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Cérémonie de clôture de lExposition missionnaire Vaticane

Cérémonie de clôture de lExposition missionnaire Vaticane (10 janvier 1926)
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    Cérémonie de clôture de lExposition missionnaire Vaticane
    (10 janvier 1926)

    Quand, au seuil de lannée jubilaire, Sa Sainteté le Pape Pie XI inaugura, en la visitant longuement, lExposition Missionnaire Vaticane, il apposa sur la première page du registre des entrées son auguste signature. A leur tour, Cardinaux et Evêques, Princes et hommes détat y ont incrit des noms illustres, qui voisinent sur les feuillets noircis avec les noms plus humbles dobscurs pèlerins. Un seul, un Evêque, dun mot ajouté à son titre, a consigné ses impressions, et ce mot résume les sentiments de tous : Miramur !

    Ladmiration, en effet, est bien le sentiment qui simpose et que lon emporte au sortir de cette magnifique démonstration de la vitalité catholique. Admiration dabord pour le glorieux Pontife qui en fut linspirateur providentiel ; admiration ensuite pour les missionnaires de tous pays, premiers ouvriers de de cette grandiose manifestation ; admiration enfin pour tous ceux qui furent ici les organisateurs et les réalisateurs de cette uvre splendide !

    Cest pour récompenser tous ces dévouements et pour remercier toutes ces bonnes volontés que, le 10 janvier, avait lieu au Vatican une remise de diplômes et de décorations, qui clôturait officiellement lExposition Missionnaire.

    Cette cérémonie avait lieu dans le magnifique Braccio Nuovo du Musée Chiaramonti, vaste salle rectangulaire coupée dune rotonde, au centre de laquelle se dressait le trône pontifical.

    Peu après 10 heures le Souverain Pontife faisait son entrée, accompagné de Mgr Sanz de Samper, Majordome, de Mgr Caccia Dominioni, Maître de Chambre, et escorté de la Garde Noble et des Dignitaires pontificaux. Et pendant que le Saint-Père savançait lentement, souriant et bénissant, éclatait, solennel et puissant, le chant trois fois répété des acclamations : Evviva il sommo Pontifice ! Evviva ! Et tandis que la Maîtrise, sous lhabile direction de Mgr Casimiri, exécutait avec la perfection que lon sait divers chants : Hymne au Créateur, Hymne au Rédempteur, Hymne aux Martyrs, le Saint-Père pouvait, du haut de son trône, embrasser du regard la brillante assemblée. En face de lui plus de 20 cardinaux, de nombreux évêques et prélats ; dans la galerie de gauche, les généraux dordres et les missionnaires ; dans la galerie de droite, le corps diplomatique.

    Comme lHymne aux Martyrs Justorum anim mourait dans un demi-souffle, illi autem sunt in pace, S. E. le Cardinal Van Rossum, savança près du trône pontifical ; dans une adresse sobre et précise, il constata le succès de lExposition Missionnaire voulue par Pie XI et où défilèrent un million de visiteurs ; il remercia le Pontife de la magnificence qui avait réalisé la grande uvre et aussi des précieux encouragements quil ne cesse de donner aux Missions.

    A lhommage du Cardinal Sa Sainteté daigna répondre par un discours, vrai chant de reconnaissance, empreint de la plus paternelle affection pour les missionnaires et du plus surnaturel intérêt pour leur uvre apostolique.

    Discours du Souverain Pontife.

    Une fois de plus Nous monte du cur aux lèvres un cantique de reconnaissance et dactions de grâces à Dieu, Auteur de tout don parfait, en clôturant cette Exposition Missionnaire, quici même, il y a un an, il Nous était donné dinaugurer.

    Notre reconnaissance serait déjà due au Seigneur, quand bien même il ne Nous aurait permis qu une tentative pleine de bonne volonté dans la direction par Nous entrevue (puisque le seul fait de pouvoir tenter de belles choses est un don de Dieu), mais elle se multiplie dans la mesure du succès dont il a plu au Maître de couronner son uvre ; succès vrai et succès grand.

    Ce succès, Nous nous hâtons de le dire et Nous le disons de tout cur, après Dieu, cest à vous que Nous le devons, Eminence, à vous qui fûtes dès le début, le confident de Nos désirs. Nous le devons aussi à vous, Evêques, Vicaires Apostoliques, Préfets Apostoliques, Missionnaires, Instituts religieux, Commission, et à tous ceux qui y ont travaillé avec une assiduité, une intelligence, une abnégation, que Nous avons pu admirer et encourager par notre approbation.

    Succès grand et multiple. Succès de préparation. alors que lExposition était à créer de toutes pièces, à commencer par les édifices qui devaient la recevoir : succès dexécution, en un laps de temps aussi court ; succès dadmiration enfin, et cela de la part de centaines de milliers de fidèles, dhommes de tous les partis, de toutes les fois, de toutes les idées ; admirations sans réserve, que bien souvent il Nous a été donné à Nous-même de constater.

    En ce nest pas un succès stérile, mais un succès efficace, riche de bienfaisants effets : idées éveillées, dilatées, portées pour la première fois en tant dintelligences, par ailleurs cultivées, qui ont pu acquérir un nouveau concept de lextension illimitée, de la profondeur insondable, de limmensité mondiale de luvre missionnaire.

    Et ces idées, que Nous avons eu bien souvent loccasion de voir sexprimer en sentiments dadmiration et de sympathie, ont produit aussi une riche moisson de résultats pratiques, par laccroissement des uvres missionnaires de secours et de soutien, par le tribut, plus beau encore et plus précieux, de tant de vocations apostoliques ardentes et généreuses.

    Mais il y a deux succès qui sont peut-être les plus précieux ou du moins parmi les plus précieux : lun sest manifesté dès avant louverture de lExposition ; lautre, qui demande encore bien du temps pour parvenir à maturité et porter des fruits, se dessine déjà à lhorizon. Le premier de ces succès, succès divin, cest une nouvelle démonstration pratique de luniversalité, de lunité et de la vitalité de IEglise de Dieu. Ce fut un vrai triomphe daffectueuse discipline, la plus belle et la plus précieuse de toutes, celle des esprits, des volontés et des curs. Il a suffi dun désir, dune parole, dun geste du Père commun des fidèles, pour que de toutes les parties du monde, même les plus éloignées, la réponse vînt avec une unanimité dintention, une promptitude dexécution, une richesse de générosité et dabnégation, qui seules pouvaient rendre possible cette Exposition, que le monde entier devait admirer. Succès où le Cur du Roi divin a dû trouver et trouve encore sa complaisance, parce quil démontre la concorde, la vitalité de son Corps mystique, de cette Eglise, objet de son amour.

    Mais il y eut un autre succès de plus longue maturité. LExposition Missionnaire a été et demeure comme un grand, un immense livre : chaque objet en est une page, une phrase, une ligne ; un grand livre et aussi une grande école pleine denseignements, davertissements, de suggestions. A une telle école évidemment il faut retourner pour apprendre tout ce quelle est capable denseigner. Un tel livre, riche de pages très précieuses, ne peut être lu en si peu de temps : il demande une étude longue et passionnée.

    Il est vrai cependant quil y a des enseignements qui vont de suite à lesprit et qui simposent, pour peu quon les lise dun il libre et serein. De ces enseignements il en est trois que Nous voulons relever Nous-même, parce quils sont de première importance et parce quils ont de merveilleux points de contact avec les origines mêmes de la Religion catholique, avec les débuts de la mission du premier Missionnaire, Notre-Seigneur Jésus- Christ missus a Deo, et des Apôtres, les premiers missionnaires envoyés par le Christ.

    LEvangile, en effet, nous montre jusquà lévidence que le divin Missionnaire accompagnait et pénétrait tout son apostolat de deux choses : le soin des malades et lamoureuse tendresse pour la jeunesse, de ladolescence à lenfance. La première littérature chrétienne, à commencer par les Actes et les Epîtres des Apôtres, jusquaux écrits des hommes apostoliques, nous montre à son tour que saint Paul et les autres Apôtres exeuntes per civitates et loca, episcopos et diaconos eorum qui credituri erant constituebant.

    Cétait le clergé indigène qui germait, comme par enchantement, sous la main des premiers Disciples.

    Soins hygiéniques et sanitaires, asiles pour lenfance et écoles pour la jeunesse, formation attentive du clergé indigène : voilà trois évidences, trois nécessités, que notre Exposition représente au vif et que la main de Dieu a mises dans les premiers fondements de luvre apostolique. Les missionnaires, qui prêchent Dieu aux payens qui lignorent, savent bien que partout où bat un cur humain, soigner les infirmes, instruire la jeunesse, cest se gagner lamour des hommes. Et ils ne sont pas moins persuadés de lévidente utilité, de la profonde nécessité de ces coopérateurs indigènes, qui, par la connaissance du pays, lidentité de race et de langue, sont des instruments aussi précieux quirremplaçables.

    Mais, outre ces enseignements de toute évidence, une infinité dautres indications, de suggestions, davertissements, sont contenus dans le grand livre que Nous avons ouvert avec lExposition Missionnaire : indication des moyens à préférer, des défauts à éviter, des dangers physiques et moraux à surmonter, indications qui révèlent la méthode juste et vraie, secret de tout succès.

    Cette dernière considération est celle qui faisait dire à tant de personnes quune telle école ne devait pas se fermer, quun tel livre ne devait pas être effeuillé, que ces pages précieuses ne devaient pas être dispersées au gré des vents ; quil faut, au contraire, que ce livre demeure pour pouvoir être étudié avec plus de soin et partant avec plus de profit.

    Nous sommes aussi joyeux que reconnaissant envers la bonté divine et envers les hommes de bonne volonté, ses instruments, de pouvoir dire et annoncer à tous que le livre ne sera pas effeuillé, que lécole ne sera pas fermée. Elle restera ouverte à Rome, centre de propulsion et de diffusion. Là pourront encore venir sinstruire ceux qui, dans les missions, seront un jour des guides et des chefs. Ils y apprendront les mesures nécessaires pour éliminer ou du moins diminuer, en les prévoyant et en les prévenant, les difficultés, les périls et, par dessus tout, les tristes conditions de climat at de vie qui trop souvent fauchent dans sa fleur le meilleur des forces missionnaires.

    Et ce sera un magnifique ensemble si, dans le Palais pontifical du Latran, un Musée missionnaire vient sajouter au Musée païen et au Musée chrétien, et si, près de lEglise mère de toutes les églises, les clartés de la foi qui illuminent le monde païen viennent rejoindre les clartés de la foi qui illuminèrent jadis Rome païenne.

    Et maintenant, Eminence, Nous voulons donner un témoignage visible de Notre paternelle satisfaction et de Notre paternelle reconnaissance. Ce sera par ces diplômes et ces médailles, que Nous remettrons de Notre main à tant de fils chéris, qui ont si grandement mérité pour cette uvre belle, bienfaisante et sainte. Et déjà Nous vous saluons, vous tous qui bientôt passerez devant Nous, et à tous Nous entendons adresser non pas seulement un geste muet, mais tout ce que le cur dun père peut suggérer pour des fils bons et méritants.

    Et pensez aussi quen vous voyant en Notre présence, nous verrons aussi passer devant Nous tous ceux qui ne sont pas ici, mais à qui va irrésistiblement Notre pensée la plus paternelle.

    Pendant que Nous appelons de la voix du cur les premiers artisans des joies magnifiques que le Seigneur Nous a procurées, que le divin Esprit leur accorde à tous, où quils soient dispersés et luttant sur les rives infidèles, de ce sentir en cet instant avec Nous, comme Nous Nous sentons avec eux : évêques vénérables et prêtres du Seigneur, vieillis, mais non abattus par les fatigues de lapostolat ; fleurs du sacerdoce quune mort prématurée a déjà fauchées ou fauchera bientôt, dans la ferveur dévorante de luvre sainte ; religieux et religieuses de tout habit, de tout nom, de tout lieu, tous formés selon le Cur du divin Missionnaire, Nous les voyons, Nous les saluons, et à eux les premiers va lexpression de Notre affection, de Notre reconnaissance, de Notre vénération.

    Quils sunissent à Nous, eux aussi, qui du divin Roi portent létendard jusquaux confins du monde, eux qui de son règne vont chaque jour, à toute heure, dilatant les frontières, et chantons ensemble un cantique damour au Roi adorable et très aimable : Regi sculorum immortali. honor et gloria in scula sculorum. Amen !

    Le discours de Sa Sainteté terminé, éclatèrent enthousiastes les acclamations à N.-S. J.-C. Roi : Regi sculorum immortali.

    Mgr Nogara, Secrétaire, lut alors le Motu proprio par lequel le Saint-Père institue la médaille Bene merenti et fixe les règles pour le port de cet insigne. La médaille, suspendue par un ruban jaune et rouge, porte au recto leffigie du Pape avec linscription Pius XI Pont. Max. Anno Sacro M. C. M. XXV, et, au verso, le globe terrestre reposant sur des nuées, surmonté dune croix resplendissante avec ces mots en exergue : De Chr. nomine propag. rebus in Vatic. Expositis. Des diplômes, les uns personnels, les autres destinés aux missions, accompagnent les médailles.

    La distribution fut faite par le Saint-Père lui-même. A lappel de Mgr Nogara, les membres des Commissions, parmi lesquels nous eûmes la joie de voir nommer les PP. Garnier et Mollat, reçurent les premiers le témoignage de la reconnaissance pontificale. Vinrent ensuite les Sociétés et Congrégations missionnaires, appelées par ordre de date de leur fondation. Notre Procureur général reçut la médaille et le diplôme pour la Société. Puis, quand le P. Beyls, représentant de nos Missions, vint sagenouiller aux pieds du Pontife, le Saint-Père, soupesant longuement des deux mains le lourd rouleau de diplômes et le volumineux paquet de médailles, daigna manifester sa satisfaction en disant : Voilà un beau témoignage pour votre Société

    La distribution finit par la remise des décorations et des diplômes personnels. A lappel de son nom le P. Beyls reçut la médaille Bene merenti ; le même insigne fut accordé au P. Mollat, qui a tant travaillé au début, ainsi quaux PP. Roche, Riouffreyt, Flachère et Fabre, qui ont prêté leur concours, mais ne pouvaient être présents à la cérémonie.

    Le Pape ajouta quelques paroles pour rappeler les religieuses missionnaires et adressa un touchant hommage aux femmes qui, se consacrant à luvre des Missions, nont pas pu participer à cette cérémonie, pareilles aux saintes femmes qui se dévouaient au service du Christ et ne sortirent de lombre quaux jours des épreuves et du martyre.

    A elles, à tous les missionnaires, aux amis des Missions, le Saint-Père, en terminant, accorda la Bénédiction Apostolique. Et tandis que le chur entonnait un dernier chant, le Pape se retirait bénissant, portant sur le visage une expression de profonde satisfaction.

    MONITUM

    La Revue Catholique des Idées et des Faits, qui se publie à Bruxelles, à inséré dans son n0 40 (25 décembre 1925) un article anonyme intitulé : SWAMI, PADRE et AHEB, auquel lun ou lautre de nos confrères pourrait être tenté de répondre.

    Je crois le silence préférable. Il ne faut, en effet, ni croire ni laisser croire que, sur la question du clergé indigène, nous en soyons encore à la période de polémique. Roma locuta est. Laccord entre catholiques est complet. Visiblement chacun fait de son mieux et le résultat densemble est déjà considérable. Ceux-là seuls qui cherchent une réclame, ou quun avertissement mérité des supérieurs a aigris, discutent encore et affectent dopposer une congrégation, une nationalité, à une autre congrégation, nationalité ou personnalité.

    Laissons tout cela séteindre et continuons notre uvre, sans nous étonner des contradictions, mais tenant pour certain que dores et déjà, sous la direction du Saint-Siège et dans lesprit même qui donnait naissance il y a 260 ans à notre Société des Missions-Étrangères, ce qui doit se faire se fait et ce qui devra se faire se prépare.

    J. DE GUEBRIANT, Supr.


    1926/237-244
    237-244
    Guebriant
    France
    1926
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