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Chronique des Missions et des Etablissements communs 8

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 2 juillet.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    2 juillet.

    Pour réparer un oubli de notre dernière chronique, il nous faut signaler linauguration, le 21 mai, à la Léproserie de Koyama, dune chapelle spéciale bâtie par le P. Iwashita, pour les chrétiens du voisinage qui se sont multipliés ces dernières années, et, donnant accès à cette chapelle, dun pont construit sur le torrent, qui a reçu le nom de Pont de Lézey, du nom du regretté directeur de la Léproserie, le P. Drouart de Lézey, décédé le 3 novembre 1930. La chapelle et le pont ont été bénis par Mgr lArchevêque de Tôkyô le jour de la fête du St.-Sacrement, et une procession a eu lieu dans la propriété de lhôpital.

    Le 5 juin, conformément à lune des résolutions prises à la réunion des Supérieurs des missions du Japon, au commencement de mai, a eu lieu dans toutes les églises de larchidiocèse de Tôkyô, la Journée de la Presse. Cette journée a été spécialement marquée à la cathédrale de Sekiguchi par la Communion de deux cents enfants, qui ont prié pour le développement des uvres de Presse, et ont récité une prière composée à cette intention. Des sermons et des quêtes ont eu lieu dans le même but, dans les diverses paroisses du diocèse. Le soir, à 7 heures, à la Salle des uvres de Sekiguchi, sest tenue une séance de Conférences, où Mgr Chambon et plusieurs orateurs ont pris la parole pour encourager les fidèles à prêter leur concours à luvre si importante de la Presse.

    De Moscou, le même jour, le P. Candau, qui accompagnait Mgr le Supérieur de la Société dans son voyage de retour en France, a adressé au nom de Mgr de Guébriant et au sien ses vux pour le succès de la journée par un télégramme ainsi conçu : Press-Day, Banzai ! ce qui, au sens spirituel, signifiait que le voyage de retour de notre vénéré Supérieur sétait effectué jusque là sans encombre, ce qui laissait aussi à penser que lemployé des P. et T. soviétiques avait dû être intrigué par ce Press-Day et ce Banzai (10.000 ans !), et se fourvoyer dans quelque sens accommodatrice.

    Le 10 juin, avait lieu la bénédiction de la petite église de la maison de Béthanie, fondée, comme nous lavons déjà dit, par le P. Flaujac, pour venir en aide aux tuberculeux avant leur entrée au sanatorium voisin de Nokata et à leur sortie de cet hôpital. Léglise, pourvue dun clocher, et dédiée à St Vincent-de-Paul, ainsi que les nouveaux bâtiments furent bénis à 8 heures du matin par S.E. le Délégué Apostolique, quaccompagnait Mgr lArchevêque de Tôkyô. Mgr Mooney administra la Confirmation à dix malades, et célébra la messe dans la nouvelle église. Parmi les visiteurs qui prirent part à linauguration, on remarquait la présence de M. de Bassompierre, ambassadeur de Belgique, dun représentant de lAmbassade de France, et de plusieurs fonctionnaires du ministère de lIntérieur. La maison de Béthanie est maintenant en état de recevoir 32 malades, 16 hommes et 16 femmes, dont les quartiers sont séparés par une clôture, et pourvus même dun tour, comme dans les maisons religieuses. A léglise, il y a également séparation des malades des deux sexes, et séparation des fidèles venant du dehors. Par ailleurs, les aménagements nécessités par la prophylaxie et lhygiène de semblables établissements ne laissent rien à désirer ; et les visiteurs ont pu admirer lingéniosité avec laquelle le P. Fondateur a su tirer parti dun terrain assez exigu, et distribuer les diverses salles pour la commodité des services.

    Le dimanche 12 juin, cétait la bénédiction des nouveaux et grandioses bâtiments de lUniversité Sophia (Jôchi Daigaku), dirigée par le RR. PP. Jésuites, à Tôkyô. S.E. le Délégué Apostolique a béni lédifice qui comprend un sous-sol et trois étages, à 8 h. ½ du matin, et célébré, sur un autel dressé dans la Salle des Exercices, une messe solennelle, rehaussée par les chants de la chorale du grand séminaire. Plus de 400 personnes assistaient à la cérémonie. Linauguration officielle a eu lieu deux jours après, le mardi 14 juin, en présence de délégués du Ministère de lInstruction publique et de nombreux invités.

    Dans les salles de lancien bâtiment de lUniversité Sophia sest tenue la première Exposition dart catholique, du 3 au 12 juin. Plusieurs artistes catholiques, dont quelques-uns se sont déjà fait un nom aux expositions dart de Tôkyô et Kyôto, ont exposé des tableaux, soit de style japonais, soit de style européen, qui font bien augurer de lavenir de lart catholique au Japon. Les PP. Bénédictins de Beuron, dont deux représentants sont arrivés au début de cette année au Japon pour y fonder un monastère, avaient exposé des spécimens de lart catholique inauguré par le Père Desiderius Lens, à Beuron. Laprès-midi du 12 juin, le P. Hildebrand Jaiser, O. S. B., exposa les origines de cet art, à la suite de conférences où des artistes catholiques avaient pris la parole pour exposer leurs idées sur lart catholique. La séance qui dura de 2 h. ½ à 5 h. ½ , se termina par quelques mots du P. Heuvers, S. J., qui est à lUniversité le promoteur du mouvement artistique et littéraire, et de S. E. Mgr Chambon, président dhonneur de la Société dart catholique.

    Le 23 juin, les missionnaires et prêtres japonais de Tôkyô et des environs se sont réunis à Sekiguchi pour exprimer à Mgr lArchevêque leurs souhaits de bonne fête. Une réunion avait eu lieu auparavant, à 5 h. du soir, pour permettre aux chefs de poste de sentendre sur lorganisation de lAssociation Générale des Sociétés de Jeunesse paroissiales. Le salut du Saint-Sacrement fut donné par S. E. Mgr Chambon à 6 heures ; après quoi, au commencement des agapes où se trouvaient réunis, avec S. E. le Délégué Apostolique et son secrétaire, les confrères et les invités des maisons religieuses de Tôkyô, le Père Flaujac, vicaire général, exprima les vux de tous, pasteurs et fidèles, à leur premier Pasteur. Au cours du souper, Mgr lArchevêque porta un toast à M. labbé Humbert-Claude, qui venait dêtre nommé provincial des Frères Marianistes, en remplacement de M. labbé Heinrich qui a fondé et administré les uvres de la Société, toujours prospères, depuis 1887. M. Humbert-Claude remercia Monseigneur, et donna à tous lassurance quil ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour maintenir et fortifier les bonnes relations qui nont cessé dexister entre la Société de Marie et la Société des Missions-Étrangères.

    Les 5, 16 et 19 juin sest déroulée toute une série de séances chorégraphiques, musicales et cinématographiques, à lAuditorium des Sociétés de Jeunesse de la ville de Tôkyô, la première au profit de la construction de léglise du Sacré-Cur de Yokohama, la seconde pour le soutien de la Section gratuite de lHôpital Ste-Marie des Surs Franciscaines, la troisième, pour fêter linauguration de la nouvelle Université Sophia. Ces séances ont réuni toutes trois un nombreux auditoire. Dans la dernière, les churs ont été dirigés par le Dr. Noelte, Doyen de lEcole de Musique de lUniversité de Chicago, qui avait donné à lUniversité Sophia une série de conférences publiques du 9 au 17 juin sur les développements historiques de la musique occidentale.


    Fukuoka

    juillet.

    Rares sont les nouvelles pendant la saison des pluies : chacun se terre et attend le retour des beaux jours. Laissons donc tomber la pluie et demandons des nouvelles à nos voisins doutre-mer pas tellement éloignés somme toute, puisquil nous est aussi facile (et plus rapide même) daller à Séoul quà Tôkyô.

    La Mandchourie est à lordre du jour. Lémigration a commencé sur une grande échelle et les municipalités font une propagande intense pour diriger de ce côté lexcédent encombrant de la population. La fièvre de lémigration bat donc son plein, aidée puissamment aussi par les faits divers sensationnels du journal quotidien. On vient de voir, par exemple, un jeune colon en route pour Dairen, exaspéré par la lenteur du cargo sur lequel il avait pris place, se jeter à la mer devant Moji et essayer de gagner à la nage la Mandchourie de ses rêves. Recueilli par une chaloupe, il fut, bien entendu, coffré par la police maritime. On vient de voir encore, toujours dans nos parages, quatre jeunes gens quitter la Mer Intérieure sur un motor-boat et filer en vitesse, eux aussi, sur Dairen. Trois jours après leur départ, nos navigateurs, lil toujours rivé sur laiguille de leur boussole, abordaient sans encombre à Amakusa, étonnés de ne pas y rencontrer de Chinois ! Ils avaient tout simplement lu de travers les indications de leur compas et pris la pointe blanche de laiguille pour la bleue. Il est vrai que dans nos pays, la boussole marque le Sud....

    Les historiens du nouveau royaume de Manchukuo pourront peut-être nous révéler un jour lidentité des meurtriers du regretté Père Conrad Rapp, bénédictin allemand, criblé de coups de baïonnette par une troupe de soldats, dans les environs de Yenki, le 5 juin dernier. Ce nest bien sûr pas nous, de ce côté-ci du détroit, qui pouvons jeter la lumière sur ce mystère (1).

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    (1) Voici, à titre documentaire, ce que le Bulletin Catholique de Pékin, dans son nº de juillet 1932, pag. 355 et suiv., dit de la mort du P. Conrad Rapp.

    Massacre du P. Conrad Rapp. O. S. B. Le P. Conrad Rapp, allemand, pro-préfet de la mission de Yenki, a été massacré à Unhasi, Chientao, le 5 juin 1932. Voici daprès des documents authentiques un résumé des circonstances dans lesquelles le crime a été commis.
    Le P. Rapp avait été appelé par le Préfet Apostolique, Monseigneur Breher, pour assister aux funérailles de son confrère, le P. Sylvestre Ascheff, mort du typhus. Pour se rendre à Taryongdong où le P. était attendu, il devait traverser une rivière dont les rives étaient gardées par des sentinelles japonaises ; il arriva à cet endroit à la nuit.
    Daprès les témoignages des témoins, quil serait trop long de citer, nous pouvons reconstituer lhistoire du crime. Les soldats japonais arrêtèrent le Père et sous linfluence de la boisson le maltraitèrent avec les boucles de leurs ceinturons et leurs baïonnettes. Ils lemmenèrent de suite au corps de garde ; mais, ayant repris leurs sens, ils comprirent que le Père serait un témoin de leurs actes de barbarie et lachevèrent.
    Dans la presse japonaise et coréenne, le crime a été rapporté comme ayant été commis par les brigands, puis par des bandits habillés en soldats japonais.
    Nous constatons que les autorités chinoises présentèrent leurs condoléances à la mission catholique. Aux funérailles les autorités chinoises étaient présentes, tandis que ni le Consul Japonais, ni les autorités japonaises ne firent le moindre geste ; à lenterrement on remarquait seulement un policeman japonais en civil.
    Si le crime avait été commis par les brigands, ils auraient emmené le Père pour lui extorquer de largent, il ny avait aucune raison de le tuer.
    La montre et largent que le Père portait sur lui ont été retrouvés dans ses poches. Pourquoi les bandits auraient-ils enseveli le Père ? Le P. fut massacré le soir, enseveli le matin!!!! Plusieurs coups de feu furent tirés devant la porte du corps de garde : pourquoi les soldats japonais, sils étaient innocents, ne sont-ils pas sortis ???
    Le corps du P. Rapp a été retrouvé par les catholiques dans les circonstances suivantes, le 7 juin. Un catholique du nom de Mun Tok Hu vit en songe le Père Rapp et lui dit : Père, nous vous avons cherché toute la journée, où êtes-vous maintenant ? Le Père répondit : Je suis encore à la même place, mais recouvert de sable. Promenez-vous sur le sable et japparaîtrai. Dans la matinée les catholiques revinrent à lendroit du crime et ils aperçurent le bout des souliers sortant du sable. Cest ainsi que lon put retrouver le cadavre.
    Daprès trois photos que nous avons sous les yeux nous constatons treize blessures de baïonnette sur le côté droit du cadavre. Une balle a déchiqueté le bras droit. Sur le côté gauche de la poitrine, près du cur, apparaît une large plaie et deux coups de baïonnette. Sur le dos nous relevons encore dix blessures et une entaille au cou, et une autre à labdomen. Toute la tête est couverte de blessures. En plus des coups on compte 35 blessures produites par des baïonnettes et deux blessures produites par une arme à feu.
    Lopinion mondiale portera le jugement quil convient sur cet acte de barbarie commis par les soldats dune nation civilisée ; quant aux missionnaires de Chine ils sunissent à la douleur de leurs confrères de la mission de Yenki.


    Dame Anastasie, installée en permanence aux marches de lempire, veille avec un soin jaloux sur le bon renom de ses enfants. Maternellement penchée sur un jeune berceau, fragile encore, elle purifie, stérilise, déforme ou transforme sans merci ni pitié tout ce qui pourrait nuire à la santé du poupon cependant quelle se montre dune indulgence rare pour les canards de forte taille, capables de satisfaire, en la détournant, la curiosité irréfléchie des badauds. En voici un qui, déployant ses ailes à Mukden le 3 juillet, vint attérir sur le roof-garden du grand journal dOsaka, le Mainichi, et fut servi tout chaud avec le traditionnel miso (*) du déjeuner du matin, à des millions de lecteurs affamés de nouvelles :

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    (*) Sauce faite avec du blé ou du riz, des haricots et du sel.


    Mukden 1er juillet : A la suite dune bataille contre deux cents brigands, dans les environs de Tchao yang tcheng (caractères chinois), le sous-officier commandant le détachement japonais a rapporté à Moukden un nombreux butin, parmi lequel on a trouvé, avec des lances et des amulettes, un certain nombre de croix et de colliers de fabrication française. Sur les tabliers et les ceintures rouges, insignes des chefs de la bande, étaient également brodées de jolies croix. On a cru dabord que ces objets provenaient du pillage de quelque église catholique. Mais comme les brigands en question appartiennent à la Société des Grands Couteaux, filiale de la secte du Nénuphar Blanc qui est dinspiration bouddhique, et que dautre part, cest la première fois quon constate la présence de croix aux mains des brigands, on en arrive à se demander si vraiment, comme la dit dernièrement quelquun de haut placé, les missionnaires ne sont pas responsables des troubles de Chine et, en particulier, si les troubles du Tong-pien-tao (caractères chinois) ne sont pas luvre dagents secrets qui travaillent dans les coulisses.

    Ladjudant qui a rédigé ce rapport aurait pu nous dire dans quelle église catholique on se sert damulettes (caractères chinois) et de tabliers de franc-maçons. Si le lecteur nest pas satisfait de ces tuyaux du journal le mieux informé du Japon, cest quil est bien difficile...

    Et maintenant, revenons à notre port dattache. Cest la misère noire par ici ; villes et campagnes sont logées à la même enseigne. Innombrables sont les chômeurs. Rien ne sert davoir des diplômes ; il y a beau temps que les élèves sortis des écoles supérieures ne trouvent plus à se caser et accepteraient volontiers des places de manuvres, sil y en avait. Dans les campagnes, la situation est aussi lamentable. Nombreuses sont les préfectures qui ne peuvent plus payer les instituteurs des écoles primaires. Malgré un imposant budget de lInstruction publique, des milliers dinstituteurs travaillent à lil depuis des mois. Le gouvernement sémeut de cette situation et a commencé une enquête serrée sur ce sujet.

    Notre bonne ville épiscopale possède une Université à la page; on vient douvrir dans ses locaux, un cours de langue grecque, qui doit durer quatre semaines. On recrute des auditeurs des deux sexes, munis de leur certificat détudes secondaires et de 5 yen pour frais dinscription. Quand le professeur commencera lexplication dHomère, nous en aviserons les lecteurs du Bulletin.


    Séoul

    5 juillet.

    Nous avons de bonnes nouvelles de Monseigneur Larribeau. S. E. a quitté Shanghai dès le 21 juin et a écrit le 27 de Fukuoka : Je vais bien et me repose admirablement suivant conseil du médecin. Et Monseigneur le Coadjuteur envoie ses vux à tous les Pierre et Paul de la mission. A Séoul et environs immédiats jen compte huit qui se sont réunis à la table épiscopale le 29.

    A la Sainte Enfance de Séoul, le bâtiment réservé aux tout petits (la crèche) tombant de vétusté a été heureusement reconstruit sur un plan nouveau et très pratique, avec étage, donnant une salle relativement spacieuse où les femmes catéchumènes se réuniront pour apprendre les prières et le catéchisme sous la direction dune Sur coréenne de S. Paul de Chartres. Dimanche dernier, 3 courant, Mgr Mutel a béni cette nouvelle maison,

    Le P. Lucas en descendant de son clocher, manquant un échelon, est tombé lourdement, tout le poids du corps portant sur un talon qui, évidemment, a été fortement contusionné. Compresses, emplâtres nayant pas donné de bons résultats, le patient a fini par se faire transporter à Séoul. La radiographie a révélé quun os était brisé, mais en train de se ressouder. Le chirurgien a chaussé le pied malade dune botte en plâtre et laissé espérer que, dans une quinzaine, le cher Père sera redevenu ingambe comme devant.

    La Commission denquête de la Société des Nations venant de Pékin, et en route pour le Japon, sest arrêtée 24 heures à Séoul. Les autorités japonaises furent naturellement aux petits soins pour ces hôtes de marque et la police fit bonne garde ; ces Messieurs furent, paraît-il, enchantés de leur journée. Le Général Claudel, délégué français, a eu la grande amabilité de venir visiter la mission.

    Le grand séminaire est en vacances depuis deux semaines, il vient, hélas ! de perdre un de ses élèves ordonné Lecteur à la Trinité. Cest le typhus qui la emporté.

    Nos voisins de la préfecture apostolique de Yenki viennent encore de payer un lourd tribut à ce terrible mal : déjà, au printemps, un jeune missionnaire en avait été victime ; le mois dernier, deux autres, jeunes aussi et pleins de zèle, ont succombé. Et, comble dadversité pour cette jeune mission, le P. Conrad Rapp, pro-préfet, se rendant le 5 juin aux obsèques de son confrère, dernier décédé, a été massacré on ne sait pas encore exactement ni par qui ni pourquoi ; deux versions sont publiées par Reuter et elles sont contradictoires. Quoiquil en soit, ce qui est certain cest que le corps a été retrouvé à moitié enfoui dans le sable, au bord dune rivière ; il portait les traces de 35 coups de baïonnette et de plusieurs balles.

    Mgr Breher, O. S. B., préfet apostolique, écrit à la date du 30 juin : Priez et veuillez faire prier pour notre mission, le temps des épreuves ne semble pas encore passé.

    A Séoul nos plus vives condoléances lui sont acquises, dautant plus que la région du Kanto qui forme la préfecture apostolique de Yenki, habitée surtout par des émigrés coréens, dont plus de 12.000 chrétiens faisait partie jusquen 1921 du vicariat apostolique de Séoul dont les derniers résidents là-bas furent les PP. Curlier, Perrin et un prêtre coréen.


    Taikou

    8 juillet.

    Les exigences des règlements officiels ne permettant pas à un grand nombre de confrères létablissement dune école primaire reconnue par le Gouvernement, en plusieurs districts déjà on a fondé des écoles à moyens et programmes réduits qui, sans avoir la reconnaissance officielle et lautorisation de délivrer des diplômes, nen font pas moins beaucoup de bien, et sont lun des plus féconds agents de prédication.

    Ecoles du jour, écoles du soir, écoles maternelles, elles sont au nombre de 40 dans la mission, avec près de 60 professeurs et 1314 élèves, dont 552 garçons. Avec des programmes plus étendus et des avantages appréciables, déjà 15 autres écoles jouissent de la reconnaissance officielle. Elles sont dirigées par 25 professeurs et comptent 896 élèves. Enfin, pleinement en conformité avec les prescriptions gouvernementales, les deux écoles de la paroisse cathédrale de Taikou sont équipées aux écoles publiques du même degré, peuvent délivrer des diplômes reconnus par lEtat, et présenter aux examens des écoles supérieures. Leurs 15 professeurs instruisent 781 élèves.

    A ces écoles était depuis plusieurs années adjointe une école maternelle, reconnue elle aussi et jouissant de tous les droits et obligations des écoles publiques. Pour ses cinquante et quelques élèves le P. Mousset, déjà directeur de lécole des filles, vient de bâtir près de celle-ci un spacieux bâtiment où ces universitaires en herbe évoluent sous le regard maternel des Surs coréennes de S. Paul de Chartres. Le mois dernier, Mgr Demange, à louverture des nouveaux locaux, a béni cette école enfantine source despoirs. En effet, bien que, malgré le grand désir du directeur et des maîtresses, les enfants, garçons et filles, qui sy succèdent ne se dirigent pas tous vers nos écoles primaires catholiques il est permis de penser et despérer que les germes de foi jetés dans lâme neuve et pure de ces enfants, avec les prières et les éléments de doctrine quils y apprennent de si bon cur, ne seront pas une semence inutile, et donneront, avec le temps, des résultats heureux.


    Moukden

    15 juin.

    Le 13 mai, un service solennel de Requiem fut chanté à la Cathédrale de Moukden pour le repos de lâme de M. Doumer. Les invités de M. le Consul de France assistèrent nombreux à la cérémonie. En dehors du Corps Consulaire de Moukden, nous pûmes remarquer parmi les officiels Son Exc. M. Tchang Che Y, Gouverneur Civil de la Province ; M. Yen, Maire de Moukden ; le représentant du Général Honjo, et plusieurs autres officiers japonais. Nos chrétiens, prévenus on ne sait comment, car tout fut décidé et organisé en 24 heures, emplissaient léglise comme aux jours de fêtes.

    Cette solennité donna lieu à un incident qui, si mesquin quil soit en lui-même, est bien caractéristique dun état desprit aussi déplorable quil semble indéracinable. A la nouvelle quils devaient se rendre à la cathédrale pour prêter leur concours au chant et aux cérémonies, nos latinistes eurent un premier mouvement de protestation. Ils jugeaient injurieux pour leur patriotisme davoir à relever de leur présence une cérémonie impérialiste ! Les quelques mauvaises têtes qui menaient le mouvement nétaient sans doute pas seules responsables de cette manifestation. Mais les esprits étaient bien montés. Aussi les élèves qui se risquèrent à revendiquer les droits du bon sens furent-ils traités de chiens courants et il ne fallut rien moins quune intervention énergique du Supérieur pour ramener le calme.

    Le samedi 21 mai, les missionnaires de Moukden avaient la joie de recevoir à leur tour, après tant dautres, leur vénéré Supérieur Général, Mgr de Guébriant, qui arrivait de Séoul frais, dispos, reposé, tel quil était sans doute le 9 octobre dernier lorsquil sembarquait à Marseille.

    Mgr Blois et le P. Provicaire étaient allés au-devant de lui jusquau-delà des frontières de la mission. A 13 h. 20, il entrait à lévêché, accompagné de Mgr Breton, du P. Samson, et du P. Lagarde, de Séoul. Les missionnaires achevaient les exercices de la retraite annuelle. Son Excellence avait à peine reçu leurs premiers hommages quElle fixait lheure de sa première conférence à 15 h. 30, et acceptait de présider le soir même le salut de clôture de notre retraite. Puis, sans tarder, commençaient les visites individuelles des confrères.

    Le dimanche 22, pour la plus grande joie de tous, Mgr de Guébriant chantait une Messe Pontificale à laquelle furent heureux dassister le Général Claudel et son Secrétaire-interprète, le Commandant Jouvelet, accompagnés de M. le Consul de France.

    Les chroniques du Bulletin ont dit et redit, ces derniers mois, la joie des missionnaires et des chrétiens à loccasion des visites et des réceptions de notre vénéré Supérieur. Il en fut ainsi chez nous, et la satisfaction de nos chrétiens fut dautant plus sensible quils avaient, sur beaucoup dautres, lavantage de pouvoir suivre, dans leurs grandes lignes au moins, ses allocutions en chinois. Tous étaient vivement frappés de la joie manifeste quil éprouvait en se retrouvant une fois encore au milieu de ses chers Chinois.

    La Communauté qui eut ses préférences, fut sans contredit notre séminaire, avec ses 80 élèves. Il le leur fit bien voir lorsque, après avoir répondu à leurs compliments en un chinois qui fut aisément suivi par tous, il leur accorda une promenade extraordinaire, en dehors de Moukden. Séance tenante, Tiehling, distant de 72 kilomètres, fut adopté à lunanimité, et le 5 juin, jour de la Fête patronale, le P. Lamasse et ses paroissiens eurent la satisfaction dassister à des offices comme jamais leur église nen avait vus. Partis de Moukden à 4 h. 20 par wagon spécial, nos élèves eurent, en descendant du train, leur messe de communion, puis ils assurèrent les chants et les cérémonies à la grandmesse et à la procession du Saint-Sacrement. Le soir, à 6 h., ils étaient de retour. Ils noublieront pas de sitôt la bonté de Son Excellence Kouang ta tchou kiao!

    Durant les trois jours pleins quil passa au milieu de nous, Mgr de Guébriant neut pas une minute de repos, ce qui ne lempêcha pas dêtre toujours paternel, affable, tout à tous. Nos jubilaires de cette année eurent même linsigne honneur de recevoir sur place les compliments de leur Supérieur Général. Que cette faveur soit à nos chers PP. Marcadé, Toudic et Lacroix, tous trois pinanguais, le gage dun ministère encore long et de plus en plus fructueux !

    Enfin, le mardi 24 mai, après une dernière conférence aux missionnaires, notre vénéré Supérieur nous quittait pour Changchun. A lheure quil est, il a depuis une bonne semaine déjà retrouvé notre vieux Séminaire de la rue du Bac et la Communauté qui lattendait avec impatience.

    Quil soit, encore une fois, cordialement remercié pour tout le bien que nous a valu sa visite, pour les encouragements si paternels et le réconfort que nous ont apportés ses conversations privées et ses conférences publiques. En deux mots : il a rendu tout le monde heureux, et il nous laisse mieux disposés que jamais à continuer notre labeur dont il a su nous montrer si bien le côté surnaturellement fécond.

    Samedi, 11 juin, nous avions la joie de recevoir les PP. Darles et Toudic qui rentrent de leur congé en France resplendissants de santé. Puissent-ils conserver longtemps encore leur bel entrain et leurs forces, car le travail abonde de plus en plus, et les cadres se rajeunissent bien malaisément.

    9 juillet.

    La chronique du mois dernier signalait le retour des PP. Darles et Toudic. Ce dernier vient de prendre, avec une satisfaction non dissimulée, la direction du district de Kao Chan Touen où il fit jadis ses premières armes de jeune missionnaire. Quant au P. Darles, il se plonge dans létude de la philosophie scolastique en vue des cours quil doit commencer à la rentrée dautomne.

    Nos trois philosophes, prémices de notre grand séminaire enfin reconstitué, ne pouvaient suivre convenablement le règlement qui leur convient au milieu de jeunes latinistes. Dautre part, à trois, ils auraient fait une bien maigre communauté. Grâce à la bienveillance de Son Exc. Mgr Gaspais qui a bien voulu leur donner lhospitalité dans son séminaire, cette difficulté reçoit une heureuse solution. Et nous nous consolerons de léloignement de notre cher P. Darles en songeant quaux délices de son enseignement nouveau, il joindra celles de vivre là-bas avec des confrères charmants et dans un site enchanteur.

    Le 5 juillet, le P. Lamasse écrivait de Tiehling : Ma résidence a été complètement dévalisée la nuit dernière par trois brigands qui sont entrés chez moi vers minuit en brisant les carreaux, et revolver au poing mont demandé la bourse ou la vie. Je métais levé au bruit de leur irruption, mais à coups de pieds et de poings, ils mont rejeté sur mon lit, cherchant même à me bâillonner. Pendant que lun deux me tenait durant vingt minutes sous la menace de son revolver, les deux autres se sont mis à fouiller la maison de fond en comble. En fait dargent, je navais que 16 à 17 yen. Prétendant que cétait trop peu, ils ont recommencé à me passer à~tabac... Somme toute, je lai échappé belle, car à voir la mine de ces gaillards-là, jai eu tout le temps de les examiner ils étaient bien capables de faire ce dont ils me menaçaient. A plusieurs reprises jai eu limpression quils étaient sur le point de tirer, et jai recommandé mon âme à Dieu. Dès le début je men étais remis pour me protéger à la bonne Providence et aux Ave Maria que je récitais pendant ce mauvais quart-dheure. Ce que le bon Dieu et la bonne Vierge gardent est bien gardé....

    Pendant ce temps, les agents de police postés à proximité et alertés par les coups de feu que les brigands tirèrent avant de commencer leurs opérations, ne firent pas même le geste de prévenir le poste voisin pour demander du secours. Mais les brigands avaient à peine repassé le mur quils faisaient irruption dans la cour de la mission et enquêtaient bruyamment ! Nil novi... et sans doute il en sera encore longtemps ainsi.


    Kirin

    3 juin.

    Changchun
    Lère nouvelle inaugurée par notre Régent Pou Yi fera-t-elle époque dans lhistoire de ce siècle ? je lignore. Mais ce que je sais, cest que la retraite de 1932 fera sûrement époque dans les annales de la mission de Kirin et en particulier dans celles de la procure de Changchun. Que de belles choses au programme ! Un prédicateur en renom, des cloches à bénir, la visite de Son Excellence Mgr de Guébriant, le jubilé de S. Ex. Mgr Gaspais et la bénédiction de la nouvelle église de Changchun.

    Retraite. Depuis longtemps déjà nous comptions les jours, aussi, le 21 mai, tous les confrères étaient-ils présents excepté le P. Trincal, linfortunée victime du sac de Pétuné. Dès le soir de ce jour, et pendant cinq jours consécutifs, nous fûmes sous le charme de la parole ardente et pleine de flamme apostolique de Mgr Janssens.

    Bénédiction des cloches : Au début de la retraite, le dimanche 22, fête de la sainte Trinité, eut lieu le baptême des cloches (Thérèse, 425 kgs, Edmonde, 305 kgs et Françoise, 223 kgs). Dès la veille, vêtues dun blanc manteau, elles attendaient quon voulût bien les baptiser avant de leur donner place dans le clocher.

    Ce fut vraiment un baptême de première classe : beau soleil, nombreux clergé, foule compacte, Mgr Gaspais officiait, cérémonie très touchante et, aussi, pleine donction. A limposition des prénoms, celui dEdmonde éveilla dans le cur dun chacun de doux souvenirs auxquels se mêlèrent de vifs sentiments de reconnaissance. Les parrains et marraines, notables de la paroisse, etc., tirèrent, après Monseigneur, un ruban qui fit tinter leur filleule respective. Enfin, dans une allocution très goûtée, le P. Gibert, lorateur des grands jours, parla de la voix des cloches et des enseignements quelles nous donnent. En terminant il demanda aux chrétiens, lorsquils entendraient le son des cloches, de prier pour le généreux bienfaiteur, leur ancien curé.

    Visite de Monseigneur le Supérieur Général. Mardi soir, 24 mai, à 9 h., les confrères sont massés sur le perron de la procure pour saluer, à son arrivée, S. Ex. Mgr le Supérieur Général que Mgr Gaspais est allé chercher à Moukden et que les PP. Cubizolles, provicaire, Sagard, procureur et Perrin, curé de Changcbun ont reçu à la gare. Son Excellence est de ceux que les années ne vieillissent pas et qui ne connaissent pas la fatigue ; à chacun Elle donne aussitôt laccolade dun père qui retrouve ses enfants. Dautres voitures descendent : Mgr Breton, évêque de Fukuoka, le P. Samson procureur à Shanghai et enfin la garde dhonneur en la personne ainsi que le nom lindique du P. Lagarde, de Séoul. Notons aussi que le P. Ovstrosky, du clergé polonais de Harbin, avait tenu à faire le voyage de Changchun pour saluer Mgr de Guébriant.

    Le lendemain S. Ex. célébra la sainte messe au Jen-tse-tang (Franciscaines M. de M.), en visita les uvres et reçut les vux de tous. Dans le cours de la journée Mgr voulut bien nous faire deux conférences dans lesquelles il laissa parler son cur et sut faire vibrer les nôtres, surtout en nous assurant que lapostolat en Mandchourie allait connaître une période de prospérité. Matin et soir, notre paternel et vénéré Supérieur tint à sentretenir avec chacun de nous en particulier.

    Jeudi matin, malgré un temps maussade, départ de Leurs Excellences pour Kirin. Réception au séminaire, discours et chants, Monseigneur visite longuement létablissement ; dans laprès-midi, malgré la pluie qui ne cesse pas, départ pour le Tongkoan, puis visite à la paroisse et enfin, sous une pluie diluvienne, départ pour la gare. Linondation a emporté la ligne et après un très long retard, le train ramène les voyageurs tard dans la nuit.

    Le vendredi, à 2 h. du soir, il nous faut, bien à contre-cur, dire adieu à notre vénéré Supérieur, tous les confrères laccompagnent à la gare. Dans le compartiment de S. Ex. prennent place les PP. Samson et Dassier et aussi le P. Candau, supérieur du grand séminaire de Tôkyô, arrivé la veille.

    Jubilé de Monseigneur Gaspais. Samedi, 28 mai, à 4 h. rassemblement à la salle des fêtes pour la présentation des vux au vénéré jubilaire, Mgr Gaspais. Les confrères chinois sont là, neuf dentre eux, malheureusement, nont pu venir, linsécurité des routes et les combats en cours ne leur ont pas permis de se joindre à nous. Par contre saluons trois hôtes de marque venus du sud : de la mission de Moukden, les PP. Chometon, provicaire et Lacroix, procureur ; de la mission de Seupingkiai, le P. Bérichon, procureur.

    La salle est comble : séminaire, école S. François-Xavier, écoles russe et chinoise du Jen-tse-tang, orphelinat, hospice, chrétiens de la ville et de lextérieur, tout le monde est là pour fêter Son Excellence. Le R. P. provicaire ouvre la séance par un beau discours et quand, en terminant, il présente le portrait du Saint-Père avec, en exergue, une bénédiction apostolique toute spéciale, lenthousiasme est à son comble. Ajoutons que Son Eminence le Cardinal Van Rossum avait, lui aussi, envoyé sa photographie avec un mot très aimable. Le doyen des prêtres chinois, les PP. Chometon et Lacroix prirent ensuite la parole, après eux vinrent le séminaire et les écoles de la ville et enfin eut lieu la présentation des cadeaux et Son Excellence eut un mot aimable pour remercier tout le monde.

    Le soir, sur le parvis de léglise brillamment illuminée, le séminaire vint faire oratoire. Pour terminer, jusque bien avant dans la nuit, devant la façade de la procure éclairée à giorno par des guirlandes électriques, il se tint une soirée musicale intime dans laquelle nous admirâmes tout spécialement les PP. Chometon et Roland.

    Bénédiction de léglise : Le lendemain dimanche, à 8 h., les cloches sonnent joyeusement et invitent les fidèles à la bénédiction de léglise. Monseigneur que lon va chercher processionnellement commence la cérémonie sur le parvis et fait le tour de lédifice en aspergeant les murs, puis, les portes étant ouvertes, le clergé pénètre dans léglise au chant des litanies des Saints, et la bénédiction se continue.

    A 3 h. vêpres en faux-bourdons, puis procession du Saint-Sacrement, la plupart des prêtres (plus de 30) en chasuble ou en chape. Monseigneur Janssens porte le Saint-Sacrement autour de léglise, dans le jardin de la procure, les cloches sonnent, la fanfare joue ses plus beaux airs, des milliers de pétards crépitent, et les clercs chantent avec âme les hymnes liturgiques....

    Lundi matin, bénédiction de la chapelle, dédiée aux anciens missionnaires du Vicariat dont les noms, gravés sur le marbre, encadrent la statue de N. D. de Pitié. Après cette bénédiction messe de Requiem à leur intention.

    Comme le disait Mgr de Guébriant, ce sont eux, nos anciens, qui ont fait la mission ce quelle est aujourdhui, à nous de continuer. Avec laide de Ste Thérèse nous ne faillirons pas à notre tâche.


    Chengtu

    15 juin.

    Un double deuil vient de frapper notre mission : le P. Couderc Vicaire Délégué et Provicaire sest endormi dans le Seigneur le vendredi 3 juin, fête du Sacré-Cur ; le lendemain mourait Monsieur Marc Lieou, prêtre indigène.

    Né à Colombiès, dans le diocèse de Rodez, le 20 janvier 1869 et venu en Chine en 1891, le P. Couderc travailla en mission pendant près de 41 ans, sans un seul retour en France.

    Soit comme missionnaire en district, soit comme procureur de la mission ou supérieur de séminaire, il a été et reste pour nous un modèle de zèle et de piété.

    Appelé en 1916 par la confiance de Monseigneur à exercer la charge de provicaire, il eut plusieurs fois le périlleux honneur de diriger la mission en qualité de Supérieur : une première fois pendant lAssemblée générale de Hongkong, une deuxième fois pendant le Concile général de Shanghai, une troisième fois enfin pendant lAssemblée générale de Paris et toujours il sest acquitté de cette charge à la satisfaction de tous.

    Depuis deux ans il souffrit de plusieurs attaques de furonculose consécutive au diabète et visiblement sa santé déclinait. Vers la fin de mai, peu après son arrestation, relatée dans le Bulletin et qui lavait fort affecté, un nouvel anthrax se déclarait à la nuque et peu à peu envahissait la tête. La fièvre montait tous les jours et cependant le Docteur Béchamps qui le soignait avec tant de dévouement ne désespérait pas de le sauver cette fois encore. Malheureusement le premier juin une phlébite aggrava la maladie et il devint évident que la fin était proche. Il reçut les derniers sacrements avec une piété angélique et rendit le dernier soupir, assisté de Monseigneur, du P. Piel, aumônier, des Pères Poisson et Charel, en présence des Religieuses Franciscaines M. M. qui lavaient soigné jour et nuit.

    Le mardi 7 juin, Monseigneur célébra pontificalement la messe des obsèques, à laquelle assistaient une douzaine de confrères, presque tous les prêtres indigènes de notre mission, réunis pour la retraite annuelle, un groupe imposant de Franciscaines Missionnaires de Marie, avec leurs 500 orphelines et les 90 pensionnaires de lEtoile du Matin, le Directeur des Postes chinoises, M. Keating et M. le Dr Béchamps, gérant du Consulat de France. Le Maréchal Ten si heou et plusieurs généraux avaient envoyé des couronnes.

    Le même jour et à la même heure se célébraient à léglise du Pemen les obsèques de Monsieur Marc Lieou.

    Quelques heures après, les deux cercueils arrivaient ensemble au cimetière de Mo-pan-chan, et maintenant le prêtre français et le prêtre chinois reposent côte à côte en attendant le jour de la Résurrection.

    La retraite de notre clergé indigène a été, cette année, prêchée par le R. P. Rodriguez, O. SS. R. Le Père revenait de Canton où il avait prêché les mêmes exercices aux prêtres chinois de ce vicariat. Son intention, qui est celle de ses supérieurs et la nôtre, est de fonder à Chengtu une maison de Rédemptoristes. Dieu veuille que cette fondation se réalise pour le plus grand bien spirituel du clergé, des communautés religieuses et des fidèles.

    Nous avons eu la visite du très Révérend P. Considine, des missionnaires de Maryknoll, Directeur à Rome de lAgence Fides. Par avion il a franchi en 7 heures la distance qui sépare Hankow de Chungking, alors que les vapeurs mettent 6 ou 7 jours. Grâce à lauto, avec le R. P. Rodriguez pour compagnon, il est arrivé de Chungking à Chengtu en deux jours et demi au lieu des onze jours exigés, récemment encore, par les chaises à porteurs. Décidément le progrès est en marche au Setchoan.

    Par décision de Monseigneur, le P. Poisson est nommé Provicaire et Vicaire délégué du Vicariat de Chengtu en remplacement du regretté P. Couderc.

    Le P. Gabriac atteint de fièvre depuis une dizaine de jours est venu à Chengtu demander les soins de la Faculté.


    Chungking

    1er juillet.

    Le 29 juin, fête de St Pierre et St Paul, les PP. Gallice et Brun ont fêté le vingt-cinquième anniversaire de leur ordination sacerdotale. A lévêché, le P. Gallice, assisté des PP. Bouchut et Magnan comme diacre et sous-diacre, a chanté la messe du jour. Tout le clergé de la ville et de la banlieue était présent. Après la cérémonie, S. E. Mgr Jantzen au nom de tous les confrères, dans une cordiale allocution, rappela le zèle que le cher jubilaire déploya longtemps dans le district de Myao-iu-tsao, oà sa bonté et son dévouement lui attachèrent tous les curs. Son Excellence, dans sa dernière tournée de confirmation, en eut encore le touchant et magnifique témoignage.

    Monseigneur dit aussi au jubilaire, combien, depuis sa nomination à la procure, nous lui sommes tous reconnaissants du dévouement quil a toujours mis au service des confrères. Déjà, la veille, lInstitut des Servantes du Sacré-Cur, le pensionnat Ste Thérèse, dont le P. Gallice a la charge, les prêtres chinois lui avaient témoigné leur gratitude. Les nombreux et riches cadeaux offerts au cher Père procureur sont une manifestation évidente de la sympathie dont il est entouré. S. E. Mgr Wang, de Wanshien, au nom de son clergé avait également tenu à montrer quen ce jour la mission de Wanshien était de cur avec nous ; un superbe ornement envoyé quelques jours auparavant en était la preuve.

    Le P. Brun, par une délicatesse que tous nous avons comprise, a tenu à passer cette fête de son sacerdoce dans le silence et lintimité du séminaire où, durant de si longues années, il se dépense à léducation et à la formation des jeunes séminaristes.

    Aux deux jubilaires ouan-ouan-soui, (dix mille ans) et rendez-vous pour les noces dor.


    Ningyuanfu

    3 juin.

    Le Kientchang
    Létat de santé de Monseigneur Audren, Coadjuteur nommé du Yunnan, exigeant un séjour en France, Son Excellence quittera Houili le lundi 6 juin. Nous lui souhaitons un rétablissement prompt et complet. Dès que la démission de Mgr Audren au titre et aux pouvoirs de provicaire fut connue et bien nécessairement, hélas ! acceptée, Son Excellence Monseigneur Baudry transféra ce titre et ces pouvoirs au P. Lemercier.

    On est toujours sans nouvelles du catéchiste de Houangmoutchang, M. Tong, tombé, comme lon sait, aux mains des brigands.

    Les faux bruits colportés, ces temps derniers, par la presse chinoise sur laide problématique apportée par la France au Japon, dans laffaire de Shanghai, valut au curé et aux chrétiens de Tetchang un commencement de persécution qui naura pas, il faut lespérer, toutes les conséquences que lon aurait pu craindre.

    A Tetchang encore, on vient de trouver enfin la formule si longtemps cherchée de la pacification des Lolos. La découverte est dimportance puisquelle assure non seulement la pacification mais lunion, la fusion des deux races. Il ne sagit de rien moins, en effet, que de marier, par groupes de 60 dans chaque localité un peu importante, Chinois et Lolotes, Lolos et Chinoises. Cest très simple, mais encore fallait-il y penser !


    Yunnanfu

    6 juillet.

    Le Petit Nouvelliste
    Le 1er juin Monseigneur Audren annonce par lettre quil se mettra en route pour Yunnanfu aussitôt que son remplaçant au Kientchang aura été désigné, mais S. E. ajoute quaprès quelques jours de relâche Elle continuera sur Rome et Paris. Elle a besoin de repos, et surtout désire demander de vive voix quelques conseils au Saint-Père : si le Saint-Père lui dit daller de lavant, Elle sarrêtera le moins possible et estime quune absence de six mois suffira.

    Le lundi 13 juin, Monseigneur Audren arrivait à Yunnanfu après huit jours de voyage et fut très touché des sentiments exprimés par nos confrères à lélu du Saint-Siège. De vives instances lui furent faites, en particulier par Mgr dAila, pour quil remette à plus tard son voyage en France et à Rome, quand il aurait fait connaissance plus intime avec le Yunnan. Peine perdue ; en effet, le vendredi 24, après avoir, les jours précédents, fait les visites qui simposaient, Mgr prenait le train en compagnie de M. Gandon, consul intérimaire de Yunnanfu et, en cours de route, sétant quelque peu arrêté à Mongtseu, arrivait à Hanoi mardi matin.

    Dès le vendredi 1er juillet Monseigneur Audren quittait Hanoi pour se rendre à la Trappe de N. D. dAnnam. Le P. Letourmy, repris par la nostalgie du Yunnan, demandait si, après ses vux temporaires de trois ans, il y aurait encore place ici pour lui. Monseigneur a tenu à lui témoigner de vive voix sa propre joie et celle de tous les confrères ; de là, Mgr avait lintention de gagner Saigon par voie de terre. Nous faisons des vux pour son voyage, son prompt retour et lefficacité de toutes ses démarches pour la prospérité du Yunnan.


    Kweiyang

    3 juin.

    Le Kouytchéou va-t-il entrer dans le sillage des nations civilisées ? Depuis trois ou quatre ans Kweiyang possède une vingtaine dautos qui roulent cahin-caha sur une longueur de 4 à 500 kilomètres de routes en bien piètre état, et voilà quil est, maintenant, question daviation, aviation commerciale qui relierait les trois provinces limitrophes : Kouytchéou, Setchoan, Yunnan. Un terrain pour atterrissage avait déjà été choisi il y a six mois, maintenant on fait un pas en avant et on parle de laménager.

    Et puis il y a les nouvelles casernes élevées à 1800 mètres au sud de la ville, à côté du vieux champ de manuvres. En tout 23 bâtiments destinés à loger une division entière, tous en briques marquées, toutes et chacune, au chiffre de lEtat. Ces bâtiments sont disposés en parfaite symétrie et dûment alignés ; de la première caserne à la seizième, le regard enfile 30 fenêtres et naperçoit quune croisée et quune espagnolette. Nul doute quà vivre constamment devant pareils alignements les futurs militaires nacquièrent, comme dinstinct, lart suprême de ne laisser voir quune crosse et quune baïonnette dans les défilés de parade... mais ces casernes seront-elles jamais occupées ?

    Pour les écoles, la mission semble, elle aussi, avoir fait un pas en avant. Aux derniers examens officiels, mis cette fois à labri de la fraude, notre école primaire de la paroisse de la cathédrale (école enregistrée) a remporté quelques succès : cela lui a valu un peu de notoriété et attiré nombre de demandes dadmission de la part des chrétiens et des païens. De plus, détail intéressant, le corps professoral, pris dun beau zèle, vient de faire imprimer dans le journal païen de la ville une lettre ouverte aux parents pour leur inculquer cette vérité capitale que léducation de lécole fait suite à léducation de famille, donc la suppose, lexige, comme une bâtisse son fondement et que cette éducation de famille doit reposer sur un ensemble de tels et tels principes (ici un exposé des préceptes les plus courants du Décalogue).

    Tout cela va de soi et il ny a là rien dextraordinaire, mais en ces temps troublés, où le triple démisme était hier encore prôné par tout citoyen conscient, tant chrétien que païen, on était quelque peu déshabitué de cette élémentaire sagesse, et il fait bon entendre chanter juste au sortir dune cacophonie, disent les connaisseurs.

    Le nouveau supérieur du Probatorium, le P. Cousin, a dû, à peine installé, se mettre à élargir ses logements : au lieu de 40 élèves attendus il lui en est arrivé 60. Enfin cest fait, ils sont tous casés et même il reste un peu de place pour parer à toute éventualité. Il lui reste à dégrossir son petit monde et, même à ce point de vue, il y a déjà un peu de travail de fait.

    Au petit séminaire aussi le nombre augmente et, pour la première fois, il dépasse la quarantaine. Il est vrai que pour le grossir, la mission de Lanlong concourt avec nous, sans ombre de rivalité dailleurs : le P. Williate vient dy amener une bonne demi-douzaine de lauréats de son école préparatoire et il a profité de cette occasion pour revoir Kweiyang. Voilà bien 10 ou 12 ans quil souhaitait refaire ce pèlerinage et tous nous avons été très heureux de le revoir.

    Après 15 ans dabsence, le P. Williate nous a paru très peu changé : toujours alerte, à peine plus ridé, à peine plus grisonnant. Et puis cest un expert de la baguette : sur votre demande, il arpente votre cour ou votre jardinet, vous loge une source ici, une autre là, comme au gré de vos désirs. Il ne restera plus quà creuser et puiser.

    La région de Kweiyang et plusieurs autres dans la province souffrent dune sécheresse telle quon nen a pas vu depuis de longues années. A lépoque où lon devrait voir les rizières inondées et déjà verdoyantes, elles sont presque partout absolument sèches et comme abandonnées. Cest la disette qui sannonce et avec elle une recrudescence de brigandage déjà mentionnée en plusieurs endroits. La ville de Tinfan, en particulier, daprès une lettre du P. Larrart, se trouve assiégée par une bande de 2 à 300 brigands ; le chef de la police a eu lépaule traversée par une balle et sest fait transporter à la mission pour demander des soins.


    Swatow

    16 juillet.

    Les Rouges continuent leur jeu de cache-cache avec les soldats chargés de les exterminer. Dernièrement, pendant que ceux-ci étaient occupés à arracher le riz planté par les habitants expulsés des régions déclarées rouges et interdites par les autorités, une bande de communistes est venue durant la nuit enlever professeurs et élèves de lEcole Moyenne de Hapshan (Chaoyang). Heureusement pour ces derniers, il y avait cette nuit-là comédie dans un village voisin et la plupart des élèves sy trouvaient, de sorte que les brigands nont pu emmener que le Directeur et une quinzaine délèves restés pour garder la maison. Le lendemain plusieurs captifs, fils de familles prolétaires, ont été relâchés ; les autres, réputés de bon rapport et dénommés cochons gras dans le langage communiste, ont été conduits dans quelque repaire de la montagne.

    Ailleurs ils vont faire sauter à la dynamite les tours et autres fortifications élevées pour la protection des villages, désarment et quelquefois emmènent la garde civile chargée de la sécurité des habitants. Nayant pu, cette année, à cause de la présence des soldats, cultiver les rizières, ils viennent vider les greniers que les paysans capitalistes ont remplis à la dernière récolte. Ainsi, tandis que les soldats purgent la montagne, les Rouges nettoient la plaine.

    Depuis près dun mois une épidémie de choléra fait beaucoup de victimes en ville et à la campagne. La municipalité de Swatow a installé plusieurs bureaux de vaccination gratuite ; mais on manque un peu de vaccin. Le Département de lHygiène a pris des mesures sévères contre la vente des boissons glacées, des pastèques deau et autres crudités qui dordinaire font les délices de nos Chinois pendant la saison dété.

    La première moisson de riz qui est à peu près terminée, a été assez bonne, malgré le manque deau pendant les mois davril et de mai.


    Pakhoi

    16 juillet.

    Depuis la dernière chronique Monseigneur a fait quelques changements parmi nos prêtres chinois. Le P. Leung, autrefois à Tanghai-kia (Lui Chow) a été envoyé à lîle de Wai-tchao où il sera le voisin du P. Moyse Kiang. Ce dernier, que ses rhumatismes ne veulent pas laisser en repos, est venu à Pakhoi consulter la Faculté. Le P. Liou est allé remplacer le P. Leung à Tang-hai-kia. Le P. Vincent Tsin a été nommé professeur au séminaire et le P. Yun qui jusquà ce jour était dans cet établissement a été désigné pour remplacer le P. Vincent à Tèpo. De ce poste limitrophe de Kouang. Tcheou Wan le Benjamin de notre clergé indigène qui connaît bien lannamite rendra grand service au titulaire de Fort-Bayard, particulièrement en soccupant des 70 Tonkinois qui sont sur le territoire.

    Nous avons eu, il y a quelques semaines le grand plaisir de voir arriver le cher P. Crocq qui, obéissant à linvitation de Mgr le Supérieur Général, a bien voulu venir se mettre momentanément à la disposition de Mgr Pénicaud qui la placé au séminaire. Toute notre reconnaissance à Mgr le Supérieur Général, à Mgr du Kouangsi qui veut bien nous prêter un de ses vaillants missionnaires et au bon P. Crocq à qui nous offrons nos meilleurs vux de bonheur et de succès dans notre petite mission.

    Ladministration française du territoire de Kouang Tcheou Wan a fait célébrer un service solennel pour les victimes du Georges Philippar parmi lesquelles se sont trouvées quatre personnes de Fort-Bayard.


    Nanning

    15 juillet.

    Les PP. Costenoble, Dalle et Cuenot sont descendus à Hongkong pour profiter de la retraite donnée à Nazareth du 10 au 16 juillet et prendre un peu de vacances.

    Deux Pères de Maryknoll ont visité les districts que notre mission va céder sous peu à leur Société.

    La Légation française de Pékin a envoyé un délégué spécial auprès du Gouvernement du Kouangsi pour traiter définitivement laffaire du pillage des missions de Longtcheou et Tai-Pin par les communistes en février 1930, et ratifier larrangement fait à lamiable entre S. E. Monseigneur Albouy et les mandarins de Longtcheou. Le délégué a assuré que la France maintenait le Protectorat des Missions et ferait en sorte que les pertes fussent réparées, au moins en partie.

    Une campagne violente a été menée par les journaux contre une soi-disant bande dempoisonneurs de puits à la solde de certains pays étrangers. Le Japon et la France étaient plus ou moins ouvertement désignés. De pauvres hères, soupçonnés davoir jeté des pilules empoisonnées dans les puits, ont été lynchés. Un prêtre chinois a été accusé de servir dintermédiaire pour faire passer de largent aux empoisonneurs. Enfin le Gouvernement, que daucuns disent avoir lui-même lancé laffaire pour créer un état desprit anti-étranger, voyant que les choses allaient trop loin, a fini par mettre le holà.


    Hanoi

    27 juin.

    Nous voici au fort de lété tonkinois. La chaleur est ambiante, comme disait un vieux colon. Le style communiqué est tout indiqué pour la saison.

    18 mai. Mgr Gendreau baptise 124 catéchumènes du P. Marty. Dautres groupes se préparent au baptême, et le zélé missionnaire annonce, en plusieurs hameaux, de toutes nouvelles adhésions. Ces braves montagnards, que les gens du delta appellent dédaigneusement les sauvages, se montrent plus éclairés et plus sages que nombre de soi-disant civilisés.

    20 mai. Conversions dun autre genre. Deux assassins condamnés à mort, et qui ont été préalablement instruits en prison des vérités de la foi, reçoivent le baptême au matin de lexécution et meurent avec des sentiments touchants de résignation et de repentir. A inscrire au compte du P. Dronet, passé depuis longtemps spécialiste en la matière.

    26 mai. 5 juin. Nombreuses processions de la Fête-Dieu favorisées par une température relativement clémente. A Hanoi, la cérémonie revêt tout léclat traditionnel. Mgr Gendreau confie le Saint-Sacrement, à partir du premier reposoir, à Mgr Gouin, Vicaire Apostolique du Laos, venu passer quelques jours au Tonkin.

    Nam-Dinh, qui ne le voudrait céder en rien à la capitale, voit ses préparatifs quelque peu contrariés par la pluie, mais sort quand même et rentre in pompibus entre deux averses.

    Au petit séminaire de Hoang-Nguyen, grande semaine. Jeudi, procession du S. Sacrement que porte Mgr Gendreau. Les jours suivants, examens de fin dannée par devant un jury sévère. Et enfin, mardi, distribution solennelle des prix sous la présidence de Monseigneur. Le parterre, où lon remarque le P. Provicaire, lancien Supérieur, M. Tardy et un nombreux clergé, applaudit chantres et acteurs, puis couronne les lauréats.

    7 juin. A la clinique S. Paul, M. le docteur Keller, directeur de lInstitut ophtalmologique de Hanoi, opère Mgr Gendreau dune cataracte à lil gauche, celle de lil droit layant été en France, voilà deux ans. Lopération a bien réussi ; après 15 jours de traitement, le vénéré malade a pu rentrer à lévêché. Dimanche prochain, S. E. compte présider à Ke so la réunion annuelle des missionnaires, à loccasion de la S. Pierre, sa fête patronale.

    20 juin. Le courrier nous apporte dexcellentes nouvelles de Mgr Chaize. S. E. arrivée à Marseille le 14 mai en est repartie le lendemain pour Rome, accompagnant S. E. le Délégué Apostolique de lIndochine. Visite de la Ville Eternelle, audience du S. Père, durant laquelle sest manifestée, une fois de plus, la sollicitude de Pie XI pour les Missions. Le 20, S. E. repartait pour la France. Après avoir passé quelques jours dans sa famille, Elle a dû se rendre à Vichy, pour y faire une cure recommandée par les médecins.

    27 juin. Cest la dispersion. Les villégiateurs du premier mois sont à Mau-Son. M. Villebonnet, accompagné de M. Vignaud, le grand voyageur aux deux jambes de bois, est parti pour Pinang, à travers Annam, Laos et Siam. Après avoir embrassé le neveu, professeur au Collège général, nos deux touristes comptent faire Singapore, la Malaisie, Angkor, Saigon et le reste.

    MM. Décréau et Binet, hommes spirituels, vont prendre part à la retraite de Nazareth.
    Ceux qui restent au Tonkin y prennent des bains de soleil. Le thermomètre a marqué un jour, sur les 4 heures du soir, 56º au soleil et 37º à lombre.


    Hunghoa

    7 juillet.

    10 juin, cest le jour fixé pour la sortie des élèves de philosophie, à Hunghoa, et de nos jeunes latinistes, à Hà-Thạch ; deux mois de vacances, pour reprendre des forces ; tous, professeurs et élèves, en ont besoin ; au Tonkin, de mai à septembre, les études sont laborieuses, et les santés souvent ébranlées !

    Ce même jour, Mgr Ramond, accompagné du Père Mazé, prenait la direction de notre station daltitude ; le lendemain, tous deux arrivaient à Chapa, après un excellent voyage de nuit : là, à 1500 mètres, plus de chaleurs tropicales, plus de nuits sans sommeil, de 18 à 20 degrés tout au plus !

    Le 14 juin, les confrères de la mission, et plusieurs de nos prêtres annamites, se dirigeaient vers Tong, pleins daffectueux enthousiasme, pour y fêter les noces dargent de leur sympathique confrère, le Père Pierchon, aumônier du Camp.

    Les Vieux de la troupe sarrêtèrent, pour la nuit, à Sơn-Tây, dans le confortable Hôtel de Lyon, tenu par le charmant Père Massard : ils devaient y trouver bon gîte, et des lits ad hoc, pour amortir un peu les angles de leurs vieilles carcasses.

    Les Jeunes de la troupe, quelques-uns frisant la cinquantaine, à lallure décidée, arrivèrent directement et joyeusement à Tong, et sinscrivirent de suite, à lHôtel du Duplicata, dont la renommée est mondiale ; ils étaient sûrs de trouver, pour dormir, une natte, sur la dure, et, comme oreiller, un morceau de bois, ou quelque vieux Bottin, mais aussi... le cur chaud de lamphitryon.

    Cordiales salutations, puis présentation discrète des cadeaux, par exemple, une petite enveloppe, à suscription toute modeste : pour vos uvres, lettres de félicitations à lapôtre de Magdala-City..., et, cadeau plus terre à terre, un jambon, apporté de Chapa, par le Père de Neuville.

    La nuit, à Tong, aurait été calme, si elle navait été troublée par les cris déchirants des boucs égorgés et des porcs sacrifiés pour les agapes du lendemain.

    Enfin, laube du grand jour ! Mais, quel est donc ce héraut de la bonne nouvelle, qui se pend désespérément à la corde de la cloche de 800 kilogs, récemment bénite ? Vous lavez reconnu ; cest le fameux sonneur du glas du paganisme, en cette région de Sơn-Tây, le cher Père Chabert ; il annonce, par une sonnerie tout aérienne, aux troupes du Camp, aux nombreux fidèles accourus, que la fête du jubilé va commencer. Laviation sen mêle aussi, et lon entend le vrombissement dune escadrille, qui survole, en ce moment, la chapelle de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus. Cest la joie, sur terre et dans les cieux !

    On entrevoit déjà, à la sacristie, les jeunes élèves de lécole, revêtir leur habit denfants de chur. Un prêtre annamite, M. Khuyến, qui, jadis, fut au service du Père Pierchon, et lui enseigna lannamite, retrace, avec émotion, aux chrétiens, venus de partout, les 25 ans de vie apostolique de leur pasteur.

    La chapelle est remplie ; Européens et Annamites sy pressent, nombreux ; ils aiment leur aumônier, et sunissent pour le lui témoigner.

    Le cortège sorganise ; de nombreux enfants de chur, des catéchistes, et seize prêtres conduisent processionnellement, de sa maison à léglise, le vénéré jubilaire. On le sent ému ; il doit se souvenir de sa première messe dans la chapelle de Pinang ; il va remercier Dieu des grâces reçues et prendre des résolutions nouvelles et fructueuses, pour le reste de sa course apostolique.

    Tandis quil dit la messe de St Modeste, jeune martyr romain, dont il vénéra souvent les ossements, lors de léclosion de sa vocation missionnaire au Collège de Tourcoing, un groupe de missionnaires, réunis près de lharmonium, tenu par le P. Vandaele, chantent de toute leur âme ; ce sont les voix de basses des vénérés Pères Provicaire et Méchet, celles de ténors ou barytons des Pères Chabert, Gautier et De Neuville, dominées par celle de soprano du Père Jacques, un... jeune de 59 ans !

    A lévangile, le P. Méchet voulut bien dire, dun cur tout débordant daffection, et, si naturellement, à lassistance attentive, la grandeur et les devoirs du Sacerdoce ; et, quand, à la péroraison, il se tourna vers le jubilaire, lémotion fut poignante, et les mots restèrent dans son cur ; combien touchantes et paternelles furent les paroles de notre vénéré doyen à son jeune confrère !

    A la fin de la messe, un Te Deum vibrant fut entonné, suivi de loraison dactions de grâces, et, au chant du Magnificat, le cortège se reforma, pour reconduire le célébrant à la sacristie ; la cérémonie religieuse terminée, le P. Pierchon recevait de tous, Européens et Annamites, les félicitations de circonstance, tandis que les indispensables photographes prenaient de nombreux instantanés.

    En attendant les derniers préparatifs du repas familial, un phonographe édifia et égaya lassistance ; tous les enfants du voisinage étaient là, tout yeux, tout oreilles, et pas mal de Vieux également écoutaient, avec plaisir, et les fanfares militaires et les morceaux religieux, reproduits par les disques.

    Les Jeunes de la troupe, eux, navaient pas de temps à perdre : ils mettaient la table, sans façon, et en famille, comme cela se fait toujours aux M.-E.: assiettes de tout calibre, fendues et ébréchées, empruntées, on ne sait où, chez des restaurateurs chinois, verres hétéroclites, de toutes formes et de tout calibre, couteaux sans manche, fourchettes variées et de toutes tailles ; mais, la joie, qui commençait à régner, était, elle, bien homogène. On voyait, dans un coin, le Père De Neuville, armé dun long coutelas et dune grande scie, découper sinistrement son jambon ; au P. Desongnis, homme sérieux, incombait le soin de placer les convives, sans violer les préséances, et il y réussit parfaitement.

    Cest sous un hangard, couvert de feuilles de latanier, queut lieu le repas ; des menus fantaisistes indiquaient à chacun, et dans les termes les plus drôles, les différents plats ; après la hure, les gigots de bouc, il y eut un carry indien plutôt incendiaire qui, heureusement, fut calmé et éteint par plusieurs bombes glacées, gracieusement envoyées par des paroissiennes.

    Lheure des toasts arriva. Le Père Hue, Provicaire, remplaçant Son Excellence, retenue à Chapa, parla le premier. Avec délicatesse, il sut redire au P. Pierchon laffection que nous lui portons tous ; il le félicita dêtre né dans une famille admirable, dun père, médecin, joignant à une science consommée une charité de St Vincent de Paul, et dune mère pieuse, véritable femme forte de lEcriture, qui a élevé une nombreuse famille, avec un dévouement inlassable. Cest dans cette ambiance, lui dit-il, que vous avez pris les deux caractéristiques de votre âme : une piété profonde, une charité inépuisable ; là, aussi, vous avez appris à obéir, et à vous soumettre, toujours le sourire sur les lèvres, aux ordres de vos Supérieurs.

    Après avoir rappelé ce que fit le P. Pierchon, dans les différents postes, où il fut, depuis son arrivée au Tonkin, le Père Hue terminait ainsi : Serez-vous longtemps à Tong, cher Père ? Nous le souhaitons, tous, car vous semblez bien être the right man in the right place, et votre savoir-faire vous a déjà gagné tous les curs. Continuez, de longues années encore, à faire le bien autour de vous, à vos confrères, aux chrétiens, aux païens, en attendant le jour de la rétribution, qui, je pense, sera certainement très belle.

    Mais, voici lexcellent P. Méchet ; enfourchant Pégase, toujours fringant, il sut dépeindre, en vers charmants, les joies du prêtre de Jésus-Christ :

    Il y a vingt-cinq ans votre âme était ravie,
    Se sentant toute à Dieu. Vous aviez accepté
    Dêtre prêtre, non pas seulement pour la vie,
    Mais prêtre pour léternité.
    ..

    Pour voir, de jour en jour, sétendre sur le monde
    Le royaume de paix quil est venu fonder :
    Pour voir, de jour en jour, votre uvre plus féconde,
    Vous priez Dieu de vous aider.

    Vous le priez pour nous qui, tous, sommes vos frères,
    Qui prenons aujourdhui part à votre bonheur,
    Et joignons, tout heureux, aux vôtres nos prières,
    Nayant avec vous quun seul cur.

    Nous demandons quaprès une verte vieillesse,
    Bien riche de vertus, de mérites acquis,
    Votre dernier soupir soit un chant dallégresse,
    Qui se prolonge au Paradis.

    Après nous avoir fait venir la larme à lil, ce fut le P. Méchet, humoriste, qui rentra en scène, pour un nouveau tour de piste ; cette fois, il nous fit rire, en racontant, en vers, toute la vie du P. Pierchon ; en quinze strophes, tout y passa, et le bon caractère de notre confrère, et son talent de caricaturiste, toujours spirituel, jamais méchant, et son habileté comme constructeur, et son élégance... relative, et son art consommé pour le plain-chant, même sa science culinaire, etc..

    Tous dapplaudir..; et le poète ne vit-il pas son verre, qui, pourtant na pas dâme giống vô linh tâm, éclater de rire, et, par ses propres moyens, se casser en deux !

    Après cet incident mystérieux et ultra-comique... pour nous reposer, nous redevînmes sérieux et le jubilaire put enfin remercier tout le monde, avec les accents les plus reconnaissants de son âme :

    Après Dieu, premier servi, ma gratitude filiale monte naturellement vers mes chers et vertueux parents, qui ont si heureusement influencé ma vocation ; latavisme spirituel est bien une grâce du Ciel !

    Merci à S. E. Mgr Ramond, le Père de famille, qui, sil na pu présider cette réunion familiale, me dédommage en menvoyant une spéciale bénédiction.

    Comment vous manifester mon attachement, vénéré Père Provicaire, pour toutes vos bontés, ouvertes ou cachées ? Et vous, vénérable P. Méchet, notre doyen, nêtes-vous pas le prototype du missionnaire, qui, avec tant de tact et de bonté, veillez au maintien de notre union fraternelle, tantôt revigorant le moral de la troupe, toujours donnant, lors de lépreuve, le bel exemple dun optimisme convaincant ?

    Mais, voici deux humbles violettes, riches devant Dieu, et qui se dépensent, sans compter ! Lors de la construction du petit séminaire, jai pu, cher P. Quioc, cher P. Fleury, mimprégner de vos saints exemples, et je garde bon souvenir des heureux jours passés près de vous.

    Cher P. Jacques, puis-je oublier votre bon accueil de jadis, à Đồn-Vàng ? Et vous, P. Vandaele, qui, dans vos multiples fonctions, et au milieu de dérangements, aussi nombreux quhétéroclites, savez garder le sourire, comment vous dire merci ?

    Au P. Chabert, je dois une chandelle ! Que de précieux conseils vous mavez donnés, cher Père ! Quelle fierté, pour moi, dêtre le voisin du recordman des baptêmes dadultes, en notre mission ! Vous êtes, par excellence, un modeste et un persévérant !

    Vous seriez étonnés, chers confrères, si je ne rendais au bon P. Massard de particulières actions de grâces. Cest lui le vrai fondateur du poste de Tong. Que de démarches, que de soucis ! Dailleurs, son nom nest-il pas synonyme de don de soi; toute la région de Sơn-Tây nen profite-t-elle pas ?

    Merci à tous les autres confrères ! Merci aussi à vous, cher P. Khuyến, qui, jadis, mavez inculqué les premières notions de lannamite, et vous, P. Thảo, je noublie pas que nous avons travaillé ensemble à la construction du petit séminaire !

    Et maintenant, en avant ! Priez, tous, pour Magdala-City, et pour son Aumônier !


    Phatdiem

    6 juillet.

    La province de Thanh-Hoa est érigée en mission distincte. Mgr de Cooman, jusquici Coadjuteur de Mgr Marcou, en est le premier Vicaire Apostolique ; toutefois cette division de la mission de Phatdiem ne pourra être effective et complète que dans quelques mois ; en attendant auront lieu quelques changements nécessités par lérection de la nouvelle mission.

    Déjà limmense district du P. Bourlet, celui de Thanh-Hoa, a été scindé en deux. Notre zélé confrère a été, à deux reprises, chargé de ce district : une première fois de 1907 à 1912, et une deuxième fois de 1921 jusquà ces jours derniers. Il y a tant travaillé et si bien réussi quil peut, à bon droit, en être regardé comme le père. La part quil garde pour lui englobe deux sous-préfectures et compte plus de 250.000 âmes. Il y a 25 ans, on ne comptait dans tout ce territoire quun seul centre chrétien avec environ 150 fidèles : aujourdhui, on en compte une douzaine et plus et leur nombre ne cesse de croître.

    Le Père résidera au bord de la mer, à Samson, poste créé par lui-même, en 1909, et solidement organisé ces dernières années par le P. Martin qui en fut le premier titulaire. Après 48 ans de travaux apostoliques, la maladie et les ans obligent ce bon Père à prendre un repos bien mérité, Toute sa vie il fut un infatigable convertisseur de païens et un grand bâtisseur déglises et dhôpitaux ; ses anciens postes : Ngôkhê, dans la mission de Hanoi, Phongy et Samson dans la province de Thanh-Hoa, sont là pour en faire foi.

    La deuxième part de lancien district du P. Bourlet échoit au P. Poncet qui quitte le grand séminaire de Phatdiem pour en prendre la direction.

    Sur la mission mère et sa fille, celle de Thanh-Hoa, nous croyons bon de donner quelques renseignements, sous toutes réserves cependant, car à ce jour le Décret dérection du nouveau vicariat nest pas encore parvenu ici.

    La mission de Phatdiem est tout entière située au Tonkin et comprend la province de Ninhbinh. Elle mesure environ 1.000 kilomètres carrés et compte 450.000 habitants dont 97.000 catholiques, 9 missionnaires le vicaire apostolique y compris, 93 prêtres annamites et 120 catéchistes. Elle possède grand et petit séminaires, soit deux magnifiques bâtiments à étages, prévus, le premier pour 64 élèves, et le deuxième, pour 200. Elle a encore une école de catéchistes et sept communautés religieuses : Filles de N. D. des Missions et Amantes de la Croix. En septembre prochain les Frères des Ecoles Chrétiennes prendront la direction des écoles de Phatdiem.

    La nouvelle mission de Thanh-Hoa englobe deux provinces : celle de Thanh-Hoa, en Annam, et celle de Samnua, au Laos. Elle mesure de 10 à 11.000 kilomètres carrés et compte 1.500.000 habitants environ, 44.000 catholiques, 17 missionnaires y compris le vicaire apostolique, 48 prêtres annamites et 82 catéchistes. Cest dans ce vicariat que se trouvent les districts du Châu-Laos et la petite école de catéchistes Tay.

    Pas dévêché, pas de séminaires, cependant le Probatorium qui, en 1918, fut transféré de Phatdiem à Balang, dans le nouveau vicariat, pourra être transformé en petit séminaire. A Thanh-Hoa il y a une léproserie tenue par la mission (130 lépreux), un Carmel fondé en décembre 1929 et un magnifique pensionnat nouvellement construit et tenu par les Filles de N. D. des Missions ; de plus les Amantes de la Croix ont quatre maisons dans la province.

    Depuis quelques années surtout, le mouvement des conversions en ce nouveau vicariat est des plus consolants, mais il entraîne la fondation de nombreux postes, chose qui, surtout par ce temps de crise économique, ne se fait pas sans de cuisants soucis et de grosses difficultés, mais nos anciens du siècle passé étaient encore plus mal partagés, et Dieu est et reste avec nous !


    Phnompenh

    9 juillet.

    Monseigneur Herrgott est parti le 16 juin pour une grande tournée de Confirmation en Cochinchine ; S. E. doit visiter 28 chrétientés. Le début du voyage a été marqué par un accident d automobile qui, heureusement, na pas eu de conséquences graves, seule la voiture a été un peu endommagée, Monseigneur et les trois autres occupants en ont été quittes pour la seule émotion, sans même une égratignure.

    La mission vient dêtre cruellement éprouvée par la mort du Père Paul Martin. Le Père était descendu à Phnompenh pour affaires il y a environ quinze jours et sa santé paraissait parfaite ; il était à peine rentré dans son poste depuis deux ou trois jours quil tomba malade. Il nhésita pas à revenir à Phnompenh et le docteur diagnostiqua une crise dappendicite doublée de péritonite. Grâce à des soins énergiques le cher malade ressentit une sérieuse amélioration et le docteur avait bon espoir ; subitement, dans la soirée du 2 juillet, son état saggrava et un peu après minuit le Père expirait dans des sentiments admirables de résignation à la volonté de Dieu.

    Son neveu, missionnaire à Siam, avait été prévenu et était arrivé le 30 juin ; pendant trois jours il prodigua ses soins au malade et il eut la consolation de recevoir le dernier soupir de son oncle.

    Le corps, revêtu des ornements sacerdotaux, fut exposé dans le presbytère du Sacré-Cur et toute la journée du dimanche les chrétiens des différentes paroisses de Phnompenh vinrent réciter les prières des morts. Le soir, le corps fut mis en bière et le cercueil transporté à lévêché.

    Le mardi, 5 juillet, à 7 heures, eurent lieu les obsèques à la cathédrale. Monsieur le Résident Supérieur, Monsieur le Résident-Maire, un grand nombre dEuropéens ainsi quune foule de chrétiens tinrent à rendre au défunt un hommage bien dû au missionnaire qui depuis 36 ans avait su se concilier toutes les sympathies.

    Après la messe et labsoute, les fidèles de la paroisse de Xóm Biển où le P. Martin avait travaillé pendant 23 ans et élevé la plus belle église de la mission, tinrent à marquer leur reconnaissance en demandant que le corps de leur ancien pasteur reposât dans le cimetière de cette paroisse.

    Deux grandes barques accouplées en radeau avaient été préparées et ce fut au milieu dun cortège de plus de deux mille personnes que le P. Martin fit le dernier parcours de la Cathédrale à Xóm Biển. Une seconde absoute fut donnée et le corps conduit au cimetière.

    Il repose là au milieu de ses chers fidèles de Xóm Biển quil avait tant aimés et pour lesquels il avait dépensé les plus belles années de sa carrière apostolique.

    Cest un charmant confrère, un missionnaire de haute vertu, de grande intelligence et de profond dévouement que nous perdons : son souvenir restera longtemps vivant parmi nous, que Dieu lui accorde la récompense méritée par 35 années de travail intense dans la mission du Cambodge !


    Bangkok.

    1er juillet.

    Des événements politiques considérables se sont déroulés au Siam depuis laurore du vendredi 24 juin. Le Parti du Peuple supporté par lArmée et la Marine sest emparé du pouvoir jusque là détenu par le Roi et les Princes. Ces derniers ont été pris comme otages politiques et rassemblés dans la salle du trône. Le Roi, absent de Bangkok, à été prié dy revenir, daccepter le nouveau Gouvernement du Parti du Peuple et de ratifier la nouvelle Constitution. Celle-ci stipule que désormais la Monarchie dabsolue devient constitutionnelle et héréditaire selon lagrément du Comité du Parti du Peuple. Dailleurs toutes les affaires du pays sont entièrement du ressort de ce Comité qui les soumet au Roi uniquement pour être signées. Tout le pouvoir réside dans le peuple qui le manifeste par le Roi, assisté du Sénat du Peuple et dun Comité du Parti du Peuple. Le Roi reste la plus éminente personnalité du Pays. Sa Majesté Prachatipok demeure monarque à vie. Le Sénat du Peuple comprend soixante-dix membres élus. Dans le Comité du Parti du Peuple se trouvent quinze membres tirés du Sénat du Peuple. Toutes les négociations politiques avec les pays étrangers doivent être traitées par le Comité du Parti du Peuple qui a le pouvoir de nommer les représentants du Siam à létranger.

    Faut-il ajouter que tout sest passé dans le calme le plus absolu, sans violence ni sang versé. Le Parti du Peuple sest efforcé dobtenir le maximum de droits avec un minimum de trouble public. Les affaires ont été traitées comme dordinaire. Les trains, le télégraphe, la poste ont fonctionné sans le moindre arrêt. Les rues de la ville ont conservé leur apparence normale et le trafic suivit son cours. Les approches de la Salle du Trône ont été les seules gardées par des piquets de soldats et de marins, baïonnette au canon. En général, la masse du peuple accepte avec gratitude le nouvel état de choses et même reste bienveillante envers son Roi qui sest effacé devant le Parti du Peuple en acquiesçant bénévolement à ses desiderata.

    Devant la situation économique du Siam qui participe de la crise mondiale, espérons que la nouvelle forme de Gouvernement trouvera des remèdes appropriés et que la paix qui fut de tout temps lapanage de ce beau pays, continuera de sy répandre et dy prospérer.


    Malacca

    7 juillet.

    Le 19 juin, Monseigneur le Coadjuteur bénissait à Katong, dans la banlieue de Singapore, une chapelle dédiée à la Ste Famille. La Messe y sera dite tous les dimanches, mais il ny aura pas de prêtre en résidence, pour la bonne raison que cest un oiseau introuvable. La chapelle peut facilement contenir 700 personnes.

    Le Gouvernement des F. M. S. a construit sur la rivière la Perak un magnifique pont en ciment armé qui a coûté environ un million de dollars. Pour rentrer dans ses débours, il a lintention de mettre un droit de péage sur toutes les voitures qui passeront sur ce pont.

    Dans sa petite église de Sungei-Patani, le Père Riboud peut voir, le dimanche, des représentants de mainte nationalité : Anglais, Français, Irlandais, Italiens, Chinois, Japonais, Siamois, Eurasiens, Tamouls, Télégus, Maleyalèes.


    Rangoon

    29 juin.

    Le 23 mai, nous avons eu le plaisir de souhaiter la bienvenue à notre cher nouveau, le P. Ogent, qui vient rajeunir nos cadres. Il arrivait de Madras en compagnie du P. Dugast, de Mandalay, retour dun congé de convalescence à Sainte Marthe et à Saint Théodore, et du P. Barbieri, des Missions-Étrangères de Milan, rentrant dans sa mission de Birmanie Orientale. Après quelques jours de répit dont il a profité pour visiter la ville et les environs, il sest mis avec ardeur à létude de langlais, sous la direction du P. Whittaker, sujet de sa Majesté Britannique, attaché comme prêtre auxiliaire à notre mission depuis 1918. Il commencera bientôt létude du birman, du tamoul ou.... du chinois. De tout cur, nous lui souhaitons un long et fructueux apostolat en Birmanie.

    Le 1er juin, Mgr Provost bénissait, à Moulmein, la nouvelle chapelle du petit séminaire, en présence des professeurs, des élèves et de quelques confrères venus pour loccasion. Cette chapelle, de style gothique, est un véritable modèle délégance et de simplicité. Cest le P. Picot qui en a conçu le plan et la fait exécuter.

    Et pendant que cette cérémonie se déroulait à Moulmein, notre cher Père J.B. Mourlanne séteignait, à la léproserie de Kemmendine, après une longue et cruelle maladie au cours de laquelle son courage et sa résignation ne se sont jamais démentis. Il a gardé toute sa connaissance presque jusquà la fin. La veille de sa mort seulement, il est tombé dans un calme et pieux délire ; on comprenait, à ses gestes, quil croyait célébrer la sainte messe. Le 1er juin, vers 5 heures du matin, il entra dans le coma, mais parut cependant avoir recouvré ses sens lorsque le P. Saint-Guily vint lui donner une dernière absolution. Vers 9 heures il rendit paisiblement son âme à Dieu. Il avait reçu les derniers sacrements depuis plusieurs mois déjà, lorsque le cancer provoquait des hémorragies dont lune pouvait être fatale. Il avait pu communier aussi chaque matin jusquau moment où il ne lui fut plus possible davaler quoique ce soit, cest-à-dire 15 jours avant sa mort. Il était donc bien prêt.

    Le corps fut aussitôt ramené à Rangoon et exposé dans léglise Saint-Antoine jusquà lheure des funérailles qui eurent lieu le lendemain matin à 7 heures 30. La vaste église ne pouvait contenir tous les fidèles accourus pour rendre les derniers devoirs à leur regretté pasteur. Malheureusement, les missionnaires de lintérieur, prévenus trop tard ou retenus par la fête du Sacré-Cur qui tombait le lendemain, ne purent venir très nombreux.

    Après la messe célébrée par le P. Chave, ancien vicaire du P. Mourlanne, on se rendit au cimetière de Pazundaung et linhumation se fit dans la section réservée à la sépulture des missionnaires. Le P. Saint-Guily avait fait des démarches pour obtenir que le Père fut enterré devant la grotte de Notre-Dame de Lourdes qui se trouve en contre-bas de léglise paroissiale, mais le Directeur du Service dHygiène refusa lautorisation demandée.

    Depuis trois semaines nous avons une petite communauté de sept Clarisses, sorties du monastère de Besançon. Elles sont arrivées le 8 juin, et après quelques jours passés à Rangoon pour se remettre des émotions du voyage, elles sont parties, sous la conduite de notre Père Provicaire, pour Pégu, leur destination définitive. Cest le P. Mignot, notre confrère aveugle, qui, du consentement de Monseigneur, a pris linitiative de les inviter et a fait tous les frais de leur première installation. Il se chargera dassurer aussi leur subsistance, si les aumônes du public et le prix de leurs petits travaux ne suffisent pas pour les faire vivre. La maison quelles occupent provisoirement est tout à fait en rapport avec la stricte pauvreté dont elles ont fait profession ; elles sen contentent, en attendant quon puisse leur bâtir un vrai monastère. Nous avons donc maintenant des Religieuses contemplatives dont les prières et les sacrifices nous seront dun puissant secours pour la conversion des bouddhistes. Souhaitons quelles puissent se recruter facilement ! Les jeunes filles du pays ne paraissent pas avoir un goût très prononcé pour ce genre de vie, mais le Bon Dieu saura bien susciter des vocations, car cette uvre doit lui être particulièrement chère.

    Le P. Philippe sest embarqué le 16 juin à destination de Hongkong pour prendre part à lune des retraites que prévoit notre règlement. Il en reviendra plein dun nouveau courage pour continuer le rude labeur auquel lastreint ladministration de 5000 chrétiens tamouls dispersés sur un immense territoire.

    Le P. Pavageau qui est à la tête des importantes écoles de Thonzé, ne jouit pas dune santé très brillante. Il a, chaque jour, des crises dasthme qui durent plusieurs heures et le font beaucoup souffrir, mais il reste quand même sur la brèche. Espérons quon finira par trouver le remède qui le guérira de cette pénible infirmité.


    Mandalay

    5 juillet.

    Le mois de mai a été exceptionnellement chaud. Rien détonnant que le correspondant du Bulletin soit resté muet. Allez vous mettre devant une belle feuille blanche, quand la sueur sortant par tous les pores vous la macule en deux secondes !

    Vers la mi-mai, le P. Roche, à son retour de son voyage au-delà de la frontière chinoise, a eu une nouvelle crise biliaire. Accompagné dun jeune Père de Bétharam, le P. Darnaudery, il est venu à Mandalay se ripoliner à neuf, comme dit quelquun au Laos. Après un petit mois de repos et de soins à la Léproserie S. Jean, il est reparti à son poste.

    Fin mai, nous avons eu la joie de revoir le P. Dugast. On sait que ce jeune confrère, très fatigué dans le courant de 1931, avait été envoyé à Bangalore par Mgr Falière pour se faire soigner à lhôpital Ste Marthe. La cure semble avoir eu dheureux effets. Quoique des ménagements soient encore nécessaires, Mgr a envoyé le P. Dugast à Meiktila-Yamethin, stations peu fatigantes, sur la ligne du chemin de fer, où il lui sera très facile de se procurer les soins que réclame son état de valétudinaire.

    Nos écoles ont réouvert en mai. Les 3 retraites des enfants de langue anglaise ont été prêchées par le P. Audrain ; la retraite de lécole birmane a été prêchée par le P. Aloysius.

    Monseigneur, dans le courant de mai, est allé en personne inaugurer un probatorium à Chanthaywa : 12 jeunes gens se sont présentés, qui, tout en continuant leurs études birmanes, se préparent au séminaire sous la direction du curé de la paroisse, aidé du jeune P. Blivet. Ce dernier sest mis avec ardeur à létude de la langue birmane ; certains échos nous arrivent quil y fait des progrès rapides ; Currit ut gigas.

    Le 2 juillet, en la fête de la Visitation, 3 novices indigènes ont fait leur profession à la Léproserie S. Jean.


    Laos

    1er juillet.

    Après la longue tournée dont a parlé la chronique précédente, Mgr Gouin était de retour chez lui pour la Pentecôte. Après une semaine de repos, Monseigneur alla, passer quelques jours au Tonkin.

    Dans lAvenir du Tonkin je glane ces quelques lignes : Le dimanche 5 juin, à sept heures, S. E. Mgr Gouin a célébré la messe en une petite chapelle que le R. P. Malaval vient de faire édifier à Muong Kao, à cinq kilomètres de Thakhek, sur la rive gauche du Mékong. S. E. avait dabord béni léglise. Cette chapelle en briques, couverte en tuiles, a été construite sur lemplacement dune ancienne église en bois, la première de la région, incendiée ces années dernières. En ce centre historique de la province de Cammon, près le That célèbre et la bonzerie de Muong Kao, vivent quelques descendants des premiers Annamites immigrés en la région et demeurés en terre française.

    A lécole des catéchistes-instituteurs, le nombre des étudiants est de 24.
    On annonce du sud le retour du P. Dézavelle, il rayonnera autour de Paksé et sera le bâton de vieillesse de notre cher P. Jantet.

    Le P. Excoffon sest définitivement installé à Luang Prabang par lacquisition dun terrain sur lequel il construit actuellement une église. Sans quitter sa cure de Vientiane, il pourra ainsi rassembler en chrétienté tous les Annamites catholiques de la région : les Laociens viendront petit à petit. Le grand mal du Laos, la superstition, est un obstacle sérieux aux conversions, dans ce nord surtout, où loin de tout contact avec la religion catholique, les sorciers sont les grands maîtres, mais ce petit pied-à-terre deviendra certainement dans la suite, le nombre des missionnaires augmentant, le centre de belles chrétientés.

    Le pauvre chroniqueur est souvent bien embarrassé, parce que trop à court de copie. Et cependant, il y aurait des choses intéressantes à dire de Tharé, dOubone et autres lieux circonvoisins. Quelques lignes de temps en temps, chers Pères du Laos siamois, et ça fera plaisir à tous.


    Mysore

    22 juin.

    Voilà près de deux mois que Mysore se tait, cest donc que tout va bien. Pour vivre heureux ne faut-il pas, dailleurs, vivre caché ? En plus, cétait le moment des vacances ; notre sanatorium St Théodore a revu son contingent habituel, et on parlera même longtemps du Père Loyon et de son cinéma

    Le P. Veysseyre se préparait, lui aussi, à gagner son habituel lieu de retraite quand il sentit les premiers symptômes de la maladie qui, après lavoir conduit à lhôpital Bownring, lobligea à sembarquer à Madras sur le Compiègne.

    Heureusement, quelques jours auparavant, le 20 mai, un autre paquebot ramenait cinq fraîches recrues de France. Le P. Dugast de Mandalay, descendant le matin même des Nilgiris, prit aussitôt le courrier de Birmanie emmenant le jeune P. Ogent à Rangoon. Le P. Quinquenel se chargea du nouveau de Salem, le P. Nalais. Les PP. Valour et Etcheverry remontèrent sur lAzay-le-Rideau. Quant au cinquième, étant donné quà Pondichéry on lavait pris pour lenfant apostolique, il ne fallait pas moins de quatre confrères pour le conduire à Bangalore. Le P. Queguiner fut chargé des bagages et prit prosaïquement le train tandis quune auto emportait vers Bangalore les PP. Browne, Mézin et Cappelle qui, durant tout le trajet (toute la nuit du 20 et même une partie de la matinée du 21), bourrèrent de conseils et accablèrent davis celui qui venait de débarquer et qui nétait autre que notre nouveau Principal du Collège (Section Universitaire), le P. Prouvost, rentrant de France tout pimpant et tout à fait ragaillardi, ramenant dans une de ses valises léclat dobus qui le fit tant souffrir sous le couteau des chirurgiens dici et de France.

    Le P. Prouvost succède donc au P. Veysseyre et sest établi sur le trottoir den face, laissant la High School européenne entre les mains du P. Collart qui, dailleurs, présidait à ses destinées depuis un an.

    Un simple changement de trottoir pour le nouveau Principal : ce nest pas le même cas pour le P. Dutay qui, après 24 ans de service au Collège, devient curé dune des paroisses de Kolar. Son départ va faire le désespoir des habitués du terrain de golf de Bangalore qui, chaque samedi matin, se basaient sur le passage du Père devant tel arbre ou à certain tournant de la route pour régler leur montre pour une semaine.

    Les processions de la Fête-Dieu se sont déroulées avec toute la splendeur accoutumée. La première fut celle du P. Servanton, à Saint François-Xavier. Monseigneur Despatures, qui avait procédé la veille à la bénédiction de la nouvelle église, la présidait.

    Celle de la Cathédrale eut lieu le dimanche suivant. Monseigneur de Mysore donnant ce jour-là la Confirmation chez le P. Jauffrineau à Kolar, ce fut Son Excellence Monseigneur lArchevêque de Pondichéry, de passage à Bangalore, qui la présida.

    Les religieuses du Bon Pasteur, sétaient, comme de coutume, préparées à faire les honneurs de leur couvent à Jésus-Hostie, le jour de la fête du Sacré-Cur, mais le temps fut défavorable et la pluie qui empêcha le Bon Maître de sortir, par contre, fit subir aux Saints et aux Saintes, éparpillés sur le parcours prévu, une douche mémorable, qui réjouit grandement le bon saint Joseph, mécontent davoir été, paraît-il, seul oublié !

    Mais le courroux de S. Joseph ne dure pas et le dimanche suivant, malgré le temps maussade et incertain, Mgr Despatures put montrer au Prisonnier de lEucharistie toutes les belles choses du P. Briand.

    Monseigneur le Délégué, revenu de la montagne, a été indisposé pendant quelques jours. Lexemple venant de haut, Leurs Excellences Mgr Despatures et Mgr Bouter ont fait un séjour à Sainte Marthe.

    Lindisposition de Mgr Despatures a été dailleurs loccasion dun échange daimables procédés. Mgr Prunier, de Salem, est venu donner la Confirmation à Coromandel, le 12 juin ; et le dimanche 10, dans laprès-midi, lévêque de Nellore sest rendu à Bégur, chez le P. Cappelle, où il a procédé à la bénédiction de la nouvelle école, uvre du jeune curé. Ce fut un véritable triomphe. Une splendide couronne de 14 prêtres entourait Mgr de Nellore. La neuvaine avait été prêchée par le P. de Silva. Le P. Prouvost, le 18 au soir, bénit la statue de St Ignace, patron de la paroisse et chanta la messe le jour de la fête, assisté du curé et du P. Harou, de la mission de Salem.

    Le P. Lobo, ancien curé de Coromandel, a été récemment nommé supérieur du petit séminaire et a, comme assistant, le jeune P. Harou gracieusement prêté par son Evêque, Mgr Prunier.


    Coïmbatore

    A peine consacré, Son Excellence Mgr Tournier a commencé ses tournées de confirmation. Successivement Podanur, la Cathédrale, Ste Marie dOotacamund, Wellington et Coonoor reçurent la visite de leur évêque vénéré. Partout, prêtres et fidèles rivalisèrent de zèle pour lui prouver quelle grande place il tient dans leurs curs.

    Le dimanche 8 mai, la paroisse de la Cathédrale a célébré avec beaucoup de solennité son Patron, lArchange S. Michel. Pour sy préparer, plus dun millier de chrétiens sapprochèrent du tribunal de la pénitence. Le matin, messe pontificale, le soir magnifique procession à travers les rues de la ville, où, chaque année, payens et musulmans sont très édifiés par le bon ordre et la piété des milliers de fidèles qui y participent.

    Le jour de la Fête-Dieu et le dimanche suivant, grandes processions dans lenclos du Couvent de lImmaculée-Conception et celui de la cathédrale. Les deux jours, Monseigneur porta lui-même le Très Saint-Sacrement et donna la bénédiction à une foule innombrable et très recueillie. Ces cérémonies ont laissé un excellent souvenir dans le cur de ceux qui y ont pris part.

    Les PP. Petite, Castanié, Perrière et Collin, fatigués par les chaleurs de la plaine, sont allés prendre sur les Montagnes Bleues quelques jours dun repos bien gagné.

    Le P. Bassaistéguy y est actuellement et y jouit dune douce fraîcheur qui laide à préparer ses cours de morale pour lannée prochaine.

    Les PP. Petit et Panet viennent de passer quelques jours sur les montagnes du nord de la mission pour encourager les Frères Franciscains qui sy dévouent à la conversion des païens. Deux nouvelles chrétientés y sont en formation. Lune compte 60 néophytes et 100 catéchumènes ; lautre na encore que des catéchumènes, mais ils sont plusieurs centaines. Daigne le Bon Dieu fortifier les Frères dans leur travail ardu et les récompenser en leur accordant la consolation de lui amener de nombreuses âmes.


    Mort du P. BIOLLEY.

    La mission de Coïmbatore vient de perdre dans la personne du P. Biolley le plus ancien de ses missionnaires. Né dans le diocèse de Tarentaise en 1846, il fut ordonné prêtre, au Séminaire des Missions-Étrangères, en 1872 et partit la même année pour Coïmbatore.

    A part quelques années passées dans différents postes, sa vie de missionnaire sécoula dans la paroisse Ste Marie à Ootacamund. Pendant un demi-siècle, il sy est dépensé et, avec la grâce de Dieu, il en a fait une paroisse modèle.

    Sous sa direction le nombre des chrétiens augmenta régulièrement chaque année et, en 1897, il eut le bonheur de voir sa paroisse divisée en deux. Il garda Ste Marie et la nouvelle église, dédiée au Sacré-Cur, fut confiée au P. Roy qui, quelques années plus tard, devint évêque de Coïmbatore.

    Non content de soccuper du bien de ses chrétiens, le P. Biolley avait aussi à cur le bien public. Pour len récompenser, la Municipalité dOoty, dont il fut pendant longtemps un membre influent, donna son nom a une rue voisine de léglise Ste Marie.

    Ses paroissiens lui furent toujours très attachés et ils le montrèrent bien en célébrant dabord ses noces dargent en 1896, puis en lui offrant un magnifique autel en marbre blanc à loccasion de ses noces dor en 1921 et en exigeant quil revint célébrer au milieu deux ses noces de diamant lannée dernière.

    En 1922 les infirmités de lâge lobligèrent à se retirer au Sanatorium S. Théodore où pendant les dix dernières années de sa vie il fut pour tous un constant modèle de soumission à la volonté de Dieu, de piété et de fidélité à ses exercices de piété.

    Insensiblement il saffaiblissait et sans maladie, le 1er mai, fortifié par les sacrements de lEglise il rendait son âme à Dieu quil avait si bien servi. En quittant la France son sacrifice avait été si complet quil ne voulut jamais penser à un retour, même temporaire, dans sa chère Tarentaise.

    Le P. Biolley était très généreux pour les pauvres. Le Divin Maître, nous en avons la douce et consolante persuasion, aura été miséricordieux à son égard et laura récompensé de sa générosité.

    Dès la nouvelle de sa mort, ses anciens chrétiens supplièrent Mgr Tournier, alors présent au milieu deux, de permettre que leur vénéré P. Biolley reposât dans la paroisse Ste Marie quil avait tant aimée. Non content de leur accorder leur demande, Son Excellence eut à cur de présider elle-même les funérailles, entourée de 25 prêtres et de milliers de chrétiens dont un grand nombre voulurent le jour même recevoir la sainte communion pour leur ancien pasteur.


    Salem

    juin.

    Notre nouveau confrère, le P. Nalais, en a-t-il de la chance ? Jugez plutôt.

    A peine arrivé, il sempresse daller voir le P. Jusseau qui, durant son service militaire, lavait orienté vers le Séminaire de la rue du Bac. Quelle fraternelle accolade et quelles effusions ! Je laisse à penser la vie que firent nos deux amis. Le P. Jusseau, aussi bon chasseur que bon pêcheur, prend son fusil, et pan... 5 canards, pour varier le menu. Après la chasse, la pêche, aussi fructueuse, dont il abandonne les prémices à son jeune visiteur qui a la joie de baptiser 4 adultes païens, se réservant pour lui, quelques jours plus tard, le reste, une cinquantaine de catéchumènes à baptiser.

    Notre cher Benjamin, sest-il dégagé des remous du tourbillon apostolique de son ancien aiguilleur, quaussitôt il est entraîné dans le lumineux sillage de son évêque à travers la mission quil a loccasion de parcourir en moins de 8 jours !

    A la Cathédrale, y a-t-il messe pontificale ? il assiste Mgr. Y a-t-il, dans la même journée, deux processions du T. S. Sacrement, lune à Suramangalam, à laurore, lautre à Shevapet, au crépuscule ? il nen manque pas une et il semploie à rendre service, de la meilleure grâce du monde.

    Après un stage de 15 jours, il est envoyé à Namakal, remplacer auprès du P. Hourmant, le P. Harou détaché en mission spéciale au petit séminaire de Bangalore, pour y apprendre langlais et enseigner le latin.

    S. E. le Délégué Apostolique des Indes a bien voulu nous honorer de sa visite, au retour de sa villégiature aux Nilgiris et a pu constater de visu lessor des uvres au chef-lieu.

    Le P. Laplace, de Paris, où il est allé consulter des spécialistes, nous informe de la nécessité pour lui dune intervention chirurgicale assez délicate : il sagit dune opération dune tumeur à lapophyse du crâne et qui ne va pas sans danger. Nous souhaitons, espérons et prions quelle réussisse.

    Le P. Depigny, à son retour du Sanatorium de St. Théodore, où il était allé prendre un repos bien gagné, a recueilli des mains de S. G. la succession, à la procure, du P. Laplace parti en France au début davril. Notre nouveau procureur, en ce moment, cumule les travaux de la procure et de la cure, en labsence du P. Mercier, curé de la cathédrale, parti, à son tour, au Sanatorium de Wellington, respirer un air plus pur et plus frais que celui de Shevapet. Le P. Blons, interrompant sa convalescence à Yercaud, est venu de lui-même, se remettre à la disposition de Mgr et lui offrir ses services qui ont été acceptés et sont très appréciés par ce temps de pénurie de personnel.


    Béthanie

    16 juillet.

    Mort du Père Chevènement :
    Le P. Chevènement, Louis-Ferdinand, missionnaire à Hanoi en 1884, puis à Phatdiem, lors de la fondation de cette mission, était venu à Hongkong au commencement de cette année pour prendre part aux exercices de la retraite de janvier. Après la retraite et quelques semaines passées à Nazareth, se sentant fatigué, il vint se reposer à Béthanie.

    Le Père éprouvait des douleurs à lestomac et à lintestin, mais rien de grave toutefois et, jusquen mai, il suivit le règlement ordinaire de la maison. A partir de ce moment les douleurs se firent plus vives, lestomac fonctionnait mal, létat général saggravait et le malade ne salimentait plus que difficilement.

    Se rendant parfaitement compte de son état, le Père se soumit très généreusement et en toute simplicité à la volonté divine et se prépara à la mort sans rien perdre de sa gaieté ordinaire. Le 28 juin il reçut les derniers sacrements et le 7 juillet, à 9 heures du soir, il expirait ayant gardé sa connaissance jusquau dernier moment.

    Un Indult au Père Frayssinet, Miss. de Canton.
    Lan dernier, au mois daoût, pendant un séjour à Béthanie, le P. Frayssinet fit une chute malheureuse et se cassa la jambe droite. Pour diverses raisons la fracture ne put être réduite, le Père fut complètement immobilisé et, pendant des mois, dut garder le lit ; depuis Pâques cependant il pouvait se lever, à laide de béquilles faire quelques pas, aller même à la chapelle et assister à la sainte messe, mais célébrer, évidemment, il ne fallait pas y penser.

    Son Excellence Monseigneur Valtorta, Vicaire Apostolique de Hongkong, avait été autrefois voisin de district du P. Frayssinet et de temps à autre venait sentretenir avec lui. Voyant le triste état du Père, S. Ex. prit linitiative de demander à Rome un Indult permettant au malade de dire la messe assis et dans sa chambre. La demande, transmise par la Délégation Apostolique de Pékin, reçut une réponse favorable. La bonne nouvelle, aussitôt connue, fut téléphonée à Béthanie, le lendemain Mgr Valtorta en personne apportait lIndult et le 15 juillet le patient pouvait célébrer la sainte messe.

    Inutile de dire le bonheur et la consolation du P. Frayssinet et toute sa reconnaissance envers Monseigneur le Vicaire Apostolique de Hongkong à qui il doit ce bonheur et cette consolation.


    Sanatorium de Saint Théodore, Wellington.

    juin.

    Notre Sanatorium des Indes na guère fait parler de lui depuis sa fondation. Comme lhumble violette qui embaume son parterre, il a préféré rester caché sous les voiles de sa modestie.

    Et cependant ne mérite-t-il pas une citation à lordre du jour de la Société pour tous les services rendus à tant de ses membres qui lui doivent un renouveau de santé.

    Situé sur une des cimes des Nilgiris Montagnes Bleues à 7.000 pieds daltitude au-dessus du niveau de la mer, à proximité du Sugar Loaf qui doit son nom à sa forme de pain de sucre, il offre à ses hôtes de passage tous les avantages dune délicieuse station climatérique.

    Chaque année, la fraîcheur de sa température, la salubrité de son climat, le besoin de repos ou dun change comme disent les Anglais, y attirent, en moyenne, une cinquantaine de confrères de nos missions de lInde et des missions voisines, Birmanie, Malacca, qui, fatigués par la chaleur et le labeur, sont heureux de sévader de la fournaise de la plaine pour aller un instant respirer lair frais et pur des montagnes.

    Le Sanatorium est un véritable Eden plein de charmes. Tout contribue à en rendre le séjour attrayant : son site sur une hauteur doù la vue embrasse le vallon de Wellington, son parc planté de cyprès, de sapins, deucalyptus, de chênes argentés, ses allées ombreuses serpentant sur le flanc du coteau, si propices à la méditation, au recueillement, voire même à la rêverie et à la flânerie, ses abords bien gardés par LL. EE. le Délégué Apostolique, le Patriarche de Goa, lArchevêque de Madras, les Évêques de Mylapore et dHyderabad en font une retraite des plus ravissantes.

    A tous ces attraits joignez lavantage dune chambre pour chaque confrère, la commodité dune chapelle avec 9 autels, labondance dune table frugale, la richesse dune bibliothèque bien garnie, la variété de jeux pour tous les goûts, billard, échecs, dominos, croquet, et vous comprendrez comment le séjour quon y fait paraît toujours trop court.

    Cette année, lobligeance des PP. Loyon de Pondichéry et Dugast de Birmanie avait ajouté deux nouveaux numéros au programme habituel des attractions : le cinéma et le gramophone, qui eurent un vif succès.

    Mais le principal facteur du bonheur quon éprouve dans latmosphère familiale de la maison qui rappelle Meudon, cest la bonté de son Supérieur, le bon P. Pessein, au-dessus de tout éloge.

    Nous ne saurions oublier nos chers défunts, pour la plupart vétérans de lapostolat, qui dorment leur dernier sommeil à lombre des cyprès du cimetière. A leur souvenir, lhommage de notre fidélité.


    Maison de Nazareth

    Nous nétonnerons personne en avouant que les membres de la Maison de Nazareth attendaient avec impatience le mois de juillet. ils espéraient que les retraitants viendraient nombreux animer quelque peu leur trop silencieuse solitude.

    Le P. Philippe (Birmanie Méridionale) arrivait bon premier le 28 juin, suivi à quelques jours par les Pères Décréau, Binet (Hanoi), Anoge (Osaka), Pierrat, Le Baron, Seznec (Canton). Enfin le 10 juillet, jour fixé pour louverture de la retraite, vinrent à leur tour ceux qui étaient allés jouir de lhospitalité de Béthanie, à savoir les Pères : Costenoble, provicaire, Dalle, Cuenot (Nanning) Louis. Esquirol, (provicaire, Lanlong) et Maunier (Hué), en tout 12 confrères venant de 7 missions différentes.

    Le regretté P. Nicouleau (Canton) devait aussi se trouver parmi nous, mais le bon Dieu le rappela à lui au moment où le Père sapprêtait à se mettre en route.

    Inutile de dire avec quelle piété et docilité nos confrères suivirent les conseils et directives donnés par le prédicateur : le Rév. P. Byrne, Supérieur des Jésuites Irlandais de Hongkong.

    Une promenade aux environs amena une détente après la clôture de la retraite. et Nazareth retrouva presque aussitôt son atmosphère de silence et de travail.

    Nous espérons que beaucoup de nos confrères viendront nous en tirer en janvier prochain.

    Nous profitons de cette occasion pour rappeler que la retraite dhiver reste fixée au 27 janvier 1933.


    Séminaire de Paris

    1er juin.

    Quelques nouvelles nous étaient parvenues sur le passage de Mgr le Supérieur dans nos missions du Japon. Le Bulletin nous en donne les détails. Le 14 mai, Son Excellence sembarquait pour la Corée et la Mandchourie et prenait ainsi le chemin du retour. Le 30 mai nous arrivait de Harbin un télégramme annonçant que Mgr le Supérieur avait quitté cette ville le 29, via Siberia, accompagné du P. Candau, supérieur du séminaire de Tôkyô. Nous espérons donc que les deux voyageurs arriveront à Paris le 7 ou le 8 au matin.

    Dans la dernière quinzaine, la vie au séminaire sest écoulée régulièrement, coupée seulement par la Fête-Dieu. Il est rare que le baromètre soit au beau-fixe ce jour-là, et cette année encore nous pouvions craindre que la pluie nempêchât la procession. Grâce à Dieu il ny eut que de rares gouttes deau à la sortie de la chapelle. Une nombreuse et pieuse assistance suivit cette procession et put admirer les tapis coloriés composés par les aspirants qui, cette année, sétaient surpassés.

    Les conférences médicales, à lusage des futurs partants, organisées par les soins de lInstitut Catholique, ont lieu cette année au séminaire même, le mardi et le vendredi, pendant une période denviron six semaines. Lenseignement est complété par des visites aux hôpitaux et dispensaires, notamment à lhôpital St Joseph et à lhôpital St Louis.

    Le samedi des quatre-temps, veille de la Trinité, Mgr Bruley des Varannes a bien voulu conférer le diaconat à quatre de nos aspirants. Un séminariste du séminaire des Carmes y reçut également la tonsure.

    On prépare activement la vente de charité qui aura lieu les 4 et 5 juin dans le jardin du séminaire. Espérons que le beau temps favorisera ces deux journées.

    De passage à Paris. Pendant 3 jours, nous avons donné lhospitalité à 5 missionnaires diocésains, venus prendre part au Congrès organisé à Paris par leur association. Les PP. Roger, Lavai, Jarreau, Lemasle, Dancette.

    15 juin.

    Ainsi que les Echos du 1er lavaient annoncé, la vente de charité a eu lieu les 4 et 5 juin de 14 h. à 18 h.. La première journée fut un peu contrariée par le mauvais temps, mais le second jour fut plus heureux. Les organisatrices, merveilleuses dentrain et de dévouement, se louent du succès de la fête et des recettes réalisées, moins fortes cependant que lannée précédente.

    Le 8, au matin, Mgr le Supérieur débarquait à la gare du nord, à 6 h. 45, accompagné du P. Candau. Ses neveux et nièces, les PP. Robert et Boulanger, assistants, et dautres membres de ladministration, étaient allés le recevoir. A son arrivée au séminaire, les aspirants, rangés dans la cour, manifestèrent à Son Excellence leur joie de le revoir, et partirent ensuite pour Meudon, car cétait le jour du congé.

    Le midi, Mgr Olichon prenait part à nos agapes et fêtait avec nous lheureux retour du cher voyageur. Il obtint ensuite une longue interview que La Croix a publiée dans ses colonnes.

    Infatigable, Mgr le Supérieur est parti hier pour Montbeton et tient, après avoir manifesté sa sympathie à nos malades, à rayonner dans les diocèses en vue du recrutement.

    Les examens de fin dannée ont commencé le 11 et vont se continuer cette semaine et la semaine suivante.

    Lapproche du Congrès Eucharistique de Dublin nous amène des visiteurs à qui nous sommes heureux doffrir lhospitalité. Ce fut dabord Mgr Chulaparambil, évêque de Kottayam (Indes anglaises) ; en ce moment nous possédons Mgr Tonna, archevêque de Smyrne, en route aussi pour Dublin, et qui aime à revivre dans la maison où il vécut comme aspirant-missionnaire.

    De passage à Paris : Les PP. Davias, de Beaupréau, Thommeret, Picot, Martin (Salem), Courtois et Cordon.
    1932/598-646
    598-646
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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