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Aux rives de lIrrawaddy 1

Aux rives de lIrrawaddy Le pays à vol doiseau.
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    Aux rives de lIrrawaddy

    Le pays à vol doiseau.

    Létranger qui pour la première fois visite la Birmanie suit généralement la grande voie maritime dExtrême-Orient jusquà Colombo. De là quatre jours de traversée vers le nord-est lamènent dans les eaux limoneuses des multiples bouches de lIrrawaddy. A lentrée de celle qui conduit à Rangoon, le pilote monte à bord et, sous sa main expérimentée, le vaisseau, remontant le courant, évite les perfides bancs de sable qui constamment se déplacent. Occupée jusquici à admirer les sinueuses rizières qui sétendent à perte de vue sur les deux rives, deux objets attirent bientôt lattention du voyageur : la grande pagode dorée de Shwé-Dagon, et les tours de la cathédrale catholique de Rangoon. Encore deux ou trois heures, et il débarque dans la capitale moderne du pays, une de ces villes champignons, hameau il y a soixante ans, cité approchant le demi-million aujourdhui. Sattend-il à se trouver ici dans un milieu birman, il sera déçu ; car Rangoon, comme dailleurs tous les grands ports de lOrient, possède une population très hétérogène : lélément indien et chinois domine sur les quais, dans les rues et dans les boutiques. Va-t-il le soir se promener aux alentours des nombreux cinémas : là il trouvera, formant la grande majorité, le Birman, qui raffole de ces sortes de spectacles, de tous les spectacles.

    Bibliographie

    Bigandet : La Légende de Gaudama.
    Oldenberg : Le Bouddha.
    Sangermano: The Burmese Empire.
    Aiken, S.T. D. : The Dhamma of Gotama.
    Nisbet: Burma under British Rule and before.
    Shway Yoe : The Burman, his Life and Notions.
    Grant Brown : Burma as I saw it.
    Harvey : History of Burma.
    Scott (Sir): Burma.
    Enriquez : A Burmese Enchantment.

    Twenthieth Century Impressions of Burma.
    The Journal of the Burma Research Society (1912-26).


    Mais nanticipons pas. Jetons dabord un coup dil densemble sur le pays. Imaginez un parallélogramme plutôt irrégulier, dont les diagonales, se dirigeant sensiblement nord et sud, est et ouest, mesureraient approximativement 1400 et 1100 kilomètres ; au côté sud-est ajoutez un long ruban de 500 kilomètres, avec une largeur variant de 20 à 150 kilomètres : vous avez la Birmanie. Le ruban, cest la province de Ténassérim, qui occupe le côté ouest de la presquîle de Malaisie jusquà la pointe Victoria ; lautre côté appartient au Siam. La surface totale du pays est de 620.000 kilomètres carrés ; sa population de 13 millions dhabitants.

    Jusquà ces 60 dernières années, qui ont vu larrivée des commerçants européens et chinois, la Birmanie neut que très peu de rapports avec lextérieur. Entouré, en effet, à lest, au nord, à louest, par un mur presque ininterrompu de montagnes, le pays est pratiquement inabordable. De lHimalaya au nord jusquau cap Négrais au sud-ouest court la chaîne de lArakan-Yoma, obstacle formidable, séparant la Birmanie de lInde, dont les ingénieurs des chemins de fer nont pas encore réussi à triompher. Au nord encore, nous trouvons une masse énorme, éperon de lHimalaya, qui sétend en éventail pour couvrir toute lIndochine de montagnes parallèles, séparées par des vallées de 1000 et 1500 mètres de profondeur, où coulent lIrrawaddy, la Salouen, le Ménam, le Mékong, déversant leurs eaux dans le golfe de Martaban, le golfe de Siam ou la mer de Chine. Ces obstacles naturels ont rendu et rendent encore très difficile toute communication avec les contrées avoisinantes.

    LIrrawaddy. La vraie Birmanie nest après tout que le bassin de ce fleuve, qui prend sa source dans les régions inexplorées du nord, où la frontière est sagement indéfinie. Le pays grandi à mesure que les moyens de transport permettent aux Anglais détendre leur contrôle plus loin.

    Torrents indomptés sur un parcours de 200 à 300 kilomètres, les affluents convergent vers Myitkyina, et là commence la navigation sur le fleuve, pour continuer jusquà la mer sur une longueur de 1400 kilomètres. A trois reprises, limmense rivière se rétrécit et coule dans des défilés dun pittoresque remarquable : les montagnes qui forment ici les rives mêmes du fleuve le surplombent de 400 à 500 mètres. Ce nest que vers le milieu de son cours, alors quil promène paresseusement ses eaux dans la plaine, que lIrrawaddy reçoit ses plus importants affluents : à droite, le Myitngè et le Chindwin ; à gauche, le Shwéli et le Taping. Cest là aussi que furent les anciennes capitales : Tagaung, Pagan, Sagaing, Ava, Amarapura, Mandalay et dautres encore, ont tour à tour été à lhonneur. Quiconque visite Mandalay, la dernière résidence des rois birmans, ne sétonnera guère de ces changements. Que leur en coûtait-il ? Le teck des forêts fournissait le bois, le peuple, corvéable à merci, le travail ; les plans à exécuter étaient partout les mêmes ; aussi en deux ans une nouvelle capitale était-elle fondée. Une maladie, un songe du roi, dautres augures, tels que vols et cris doiseaux, étaient pour les devins des raisons suffisantes pour conseiller au souverain un déplacement, surtout lorsque celui-ci le désirait. Le jeune roi Mindon Min rêve une nuit que lherbe de Mandalay Hill est entre toutes la meilleure pour nourrir les éléphants royaux : il abandonne Amarapura, et tout de neuf fonde en 1857, la ville de Mandalay, la dernière capitale de lempire birman.

    En aval de cette ville le grand fleuve, dont le courant se ralentit en sélargissant, coule entre les chaînes parallèles de lArakan-Yoma et Pégu-Yoma, et ne reçoit désormais que de petits affluents. Les bateaux de lIrrawaddy flotilla (Messageries Fluviales de la Birmanie) desservent les villes riveraines, entre autres Myingyan, riche en coton ; Pakokku, fameux pour ses pirogues ; Yenangyaung, dont le nom signifie ruisseau de pétrole: Thayetmyo, la ville aux mangues ; Prome, ancienne capitale, où lune des plus fameuses pagodes de Birmanie est encore le centre dun grand pèlerinage : Henzada, où commence le riche delta.

    Des routes, au sens où nous lentendons, vous nen trouverez guère. Par contre, les voies ferrées, bien quinsuffisamment développées, relient entre eux les centres principaux.

    Le Climat. De mai à octobre, saison des pluies ; de novembre à mai, saison sèche. La quantité de pluie est loin dêtre partout la même. Le sud, limitrophe de la mer, en enregistre 2 mètres 50 ; il en tombe même jusquà 5 mètres en quelques endroits. Les montagnes du nord et de lest en reçoivent 1 m. 80, tandis que les plaines du centre doivent se contenter de 50 ou 60 centimètres pour toute lannée, quantité infime, si lon considère que nous sommes sous les tropiques et que le thermomètre monte parfois jusquà 460 à lombre. Les mois de décembre, janvier et février sont les plus agréables ; cest la saison des globe-trotters.

    Les Anglais. La Birmanie est un pays neuf et riche. Les Anglais, tout le monde le sait, sont des gens éminemment pratiques.

    Personne ne supposera quils prennent possession dune région uniquement pour admirer la beauté du paysage. Les écus sonnants et trébuchants les intéressent bien aussi ; lauri sacra fames les tourmente quelque peu. Forte et bien disciplinée, la cavalerie de Saint-Georges sonne souvent la chage et la sonne bien. Aussi les voyons-nous, dès 1824, se faire céder par le traité de Yandabu, le Ténassérim et lArakan. Dans une seconde expédition (1852), ils annexent Pegu et Martaban. En 1885, les Français, que le voisinage des Anglais inquiète, signent enfin une convention franco-birmane sur le tapis depuis 1873. Ils vont fonder une banque à Mandalay, obtenir du jeune roi Thibaw des concessions de chemins de fer, lexploitation des mines de rubis de Mogok, etc. Leur entreprise échoue par la révoltante indélicatesse dun Italien chargé de la poste royale, lequel ouvrait la correspondance du Consulat de France et la communiquait au gouvernement anglais.

    Prenant occasion de massacres à la Cour, lors de laccession au trône du jeune roi Thibaw, de manquements à létiquette envers leurs représentants au palais royal, dune amende imposée par le monarque à la Bombay Burma Trading Corporation, amende quils jugeaient exorbitante, les Anglais déclarent la guerre au jeune souverain et, tambour battant, sans tirer un coup de fusil, occupent la capitale et annexent la Haute Birmanie (1er Janvier 1886) aux dominions de la couronne dAngleterre. Massacres et amende ne furent quun prétexte : la vraie cause était la prépondérance que les Français prenaient dans les affaires du haut pays, et la crainte, assez fondée peut-être, quavaient les Anglais de le voir à tout jamais séchapper de leurs mains.

    Aujourdhui les seuls représentants de la France en Birmanie sont une poignée de missionnaires de la Société des Missions-Étrangères de Paris, quelques Frères des Ecoles chrétiennes, des Surs de Saint-Joseph de lApparition, des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, des Petites-Surs des Pauvres, vivant tous en bonne harmonie avec le gouvernement anglais, qui les aide et les soutient dans leurs uvres de bienfaisance.

    Les Produits. Est-il venu dans un but commercial ? Notre voyageur trouvera en quantité riz, pétrole, bois de construction, jade et rubis, plomb et argent, étain, caoutchouc, etc. Pays de treize millions dhabitants, nous lavons dit, la Birmanie produit assez de riz pour en nourrir trente. LInde, la Chine, Ceylan, les Détroits, sapprovisionnent largement ici. Toutes les rivières, toutes les lignes de chemin de fer, servent à acheminer le précieux grain vers les ports de Rangoon, de Bassein, de Moulmein. Le commerce en gros est entre les mains des étrangers, Anglais, Chinois ou Indiens.

    Le pétrole vient en seconde ligne. La région pétrolifère, assez limités, se trouve sur les rives de lIrrawaddy, à mi-chemin entre Rangoon et Mandalay. Là deux milliers de puits déversent journellement 15.000 barils de pétrole brut, qui sen va par de grandes conduites jusquà Syriam, près de Rangoon, où il est raffiné et transformé en huiles de toutes qualités. La grande compagnie écossaise Burma Oil Co fait de très bonnes affaires malgré les gros salaires ( 10 à 15 dollars par jour) payés aux drillers américains spécialisés dans le forage des puits à pétrole.

    Les Américains, on les rencontre aussi au nord-est, dans les montagnes shans, occupés à extraire le plomb et largent des mines de Namtu. On arrive à ces mines en traversant le grand viaduc de Goteik, construit aussi par des Américains, qui serait le second au monde pour la hauteur,

    Cest par milliers de tonnes que la Birmanie exporte le fameux bois de teck, très employé pour travaux de tous genres. Les fourmis blanches ne lattaquent pas, et il est facile à travailler.

    La faune. La chasse a-t-elle des attraits pour notre hôte ? Il pourra amplement satisfaire son goût aux rives de lIrrawaddy, où le gibier gros et menu abonde. Le menu : lapins, lièvres, perdrix, coqs de bruyère, daims, canards sauvages, pullulent en maints endroits. Le gros : il peut sattaquer au sanglier, au cerf, au saïng, espèce de buf sauvage, au bison, au buffle de la jungle, à lours, enfin à léléphant, à la panthère et au tigre, qui infestent les régions boisées du delta et de la montagne.

    Voilà un rapide aperçu, incomplet sans doute, de ce beau pays quest la Birmanie, mais suffisant, nous lespérons, pour faciliter au lecteur lintelligence de ce qui suit.

    Et tout dabord quels furent les peuples qui, descendant du grand plateau central de lAsie, vinrent sétablir aux rives de lIrrawaddy ?

    Les principales Races.

    Il faudrait avoir à coup sûr lintuition de lhistoire pour démêler lécheveau embrouillé que forment les peuples habitant la Birmanie. Bien voilée, en effet, reste encore laube de leurs origines, et les conjectures sont jusquici beaucoup plus nombreuses que les faits acquis. Eux-mêmes ignorent tout de leur passé, ou plutôt nen connaissent que le côté légendaire : omne ignotum Pro magnifico.

    Essayons de soulever un coin du rideau et faisons rapidement passer sur lécran le film des grandes vagues migratrices qui, au cours des siècles, ont envahi le pays.

    On ne connaît absolument rien des habitants primitifs de la Birmanie. Une étude comparative des langues permet de conjecturer que, à une époque indéterminée, la majeure partie de la population de cette région était apparentée aux races munda de lInde, les rapports linguistiques de ces races avec les Mon-khmers de lIndochine ayant été sérieusement établis. Une langue-mère sétendait originairement sur un immense territoire ; on la rencontre encore de nos jours, mêlée aux langues parlées en Assam, en Birmanie, au Siam, au Cambodge, en Annam, et dans lInde centrale. On en trouve des traces dans les idiomes des aborigènes de lAustralie.

    Les races qui parlèrent cette langue fondamentale nexistent plus : elles se sont fondues dans les races mon-khmers qui, les premières, descendirent du plateau de lAsie centrale vers le sud.

    1o Immigration mon-khmer. Il est probable que la vague principale de cette immigration descendit, en suivant la vallée du Mékong, jusque dans la Chine du sud, le Cambodge et le Siam. Elle pénétra en Birmanie très probablement du côté de lest, traversa la Salouen, lIrrawaddy et la vallée du Chindwin jusquen Asam. Les données linguistiques semblent montrer que la langue mon-khmer a dû être parlée à une certaine époque dans toute lIndochine. En Birmanie, les Mon-khmers samalgamèrent avec les habitants munda qui sy trouvaient déjà, et la fusion des deux races produisit la population talaïng quon trouve encore au sud du pays. Les Mon-khmers furent plus tard repoussés du nord vers le bas pays par les vagues dimmigration thibéto-birmanes et shans. En Birmanie les seuls représentants de ces anciens Mon-khmers sont, outre Talaïngs, les Wa-palaungs dans les Etats shans, et quelques tribus de Miao, de Yao, dans les Etats shans de lest. Les descendants actuels des vieux Mon-khmers sont les Cambodgiens.

    2 o Immigration thibéto-birmane. Elle forme la seconde vague dimmigration qui sétendit sur la Birmanie. On admit pendant longtemps quelle venait des plateaux du Thibet. Lopinion générale de nos jours, et probablement la mieux fondée, est que cette migration partit de la région entre la source du Yangtse-kiang (Fleuve Bleu) et du Houang-ho (Fleuve Jaune). Les tribus qui la formaient, en atteignant le haut cours de lIrrawaddy et de la rivière Chindwin, se divisèrent en cinq branches, dévalant du Thibet dans lAssam, sur les collines entre la Birmanie et lAssam, dans la vallée de lIrrawaddy et dans celles de la Salouen et du Mékong. Les deux derniers groupes se divisèrent en Thibéto-Birmans orientaux et Thibéto-Birmans occidentaux. Des Thibéto-Birmans occidentaux, les Chins arrivèrent certainement les premiers, et sétendirent graduellement vers le sud du versant Irrawaddy-Brahmapoutre jusque dans les collines longeant la baie du Bengale. Les Katchins arrivèrent beaucoup plus tard et poussèrent lentement vers le sud et vers lest, absorbant sur leur passage les restes dispersés des races qui les avaient précédés.

    Des thibéto-Birmans orientaux, ceux que nous appelons maintenant Birmans évoluèrent dans la vallée de lIrrawaddy. Après sêtre séparés des autres vagues dimmigration, ils continuèrent leur chemin en suivant la vallée du NMaïka, cest-à-dire la branche orientale de lIrrawaddy. Les Marus, les Lashis, les Tsis et les Hpons sont des tribus de même race laissées en arrière dans ce mouvement vers le sud. Celles qui poursuivirent leur route arrivèrent dans la partie de la vallée de lIrrawaddy alors occupée par les Mon-khmers, qui furent balayés et repoussés par les Birmans jusquau bord de la mer. Ces tribus birmanes étendirent leur influence vers le sud, jusquà Prome. Mais, entre Prome et la mer, la branche Môn ou Talaïngr des Mon-khmers, après sa fusion avec les races Munda, dont on a parlé plus haut, sétablit si fortement dans le delta quelle endigua la poussée jusque là irrésistible des Birmans. La vallée de lIrrawaddy se trouva ainsi divisée entre deux peuples : la partie supérieure resta occupée par les Birmans, la partie inférieure, cest-à-dire la plaine du delta, demeura en la possession des Talaïngs. Seul un groupe birman savança vers le sud-ouest dans lArakan.

    3o Immigration siamo-chinoise. Beaucoup moins connus sont lorigine des Carians, leur habitat primitif, lépoque de leur immigration, les routes quils suivirent. Ils appartiennent, comme les Shans, à la famille Siamo-chinoise, mais leur migration précède celle de ces derniers. Que sont-ils au juste ? Doù viennent-ils ? Toutes les suppositions ont été faites. Il est probable cependant quils descendent du berceau commun à toutes les races indochinoises, le plateau de la Chine occidentale. Ils ont paisiblement progressé, évitant tout contact dangereux avec les tribus rencontrés sur leur chemin. Ils ont préféré les difficultés de la brousse et des régions inhabitées aux dangers trop évidents dun conflit avec les autres races. Cette persistance à éviter les risques de labsorption ou de la destruction les amena à sétablir à lextrémité sud des Etats shans-birmans au nord de la Karenni, sétendant peu à peu, vers le sud et vers louest, dans les plaines du delta et les collines du Ténassérim, près de la mer.

    La descente des Shans en Birmanie nest pas une migration proprement dite. Ils sarrêtèrent dabord au Yunnan, où ils formèrent le puissant royaume de Nan-Chao, avec Tali pour capitale, et ce nest que vers le cinquième ou le sixième siècle de notre ère quils sétablirent définitivement dans la vallée du Shwéli, près de Bhamo. De ce centre ils pénétrèrent dans la haute vallée de lIrrawaddy au nord-ouest dans lAssam et la vallée du Chindwin, au sud et au sud-est dans les Etats shans actuels. Lors de leur expulsion de la Chine par Kublai-khan en 1257, ils fondèrent un royaume assez puissant dans la vallée du Shwéli, où ils se maintinrent pendant plusieurs siècles. Le roi birman Alaungpra, en 1757, mit fin à leur influence politique en Birmanie. 1

    1. Renseignements fournis par M. Charles Duroiselle, le savant archéologue et épigraphiste de la Birman.


    Tableau des principales races
    dans lordre de leur immigration.


    Famille Branches Groupes
    ___ ___ ___

    Talaing
    Mon-khmer Palaung-Wa

    Chin
    Occidentale Katchin

    Thibéto-birmane Birman
    Orientale Katchin hybride
    Lolo

    Sinitique Carian
    Siamo-choinoise Tai Shan


    Ainsi pas de race unique, pas de population homogène en Birmanie, mais un chaos de tribus et de peuplades se frayant de divers côtés, à travers les âges, un passage vers les plaines fertiles du pays. Pas de chefs non plus, au début, pour les guider dans leur marche. Pendant des siècles nous assistons à des chassés-croisés continuels. Ce nest quen 1044 que lhistoire du pays commence à séclaircir suffisamment pour permettre den tracer à peu près sûrement les grands contours. A cette époque, Anawratha monte sur le trône de Pagan, unifie les races, réforme le bouddhisme, bâtit les fameuses pagodes qui restent encore la gloire de son ancienne capitale, et meurt en 1077. Il est le fondateur du premier empire birman, qui dure jusquen 1302. Shans et Chinois envahissent alors la Birmanie et, sous divers rois et en différentes capitales, la gouvernent jusquen 1540. Deux fils du sol, Tabin Shwédi et Baying Maung, chassent les étrangers et fondent à Pégu le second empire birman (1540-1740). Les Talaings se soulèvent, déclarent Pégu royaume indépendant, attaquent les Birmans réfugiés à Ava et sen emparent en 1752. Alors paraît sur la scène de lhistoire de Birmanie, le fameux Alaungpra, qui, de simple chef de village, réussit, par son audace et ses talents militaires, à ceindre la couronne et fonda la dernière dynastie birmane (1757-1885). En cinq ans il soumit à ses armes les peuples du sud et du delta. Obligés de céder à la force, ils se mirent peu à peu, à parler la langue du vainqueur, à suivre ses us et coutumes, à se dire et à sappeler Birmans. Ils font dériver leur nom de Brahma, nom que les premiers colons indiens leur donnèrent et quils adoptèrent eux-mêmes. Les livres sacrés du bouddhisme lemploient pour parler des premiers habitants de la terre. On lécrit de nos jours Myamma, mais lon prononce Bama. De savants philologues ont contesté lorigine de ce nom et en ont cherché dautres... Puisque les Birmans tiennent à celle-ci, ne les chicanons pas.

    En réalité le Birman birmanisant se trouve, en Haute-Birmanie, dans les seuls districts de Shwébo, Sagaïng, Kyauksé, dans les villes dAva, Amarapura et Mandalay.

    Lui seul sera lobjet de notre modeste travail.

    (A suivre)
    A DARNE,
    Miss. de
    Birmanie Sept.


    1927/157-166
    157-166
    Darne
    Birmanie
    1927
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