. Le 15 octobre, la ligne fut inaugurée, et à cette occasion, les drapeaux mandchoux et japonais, intimement enlacés, ornaient les locomotives. Inutile de dire limportance stratégique de cette ligne, qui permet de transporter des troupes dans le nord de la Mandchourie, avec autant de sécurité que de rapidité.

    Le 8 octobre, avait lieu à Tsitsikar, la bénédiction solennelle de la magnifique cathédrale, élevée par les Pères Suisses, des M-E. de Bethléem. Les Pères Guérin, Dassier, Ting François et Tchang Henri assistèrent à ces fêtes et y représentèrent tous les confrères de la mission de Kirin, Le P. Guérin, en un discours très heureux et très applaudi, rendit hommage au zèle et à lesprit dinitiative des révérends Pères Suisses.

    Notre école de Sinking vient dêtre classée 3ème aux épreuves sportives qui se disputèrent entre les 27 écoles de la ville. Ce résultat récompense les efforts persévérants du P. Ting André, directeur de lécole.

    Le P. Gibert se rend aujourdhui à Hongkong où il va faire imprimer un dictionnaire historico-géographique de la Mandchourie. Ce livre, qui vient à son heure, avait sa place marquée dans toutes les bibliothèques des missionnaires et des personnes sintéressant aux affaires dExtrême-Orient. Durant labsence du P. Gibert, le P. Roland se chargera de ladministration du poste de Oukiatchan.

    Cette année, la fête de Ste Thérèse a revêtu un éclat particulier, à la cathédrale de Kirin, par la présence de son ancien curé, le P. Gibert, qui, dans un magnifique discours, invita les chrétiens à marcher sur les traces de la glorieuse petite sainte.

    Merci au Conseil Central de Paris, de nous envoyer un nouveau confrère, dans la personne du P. Liogier. Originaire du Puy, le jeune Père ne sera pas dépaysé au milieu de nous, car cinq missionnaires viennent aussi de cette région de France si riche en vocations.

    Son Excellence est actuellement en tournée de confirmation, visitant les districts situés à louest et au nord-ouest de Sinking. Le jour de la fête du Christ-Roi, Son Excellence présidera à Siaopakiatze la clôture de la mission, organisée par le P. Revaud.


    Chengtu

    15 octobre.

    Par suite du mauvais fonctionnement de la Poste tant à cause de-la guerre civile que de linvasion des Communistes, nous navons pas reçu le Compte Rendu de la Société, ni en 1932, ni en 1933. Pour le cas où dautres missions ne lauraient pas reçu ou ne recevraient pas celui de 1934, je me permets denvoyer au Bulletin le tableau de lexercice 1932-1933.

    Population catholique9.356
    Personnel :
    1 évêque ; 1 provicaire ; 26 missionnaires dont 7 en congé,
    6 prêtres indigènes dont 2 retraités...74
    Religieuses Francisc. M.M. 27 européennes, 14 indigènes. 41
    Fruits spirituels :
    Baptêmes :
    enfants de chrétiens 2.191
    adultes 200
    adultes in art. mort 2.536
    enf. de païens in art. mort6.273
    Confirmations760

    Confessions:
    annuelles. 26.067
    de dévotion 90.954

    Communions:
    annuelles. 22.828
    de dévotion 276.344
    Séminaires :
    Séminaire Commun (Philo-Théologie) élèves 28
    Petit séminaire 44
    Séminaire préparatoire 74
    uvres scolaires :
    Ecole secondaire.1 garçons 158
    Ecoles primaires supérieures..3 85 filles 94 179
    Ecoles primaires.. 14 220 145 365
    Ecoles paroissiales..193 1.694 1.733 3.427
    uvres de charité :
    Orphelinats.7 orphelins et orphelines 1.765
    Hôpital1 malades soignés 5.780
    journées dhôpital 130.000
    Hospices.3 hospitalisés, malades
    soignés 4.191
    Dispensaires.. 5 malades soignés 259.895
    Malades soignés dans les prisons.. 22.508

    Le P. Roux, minor, supérieur du Probatorium, est venu à Chengtu pour consulter la Faculté. A son arrivée, la température du malade était de 38º ; quelques jours après, elle montait à 39º 8 et le Dr Béchamps diagnostiquait une fièvre para-typhoïde. Mais, grâce à ses soins dévoués, elle ne tardait pas à descendre à 37º 2, et le mieux saccentuait de jour en jour. Le Père se dit parfaitement rétabli et pense déjà à regagner son poste.

    Le Rév. Père Rodriguez, O. S. S. R. reviendra sous peu à Chengtu, avec trois autres Pères Rédemptoristes, pour y fonder une maison de leur Ordre.

    Les Rouges auraient quitté la région Paoning-Pachow pour tenter une offensive en direction de Shunking, ville épiscopale de S. E. Mgr Paul Ouâng.

    Lépicentre du tremblement de terre, ressenti si fortement dans toute la région de Chengtu le vendredi 25 août, et que ma dernière chronique a signalé, paraît bien sêtre trouvé dans les hautes montagnes qui bordent le cours de la Rivière Min entre Kouanhien et Songpan. Dans la région de Tieki dimmenses éboulements de terrains ont obstrué le lit du fleuve et formé un lac qui a englouti la ville de Tieki. Comme cela était à prévoir, la pression de leau a enfin emporté le barrage, et depuis le 8 octobre une immense trombe deau sort des gorges de Kouanhien emportant tout sur son passage, principalement le long des canaux qui passent entre les villes de Ouenkiang et Tsongkintcheou pour se diriger sur Sintsin.

    Ceux qui possèdent la carte de notre mission, levée par le P. François Roux, aîné, et éditée par les Variétés Sinologiques des Pères Jésuites de Zikawei, y trouveront tous les noms de lieux que je cite.

    Du Journal de Monseigneur :
    Dimanche 17 septembre. A midi de Chengtu 6 h. ½ de Paris nous vivons en union avec notre Séminaire de la Rue du Bac, où a lieu la consécration épiscopale de S. E. Mgr de Jonghe dArdoye par S. E. Mgr de Guébriant, assisté de NN. SS. Paul Ouâng, de Shunking, et Matthieu Ly, de Yachow.

    A 4 h., la bénédiction du T. S. Sacrement est donnée par le P. Gabriac, ami intime du nouveau vicaire apostolique du Yunnan. Lorsquil était à Moutchang, voisin de Kiongtcheou, où Mgr dAmathus était missionnaire, le P. Gabriac lui avait prédit de hautes destinées, prédiction aujourdhui réalisée. Les PP. Pinault et Grasland faisaient diacre et sous-diacre ; les élèves du Petit Séminaire chantèrent les divers motets et le Te Deum, avec accompagnement du grand orgue tenu par le P. Josset.


    Ningyuanfu

    19 octobre.

    Le Kientchang
    En réponse à lenvoi du compte rendu, le représentant de Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique, écrit à Monseigneur : Il mest particulièrement agréable de manifester à V. E. et à tous ses vaillants collaborateurs mon admiration émue pour le zèle et les initiatives avec lesquelles ils travaillent à la propagation de la Foi, et de me réjouir pour luvre de charité et de sollicitude pastorale déployée pendant la dernière année en faveur de ces pauvres populations, qui ont pu constater comme lEglise est linstitution qu prsidet caritati.

    Le 4 octobre, fête de St François, S. E. Mgr Baudry recevait les vux des sept premières Oblates Franciscaines de Marie de la mission de Ningyuanfu. Trois autres prolongent leur noviciat de six mois.

    Le P. Audren se rappelle au bon souvenir de tous les confrères. Il comptait se rendre à Paris au début doctobre, consulter un spécialiste, voulant être enfin fixé sur la cause de son état de faiblesse qui persiste.

    Le P. Laborie est revenu enchanté de sa visite au P. Monbeig. Malgré son grand désir, il na pu réaliser son projet daller jusquà Tchangpintse ; le mauvais état des routes et les torrents ne le lui ont pas permis.

    Dans le nord, la situation na guère changé depuis un mois. Les résidences de Foulin et Houangmoutchang restent occupées par les militaires. A Foulin, le commandant de place a installé son tribunal à loratoire, et le curé de lendroit se trouve dans la désagréable obligation dentendre chaque jour linterrogatoire des procès, et souvent les plaintes des accusés mis à la torture.

    Dans le sud, tout nest pas, non plus, rentré dans lordre, malgré larrivée des nouveaux soldats. Des bandes de révoltés, cherchant de nouvelles recrues, battent toujours la campagne. Ils attendent sans doute que la situation du maréchal Lieou soit définitivement réglée, pour savoir la décision quils doivent prendre : la révolte ouverte ou la soumission. Quelques uns dentre eux ont fait une visite de politesse au P. Ollivier, à Moulotchai. Ils ont été très contents. Notre confrère leur a fait servir le thé quils ont bu en écoutant le phono, et ils se sont séparés bons amis...


    Tatsienlu

    1er octobre.

    Le 22 septembre, un nouveau missionnaire a quitté la France à destination de Tatsienlu. Nous souhaitons à notre jeune confrère M. Le Corre, un bon voyage, et puisse le rude pays des Marches plaire à son cur de Breton !

    Les missionnaires du Loutsekiang redoutent les suites funestes de la famine qui menace cette contrée. Déjà la récolte de lan dernier avait été très maigre, et cette année, cest pire encore. On raconte même que plusieurs Lissous seraient morts de faim, et quune famille de sept personnes serait complètement détruite. Si, par malheur, un accident se produit sur le maïs, ce sera une catastrophe. Le P. André, persuadé de la grande utilité davoir des catéchistes pour aider luvre de lévangélisation, a groupé une douzaine danciens séminaristes et élèves plus instruits, en une petite retraite. Notre confrère espère que, dans ce groupe délite, il pourra trouver de précieux auxiliaires, et il a lintention de les réunir chaque mois.

    De Yentsin (Yerkalo), le P. Nussbaum nous écrit : Le grand événement du jour, cest larrivée de trois Ndapum de Lhassa (les livres anglais traduisent, avec quelque exagération, Ndapum par : général). Ces dignitaires arrivent en grand falbala, accompagnés dune compagnie de soldats et de nombreux gens de service. Drapeau déployé, tambours, clairons et porteurs de pipe en tête, ils se dirigent sur la Mission, dont ils ont lidée de faire leur quartier général. Je proteste, et je finis par obtenir quils se logent ailleurs. Tout le peuple est mobilisé pour le service de ces hôtes et de leurs chevaux.... Létat-major, ainsi que tout le peloton, me firent plusieurs visites ; les brodequins ferrés résonnaient continuellement sur le plancher de la véranda. Jai trouvé officiers très à la page. Tous les trois lisaient ou parlaient langlais, dialoguaient sur les sciences européennes, avaient fait un stage dans un camp dinstruction aux Indes, et se montrèrent des hommes cultivés, pleins de talents de société. Après leur départ, le peuple tint ses assises pour régler la question des dépenses.

    Nous avons déjà attiré lattention de nos lecteurs sur la situation spéciale du P. Nussbaum et de sa chrétienté de Yerkalo. Depuis lannexion de ce pays par Lhassa, notre confrère et ses ouailles sont sous lautorité du Dalai Lama, et non plus de la Chine. A ce sujet, le P. Nussbaum reçut des envoyés de la capitale les renseignements suivants : la Mission peut demeurer sur le territoire de Yentsin dans le statu quo ante ; le gouvernement thibétain interdit seulement les achats à perpétuité ; quant à la protection, la Mission se trouve sous la loi commune, Lhassa décline toute responsabilité, réparations ou indemnités suivant les cas. Pour pouvoir circuler et faire de la propagande religieuse dans le reste du Thibet, le missionnaire doit obtenir la permission du Dalai. On devine ce que signifient ces dernières clauses. Cette situation nest, du reste, pas définitive, puisque les Thibétains accepteraient de rendre Yentsin à la Chine, si celle-ci lui restituait le Niarong (1) ; on assure même quune délégation chinoise conférerait présentement à Lhassa sur cet échange.

    La guerre qui a désolé le Szechwan savance dans nos régions. Notre maréchal a perdu Yachow, qui fut pillé par les vaincus. On ignore où Liêou ouên houi sest réfugié : daucuns le placent près de Fulin, et dautres plus près de nous encore. Toujours est-il que la 24e armée, celle dont dépend Tatsienlu est battue, et a perdu tous les territoires situés à lest de la ligne Tanpa-Luting-Tsingkihien. On dit que le maréchal Liêou de Chungking a cessé les hostilités contre la 24e armée, qui aurait en face delle le maréchal Tén, et des bandes de soldats, devenus brigands. La panique règne dans la sous-préfecture de Luting ; en ville de Tatsienlu, linquiétude se cache, par ordre, et la population na plus quà fournir limpôt de lannée prochaine pour lintendance. Chacun se demande : A quand la paix ?


    Yunnanfu

    2 novembre.

    Par radio de Singapore du 30 octobre, Son Excellence Monseigneur de Jonghe annonce son arrivée à Haiphong pour le 16 novembre. Son Excellence, devant nécessairement sarrêter quelques jours au Tonkin, ne pourra nous arriver que fort peu avant la retraite des Pères Indigènes.

    Le 28 octobre, nous avons eu lagréable plaisir de recevoir en gare de Yunnanfu les Pères Le Corre, neveu du P. Hamon et destiné à la mission de Tatsienlu, et notre benjamin le P. Régis Moulin. Au nom de tous, nous lui avons souhaité la bienvenue et, en songeant aux vides faits dans nos rangs ces dernières années, nous ne pûmes que lui souhaiter de conserver le moins longtemps possible, son titre de benjamin de notre mission.

    ___________________________________________________________________________
    (1) Niarong : région située au nord-ouest de Tatsienlu et, depuis peu, prise au Thibet par les Chinois.


    Kweiyang

    26 octobre.

    Aux premiers jours doctobre, Mgr Larrart se rendait à Tinfan pour y bénir une nouvelle église élevée par le P. Didier et dédiée au Saint Curé dArs. Son Excellence profitait de sa présence dans la région pour visiter les postes voisins : Ganchouen, Tchenning, Kianglong. Mais, comme à raison du mauvais temps, les chrétiens étaient encore occupés à la récolte du riz, il nétait pas possible de visiter les campagnes, et Sa Grandeur rentrait à Kweiyang une vingtaine de jours après, accompagnée du P. Didier. Elle va repartir incessamment vers le nord de la mission, cette fois, pour visiter le vicariat forain indigène de Tseny.

    Au couvent des Surs Chinoises du Sacré-Cur, 11 novices font leur retraite préparatoire à la profession, qui aura lieu en la fête du Christ-Roi. Ce mot de novices est un peu trompeur, étant donné quelles étaient déjà toutes au service de la sainte Eglise depuis nombre dannées : certaines mériteraient plusieurs chevrons, et, de telle ou telle, on pourrait dire quelle porte elle aussi onze lustres complets surchargés de trois ans Il sagit plutôt, en effet, de commuer leurs vux privés en véritables vux de religion. A loccasion de cette retraite, le P. Noyer, sentant se desserrer quelque peu la gêne de son hémiplégie, se trouve tout heureux et quelque peu fier de pouvoir donner un coup de main, un coup de langue faudrait-il dire, au prédicateur. Puisse-t-il une autre fois faire comme jadis prédicateur tout seul.

    Le mois dernier, premiers jours de septembre, lors du passage à Touchan des trois Surs Canadiennes en route pour Hongkong, le curé de lendroit, le P. Derouineau, assez fatigué lui-même, sest joint à elles soit pour leur aplanir les difficultés de la route, soit pour consulter lui aussi le médecin. Nous apprenons avec plaisir que son mal est moins grave quon avait craint. Mais, comme Hongkong se trouve pour nous à mi-route de la France, il en a profité pour aller revoir le pays natal. Il y revient à un âge où les souvenirs en sont encore vivaces, ce qui lui en rendra le séjour dautant plus agréable. Il va nous revenir frais et dispos. Malheureusement, le climat de Chine, celui du Kouytchéou du moins, dès quil ressaisit son homme, le reprend tout entier et a vite fait de le ramener au statu quo ante.

    Le 10 octobre, anniversaire de la révolution chinoise et donc grande fête pour la Chine, nous avons eu lagréable surprise de voir arriver ici cinq autos du Kouangsi, lesquelles avaient couvert en cinq jours la distance Nanning-Kweiyang, malgré le mauvais état de la route au Kouytchéou.

    Voilà donc ouverte, de Hongkong à Kweiyang, une nouvelle route plus directe, plus rapide, moins fatigante et moins coûteuse (moins de 100 piastres dici à Hongkong) que la route par le Yunnan. Cette nouvelle route une fois livrée à la circulation, lancienne sera abandonnée sans plus de regret que, lors du percement de listhme de Suez, ne le fut par les voyageurs Extrême-Orient-Europe celle du Cap de Bonne-Espérance.


    Canton

    Nous avons eu le plaisir de recevoir la visite de S. E. Mgr Kanazei, Vicaire Apostolique de Shiuchow, et de S. E. Mgr Walsh, Vicaire Apostolique de Kongmoon.

    Deux de nos jeunes confrères, les PP. Kerouanton, du Vicariat de Nanning, et Dewonck, du Vicariat de Kweiyang, nous ont fait le même plaisir.

    Le P. Chatelain, qui espérait pouvoir rentrer dans sa mission dans le courant du mois de novembre, est obligé de prolonger dun an son séjour en France.

    Le 25 octobre, a eu lieu le premier voyage de lavion postal de la ligne Shanghai-Canton, avec arrêts à Wenchow, Foochow, Amoy, Swatow et Hongkong. Malgré ces nombreux arrêts, le voyage se fait très rapidement. Cette ligne correspond avec Péking et Hankow.

    Mademoiselle Ly et Madame Ma, professeurs à lUniversité Sun-Yat-Sen, se préparent à recevoir le baptême ; la deuxième à abjurer le protestantisme. Lune et lautre sadonnent avec ardeur à létude de la doctrine catholique. Mademoiselle Ly est munie de trois doctorats de lUniversité de Paris. Elle a fait, sans être encore chrétienne, partie de lAssociation St François-Xavier. Elle parle volontiers et avec grands éloges de Madame Daniélou et de Mademoiselle Mercier.

    Chose rare, une famille de mahométans sinstruit aussi de notre doctrine et pourra être baptisée dans le courant de cet exercice.


    Swatow

    17 novembre.

    Novembre, mois de la moisson dautomne ; nous en profitons pour faire, nous aussi, nos provisions spirituelles pour lannée à venir. La retraite des confrères est terminée, celle des prêtres indigènes va commencer. Nous regrettons que léminent prédicateur que nous attendions pour nous aider et nous guider dans ce travail de rénovation, ait été empêché au dernier moment ; ce ne sera, nous lespérons, que partie remise, à lannée prochaine.


    Pakhoi

    2 novembre.

    Le dimanche 24 septembre, en présence de Mgr dAssus, du P. Rossillon, qui voyait ce jour-là le couronnement de son uvre, en présence aussi des missionnaires résidant ou de passage à Pakhoi, il fut procédé par le P. Genty à la bénédiction du nouvel évêché-procure, qui, par ses dimensions, par lagencement pratique des locaux, promet dêtre véritablement la maison des missionnaires. Quelques jours plus tard, Dieu ayant été, comme de juste, premier servi, nous réunissions, autour de notre modeste table, quelques amis seulement, parmi lesquels il faut mentionner Monsieur le Consul de France, le sympathique Commissaire des Douanes : M. Anderson, et notre dévoué docteur : M. Quy. La maison prête, il ne restait plus quà loccuper ; cest ce que fit sans bruit le procureur de la mission, au soir du 8 octobre. Depuis bientôt un mois, il y jouit dun calme inconnu jusquici, menant la vie dun véritable anachorète, en attendant (des indices montrent que cela ne tardera pas) que Monseigneur vienne ly rejoindre. Nous désirons et nous souhaitons de tout notre cur, que bientôt notre cher évêque puisse, bonheur qui ne lui a pas encore été donné, y voir réuni autour de lui tout le clergé de la mission.

    En attendant cet heureux jour, le calme, pur de tous les bruits de la ville, qui entoure le nouveau bâtiment, semble sétendre à toutes les résidences de la mission. Partout où ils ne sont pas retenus par des travaux pressants, les maîtres du logis ont verrouillé leurs portes et, sans souci de la crise mondiale qui cependant les poursuit jusque dans la brousse, sont allés gaîment à la conquête des âmes. Nos vux de succès les y accompagnent et à tous nous souhaitons, au milieu de fatigues bien méritoires, les plus abondantes consolations.

    De sa demeure sanatoriale de Montbeton, notre cher P. Baldit, un peu dépaysé et peiné de ne plus voir de Chinois autour de lui, nous donne de ses nouvelles que nous désirerions meilleures. Il se rappelle au bon souvenir de tous et, pour tous, offre généreusement à Dieu le mérite de ses souffrances. En lui souhaitant une meilleure santé, nous le remercions cordialement de ses pieux suffrages.

    Plus près de nous, une voix, que daucuns croyaient près de séteindre, vient de sélever à nouveau. Cest celle de notre cher doyen, le bon P. Zimmermann, qui, malgré un silence vieux dun an, ne perd ni le nord ni son temps. Il fait faire des miracles à sa sainte préférée, la petite Thérèse de Lisieux, et après avoir obtenu delle de revenir des portes du tombeau à une santé de jeune missionnaire, il lui recommande une autre santé bien chère : celle de son vieux coffre-fort, qui, comme par hasard, souffre, lui aussi, dune maladie interne. Sa foi, qui na pas de montagnes à transporter dans ce plat Luichow, cherche à opérer sur dautres éléments. Il y réussira, car il sait prendre les moyens héroïques que, pour ne pas blesser sa grande modestie, cette chronique ne divulguera pas.

    2 novembre. Au nom de Monseigneur empêché, le P. Genty, provicaire, est allé jeter leau bénite et réciter une petite prière sur la tombe des 6 Français qui dorment leur dernier sommeil dans notre petit cimetière : 2 marins ; 2 missionnaires : les Pères Kammerer et Lemaire ; 1 Sur de St Paul de Chartres, Sr Emmanuel Marie Féron ; et 1 petit ange (1901-1902) Jacques Victor Flayelle. Au nom des maisons religieuses et des familles absentes, un De profundis a été récité. R. I. P.


    Hanoi

    13 novembre.

    Nous avons promis aux lecteurs du Bulletin de les emmener, ce mois, chez les broussailleux. Litinéraire sera : route de Hanoi aux montagnes, 30 klm., avec crochets à droite et à gauche ; grande pointe dans louest montagneux, environ 30 klm. sur piste et sentiers ; retour, par route, de lextrémité sud-ouest à Nam-Dinh, 100 klm.; puis de Nam-Dinh à Hanoi en longeant, avec crochets, la voie ferrée, laquelle mesure 88 kilomètres. En route !

    De Hanoi aux montagnes. A Hadong, 11 klm. de Hanoi, chef-lieu de province et Versailles de la capitale tonkinoise, réside notre provicaire, M. Aubert. Rompu à la jurisprudence franco-annamite et aux dessous cachés des affaires, il juge en première instance et, le plus souvent, réussit à les arrêter là, les cas qui lui sont soumis de tous les points de la province. Mais sa tâche de beaucoup préférée est, avec la direction générale dun vaste district, ladministration directe de la belle paroisse de Phung-Khoang, dont il est curé depuis plus de 40 ans. Phung-Khoang, cest sa vigne de prédilection. Bien labourée, bien ratissée, émondée au besoin, les vieux ceps produisent en abondance. Les jeunes pousses, élèves de lécole paroissiale, croisés et cadets eucharistiques, enfants de Marie, promettent davantage encore, si possible, pour les vendanges futures.

    Poursuivons notre route vers louest sur 30 klm.. Nous voici aux avant-postes, où bataille depuis une vingtaine dannées M. Marty. Non pas au même endroit, certes, car il en est actuellement à sa troisième résidence, à sa troisième position conquise. Le diable lui suscite des ennuis, la fièvre trop souvent le tourmente, il souffre aussi dune autre maladie : limpécuniosité. Il grogne quelquefois, mais il tient. M. Giraud, son vicaire, occupe, à une dizaine de kilomètres au sud, un poste quil a rendu accessible même aux autos, car il est pionnier dans le sens matériel comme dans le sens moral. Encore 8 kilomètres vers le sud, puis crochet de 3 klm. à gauche vers le delta : nous sommes à Thuong-lam, fief de M. Hébrard et de son jeune second, M. Caillon. Secteur passé en seconde ligne, mais resté difficile. Il y a des brebis faibles, il y a même des brebis galeuses. Jusquaux éléments qui sacharnent contre les missionnaires. A deux reprises, cet été, la foudre est tombée sur léglise. Le premier coup a frappé la tour, le deuxième, le chevet de lédifice. Pas de morts heureusement, mais des dégâts matériels. Enfin il y a les vieilles infirmités qui de temps en temps se réveillent ; lacier des jarrets qui se détrempe, mais lénergie demeure, voire même lenthousiasme, nest-ce pas, P. Hébrard ? Et puis, le jeune est là : le secteur est bien gardé.

    Rentrons dans la montagne, et de nouveau, point de direction, le sud. Huitième kilomètre, un confrère annamite, M. Ngan ; 15ème klm. , Dong chay, presbytère modèle, celui de M. Fourneuve. Tout est ordonné, fourbi, luisant, léglise surtout, simple paillote muong sur pilotis, mais église et autel sont dune irréprochable propreté. Toutes choses, y compris le curé, ont un aspect si original, si accueillant que de bien loin on aime aller les voir.

    M. Bourgeaux, toujours plus au sud, à 20, 25, 30 kilomètres ? on ne sait pas au juste, en est encore à la période du défrichement. Laissant sa cure aux soins de son vicaire annamite, il sest installé, ou plutôt il sinstalle en pleine montagne, en plein paganisme. Mais déjà il a un petit troupeau de catéchumènes près de lui, dautres aux alentours. Savoyard obstiné au labeur, il récoltera, même dans ce terrain aride.

    Au Lac-thô, notre Far-west, lhôpital-dispensaire-école, rêve de MM. De Cooman et Vacher, entre dans lère des réalisations. Luvre va être installée à Vu-ban, gros marché en voie de développement, sur la route de Hoa-binh à Phu-nho-quan, à deux lieues de la paroisse de Muong-cat. Le terrain, après force difficultés, est acquis définitivement, les matériaux à pied duvre, les constructions commencées. M. Vacher campe dans un hangar-paillote et dirige les travaux. Les Religieuses de St Paul de Chartres nattendent quun signe pour sy rendre aussi. Cet établissement est appelé à rendre de grands services à la population montagnarde de la région.

    De Vu-ban à Nam-Dinh, qui sera le terme de notre voyage pour aujourdhui, la route est longue : une centaine de kilomètres, avons-nous dit, dont près des deux premiers tiers traversent un saillant de la Mission de Phatdiem. Ce nest quen franchissant le fleuve Dai que lon rentre en celle de Hanoi et dans le district de M. Coste. Nous trouverons notre confrère à Lô-xa, sa résidence, à moins quil ne soit ailleurs. Il a évangélisé cette région durant près de 25 ans, et il y est revenu, après avoir été curé de Nam-Dinh, comme on revient au pays de ses premières amours.


    Hunghoa

    12 novembre.

    Le compte rendu annuel est terminé, et donne les chiffres suivants :
    Population catholique .51.499
    Baptêmes :
    dadultes 1.577
    dadultes in art. mortis 129
    denfants de païens in art. mortis 5.679
    Catéchumènes5.684

    Cest, depuis la fondation de la mission en 1895, le plus fort chiffre de baptêmes dadultes, qui ait été jamais obtenu ; ainsi, saugmente continuellement le nombre des chrétiens, dans notre vaste mission ; à lheure actuelle, la proportion est environ de 1 catholique pour 24 habitants ; en outre, les enfants de païens, baptisés à lheure de la mort, sont toujours nombreux, qui montent là-haut, pour aider de leur intercession. Les 5.684 catéchumènes, dont linstruction religieuse se poursuit, promettent également de nombreux baptêmes pour lexercice 1933-1934.

    Il est aisé de deviner ce que donne de travail cette préparation de tant de gens au baptême, et quels soucis les pasteurs ont de la persévérance de leurs néophytes ! Dans la province de Sơn-Tây, où ce mouvement de conversion est plus intense, le démon ne cesse de se remuer ; ces derniers temps, en particulier, il nest dembûches quil nait suscitées de-ci de-là, pour entraver luvre de Dieu. Chez le P. Chabert, lassassinat, par les bouddhistes, du chef dun nouveau groupe de catéchumènes, et la menace de détruire ou brûler les maisons de ceux-ci ; chez le P. Massard, menaces dappeler à la rescousse quelque pasteur protestant, vol des matériaux destinés à une chapelle de nouvelle chrétienté, etc. Mais, rien narrête le zèle de nos confrères, et, aidés par les prêtres annamites et les catéchistes, ils continueront, assurés du résultat ; les difficultés du début ne sont-elles pas, pour toute uvre dapostolat, le plus sûr garant dun heureux résultat dans lavenir ?

    Le 15 octobre ramenait le 38e anniversaire du sacre de Mgr Ramond ; comme chaque année, en la cathédrale de Hunghoa, il y eut salut solennel dactions de grâces.

    Le 22 octobre fut la Journée missionnaire; une lettre pastorale de Son Excellence lavait préparée, et, malgré la crise économique, le résultat en fut satisfaisant ; les retardataires profitèrent de la Fête du Christ-Roi, le dimanche suivant, pour apporter leur obole.

    Cette fête du Christ-Roi est partout célébrée avec dévotion ; nos fidèles en ont compris la portée, et, ce jour-là, comme aux jours de grandes fêtes, les communions sont partout nombreuses.

    Comme toujours, pour les fêtes de la Toussaint et le Jour des Morts, la dévotion de tous fut grande ; malheureusement, beaucoup ne purent demander des messes, pour leurs défunts, comme dhabitude. Cest que le travail manque partout, et que rien ne se vend ! Largent fait défaut, et limpôt approche ; il faut y songer ; et, en général, nos Annamites nont presque jamais davance ; ils vivent au jour le jour, et si, par malheur, la maladie vient à les frapper, cest de suite la misère ! Grâces à Dieu, la récolte a été moyenne, et, malgré ce que lon redoutait après le dernier typhon, le riz ne manque pas.


    Quinhon

    7 novembre.

    Le chroniqueur pensait bien navoir ce mois-ci dautre matière pour sa chronique que lannonce de lheureuse arrivée de notre cher nouveau, le P. Lefebvre, en compagnie du P. Marty, destiné à Kontum. Hélas ! le bon Dieu y a pourvu, et ce sont de bien tristes et douloureuses nouvelles, dont il a à faire part aux lecteurs du. Bulletin

    Dans la nuit qui a précédé la fête de la Toussaint, un typhon dune violence inouïe sest abattu sur Quinhon et les environs. Il nest pas possible encore de faire le bilan même approximatif des ravages causés. Cependant, nous nous hâtons de dire, la mort dans lâme, que la mission a été éprouvée bien douloureusement dans deux de ses uvres. A Kim chau, près de la citadelle de Binh dinh, à 20 kilomètres au nord-ouest de Quinhon, le noviciat des Petits Frères de St Joseph sest effondré, ensevelissant sous ses ruines dix frères ou postulants. Avant-hier encore, on navait pu retrouver les corps de deux dentre eux.

    A Gothi, à 20 kilomètres au nord-est de Quinhon, létage du noviciat des Amantes de la Croix sest également effondré. Les professes, novices et postulantes, au nombre de 78, étaient descendues se réfugier au rez-de-chaussée, dans la salle de couture, croyant être là en sûreté, et cest là que huit dentre elles ont trouvé la mort sous un monceau de décombres. De même quà Kim chau, de nombreuses blessées ont pu échapper à la mort et sont soignées en ce moment à Quinhon.

    Seuls ceux qui ont passé par ces sortes dépreuves peuvent se faire une idée de ce quapportent dhorreur et de douleurs de pareilles journées.

    Une forte pluie dans la nuit du 5 au 6 novembre est encore venue ajouter à la désolation générale en inondant les maisons sans toiture, ou en finissant de désagréger les pans de murs qui avaient résisté et qui tenaient encore debout. Tel est le cas de léglise de Quinhon. Trois églises principales au moins ne sont plus que des ruines : Gothi, Tan dinh et Lac dien.

    Notre confrère, le P. Solvignon, a été plus particulièrement éprouvé. De quelque côté quil tourne les yeux, il ne voit que des ruines ; devant lui, sa grande et belle église nest plus quun monceau de décombres ; à sa gauche, son école de filles reste debout, mais bien maltraitée, son école de garçons rasée complètement ; derrière lui, le noviciat écroulé achève lhorreur du tableau. Le presbytère, grâce à son parquet de létage en ciment armé, a résisté, et cest là quon a pu donner les premiers soins aux blessées, pendant les deux premiers jours, les pieds dans leau, car la toiture nexiste presque plus.

    Les novices ont pu trouver un abri sous un hangar de lorphelinat des garçons. Quant à celui des filles, cest un enchevêtrement de paillotes et de bambous, sans un seul bâtiment habitable.

    Les pauvres annamites sous leurs paillotes dévastées souffrent la faim, grelottent de fièvre, et combien sont sans abri ! Le cur du missionnaire se fend de douleur devant un tel spectacle, et cependant, il faut baiser la main du Bon Dieu, et, quoique ce soit pénible, dire : Dieu soit béni ! La mission de Quinhon compte sur les prières et sacrifices des confrères des diverses missions pour obtenir force et courage dans laffliction.

    Notre grand séminaire, qui date de lan dernier, et le petit séminaire de Long song, quoique bien malmenés, ont résisté à la violence du vent, mais leurs chapelles sont fortement endommagées.


    Saigon

    Réception de S. E. Monseigneur Tong.

    Au Séminaire de Saigon. - Tous les prêtres présents à la réception de Mgr Tong à la cathédrale le 24 octobre se retrouvaient le lendemain au Séminaire pour y assister à la première messe pontificale de S. Ex. Mgr Tong sur la terre de Cochinchine et célébrer le centenaire du martyre du Bienheureux Gagelin.

    Inutile de souligner lémotion très vive que le nouveau prélat ressentit en pénétrant dans cette chapelle où il avait passé les jeunes années de sa vie, cela se lisait sur son visage. Inutile de dire également avec quelle ardeur et quel goût tous les séminaristes, grands et petits, avaient travaillé à lornementation de la cour et du préau sous lequel on devait recevoir solennellement le premier évêque annamite ! Arcs de triomphe, guirlandes de fleurs et de feuillage, banderoles et drapeaux se pressaient avec une profusion tout orientale.

    Durant la messe qui fut chantée par les élèves du Séminaire, au milieu dune assistance de prêtres qui dépassait la centaine, les prières montèrent ferventes en faveur du nouvel élu.

    Loffice terminé, une procession sorganisa jusquà lestrade où prirent place Nos Seigneurs Dumortier et Tong. Chants et compliments, rien ne manqua et cela prouvait une fois de plus combien celui qui était le héros de la fête avait conquis de sympathie ! Il ne tarda pas dailleurs à se lever pour prononcer quelques mots de remercîments et laisser parler son cur de Père. Il évoqua ses souvenirs denfance et donna aux élèves qui lentendaient les plus précieux conseils.

    Le déjeuner qui suivit fut tout empreint dune franche gaieté. Les âmes de ceux qui y participaient vibraient à lunisson. Tour à tour Mgr Dumortier, le R. P. Ignace Thich et Mgr Tong parlèrent. Il y a cent ans, fit remarquer Mgr Dumortier, le Bienheureux Gagelin était martyrisé sur lordre de Minh Mang, et aujourdhui, lun des descendants de cet empereur persécuteur invite à sa cour le premier évêque indochinois qui lui apporte un message du Souverain Pontife. Nest-ce pas de bon augure pour le catholicisme en ce pays ?

    A Tandinh. Le soir même, Mgr Tong était reçu très solennellement dans la paroisse quil aima tant et dont il reste encore si aimé ! Laspect, à la nuit tombante, était féerique et la foule, qui se pressait compacte, impossible à évaluer. Chrétiens et païens, riches et pauvres, voulaient pénétrer dans léglise devenue bientôt trop étroite. Le brouhaha empêcha Son Excellence de prendre la parole et Elle dut se borner à donner sa bénédiction. Le salut suivit dans une atmosphère plus calme, puis la réception officielle qui se termina par un superbe feu dartifice.

    A noter que le lendemain matin, Mgr Tong chanta une messe Pontificale de Requiem pour le R. P. Eveillard, fondateur de lImprimerie de la Mission et constructeur de léglise de Tandinh, décédé il y a cinquante ans. A cette messe, lEvêque de Saigon était présent, entouré de nombreux missionnaires et prêtres indigènes.

    A Taberd. Le nouvel évêque na jamais oublié tout ce quil doit aux chers Frères des Ecoles Chrétiennes dont il fut le brillant élève. Cest pourquoi, sans plus tarder, il voulut faire une visite aux professeurs de lInstitution Taberd. On le reçut avec honneur au milieu des chants et aux accents dune fanfare, puis après le salut donné par Son Excellence, au cours du repas qui suivit, le cher Père Cyprien exprima, dans un superbe compliment où il avait mis toute son âme de breton, les sentiments du Très cher Frère Directeur et de ses frères en religion.


    A la Sainte-Enfance. Mgr Tong est doué dun cur très sensible, ce qui lui a permis dapprécier à leur juste valeur les incomparables services que les Surs de St Paul de Chartres rendent dans ce pays depuis tant dannées. Il naurait certes pas voulu quitter sa Cochinchine tant aimée sans apporter aux Surs de la Sainte-Enfance sa bénédiction toute spéciale. Toute la maison au grand complet, la Révérende Mère Provinciale en tête, se pressait dans la chapelle pour recevoir de ses mains lhostie sainte. Puis, ici encore, cétait le tour des compliments, des chants exécutés avec une aisance remarquable. Mgr Tong ne crut pas mieux y répondre quen relisant le magnifique discours quil adressait, il y a peu de temps, aux Surs de St Paul réunies à Chartres. On pourrait le définir un hymne de reconnaissance envers les dévouées collaboratrices des missionnaires.

    Au Carmel. Il avait été décidé que Son Excellence Mgr Tong consacrerait toute la journée du lundi, 30 octobre, au Carmel de Saigon. Le matin il y eut donc messe pontificale, à lissue de laquelle une professe de la veille prit le voile. Cérémonie dautant plus impressionnante que, pour la première fois dans les annales de lEglise, un évêque annamite accomplissait un tel rite pour une de ses compatriotes. Vers 5 heures de laprès-midi, un peu avant le salut du St Sacrement, Mgr Tong laissa encore parler son cur. Et ce fut pour évoquer ses souvenirs personnels sur Lisieux et la Petite Sainte quil aime dun amour de prédilection. Vous avez là votre modèle, ne cessait-il de répéter aux moniales qui lécoutaient derrière leurs grilles délicatement fleuries en ce jour, imitez-le !

    Les fêtes sont finies et Mgr Tong va nous quitter, non sans passer néanmoins à Baria, sa première paroisse qui a gardé un peu de lui-même. Nos vux et nos prières laccompagnent jusquà Hué où il doit rencontrer lEmpereur, jusquà Phatdiem où il travaillera afin que lIndo-chine devienne bientôt suivant le vu du Saint-Père la fille aînée de lEglise en Extrême-Orient. De tout cur nous lui disons : Ad multos et faustissimos annos !


    Hué

    13 novembre.

    Deux glorieux centenaires. Il y a cent ans, à Hué, deux illustres martyrs, le Bx Isidore Gagelin et le Bx Paul Bường, tombaient victimes de la haine aveugle et farouche du roi Minh-Mạng pour le nom chrétien. Le Bx Gagelin, après sept semaines de captivité dans la prison Trấn-Phủ, subit le supplice de la strangulation le 17 octobre en un lieu nommé Bãi-Dâu, tout proche de la ville. Il fut le premier missionnaire qui donna sa vie pour Jésus-Christ au pays dAnnam. Le Bx Bường, après quinze mois dincarcération dans les prisons Trấn-Phủ et Khám-Đường, fut décapité le 23 octobre au village de Thợ-Đúc, distant de Hué denviron un kilomètre à vol doiseau.

    Ces deux grandes dates furent rappelées aux chrétiens par une lettre pastorale de Mgr le Vicaire Apostolique, qui laissait à linitiative de chaque pasteur de paroisse de faire ce qui lui paraîtrait le plus pratique pour honorer nos glorieux martyrs. Des saluts solennels, des messes chantées, des panégyriques, des pavoisements, des illuminations : telles furent les principales manifestations de la piété et de lallégresse de tous, prêtres et fidèles, à loccasion de ces centenaires. La chrétienté de Thợ-Đúc, où le Le Bx Paul Bường versa son sang, avait orné et fleuri la stèle que Mgr Caspar fit ériger jadis sur lemplacement de son martyre. On nen put faire autant pour le Bx Gagelin : aucune stèle ne sélève en son honneur à Bãi-Dâu, terrain situé loin de toute maison chrétienne.

    Cest à Phủ-Cam queut lieu la plus belle fête, le 23 octobre. Paul Tống viết Bường était originaire de cette chrétienté, où il exerça pendant longtemps la charge de premier notable, tout en remplissant à la cour ses fonctions de grand mandarin capitaine de la garde royale. Notre Bienheureux a eu une nombreuse postérité, dans laquelle on compte plusieurs prêtres et plusieurs religieuses ; ses arrière-petits-fils et leurs descendants sont encore en grand nombre à Phủ-Cam et dans les chrétientés voisines. Une chose digne de remarque cest que les deux familles, celle du martyr et celle du roi, son persécuteur, se sont alliées : un arrière-petit-fils de Minh-Mạng, M. Ưng-Trạo, sest marié avec une arrière-petite-fille du Bienheureux ; de ce mariage sont nés seize enfants, dont deux sont actuellement au petit séminaire. La chrétienté de Phủ-Cam a fêté avec la plus grande pompe le plus illustre de ses fils. La vaste église était magnifiquement pavoisée et lautel du Bienheureux, resplendissant de lumières, disparaissait sous les fleurs. La veille et le jour de la fête, le soir, superbe illumination de la façade et des tours. Un arrière-petit-fils du martyr, M. Tống viết Toại, professeur retraité du Collège Quốc-Học, dont un des fils est au petit séminaire, avait demandé à Mgr le Vicaire Apostolique de vouloir bien chanter la messe pontificale ; le P. Kinh, dans un touchant panégyrique, exalta les vertus du Bienheureux et les gloires de sa famille. Le vénéré P. Stffler, curé de la paroisse, toujours alerte malgré ses 70 ans, rayonnait de joie en voyant la pleine réussite dune fête pour laquelle il sétait dépensé sans compter.

    Journée Missionnaire. Une lettre pastorale de Mgr Chabanon transmettait aux chrétiens les pressantes exhortations de Mgr le Secrétaire de luvre de la Propagation de la Foi pour quen cette Année Sainte fut célébrée avec plus de ferveur que jamais la Journée Missionnaire du 22 octobre. Ce dimanche-là, dans les diverses chrétientés et communautés du Vicariat il y eut des offices solennels, des communions nombreuses, des prédications sur la Propagation de la Foi, plusieurs heures dAdoration missionnaire : chacun tâcha ainsi de se conformer, dans la mesure de ses possibilités, aux recommandations de Mgr Salotti et aux désirs du Saint-Père.

    Fêtes nationales du 2 et du 11 novembre. Comme de coutume, ces deux fêtes comportaient des cérémonies religieuses, auxquelles assista toute la population française à léglise Saint François Xavier, qui était pleine à déborder. Le 2 novembre, Mgr Chabanon célébra la messe de Requiem avec le concours du grand séminaire pour le chant et les cérémonies ; le 11 novembre, Son Excellence présida un Te Deum solennel avec Salut du St Sacrement : la chorale des Rédemptoristes exécuta de très beaux chants et la fanfare de la Garde Indigène se fit entendre à plusieurs reprises. Aux deux fonctions liturgiques assistaient S. Exc. Mgr le Délégué Apostolique, entouré des missionnaires de Hué, M. Thibaudeau, Résident Supérieur, M. le Résident-Maire et tous les personnages officiels du Protectorat. M. Le Lieutenant de vaisseau Barthélemy, chef de la Maison Militaire du Roi, représentait Sa Majesté ; il était accompagné des Ministres de la Cour dAnnam et de plusieurs autres mandarins. Le jour de la fête de lArmistice, le P. Lemasle, Provicaire, en un sermon dune inspiration élevée fit vibrer la corde patriotique en nous rappelant que dans la victoire que nous commémorions, une part, et la première, revenait à Dieu, une autre aux vaillants combattants et une aussi aux familles si éprouvées. Certains tableaux touchants de la vie des tranchées émurent vivement les anciens combattants qui assistaient nombreux à cette cérémonie religieuse quils avaient eux-mêmes demandée. Ce jour-là, dès le matin, une foule innombrable avait assisté à une brillante revue des troupes de la garnison devant le Monument des Morts. Une cérémonie patriotique plus grandiose et plus émouvante encore sétait déroulée en ce même lieu le Jour des Morts après la messe : les troupes formaient la haie et rendaient les honneurs ; après lexécution de la Marseillaise et de lHymne national annamite, M. le Résident Supérieur et le Roi, suivis de la foule, déposèrent au pied du Monument où sont inscrits les noms des braves tombés au service de la France, deux palmes fleuries, lune en lhonneur des Français, lautre en lhonneur des Annamites, pendant que les clairons sonnaient le Salut aux Morts et que les assistants se recueillaient pieusement.

    Divers. Le 28 octobre, Mgr Chabanon commémorait le troisième anniversaire de son sacre. Comme de coutume, la cérémonie extérieure consista en un Salut solennel du St Sacrement donné par Son Excellence au grand séminaire. S. Exc. Mgr le Délégué Apostolique et les prêtres de Hué vinrent y assister et offrir leurs félicitations et leurs souhaits au vénéré Pasteur de la Mission.

    Au commencement de novembre, S. E. Mgr Marcou, Vicaire Apostolique de Phát-Diệm, venu au devant de S. E. Mgr Tòng, son coadjuteur, a été pendant quelques jours lhôte de la Délégation Apostolique. Tous les établissements religieux de Hué ont eu lhonneur de sa visite. Le vénérable évêque a bien voulu, à cette occasion, manifester tout haut lintérêt quil portait à nos uvres, tandis que nous restions édifiés des paroles tout apostoliques qui sont sorties de sa bouche partout où il a passé.


    Kontum

    5 novembre.

    Par une communication officielle. Mgr Jannin, voulant rendre nos réunions mensuelles encore plus utiles et plus profitables quelles le sont déjà, et voulant se conformer aux désirs de la Ste Eglise a cru bon détablir à Kontum, ou plutôt de rétablir, nos conférences mensuelles, traitant des questions de théologie, de droit canonique et de liturgie.

    Dans un autre ordre didées, il y a du nouveau à Kontum. Ici, il y a déjà, comme dans toutes les villes dIndochine, une brigade de miliciens de la Garde Indigène. Cela ne suffisait pas pour la sécurité du pays ; voilà que larmée établit ici une caserne de Tirailleurs Montagnards. Les casernes sont bâties : les cadres, composés de 3 officiers et dune dizaine de sous-officiers, viennent darriver : sous peu lenrôlement des nouvelles recrues sauvages aura lieu ; cet enrôlement se fera surtout dans la tribu des Sedangs ; nos tribus des Bahnars, des Jòlòngs, etc., nont pas assez lesprit martial pour cela.

    En voilà-t-il des canons et des fusils !... Nous navons donc quà nous bien tenir.
    Où est-il le temps où le P. Dourisboure parcourait les sentiers de nos forêts, avec sa hotte sauvage sur le dos ?... Que dirait-il sil revenait aujourdhui ? Mais nous navons quà nous mettre à la page. Dailleurs de tout cela, la bonne Providence tirera le plus grand bien.

    Nous avons de bonnes nouvelles de notre cher P. Provicaire, le P. Hutinet, qui jouit dans sa famille dun repos de quelques mois bien mérité.

    Par contre, ici, ces temps derniers, le P. Bonnal nallait pas très bien ; sa vieille bronchite faisait des siennes ; espérons que, sous peu, il aura expectoré tous ses vieux microbes.

    Jai lu quelque part que les grands hommes étaient souvent de petite taille. Notre nouveau confrère pourra se ranger dans cette catégorie des grands hommes. Le plus jeune de la Société, puisque né en 1910, le P. Marty doit en être un des plus petits, je crois. Il a de la chance. Il pourra ainsi passer sans trop se courber sous les bambous de la brousse. Il nous est arrivé la veille de la Toussaint. Inutile de dire avec quelle joie il a été reçu ! A peine arrivé, il a commencé à mettre à mal trois autos, y compris la bonne vieille Ford de Mgr, lancêtre de toutes les voitures du pays ! Le jour même de son arrivée, parti en auto, il a été obligé de revenir en charrette à bufs. Je dois à la vérité dajouter que ce nétait pas lui qui conduisait.

    Tout cela pour dire que cet enfant du Rouergue est bien fait pour le pays bahnar. Dès la fin de la semaine, il va se diriger sur Pòlei-Poo, où, avec laide du P. Ban, il sévertuera à démêler les 5 accents et les 6 tons de cette belle langue annamite, avant de se lancer dans les dialectes bahnar, sedang ou jòrai.


    Bangkok

    6 novembre.

    Après quelques petites avanies dues aux circonstances troublées dans lesquelles se trouvait le Siam, S. E. Mgr Tong, accompagné du P. Vang, arrivait en gare centrale de Bangkok avec une heure seulement de retard sur lhoraire prévu, le mardi 17 octobre. Bien que tous nos établissements scolaires fussent fermés, Son Excellence voulut se rendre compte de leur importance tout au moins matérielle. Il noublia pas non plus le Carmel où Mère Anne de Jésus laccueillit ainsi que ses surs, avec la meilleure grâce joyeuse. Léglise annamite de Bangkok, dirigée par le Père Tapie, lui fit une splendide ovation. De même léglise chinoise, où se dévoue linlassable Père Guillou, manifesta au premier Pontife annamite sa respectueuse allégresse.

    Nous remercions S. E. Mgr Tong davoir bien voulu honorer de sa présence la Mission de Bangkok et nous le prions dagréer nos vux de long et de fécond apostolat dans sa chère Mission de Phatdiem.

    Le Professeur Capra aux Universités royales de Rome et de Pérouse a passé huit jours à Bangkok. venant des Etats Shans quil avait préalablement visités en détail. De là, il sest rendu en Indochine.

    Le Père Thiollière, de la Mission de Swatow, est resté une dizaine de jours au Siam, choyé par les confrères dont plusieurs furent ses camarades de classe à Lyon et à Paris, et sympathiquement accueilli par un nombre considérable de ses anciens chrétiens maintenant établis au Siam. En compagnie du Père Chanelière il visita presque tous les établissements religieux de Bangkok et de Pétriu où il retrouva ses amis : les Pères Carné et Perroudon. Quil nous soit permis de souhaiter au cher Père Thiollière un excellent séjour en France et son prompt retour via Bangkok dans sa Mission de Swatow.

    Ignorant les résultats créés par les événements qui se déroulèrent au Siam durant octobre 1933, il ne nous est pas possible présentement den tracer le tableau. Nous pouvons dire seulement que la mission catholique na en aucune façon, été molestée. Les relations avec Khorat et le Laos siamois ont été et sont encore seules, interrompues. Nous ressemblons un peu à ces braves poilus du front qui jadis apprenaient par les journaux ce qui se passait dans les tranchées. Les journaux de France et dIndochine nous apprendrons espérons-le que nous sommes encore bien vivants à Bangkok, ce dont il nous est difficile de douter.


    Malacca

    28 octobre.

    Le dimanche 15 octobre, S. E. Mgr Tong, Évêque de Phat-Diem, de passage à Penang, a conféré le sous-diaconat à 6 étudiants du Collège Général et à deux autres le diaconat. Parmi les nouveaux ordonnés nous avons le plaisir de compter un Chinois de notre Mission. Cest la première ordination que Son Excellence ait faite, écrit mon correspondant de Pérak, et tous ont été frappés de laisance et de la perfection avec lesquelles Elle a accompli les cérémonies. Le soir, réunion à la cure de Pulo-Tikus. Quel dommage que le P. Renard nétait pas là pour recevoir lillustre visiteur ! Mgr charme de suite par sa bonté et sa simplicité. Dès le lendemain, en compagnie de son secrétaire et dun Frère de Saint-Gabriel, venu de Bangkok à sa rencontre, Son Excellence partait pour le Siam.

    Nous venons dapprendre la mort dun de nos anciens confrères, le P. Charvet, devenu en religion Fr. Victor. Il est un des trois religieux de la Trappe de Pékin morts dinsolation. Alors quil assistait au service dun de ses confrères, une des victimes, il tomba soudainement et mourut quelques instants après. Bien quil neût passé que peu dannées en Malaisie, le P. Charvet avait laissé parmi nous et parmi les chrétiens Indiens auxquels il consacra ses quelques années dapostolat, un souvenir durable. Ceux de Taiping et de Bagan-Serai, plus particulièrement, dont il fut en charge pendant un an, ont encore présent à la mémoire le jeune Père qui se montrait pour eux si accueillant, si affable. Au ciel il nous continuera, nous nen doutons pas, laumône de ses prières.

    La question des écoles est plus que jamais à lordre du jour. On a tout dabord regimbé contre les fees élevés qui seront désormais exigés de parents ($9,00 = 90 frs environ ) par mois, dont les enfants fréquenteront les écoles secondaires, cest-à-dire où linstruction est donnée en anglais.

    Lallocation faite aux instituteurs et institutrices des écoles confessionnelles, protestantes et catholiques, a aussi rempli les colonnes des journaux dune avalanche de lettres à Mr. Editor. Il faut dire que le traitement infligé aux religieuses et religieux enseignants a soulevé, sauf quelques exceptions, la plus vive antipathie. Sous prétexte que ces derniers ont fait le vu de pauvreté, le subside mensuel de $ 300 jusquici accordé aux Frères, et celui de $ 250 donné aux Surs ont été pour ces dernières ramené à $ 125 et pour les premiers à $ 175. Mais, par contre, on sest bien gardé de toucher à lallocation des prédicants et prédicantes, méthodistes et autres, enseignant dans les écoles protestantes, parce quelle suffit juste à leur entretien.

    En somme, on fait payer aux éducateurs catholiques les sacrifices quils ont consentis pour entretenir leurs orphelinats, agrandir et multiplier leurs écoles. On les punit davoir, en vivant pauvrement, pu employer la plus grande partie de leurs gages à faire le bien dans le pays même où ils les ont gagnés. On les accuse davoir fait uvre de propagande religieuse, parce quil ont fait uvre de charité.

    Le 18 octobre, le Straits Times, le grand quotidien de Singapore, publiait un article de fonds haineux et rien moins que diffamatoire.

    Quon me permette quelques citations de cette prose bigote dans le sens anglais du mot = fanatique.

    : Voilà cinq ans de cela quune Circulaire du Département de lEducation interdisait de donner linstruction religieuse pendant les heures de classe. Aujourdhui, la coutume est de tenir des services religieux avant et après les heures de classes. Et, bien que dy prendre part soit facultatif, il nen reste pas moins vrai que beaucoup denfants doivent de cette façon être influencés.

    Or, les fameux services religieux incriminés ne sont autres que la prière avant la classe et lenseignement du catéchisme donné aux enfants catholiques.

    Ce qui rend plus grave laccusation portée contre les missions (ajoutez : catholiques) est que les dons (grants) faits par les gouvernements (de la Colonie et des Etats Malais Fédérés) pour lentretien des écoles ont servi à intensifier une éducation ayant tout dune propagande religieuse (missionary education). Les finances des missions sont tellement secrètes et compliquées que nous ne savons sil serait juste de porter cette accusation contre les Missions. Protestantes, mais elle est portée en toutes lettres contre les Ordres enseignants catholiques dans le Rapport publié par le Comité des Allocations de Secours (aux Ecoles). Donc misappropriation, abus de confiance.

    Enfin, comme péroraison, ce dernier crachat : Ces écoles (Catholiques) doivent être regardées strictement comme des écoles confessionnelles dirigées par des hommes et des femmes qui ont de plein gré choisi la voie de la pauvreté pour mettre en pratique leur foi religieuse ; des écoles de ce genre nont rien autre chose à demander aux gouvernements que le suffisant pour faire face à leurs dépenses courantes.

    Dès le lendemain, lauteur de ces lignes, sur la demande expresse des Frères, publiait en première place des excuses sous forme dexplications embrouillées. Cétait réellement bien peu, mais il sen fallut contenter.

    Lorsque lAction Catholique et une Ligue de Défense Catholique, soutenues par un journal Catholique, auront été établies dans la Mission, sans doute, avant de soulager leur foie malade, nos adversaires tremperont-ils sept fois la plume dans leur bouteille à encre, avant de la laisser courir sur le papier.

    La plus amère pilule que lauteur de larticle eut à avaler lui vint du Directeur de lEducation lui-même qui déclare à lEditeur du journal que :

    1. Les salaires étant donnés sans condition, il est loisible à ceux qui les reçoivent den disposer à leur gré;
    2. Si le Comité (des Allocations de secours aux Écoles) a fait la constatation que partie du salaire a été employé à lérection dédifices, il na jamais contesté aux bénéficiaires le droit juste quils. avaient den user à leur convenance.

    Parfait, Mr le Directeur. Mais le Comité en question eût fort bien fait 1) ou de ne pas soccuper de lemploi fait par nos Frères et nos Surs de leurs salaires respectifs. Cela ne le regardait pas. Ou bien 2) puisquil voulait sen occuper, leur voter des félicitations pour les sacrifices quils sétaient imposés afin de venir en aide au Gouvernement dans son uvre éducatrice quil ne pouvait seul mener à bien.

    Et, alors, puisque les temps sont durs, beaucoup, par suite de la mauvaise gestion des deniers publics, nos Religieuses et Religieux enseignants eussent volontiers accepté, comme tout le monde, une diminution dans leurs salaires. Alors, au lieu de leur laisser comme pitance un os dont vous avez enlevé la moitié de la viande, vous vous fussiez, dans votre restriction, montrés raisonnables. et justes.

    Comme léconomie, elle aussi, est à lordre du jour, le Conseil Législatif de la Colonie vient de voter, la bagatelle de $ 1.400.000 (Frs : 14.000.000 environ) pour louverture dune route qui permettra aux Vanderbilts du pays lascension de la colline en auto. Notez quil y a déjà un funiculaire. Et en même temps, il vient dimposer sur le riz une taxe de 3 ½ %. Vous comprenez que ce coup de tondeuse, après tant dautres, dans la tignasse de Jacques-Bonhomme lui fasse dire dans un soupir de lassitude : Vivre ignoré !... Mais vivre quand même... si possible !


    Moukden

    7 novembre.

    Le 19 octobre, nous avions le plaisir de recevoir deux Frères des Ecoles Chrétiennes : le Cher Frère Martial, Visiteur-Provincial de la Province de Montréal venu tout exprès du Canada, et le Frère Liguori qui travaille depuis un an déjà dans la Mission de Hakodaté. Notre distingué Visiteur sest rendu compte rapidement que sa Congrégation trouverait en Mandchourie un vaste et fructueux champ daction, et, des entretiens prolongés quil eut avec Mgr Blois, il résulte que nous pouvons espérer voir bientôt les fils de Saint Jean-Baptiste de la Salle prendre rang parmi les ouvriers apostoliques de Moukden. Après avoir rendu visite à Son Exc. Mgr Gaspais dans le même but, et semble-t-il avec le même résultat, nos hôtes ont repris la route du Japon le 2 novembre.

    Que ne nous est-il donné de voir, dautres Congrégations Religieuses venir au secours de nos Missions Mandchoues ! Trente millions de païens y attendent encore leur entrée au bercail du divin Pasteur, et les populations semblent mieux disposées que jamais. Messis quidem multa. Operarii autem pauci !

    Mais, en fait, il est arrivé du renfort en Mandchourie. Sans parler des vingt et quelques missionnaires, prêtres, frères ou religieuses qui sont venus dernièrement du Canada renforcer les cadres de la Mission de Szepingkai, nous avons été heureux de saluer au passage le P. Liogier, nouveau destiné à Kirin, qui, en compagnie du P. Sagard a bien voulu sarrêter à Moukden avant de terminer son long voyage.

    Et nallons-nous pas trouver des collaborateurs là où personne naurait songé à en chercher ? Dernièrement, le japonais Conseiller du chef de la Police à la sous-préfecture de Heishan se présentait chez le curé du lieu, le P. Abel Tchang, et lui annonçait larrivée de 150 policiers auxquels il demandait douvrir léglise dans un double but : dabord pour leur permettre dy prêter je ne sais quel serment, puis pour leur faire entendre lexposé de la Doctrine catholique. Ce compelle intrare est-il de nature à nous donner des conversions bien sincères ? En tous cas, il prouve une fois de plus quon peut sattendre à trouver nimporte où des gens qui ne doutent de rien.

    A lexemple des chroniqueurs dautres Missions, je dirai un mot de nos malades. Le P. Lacroix nous fait savoir de Vichy quaprès deux saisons à Vichy et une à Châtel-Guyon, il voit enfin son état général saméliorer, sans pouvoir cependant annoncer encore la guérison complète. Le repos et les soins ont donné déjà un résultat palpable. Nous ne perdons donc pas lespoir de le revoir bientôt à Moukden, et pour de longues années cette fois.

    Le P. Boschet, fatigué depuis Pâques et craignant spécialement pour ses poumons, a reçu des Docteurs de Shanghai lassurance que, de ce côté, il ny a rien dalarmant. Fatigue et faiblesse générale céderont, espérons-le, au traitement bienfaisant de Béthanie, et il nous reviendra au printemps prochain prêt à reprendre sa place parmi les missionnaires en activité de service.

    Sans aller jusquen France ni même à Hongkong, le P. Soumireu a fini par surmonter après deux mois dimmobilité complète et de grandes souffrances, une crise de sciatique et rhumatisme articulaire qui nous ont donné loccasion dadmirer sa patience et une soumission exemplaire aux conseils de ses infirmiers doccasion.

    Enfin, on nous annonce le retour prochain de la chère Sur Simplicie, Supérieure de nos Religieuses de la Providence, qui a retrouvé enfin la santé après une année et demie de séjour en France. Puisse son retour être moins mouvementé que laller. Après avoir vu le bateau qui la conduisait de Newchwang à Shanghai séchouer pendant huit jours sur un bas-fond des côtes de Mandchourie, elle faillit trouver la mort dans la catastrophe du Georges Philippar. On sest demandé à cette époque comment son état de santé si précaire avait pu résister à tant démotions. Et la voilà complètement remise. On nest pas inutilement Fille de la Providence.

    Dautre part, le P. Marcadé disons bien vite quil ne sagit pas dun malade, cette fois annonce que son congé réglementaire terminé, il sembarquera le 29 décembre à Marseille.

    Que lEtoile de la mer daigne veiller sur nos voyageurs, et nous les ramener sains et saufs !


    Pondichéry

    30 octobre.

    Le Trait d Union.
    Pondichéry. Arrivée de Mgr Colas. Annoncé dabord pour le 3, puis pour le 4, lAmboise ramenant Son Excellence, nest entré en rade de Pondichéry que le 5, au point du jour.

    Ce retard était dû au crochet que le bateau avait fait pour aller prendre, à Beyrout, un détachement de soldats annamites qui rentraient dans leur pays.

    Dès quil fut possible de communiquer avec le bateau, les Pères Gayet, Combes, Hougard et Arpudam se rendirent à bord pour saluer Sa Grandeur, et lui souhaiter la bienvenue. Monsieur le Gouverneur avait aussi envoyé son Aide de camp pour lui présenter ses hommages. Un grand nombre de confrères attendaient le cher voyageur au débarcadère, ainsi que plusieurs notables de la ville.

    Arrêtée par un barrage de police, la foule se tenait à lentrée de la jetée.
    A 9 heures, Monseigneur était à la mission, au milieu de ses enfants tout heureux de revoir leur Père.

    Nellitope. Après les roses, les épines ; après lHosanna, la Passion. On se souvient que la décision du Tribunal, ordonnant au Juge de Paix de se rendre à Nellitope avec la Police pour remettre léglise entre les mains de lautorité ecclésiastique, navait pas été exécutée, pour éviter toute nouvelle cause de mécontentement ; et que les principaux chrétiens du village sétant engagés, devant témoins, à rétablir lordre, dans lespace dun mois, et à laisser enlever la barrière de séparation, on consentit à célébrer la fête patronale comme dhabitude. Malheureusement, des semeurs de zizanie se mêlèrent de laffaire et poussèrent à la révolte. Aussi, quand au bout dun mois, il fut question denlever la barrière, comme il avait été entendu, les choutres sy opposèrent formellement et gardèrent les clefs de léglise. Les choses en sont là et, en attendant que les têtes échauffées se calment et que la paix se rétablisse, il ny a pas de curé à Nellitope et la messe ny est pas célébrée.

    Arrivée de nouveaux Missionnaires. Le 9 au matin, les quatre nouveaux missionnaires destinés à nos Missions de lInde débarquaient à Colombo. Ce sont : les Pères Viallet pour Pondichéry, Harmandon pour Bangalore, Legrand pour Coïmbatore, et Quéguiner pour le Sikkim. Le P. Quéguiner de Bangalore était allé à leur rencontre à Colombo, et le soir même ils prenaient le train qui devait les acheminer vers leur destination respective.

    Malheureusement, le passeport du P. Viallet nétait pas en règle, et il fut arrêté à Dhanushkodi ; il dut rester sur le bateau du détroit pendant 24 heures en attendant un télégramme du Gouverneur de Madras lautorisant à entrer dans lInde. Le plus curieux, cest quau retour du bateau à Talaimannar, où il eut à faire la navette, on ne lui permit pas de descendre non plus sous prétexte quil venait de lInde et navait pas de passeport. Le capitaine et son équipage furent charmants à son égard, lui procurant à leurs frais tout ce dont il avait besoin. Il ne put arriver à Pondichéry que le 12 ; ses compagnons de route ly attendaient depuis la veille.

    Le P. Viallet est un charmant confrère, gai, vif, actif, plein de force, de santé et de bonne volonté. Il sest tout de suite fait au pays et à sa nouvelle vie. On dirait déjà un vieux missionnaire, ne sétonnant de rien et prenant les choses comme elles viennent ; il sest mis immédiatement à létude du tamoul. Ad multos annos !

    Petit Sérninaire-Collège. Les amis du Petit Séminaire-Collège se réjouiront dapprendre que cet établissement scolaire vient dêtre affilié à lUniversité de Madras pour la Section anglaise. Il est autorisé à avoir les 4e , 5e et 6e Forms, et à envoyer ses élèves aux examens de Madras.

    Vadalur. Le P. Mézin écrit : Le 21 septembre, anniversaire du sacre de Mgr Morel, qui na pas été oublié, réunion des confrères du groupe à Vadalur. Le P. Anandu nous fit admirer ses travaux : son compound est devenu un vaste chantier. Dun côté, léglise dont les fondations sont posées, de lautre, le presbytère qui monte rapidement. Ce ne sera pas du luxe dans ce coin de la mission. Notre vénérable doyen, le Père Bonnefond, avec ses 70 ans et sa belle barbe blanche, en impose à tout le monde. Il se plaint un peu de ses infirmités, mais tient bon quand même. Il nous a invités à linauguration de son belvédère, une chambre à létage doù lon ne voit rien, masquée quelle est par les toits voisins.

    Karikal. Le samedi 21. Monseigneur est parti pour Karikal. Le 22 en effet, on célébrait solennellement les noces dor du vénéré Père Veaux. Le matin, la grandmesse fut chantée par le Jubilaire, assisté du P. Paul Veaux, S. J., neveu de notre confrère, et du P. Hougard. Après lEvangile, le P. Veaux, très ému, sadressa aux assistants. Il leur rappela que S. Jean Chrysostôme fait un grand éloge de la vertu de reconnaissance, vertu que les hommes, hélas ! oublient trop souvent ; aussi, leur demanda-t-il de sunir à lui pour remercier le bon Dieu, et Lui témoigner sa gratitude pour les 50 années de Sacerdoce quil lui avait accordées.

    Après la messe, Monseigneur dit quelques mots aux fidèles : Le bon P. Veaux vous a parlé de la reconnaissance, et vous a demandé de vous unir à lui pour remercier le bon Dieu. Je répare un oubli volontaire de sa part, et vous demande de vous unir à moi, et aux confrères de la mission, pour remercier le P. Veaux et lui témoigner notre reconnaissance pour 50 années de dévouement, de vie profondément sacerdotale, damour pour les Indiens, de bonté inouïe. Priez, prions le Seigneur de le bénir, de nous conserver longtemps encore cet exemple vivant...

    Le soir, il y eut Bénédiction solennelle du Très Saint Sacrement et chant du Te Deum ; le P. Antonisamy fit un sermon sur le Sacerdoce, sur le vrai prêtre quavait été le P. Veaux, et profita de la circonstance pour encourager les familles à favoriser les vocations sacerdotales.

    A 6 heures, dans la grande salle du Collège, eut lieu une splendide réception : catholiques, payens, musulmans, ayant à leur tête M. le Maire et son Adjoint, les membres de la Colonie européenne, tous célébrèrent le dévouement, le zèle du P. Veaux, et lui dirent leur reconnaissance. Monseigneur, comme conclusion, dit à tous merci au nom du Jubilaire, en son nom, et au Nom de Notre Seigneur ; il leur recommanda lunion, la charité, entre tous les habitants de Karikal. Au cher P. Veaux tous les confrères souhaitent un cordial Ad multos annos !

    Confrères malades. Le P. Verdure, souffrant depuis quelque temps, a été soigneusement examiné par les Docteurs de lhôpital de Pondichéry. Chez lui laorte est dilatée et son cas est assez sérieux, sans être inquiétant, du moins pour le moment. Il doit se ménager, suivre un régime, et prendre certaines précautions ; il peut continuer son travail en évitant de se fatiguer.

    Le P. Cussac, malade depuis trois mois, est venu lui aussi consulter les docteurs. Daprès leur diagnostic, ses maux de tête et tous les troubles physiques quil a ressentis sont dûs à une grande faiblesse provenant de lanémie coloniale et du paludisme. Le docteur a bon espoir en une guérison prochaine. Le Père est rentré à Villupuram tout de suite.


    Mysore

    25 octobre.

    La St Maurice a été fêtée comme dhabitude et les missionnaires de la Mission de Mysore ont eu la joie de présenter une fois de plus leurs meilleurs vux à leur chef et Père.

    A quelques jours dintervalle, nos vux se portèrent sur la personne de notre vicaire général qui célébrait son jubilé dargent. De nombreux confrères assistèrent à la grandmesse chantée par le jubilaire à la cathédrale, au cours de laquelle le P. Murphy, jésuite de Madras, qui donnait une série de conférences sur lEucharistie, fit un exposé clair et éloquent du Sacerdoce. Des témoignages de sympathie affluèrent de partout vers St Patricks, au nombre desquels un télégramme du Délégué Apostolique actuellement dans la Ville Eternelle.

    LAthos II sur lequel voyageaient les Partants de septembre touchait Colombo le 9 octobre et y déposait les quatre Indiens. Le soir même, ils quittaient lîle de Ceylan et le lendemain abordaient le Continent indien, pas tous, cependant, car notre pauvre confrère de Pondichéry, dont le passeport nétait pas en règle, fut retenu par la Police, jusquà ce que le Gouvernement de Madras, prévenu par télégramme, lui eût accordé un laissez-passer.

    Le nouveau de Mysore, le P. Harmandon, nest resté que quatre jours à Bangalore : il a profité de la voiture de Monseigneur pour se rendre dans le poste qui lui a été assigné : Shimoga. Mais il a tout de même eu loccasion de faire la connaissance du clergé de la ville, grâce aux agapes données en son honneur et qui réunirent une fois de plus de nombreux enfants autour du Père de famille : sicut novell olivarum in circuitu mens su et de son Benjamin. Monseigneur souhaita la bienvenue au P. Harmandon et au jeune P. Maurice Quéguiner du Sikkim, et nomma le premier à Shimoga, là où la plupart des vieux missionnaires ont été formés. Il demanda ensuite au P. François. Quéguiner de céder son titre de Benjamin en échange dun autre quil avait la joie de lui décerner : celui de missionnaire agrégé.

    Monseigneur du Sikkim nen voudra pas trop à son Partant de sêtre attardé quelques jours à Bangalore.... Cest que, débarquer à Colombo pour se rendre aux Himalayas peut être appelé un record, et un repos à mi-chemin nest pas à dédaigner

    On demande au chroniqueur de faire parvenir à la mission et aux missionnaires de Pondichéry les sincères remerciements et les sentiments de sympathie et dadmiration de certains de nos confrères qui sy sont aventurés il y a quelques semaines. La température navait dégale que la chaleur des réceptions dont ils ont été lobjet partout.... Un tel compliment est le meilleur des merci....


    Coïmbatore

    23 octobre.

    Un fait important : Le 11 octobre nous est arrivé un nouveau confrère, le P. Legrand. Merci au Séminaire de Paris.

    Malheureusement, il apportait avec lui un gros furoncle à la lèvre supérieure, qui le faisait souffrir et le gênait considérablement. Ce fut bien pis le lendemain, car, sans doute par sympathie, la lèvre inférieure, elle aussi, avait son furoncle. Heureusement cela ne dura pas et maintenant quil est remis, il peut satisfaire notre curiosité en nous donnant des nouvelles toutes fraîches sur France la doulce et sur le cher Séminaire. Bon succès dans létude des langues, longue et fructueuse carrière apostolique !

    Le P. Chervier tout à la joie davoir de nombreux catéchumènes na pas assez compté avec ses forces. Il sest trop prodigué, ce qui lui a valu une petite fièvre et une forte inflammation des amygdales. Quelques jours de repos et de soins à la procure lont remis sur pied et il sest empressé de rejoindre son poste. Puisse-t-il y continuer ses conquêtes apostoliques et.... se ménager un peu plus.

    Le P. Boulanger se sentant fatigué est allé à lhôpital Ste Marthe de Bangalore, où il ne tardera pas à reprendre des forces.

    Le dimanche 22 octobre, Mgr Tournier a béni, dans la ville même de Coïmbatore, la première pierre dune église qui sera dédiée au Christ-Roi. Elle sera le centre dune troisième paroisse dans cette ville qui compte cent mille habitants dont huit mille seulement appartiennent à la vraie religion. Daigne le Christ-Roi étendre bientôt son sceptre sur toute notre chère mission et sur le monde entier !


    Salem

    26 octobre.

    Monseigneur Prunier, pressé de rentrer, multiplie ses tournées de conférences, en Belgique et en France. Pour subvenir aux besoins les plus urgents de son diocèse il quête de tous côtés, présidant ici une journée missionnaire, là distribuant des carnets de cartes postales illustrées en faveur de ses uvres, ne ménageant ni son temps ni sa peine, faisant en une journée des raids de 400 kilomètres en auto, et dans une semaine célébrant jusquà 5 messes pontificales. Son Excellence compte rentrer en janvier.

    Le P. Laplace envisage, lui aussi, léventualité de son prochain retour : un séjour de trois mois au pays natal, après son opération, lui a rendu ses forces. Létat de santé du P. Bertail est loin de saméliorer aussi rapidement et ne lui laisse guère entrevoir, dans un avenir aussi rapproché, sa rentrée dans les rangs des survivants de la vieille garde qui ne meurt pas et na pas plus envie de se rendre.

    Le P. Ligeon, à son retour du Sanatorium, où il avait été prendre un mois de repos bien mérité par ses multiples travaux, a rapporté un superbe plan déglise quil compte bien exécuter, si Dieu lui prêtre vie et lui en donne les moyens. Audaces fortuna juvat, et ce nest pas le courage qui manque au curé de Yercaud, toujours sur la brèche, indomptable et infatigable, qui se dépense sans compter.

    Le P. Depigny, en deux mois, a parcouru son vaste district, fait un nouveau recensement de ses ouailles, dont il pourrait déjà établir larbre généalogique des familles ; il a pu se rendre compte de limmensité de la tâche qui lui incombe et de la disproportion entre ses ressources et ses besoins : lui, non plus, nest pas homme à reculer devant leffort à donner.

    Le 3 octobre, avait lieu la distribution des Prix à lEcole secondaire des garçons à Salem ; le Directeur de lInstruction Publique, qui la présidait, fit léloge des Frères de St Gabriel qui dirigent actuellement la Little Flowers High School, et rappela le souvenir de son fondateur : le P. Michotte.


    Séminaire de Paris

    1er octobre.

    Au déjeuner du 16 septembre, S. Em. le Cardinal Verdier réunit à sa table NN. SS. Albouy, Paul Wang, Ly, et de Guébriant. Mgr de Jonghe arriva à la fin du repas. Dans un toast touchant, le Cardinal tint à exprimer, en termes particulièrement sentis, son estime pour le Séminaire des Missions-Étrangères et sa confiance dans lavenir de ses uvres en Extrême-Orient.

    Le dimanche 17 septembre, dans la matinée, a eu lieu dans la chapelle du Séminaire la consécration épiscopale de Mgr de Jonghe, évêque dAmathonte, Vicaire Apostolique de Yunnanfu. Le consécrateur était Mgr de Guébriant ; les deux assistants, Mgr Paul Wang, de Shunking, et Matthieu Ly, de Yachow. Le Cardinal Archevêque sétait fait représenter par Mgr Chaptal. De nombreux parents et amis du nouvel évêque étaient venus de Belgique. A la fin du repas, Monsieur le Chargé dAffaires de Belgique, offrit de la part de son Gouvernement la Cravate de Commandeur de lOrdre de la Couronne de Belgique à Mgr de Guébriant, et la Croix dofficier de lOrdre de Léopold à Mgr de Jonghe.

    Le lundi 18 septembre, a eu lieu le Départ de vingt nouveaux missionnaires, selon le cérémonial accoutumé. Il y a lieu pourtant de signaler une heureuse innovation. Le départ pour la gare se fait désormais, non plus par la grille du séminaire, mais par la chapelle où les Partants récitent ensemble les prières de litinéraire et chantent un dernier Salve Regina au milieu de leurs confrères. Passant ensuite entre la haie que ces derniers, forment des deux côtés de la chapelle, ils descendent dans la cour et montent dans les voitures qui les attendent.

    Le 19 septembre, Mgr Kierkels, le très aimé Délégué Apostolique aux Indes, de passage à Paris, a fait une courte visite au Séminaire.

    Le 23 septembre, lordination des IV Temps a été faite par Mgr de Jonghe, revenu exprès de Belgique. Y ont pris part un prêtre, un diacre, huit sous-diacres, 4 exorcistes-acolytes, 11 ostiaires-lecteurs, 1 tonsuré. La retraite de rentrée, qui sétait terminée la veille, avait été prêchée par M. Robert, de la Cie de St Sulpice, Supérieur du Séminaire Universitaire de Lyon.

    Le soir du 26 septembre, fête des Martyrs de Corée, le Séminaire fut honoré de la visite de Mgr Burquier, évêque de Bethléem et Abbé de St Maurice en Valais. Son Exc. a passé avec nous la journée du lendemain. Avant de sembarquer à Marseille le 11 octobre avec un de ses Chanoines pour une visite à Bangalore, il avait tenu à venir sentretenir avec Mgr le Supérieur et ses Assistants. Son passage a fait parmi nous une bonne et toute religieuse impression.

    Nous signalons une petite addition au texte de notre prière du soir. Son Exc. Mgr le Supérieur a, en effet, autorisé après linvocation à St François-Xavier, celle à Ste Thérèse de Lisieux, sous la formule : Sancta Teresia, ora pro nobis.

    15 octobre.

    Le 2 octobre, après une nuit et une demi-journée passées au Sanatorium de Montbeton, où nos confrères sont au nombre de 18, Mgr le Supérieur, accompagné du P. Sibers, sest rendu au couvent de Notre-Dame de La Motte dans la voiture obligeamment envoyée par M. Sallé. Le P. Robert y est arrivé le même jour, et le 3, fête de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, a eu lieu louverture canonique du noviciat de lInstitut des Surs des Missions-Étrangères. La maîtresse des novices est une admirable religieuse, la Rév. Mère Bélenet, fournie par la Congrégation de Notre-Dame du Cénacle, à laquelle nous ne saurions être trop reconnaissants pour un pareil choix et un si grand service.

    Ce même jour, quittaient la rue du Bac Mgr Renault, Vic. Apost. de Suifu, Mgr de Jonghe dArdoye, Vic. Apost. de Yunnanfu, Mgr Paul Wang, Vic. Apost. de Shungking, Mgr Mathieu Ly, Vic. Apost. de Yachow, et le Père Ten, du même vicariat. Ces trois derniers, arrivés à Paris au début de juillet dernier, ont passé chez nous la majeure partie de leur séjour en France. Cela nous a valu le plaisir réciproque de faire ample connaissance. Les excellents rapports que nous avons eus avec eux durant ces trois mois ne peuvent que resserrer les liens qui nous unissent à leurs missions et à tout le clergé indigène dont ils étaient pour nous les dignes représentants. Le dimanche précédent, le P. Ten avait chanté la grandmesse dans notre chapelle, à lédification de nos aspirants et de nous tous. En somme, leur passage à Paris laissera chez nous un excellent souvenir.

    Arrivés à Marseille, ils y ont rencontré Mgr le Supérieur qui, du couvent de N.-D. de la Motte, sétait rendu au port pour leur faire ses adieux et les conduire à bord de lAramis. Avec les Evêques cités plus haut, sembarquaient ce jour-là le P. Petit, de Suifu, huit Petits Frères de Marie (St Genis-Laval), six Pères de Scheut, et quatre Carmélites que Mgr Renault conduisait jusquà Chungking.

    Le 9 et le 10, Mgr le Supérieur passait 24 heures au Petit Séminaire Théophane Vénard, à Beaupréau. Les élèves ny sont encore quune dizaine, mais leffectif paraît devoir se relever aux prochaines années.

    Le 11, Mgr de Guébriant prenait part à Quimper à la grande fête des noces dor sacerdotales et noces dargent épiscopales de Mgr Duparc. Dix-huit évêques y étaient présents. Monseigneur le Supérieur nous est revenu dans la nuit du 14 au 15.

    Le 11 octobre, cétait le départ de Mgr Albouy, qui, après un court séjour en France, sembarquait au Havre, avec son frère curé aux Etats-Unis.

    Enfin, le 12, cétait encore un départ, celui de nos aspirants de Rome. Ils sont partis avec le P. Garnier et se sont arrêtés à Turin pour y vénérer le Saint Suaire qui y est exposé en ce moment. Trois dentre eux y allaient pour la première fois. Ils remplaçaient les trois nouveaux prêtres partis en mission après avoir subi avec succès lexamen de licence qui, suivant les programmes actuels, équivaut à lancien doctorat.

    Seize aspirants nous sont revenus de la caserne après avoir terminé leur service militaire. Deux dentre eux sont encore au Sém. de Bièvres. Vingt autres les remplaceront sous les drapeaux. Parmi ceux-là il y en a 13 qui appartiennent au Séminaire de Paris, les 7 autres sont du Séminaire de Bièvres.


    1933/919-961
    919-961
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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