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Chengtu Inauguration et Bénédiction de l'Oratoire du Monastère bénédictin de Sischan.
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    Chengtu

    Inauguration et Bénédiction de l'Oratoire du Monastère bénédictin de Sischan.

    Le Monastère de Sischan, dont une précédente chronique a esquissé la fondation, étant enfin achevé, le Dimanche Gaudete, 15 décembre, fut choisi pour en fêter l'inauguration officielle et pour la bénédiction de l'oratoire. Monseigneur Rouchouse, ne pouvant venir présider la fête, avait eu la délicate attention de désigner pour tenir sa place, Monsieur Paul Ouâng, curé de Shungking, lui qui depuis 18 mois, avait si efficacement aidé les moines de son dévouement sagace. Dans l'intervalle, la nouvelle était enfin venue de la nomination du nouvel évêque : le vicaire apostolique de Shungking n'était autre que le curé de la ville.

    Samedi 14 décembre, un peu avant midi, apparaissent à l'entrée du vallon sur l'étroit sentier, les porteurs de pièn, de toui tse et d'autres présents, précédés et suivis de six prêtres chinois en chaises et d'une vingtaine de chrétiens. Naturellement les pétards ne manquaient pas. Dans l'après-midi et encore la nuit tombée, arrivèrent de nouveaux présents. Le temps était couvert, même avec menace de pluie, mais la température demeurait douce. Deux des prêtres, MM. Laurent Lieôu et André Tong acceptèrent l'hospitalité monastique pour la nuit ; ils purent ainsi assister à la première vêture d'un postulant, au sortir des vêpres. Puisse-t-elle être suivie et avant longtemps d'autres nombreuses ! Déjà trois autres Chinois attendent cette grâce au monastère.
    La température demeure douce le Dimanche et on aura presque du soleil vers midi. Dans la matinée, le Père Prieur bénit solennellement les lieux réguliers, suivant le rituel monastique, dans une petite procession avec la croix de fondation en tête. Puis on travaille hâtivement aux derniers préparatifs. Dès 9 heures, des chrétiens commencent à arriver, puis les prêtres de la ville, ceux-ci accompagnés de deux autres ; c'est enfin le nouvel évêque, Monseigneur Paul Ouâng, que les moines reçoivent à la porte extérieure de la clôture. Quelques minutes plus tard, un peu avant 10 heures, Monseigneur fait la bénédiction solennelle du nouvel oratoire, après quoi le Père Prieur chante la messe de St. André, le Patron. Les fidèles assistent en partie dans l'oratoire même, mais le plus grand nombre se tient dans la salle des hôtes, celle-ci n'étant séparée de l'oratoire que par une étroite cour chinoise peut servir de prolongement à l'église.
    Ils étaient bien 220 comme on put faire aisément le compte par les tables des convives. Tous les chrétiens de la ville étaient là sauf ceux indispensablement retenus, plusieurs étaient venus des environs, d'une distance de 20 ou 30 lis et enfin quelques-uns arrivaient accompagnant leurs curés d'une à 2 deux journées de route. C'est qu'en effet les chrétiens sont clairsemés et les prêtres venus pour fêter le nouveau monastère avaient dû faire 1, 2, 3 longues journées de chaise pour se rendre à Shungking.
    La messe terminée, Monseigneur Paul Ouâng et les huit prêtres signent le procès-verbal de l'inauguration et de la bénédiction. Puis les moines vont recevoir les compliments des chrétiens et chrétiennes successivement, Sa Grandeur a la charité de répondre, suppléant à l'insuffisance linguistique des trois Pères. Enfin, dans la salle de communauté, Monseigneur, entouré de ses prêtres adresse ses très gracieuses félicitations auxquelles le Père Prieur répond non sans quelque émotion.
    Enfin l'on se met à table, les chrétiens dans le quartier des hôtes Monseigneur et les prêtres dans le réfectoire des moines, se soumettant gracieusement à la règle du silence. Après les grâces, la communauté reçoit quelques instants Sa Grandeur seule dans la salle du chapitre. Le Père Prieur tenait à ce que dans cette première journée d'un monastère chinois, les voeux des moines à l'évêque fussent présentés en chinois et c'est le postulant, vêtu de la veille qui fit la courte harangue. Après quoi le protocole perdit ses droits et durant 2 ou 3 heures, les chrétiens envahirent le monastère même, ce monastère où les femmes désormais n'entreront jamais plus. Vers 4 heures, peu à peu les visiteurs et les hôtes se retiraient, rendant les moines au silence et à la tranquillité.
    La fête du 16 fut moins longue et moins bruyante, sans manquer néanmoins de cachet et d'intérêt, c'était la réception des voisins, tous païens. Un homme par famille, suivant la coutume, ce qui donne quelque 72 invités, y compris le bonze taoïste du miaotsé voisin, ce bonze ne cache pas son plaisir d'être venu. Tous étaient des paysans fort simples d'allure, dont quelques bons vieux avec une pipe monumentale qui leur servait de canne. Ils regardaient, ils inspectaient, mais naturellement moins à l'aise et moins familiers que les chrétiens de la veille. L'oratoire surtout les intéressa, le premier sans doute que pour la plupart ils aient jamais vu. Cette journée scelle les relations de bon voisinage commencées depuis un an : Dieu veuille que ce soit aussi une première semence ou du moins une préparation éloignée à la foi chrétienne. Le temps s'est franchement mis au beau, avec un chaud soleil qui nous boudait depuis longtemps. Au contraire, le lendemain et les jours suivants, température aigre et pluie fine.
    Ainsi se termina cette nouvelle étape du monastère. Dans l'éclat de la fête, les coeurs de plusieurs s'ouvraient à l'espérance que ce n'était qu'un humble début de féconde carrière. Les pronostics d'avenir se chuchotaient ou mieux encore s'élaboraient dans l'intime de l'âme, mêlés aux actions de grâces pour la protection déjà si multiple et abondante accordée par la Providence à la nouvelle Fondation.
    1930/161-164
    161-164
    Anonyme
    Chine
    1930
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