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Aux rives de lIrrawaddy 8 (Suite)

Aux rives de lIrrawaddy I. La grande lumière de lAsie. (Suite)
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    Aux rives de lIrrawaddy
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    I. La grande lumière de lAsie.
    (Suite)
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    Les peuples de lInde, ne loublions pas, se sont toujours distingués par leur esprit religieux et leur vie ascétique. Le grand rêve de tout Indien a toujours été de rendre service à son pays en essayant de résoudre lénigme du mal, de la souffrance, de la mort. Nous rencontrons le long des siècles toute une série de ces guides religieux, depuis Parsvanatha, Mahavira, Buddha, Kapila, Pantajali, Shankara, Ramanuja.... jusquà nos jours le célèbre Gandhi, le nouveau réformateur de lInde. Ce trait national sest trouvé plus marqué à certaines époques de son histoire quà dautres. Cest ainsi quau 8e, 7e, et 6e siècle avant J. C., le nord de lInde devint. un foyer intense dactivité religieuse. Les Brahmes, avec leurs sacrifices révoltants, en furent probablement la cause. Leurs autels étaient inondés du sang des victimes, et, partout où un brahme exerçait ses fonctions, montait la fumée du sacrifice. Leurs conquêtes finies, les Kshatryas, ou la race des guerriers, avaient tout le loisir voulu pour penser et réfléchir. Les premiers ils levèrent létendard de la révolte.

    A lépoque où naquit le Bouddha, la coutume était courante, chez beaucoup dIndiens, de quitter leur foyer pour aller mener une vie dascète dans la forêt, en compagnie seulement des animaux de la création. Avec le temps, la forêt devint une vraie résidence dermites. Le mouvement une fois donné, ce ne furent plus seulement des individus isolés qui se livrèrent à ce genre de vie, mai des communautés régulières commencèrent à sétablir. Nous lisons dans la vie de Mahavira quil fut dabord un ascète de lordre d Parsvanatha, fondé au 8me siècle avant J. C., et que Gaudama était lun de ces prédicateurs et maîtres, qui se dirent le Bouddha pour enseigner le peuple de cette époque. De la même école sortait son cousin Devadatta, qui plus tard combattit lenseignement de Gaudama lui-même. Après un temps de formation suffisamment long, ces ascètes quittaient leurs solitudes, et, revêtus de leurs habits jaunes, ou souvent dun simple morceau détoffe autour des reins, ils allaient enseigner les découvertes quils avaient faites, pour résoudre le difficile problème de la souffrance et de la mort. Lon nous dit quau temps de Gaudama il y avait 62 écoles de philosophie dans lInde.

    Ceci dit, cest dans le pays et dans la maison des Sakyas (les Puissants), nous dit M. H. Oldenberg dont, tout en labrégeant, nous citons presque littéralement le récit, que naissait, vers le milieu du VIe siècle avant lère chrétienne, un enfant de race noble, auquel on donna le nom de Siddhattha. Outre ce nom, quil semble avoir porté dans le cercle de la famille, il en a dautres qui ont acquis plus de célébrité. Moine errant, promenant ses prédications à travers lInde, il était pour ses contemporains lascète Gaudama, surnom que, selon la coutume des nobles maisons indiennes, les Sakyas avaient emprunté à lune des antiques familles de poètes védiques ; pour nous, un des noms de ce personnage, le plus illustre de tous les Indiens, nous est plus familier quaucun autre, cest celui de Bouddha, cest-à-dire Celui qui sest éveillé, Celui qui sait. Ce nétait pas là un véritable nom propre ; dans la bouche de ses fidèles, ce terme exprimait la dignité que lui conférait le dogme pour avoir vaincu lerreur et découvert la vérité, source de salut... Quant à la dénomination Sakyamouni ou Sage de la maison des Sakyas, appliquée à Gaudama Bouddha, elle appartient à la langue poétique, et la plus ancienne littérature ne semble pas lavoir connue.

    Nous pouvons déterminer, avec assez de précision, sur la carte de lInde, le pays natal du Bouddha.

    Entre les contreforts de lHimayala dans le Népal et le cours moyen de la Rapti, qui arrose la partie nord-est de la province dOudh, sétend une bande de terre plate et fertile, large denviron trente milles anglais, pleine de lacs poissonneux, sillonnée de nombreuses rivières promptes à déborder. Tel était le domaine assez restreint, dont les Sakyas étaient les seigneurs et les maîtres. A lest, la Rohini les séparait de leurs voisins ; encore aujourdhui cette rivière a gardé le nom quelle portait il y a plus de deux mille ans. A louest et au sud, la domination des Sakyas a dû sétendre jusquà la Rapti ou peu sen faut.

    LEtat des Sakyas était une de ces petites principautés aristocratiques comme il sen était conservé beaucoup sur les frontières des grandes monarchies indiennes. Nous nous en ferons une idée assez juste en voyant dans les Sakyas quelque chose comme les précurseurs de ces familles Radjpoutes modernes, qui ont souvent réussi à maintenir leur indépendance dans des luttes à main armée contre les Rajas voisins...

    Le Bouddha nest donc pas fils de roi. Sans doute, à la tête de cette constitution aristocratique il y avait effectivement un chef, établi nous ne savons daprès quelles règles et qui portait le titre de roi ; dans lespèce, ce titre ne devait guère désigner autre chose que la situation dun primus inter pares... Il nous faut voir dans Souddhodana (le père du Bouddha) tout simplement un de ces grands et riches propriétaires fonciers, que comptait la race des Sakyas ; ce sont seulement les légendes postérieures qui en ont fait le grand roi Souddhodana...

    Mâyâ fut sa mère. Elle appartenait également à la famille des Sakyas ; elle mourut prématurément, nous dit-on, sept jours après la naissance de son fils. Sa sur Mahâpajâpatî, seconde épouse de Souddhodana, tint lieu de mère à lenfant.

    Le récit traditionnel, daccord sans doute avec la vérité, veut que le jeune noble ait passé sa jeunesse dans la capitale des Sakyas, à Kapilavathou, ville sans importance...

    De lenfance du Bouddha nous ne savons presque rien.
    Tout jeune homme riche et de qualité devait, à cette époque, pour tenir son rang, posséder au moins trois palais : lun pour lhiver, lun pour lété, lautre pour la saison des pluies. On dit que le futur Bouddha aurait passé sa jeunesse dans trois palais semblables.

    On nous dit encore quil fut marié. Neût-il quune seule épouse ?... Un fils lui serait né, Rahoula, qui plus tard serait devenu membre de son ordre.

    Ces maigres détails sont les seuls qui méritent créance sur la jeunesse du Bouddha.

    Sous quelle influence quitta-t-il la maison paternelle ? Mystère. A quelle occasion échangea-t-il son riche habit de prince contre les haillons dun mendiant ? Quel symbole profond lui révéla le chemin qui mène à laffranchissement de la douleur ? Cest ce quon voulut exprimer en paraboles ; et alors on inventa, ou plutôt on appliqua au jeune Gaudama une légende répétée par la tradition au sujet dun des Bouddhas du temps passé : cest lhistoire bien connue des quatre promenades du jeune homme aux jardins situés hors de la ville. Dans ces sorties, les images de la vanité des choses terrestres se présentent successivement à lui sous la figure dun vieillard sans soutien, dun homme gravement malade et dun mort ; en dernier lieu il rencontre en la personne dun moine, qui va la tête rasée et vêtu de jaune, le symbole heureux de lêtre, affranchi de toutes les douleurs que cause la fragilité des choses. Cest de cette tradition que les récits posthumes tirèrent lépisode de la fuite de Gaudama hors de sa terre natale ; les primitifs ne savent rien de tout cela. Il semble établi que, au moment où Gaudama quitta sa maison pour embrasser la vie religieuse, il était âgé de vingt-neuf ans....

    Pendant sept ans il cherche sa voie, suit les leçons des ascètes du jour, se mortifie, garde les attitudes prescrites pour obtenir labsorption en soi. Il ne trouve pas la paix, abandonne ces maîtres, prend le bâton de pèlerin et part pour le pays de Magadha. A Ourouvéla, pays de rêve, il séjourne plusieurs années, pratiquant les plus austères macérations. Il était assis, selon quil le dit lui-même, la langue appuyée contre le palais, fixant, pressurant, torturant fortement sa pensée ; et il attendait linstant où lui viendrait lIllumination surnaturelle. Elle ne venait pas. Il redouble de macérations, il sabstient de nourriture. Son corps est épuisé, et il se sent toujours aussi loin du but. Il rompt avec toutes ces austérités, reprend de la nourriture ; scandalisés, les compagnons, que sa vie si surprenante avait attirés, le quittent.

    Une nuit, nous racontent les anciennes traditions, survint linstant décisif qui allait changer lorientation de sa vie. Il était assis sous un arbre que lon appela depuis larbre de la Science: dans ses efforts pour abolir la conscience de sa personnalité, il traversait des états dâme de plus en plus purs. Soudain, son esprit sillumine et tout lui fut révélé. Dans une intuition, à laquelle rien néchappait, il crut reconnaître légarement des âmes engagées dans le cercle des renaissances, il crut savoir de quelles sources coulait la douleur du monde, et par quelle voie on arriverait à lextinction de cette douleur. Voici ce quil aurait dit lui-même en parlant de cet instant : Tandis que je faisais ces découvertes et que je me livrais à ces contemplations, mon âme était délivrée du péché de convoitise, délivrée du péché dattachement aux choses terrestres, délivrée du péché derreur, délivrée du péché dignorance. Dans le délivré séveilla la connaissance de la délivrance ; la nécessité de renaître est abolie, la sainteté atteinte, le devoir rempli, je ne reviendrai plus dans ce monde : voilà ce que je connus.

    De cet instant les Bouddhistes font dater une ère nouvelle dans la vie de leur maître comme dans celle du monde et des dieux : lascète Gaudama était devenu le Bouddha, lIlluminé. Cette nuit, que le Bouddha a passée sous larbre de la Science, au bord de la Néranjarâ, est la nuit sainte du monde Bouddhique.

    (A suivre) A. DARNE,
    Miss. de Birmanie Sept.
    1927/680-684
    680-684
    Darne
    Birmanie
    1927
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