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Chronique des Etablissements communs et des Missions 4

Chronique des Etablissements communs et des Missions SÉMINAIRE DE PARIS Les derniers jours du Père Delmas I. Lettre du P. Chabagno
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    Chronique des Etablissements communs et des Missions
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    SÉMINAIRE DE PARIS
    Les derniers jours du Père Delmas
    I. Lettre du P. Chabagno

    Après lAssemblée Générale de nos Supérieurs Majeurs à Hongkong, le Père Delmas sétait hâté de rentrer en France. Mgr de Guébriant était retenu en Extrême-Orient par la Visite Apostolique à faire en Sibérie. Son premier Assistant, le P. Robert ne pouvait quitter son poste de Hongkong. Le P. Delmas rentrait seul avec mission dorganiser le Séminaire pour quen Octobre les travaux de lAdministration et ceux du Séminaire pussent être repris en conformité avec les modifications de notre Règlement.

    Ceux qui ont vécu ici durant lété dernier, et surtout ceux qui étaient au courant des grosses difficultés que représentait une telle tâche, ont pu se rendre compte de la somme de travail et dénergie que le Père Delmas eut à fournir durant ces mois de lété 1921.

    Dès son séjour en Asie il avait ressenti les premières atteintes du mal qui devait lemporter ; mais il, déployait toute son énergie pour ne pas même y songer : il navait pas le temps de se soigner. Il sen occuperait après larrivée de Mgr le Supérieur, disait il. Il croyait simplement à une dysenterie bénigne, quoique tenace. Les jours et les mois se succédaient et le mal ne le quittait pas. Vers la fin doctobre, les douleurs devenant très vives, le cher malade prit quelques jours de repos à Meudon. Il y passa huit jours sans cesse en proie à de vives douleurs. A son retour à Paris il se décida à consulter un spécialiste pour se débarrasser enfin de ce quil appelait toujours sa dysenterie.

    Le docteur vit aussitôt quil ne sagissait point de dysenterie. Le mal était bien à lintestin ; mais de quelle nature était-il ? Une longue et minutieuse étude, fut faite par plusieurs docteurs. La radioscopie indiqua le siège du mal. Un examen sérieux permit de conclure, quil sagissait dun cancer.

    Pour le combattre, il fallait choisir entre deux méthodes. Si le mal était assez peu étendu, on pourrait, pensait-on, éliminer au bistouri la partie atteinte. Pendant un certain temps on donnerait à lintestin une issue artificielle, pour revenir plus tard à la voie normale. Si le mal était trop étendu pour que le recours à cette méthode fût possible, on essayerait de le combattre par des applications de radium.

    Le premier essai à tenter était donc de recourir à une ouverture de labdomen et de lintestin pour voir le mal : cest ce qui fut fait au début de décembre. Le résultat de cette exploration fut désolant : le cancer était beaucoup plus étendu quon ne lavait soupçonné et en pleine activité.

    On décida donc de recourir au radium. Auparavant il fallait attendre la fermeture partielle de la plaie qui avait été faite. Cette cicatrisation dura environ vingt jours. Durant toute cette période le malade ne souffrait pas. Il était aimable et gai comme de coutume. Docteurs, infirmiers et infirmières, tous ceux qui lapprochaient étaient gagnés par cette simplicité, cette humeur joviale, qui furent toujours sa caractéristique.

    Le 1er jour de lan le cher Père put même venir jusquau Séminaire ; il mangea avec les confrères. Nul, à le voir et à lentendre, naurait pu juger son état aussi grave.

    Dans la journée du 4 janvier on lui plaça le tube de radium dans la partie malade. Cette opération rencontra des difficultés sérieuses. Elle dura plus dune heure, et le malade la subit sans être endormi.

    Quarante-huit heures après le précieux tube était, expulsé. Quelle avait été son action ? Quel résultat allait-on obtenir ? Chacun se le demandait avec inquiétude.

    Le 10 une assez forte fièvre survint. Doù provenait-elle ? Une épidémie de grippe sévissant à Paris, le Père en aurait-il été atteint ? Le chirurgien se le demandait. Les visites au malade furent suspendues. Bientôt toutefois lexamen de la région cancéreuse ne permit plus de douter que la grippe ne pouvait être accusée. Le radium, au lieu de guérir le mal, navait produit quune recrudescence telle quen quelques jours le cancer avait doublé. Le dimanche 15 Janvier, jallai faire au malade une furtive visite. Quelle ne fut pas ma douloureuse surprise ! Lui qui habituellement vous accueillait avec lentrain quon lui avait toujours connu dans son bureau de la rue du Bac, gisait immobile : Fini ! Fini ! me dit-il. A mon retour, je rendis compte de ma visite à Mgr de Guébriant. Il était temps de conférer lExtrême-Onction.

    Le lendemain matin Sa Grandeur lui administra ce sacrement. Le P. Boulanger et moi assistâmes à la pieuse cérémonie. Quoique avec beaucoup de peine, le cher malade voulut dire le Confiteor et répondre à toutes les prières. En le quittant, Monseigneur, lembrassant longuement, lui dit : Vous voilà maintenant comme un partant. Oui, Mgr, répondit-il, vous mavez donné ma dernière destination : merci !

    Le lendemain matin je retournai encore à huit heures à lhôpital S.-Joseph avec le P. Gérard. A peine entrés dans la chambre du malade nous vîmes que le dernier jour sétait levé pour lui. Le P. Gérard alla chercher le Saint-Viatique pendant que japprêtais lappartement. Le cher malade reçut lEucharistie avec émotion ; il voulut encore dire lui-même le Confiteor.

    Le Viatique administré je lui proposai lindulgence plénière : Vous savez quelle est la condition, lui dis-je. Il fit un signe affirmatif. Eh bien, offrez votre vie à Jésus. Cest fait, répondit-il. Le P. Gérard commença les prières et lui administra lindulgence.

    Un instant après, nous commencions les prières des agonisants. Il répondait lui-même aux invocations, puis écoutait pieusement les belles oraisons qui suivent. Quand nous terminâmes il nous remercia aimablement. Les aspirants mavaient chargé de lembrasser de leur part. Je le fis et il me dit : Dites-leur merci. Je me retirai là-dessus et le P. Gérard resta à son chevet. Il était neuf heures.

    Jétais à peine rentré au Séminaire quun coup de téléphone nous rappelle. Monseigneur et le P. Mollat vont en toute hâte à lhôpital : ils trouvent le cher Père encore vivant et peuvent encore une fois avant sa mort réciter les prières des agonisants. Cest à 10 h. 45, le 17 Janvier 1922, et dans les bras paternels de son Supérieur, que le bon Père Delmas remettait son âme à Dieu, laissant tous ceux qui lavaient connu dans un deuil profond.

    II. Impressions dun Aspirant.

    Ladmirable sérénité avec laquelle le P. Delmas supportait ses souffrances ne permit pas à la communauté de se rendre compte de sa maladie jusquau début de Décembre. Nous savions seulement quà la suite des fatigues des mois précédents, il avait dû aller prendre quelques jours de repos à Meudon. Vers cette époque nous apprîmes avec une douloureuse surprise quil était gravement malade et quil allait entrer à lhôpital pour y subir une dangereuse opération.

    Et ce fut tout de suite, dans la communauté, une inquiétude générale ; tout le monde parlait du P. Delmas : on rappelait sa paternelle bonhomie ; chacun aimait à citer un trait, à rappeler une circonstance où sétait manifestée laffection réciproque du Père et de ses enfants. Chacun aussi sentait la place importante que le vénéré malade occupait dans la Société et le grave détriment qui résulterait de lissue malheureuse de lopération projetée.

    Cet ensemble de sentiments se fit jour dans une fervente neuvaine, où lon sentait chez tous la volonté darracher à la Très Sainte Vierge et à nos Bienheureux Martyrs la guérison de celui qui nous était si cher.

    Lentrée à lhôpital neut pas lieu immédiatement et, pendant quelques jours encore, nous pûmes apercevoir notre ancien Supérieur, soit à la chapelle, où il descendait chaque matin célébrer sa messe, soit à lintérieur de la maison, au hasard des rencontres. Ce nous était toujours une grande joie de le rencontrer, et sa franche gaîté, les paroles enjouées quil nous adressait, auraient rendu confiance au plus pessimiste ; en sa présence on ne pouvait penser quil fût malade.

    A nos inquiétudes succéda un vif sentiment despoir lorsque, quelques jours après son entrée à lhôpital, nous apprîmes quil venait de subir avec succès une première opération, quil lavait très bien supportée et que son état était satisfaisant ; toutefois nous apprîmes en même temps que lopération avait révélé le mal comme très grave, ce qui nous excita à redoubler de ferveur dans nos prières pour sa guérison.

    Nous sommes ensuite restés quelque temps sans nouvelles officielles ; de temps à autre seulement nous apprenions, soit par lès Pères, soit par les aspirants, que son état restait satisfaisant, quil avait même fait une apparition au Séminaire le 2 Janvier.

    Et voici que brusquement la situation change ; on nous informe que le bon Père à contracté la grippe et est très fatigué.

    Nous redoublons de prières, tout en commençant à craindre une issue fatale, et, en effet, de jour en jour les nouvelles se font plus alarmantes, jusquau mardi matin, 17 Janvier, où le P. Sy nous annonce que notre cher Père est à lagonie et que nous serons avertis si, dans la matinée, il se produit quelque changement. Vers dix heures, le P Chabagno se présenta à la salle des exercices : nous lûmes sur sa figure la triste nouvelle quil venait nous apporter, il neut quà nous donner les détails sur les derniers moments.

    Cette mort précipitée jeta la communauté dans la stupeur ; le deuil fut général et lon pouvait lire sur la figure de chaque aspirant quil venait de faire une perte douloureuse.

    Nous navions pu obtenir la guérison de notre bon Père : il ne nous restait plus quà prier pour le repos de son âme et à accepter la sainte volonté de Dieu.

    Pendant la soirée, Monseigneur, répondant aux vux secrets de tous, nous autorisa à nous rendre par groupes à lhôpital S.-Joseph, pour que nous ayons une dernière fois la consolation de contempler les traits de celui que nous pleurions.

    Le lendemain, jour de promenade, nous eûmes le regret de ne pouvoir continuer ces pieuses visites ; mais nous rentrions de bonne heure de Meudon, afin de recevoir à lentrée du Séminaire le corps du cher défunt, ramené de S.-Joseph pour être déposé à la salle des Bienheureux. Et ce nous fut une consolation de pouvoir entourer le cercueil et de garder jusquau vendredi au milieu de nous le corps de celui qui nous fut si cher.

    Le soir même de cette mort, Monseigneur vint nous faire la lecture spirituelle, ou plutôt, comme il nous le dit lui-même épancher dans les nôtres son cur écrasé de chagrin.

    En quelques mots entrecoupés de sanglots, il nous fait part de sa profonde douleur, qui ravivait la nôtre, et nous exprime lattachement et la reconnaissance qui lunissaient au cher défunt. Brièvement il nous retrace lhistoire de sa maladie, les efforts tentés pour le sauver ; puis, à notre grande édification, il nous donne les détails de sa mort : il nous dit limpression profonde laissée par lui sur tous ceux qui lont approché à lhôpital, où il édifiait religieuses, médecins et infirmiers, par son héroïque patience et sa bonne humeur jusque sous le couteau des opérateurs. Monseigneur nous retrace ensuite le portrait du P. Delmas, nous montrant son amour du devoir, son ardeur au travail, le tout caché sous une simplicité charmante, qui navait dégales que sa bonhomie et sa paternelle bonté envers les aspirants. Il nous le propose ensuite comme modèle, nous donnant cette imitation comme le meilleur moyen de témoigner de la ferveur de notre souvenir pour lui. Puis, en un touchant appel, Monseigneur nous demande de le consoler dans son propre chagrin en apportant une très grande fidélité à lobservation de notre règlement, et en nous montrant, comme le P. Delmas, des hommes de devoir.

    Nous gardons de cette lecture spirituelle une impression profonde, heureux de léloge délicat fait du P. Delmas et touchés de lexquise simplicité avec laquelle Monseigneur est venu pleurer avec nous.

    Ce fut bien tristement que nous accompagnâmes jusquau cimetière Montparnasse le corps de notre Père. Dune voix que lémotion faisait trembler, Monseigneur récita les dernières prières ; puis après que, comme un dernier adieu, directeurs, aspirants et toute lassistance eurent jeté leau bénite, le cercueil fut descendu dans le caveau, où il allait rejoindre ceux de tant de missionnaires qui ont usé leur vie au service de notre Société.

    En revenant du cimetière, revivant les heures si tristes des derniers jours, nous nous rappelions les paroles de Monseigneur et nous sentions grandir en nous la résolution dêtre dignes des exemples du vénéré défunt, dêtre plus que jamais et toujours des hommes de devoir.

    Un Aspirant missionnaire.

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    * *

    Comme on vient-de nous le rappeler, les obsèques ont eu lieu le vendredi 20. Mgr a tenu à les présider entièrement, depuis la levée du corps jusquau cimetière. De nombreux amis des Missions, des représentants de toutes les Sociétés de missionnaires, des uvres de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, de luvre Apostolique, religieux, religieuses, clergé de Paris, personnalités catholiques et bon nombre de fidèles habitués de notre chapelle, étaient venus unir leurs prières aux nôtres.

    En une semaine nous avons reçu près dune centaine de lettres de condoléances, qui témoignent des nombreuses sympathies quavait su inspirer le P. Delmas et de linfluence quil exerçait.

    Par sa simplicité, son dévouement, ses conseils pleins dexpérience et de sagesse, sa science théologique et canonique, sa robuste intelligence, il tenait une grande place dans notre Séminaire. Son concours nous est enlevé à une heure où il était éminemment précieux. Il nous le continuera du haut du ciel, pour la plus grande prospérité de cette chère Société des M.-E., quil a tant aimée et pour laquelle il sest dépensé jusquà la fin avec une abnégation qui a fait lédification de tous.

    Prions pour lui : nous le lui devons à tant de titres !

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    * *

    Dans la séance du Conseil Central tenue le 26 Janvier, Mgr le Supérieur a choisi, pour succéder au P. Delmas dans les fonctions de 2e Assistant, le P. Louis BOULANGER. A lunanimité les membres du Conseil ont donné leur adhésion, heureux de témoigner par là à notre Confrère leur confiance et leur profonde sympathie.

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    Les PP. Gabriel Boulanger, Gérard et Fouque ont donné pendant la seconde quinzaine de Janvier, dans diverses églises de Paris et de la banlieue, plusieurs conférences pour luvre de la Sainte-Enfance.

    Le P. J.-B. Michotte continue sa randonnée apostolique en Belgique, où il trouve de très vives sympathies.

    Le P. Le Gall est parti pour larmée du Rhin se mettre à la disposition de Mgr Rémond pour les soins spirituels à donner aux catholiques annamites. Le contingent annamite est de 3.000 hommes.

    M. labbé Chaptal, nommé évêque auxiliaire, est chargé du soin spirituel des étrangers résidant à Paris, et plus spécialement des Russes. Mgr de Guébriant avait été chargé par le Nonce Apostolique dorganiser des uvres de secours aux Russes, préparant ainsi le terrain laction du futur évêque auxiliaire. Dans une conférence donnée rue Châteaubriand, le 26 Janvier, Mgr de Guébriant et M. Chaptal ont exposé les résultats déjà obtenus et posé les bases dun Comité daction, qui sera organisé prochainement..

    Le 27, réunion annuelle de luvre des Ecoles dOrient : messe en rite maronite ; Mgr présidait et a prononcé une allocution.

    Le 28, Mgr, accompagné du P. Mollat, est parti pour Montbeton prêcher la retraite annuelle aux confrères du sanatorium : il était de retour à Paris le 9 Février.

    Le 3 au matin il quittait Montbeton pour aller présider à Toulouse une réunion de luvre des Partants, qui compte dans cette ville un ouvroir encore prospère. A 9 h. il célébrait la messe dans la chapelle de la Visitation gracieusement mise à sa disposition et parlait à une trentaine de Dames Associées.

    Le soir même, Monseigneur arrivait à Albi, où il était lhôte de son ancien condisciple, M. Birot, archiprêtre de Ste-Cécile Le dimanche 5, Monsieur le Supérieur du Grand Séminaire linvitait à adresser la parole à ses séminaristes et le retenait à déjeûner. Le soir, à vêpres, Monseigneur donnait un sermon à la cathédrale ; à 9 h. il présidait une très intéressante séance récréative donnée par lEspérance Albigeoise dans la Salle des Fêtes.

    La journée du 6 fut consacrée à ce que Monseigneur a délicatement appelé son pèlerinage à Rodez, pépinière de si nombreux et si bons missionnaires... Accueil particulièrement sympathique au Grand Séminaire et à lEvêché : Monseigneur a célébré la messe de communauté et donné une longue lecture spirituelle.

    Le 7, départ pour Limoges, où Monseigneur a passé la journée du 8. Il se trouve là un petit ouvroir de luvre des Partants : les Dames Associées convoquées quelques jours auparavant ont mis un grand empressement à venir écouter les paroles dencouragement de Monseigneur et demander sa bénédiction. Le Supérieur du Grand Séminaire, M. Robby, tout à la joie de revoir après 40 ans son dirigé de S.-Sulpice, lui a fait fête, comme on devine... Malheureusement son Séminaire na pas 130 élèves comme celui de Rodez, il nen a que 24...

    Le samedi matin 11, Monseigneur présidait à saint Thomas dAquin la messe solennelle du triduum en lhonneur du 7e centenaire de saint Dominique et, le dimanche 12, les vêpres.

    Le 12 encore, matinée pour les Missions à S.-Ambroise. Le P. Fouque prêchait aux messes de 7 h. et de 8 h. et Monseigneur aux messes de 10 h. et de 11 h.

    Le 6, messe mensuelle de luvre des Partants à la crypte. Le Père Gérard a vivement intéressé les Dames Associées par une longue et très documentée conférence sur sa Mission de Mandchourie.

    Le P. Perrière a quitté son aumônerie de Chevreuse pour commencer ses préparatifs de retour en mission. Il est remplacé provisoirement par le P. Quentin.

    Le P. Dépierre est de retour dun voyage en Alsace-Lorraine, où il est allé porter la bonne parole des Missions.

    Le P. Pradel est en pleine convalescence : son opération de phlébite a parfaitement réussi.

    Linstallation de lélectricité et du téléphone dans tout le Séminaire est complètement terminée.

    Le P. Mollat ayant fait éditer une image spéciale (format 50 X 31) pour les 4 premiers Bienheureux prêtres chinois (Joseph Yuen, Augustin Tchao, Thaddée Lieou et Paul Lieou, de la province du Sutchuen, béatifiés en 1900), cette image a été présentée au Saint Père le 28 Novembre dernier par S. E. le Cardinal Préfet de la Propagande. Par lettre datée du 10 Janvier, Son Eminence fait savoir à Monseigneur que Sa Sainteté prit grandement plaisir à lidée de promouvoir ainsi la dévotion aux 4 Bienheureux prêtres martyrs chinois, et exprima lespoir que le clergé indigène en tirerait avantage en prenant ces héros comme modèle de leur vie de zèle et de sacrifice.

    On peut se procurer cette image au Séminaire, à O fr. 75 lexemplaire, ainsi que lintéressante notice (0,15) que le P. Launay a consacrée à ces 4 Bienheureux.

    Rome

    Notre Procure actuelle de la Via Santa Susanna a été vendue lan dernier ; on est actuellement en pourparlers pour lachat dun nouvel immeuble.

    La S. C. de la Propagande vient de nous donner un nouveau témoignage de confiance en nous proposant dériger notre Collège Général de Penang en Séminaire Pontifical.

    Dans le programme des séances projetées de la S. C. des Rites en 1922, nous relevons les causes suivantes ; Sur Thérèse de lEnfant Jésus (7 Mars) ; Cardinal Bellarmin (4 Avril) ; Marie-Euphrasie Pelletier (2 Mai) ; Pierre-Julien Eymard (16 Mai) ; Bernadette Soubirous (8 Août) ; André-Hubert Fournet (24 Octobre),

    Les PP. Gabriel Boulanger et Marmonier étaient en pèlerinage à Rome au moment du Conclave. Ils ont vu la sfumata et ont eu le bonheur, avec nos confrères de la Procure, de recevoir la première bénédiction de Pie XI : placés face à la loggia et tout près, ils ont très bien vu le nouveau Pape et entendu distinctement les paroles de la bénédiction. Ils sont rentrés à la Procure mouillés et fatigués, mais fort satisfaits néanmoins de leurs longues heures dattente sur la place Saint-Pierre.

    LOsservatore Romano du 18 Janvier déclare être en mesure dannoncer que lautorité ecclésiastique aurait décidé de transférer à Rome, à côté de la Propagande, les Conseils centraux de Lyon et Paris de luvre de la Propagation de la Foi.

    Procure de Marseille

    Le 16 Janvier se sont embarqués pour retourner dans leur Mission les PP. Poyet et Asseray, de Cochinchine Orientale, et le P. Delalex, du Tonkin Méridional.

    Le P. Ferré, repris par son mal destomac, a dû entrer à lhôpital. Le P. Dalle nayant pu, à cause de sa santé, remplir les fonctions dassistant-procureur, le P. Berthéas les a reprises provisoirement.

    Sanatorium de Montbeton

    La retraite annuelle, prêchée par Mgr de Guébriant, a été suivie par une vingtaine de confrères dans le plus grand recueillement. Monseigneur, écrit un des retraitants, parlait avec la plus grande simplicité, évitant, semblait-il, comme de propos délibéré, tout mouvement oratoire. Cétait, joserais presque dire, pour un moment le primus inter pares nous rendant le service de méditer à haute voix sur les points importants de la vie spirituelle pour des prêtres et plus particulièrement pour des ouvriers apostoliques. A certains moments cependant il ne pouvait sempêcher de laisser paraître son émotion, et alors cétait de léloquence vraie, pathétique, où perçaient davantage la force de la conviction en même temps que la bonté du cur.

    Procure de Hongkong

    Le 7 Mars, le P. Robert, Procureur général et premier Assistant du Supérieur de la Société, sest embarqué pour la France. Il espère nous revenir à lautomne.

    Quelques jours plus tard, le 10, Hongkong avait lhonneur de recevoir à son passage le nouveau Délégué Apostolique du Japon, Mgr Giardini, Archevêque dEdesse. Bien que descendue chez les Pères Italiens, Son Excellence voulut prendre sur les quelques heures dont elle disposait le temps de visiter notre Procure et nos maisons de Nazareth et de Béthanie, Nous avons tous été bien touchés de cette aimable attention et nous gardons reconnaissant souvenir du trop rapide passage de notre auguste Visiteur.

    Procure de Singapore

    A la mort du P. Beaublat, le Supérieur de la Société ayant fait appel au dévouement du P. Couvreur, celui-ci, malgré lavis des médecins, avait de tout cur consenti à revenir temporairement à Singapore. Il savait quil lui serait plus facile quà tout autre de trancher les difficultés qui auraient pu survenir pendant que la Procure se trouvait sans titulaire et, en même temps, de mettre le successeur du défunt au courant des affaires. Malgré la maladie qui saccentuait, il na cessé durant 4 mois de payer de sa personne pour faire reprendre à la Procure sa marche normale. Maintenant quil voit sa tâche finie, il songe à regagner la France par lAndré Lebon, pour y continuer le traitement interrompu et, Si Dieu le veut, recouvrer de nouvelles forces, quil dépensera encore au service de la Société.

    Procure de Saigon

    Le P. Perreaux, avec lautorisation de son Vicaire Apostolique, a té détaché temporairement de la Mission de Cochinchine Orientale pour remplir les fonctions de sous-procureur à Saigon, en remplacement du P. Gauthier, dont létat de santé exige un changement de climat.

    Quant au Procureur, le P. Artif, il porte vaillamment le poids de 78 ans dâge, de 53 années de mission et de 35 à 40º de chaleur.

    Penang

    Notre Collège Général a eu lhonneur de recevoir la visite de Mgr Giardini, Délégué Apostolique du Japon. Son Excellence, quelque peu surprise dapprendre que cet établissement avait déjà deux siècles et demi dexistence, a paru heureuse de voir un si grand nombre de séminaristes et de tant de races différentes.

    Le Collège, en effet, compte en ce moment 107 élèves, qui appartiennent aux Missions suivantes : Birmanie Méridionale, 23 ; Birmanie Septentrionale, 18 ; Birmanie Orientale (M.-E. de Milan), 5 ; Siam, 5 ; Malacca, 4 ; Tonkin Méridional, 2 ; Tonkin Maritime, 5 ; Cochinchine Occidentale, 2 ; Yunnan, 7 ; Kientchang, 7 ; Kouyeou, 8 ; Canton, 12 ; Swatow, 4 ; Kouangsi, 3 ; Chaotcheou (PP. Salésiens), 2.

    Au point de vue des études, 28 suivant les cours de Théologie dogmatique (2 ans) ; 21 ceux de Théologie morale (2 ans) ; 41 sont en Philosophie (2 ans) ; 16 en Rhétorique (1 an) ; enfin un élève, ayant terminé ses études, emploie une dernière année à revoir les questions les plus importantes et les plus utiles pour le ministère.

    Nazareth

    Nazareth est une maison de retraite, de prière, de recueillement ; mais cest aussi un lieu de travail : orare et laborare. On sait que létablissement comporte des ateliers dimprimerie et de reliure, qui occupent une cinquantaine douvriers chinois. La petite statistique suivante donnera une idée de lactivité de la ruche nazaréenne.

    Pendant lannée 1921 la maison a imprimé :

    en français 3.806.200 pages
    latin 7.360.700
    chinois 5.135.500
    annamite 2.391.000
    anglais 336.500
    cambodgien 116.400
    tho ou thay 72.000 , plus
    calendriers, registres, etc. 532.800
    tracts, messes, offices, etc. 670.720

    soit un total de 20.471.820 pages,

    auxquelles il faudrait ajouter plus de 80.000 cartes de visite, en-têtes de lettres et denveloppes, etc.

    Lannée comportant 290 journées de travail, ce total représente une moyenne dimpression de 70.592 pages par Jour.

    Le même total se répartit en. 45 grands ouvrages formant 87.960 volumes, et en 57.640 opuscules, tracts, catéchismes, etc.

    Il va sans dire que limportance des éditions varie dans des limites très larges : de 500 exemplaires pour les ouvrages de spécialités à 20.000 et plus pour les catéchismes, livres de prières, etc.

    Après avoir pris connaissance de ces détails, quelque lecteur se dira peut-être : Mais, sil y a, dans cet établissement, 50 ouvriers chinois, fort habiles, à en juger par le travail quils exécutent, quel est le rôle de nos Confrères dans la maison ? Ne seraient-ils pas quelque peu les frelons de cette ruche laborieuse, les mouches de ce coche si bien lancé ? Mon cher Confrère, la réponse à cette question viendra dans un numéro plus ou moins prochain. Patience !

    Tôkyô

    A partir de cette année, nos chrétiens, malgré la pauvreté du plus grand nombre et les besoins de leurs églises, devront contribuer à luvre du Denier de Saint-Pierre. Une quête sera faite à cette intention dans tous les postes de la Mission le dimanche de la solennité des SS. Apôtres Pierre et Paul.

    Le 22 Février sont arrivés à Tôkyô Mgr Doering, Archevêque titulaire de Madytos, et quatre Pères Jésuites, destinés à la future Mission de Hiroshima. Ils séjourneront chez leurs confrères de Tôkyô le temps qui leur sera nécessaire pour se préparer à prendre en mains ladministration de la nouvelle Mission, formant actuellement la partie ouest du diocèse dOsaka.

    Nagasaki

    Dans la province de Chikuzen (caractères chinois), près de la ville de Fukuoka (caractères chinois), se trouve un vieux temple shintoïste, le Kashii-jinja (caractères chinois), objet dune grande vénération. Lorsque le Prince Impérial partit pour lEurope, lImpératrice y envoya un délégué, chargé de ses prières et de ses vux pour lheureux voyage et le retour sain et sauf du descendant des dieux, le premier qui ait jamais quitté le sol natal. Cette fois, ce nest plus une délégation, cest Sa Majesté elle-même, qui, le 10 Mars, sest rendue en pèlerinage à Kashii pour y demander la guérison de son auguste époux.

    Voilà un exemple qui part de haut et qui nest pas pour détourner les Japonais de leurs antiques superstitions.

    Osaka

    Le 15 février, le Maréchal Joffre a visité le château dOsaka. Les dames de la ville lui ont offert un superbe kimono brodé. Le même jour il a assisté à un banquet à lHôtel-de-ville ; tout Osaka était pavoisé en son honneur. Monseigneur et les missionnaires lui ont été présentés, mais, comme il na passé ici que quelques heures, il na pu visiter les établissements catholiques.

    Seoul

    Seoul a fait au Maréchal Joffre une réception enthousiaste, qui dépasse tout ce qui sétait vu jusquici dans ce genre.

    Déjà à son arrivée à Fusan, le matin du 20 Février, puis à son passage à Taikou, le Représentant de la France avait été salué par toute la population et par des milliers décoliers. Le soir à 8 heures, à son arrivée à Seoul, le ,Maréchal trouva, à sa descente du train, toutes les autorités civiles et militaires, les Consuls, les membres de la Colonie française et étrangère, tous lacclamant tandis quil passait à travers leurs rangs pressés.

    Devant la gare un immense arc de triomphe, tout brillant de mille feux électriques, souhaitait la bienvenue à lillustre visiteur par ces mots en français : Honneur au Maréchal Joffre. Les écoliers formaient la haie, tenant en mains le drapeau français et une lanterne et poussant de joyeux banzai ! Rues et édifices publics étaient pavoisés et illuminés. Durant les deux jours que le Maréchal passa à Seoul, les Japonais se sont prodigués pour le fêter : banquets et réceptions se succédèrent, auxquels furent invités Mgr Mutel et son Coadjuteur Mgr Devred.

    Le 21 Février au matin, après sa visite au Gouvernement général, le Maréchal tint à venir à la Mission catholique, où il passa une demi-heure, ayant pour chacun un mot aimable. Il fut surtout plein dattention pour Mgr Mutel, avec qui il sentretint encore plusieurs fois au cours des diverses réceptions.

    En se rendant au palais du prince Ri (lex-empereur de Corée), le Maréchal passa en revue les élèves de toutes les écoles de Seoul. Avant la cérémonie un chur de 2.500 écolières entonna en français la Marseillaise.

    Le matin du 23, écoliers et écolières, au nombre de 30.000, furent de nouveau mobilisés pour saluer le grand Soldat à son départ pour Moukden : ils formaient la haie sur tout le parcours que devait suivre le Maréchal pour se rendre à la gare en landau découvert, suivi dune nombreuse escorte. Cétait un plaisir de voir sagiter ces milliers de petits drapeaux tricolores ; cétait une joie surtout dentendre ainsi acclamer la France par ces étrangers, et le spectacle était aussi impressionnant que pittoresque.

    Taikou

    Le 20 février, le Maréchal Joffre a passé à midi en gare de Taikou, Les autorités et toutes les écoles, ainsi quune foule considérable, étaient à la station. M. le Consul de France à Seoul a présenté au Maréchal Mgr Demange et les missionnaires de la ville.

    Mandchourie Méridionale

    Moukden a eu aussi lhonneur de la visite du Maréchal Joffre. Le 24 février, à 10 h. du matin, une réception avait lieu à la Banque Industrielle de Chine, transformée pour la circonstance en Consulat de France, réception toute cordiale et bien française. Bien que les missionnaires lui eussent alors été présentés, le Maréchal voulut encore visiter la Mission dans laprès-midi, et, apprenant que Mgr Choulet, retenu à la chambre, désirait vivement le saluer, il se rendit immédiatement auprès de notre vénéré malade, profondément ému de cette aimable attention. Enfin le soir, au moment de partir, le Maréchal, à qui nous offrions, à la gare, nos remerciements et nos souhaits dheureux voyage, voulut bien nous assurer de la joie quil avait eue de nous être agréable et de nous recommander ainsi publiquement à la bienveillance des autorités chinoises.

    Cette journée demeurera dans les fastes de la Mission et dans le souvenir des missionnaires.

    Une parole de Tchang Tsouo-lin, Inspecteur général des trois Provinces, a été remarquée : Il y a ici peu de Français, a-t-il, dit au Maréchal ; les missionnaires sont la majorité, et par eux on ne peut quaimer la France !

    Mandchourie Septentrionale

    Mgr Gaspais est rentré à Kirin le 24 Février, après avoir parcouru, pendant ses cinq mois de voyage, plus de 5.000 lis, dont 3.000 eu chariot chinois, et administré plus de 3.000 confirmations. Après une pareille randonnée, il doit sembler doux à S. G. de prendre un peu de repos.

    Le brigandage est plus que jamais une plaie chronique dans notre Mandchourie du Nord. De tous côtés ce ne sont que des bandes de brigands, qui dévalisent les voyageurs, mettent à sac les villages, les bourgs, et réussissent même parfois à semparer des villes. On conçoit combien cet état de choses rend difficile dans certains districts ladministration des chrétientés. Les autorités chinoises sont, la plupart du temps, incapables dassurer lordre, et tout le monde avoue que jamais pareil désordre navait régné au temps de lempire mandchou.

    Sutchuen Occidental

    Le service célébré le 3 Février à la cathédrale de Tchentou pour le Pape défunt a été une belle manifestation. Les colonies française et étrangères y assistèrent toutes et les officiels chinois y vinrent nombreux. Le Maréchal-gouverneur et dautres notabilités avaient offert des couronnes de fleurs naturelles, qui encadraient le catafalque surmonté de la tiare pontificale.

    Sutchuen Oriental

    Nos deux Confrères, les PP. Gourdon et Décomps ont reçu du Ministère de lInstruction Publique les palmes dOfficier dAcadémie. Sincères félicitations !

    Notre Provicaire, le P. Claval, a dû subir une opération très délicate ; mais grâce à lhabileté des docteurs et aux bons soins des Surs Franciscaines, il est maintenant hors de danger.

    Mgr Chouvellon est parti le 14 Février pour .une longue tournée pastorale.

    Kientchang

    Le dimanche 22 Janvier commençait la retraite annuelle des missionnaires. Plusieurs de nos confrères ayant été empêchés, nous étions bien le pusillus grex de lEvangile : sept en tout. Mais la ferveur et lentrain de chacun suppléant au nombre, nous eûmes lillusion que les beaux jours dantan étaient revenus. Le mercredi, messe pour les confrères défunts. Le vendredi, salut solennel de clôture, rénovation du bon propos et Te Deum.

    Le dimanche 29, Mgr conférait la première tonsure à Jacques Yang, séminariste de Suifu, actuellement maître décole du probatorium.

    Le P. Burnichon est parti le 22 Février au-devant de notre nouveau confrère, le P. Le Mercier, quil doit conduire à travers le Yunnan et le Sutchuen, les routes nétant rien moins que sûres en ce moment.

    Linsécurité la plus complète continue de régner. Les chrétiens de Changpa émigrent de jour en jour : déjà plus dun tiers sont allés se fixer dans la région de Foulin.

    Les brigands continuent à désoler le district du P. Grosjean. Da pacem, Domine !

    Yunnan

    Mgr de Gorostarzu vient de recevoir du Gouvernement général de IIndochine la décoration des Millions dEléphants et du Parasol Blanc du Luang-Prabang. Tous les confrères sont heureux doffrir à S. G. leurs félicitations pour une distinction bien méritée.

    Le P. Leparoux a été chargé daller recevoir au Tonkin les trois Pères Bétharramites arrivés à Haiphong le 4 Mars et destinés à une Mission au Yunnan occidental.

    Devant la sécheresse persistante et les épidémies de fièvre scarlatine et de diphtérie qui depuis plusieurs mois déciment la population de Yunnanfou, les païens se sont livrés à de grandes manifestations religieuses ; la fameuse idole Tchen-houang, escortée par une foule considérable, a été portée en procession par toute la ville ; mais ni la sécheresse, ni les épidémies nont cessé pour autant.

    Notre ancien gouverneur, Tang Ki-yao, chassé du Yunnan il y a deux ans, sétait rapproché de Sun Yat-Sen, à qui il avait promis de se mettre à la tête des troupes yunnanaises cantonnées au Kouangsi pour attaquer le Nord via Foulan. Or, au lieu de marcher vers le Nord, voici quil a pris la direction de lOuest et se trouverait déjà près de Kouang-nan, au Yunnan. Les Cantonais, laccusant de trahison, demandent quon lempêche de porter la guerre civile au Yunnan. Tang est allié à lancien clan des Lieou du Kouytcheou : a-t-il partie liée avec eux ? Lavenir nous le dira ; mais, quoi quil en soit, ce ne sera quune complication de plus dans linextricable imbroglio chinois.

    Kouytcheou

    Notre P. Yang est toujours prisonnier des brigands ; les démarches pour sa délivrance nont pas abouti. On dit quil est assez bien traité, mais il ne peut communiquer avec personne.

    Plusieurs autres prêtres sont bloqués dans les campagnes à cause des brigands, et linsécurité des routes rend la visite des chrétiens très difficile. Le gouvernement provincial se reconnaît impuissant à réprimer le brigandage.

    Un mouvement de conversions assez étendu se dessine dans les districts de Tachan et de Houang-tsao-pa, au sud-ouest de la Mission, ainsi que vers le nord, dans le district de Tekiang, où lon compte plus de cent catéchumènes.

    Un jeune prêtre chinois de la dernière ordination (16 Octobre 1921) vient de mourir de la fièvre pernicieuse.

    Notre doyen, le P. Chasseur, qui, malgré ses 70 ans, tient toujours vaillamment sa cure de la cathédrale, a failli nous quitter aussi ; il avait même déjà reçu les derniers sacrements ; heureusement, quelques jours après le mal diminua et aujourdhui tout danger a disparu.

    Mais notre cher P. Poux, après une longue maladie, sest éteint doucement le 1er Mars. Il repose maintenant à Ta-in-po, à côté de son vieil ami le P. Chanticlair, mort il y a un an.

    Les vieux sen vont, hélas ! Que les jeunes tiennent bon !

    Canton

    A Canton la police opère des rafles parmi les mendiants : le 10 Mars elle en a conduit 110 aux asiles. Bientôt il ne restera plus de place chez les vieillards ; aussi le P. Fourquet se propose-t-il de bâtir un nouvel asile en dehors de la ville.

    Les PP. Ford et Hodgins (de Maryknoll) ont inauguré, le 20 Mars, léglise de Chiklung et béni une cloche offerte par des bienfaiteurs.

    Swatow

    Le P. Coiffard a enfin réussi à obtenir le règlement dun litige qui sétait élevé, il y a environ 8 ans, entre la Mission catholique à Lao-lung et un ministre protestant allemand. Celui-ci sétait approprié un terrain appartenant à la Mission, lautre partie de ce même terrain étant occupée par un païen. Le sous-préfet de Loung-tchun condamne la mission allemande à restituer 300 piastres et le païen 400 : faute de quoi ils auraient à démolir les constructions élevées sur un terrain ne leur appartenant pas. Le sous-préfet de Loung-tchun est le père de Wong Keung, le pacificateur du Louitcheou (V. Kouangtong Occidental).

    Comme à Hongkong, la grève sest terminée à la grande joie de tout le monde ; les grévistes, renforcés par des délégations des autres corporations de travailleurs, ont fêté leur succès par des meetings et processions, avec tambours et grosses caisses, sans oublier les inévitables pétards. Les autorités civiles et militaires, la Chambre de Commerce, lAssociation des étudiants, etc., en un mot toute la population, qui na vu dans cette grève quune lutte entre travailleurs chinois et capitalistes étrangers, les a félicités de leur victoire.

    Quelques jours plus tard les employés du chemin de fer de Swatow à Chaochow ont demandé, eux aussi, une augmentation de salaire et menaçaient de se mettre en grève. Le gouvernement sest entremis et a obtenu de la Compagnie à peu près tout ce que demandaient les employés.

    Le 16 mars, autre grève : celle des employés du petit tram de Swatow a Tenghai caractère chinois (une vingtaine de kilom.) Cette ligne est une espèce de Decauville, mais bien simplifié : une petite voiture, à deux places pour la première classe, à quatre places pour la seconde, posée sur deux rails de fer et actionnée par un moteur humain, jeune homme aux jarrets solides, qui la pousse devant lui et qui monte lui-même dessus quand elle est bien lancée et descend pour la relancer quand le mouvement ralentit. Ce sont ces moteurs qui se sont mis en grève et demandent 20% daugmentation.

    Toutes les corporations vont successivement faire leurs essais de grève ; on commence à parler de celle des cuisiniers, boys et autres employés des étrangers, qui dernièrement ont formé un syndicat. Cest le progrès !

    Notre Provicaire, le P. Roudière, a dû aller faire un stage à Béthanie, pour essayer de se guérir de son entérite, dont il na pas pu se débarrasser malgré les soins des docteurs anglais dici.

    Kouangtong Occidental

    Après avoir pris possession de Fort-Bayard, sa ville épiscopale, Mgr Gauthier sest rendu à lîle de Hainan, où lattendaient avec impatience les PP. Léauté et Grégoire, ainsi que les Surs de Saint-Paul de Chartres, qui dirigent dans le port de Hoihao un ouvroir, une école
    et un orphelinat très florissants.

    La grève de Hongkong, qui arrêtait la circulation des bateaux, a obligé Mgr à prolonger son séjour dans lîle et il lui fallut attendre longtemps loccasion qui lui permette de gagner Pakhoi.

    Le gouvernement révolutionnaire de Sun Yat-Sen, qui a suscité de graves désordres à Hongkong et continue de mettre le Kouangsi à feu et à sang, a cependant il faut le reconnaître, fait faire de bon travail dans la presquîle du Louitcheou. Son envoyé, M. Wong Keung, sest rendu compte que rien de ce qui avait été dit navait été exagéré ; il a vu de ses yeux les centaines de villages brûlés et ruinés, les populations sans abri, et, témoin de ces horreurs, il écrivait : Il est bien vrai que le pays de Louitcheou a souffert au-delà de toute expression. On ne connaît pas dans notre histoire dexemple dune cruauté comparable à celle des brigands de cette région. Pas de village, pas de marché qui nait été ou pillé ou brûlé... Au village de Teotao, ils ont massacré 2.400 personnes ; à Lingkai, 900, etc.

    Pour donner au gouvernement des preuves incontestables de lanarchie qui a régné par sa faute, il a pris des photographies dans toute la presquîle, notamment celles de squelettes de femmes massacrées en masse et non encore inhumées. Il sest mis à luvre énergiquement. Une bande de 1200 pirates a été dirigée sur Longtcheou ; où elle fut massacrée ; une autre bande, à Foumoun, subit le même sort. A Tchekam, 200 contrebandiers darmes et chefs pirates, qui étaient venus sy réfugier, furent également pris et fusillés.

    Kouangsi

    Le gouvernement de Sun Yat-Sen continue de se montrer absolument au-dessous de sa tâche. Est-ce inertie systématique ou incapacité ? Tout le monde maintenant incline vers la seconde hypothèse. Comment, en effet, expliquer autrement que par un aveu dimpuissance quun gouvernement laisse commettre les atrocités dont le Kouangsi est le théâtre ? Pourquoi laisse-t-il sans réponse les appels désespérés des malheureuses victimes des brigands ?

    Le P. Cuenot est toujours retenu dans la chrétienté de Pantien, où il na ni argent, ni habits ; il ne peut dire la messe, nayant ni hosties, ni vin, et le mandarin ne peut ou ne veut rien faire pour lui permettre de regagner son poste de Kouilin.

    La chrétienté du P. Rigal est également entre les mains des brigands.

    De tous côtés on constate que personne nose plus travailler aux rizières ; des régions entières ne possèdent plus un seul buffle.

    Aussi la haine contre les Cantonais saccroît de jour en jour et, sils venaient à subir quelque revers, la vengeance du Kouangsi serait terrible. Mais si les choses continuent en létat actuel, avant six mois le pays ne sera que ruine et désolation !

    Les lettres suivantes donneront une idée de la situation angoissante où se trouve le P. Teissier.

    Longniu, 8 Mars

    Les bolchevistes continuent leur uvre infernale de destruction, sans que le Gouvernement de Sun Yat-Sen fasse quoi que ce soit pour y mettre le moindre frein. Il faudrait des pages et des pages pour décrire les crimes et les abominations de toutes sortes qui se commettent tous les jours dans les deux districts de Sieou-yen et de Sionghien. Il est, du reste, des horreurs quune plume qui se respecte se refuserait à décrire.

    Dans la nuit du 5 au 6 courant, une bande de 800 énergumènes attaquaient et prenaient le gros marché de Tong-liou, situé à deux lieues dici. Une partie du marché a été détruite par le feu et le reste livré au pillage.

    Les trois caractères chinois Tien Tchou Tang, placardés à lentrée de notre résidence, nont pas arrêté les bandits ; ils se sont précipités dans nos immeubles et ont fait main basse sur tout ce qui sy trouvait. La nuit dernière, tout un troupeau enfantin et féminin a pris la route des montagnes Yao, sous lescorte des brigands. Tout ce monde est destiné à lexportation, à moins que les familles ne puissent fournir la somme nécessaire au rachat des otages.

    Notre gardien et deux de ses enfants ont échappé à la rage des énergumènes ; il lui manque une fillette dune douzaine dannées ; quest-elle devenue ???

    Je vous ai dit que le marché de Tong-mou nétait distant dici que de deux ; lieues ; cest vous dire que le danger est bien proche de nous. Humainement parlant, il ny a guère de chance que nous échappions au sort commun. Lattaque et le pillage de mon petit village sont dans le programme connu des bolchevistes ; ce nest plus quune question de jours. Avec la grâce de Dieu, je suis décidé à ne pas me laisser faire ; jirai jusquà la limite des concessions que la conscience peut permettre, mais pas au-delà. Je suis anxieux surtout pour mon couvent de vierges. Au point où en sont les choses, impossible de les faire fuir, car toutes les routes sont gardées.

    Ah ! Mon Père, quelles tristes journées je passe depuis un mois surtout. Il faut avoir passé par là pour sen faire une idée. Veuillez mexcuser de vous exposer ainsi mes misères. Mon seul but est de faire connaître un peu au dehors les mauvais jours que traverse la pauvre Mission du Kouangsi, afin quon puisse y apporter quelque remède. Le Gouvernement de Sun Yat-Sen, par inertie calculée ou impuissance est lauteur de tous nos maux.

    Longniu, 9 Mars

    Quand cette lettre vous arrivera (si elle vous parvient toutefois), il y a bien des chances que je ne serai plus de ce monde. La situation, en effet, semble être arrivée à son dernier degré dacuité. Nos bolchévistes ont répudié toute crainte et mis de côté toute espèce de retenue.

    Je tente mon dernier et suprême moyen de salut. Sur la proposition des principales notabilités païennes et chrétiennes de la région, jai décidé de faire de mon petit village un dernier boulevard de résistance aux bandits, en attendant que le secours demandé à mainte reprise nous arrive. Je ne me fais pas dillusion sur la gravité dune pareille détermination : il ny a pas de milieu, cest notre salut ou notre perte à brève échéance. Jai mûrement pesé le pour et le contre devant Dieu, et je suis arrivé à cette conclusion : ce serait une impardonnable lâcheté de mopposer à cette initiative dont le mérite ne me revient pas. Je me dis quelle a peut-être été inspirée par le bon Dieu, dont les desseins miséricordieux sont impénétrables bien souvent.

    Bref, voici ce qui a été décidé : réunir dans ce village toutes les armes et munitions, et attendre tranquillement lattaque des bandits. Nous aurons plusieurs centaines de fusils, dont plus de cent à tir rapide.

    Combien de temps pourrons-nous tenir ? Je ne sais trop. Que le bon Dieu et N-D. de Fourvières, Patronne du district, centuplent notre courage !

    Si le secours tarde à venir et que les bandits réussissent à pénétrer dans nos murs, malheur à nous ! Cest alors surtout que nous aurons grand besoin que le bon Dieu nous assiste pour affronter les tortures qui nous sont réservées.

    En attendant je me prépare de mon mieux à rendre mes comptes au souverain Juge, et jexhorte tout mon monde à en faire autant, Si nous tombons sous les balles ou le couteau de ces démons incarnés, ce ne sera pas précisément pour la Foi, mais ce sera bien pourtant un peu par amour pour le bon Dieu. Aussi espérons-nous fermement quil nous en sera tenu compte et que là-haut le plateau de miséricorde fera monter celui de la justice !

    A Dieu, mon cher Père, veuillez prier et faire prier pour nous et notre pauvre Kouangsi.

    Tonkin Occidental

    Le 6 Mars, la Mission de Hanoi avait lhonneur de la visite de Son Excellence Mgr Giardini, Archevêque titulaire dEdesse, Délégué Apostolique au Japon. Son bateau faisant escale quelques jours à Haiphong, Son Excellence profita de loccasion pour visiter Hanoi. Le bruit de son arrivée ne tarda pas à se répandre dans la ville : les communautés religieuses, les principaux chefs de la chrétienté indigène tinrent à venir saluer le Délégué du Souverain Pontife. Son Excellence, qui parle le français avec élégance, leur a adressé quelques paroles de félicitations et dencouragement, pleines de paternelle affection. Tous se sont retirés, charmés dun accueil si aimable, dont ils gardent un religieux souvenir.

    Le soir, en léglise cathédrale remplie de fidèles, eut lieu un salut solennel, à lissue duquel Mgr Giardini donna la bénédiction papale. Sa Grandeur a exprimé au P. Dronet, curé de la cathédrale, son agréable impression de voir une si grande foule de fidèles assister, avec foi et recueillement, au salut, un jour ordinaire. Mgr Gendreau et Mgr Bigollet, en tournée dadministration dans des chrétientés éloignées, ont vivement regretté de navoir pu rencontrer S. E, Mgr Giardini.

    Le même jour étaient de passage à la Mission trois Pères de Betharram, se rendant dans leur nouvelle Mission du Yunnan. Belles figures dapôtres, prenant à la lettre les recommandations du divin Maître : Nihil tuleritis in via, neque virgam, neque peram, neque panem, neque pecuniam, neque duas tunicas habeatis.

    Les Carmélites de Hanoi ont célébré par un triduum dexceptionnelle solennité, les fêtes du 3eme centenaire de la canonisation de leur grande réformatrice Ste Thérèse. Journées de grâces et de prières pour notre Mission, journées de grandes joies spirituelles pour ces âmes délite !...

    Tonkin Méridional

    Dans le district de Binh-Chenh, provinhe de Quang-Binh, les deux paroisses de Tan-Thanh et de Mi-Hoa, qui forment une agglomération de 3.000 âmes à lembouchure du Song-Gianh, sont depuis plusieurs mois aux prises avec une terrible maladie épidémique, dont les germes ont été apportés de lextrême sud de lAnnam par des pêcheurs. Au début de Novembre il y avait déjà une quinzaine de morts, parmi lesquels le P. Quyen, curé de Mi-Hoa, qui avait contracté le mal en soignant les pestiférés. Car cétait bien la peste pulmonaire qui venait de faire son apparition. Jusquau 4 Décembre on compta encore une quinzaine de victimes, puis il y eut une accalmie et lon pensa que le fléau avait disparu. Mais voici que le lendemain de Noël le mal reparaît sous la forme de peste bubonique et cause encore une centaine de décès. Depuis le 15 Février la virulence du fléau parait diminuer. Grâce aux mesures de police sanitaire prises par lAdministration, les villages voisins ont été préservés. A peste... libera nos, Domine !

    Cochinchine Orientale

    Le 17 Janvier dernier sest éteint doucement, à lhôpital de Hué, un de nos jeunes prêtres indigènes, le P. Antoine Canh. Ordonné en 1920, il na fait que passer dans le ministère, 4 ou 5 mois au plus ; le reste de sa courte carrière sacerdotale sest écoulé dans les salles dhôpitaux, à Quinhon, puis à Hué, où sa courageuse résignation à subir les plus douloureuses interventions chirurgicales fit ladmiration de tous ceux qui lapprochèrent. A la suite dune dernière opération il est mort pieusement entre les bras du P. Léculier. S. G. Mgr Allys et les confrères de la capitale ont fait à notre jeune prêtre des funérailles solennelles, dont la Mission de Cochinchine Orientale leur est bien reconnaissante.

    Du 22 au 28 Février, la retraite générale de nos prêtres indigènes, réunis au Grand-Séminaire au nombre de 48, a été prêchée par le P. Solvignon : elle fut de laveu de tous, dune grande édification mutuelle.

    Dans le Bulletin du mois de Février, un correspondant doccasion, parlant par ouï-dire, a pu donner de notre uvre des Séminaires une idée inexacte, parce que trop optimiste. sans doute la réponse de nos néophytes à lappel qui leur a été adressé a été, eu égard à leur pauvreté, généreuse et réconfortante ; mais elle ne nous a donné néanmoins quun résultat bien insuffisant à lentretien de deux établissements qui comptent une moyenne de 135 élèves. Que nos bienfaiteurs veuillent donc bien ne pas sinspirer dune information trop précipitée pour détourner de nous des secours dont nous avons toujours le plus pressant besoin.

    Cochinchine Septentrionale

    Le Bulletin, dans son premier numéro, a parlé de la remise de la décoration de la Légion dHonneur à Mgr Allys. A cette cérémonie se rattache une coïncidence qui mérite dêtre relevée.

    Cest sur le front des troupes, devant la porte principale du Palais royal, appelée Ngo Mon, en présence du Roi et de sa cour, que S. G. fut décorée solennellement. Or, il y a près de 90 ans, le 30 Novembre 1835, sur cette même porte que couronne une magnifique galerie couverte, à la place même quoccupe aujourdhui le roi Khai-Dinh, était assis son prédécesseur, le cruel Minh-Mang, entouré également de toute sa cour. En bas, au milieu de la petite cour qui précède la porte, exactement à la même place où se tient Mgr Allys, le Bienheureux Marchand est debout entre deux haies de soldats : à lexemple de son divin Maître, il est traité comme le plus vil des malfaiteurs, au milieu de trois chefs de rebelles, dont il va partager le supplice ; on ne lui a laissé que quelques haillons pour couvrir son corps déchiqueté déjà par daffreuses tortures. Il est condamné à subir lhorrible supplice des cent plaies à quelques kilomètres de là, mais le roi a voulu auparavant repaître ses yeux de la vue de ses victimes. Dès quils sont arrivés en présence de Sa Majesté, dit le P. Louvet (Cochinchine religieuse, II, ch. 2), les satellites, les saisissant par la peau de la poitrine, les font avancer afin que le roi puisse les voir de près ; puis ils les forcent à se prosterner cinq fois la face contre terre pour saluer le prince. Celui-ci, les ayant considérés quelques instants dun air indigné, laisse tomber un petit drapeau quil tenait à la main et tourne le dos aux condamnés : cétait lordre de les conduire à la mort.

    Le contraste entre la scène du 30 Novembre 1835 et celle du 14 Juillet 1921 nest-il pas vraiment impressionnant ?... Une fois de plus Christus vincit !

    Le P. Lemasle est nommé curé de la paroisse française de Hué, en remplacement du P. Léculier, délégué à lAdministration Centrale de la Société à Paris comme représentant du groupe des Missions de Cochinchine et Cambodge.

    Cambodge

    Lordination des Quatre Temps du Carême nous a donné un prêtre et trois sous-diacres.

    Une question qui se pose dune façon de plus en plus impérieuse dans notre Mission est celle des pensionnats tenus par des religieuses, et non seulement pour les jeunes filles catholiques, mais aussi pour les païennes ; et cest dans la prospère région du sud-ouest de la Cochinchine que lurgence sen fait sentir surtout. Le pensionnat ouvert à Mytho a eu un succès complet et immédiat. Si lon pouvait fonder un établissement semblable dans chaque chef-lieu, nul doute que le résultat ne fût le même. Les jeunes filles des chefs-lieux fréquentent les écoles de lAdministration : elles y trouvent bien linstruction ; mais les parents restent défiants pour ce qui est de la formation morale ; aussi préféreraient-ils, confier leurs enfants à un pensionnat de religieuses. Les païens garderont peut-être une certaine crainte que leurs enfants, subissant linfluence des maîtresses, ne demandent à devenir catholiques ; mais ils savent comment les choses se passent dans les écoles des Frères, et, du reste, la conversion de leurs filles est pour eux de moindre importance : ce quils souhaitent surtout, cest quelles puissent faire un bon mariage, fût-ce avec un catholique.

    Nest-il pas touchant de voir des jeunes filles de riches familles païennes sinstruire elles-mêmes, soit au moyen de livres, soit en interrogeant leurs compagnes catholiques ; dresser dans leur chambre un petit autel à la Sainte-Vierge ; sabstenir de toute observance païenne et sastreindre aux pratiques chrétiennes pendant plusieurs années avant le baptême, quon leur retarde par prudence ; enfin exiger quon les marie à des chrétiens ? Et les parents leur laissent pleine liberté et se plient à leurs désirs. De pareils cas ne sont pas rares. Il est donc bien à souhaiter que le nombre de nos pensionnats de religieuses saccroisse promptement : un grand bien en résulterait pour la Mission.

    Siam

    Nous avons eu le regret de voir partir pour la France notre confrère le P. Bonvent. La mobilisation, en 1914, lavait surpris déjà très fatigué ; il fit néanmoins toute la campagne et revint au Siam quelques mois après larmistice. Atteint danémie très prononcée, les docteurs lont engagé à regagner la France, où lair de ses montagnes lui rendra force et santé.

    Février a vu la rentrée de nos écoles et collèges. Tous ces établissements, tenus par les Frères de Saint-Gabriel et les Surs de Saint-Paul de Chartres, donnent pleine satisfaction. Jusquici le gouvernement siamois na pris à leur égard aucune mesure vraiment vexatoire ; on dit bien quune loi se prépare, mais la date de sa promulgation et plus encore celle de son application sont incertaines.

    Des pluies abondantes et extraordinaires pour la saison ont sérieusement arrosé et contrarié les réjouissances populaires du nouvel an chinois. Elles ont, par contre, rafraîchi la température de notre hiver, qui a été exceptionnellement doux. Si les Chinois tirent de mauvais présages de ces pluies insolites, par contre les agriculteurs siamois en augurent de féconds résultats pour la prochaine récolte.

    Malacca

    Le 19 Février, la ville de Malacca a été témoin dune cérémonie qui, probablement, navait jamais eu lieu dans la vieille cité : lordination sacerdotale dun prêtre chinois, M. Stephen Lee, enfant de Malacca.

    Déjà, deux mois auparavant, au Collège de Pinang, Mgr Perrichon avait ordonné prêtre le P. de Souza, lui aussi originaire de Malacca. Cette paroisse donnant ainsi, coup sur coup, deux de ses enfants à lEglise, il nétait que juste que lordination du second eût lieu dans léglise même de la paroisse.

    Donc le 19 Février fut jour de grande fête. Dans léglise se pressaient les fidèles des deux paroisses, française et portugaise, et dautres venus dAyer-Salak, de Seramban, etc., tous avides de voir une cérémonie à laquelle ils navaient jamais assisté.

    La première place était réservée, comme il convenait, à la famille du nouveau prêtre : grandmère paternelle, père, mère, frère, surs, dont lune est religieuse de Saint-Maur.

    Le lendemain, le P. Lee montait pour la première fois à lautel, assisté par le P. Fourgs, qui a reçu la charge de linitier au ministère apostolique. Le surlendemain le nouveau prêtre célébrait la messe à Ayer-Salak, où habite sa famille.

    Dans les Missions qui ont le bonheur de posséder un nombreux clergé indigène, une ordination est une cérémonie qui nest pas extraordinaire ; mais pour la nôtre, qui ne compte encore que trois prêtres originaires du pays, cest plus quune cérémonie, cest un événement. Puisse-t-il se répéter bientôt et souvent !

    Birmanie Méridionale

    Pour la première fois la Birmanie a eu lhonneur de recevoir la visite officielle dun représentant du Saint-Père en la personne de S. E. Mgr Pietro Pisani, Archevêque de Constance et Délégué Apostolique aux Indes.

    S. E. arriva à Rangoon le 21 Janvier et y fut lobjet dune réception vraiment enthousiaste.

    Dans une adresse qui lui fut lue par le Colonel Ross, Président du Catholic Bond, nous nous plaisons à relever les détails suivants : En 1856, lorsque la Société des M.-E. de Paris reçut la charge de la Mission de Birmanie, on comptait, dans la partie méridionale, environ 2.000 catholiques ; en 1895 leur nombre sélevait à 24.300 ; en 1905, à 48.400 ; enfin aujourdhui il est de 60.880.

    Le lendemain, S. E. voulut bien ordonner prêtres nos cinq diacres récemment revenus de Pinang, où ils avaient achevé leurs études théologiques. Puis ce fut successivement la visite des Petites-Surs des Pauvres, de la Mission chinoise, de la Léproserie de Kemmendine, du Couvent du Bon-Pasteur, et partout à la bienveillante condescendance de lauguste Visiteur répondit une respectueuse gratitude.

    Birmanie Septentrionale

    Interrompues par la mort de S. S. Benoît XV, les visites officielles du Délégué Apostolique nont recommencé quaprès lélection du nouveau Pape. Dans lintervalle S. Exc. a visité Kalaw et Maymyo, les deux sanatoria de la Haute-Birmanie. Mais le samedi 11 Février, tout le Mandalay catholique était réuni à la Cathédrale pour recevoir en grande pompe le Représentant du Saint-Siège.

    Son séjour chez nous a été de quatre jours, employés à visiter toutes nos paroisses et toutes nos uvres. Un jour même fut choisi et un voyage organisé pour voir, en pleine jungle, un vrai village birman, village composé entièrement de convertis du bouddhisme.

    Le 15 au soir, S. Exc. partait pour Toungoo, chez les PP. Italiens de la Birmanie Orientale, laissant ici le meilleur souvenir de son trop court passage au milieu de nous.

    Les résultats des examens de fin dannée scolaire sont enfin connus, et nous avons lieu dêtre fiers des succès obtenus par nos religieux et religieuses.

    Ecole des Frères. Examen final : 16 aspirants présentés, 14 reçus, dont un avec bourse (scholarship) ; 7e standard : 23 présentés, 22 reçus, 2 bourses.

    Ecole des Surs. Examen final : 4 aspirantes présentées, 3 reçues ; 7e standard : 12 élèves présentées, 12 reçues, 2 bourses.

    Pondichéry

    Notre retraite annuelle a eu lieu du 9 au 15 Janvier. Une cinquantaine de confrères y prirent part, et elle fut prêchée avec succès par un des nôtres, le P. Colas. Une innovation grandement appréciée fut que chaque retraitant put célébrer quotidiennement le Saint-Sacrifice.

    La pieuse pratique de la Prière perpétuelle, tombée plus ou moins en désuétude du fait de la guerre, a été remise en vigueur : le temps assigné à notre Mission est le jeudi de 2 à 7 heures du soir.

    La division du diocèse en vicariats forains est chose faite également : 12 vicaires forains ont été nommés. Le Codex Juris (Can. 447. 449) précise leurs droits et leurs devoirs, et le Concile provincial de Pondichéry les résume en quelques mots : Discrete vigilantes, paterne monentes, fideliter referentes ; quils soient les yeux et les oreilles de lEvêque.

    Toujours en conformité avec le nouveau Droit Canonique ont été institués : un tribunal pour juger en première instance les causes ecclésiastiques et un tribunal pour juger en appel les causes des diocèses suffragants. Les prêtres indigènes ont leur part dans ces charges : 4 sur 12 pour les vicaires forains, 3 sur 7 pour les juges.

    Enfin, durant la retraite, Mgr nous fit distribuer et nous commenta lui-même la Lettre de S. S. Benoît XV au Délégué Apostolique des Indes touchant la juridiction des Evêques et la question du clergé indigène. Le Souverain Pontife a voulu couper court à certains désirs nés dune fausse et mauvaise politique et prévenir ses prêtres du danger de sy laisser aller. Mais nos prêtres indigènes sont trop intelligents pour croire un seul instant que le Pape nest pas avec eux dans leur désir dêtre gouvernés par des hommes de leur nationalité.

    Mgr nous a quittés fin Janvier pour reprendre ses tournées de Confirmation : nous ne pensons pas le revoir avant la Semaine-Sainte.

    Maïssour

    Notre retraite générale a eu lieu du 11 au 17 Janvier. A cause de la révolte des Moplahs le P. Jauffrineau na pu sy rendre. Ce confrère, tout dévoué à la conversion de la tribu sauvage des Korchers, est voisin dune colonie de Moplahs éloignée du centre de la rébellion, mais prête à se lancer à la première occasion ; aussi la surveille-t-il dès le début (20 Août 1921). Il a établi un camp retranché à son chef-lieu, Kaniambetta ; on lui a fourni des armes et il a formé ses sauvages à la manuvre. En cas dattaque dun village isolé, le mot dordre a été donné à tous de se rabattre sur le camp ; même les fonctionnaires du Gouvernement doivent sy réfugier.

    Mgr Teissier devait partir le 1er Février pour visiter le P. Jauffrineau. Au dernier moment, S. G. atteinte dinfluenza a dû saliter à lhôpital Sainte-Marthe. (Depuis lors on a appris la mort du vénéré prélat, mais les détails manquent encore).

    Coïmbatour

    Le P. Rogues Perrin, après avoir beaucoup et bien travaillé pendant 17 ans comme Directeur de lEcole Industrielle S.-Joseph, vient de céder sa place au P. Beyls pour prendre la direction de lOrphelinat S.-Michel.

    Le P. Tignous a quitté le poste de Kaity pour celui de Kotagiri, où il continue de travailler à la conversion des Badagas, quil a à cur depuis longtemps. Pour faciliter leur instruction religieuse il vient de publier un catéchisme en leur langue. Les Surs Franciscaines Missionnaires de Marie, établies depuis un an dans cette partie des Nilgiris avec deux écoles et un dispensaire, sont dun précieux secours pour la conversion des païens. Elles viennent dacquérir un vaste terrain qui facilitera le développement de leurs uvres.

    Le P. Gaucher est constitué gardien du sanctuaire de N.-D. du Rosaire à Karamattampatty. Les PP. Sibuet et Collin demandent en ce moment au Sanatorium S.-Théodore le bienfait de la santé.

    Le P. Petit travaille avec ardeur et non sans succès à la conversion des Uralis, tribu à demi sauvage des montagnes voisines de Kodivéri. Tout en formant ses néophytes à la vie chrétienne, il essaie de leur inculquer aussi lamour du travail. Son intéressante colonie se compose maintenant dune centaine de nouveaux chrétiens.

    Cest la saison des épidémies de ce coté du Cavéri : la peste bubonique, le choléra, la petite vérole ; la grippe, visitent tour à tour et souvent en même temps différentes parties de la Mission ; mais, comme ces visiteuses indésirables ont commencé leur campagne un peu tard, il y a lieu despérer que la saison chaude va bientôt étouffer les microbes.

    Le 22 Février Mgr lEvêque est parti en tournée pastorale dans les districts de lOuest. Ce voyage, effectué pour la plus grande partie en charrette à bufs et pendant la saison chaude, sera fatigant pour Sa Grandeur. Dailleurs, ces districts de lOuest, composés cependant danciens chrétiens, ne sont pas des meilleurs.

    Kumbakônam

    Le 14 Décembre 1921, avait lieu à Vadhavikam linauguration dun monument élevé à la mémoire du P. J.-B. Croze, tué à lennemi le 30 Septembre 1918. Les chrétiens avaient bien répondu à lappel de leur curé, le P. Bulliard : plusieurs milliers se pressaient autour du monument funèbre. Onze confrères étaient réunis, presque tous anciens poilus, tous ayant connu et aimé le P. Croze.

    Le P. Bulliard, lui, avait été lami de cur du regretté défunt : ensemble ils avaient étudié au Séminaire de la rue du Bac ; ensemble ils avaient fait leurs premières armes en mission, partageant la bonne et la mauvaise fortune. Aussi son premier soin, en arrivant dans le district de Vadhavikam, fut de prendre des mesures pour élever à la mémoire de son confrère et ami un monument qui perpétue son souvenir dans le cur des chrétiens ; car, pendant six ans, le P. Croze avait travaillé dans ce même district, il sy était dépensé sans compter, avec toute lardeur qui le caractérisait. Defunctus adhuc loquitur : mort, il continuera son uvre parmi les fidèles quil a tant aimés !

    Le monument est en forme de pyramide surmontée dune croix. Dans une petite niche se dresse lhumble statue de Notre-Dame des Partants. Au-dessous de la Madone est gravée linscription suivante :

    In Memoriam.
    R. J.-B. CROZE
    Arvernus
    Missionarius et Miles
    In bello contra Germanos
    Pro Deo et Patria viriliter cecidit
    30 Sept. 1918.

    puis une autre en langue tamoule, dont voici la traduction :

    Cette croix a été élevée en mémoire du P. CROZE. Pendant 6 ans, prêtre zélé, il administra le district de Vadhavikam avec justice et impartialité. Avec un indomptable courage, dans le cours de la Grande Guerre, il versa son sang pour la France, son pays. Priez pour le repos de son âme. R. I. P.

    Ce fut, pour la chrétienté de Vadhavikam, un beau jour que celui de linauguration du monument. Un millier de fidèles ont fait la sainte Communion à lintention de leur ancien curé. La messe de Requiem est chantée par le P. Deltour, assisté des PP. Prunier et Quinquenel, tous trois anciens soldats. Après la messe, un autre soldat, le P. Bailleau, prononce en tamoul loraison funèbre du défunt. Puis tous vont se ranger devant le catafalque, recouvert dun drapeau tricolore, sur lequel un casque de soldat, souvenir des tranchées, se détache à côté de la barrette du prêtre, tandis que la médaille militaire et la croix de guerre redisent la bravoure du défunt, qui paya de sa vie ces glorieuses distinctions. Le P. Bulliard, titulaire des mêmes décorations, donne labsoute ; puis le cortège se forme. Les onze prêtres se rendent au monument commémoratif : une compagnie dhonneur les escorte, enfants du pays, minuscules soldats, revêtus duniformes fantaisistes, coiffés du traditionnel bonnet de police ; ils prennent leur rôle, au sérieux : leur fusil est en bois, mais ils ne len portent pas moins fièrement ; leur sabre est en carton, mais ils nen font pas moins le salut de lépée. Au milieu de lescorte marchent quatre petites infirmières ; vêtues de lélégant costume des Dames de la Croix-Rouge, on voit leurs yeux noirs pétiller de bonheur et, sous le bronze de leur teint, on sent poindre comme une vague rougeur. Est-ce timidité ? Est-ce fierté ? Elles sont si heureuses dêtre de la fête !

    On arrive devant le monument : le P. Brun, un vétéran de Salonique, fait tomber le drapeau qui le recouvre, et le P. Vachon dépose une superbe couronne, faite de feuillage de lInde, enlacée dun ruban tricolore, les couleurs de France. Le moment est solennel. Le petit bataillon présente les armes, les tambours battent aux champs, les mortiers font retentir leur salves dartillerie. Vraiment on se croirait en France, et les pensées se reportent à plusieurs années en arrière. La France ! Oui, on sy croirait vraiment ; car, à peine le P. Bailleau a-t-il béni le monument, que des voix mâles et fortes font entendre le cantique :

    O Marie, ô Mère chérie,
    Garde au cur des Français la foi des anciens jours :
    Entends du haut du ciel le cri de la patrie :
    Catholique et Français toujours !

    De son côté la foule à genoux prie à haute voix et fait monter vers le ciel ses supplications pour celui qui fut son guide et son meilleur ami.

    Puis, en une courte allocution qui fit pleurer plus dun auditeur, le P. Bulliard remercie les chrétiens de leur concours, les félicite de leur fidélité et les exhorte à revenir souvent prier en ce lieu si plein de souvenirs... Après quoi tous reprennent le chemin de leur pauvre village. Ils sen vont, mais ils emportent des impressions qui ne seffaceront pas. Ils sen vont, mais ils reviendront !



    1922/157-187
    157-187
    Anonyme
    France et Asie
    1922
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