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Chronique des Etablissements communs et des Missions 11

Chronique des Etablissements communs et des Missions Séminaire de Paris Le 17 août nous avons eu le plaisir de recevoir au Séminaire S. G. Mgr Chulaparambil, Evêque titulaire de Busiris depuis 1914 et Vicaire Apostolique de Kottayam, lun des quatre évêques indigènes des Indes. S. G., qui est partie pour Londres le 22, a été vivement touchée par le bienveillant accueil quElle a reçu du Saint Père et des Cardinaux. Nous avions aussi comme hôte M. lAbbé Donald, professeur au Séminaire de Maryknoll.
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    Chronique des Etablissements communs et des Missions
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    Séminaire de Paris

    Le 17 août nous avons eu le plaisir de recevoir au Séminaire S. G. Mgr Chulaparambil, Evêque titulaire de Busiris depuis 1914 et Vicaire Apostolique de Kottayam, lun des quatre évêques indigènes des Indes. S. G., qui est partie pour Londres le 22, a été vivement touchée par le bienveillant accueil quElle a reçu du Saint Père et des Cardinaux. Nous avions aussi comme hôte M. lAbbé Donald, professeur au Séminaire de Maryknoll.

    M. le Chanoine Leclercq, archiprêtre de Tourcoing, revenant de Lourdes, sest arrêté 24 heures au Séminaire et nous a vivement intéressés par la récit des ignobles traitements que les Allemands lui ont fait subir pendant la guerre : avec une rage vraiment diabolique ils se sont acharnés sur ce prêtre coupable davoir rempli son devoir et qui, pour ce, fut maintenu durant deux ans otage et prisonnier. M. Leclercq avait transmis à S. S. Benoît XV un compte-rendu de sa captivité ; ce document a été communiqué au gouvernement allemand, qui, naturellement, en a nié la véracité.

    Dormans

    Le P. Roulland sest installé à Dormans avec la mission si honorable de garder la Chapelle de la Reconnaissance française au Dieu des Armées, qui nous a donné la victoire.

    Cest également au P. Roulland que Mgr le Supérieur a confié la tâche très importante de diriger le Noviciat de nos Frères coadjuteurs. Dieu veuille que cette uvre soit couronnée de succès !

    La nouvelle adresse du P. Roulland est la suivante :
    Monsieur lAbbé A. ROULLAND, Chapelain, à DORMANS (Marne).

    Marseille

    Le 8 septembre se sont embarqués sur le Porthos pour regagner leur Mission les PP. G. Boulanger (Coïmbatour), Guillot (Coch. Orient.), Sacré, Gaston et Seyrès : ces trois derniers de Pondichéry.

    Sanatorium de Montbeton

    Le P. Sibers, Supérieur du Sanatorium, y est rentré le 22 août, retour de Dormans, où il avait passé deux mois, employés à aménager le château, autant du moins quil était nécessaire pour recevoir les six aspirants-frères et leur Directeur.

    Le P. Louis Boulanger, 2e Assistant du S. S. S., et son frère Gabriel ont passé parmi nous une quinzaine de jours.

    Le P. Noël (Pondichéry) et le P. Henri Sion (Coch. Occid.) nous ont quittés pour aller passer quelque temps dans leur famille avant de reprendre le chemin de leur mission.

    Le nombre des confrères présents au Sanatorium en septembre était de 17 : il est rare que nous soyons aussi peu nombreux.

    Durant le mois daoût nous avons perdu deux confrères : le P. Coste le 14, le P. Ferré le 18. Tous deux reposent dans notre petit cimetière, qui compte maintenant 55 tombes dévêques ou de missionnaires.

    Hongkong

    Le 15 novembre doit souvrir à Hongkong la Conférence préparatoire au Synode général des Evêques de Chine en 1923. Les Vicaires Apostoliques qui doivent prendre part à cette réunion sont ceux de Hongkong, de Foutcheou, dAmoy, de Chaotcheou, de Canton, de Swatow, du Kouangsi et du Kouangtong Occidental. Chacun deux doit être accompagné de deux consulteurs : un missionnaire européen et un prêtre chinois.

    On pense que Mgr Lécroart sera de passage à Hongkong à la fin doctobre ou au commencement de novembre, se rendant en Indochine pour la Visite Apostolique dont la chargé le Souverain Pontife.

    Le P. Robert, 1er Assistant du S. S. S., sest embarqué au Hâvre le 7 Octobre. Comme il doit sarrêter quelque peu en Amérique, il ne pourra être à Hongkong avant la fin de Novembre.

    Hongkong a eu récemment la visite des PP. Mathis et Delaunay, de la Congrégation des Prêtres de Sainte-Croix. Le premier vient en Visiteur, le second en missionnaire du diocèse de Dakka (Bengale), dont lévêque est Mgr Legrand, ancien missionnaire du Japon Septentrional (Tôkyô).

    Le 28 septembre, le R. Frère Elie, Assistant du Supérieur Général des Petits-Frères de Marie, passait par notre procure avec le Frère Nizier, provincial de Chine, se rendant tous deux à Canton pour visiter le Collège du Sacré-Cur, confié à leurs religieux. Ils nous ont quittés pour se rendre dans leur établissement de Ceylan, emportant de Chine la conviction quil y a énormément de bien à faire au point de vue écoles et que cest par léducation chrétienne seule quon arrivera insensiblement à enrayer lesprit révolutionnaire en ce pays. Aussi regrettent-ils vivement de ne pouvoir répondre présentement aux demandes qui leur ont été adressées, leur personnel étant encore trop restreint.

    Tôkyô

    Le 23 septembre arrivait à Yokohama par le Korea Maru Mgr Mac Glinchey, directeur de luvre de la Propagation de la Foi pour le diocèse de Boston (U. S.). Comme on le sait, ce diocèse sest placé depuis plusieurs années au premier rang pour sa générosité envers luvre de la Propagation de la Foi. Le rapport diocésain des dons et honoraires de messes envoyés aux missions accuse pour 1921 un total dépassant 260.000 dollars. Sur ce chiffre, la mission de Tôkyô figurant pour 12.102, on serait tenté de croire que les confrères de cette mission ont dû bénir le ciel de ce soulagement apporté à leur pauvreté. En réalité, les neuf dixièmes de cette somme étaient le résultat des quêtes faites par le R. P. Mac Neal, S. J. dans le diocèse de Boston, lors de la tournée quil a faite ces deux dernières années en Amérique pour le développement de lEcole Supérieure des RR. PP. Jésuites à Tôkyô. Le reste était partagé entre diverses uvres, comme la léproserie de Gotemba, et des honoraires de messes. Mgr Mac Glinchey est reparti le 27 septembre de Tôkyô pour visiter en passant lhôpital de Gotemba, et continuer son voyage par la mission dOsaka, la Corée et la Chine.

    Le 29 septembre, la municipalité et la préfecture maritime du port de guerre de Yokosuka, situé dans la baie de Yokohama, inauguraient une statue à lingénieur français, M. Léonce Verny, qui fut, de 1866 à 1876, le fondateur et le directeur du premier arsenal naval du Japon. M. Verny, qui avait déjà, sous la direction du futur amiral Gicquel, construit pour la Chine des canonnières et un arsenal, et formé des ouvriers chinois, fut appelé en 1865 au Japon par le gouvernement shôgunal pour construire à Yedo un arsenal maritime. Il conseilla lemplacement de Yokosuka comme mieux approprié aux constructions navales, et se mit à luvre, ayant sous ses ordres plusieurs ingénieurs, une trentaine de contremaîtres et spécialistes français, et 1200 ouvriers japonais. De son côté, le capitaine Lebon, de la mission militaire française qui forma larmée japonaise à ses débuts, fondait en 1872 larsenal militaire de Yedo (Tôkyô).

    Excellent catholique, M. Verny avait obtenu du gouvernement shôgunal lautorisation de bâtir pour ses compatriotes et leurs familles, dans lenceinte même de larsenal, une chapelle qui fut dédiée à saint Louis, roi de France. La profession de la religion catholique était alors interdite aux Japonais. Un missionnaire, quune chaloupe à vapeur amenait de Yokohama, desservait la petite paroisse française, Parmi ces chapelains, il convient de noter spécialement les P. de Rotz, depuis missionnaire à Nagasaki, Midon, Testevuide, etc.

    La statue devait être érigée au cinquantenaire de la fondation de larsenal, cest-à-dire en 1916, et le P. Evrard, ami de la famille Verny, était désigné pour la représenter en la circonstance ; mais linauguration ayant été remise par suite de la guerre, et le P. Evrard étant mort en 1919, ce fut Mgr lArchevêque de Tôkyô qui, comme représentant de la famille Verny, dévoila la statue le 29 septembre dernier. Lambassadeur de France, M. Claudel, le capitaine de frégate Dumerle, linterprète de lambassade, M. Bonmarchand, ainsi que le Consul général de France à Yokohama, M. Déjardins, assistaient à la cérémonie, avec les principaux représentants de la municipalité et de la préfecture maritime. La ville était pavoisée aux couleurs françaises et japonaises ; une foule sympathique remplissait le parc de Suwa, où est érigée la statue de M. Verny, et acclama lingénieur français qui avait doté le Japon de son premier arsenal. Monseigneur Rey prononça une brève allocution en japonais. Au Club Maritime, où une réunion se tint ensuite, le maire fit à léloge de M. Verny et de la France un discours auquel répondit lambassadeur de France.

    Les invités purent apprécier une fois de plus lhospitalité japonaise qui leur offrit, à loccasion de la cérémonie, un programme varié de réjouissances : visites de lArsenal et du Musée où sont conservés les souvenirs de la mission française, banquet ; spectacle de luttes japonaises entre marins et ouvriers de lArsenal.

    Est-il permis de remarquer, à ce propos, que les pays de langue anglaise ayant inauguré, ces dernières années, les minutes de silence, pour honorer dans le recueillement la mémoire des grands morts, il faut peut-être interpréter dans ce sens le silence quont gardé sur linauguration du monument français de Yokosuka les trois journaux de langue anglaise de la capitale et de Yokohama ?

    Au commencement du mois doctobre sest effectué le transfert de la partie méridionale de la Mission de Tôkyô aux PP. de la Société du Verbe Divin de Steyl. La cession a eu lieu à Nagoya, chef-lieu de la nouvelle Préfecture Apostolique, qui comprendra, avec les deux départements dAichi et de Gifu, enlevés à Tôkyô, les trois départements de Fukui, Ishikawa et Toyama, détachés de la Préfecture Apostolique de Niigata, confiée à la même Congrégation.

    On sait que la Société du Verbe Divin a été fondée en 1875 à Steyl, diocèse de Ruremonde (Hollande) par des prêtres allemands. Le P. Arnold Janssen (1837-1909) en fut le premier Supérieur. Le célèbre Mgr Anzer (+ 1903), Vicaire Apostolique du Shantong Méridional, fut un des premiers membres de la Société. Le Supérieur général actuel est le R. P. Gier, élu en 1920. Le R. P. Reiners, Préfet Apostolique de Niigata, administrera jusquà nouvel ordre la Préfecture de Nagoya.

    La Jeunesse Catholique de Tôkyô sest constituée en Association. Pleine de vie et dactivité, elle travaille vaillamment pour le bien de lEglise sous la direction de ses pasteurs. Elle publie une revue, Catholique, et se propose den créer une autre, illustrée, en caractères kana, pour les enfants. On a même envisagé laudacieux projet dun journal catholique, mais cest une uvre bien difficile. En juillet dernier, 32 membres de lAssociation ont fait avec grande ferveur une petite retraite à lEcole de lEtoile du Matin et se sont promis dy revenir. Il est à noter que la plupart de ces jeunes sont des gradués détablissements supérieurs : universités, comm,erce, langues, etc.

    Le 2 Octobre Mgr le Délégué Apostolique a quitté Tôkyô pour visiter le diocèse de Nagasaki et la nouvelle préfecture apostolique de Kagoshima.

    Nagasaki

    Ainsi que le Bulletin lavait annoncé, le troisième centenaire du Grand Martyre a été célébré solennellement à Nagasaki le dimanche 10 Septembre. Léglise de N.-D. des Martyrs était trop petite pour contenir la nombreuse assistance. Dans un éloquent discours le P. Raguet a retracé la scène du martyre et montré que lesprit de foi des victimes de la persécution du XVIIe siècle vit toujours dans leurs descendants.

    Après le salut du Saint-Sacrement on se rendit en pèlerinage au lieu même du martyre, à quelque 200 mètres de léglise.

    Cette touchante cérémonie ne nous a laissé quun regret : cest que tous les Ordres religieux qui alors fournirent des Martyrs naient pas pu être représentés à cette glorification de leurs Bienheureux.

    Seoul

    Mgr Sauer, des Bénédictins de Sainte-Odile, Vicaire Apostolique de Ouensan, est arrivé à Seoul le 6 septembre, retour dEurope via America. Son compagnon de voyage, le P. Cassien, est resté en Amérique, où la Congrégation a lintention détablir un monastère.

    Cette Congrégation, fondée à Sainte-Odile (Bavière) en 1884 sous le titre de Société du Sacré-Cur pour les Missions étrangères, a été affiliée à la Confédération bénédictine en 1904. Elle comptait, en 1921, 8 monastères, 142 moines et 268 convers.

    En 1909 quelques religieux arrivèrent à Seoul pour soccuper de luvre des écoles et de la formation de maîtres : après 2 ans cet essai décole normale fut interrompu et les PP. se consacrèrent à lécole professionnelle quils avaient fondée en même temps.

    En 1913 leur établissement était élevé au rang dabbaye et leur Supérieur, le P. Boniface, recevait, le 8 juin la bénédiction abbatiale. Enfin, en 1920, ils étaient chargés de la nouvelle Mission de Ouensan et, le 1er mai 1921, Mgr Boniface Sauer était sacré à Seoul par Mgr Mutel, en même temps que Mgr Devred. Mgr Sauer est évêque titulaire dAppiaria (Mésie Inférieure), qui était autrefois siège suffragant de Marcianopolis.

    Daprès les derniers rapports du Gouvernement général, la population de la Corée est actuellement de 17.452.618 habitants, dont 367.618 Japonais et 25.952 étrangers. Ces chiffres représentent, sur ceux de 1915, une augmentation de 750.179 Coréens, 46.618 Japonais et 763 étrangers.

    Taikou

    Le samedi des Quatre-Temps de septembre, Mgr Demange a ordonné quatre nouveaux prêtres.

    Le 18 septembre a eu lieu la rentrée du Séminaire : 47 élèves sont arrivés ; deux seulement sont restés temporairement dans leur famille pour cause de maladie. En même temps que les séminaires sont arrivés aussi 23 enfants destinés à la section préparatoire. Cest le P. Lacrouts qui a prêché la retraite de rentrée du Séminaire.

    Les séminaristes ont fêté, le 26 septembre, le 25e anniversaire de lordination sacerdotale de leur nouveau professeur, le P. Taquet. Dans un discours latin très bien tourné, lun deux, au nom de tous, souhaite la bienvenue au jubilaire et lui promet obéissance complète et entière bonne volonté.

    Vers la fin de novembre un nouveau ferry-boat sera mis en service sur la ligne Shimonoseki-Fusan ; un autre sera terminé au printemps prochain. Il ny aura plus alors que de nouveaux bateaux en service et le voyage Shimonoseki-Fusan sera abrégé de 3 heures. A cette époque lhoraire des trains sera changé au Japon, en Corée et en Mandchourie.

    Mandchourie Méridionale

    Mgr Blois a procédé, le 3 septembre, à la bénédiction de la nouvelle église dAn-sin-tai, construite lan dernier par le P. Roger, titulaire du district. Cest la troisième église que le Père élève à la gloire de Dieu durant ses 15 années de mission, et elle lui fait honneur : cest un gracieux édifice gothique, dun goût parfait.

    Poursuivant sa tournée, Mgr a passé la Nativité de Notre-Dame dans les montagnes du Nord-Est, à Kao-chan-toun, son premier district, dont la belle et solide église est son uvre. S. G. a donné la Confirmation aux fidèles préparés par le P. Pollet.

    Les vacances sont terminées. Le Séminaire a eu sa rentrée le 8 Septembre. Le corps professoral se compose des PP. Beaulieu, supérieur, Villeneuve et Yen.

    Le Couvent des vierges institutrices indigènes, à Moukden, a aussi repris ses cours. On commence les cours préparatoires au 3e degré, dit secondaire, ceux du 1er et du 2e, dits primaires, étant terminés. Deux religieuses de la Providence de Portieux sont à la tête de lécole, comme du couvent, et cela à la satisfaction générale.

    Un aviateur français est venu offrir ses services au Maréchal Tchang Tso-lin ; mais les pourparlers nont pas abouti : cest un Anglais qui occupe la place.

    Une épidémie de typhus exanthématique, qui sévissait au Couvent des vierges indigènes, a été enrayée grâce aux mesures prises, qui ont fourni une nouvelle et éclatante preuve que le traitement du Dr Wieger, S.- J., est vraiment efficace.

    Mgr Mutel a bien voulu prêter à la Mandchourie un de ses missionnaires, le P. Poyaud, pour faire la visite annuelle des chrétiens japonais. A Moukden le Père a été accueilli avec grande joie par la petite colonie japonaise catholique.

    Mandchourie Septentrionale

    Il devient impossible décrire deux lignes de Mandchourie sans avoir à raconter quelque histoire de brigands. Le 10 septembre dernier, 600 brigands sont entrés dans la ville dOula, située à 90 lys au nord de Kirin, lont complètement pillée et sont partis avec un butin considérable. Ils ont emmené en outre une centaine dotages, dont 17 jeunes filles.

    Parmi les chiffres du dernier compte-rendu, je relève que, dans leurs deux dispensaires de Harbin et de Changchun, les Surs Franciscaines M. M. ont donné plus de 30.000 consultations et quune centaine de malades ont été recueillis dans lembryon dhôpital quelles possèdent à Harbin. Cela montre le bien que pourraient faire ces dévouées religieuses si des ressources plus abondantes leur permettaient de développer leurs uvres.

    Cette année, nous aurions eu la joie célébrer le 25e anniversaire de lordination sacerdotale du cher Père Pic ; malheureusement depuis deux ans déjà la maladie la contraint de retourner au pays natal. Quil nous soit permis cependant de lui offrir, à cette occasion, nos meilleurs vux et lassurance de nos prières ; personne ne loublie en Mandchourie du Nord, ni ses confrères, ni les chrétiens de son ancien district de Wangkiatoun, où son souvenir est toujours vivant.

    Setchoan Occidental

    Le dimanche 27 août, Mgr Rouchouse a ordonné cinq nouveaux prêtres, ce qui porte à 50 le nombre de nos prêtres indigènes.

    Comme il avait été annoncé, notre Grand-Séminaire de Philosophie et de Théologie a ouvert ses portes le 16 septembre à une vingtaine délèves. Saint François de Sales a été choisi comme Patron titulaire de létablissement.

    Plusieurs de nos confrères : le P. Couderc, Provicaire, les PP. Laroche, Viret, ont été éprouvés par la maladie. Grâce à Dieu, tous sont remis actuellement.

    Notre vénéré doyen, le P. Bayon, dont les forces ne peuvent plus satisfaire aux besoins de son grand district, a reçu un collaborateur en la personne de M. Xavier Ly.

    Monseigneur sest rendu à la réunion des évêques de la région, qui sest ouverte à Suifu le 15 octobre. S. G. était accompagnée du P. Poisson et de M. Vincent Tiên.

    Dès que la voie fluviale sera débarrassée des pirates qui linfestent, six anciennes élèves du Pensionnat des Surs se rendront à Tchongkin, au Couvent des Servantes du Sacré-Cur, pour se former à la vie religieuse et revenir ensuite à Tchentou servir de base à une fondation de cette Congrégation dans notre Mission.

    Setchoan Oriental

    Notre retraite annuelle sest terminée le 25 septembre. Avant de se séparer et de reprendre la route de leurs districts, les confrères ont offert leurs respectueuses félicitations au vénéré P. Gourdon à loccasion de ses 80 ans. In potentatibus, octoginta anni, dit la sainte Ecriture, et amplius eorum labor et dolor. Notre octogénaire jouit dune santé merveilleuse ; il ne connaît le labor que dans le sens de travail ; mais de fatigue point, et de maladie pas même lombre. Donc ad multos annos encore !

    Setchoan Méridional

    Le P. Martin, usé, un peu par lâge (70 ans), mais surtout par 20 années de dur apostolat chez les barbares Lolo, vient de prendre une retraite bien méritée à lhôpital catholique de Suifu. Là, sil ne travaille plus directement au ministère apostolique, il servira encore la cause de la Mission par ses prières, ses souffrances, ses exemples.

    Mais que de morts ! que de vieillards avant lâge ! que dinfirmes dans notre Vicariat ! Et pourtant ce nest ni le travail, ni, par conséquent, le lien à faire, qui manquent. Mitte, Domine, operarios in messem tuam !

    Grâce à Dieu, la guerre civile semble terminée pour cette année dans notre Setchoan. Je dis : pour cette année, car les intrigues, les ambitions, les ressentiments persistent toujours entre les grands chefs militaires, et il est à craindre que les vaincus ne cherchent tôt ou tard à prendre leur revanche et les vainqueurs eux-mêmes à se manger entre eux.

    Depuis la Révolution (1911), lhistoire de notre province na été quune suite de batailles et de trêves passagères. Aussi le brigandage est-il passé à létat endémique et, par suite, le commerce est devenu presque impossible. Vivres et marchandises de toutes sortes sont montés et restent à des prix exorbitants, et le pauvre peuple, pressuré de toutes parts, attend patiemment, mais sans trop oser lespérer, le libérateur qui lui apportera la paix et la liberté.

    Heureusement la récolte de cette année est assez bonne : les miséreux nauront pas la tentation de se faire brigands et, pour les plus fortunés, ce sera une petite consolation dans leurs malheurs.

    Thibet

    Groupe de Tatsienlou (Setchoan). S. G. Mgr Giraudeau, ne se sentant pas la force daffronter les fatigues dun voyage de 17 jours pour se rendre à la réunion des évêques à Suifu, a délégué, pour le représenter, son provicaire, le P. Valentin.

    Nos écoles : séminaire, école normale dinstitutrices, écoles paroissiales, ont toutes repris leurs cours. Le séminaire compte actuellement 18 élèves, chiffre qui navait jamais été atteint jusquici.

    A part quelques brigandages et des révoltes localisées, le calme règne à peu près dans la région et nos confrères vaquent sans trop de difficultés à leur ministère.

    Mais nous sommes toujours relégués en dehors de la frontière thibétaine : il nous est interdit de mettre le pied sur la Terre sacrée des Esprits. Tout dernièrement un pasteur protestant de Tatsienlou a voulu forcer la consigne : il sest fait expulser. Un autre, voyageur ou explorateur, voulut essayer de la route du nord : il partit du Kansou, mais fut arrêté à son entrée au Thibet ; une seconde tentative aboutit à un nouvel échec.

    Doù vient cette opposition à la pénétration étrangère ? Des lamas certainement ; mais daucuns pensent, et même disent, que les Anglais ny seraient pas pour rien. Chi lo sa ?...

    Groupe de Tsetchong (Yunnan). Cette fois il semble bien que nous allons avoir la paix. Chinois et Thibétains se sont réconciliés, les premiers faisant toutes les concessions que leur permet leur honneur militaire, et même un peu plus, les seconds sen tirant avec tous les honneurs de la guerre et persuadés pas tout à fait à tort, quils sont les vainqueurs. Il paraît que nos Chinois nont pas actuellement les moyens voulus pour se battre avec les brigands : et donc ils font la paix avec eux.

    Ces deux derniers mois le ciel nous a littéralement inondés : de mémoire dhomme le Thibet navait jamais vu tant de pluie. Le Mékong débordé a dévasté sur ses deux rives quantité de champs avec leur récolte en herbe, riz ou maïs. Quel volume deau boueuse il a roulé vers la Cochinchine et le Siam, et quels dégâts ny aura-t il pas causés !

    Au moment de la plus forte crue, écrit le P. Ouvrard, je me trouvais à Weisi, à six jours de Tsetchong. Au lieu de suivre le fleuve, la route étant coupée en plus de cent endroits, je dus, pour revenir chez moi, faire un immense détour par les montagnes, au risque de voir rouler mes mules et de rouler moi même dans les précipices. A un en droit je ne trouvai quun pont de corde, les autres ayant été emportés, et cette corde était en très mauvais état ; aussi dus-je prendre mon courage à deux mains pour me lancer au-dessus des ondes furieuses qui me séparaient de mon église et de mes chrétiens. Inutile de songer à lancer mes mules sur un pareil pont : elles durent attendre que les autres soient rétablis.

    Batang et Yerkalo respirent un peu depuis que soldats et brigands ont fait la paix. Les PP. Goré et Nussbaum ont pu enfin se rencontrer. Au Loutsekiang les PP. Genestier et André ont craint pendant quelque temps que leur mandarin local ne cherchât noise aux chrétiens, mais laffaire ne fut pas grave.

    Kientchang

    Mgr Bourgain ne pouvant, sans de graves inconvénients, quitter la Mission en ce moment, a délégué le P. Le Bouetté pour le représenter à la réunion des évêques à Suifu.

    Le 22 août avait lieu à Yuéhi la distribution des secours accordés aux pauvres de la ville par la Société pour les affamés. Le mandarin du lieu voulut que le P. Bocat y assistât Je me rendis donc à la réunion, écrit notre confrère, en très modeste équipage, ignorant ce qui avait été préparé. A peine arrivais-je à lentrée du prétoire que des détonations éclatent, les soldats se mettent au port darmes : ils étaient plus de 200, malgré la pluie, rangés de chaque côté de lallée centrale. Dans la grande salle de réception, ornée de guirlandes, de fleurs, de tentures et de drapeaux, tous les notables et autorités de la ville ; à la table de la présidence, le mandarin était assis à droite, le sous-préfet à gauche, et, le croiriez-vous ? la place du milieu métait réservée. Tout honteux, je me confondis en excuses, mais, bon gré mal gré, il fallut se résigner. Le premier émoi passé, je me consolai en pensant que ma pauvre petite personne représentait la Sainte-Eglise, continuant son rôle de charité à travers le monde et présidant ici à la distribution de 3.000 piastres à des miséreux.

    A la suite dun éboulement de montagne qui sest produit le 2 septembre, le fleuve du Tongmen a débordé, causant dénormes dégâts dans les rizières, emportant un pont, etc. Dix personnes et deux porcs ont été entraînés et noyés : Les gens, passe encore, disent nos Chinois, mais les porcs, ko si lo (quel dommage) !

    Yunnan

    Le 21 septembre, le P. E. Maire, Provicaire, célébrait le 50e anniversaire de son ordination sacerdotale. Son humilité sest opposée à toute manifestation extérieure, mais il ne peut interdire au Bulletin, auquel il a accordé une collaboration si bienveillante et si intéressante, de joindre ses respectueuses félicitations à celles que lui ont adressées nos confrères du Yunnan et de lui redire avec eux : Ad multos annos !

    Jusquici la région occidentale de la province avait été à peu près tranquille, mais voici que les brigands y travaillent comme ailleurs. Ils ont pillé le marché de Houang-kin-pin, brûlé quelques maisons, tué 6 personnes et emmené 8 otages. Le P. Provicaire a fait une démarche auprès des autorités pour obtenir une protection efficace des missionnaires et de leurs établissements.

    Dans le reste de la province la piraterie sévit toujours à létat endémique ; les routes sont pleines de dangers. Aussi le commerce est-il arrêté partout.

    Kouytcheou

    Le fête de la Nativité de la Sainte-Vierge a revêtu cette année une solennité particulière au sanctuaire de N.-D. de Liesse. Durant plusieurs jours des équipes de chrétiens avaient été occupées à lornementation de la chapelle : tentures, arcs-de-triomphe, lanternes, rien ny manquait. Les pèlerins vinrent en foule. Mgr Seguin, les confrères de Kouiyang, les prêtres chinois, tous, dun même cur, ont prié N.-D. de Liesse de secourir notre Mission, qui passe en ce moment par de dures épreuves.

    Nous sommes encore en plein banditisme et la paix ne paraît pas devoir être proche. Il semble bien que nous nobtiendrons pas grandchose pour nos quatre églises pillées, si toutefois nous obtenons quelque chose.

    Tous ces troubles, et aussi la question des dépenses de voyage, ont empêché Mgr Seguin de se rendre à la Conférence de Suifu.

    Une difficulté à laquelle on ne pense guère, sans doute, mais qui est nécessairement grave pour le missionnaire, cest, la question du transport des bagages. Nous avons des envois partis de France depuis plus de deux ans et qui sont encore immobilisés aux frontières de la province. Impossible de les faire venir à cause des pirates. La voie de Hankéou, la plus économique pour nous, est ainsi pratiquement fermée. Faire venir les colis par le Yunnan triplerait les prix de revient. De Yunnansen à Kouiyang-fou deux porteurs demandent 40 piastres, soit 300 fr. pour couvrir les 20 journées de marche qui séparent les deux capitales. Et toutefois, si nous voulons recevoir quelques colis de lextérieur, force nous sera bien den passer par cette voie, la plus longue, la plus lente et aussi la plus coûteuse.

    On avait espéré que Yuen Tsou-min, qui cumule les fonctions de gouverneur civil et militaire de la province, la débarrasserait des brigands qui linfestent : il ny parvient pas. Il nest pas, du reste, le maître de tous les soldats qui sont au Kouytcheou. Il en est dans le Nord qui, alliés aux brigands, semblent se préparer à entrer en lutte avec lui pour prendre sa place, ce qui amènera de nouveaux malheurs.

    Inutile de dire que cet état dinsécurité continuelle ne favorise pas les progrès de la religion. Non plus, dailleurs, que la plaie de lopium. Jamais il ny en a eu autant ; on le plante partout, et partout, hélas ! on le fume comme jamais on ne la fumé. Cest le grand commerce du Kouytcheou, et cest aussi la source la plus claire des revenus du gouvernement provincial. Il ny a donc pas espoir de le voir supprimer.

    La retraite de nos prêtres chinois vient de se terminer, et, malgré les dangers des voyages, presque tous ont pu y assister, tant du Vicariat de Kouiyang que de la Préfecture de Lanlong.

    Le 15 octobre, clôture de la retraite du Grand-Séminaire, 13 élèves ont reçu la tonsure des mains de Mgr Seguin.

    Canton

    Le compte-rendu de lexercice 1921-22 donne, pour la Mission de Canton, les chiffres suivants.

    Population catholique 18. 282
    Adultes 636
    in art. mortis 355
    Baptêmes 8.675
    Enfants de chrétiens 460
    in art. mortis ..7.2243

    Confessions 73.382
    Communions 162.287

    Ecoles de garçons : 73. Elèves : 2.299.
    de filles : 35. : 700.

    S. G. Mgr de Oliveira-Xavier, Patriarche des Indes Orientales, a adressé une lettre au R. P. Fourquet, Supérieur de la Mission, pour linviter à assister aux fêtes solennelles qui vont être célébrées à Goa en lhonneur du 3e centenaire de la canonisation de saint François-Xavier. Pendant un mois, du 3 décembre au 3 janvier, le corps du grand Apôtre de lExtrême-Orient sera exposé à la vénération des fidèles.

    Il y a quelques changements chez nos collaborateurs américains : le P. Walsh, leur Supérieur, sinstalle à Outcheou ; le P. Cairns quitte la procure de Hongkong pour aller à Yeungkong ; le P. OShea devient procureur à Hongkong.

    Swatow

    Mgr Rayssac se dispose à se rendre à la Conférence des Evêques de la région à Hongkong. S. G. sera accompagnée du P. Le Corre, provicaire, et du prêtre chinois Wong.

    Lhorizon sassombrit du côté du Foukien, où des partisans de Sun Yat-sen ont attaqué le gouverneur. Canton a envoyé du secours ; mais les troupes, arrivées après la prise de la ville de Foutcheou et la fuite du gouverneur, se sont prudemment arrêtées sur les confins de la province.

    Après les mauvaises nouvelles des derniers mois, signalons quelques trouées bleues dans notre ciel gris.

    Dans des bâtisses hâtivement réparées nous avons inauguré une école secondaire, caractères chinois, qui a pris le nom de Collège Saint-Joseph. Les élèves sont au nombre de 30 pour commencer. Le programme des études est celui des écoles publiques similaires, avec un cours danglais. Si lon peut trouver un professeur capable, un cours de français y sera ajouté lannée prochaine.

    Les Surs Ursulines, remises de leurs émotions du typhon, ont ouvert une école pour les enfants des Européens et des Eurasiens.

    Kouangtong Occidental

    Le brigandage continue dans toute la région. Le prêtre Moyse Kong, revenant dadministrer un malade, tomba entre les mains des pirates, qui le dépouillèrent de son bagage. Revenus toutefois à de meilleurs sentiments, ils le lui rendirent le lendemain, non cependant sans avoir profané le calice, qui leur servit de coupe à boire. Ils gardèrent aussi par devers eux le crucifix. Dans quel but ? Idée de pirate !...

    Dans le Loui tcheou, labsence du Pacificateur et de troupes suffisantes a permis aux bandits de continuer leurs exploits, pillant, torturant, massacrant, avec une férocité digne danthropophages. Ne les a-t-on pas vus ouvrir leurs victimes par le milieu du corps, en extraire le cur et le foie, quils dévoraient à belles dents ! Le P. Poulhazan, fatigué par un surmenage excessif, a dû venir prendre quelque repos à Fort-Bayard. Aussitôt les pirates, qui nignoraient pas cette absence, pas plus que celle de son vicaire, le prêtre indigène Joseph Yip, en ont profité pour sapprocher de la Sainte-Trinité et tenter de lemporter dassaut, Même en labsence de leurs Pères, les chrétiens heureusement veillaient ! La présence du sous préfet de Soui-kai, qui se trouvait dans le voisinage avec quelques troupes, permit de débloquer rapidement le village chrétien et de repousser au loin les bandes de brigands. Ils se sont repliés vers le sud, sous la poussée des troupes mandarinales renforcées des gardes communaux. Létat sanitaire du village chrétien, encombré de réfugiés, reste, hélas ! précaire et on y compte au moins un décès par jour.

    Il serait désirable que le Pacificateur, Général Wong Keung (quune rumeur, heureusement fausse, donnait comme prisonnier des pirates, qui lauraient attiré dans une embuscade,) revînt sans tarder reprendre son uvre interrompue, car le brigandage avec toutes ses horreurs fait tache dhuile. On signale en effet, vers Muilok, lincendie et le pillage dun gros village, coupable de sêtre défendu. Une centaine de ses habitants ont payé de la vie leur résistance. Dans de telles conditions dinsécurité, toute administration et visite des chrétiens devient impossible. Domine, da nobis facem : cest le vu de toute une population excédée de meurtres et de brigandages, cest aussi celui de ses missionnaires !

    Kouangsi

    Notre Provicaire, le P. Costenoble, a dû se rendre à Hongkong pour y subir une opération, qui heureusement a réussi au mieux. Quelques semaines de repos et le malade sera entièrement rétabli.

    Depuis le 23 septembre au matin lancienne capitale de la province, Kweilin, est de nouveau sous la domination étrangère. Yunnanais et Kiangsinais ont pris la place des gens du Kouangsi, qui nétaient que de vulgaires brigands et gardaient la ville depuis 3 mois.

    La nuit du vendredi 22 au samedi 23 septembre a été mouvementée. Les balles sifflaient. Le pillage a commencé vers 1heure du matin ; le feu, mis en trois endroits, à proximité de la Mission, na heureusement pris quà un seul endroit, mais cela a suffi pour que toute une rue soit détruite, de trente à quarante maisons ont été incendiées. La Mission a été très menacée par la proximité de la conflagration.

    Plus de 300 boutiques dimportance ont été pillées, sans compter les autres. Quelques maisons particulières ont eu le même sort. Le nouveau Protecteur inaugure sa dictature par des menaces. La ville sera livrée au bon plaisir des soldats si les propriétaires ne livrent pas les fusils dont ils sont soi-disant détenteurs.

    Tous les pires bandits reçoivent leur pardon et voient leurs rangs augmenter en nombre. Cest ce qui vient darriver pour le meurtrier du Père Tsin. Pour le moment il ny a encore rien à faire pour obtenir justice.

    Tonkin Occidental

    Bénédiction de cloche. Le 20 septembre, Mgr Gendreau a béni une cloche dans une chrétienté du district confié au P. Aubert, au milieu dune affluence considérable de catholiques. Mr le Résident de la province de Son-Tay était parrain et Madame la Résidente, marraine. En lespace de 3 mois, 24 cloches sont arrivées de France pour la Mission du Tonkin Occidental. Les clochers sortent de terre comme par enchantement, attestant la vitalité religieuse chez nos chrétiens.

    Encore les protestants ! Les grands chefs des innombrables sectes protestantes de lAmérique ont dressé des plans grandioses dévangélisation en Asie : ils se sont divisé les pays à lamiable ; aux baptistes cette portion de territoire à cultiver, aux méthodistes celle-ci, aux presbytériens celle là, et ainsi de suite pour les autres sectes. La bourse bien garnie, ils envoient dans tous les ports dExtrême-Orient des cargaisons de prédicants des deux sexes, qui, la Bible dune main et la bourse de lautre, circulent de région en région à lachat des âmes. Depuis quelques mois le Tonkin en est inondé. Ce sont ces prédicants au déisme desséchant qui se croient, de par Dieu et Luther, la mission déclairer, de diriger et denseigner tous nos Annamites. A Hanoi, où ils ont ouvert une école et fondé des uvres philanthropiques, en particulier des garderies denfants, ils cherchent à orienter les jeunes intelligences vers eux et à diriger la haute classe. Grâce au concours empressé de certaines personnalités haut placées dans les sphères gouvernementales, ils ont réussi à simmiscer dans une association de jeunes lettrés, plus amateurs de sapèques que de belles lettres ! Peu à peu ils infusent dans ces jeunes et naïves intelligences, peu habituées à réfléchir, leurs idées économiques, politiques et religieuses, et, si le Gouvernement ny prend garde, on verra sous peu les conséquences néfastes du prosélytisme américain.

    Tonkin Méridional

    Le 16 septembre le P. J.-B. Dúc, curé de Van-Loc, est décédé dans la 80e année de son âge et la 47e de son sacerdoce. Cétait le doyen de nos prêtres indigènes.

    Le 30 septembre Mgr Eloy a ordonné six diacres et un minoré.

    Le P. Guignard, qui nous avait quittés, très fatigué, au début de septembre, pour se rendre au sanatorium de Béthanie, a dû, sur lavis du médecin, partir pour la France, où il peut espérer une guérison plus prompte et plus complète.

    Cochinchine Occidentale

    Le 16 septembre, en la cathédrale de Saigon, Mgr Quinton a ordonné un prêtre, 12 minorés et 6 tonsurés. Quand aurons-nous des ordinations annuelles de 5 ou 6 prêtres ? Ce serait à peine de quoi remplir les vides.

    Dès le lendemain Mgr partait pour le Laos, où S. G. devait prendre part à la consécration épiscopale de Mgr Gouin. Il y a 9 ans, cétait Mgr Prodhomme qui était descendu à Saigon pour y être sacré par son cousin, tout récemment nommé Coadjuteur de Mgr Mossard. Aujourdhui cest lévêque de Saigon qui monte à Nong-Seng pour continuer les bonnes relations nouées alors entre le Laos et la Cochinchine Occidentale.

    Cochinchine Septentrionale

    Nos deux séminaristes élèves du Collège de la Propagande à Rome, les abbés Thuc et Lanh, ont passé avec succès leurs examens pour le doctorat en philosophie. Le premier, fils dun ancien ministre catholique de lEmpire dAnnam, a été reçu bon premier summâ cum laude ; le second, fils dun pupille de la Sainte-Enfance, aujourdhui dignitaire de la chrétienté de Kim-Long, a été reçu le cinquième.

    Peu de temps après son arrivée en France, Sa Majesté Khoi-Dinh a reçu des élèves annamites de la Propagande le télégramme suivant, rédigé par M. Thuc :

    Sa Majesté Khoi-Dinh, Empereur dAnnam, Ministère des Colonies, Paris. Etudiants annamites Université Pontificale Propagande Rome déposent aux pieds de Sa Majesté hommage de profond attachement et vive admiration, prient le Très Haut bénir son séjour en terre hospitalière France pour plus grand bien patrie bien aimée.

    Signé : P. Thuc et sept autres étudiants annamites.

    LEmpereur, vivement touché de cette marque de respectueuse sympathie, a envoyé à ses sujets romains sa photographie dans un superbe cadre dargent. A ce magnifique présent les séminaristes ont répondu par la lettre suivante.

    A S. M. Khoi-Dinh, Empereur dAnnam.
    Sire

    Des milliers de lieues nous séparent de notre chère patrie ; mais, bien que nous en soyons si éloignés et que nous vivions au milieu détudiants venus des quatre coins du monde, nous ne cessons de penser à notre cher pays dAnnam et à votre auguste personne qui, par la grâce de Dieu, en est le chef suprême, et nous faisons les plus ardentes prières et formons les vux les plus sincères pour la santé et la gloire de Votre Majesté.

    Les études auxquelles nous nous livrons et les livres sacrés que nous apprenons pour nous préparer à la carrière ecclésiastique ne font quaccroître nos sentiments de fidélité envers la royauté et damour pour notre patrie.

    En retour des humbles souhaits que nous avons adressés à Votre Majesté, Elle a daigné nous envoyer sa photographie dans un cadre très riche et très précieux. Ne sachant comment vous exprimer notre joie et notre reconnaissance, nous vous saluons profondément et déposons à vos pieds ces modestes lignes avec les vux que nous formons pour votre auguste personne.

    M. Khoi-Dinh est de retour dans sa bonne ville de Hué depuis 11 septembre. La réception qui lui a été faite ce jour-là par la population française et annamite a été des plus grandioses. Les vieux coloniaux de Hué navaient jamais vu daussi belles fêtes.

    Cambodge

    Le dimanche 17 septembre, S. G. Monseigneur Bouchut a ordonne trois diacres, un sous-diacre et un certain nombre de minorés.

    Le surlendemain, S. G. sembarquait, avec NN. SS. de Siam et de Saigon, pour le Laos, en vue darriver à Nong-Seng, la résidence épiscopale, le 29, le sacre de Mgr Gouin étant fixé au 1er Octobre.

    Siam

    Des cérémonies religieuses très solennelles se sont déroulées le 1er octobre dans léglise N.-D. du Rosaire de Bangkok, à loccasion du 25e anniversaire de sa bénédiction, coïncidant cette année avec sa fête patronale.

    Labsence de Mgr Perros, qui, ce même jour, consacrait à Nong-Seng Mgr Gouin, et le brusque départ du P. Colombet, Provicaire, que la maladie contraignit à se rendre durgence à notre hôpital S.-Louis, diminuèrent beaucoup la sainte allégresse des missionnaires et des fidèles.

    Cette église, dite des Chinois, est la troisième en date qui ait été construite sur lemplacement où elle se trouve actuellement. Ce furent des chrétiens fuyant Juthia, alors capitale du Siam, mise à sac par une invasion birmane, qui, vers 1784, construisirent à Bangkok une maison siamoise sur pilotis : ce fut la première église.

    Plus tard, le plancher de cette maison ayant cédé durant une cérémonie, elle fut remplacée par un bâtiment en briques, que bénit Monseigneur Pallegoix en 1839 et quil dédia à Notre-Dame du Rosaire.

    Deux incendies, en février 1864 et en septembre 1887, détruisirent une partie de Bangkok sud, mais sarrêtèrent aux murs de léglise. Cependant, vers 1887, on démolit léglise de 1839 et lon construisit celle qui existe aujourdhui, dont la première pierre fut bénie par Monseigneur Vey, le 4 octobre 1891. Deux riches chrétiens chinois, nommés Kiam Hoa Heng et Kiam Hoa Seng, aidèrent généreusement dans cette construction le Père Dessalles, leur curé depuis 1878, qui se dépensa corps et âme et qui eut la joie de voir bénir son uvre en 1897.

    Après le Père Dessalles, bien dautres missionnaires ont dépensé leur zèle apostolique à léglise chinoise de Bangkok. Citons, parmi les morts, le Père Petit, le pionnier de la dévotion au Sacré-Cur dans cette paroisse, et le Père Sommelet, mort en 1914 au champ dhonneur, le véritable fondateur de la mission cantonaise à Bangkok.

    Le P. Guillou, le curé actuel, continue de développer activement luvre de ses prédécesseurs, assisté de deux prêtres indigènes. Lémigration chinoise catholique au Siam, devenant de plus en plus intense, fait augurer de beaux jours pour léglise de N.-D. du Rosaire.

    Nous sommes sûrs que, ce 1er octobre, la Vierge a particulièrement béni et continuera de bénir les travaux de tous ceux qui, en Chine et au Siam, ont procuré, procurent et procureront ainsi à son divin Fils de nombreux et fervents adorateurs.

    Malacca

    Du 18 au 22 septembre, nous avons eu notre retraite annuelle, qui a lieu alternativement à Singapore et à Penang. Cette année, cétait le tour de Singapore, et, comme dhabitude, elle sest faite à la maison de campagne des Frères, située à 7 kilomètres de la ville, sur le bord de la mer. Cest un endroit idéal pour le repos des âmes et des corps tout ensemble. Cette fois-ci cependant, la brise de mer était plutôt chaude et quelque peu fiévreuse. Aussi les cas dinfluenza nétaient par rares et Mgr le Coadjuteur dut lui payer tribut pendant près de quinze jours. Il a maintenant repris sa tournée de confirmation.

    Quelques jours après la retraite, le 26 septembre, le P. Le Mahec célébrait ses noces dargent sacerdotales. Les chrétiens de la grande paroisse indienne de S.-Antoine de Kuala-Lumpur, dont il est le fondateur et quil a dotée dune jolie église, voulurent profiter de loccasion pour lui témoigner leur affection et leur profonde reconnaissance. Voilà, en effet, plus de dix ans quil travaille parmi eux avec un zèle et un dévoûment au-dessus de tout éloge. Ce fut vraiment une très belle fête, toute familiale par laffectueuse cordialité avec laquelle les chrétiens se groupèrent autour de leur Père, mais grandiose aussi par le nombre extraordinaire de ceux qui y prirent part. Inutile dajouter que les confrères du cher jubilaire furent les premiers à lui redire de tout cur : Ad multos amplius annos !

    Dautre part, le P. Tour vient de nous quitter après une très grave maladie, qui la retenu de longs jours à lhôpital de Penang. Les bons soins quil y a reçus lui ont rendu assez de forces pour lui permettre de retourner en France.

    Et, pour nous aider à combler le vide fait par ce départ, voici que la bonne Providence vient de nous envoyer le P. Seyrès, de la Mission de Pondichéry, qui, après plusieurs années passées en Europe à cause de sa santé, désire essayer le climat de la Presquîle de Malacca. Puisse-t-il sy bien habituer, de manière à pouvoir travailler longtemps parmi nous !

    Enfin notre confrère le P. Renard, se trouvant à bout de forces, va partir pour le Sanatorium Saint-Théodore, afin de sy reposer et de faire une nouvelle provision de bonne santé. Après trente années de travaux incessants, il nest pas étonnant que, dans ces pays tropicaux, les constitutions les plus robustes se trouvent bien délabrées.

    Birmanie Méridionale

    Mgr Cardot est rentré à Rangoon depuis le 21 août. Malheureusement S. G. na pas recouvré la vue autant quil serait désirable. On craint que lil gauche ne soit complètement perdu ; quant à lil droit, bien quayant été opéré avec succès du glaucome, il est toujours voilé par la cataracte, que lon ne pourra enlever que dans 5 ou 6 mois. En attendant, Mgr voit assez pour se conduire, mais ne peut ni lire ni écrire.

    Le P. Saint-Guily, Provicaire, vient de voir terminer la construction dune école de filles quil surveillait avec grande sollicitude depuis deux ans. La nouvelle école, sise en face de lévêché, est un édifice imposant, pourvu des derniers perfectionnements au point de vue de lair, de la lumière et de lhygiène. Bien que létablissement nait été ouvert quen juillet dernier, il compte déjà 380 élèves ; elles seront bientôt 500.

    Birmanie Septentrionale

    M. Charles Duroiselle, directeur de lArcheological Survey de Birmanie, un compatriote et une autorité en la matière, vient de faire, dans les ruines du vieux Pagan, une découverte qui mérite dêtre signalée. Pagan, sur les bords de lIraouaddy, à une centaine de milles (160 km.) de Mandalay, est, pour les archéologues du pays, ce quest Angkor pour lancien Cambodge siamois.

    Dans les souterrains dun monument bouddhique du XIIIe siècle, sur une fresque assez bien conservée, à côté de la représentation dun officier et dun soldat mongols, il a trouvé des croix, qui, dit son rapport (mars 1922), sont sûrement des croix chrétiennes. Les deux principales formes de croix chrétienne sont, on le sait, la croix grecque et la croix latine. Or la fresque reproduit les deux formes, et quatre de chacune, les croix latines étant un peu plus grandes que les autres. Ces croix, poursuit M. Duroiselle, sont la seule preuve que lon ait jusquà présent, sinon dune chrétienté établie, du moins de la présence de chrétiens dans la métropole bouddhiste. Il est probable que le nom chrétien était déjà connu en Birmanie. En effet, la proximité de lInde du côté sud, vers le nord-ouest la diffusion rapide du nestorianisme, portent à croire que des chrétiens avaient dû visiter ou même temporairement habiter le pays.

    Mais doù venaient et quétaient au juste ceux qui, à Pagan, avaient fait reproduire ces croix ? Cétait, ajoute le rapport, des soldats chrétiens (nestoriens surtout) au service de Kublai Khan lors de son invasion de la vieille cité de Pagan en 1287. Lon sait que le christianisme dans ses différentes formes à cette époque (catholique, arménienne, nestorienne) était, non seulement toléré, mais même révéré, à la Cour des grands chefs mongols. Kublai Khan lui même avait une garde du corps de 1000 soldats chrétiens : dautres sûrement se trouvaient parmi le reste de ses troupes. Il paraîtrait donc tout à fait vraisemblable, sinon certain, que ce dut être durant loccupation de Pagan par Kublai Khan que les croix furent peintes sur la fresque en question, en souvenir de leur passage dans la grande cité.

    Kumbakônam

    Notre retraite annuelle a eu lieu cette année du 22 au 28 août. A cette occasion une trentaine de confrères, missionnaires et prêtres indigènes, avaient quitté leur secteur pour venir au G. Q. G. se retremper dans lesprit de leur vocation sacerdotale.

    Les autres années cétait toujours avec un peu dappréhension que lon voyait arriver le moment de la retraite ; car où loger ? Il ny avait que 4 ou 5 chambres à lévêché, de telle sorte que lon était entassés les uns sur les autres, comme des poilus au fond de leurs cagnas, et dame ! cela ne favorisait pas précisément les envolées mystiques. Cest pour remédier à cet inconvénient que notre procureur avait, dans lespace de trois mois, fait construire létage qui surmonte actuellement le Bishops House de Kumbakônam ; il augmentait ainsi lemplacement pour recevoir les retraitants ; chacun pouvait se recueillir comme il le voulait, sans être interrompu dans ses méditations par les oraisons jaculatoires de ses cochambristes.

    La retraite se terminant le 28 août, avant de remonter aux tranchées les confrères ont offert à Mgr leurs vux de bonne fête, et cest un vieux de la R. A. T. qui sest fait linterprète de tous pour remercier S. G. de nous avoir accordé le bienfait dune retraite, et aussi le procureur de nous avoir procuré le vivre et le couvert.

    Puisse lédifice spirituel que nous venons de réparer par la retraite demeurer aussi solide que lédifice matériel construit pour nous recevoir !


    1922/622-643
    622-643
    Anonyme
    France et Asie
    1922
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