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Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    La Rde Mère Supérieure Générale des Dames de St-Maur, dont la visite au Japon après le tremblement de terre avait été remise à cause de maladie, est arrivée à Yokohama à la mi-octobre et en est repartie le 29 novembre. Elle a pu constater que, malgré les deuils douloureux et les pertes éprouvés par sa Congrégation, les Sœurs ont su se reprendre et ont fait tous leurs efforts pour relever leurs œuvres. Environ 350 élèves japonaises fréquentent les cours, qui se continuent dans le bâtiment scolaire mis à leur disposition par les Frères Marianistes, partis à la suite de leurs élèves à Kôbe. Une quarantaine d’orphelines reçoivent les soins des Sœurs dans leur nouvelle maison de Nishi-Ogikubo, au nord-ouest de Tôkyô.

    Pendant le séjour de la R. M. Supérieure Générale, Mme Ste-Thérèse, fondatrice et Supérieure pendant de longues aunées de l’Institution toujours prospère du Futaba à Tôkyô, obligée, à cause de l’état de sa santé, de résigner ses fonctions de Supérieure, a été remplacée par son ancienne assistante, Mme St-François Régis. Les plans pour la reconstruction de l’Ecole de Yokohama ont été adoptés et, sur le terrain déblayé de ses ruines, on s’occupe d’édifier le corps de bâtiment en ciment armé, dans lequel seront installées pour la rentrée d’avril 1925 les classes de l’école japonaise, et logée provisoirement la communauté des Sœurs, en attendant que la construction de deux ailes également importantes permette plus tard l’organisation définitive de l’Institut avec les classes pour les Européennes et Eurasiennes, la chapelle, etc.

    De leur côté, les Frères Marianistes font des projets pour rouvrir leur école européenne de Yokohama en septembre 1925. Les autorités civiles de Yokohama, fort désireuses de voir ces écoles s’ouvrir et se développer, pour attirer et fixer la colonie européenne et rétablir la vie de la cité, encouragent et sont disposées de plus en plus à aider effectivement la résurrection de ces œuvres scolaires.


    Nagasaki

    Extrait du Compte-rendu de l’exercice 1923-24.

    Population totale (recensement de 1920) 8.729.088
    “ catholique 62.034
    Adultes 195
    “ in art. mort. 112 307
    Baptêmes Enfants de chrétiens 2.193 2.866
    “ in art. mortis 366 2.559

    Confessions 145.823
    Communions 407.093
    1 Séminaire 43 élèves
    1 Ecole Apostolique (Marianistes) 67 ”
    1 ” secondaire ( id ) 743 ”
    3 ” supérieures de filles 863 ”
    1 ” prim. sup. 68 ”
    2 ” maternelles 440 enfants
    10 Orphelinats 267 ”
    5 Ouvroirs 248 ”
    2 Salles d’asile 247 ”
    3 Hôpitaux 499 malades soignés
    5 Dispensaires 43.384 ” ”
    2.569 visites à domicile
    1 Léproserie 64 malades

    M. Claudel, Ambassadeur de France au Japon, vient de faire un grand tour en Kyûshû, visitant successivement Nagasaki, Fukuoka, Omuta, Kagoshima, etc. Partout Son Excellence a été accueillie par les Japonais avec une courtoisie visiblement sympathique.

    Seoul.

    On espère que le décret de béatification de nos Martyrs de 1839 et 1846 sera promulgué avant la fin de l’année. Lors de la Congrégation générale de mars dernier, des difficultés ont été soulevées au sujet de quelques-uns d’entre eux. Dans le courant de novembre, un Conseil d’une dizaine de membres de la S. C. des Rites a dû, sur le désir exprès du Souverain Pontife, se réunir pour examiner leur cas : des études nouvelles ont été faites, de nouveaux documents produits, qui permettent d’espérer une issue favorable. Si tous les Martyrs de cette cause étaient admis, ils seraient 82, — autant que dans les deux béatifications de 1900 et de 1909 ensemble. Quel honneur et quel bonheur ce serait pour notre chère Corée !

    Nos caisses destinées à l’Exposition Vaticane, qui avaient été endommagées à Kôbe, ont été rapportées à Seoul. Mgr Devred a pu les reconstituer en grande partie, mais bien des objets anciens et intéressants ont dû être abandonnés et le reste arrivera forcément en retard à Rome.

    Taikou

    Le P. Mousset nous est revenu de France le 12 novembre, tout florissant de santé ; il a aussitôt repris ses fonctions de procureur de la Mission, et le P. Tourneux, qui l’avait remplacé pendant son absence, a regagné son poste de Kasil.

    Le P. Mialon dont la santé avait grand besoin d’un renouveau de forces, est parti pour le demander à l’air natal.

    Un de nos séminaristes, Raphael Kim, élève de philosophie, est mort le 11 novembre : c’est le premier qui soit mort au séminaire même.

    Mandchourie Méridionale

    Extrait du Compte-rendu de l’exercice 1923-24.

    Population totale 12.800.000
    ” catholique 30.273
    Adultes 520
    640
    ” in art. mort. 120
    Baptêmes Enfants de chrétiens 1.038 8.655
    8.015
    ” in art. mort. 6.977

    Confessions 104.782
    Communions 316.724
    Séminaire 34 élèves
    1 Collège secondaire franco-chinois 131 ”
    1 Ecole Normale d’institutrices 16 ”
    15 Ecoles primaires de garçons 411 élèves
    9 ” ” de filles 180 ”
    68 ” paroissiales de garçons 1.429 ”
    82 ” ” de filles 1.636 ”
    4 Ouvroirs 60 ”
    4 Orphelinats 564 enfants
    4 Dispensaires 4.641 malades soignés
    3 Hospices pour hommes 93 vieillards
    3 ” pour femmes 59 ”

    Mandchourie Septentrionale

    Au début du mois d’octobre, S. G. Mgr Gaspais a commencé une tournée pastorale dans la région de Changchun. Mais la guerre a été cause d’une telle recrudescence de brigandage, que S. G. a dû abréger sa tournée. La visite pastorale a cependant pu être faite dans les postes de Siaopakiatse, Sekiatse, Touilongchan et Wangkiatoun.

    S. G. Monseigneur Lalouyer avait, par testament, laissé une somme destinée à l’achat d’une cloche pour la cathédrale. Le pieux prélat voulait par là continuer en quelque sorte son apostolat auprès des chrétiens et des païens, les invitant par la voix de cette cloche à venir adorer et prier le vrai Dieu. Mgr Gaspais l’a bénite le dimanche 26 octobre et elle a pu être mise en place pour la Toussaint.

    A Kirin les conférences aux païens continuent à être très suivies et environ 10.000 tracts ont été distribués au cours de cette première année. Fait digne d’être noté, un journal de la ville a voulu se procurer le texte imprimé de ces conférences et nous a demandé l’autorisation de les publier. Il va sans dire que nous avons accepté avec plaisir cette offre ; qui nous permet d’étendre notre prédication auprès d’un plus grand nombre de païens.

    On peut dire que le brigandage règne à l’état chronique dans la Mandchourie du Nord ; mais la guerre entre Ou Peifu et Tchang Tsolin, en obligeant ce dernier à mobiliser la plus grande partie de ses troupes, n’a fait qu’aggraver cet état de choses. Les petits groupes de brigands qui opéraient çà et là se sont réunis en grandes bandes de 1000 ou 1500 hommes, auxquelles les quelques milices restées dans le pays n’oseraient s’attaquer. C’est ainsi qu’une de ces bandes, travaillant dans la région de Changchun, s’est abattue, le dimanche 16 novembre au matin, sur le village chrétien de Wangkiatoun. Le pillage a été complet, les brigands étant restés dans le village deux jours et deux nuits. De l’église et de la résidence, il ne reste que les murs et les toits ; tout ce qui n’a pu être emporté a été mis hors d’usage : les vitres cassées, l’autel brisé, le tabernacle défoncé, les ornements profanés, etc. Parmi les brigands, une mégère, veuve d’un chef de bande fusillé l’an dernier, se promenait dans le village revêtue d’ornements sacerdotaux, se livrant, on le devine, aux plus extravagantes démonstrations.

    Ce qui s’est passé à Wangkiatoun s’est répété dans un grand nombre de localités de la région, entre autres à Tchonkiatchengtse, où plusieurs maisons appartenant à la Mission ont été incendiées.

    Au milieu de ces tristesses, nous avons eu la joie de recevoir un nouveau confrère, Ie.P. Sagard. Qu’il soit le bienvenu !

    Mgr. Gaspais est en tournée pastorale dans les districts de Houlan et Payensou. Puisse-t-il ne pas faire de mauvaise rencontre !

    Setchoan Occidental

    Notre ville de Tchentou, capitale de la province, s’embellit. Le gouverneur militaire fait élargir les rues, bon gré mal gré : les boutiques doivent reculer et payer encore 14 piastres par tchang (10 pieds =3 m. 58). Mais il y aura bientôt dans nos rues tram électrique, pousse-pousse, etc.

    Le dimanche 5 octobre, Mgr Rouchouse, célébrant le 8e anniversaire de son sacre, a officié pontificalement à la messe et aux vêpres. Le même jour, après une brillante réception au Consulat, M. Baudez, Consul de France, remit au P. Montel les insignes de l’Ordre du Dragon d’Annam, récompense bien méritée d’un long dévouement à l’influence française dans les hautes écoles officielles.

    Setchoan Oriental

    Un séminariste, Chrysostome Houang, minoré, en probation chez le P. Buffet à Yuintchang, a été lâchement assassiné, le 6 novembre, par des soldats. Il se trouvait dans une auberge avec un nouveau chrétien, nommé Yuin Hong-kouen, lorsqu’un colonel arriva avec des soldats en armes et plusieurs individus de la famille Yuin en instance de procès avec Yuin Hong-kouen pour un achat de terrain. A peine entrés, les soldats frappèrent le séminariste et le blessèrent assez grièvement. Il essaya de fuir et se retira dans une boutique voisine ; mais, sur l’ordre du colonel, il fut traîné dans la rue et fusillé à bout portant d’une balle dans la tête : il expira deux heures après. Le prêtre J.-B. Tang, curé de Kiangtsin, de passage dans la ville, put aller le voir et lui donner une dernière absolution.

    Quelques jours après, le 14, des soldats, conduits par leur colonel, ont pillé la sous-préfecture de Sinlin. Les établissements de la Mission ont eu la visite de ces bandits, et rien n’a été respecté. Le curé, Thomas Louy, blessé par ces forcenés et ayant tout perdu, est retiré à Sutin chez le P. Valentin.

    Dernièrement, d’anciens brigands, ramassés comme soldats, pris de nostalgie et préférant la liberté des champs à la discipline des camps, s’enfuirent pour regagner la montagne, emmenant avec eux leur officier, dont ils mutilèrent le visage. Des soldats réguliers, envoyés pour saisir les brigands en fuite, ramenèrent six bandits et le pauvre capitaine balafré. Ils furent naturellement condamnés à mort, mais, avant de leur donner le coup de grâce, le bourreau déchira, déchiqueta les fugitifs et leur fit expier par une mutilation horrible, l’escapade de la veille. Douces mœurs, certainement ne sauraient que hâter le retrait de l’extraterritorialité !…

    Notre nouveau confrère, le P. Blanchard, parti de France le 25 septembre, est arrivé à Chungking le 29 novembre. Les Chinois ont voulu lui souhaiter la bienvenue à leur manière. Au Yetan, le Kiking, vapeur battant pavillon français, à bord duquel il achevait son long voyage, a essuyé une fusillade dont les balles ont criblé la cabine du nouveau missionnaire. Le bateau, heureusement, n’a pas eu de morts à enregistrer. Grâce au blindage, le P. Blanchard a évité la mitraille et est arrivé à Chungking sain et saut. Qu’il soit le bienvenu et que Dieu lui accorde un long et fructueux apostolat !

    Le P. Dangy a fêté récemment, à Chungking, le 50e anniversaire de son arrivée en Chine. Le cher Père porte vaillamment ses 78 ans. Dieu nous le garde longtemps encore !

    Setchoan Méridional

    La santé de Mgr Fayolle continue d’aller en s’améliorant. Deo gratias !

    Le 30 octobre, le P. Gire avait l’honneur et la joie de recevoir à Yatcheou et de posséder pendant trois jours Mgr Bourgain et le P. Valtat, qui, rentrant au Kientchang, ont passé là les fêtes de la Toussaint. Quelques jours après, le Père recevait sa nomination à la paroisse du Si-men à Suifu. Le P. Vincent le remplace à Yatcheou, et le P. Couvet est nommé à Semong.

    Dans une partie de notre Mission, la culture de l’opium devient obligatoire. Les instructions adressées par les autorités militaires et civiles aux chefs de la garde nationale de la région sont formelles. Les délinquants seront punis d’une forte amende, appelée par nos maîtres “surtaxe contre la paresse”. Les missionnaires et prêtres indigènes ont fait des démarches pour obtenir que les catholiques ne soient pas astreints à planter l’infâme pavot : tous n’ont pas réussi également. Ainsi l’un d’eux — bien que le général de brigade lui eût promis que ses ouailles ne seraient pas inquiétées à ce sujet, — a vu deux de ses chrétiens arrêtés par le sous-préfet, et peu s’en est fallu qu’ils ne fussent fusillés ; encore ne s’en sont-ils tirés qu’en laissant de grosses plumes au prétoire.

    Thibet

    Groupe du Yunnan. — Le 29 juin dernier, il y avait exactement 25 ans que notre doyen, le Père Génestier, avait célébrés dans une hutte loutse, le Saint-Sacrifice pour la première fois dans le petit pays du Loutsekiang. Ce jour peut donc être regardé comme le jour anniversaire de la fondation du premier poste du Loutsekiang, que les Loutses et Thibétains nomment Bahang et les Chinois Péhalo. En effet c’est dans ce village même que, le 29 juin 1899, le Père, arrivé de la veille, célébrait cette première messe.

    Le Père André résolut de solenniser ce 25e anniversaire et invita ses confrères à se réunir à Bahang pour ce jour-là. Malheureusement les circonstances ne permirent pas à tous ceux qui l’auraient désiré de s’y rendre. Le fondateur du Poste, le P. Génestier et l’un des prédécesseurs immédiats du P. André, le P. Ouvrard, seuls purent s’y trouver. La fête fut malgré tout des plus solennelles. Dès le 27 juin, jour de la fête du Sacré-Cœur, les chrétiens commencèrent un triduum d’actions de grâces. Ce jour-là et les jours suivants les communions furent nombreuses. Tsekou, où les premiers chrétiens du Loutsekiang étaient allés embrasser la Religion chrétienne et d’où venait le premier missionnaire du pays loutse, avait envoyé une délégation de ses chrétiens pour s’unir à leurs frères des bords de la Salouen.

    Naturellement ce 25e anniversaire de la fondation de Péhalo et de l’entrée des missionnaires dans le pays du Loutsekiang devenait la fête de notre cher doyen. Les chrétiens, en le complimentant, lui rappelèrent que c’est lui qui, il y a 25 ans, vint des bords du Mékong sur ceux de la Salouen, dans ce petit village de montagne qu’est Bahang. A cette époque, il n’y avait que quelques loutses chrétiens, revenus de Tsekou, où ils avaient embrassé la Religion ; maintenant, grâce à Dieu, grâce à lui, Père, tout le village est chrétien et une bonne moitié de la vallée de Bahang est baptisée. Après quelques années passées auprès d’eux, il est allé s’installer plus haut, aux frontières du Thibet, où il a fait renaître de ses cendres le poste de Kionagtong, ce poste qui fut autrefois détruit en même temps que Bonga, le berceau de la Mission du Thibet... Toute la vallée de Kionagtong étant à son tour devenue chrétienne, il a commencé la fondation d’un troisième poste à Tchrongteu, et ce sont désormais plus de 800 chrétiens baptisés qui peuvent se dire ses enfants dans ce petit pays du Loutsekiang.

    Le Père, en leur répondant, leur rappela que c’est la grâce de Dieu qui a incité le cœur des Loutses à se faire chrétiens, que lui n’a été que l’instrument de la grâce de Dieu, que d’autres confrères sont venus, après lui ou avec lui, travailler à leur conversion. Plusieurs de ces derniers sont partis dans d’autres régions de la Mission, l’un d’eux est mort. Que les Loutses ne les oublient point et prient pour les vivants et pour le défunt !... Puis, quand le cher Patriarche des Loutses, comme nous disons ici, voulut rappeler à ses enfants leurs origines chrétiennes, en se rappelant à lui-même les anciens des temps héroïques, surtout le Père Dubernard, notre martyr de Tsekou, il fut tellement ému que les larmes lui vinrent aux yeux et la voix lui manqua.

    Le matin de ce dimanche, 29 juin, fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, l’Eglise de Bahang fut trop petite pour contenir l’assistance. Il en fut de même au Salut du S.-Sacrement, pendant lequel le P. Génestier et ses confrères chantèrent le Te Deum d’actions de grâces. Le célébrant, le P. Génestier, dut sentir son cœur ému plus encore que tout à l’heure, en disant avec ses confrères : christus vincit, Christus regnat, christus imperat.” Quelle joie, en effet, pour le cœur du vieil apôtre ! Il est bien un des rares missionnaires du Thibet qui aient pu voir le règne de Dieu s’établir d’une manière aussi rapide dans la contrée évangélisée par eux. Il fut d’abord au régime commun, c’est-à-dire celui des tribulations sans nombre endurées vaillamment, mais sans profit apparent pour l’extension du règne divin ; puis il trouva un ample dédommagement dans son Loutsekiang, où tous, chrétiens et païens, le vénèrent et l’aiment, en même temps qu’ils vénèrent et aiment la Religion qu’il prêche. Puissent tous les cœurs s’ouvrir à la grâce et notre cher doyen voir le jour où le dernier païen loutse se fera chrétien !

    Le lendemain tous les chrétiens se trouvaient de nouveau réunis à la messe qu’ils voulurent faire célébrer pour tous leurs défunts. Ce fut la fête des morts après celle des vivants. Ce jour-là il y eut encore plus de 100 communions. Puis chacun retourna à ses occupations en souhaitant au cher Père de pouvoir, dans 25 ans, célébrer les noces d’or de son Loutsekiang.

    Du 20 au 30 septembre dernier, les confrères de la région se sont réunis à Tsetchong pour la retraite annuelle. Nous sommes trop éloignés du reste du monde pour pouvoir compter sur des prédicateurs extraordinaires ; mais la piété de chacun y suppléait ; la charité et la gaieté de tous rendaient notre petite réunion tout aimable. Les quelques jours qui précédèrent et ceux qui suivirent la retraite elle-même ne furent pas employés à ne rien dire et rien faire. Au Thibet, d’ailleurs, il est si difficile de se voir les uns les autres, qu’à ce seul point de vue cette réunion pour la retraite est déjà une grande grâce.

    Un de nous manquait au rendez-vous et, hélas ! il n’avait pas pour l’excuser que la seule insécurité de la longue route de Batang à Tsetchong. Le Père Goré, retour de la retraite, n’était pas à mi-chemin de son home, qu’il apprenait que le Père Nussbaum était gravement malade et le demandait près de lui. Espérons qu’il aura, à son arrivée, de meilleures nouvelles de notre confrère de Batang ; sinon ce sera pour lui une chevauchée de dix jours pour aller chez notre malade et de quatre autres jours pour revenir chez lui.

    Le Père Goré vient de recevoir du Gouvernement d’Indochine le diplôme et l’insigne de Chevalier de l’Ordre du Dragon d’Annam. Nos plus sincères félicitations au nouveau chevalier !

    Le P. Ly, curé de Siao-Weisi, vient d’écrire au P. Ouvrard que, en descendant de la retraite, quelques heures avant d’arriver, chez lui, il n’a échappé à la mort que par miracle. Les détails manquent et l’on suppose qu’il s’agit d’une chute de cheval, dans un endroit où la route surplombe le Mékong à pic à une hauteur vertigineuse Rendons grâces à Dieu qui nous a conservé notre zélé confrère.

    L’Administration des Postes chinoises vient d’établir une “Boîte postale” à Tsetchong. C’est, sans doute, à cause de cela que les colis postaux ne nous arrivent plus. Au 10 octobre nous n’avons pas encore reçu les Saintes-Huiles de l’année et la provision de tous va être épuisée.

    Kientchang

    Le 15 novembre, après une absence de 8 mois, qui parut bien longue à ses missionnaires, Mgr Bourgain est rentré dans sa bonne ville de Ningyuan-fu, et heureusement en meilleure santé.

    Dans son voyage de retour, Mgr s’arrêta un jour à Kiongtcheou (Setchoan Occidental) pour y bénir la nouvelle chapelle de l’Ecole Normale du P. de Jonghe, école qui, officiellement reconnue, progresse rapidement et accueillerait volontiers les jeunes gens des Missions voisines qui désireraient poursuivre leurs études.

    Le 10 novembre, une quarantaine d’habitants du marché de Tolang s’étaient rendus à une montagne voisine pour y chercher du bois à brûler. Vers le milieu du jour ils furent entourés par des Lolos de la tribu Mao, et 26 d’entre eux furent enlevés et emmenés dans l’intérieur, où ils attendront la rançon qui les délivrera.

    Yunnan

    Extrait du Compte-rendu de l’exercice I 923-24.

    Population totale environ 10.000.000
    ” catholique 17.353
    Adultes 232
    394
    ” in art. mort. 162
    Baptêmes Enfants de chrétiens 707 3.162
    2.768
    ” in art. mort. 2.061

    Confessions 45.585
    Communions 106.003
    3 Ecoles secondaires 40 élèves
    85 ” primaires de garçons 1.886 ”
    46 ” ” de filles 1.115 ”
    3 Cours de français pour garçons 120 ”
    1 Cours de français pour filles. 10 ”


    On est toujours sans nouvelles certaines du P. Piton. Bientôt une année entière de captivité : que c’est long !... Des ordres ont été donnés à l’Intendant de l’Ouest pour qu’il se fasse aider du P. Savin dans la recherche du chef-pirate et de notre confrère captif. Le P. Salvat a été délégué par le Consulat de France dans le même but. Puissent ces tentatives n’être pas sans résultats !

    Un de nos prêtres chinois, le P. Ten, vient de bénir la nouvelle église, sous le vocable de N.-D. des Sept-Douleurs, qu’il a construite à Peyentsin. La fête, aussi solennelle que possible, avait attiré un grand nombre de païens.

    Kouytcheou

    La situation semble devoir s’améliorer dans la province. L’accord serait fait entre Tang -Ki-yao, Maréchal du Yunnan, et notre ancien gouverneur, Yuen Tsou-min. Les troupes yunnanaises rentreraient dans leur pays. Espérons que rien ne viendra entraver la réalisation de ces bonnes intentions, car c’est encore le désordre en maints. Endroits : les postes de Tongtse, Chatso, ont été pillés ; Pinfa est menacé du même sort.

    Malgré ces troubles, Mgr Seguin est parti en tournée pastorale dans les districts de Paikin, Tsingai, etc.

    Lanlong

    La retraite de nos cinq pères chinois est terminée et ils sont en route pour regagner leurs districts.

    Dans toute la Mission, la récolte est plus que piètre ; le riz tardif, attaqué par les insectes, est mort avant de sortir l’épi, et, au lieu de semer les céréales de printemps, qui sauveraient le pays de la famine, partout on sème le pavot.

    Les nouvelles de la guerre n’étant pas connues du public, les bruits les plus contradictoires circulent, tantôt apportant l’espoir, tantôt causant une folle crainte. Nous avons en ce moment en ville un bataillon d’indésirables soldats du Yunnan, venus pour convoyer des munitions destinées à l’armée du Kouytcheou. Ils demandent 10.000 piastres de frais de déplacement ; la garnison de la ville étant plus forte qu’eux, on espère s’en tirer sans bourse délier ; mais la population est sur les dents et une grande partie des femmes sont parties à la campagne.

    Dans la partie du Kouangsi dépendant de notre Mission, il y a plusieurs milliers de soldats bien armés, ne pillant que selon la mesure de leurs besoins, ce qui est bien méritoire. On croit qu’ils attendent l’occasion de rentrer au Yunnan.

    Notre nouveau confrère le père Nénot, doit nous arriver sous peu de Yunnansen, et Mgr Carlo attend son arrivée avant de commencer la visite d’hiver dans la partie est de la Mission.

    Canton

    S. G. Mgr l’Archevêque de Goa, accompagné de Mgr de Macao, nous a fait l’honneur de venir à Canton. A la suite de cette visite, Mgr Fourquet s’est rendu à Macao ; il a passé trois jours à la Santa Citada de Dios, où il a reçu une hospitalité à la fois fraternelle, édifiante, récréative et instructive.

    L’Amiral Frochot est venu à Canton passer la visite des canonnières stationnaires Vigilante et Argus.

    Swatow

    Du 18 au 23 novembre nous nous trouvions réunis pour la retraite annuelle ; il n’y manquait que le P. Coiffard, retenu dans son district par des affaires importantes.

    La tranquillité continue à régner dans la région, ce qui a permis à Monseigneur de faire une petite tournée de confirmation dans l’intérieur.

    On fait d’actifs préparatifs pour reprendre l’offensive contre Canton, afin de libérer enfin, comme ils disent, “les frères opprimés par la soldatesque bolcheviste”. En attendant, pour se procurer de l’argent, nos maîtres pratiquent les mêmes méthodes que ceux qu’ils veulent remplacer : emprunts forcés, contributions de guerre, collection des loyers, plantation forcée de l’opium, etc. Aussi, par suite de la misère qui augmente partout, l’émigration vers l’étranger, surtout le Siam et la Malaisie, s’accentue de plus en plus ; c’est ce qui explique la diminution du nombre de nos chrétiens sur le dernier compte-rendu.

    Kouangtong Occidental

    Monseigneur Gauthier est de retour à Fort-Bayard après deux mois environ d’absence et prend maintenant ses dispositions pour évacuer cette petite cité qui lui a servi de résidence pendant trois ans, (point trop désagréable, il faut l’avouer,) afin d’aller se fixer à Pakhoi, qui va devenir le centre de notre Mission. Le récent voyage de S. G. s’est accompli sans accident fâcheux, ce dont il faut remercier la Providence, surtout en ces tristes temps où le pays tout entier est infesté de pirates et de soldats, modo sinensi, cela va sans dire.

    Une sécheresse persistante continue malheureusement à sévir sur ce pays, qui n’a pas reçu une goutte de pluie depuis deux mois. Certaines récoltes sont fort compromises, en particulier celle des patates, qui alimente une bonne partie de la population. La détresse en quelques régions serait déjà telle, dit-on, que des parents abandonnent leurs fillettes et les cèdent contre quelques livres de patates desséchées. Espérons qu’on a exagéré et que la disette n’a pas atteint un tel degré d’acuité !

    A peste, fame et bello, libera nos, Domine !

    Kouangsi

    L’insécurité des voyages est de règle au Kouangsi, surtout dans les derniers mois de l’année. A cette époque, les brigands redoublent d’activité : il faut bien que ces Messieurs se procurent des ressources pour passer joyeusement les fêtes du nouvel an.

    Dernièrement deux vapeurs ont été attaqués à quelques lieues en aval de Nanning : ils réussirent à rebrousser chemin sous une pluie de balles et échappèrent ainsi au pillage.

    Un autre vapeur, montant à Pésé et transportant 60.000 piastres destinées à des achats d’opium, fut moins heureux. Il fut attaqué par une centaine de pirates au passage d’un rapide ; les soldats d’escorte ripostèrent, mais furent bientôt mis en état d’infériorité, car les agresseurs, armés de fusils de précision, s’abritaient derrière les arbres et les talus de la berge. Bilan : 12 morts, plus de 20 blessés, les valeurs et marchandises précieuses enlevées. — Personne n’ose le dire, mais tout le monde le pense : les brigands n’étaient autres que des soldats déguisés et le déguisement est facile.

    Le P. Peyrat, arrivé au Kouangsi l’an dernier, s’est vu, après une année d’étude de la langue, assigner un poste. En temps normal il aurait pu s’y rendre en 7 ou 8 jours ; il lui a fallu cinq semaines. Il dut changer six fois de bateau et payer des sommes exorbitantes pour que les bateliers consentent à se risquer sur le fleuve de Lioufou, infesté de pirates. Enfin il arriva sain et sauf, et les PP. Teissier et Cuenot accueillirent avec grande joie le “vaillant poilu,” qui en a bien vu d’autres au temps de la grande guerre.

    Hanoi

    Le P. Raynaud, en convalescence à Hongkong depuis quelques mois s’est embarqué pour la Nouvelle-Calédonie, où il visitera les nombreux Annamites chrétiens qui travaillent dans les mines. Nous lui souhaitons bonne santé et bon succès dans son œuvre de dévouement.

    Le P. Décréau, souffrant d’une lymphangite, a dû passer quelques semaines à la clinique Saint-Paul. Les bons soins qu’il y a reçus l’ont rétabli et il a repris ses cours au Collège.

    Les transports publics par automobiles, principalement entre les mains des indigènes, se développent de façon remarquable au Tonkin. Ce mode de locomotion est en grande faveur auprès des Annamites, parce que moins cher que le chemin de fer et plus rapide que la chaloupe. Souvent deux ou trois services concurrents desservent les mêmes parcours, et, à voir le nombre des voyageurs, il ne paraît pas que ces entreprises se nuisent les unes aux autres ; la clientèle est suffisamment nombreuse pour les faire vivre toutes. Mais les compagnies de chemins de fer voient diminuer leurs voyageurs, surtout à cause du prix élevé des transports. Que voulez-vous ? Les Annamites consentent bien, une fois ou l’autre, à se laisser tondre, mais pas à se faire écorcher !…

    Quinhon

    Extrait du compte-rendu de l’exercice 19.23 -24.

    Population catholique 66.800
    Baptêmes d’adultes 1.422
    ” d’enfants de païens 1.853
    Confessions 314.700
    Communions 651.997

    Durant les mois d’octobre et de novembre, nous avons eu successivement six inondations, ce qui est inouï. Celle du 23 octobre, accompagnée d’un typhon et d’un raz de marée, a été particulièrement désastreuse : on a compté une centaine de victimes dans la région de Quinhon et plus d’un millier dans la province de Phu-yên. De nombreuses églises ont été plus ou moins gravement endommagées ; les jardins d’aréquiers, richesse du pays, sont détruits pour de longues années. La situation est vraiment navrante, surtout pour les petites gens et les miséreux, habitués à ne vivre qu’au jour le jour. La famine nous menace.

    Trois de nos confrères, les PP. Kemlin, Irigoyen et Salomez, à l’occasion du 40e anniversaire du roi, ont reçu la décoration du Kim-khanh. Rappelons que deux autres, les PP. Vallet et Sanctuaire, l’ont déjà, et adressons à tous nos félicitations.

    Le P. Kemlin, provicaire de la mission de Kontum, est parti pour chercher en France le rétablissement de sa santé, gravement compromise par un travail acharné chez les Moïs durant 26 années.

    Notre nouveau confrère, le P. Lassalmonie, nous est arrivé le 3 novembre. Il a reçu le nom annamite de Tân et apprendra la langue chez le P. Solvignon.

    Le P. Jannin vient de terminer l’impression d’un gros volume in 8o en langue bahnare, Hlabar Podok : c’est une sorte de théologie à l’usage des catéchistes moïs, beau et bon travail, qui prouve les progrès réalisés dans cette partie de notre Mission.

    Hué

    Quel triste mois de novembre nous avons eu cette année ! Pluies continuelles, inondations sur inondations, température froide et humide. Aussi la misère est grande au pays d’Annam. Les autorités du Protectorat et les particuliers font bien tout leur possible pour venir en aide aux malheureux, mais ces largesses pourront-elles atteindre efficacement tous ceux qui devraient en bénéficier ? Ah ! que le bon Dieu nous envoie bien vite son beau soleil ! Les pauvres gens pourront alors aller travailler et la misère diminuera.

    Le 21 novembre, au couvent de Cô-Vuu, près Quang-Tri s’est éteinte bien doucement la fille aînée du Bienheureux François Trung, Catherine Thạnh. Agée de 8 ans lorsque son père fut emprisonné pour n’avoir pas voulu marcher sur la croix, elle était restée avec lui pour le servir et avait assisté même à son exécution.

    Phnompenh

    Le 25 octobre, un nouveau confrère, le P. Béquet, nous est arrivé à Phnompenh, et c’est lui qui, le 3 novembre, célébra, à la cathédrale, le service funèbre pour nos soldats défunts : cet honneur lui revenait de droit, à titre d’ancien combattant et croix de guerre. Depuis lors il est parti pour Tralong, où il étudiera la langue annamite sous la paternelle direction du P. Quimbrot.

    La population du Cambodge s’enthousiasme peu à peu pour les sports européens : jeux de ballon, lancement de javelots, courses à pied, etc. Le but de ce mouvement sportif est de développer l’éducation physique de la jeunesse, trop encline à la mollesse, et de relever l’éclat des fêtes. Après plusieurs mois d’exercices d’entraînement, ont eu lieu, à la capitale et en province, les épreuves éliminatoires, qui durèrent trois semaines. C’est notre Ecole Miche dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes, qui obtint la première place et gagna la coupe scolaire, qui consistait en un splendide buste en bronze de S. M. Sisovath.

    Le Directeur de l’Ecole Miche, Frère Domitien-Elie, emportant les regrets de tous, a quitté Phnompenh pour Hué, où il prend la direction du noviciat.

    Sœur Cécile, Supérieure des Sœurs de la Providence de Portieux à Phnompenh, a célébré le cinquantenaire de son entrée en religion. On sait que la Congrégation de Portieux compte au Cambodge une quarantaine de Sœurs françaises, environ 250 professes indigènes et 50 novices ou postulantes.

    Malacca

    A Kedah et sur la côte est de notre Péninsule, nous n’avons pas, et pour cause, de missionnaire résident ; mais les chrétiens de ces parages reçoivent occasionnellement la visite du prêtre. Cette fois c’est le Père Devals, curé de l’Assomption de Pinang, qui a pu s’échapper après les fêtes de la Toussaint et y faire une courte apparition.

    Au Centre, il y a quelques mois, le P. Souhait souffrant d’une espèce d’empoisonnement était à toute extrémité, mais se remettait si vite que la plupart des confrères apprenaient son rétablissement avant d’avoir connu sa maladie. Cette fois-ci, c’est le P. Brossard qui nous a mis dans une inquiétude mortelle et a dû être “extrémisé”. Il était très-bas, sans presque aucune chance de guérison ; mais son solide tempérament, les soins excellents du docteur et des nurses de l’hôpital de Kuala-Lumpur, les prières de ses amis et l’Extrême-Onction lui ont fait surmonter la crise qui devait l’emporter et bientôt, grâces à Dieu, il sera tout à fait guéri et plus fort que jamais.

    Singapore et Pinang ont reçu dernièrement la visite du croiseur français Colmar. A Singapore on a profité de son passage pour faire, “en territoire français” et à l’ombre du drapeau national, la remise à Mr le Consul de la Croix de la Légion d’Honneur, que le Gouvernement venait de lui accorder. Personne n’a applaudi de meilleur cœur à cette promotion que les missionnaires de Malaisie, dont Mr Danjou s’est toujours montré l’ami dévoué.

    Birmanie Méridionale

    Notre retraite annuelle a eu lieu du 12 au 17 novembre : 30 confrères y prirent part. Nous avons vivement regretté l’absence de notre doyen, le P. de Chirac, que ses infirmités ont retenu à Moulmein. Le P. Loizeau, qui était descendu de ses montagnes en septembre, n’a pu entreprendre de nouveau un si long voyage. Enfin il nous manquait le P. Meyrieux, qui n’a pas cru pouvoir abandonner à eux-mêmes les ouvriers de son église, toujours à l’affût d’une bévue à faire.

    Quant aux grands absents... en France, tout nous permet d’espérer qu’ils seront au milieu de nous pour la prochaine retraite. Les PP. Bonnet et Fargeton ont dû s’embarquer le 29 novembre et seront ici pour Noël. Le P. Riouffreyt n’a pas réussi jusqu’à présent à s’arracher aux mille et une occupations que lui ont procurées ses multiples talents ; nous espérons cependant le revoir à Pâques… ou à la Trinité. Reste le P. Mazoyer, le plus longtemps absent : nous ne savons quand il pourra nous revenir, mais quelle joie ce nous sera de le revoir !…

    Nous venons de perdre le doyen de nos prêtres indigènes, le P. Andreas, à l’âge de 80 ans. D’une inaltérable bonne humeur, toujours prêt à rendre service, il était aimé de tous et a fait beaucoup de bien parmi ses compatriotes Carians. Tous les ans, lorsque, venant pour la retraite, il allait saluer le Vicaire Apostolique, il lui disait chaque fois : “Monseigneur, vous savez que je suis toujours à votre disposition pour n’importe quel poste et n’importe quel travail : changez-moi, envoyez-moi où vous voudrez, je ne dirai jamais rien, je serai toujours content”. Et, de fait, il a été toute sa vie, en tout et partout, ad nutum Episcopi. Bel exemple pour ses confrères.

    Birmanie Septentrionale

    La mort de deux missionnaire durant l’année qui vient de s’écouler a forcément causé des changements dans le personnel de la Mission. Le prêtre birman Aloysius a remplacé le P. Couillaud dans les trois postes qu’il administrait quand la mort est venue le prendre. Son cher Bhamo, où depuis 10 ans il se dépensait pour ses écoles et ses confrères du district par les mille et un services qu’il leur rendait, le P. Louis Allard a dû le quitter pour devenir curé de Chaung-u et de Monywa, laissés vacants par le décès du P. Remandet. Et le P. Paquet, aidé temporairement du P. François Collard, se trouve, en l’absence du P. Roche parti en France pour refaire sa santé, chargé de toute la mission Shan, y compris la ville de Bhamo.

    Nos confrères des montagnes katchins ont couronné l’année par une grandiose réunion de tous leurs chrétiens et catéchumènes. Le premier des Katchins qui appela les missionnaires sur les montagnes Kaouris, Jangma Mussong, en supporta tous les frais. Jugez du nombre de bœufs et de porcs abattus : il eut pendant trois jours à nourrir près de 3000 personnes.

    Une “cathédrale” en feuillage, avec trois nefs, fut pour la circonstance érigée en face de l’humble chapelle du missionnaire. Le regretté P. Charles Lafon, qui tout à côté y dort son dernier sommeil, devait se réjouir de voir son poste de Mathan inaugurer un événement qui ne peut que porter de bons fruits. Entièrement religieux fut le caractère de la réunion ; grand’messe, sermon de circonstance, le matin ; conférence, le soir. Sous la présidence du P Gilhodes, les PP. Juéry, Collard et Carolus — le premier surtout, qui possède bien la langue katchin, — y prirent la parole. La vraie vie chrétienne, l’extension du royaume de Dieu, furent le thème principal de leurs conférences. Et, résultat pratique, leurs auditeurs promirent de renoncer à tout mariage payen, de se soutenir et s’encourager réciproquement, de faire une quête générale pour leur permettre de renouveler chaque année l’inoubliable réunion de 1924. Les Katchins, le Bulletin l’a déjà dit, sont en marche vers la vérité...

    Laos

    Notre retraite annuelle a eu lieu à Nong-Seng à l’époque ordinaire, du 16 au 21 novembre. Le P. Morineau, qui avait bien voulu accepter de nous la prêcher, a été malheureusement arrêté au dernier moment par un typhon qui s’est abattu sur Hué et ses environs et a rendu impraticable la route du Quangtri au Laos. Nous avons tous vivement regretté ce contretemps. Tous nos confrères et prêtres indigènes étaient réunis, à part quelques-uns que la vieillesse ou un empêchement grave avait retenus chez eux. Ainsi du P. Paulin, qui a dû faire sa retraite à l’hôpital de Paksé, où il était retenu par une mauvaise fièvre. Le P. Jouve, bien que se trouvant à Nong-Seng, n’a pu suivre les exercices, confiné à la chambre par un accès de paludisme. A la fin de la retraite a eu lieu la consécration du Laos à la Sainte-Vierge, consécration qui sera renouvelée dans chaque poste en la fête de l’Assomption.

    Durant l’année qui s’achève, nos confrères ont implanté la religion dans nombre de villages païens. Le P. Burguière a construit une belle église à Banbua et fondé un nouveau poste chrétien à Nongkham. Le P. Lacombe a bâti une église à Chanphon ; le P. Marchi en a élevé deux, une à Nongdeun, l’autre à Nakham. Le P. Combourieu, provicaire, a bâti un couvent et un orphelinat ; le P. Thibaud prépare les matériaux d’une église à Thungmon.

    Ainsi l’œuvre de Dieu avance peu à peu au Laos.

    Le P. Alazard nous est revenu de France plein de santé : il a été nommé curé de Sesong et lieux circonvoisins. Le P. Jantet a dû s’embarquer à Marseille le 13 novembre et nous arrivera incessamment. Quant au P. Malaval, en dépit de son vif désir de réintégrer le Laos, son état de santé ne le lui permet pas encore.

    Séminaire de Paris

    Le 22 octobre, une messe solennelle de Requiem a été célébrée à l’occasion de l’anniversaire du P. Mollard.

    Le 27, 251e anniversaire de l’installation des premiers Directeurs du Séminaire, journée d’adoration en union avec Montmartre.

    Trois aspirants sont appelés sous les drapeaux. Le vide causé sera amplement comblé par la rentrée prochaine de douze de leurs confrères dont le service militaire touche à sa fin.

    Mgr Fréri a été sacré évêque titulaire de Constantia par S. E. le Cardinal Maurin, le 28, à la Primatiale St-Jean à Lyon. Les Missions-Étrangères étaient représentées à la cérémonie par S. G. Mgr Cuaz et le P. Gérard. Quelques jours auparavant, au nom de toute la Société, Mgr Cuaz avait remis à ce grand bienfaiteur de Propagation de la Foi qu’est Mgr Fréri, avec une lettre de Mgr Supérieur, le Diplôme de Membre honoraire de la Société des Missions-Étrangères.

    Le même jour, Monseigneur assistait, au Palais de Versailles au banquet d’inauguration de la Société d’Histoire du Canada. Assistance très nombreuse et d’une variété surprenante : à côté du duc de Connaught (frère d’Edouard VII), de lords anglais, de ducs français (Levis Mirepoix, Montcalm, etc.), de sénateurs canadiens, de Mgr Baudrillart, etc., on voyait des officiels, tels que MM. Herriot, Painlevé, le général Dubail.

    Monseigneur a reçu de la S. C. de la Propagande une lettre officielle relative à l’interprétation de l’art. 165 du Règlement généra1, dont l’idée est une fois de plus approuvée et l’observation chaudement recommandée.

    L’ “Amicale Missionnaire” a repris, le 27, ses réunions mensuelles chez M. le Curé de St-Sulpice, Président du Comité de Paris pour l’Union du Clergé en faveur des Missions. En cette qualité, M. Letourneau a envoyé aux curés de Paris une lettre intéressante : “Nous osons espérer que vous voudrez bien en tenir compte, vous concerter avec les prêtres qui dépendent de vous et donner une impulsion généreuse aux œuvres déjà existantes auprès de vous en faveur de l’apostolat des païens. Il y va de l’intérêt d’un milliard d’âmes, de l’intérêt de la France et de l’honneur de notre diocèse.”

    Le second numéro trimestriel de la revue “Histoire des Missions” vient de paraître. Le siège du comité de rédaction est au no 52, avenue de Breteuil. Le P. Holhann, quittant la Procure de Londres, – où il est remplacé par le P. Michotte, – s’est rendu à Montbeton.

    Le P. Guéneau a regagné également le Sanatorium St-Raphaël.

    Le 7 novembre, office solennel pour l’anniversaire de la consécration de notre chapelle en 1874.

    Douze aspirants, au service de l’armée depuis le mois de mai 1923, ont repris le cours de leurs études, 4 à Paris, 8 à Bièvres.

    La Mairie du VIIe arrondissement a invité “Mr le Supérieur à bien vouloir se présenter à son bureau pour fournir quelques renseignements sur l’établissement qu’il dirige.” Le supérieur a répondu qu’il était prêt à recevoir toute personne qui viendrait le trouver de la part de la Mairie.

    La série des Messes mensuelles de l’Œuvre des Partants a été inaugurée le lundi 10. Mgr le Supérieur était le célébrant, et le soir, à l’Institut catholique, il faisait une conférence sur “les origines de la Société des M.-E.”, la première d’une série de conférences missionnaires organisées comme l’année dernière par l’Union Missionnaire du Clergé. A cette première réunion assistait un public nombreux, très intéressé par les détails qui lui étaient donnés.

    Pendant deux jours le Séminaire a eu pour hôte Mgr Vanvuytven, Prémontré de l’abbaye de Tongerloo, dont le R. P. Abbé est cousin du P. Michel (de Bièvres). Ce prélat, missionnaire au Congo depuis 25 ans, vient d’être sacré évêque, Préfet Apostolique de l’Uellé Occidental.

    Mr Pila, Ministre de France à Bangkok, actuellement à Paris pour la conclusion du traité franco-siamois, est venu au Séminaire voir Mgr le Supérieur et le P. Chorin. Il aurait souhaité que la Société gardât tout le royaume de Siam et, de plus, fît venir un renfort de religieux français enseignants. Il rend le plus bel hommage au rôle joué par la Mission de Siam. Mais peut-être n’a-t-il pas encore apprécié dans toute leur étendue les résultats de la politique laïque suivie depuis 25 ans au point de vue du recrutement du personnel missionnaire et enseignant dans les pays de Missions.

    Le 9, dans la même soirée, à Gien et à Briare, devant de nombreux fidèles de ces deux importantes paroisses, le P. Gérard a donné deux conférences avec projections sur les Missions de Mandchourie.

    Après avoir visité Mende et Marvejols, le P. Depierre a donné de fructueuses conférences dans les séminaires des diocèses de Rodez, d’Albi, de Tulle.

    La Société de Géographie de Lille avait demandé au Père Chambon une conférence sur le Japon et le tremblement de terre de septembre 1923. Elle a eu lieu le 13 devant 1.100 personnes environ.



    1925/40-61
    40-61
    Anonyme
    France et Asie
    1925
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