Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Aux Indes 1

Aux Indes Pas de Chance. Le Bulletin de juin a appris à ses lecteurs le jeûne de 21 jours de notre Mahatma Gandhi, pour sa purification personnelle et lavancement de la grande cause à laquelle, on peut le dire en toute vérité, il a consacré sa vie, tous les instants de sa vie. Bref, il en est sorti affaibli, mais vivant et victorieux, avec les félicitations du jury. Jeûne rigoureux certes, abstention de toute nourriture solide ou liquide, excepté toutefois la citronnade, leau de Vichy, leau additionnée de sulfate de soude, etc
Add this

    Aux Indes
    Pas de Chance.

    Le Bulletin de juin a appris à ses lecteurs le jeûne de 21 jours de notre Mahatma Gandhi, pour sa purification personnelle et lavancement de la grande cause à laquelle, on peut le dire en toute vérité, il a consacré sa vie, tous les instants de sa vie. Bref, il en est sorti affaibli, mais vivant et victorieux, avec les félicitations du jury.

    Jeûne rigoureux certes, abstention de toute nourriture solide ou liquide, excepté toutefois la citronnade, leau de Vichy, leau additionnée de sulfate de soude, etc

    Il a fallu au pénitent du courage, de lénergie, du cran pour tenir jusquau bout, car son entourage na pas manqué dinsister, à plusieurs reprises, pour lui faire abandonner son projet. Vains efforts : reconnaissons à notre héros au moins. de lentêtement.

    Le 21ème jour et dernier jour du jeûne fut célébré dans toute lInde à linstar dune fête nationale ; processions, illuminations, musique, pétards, etc.... Les journalistes en termes lyriques chantèrent dans leurs colonnes les gloires de leur Grand Homme.

    Cependant ce jeûne ne ressemblait en rien à celui des solitaires de la Thébaïde. Toute activité, tout travail, voire même intellectuel, lui était interdit. Couché sur sa natte, entouré de sommités médicales indiennes, qui le surveillaient de très près et publiaient chaque jour deux bulletins de santé, Gandhi se montra beau joueur jusquau bout.

    Son jeûne terminé, mis en liberté, que va-t-il faire ? Ses partisans sont suspendus à ses lèvres, attendant le mot dordre quelles vont proférer. On a beau être Mahatma, avant tout, il faut être pratique. Laissez-moi reprendre mes forces et attendre la Parole, manifestation de la volonté dEn Haut. Les célébrités médicales qui lentourent prêchent, elles aussi, la patience.

    La faiblesse commençant à disparaître, Gandhi, en bon père de famille, songe à marier son fils Tevadas ; une jeune brahmine du sud de lInde lui est promise, à lui homme du nord et pas brahme. Le mariage est annoncé à lavance dans les journaux ainsi que la date de la célébration, sans commentaire aucun. Il fut célébré par le pandit (prêtre) le plus orthodoxe, daprès les rites védiques et satraïes les plus purs. Gandhi père y alla de son petit speech aux nouveaux époux. Hé ! ma foi ! cétait bien. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ; de toutes les provinces les Ki jai pleuvaient télégraphiquement sur le nouveau couple. Un triomphe ! Mais, en tous pays, la roche Tarpéienne est près du Capitole. Oyez plutôt ! Un beau matin, dans les colonnes dun journal, dans une lettre ouverte à Gandhi, un sanatanist cest-à-dire un orthodoxe de la plus belle eau, reprocha à Gandhi davoir fait un mariage en la plus flagrante contradiction avec les rites védiques et les cérémonies millénaires en usage dans lInde. On a beau être Mahatma, on nest pas dispensé pour cela de suivre les coutumes des ancêtres.

    Gandhi est un homme prudent, il encaissa, sans rien dire, lui qui a réponse à tout. En même temps, un brahme du sud, encore dans les journaux, reprocha, sur un ton virulent et qui frise limpolitesse, au père de la fiancée davoir donné sa fille à un non brahme et par le fait même davoir déshonoré la caste des brahmes. Celui-ci encaissa aussi sans rien dire. Pauvre Gandhi ! pas de chance !

    Voyons maintenant si, dans son domaine à lui, disons son royaume, car il a régné en maître et fait la pluie et le beau temps, en politique, il a eu plus de chance. Hélas ! cest la série noire, la déveine la plus complète, en attendant la déroute prochaine.

    Son fils marié, ne croyez pas que Gandhi, en bon père qui a marié toutes ses filles, va, les mains dans les poches, vivre en dilettante et sendormir sur le mol oreiller dont Montaigne parle quelque part. Il va reprendre la lutte, poursuivre son idée. Il annonce sa rentrée dans la vie politique Votre plan ? lui crie-t-on de toutes parts, lancien ou un nouveau ? Nouveau, répond-il. Lequel ? Je ne sais pas encore, je ne suis pas fixé, mais quand le fiat lux aura été dit, vous saurez ! Mais Gandhi ne marche jamais seul. Il sabrite et abrite ses décisions sous lautorité du Congrès national indien dont il fut le créateur et longtemps président, et dont il est resté lâme. Or, le Congrès a été déclaré assemblée illégale par le gouvernement, et toute tentative pour le réunir a été sévèrement réprimée, et ses membres condamnés à de longs termes demprisonnement. Encore un point dappui qui fait faux bond au Mahatma. Pas de chance, une fois de plus ! Mais il y a le Comité exécutif du Congrès qui officieusement est resté en fonction. Hé bien ! on le convoquera, et, convoqué, se réunit à huis clos, en séances secrètes ; secret de Polichinelle, car dès la première séance, les journaux annoncèrent des divisions dans le Comité ; Gandhi dun côté et Master Ancy, le président actuel, de lautre ne sentendaient pas. Quel était le brandon de discorde ? Nul ne saurait le dire nettement. Le Comité se dispersa et ... ici, les événements se précisent. Gandhi demanda une interview au Vice-Roi, qui lui fut poliment mais froidement refusée, cependant que Master Ancy déclarait le Congrès dissous et désormais non existant. Pauvre Gandhi ! une fois de plus, pas de chance.

    Que va-t-il faire ? Imiter Achille et se retirer sous sa tente pour méditer son fameux Bavagita et chanter des hymnes à Vichnou ? Ah ! que vous le connaissez peu ! Il veut mourir en combattant. Na-t-il pas dit quil avait un plan, un plan nouveau et quil le ferait connaître à temps. Son nouveau plan, quel est-il ? Un autre article vous le dira. Mais pour tenir en haleine votre curiosité, apprenez que, dès le premier instant de la mise en exécution de ce plan nouveau, il a été arrêté et mis à lombre derechef dans sa chère prison de Yerrawada.

    A. COMBES.


    1933/749-752
    749-752
    Combes
    Inde
    1933
    Aucune image