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Après le cataclysme du Japon : In memoriam

Après le cataclysme du Japon In memoriam
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    Après le cataclysme du Japon

    In memoriam


    Quatre églises à Tôkyô, deux à Yokohama, ont été détruites, le 1er septembre, par le tremblement de terre et lincendie : il nen reste que de lamentables ruines, qui ne tarderont pas elles-mêmes à disparaître. De ces églises aucune ne pouvait se prévaloir de son antiquité, la plus ancienne datait de 60 ans, ni de sa structure monumentale, ce nétait guère que de grandes chapelles. Et pourtant chacune avait sa modeste histoire, jalonnée par les dates de quelques grandes solennités, remplie surtout par le zèle de ses pasteurs et la ferveur de ses néophytes.

    Avant donc que disparaissent les derniers vestiges de ces monuments de foi et de piété, il nous a paru bon de rappeler les souvenirs qui sy rattachaient, en résumant brièvement lhistoire de chacun deux.

    Cathédrale Saint-Joseph de Tsukiji (Tôkyô)

    A peine arrivé dans sa Mission, une des premières uvres entreprises par Mgr Osouf fut la construction dune église, qui serait sa cathédrale. Il choisit le quartier de Tsukiji, alors concession européenne. La munificence de M. le Comte Daru, ancien ministre de Napoléon III, dont le fils, secrétaire de la Légation de France au Japon, avait trouvé la mort accidentellement près de Yokohama, permit de commencer les travaux sans retard. La première pierre fut posée et bénite le 4 décembre 1877 ; huit mois après, le 15 août 1878, Mgr Petitjean, invité pour la circonstance, bénissait solennellement le nouveau sanctuaire, dun style gothique très pur et dune justesse de proportions irréprochable. Cétait, du reste, la reproduction, en plus grand, de la remarquable chapelle du sanatorium de Béthanie, bâtie quelques années auparavant par le P. Osouf, alors Procureur général à Hongkong. Lhistoire de cette construction serait intéressante à conter : dun côté, lévêque, qui ne savait pas un mot de la langue du pays ; de lautre, un charpentier japonais qui navait jamais vu déglise gothique et navait pas la première idée du travail quon lui faisait exécuter ; mais à laide de gestes, de croquis en réduction sur le papier ou en grandeur naturelle sur le sol, on finissait toujours par sentendre, et, le jour de la bénédiction de léglise, au milieu de la joie de tous, missionnaires et chrétiens, le plus heureux était le charpentier, qui ne se lassait pas dadmirer le chef-duvre que sa foi aveugle avait réalisé.

    Le maître-autel de la nouvelle cathédrale était un don de Mgr Forcade, ancien Vicaire Apostolique du Japon, alors Archevêque dAix.

    Cest dans cette église que, pendant près de 30 ans, le vénéré Mgr Osouf célébrera la sainte Messe et viendra régulièrement chaque soir visiter Notre-Seigneur ; cest là quil officiera aux jours de fête, et avec quelle dignité et quelle ferveur ! Aussi, pour ceux qui ont été les témoins de la piété du premier Archevêque de Tôkyô, sa modeste cathédrale était plus quun monument, cétait comme un reliquaire.

    En 1891 le Pape Léon XIII instituait la hiérarchie catholique au Japon : Tôkyô était élevé à la dignité de métropole avec les évêchés de Nagasaki, Osaka et Hakodate pour suffragants. La publication de cet acte solennel fut faite dans les quatre diocèses les dimanches 27 septembre et 4 octobre 1891 ; mais ce nest que le 19 mars de lannée suivante queut lieu la cérémonie officielle par laquelle léglise Saint-Joseph devenait église métropolitaine en même temps que le nouvel Archevêque recevait limposition du pallium. Cette fête fut une grande journée pour le catholicisme au Japon. Les trois évêques suffragants entouraient leur métropolitain ; de par un induit de Rome, Mgr Cousin, évêque de Nagasaki, imposa le pallium à son archevêque ; Mgr Midon, dOsaka, en français, Mgr Berlioz, de Hakodate, en japonais, adressèrent la parole à la nombreuse assistance : tous trois heureux et fiers de lhonneur accordé à celui qui avait été leur consécrateur.

    Deux ans plus tard, dans sa cathédrale, Mgr Osouf avait la joie dordonner les deux premiers prêtres japonais de Sa Mission : cérémonie qui ne devait, hélas ! se renouveler que bien rarement dans la suite.

    Au mois de mai 1895 les quatre évêques du Japon se réunissaient de nouveau à léglise métropolitaine pour y tenir le deuxième synode régional (le premier avait eu lieu à Nagasaki en 1890, au 25e anniversaire de la découverte des chrétiens). Cette réunion fut marquée par de belles cérémonies. Lavenir religieux du Japon inspirait alors de si belles espérances !

    Lannée 1902 vit encore de grandes solennités célébrées à la cathédrale de Tôkyô. Le 22 juin, Mgr Osouf, entouré de ses trois suffragants, conférait la consécration épiscopale à son Coadjuteur, Mgr Mugabure, et, le 24, le vénérable Archevêque célébrait à la fois ses noces dor sacerdotales et ses noces dargent épiscopales.

    La modeste église métropolitaine célébrait, elle aussi, ses noces dargent. Ces deux journées furent les plus belles de sa carrière : elle allait entrer dans la période de deuil et de déclin.

    Quatre ans après, le 30 juin 1906, une nombreuse assistance se pressait encore dans son enceinte, mais cette fois plongée dans la désolation : elle rendait les derniers devoirs au premier Archevêque de Tôkyô, au Pontife vénéré qui depuis 30 ans donnait lexemple de toutes les vertus et dont le souvenir devait demeurer inséparable de la cathédrale bâtie par lui, modeste comme lui et comme lui, mesurée jusquà la perfection dans ses moindres détails.

    Quatre années sécoulent encore, et de nouveau un service funèbre réunit à la cathédrale tous les missionnaires et de nombreux chrétiens de Tôkyô : Mgr Mugabure, coadjuteur, puis successeur de Mgr Osouf, sest éteint en France après une longue maladie, et le diocèse est de nouveau plongé dans le deuil.

    Depuis 1875 les Dames de S.-Maur dirigeaient, à proximité de la cathédrale, un important établissement, et le chur de chant formé par leurs élèves ne contribuait pas peu à la solennité des offices, en même temps quelles fournissaient une partie notable de lassistance. Or, en 1909, elles émigrèrent dans un autre quartier de la ville, et leur départ fit un grand vide dans léglise.

    Au mois de mai 1911, lhorizon semble séclaircir. La cathédrale a retrouvé sa parure de fête : le nouvel Archevêque, Mgr Bonne, sacré à Nagasaki, prend possession de son église métropolitaine, et ce que lon sait de son passé permet les plus consolants espoirs pour lavenir.

    Hélas ! huit mois plus tard il entrait de nouveau dans sa cathédrale, mais couché dans son cercueil, et il repose à côté de Mgr Osouf, quil rappelait par un heureux mélange de dignité et de douceur.

    Le quatrième Archevêque de Tôkyô a abandonné la vieille cathédrale. Il voulut être sacré dans léglise de lImmaculée-Conception (Sekiguchi), en partie son uvre, et cest là aussi quil installa sa résidence.

    Saint-Joseph de Tsukiji était donc devenu, depuis dix ans, simple paroisse, un peu délaissée.

    Les Délégués apostoliques, NN. SS. Fumasoni-Biondi et Giardini, y établirent provisoirement la Délégation, ce qui rendit un peu de lustre à la pauvre abandonnée.

    Le tremblement de terre et lincendie ont tout détruit.

    Saint-François-Xavier de Kanda (Tôkyô)

    Le poste de Kanda fut fondé en 1874 pour y établir le séminaire qui devait recevoir les élèves du Nord, celui de Nagasaki gardant ceux du Sud : le Japon ne formait encore quune seule Mission. Le P. Armbruster en fut le premier Supérieur ; mais rappelé peu après à Paris, il fut remplacé par le P. Vigroux. Le Séminaire nayant pas donné les résultats espérés, fut supprimé et le poste, devenu paroisse, se développa rapidement, grâce au zèle de ceux qui en eurent la charge, particulièrement du P. Lecomte, plus tard Vicaire général de Hakodate et Supérieur de la Maison de Nazareth à Hongkong.

    En 1881 les Surs de S.-Paul de Chartres sinstallaient tout à côté de la Mission et y fondaient successivement orphelinat, externat et pensionnat.

    Une chapelle avait été aménagée dans la maison japonaise acquise en même temps que le terrain. A plusieurs reprises il fallut lagrandir pour répondre à laugmentation de la population chrétienne. Le 20 juin 1894, un violent tremblement de terre renversa une partie des bâtiments de la Mission, tous plus ou moins vétustes. La chapelle ne tomba pas, mais perdit si sensiblement la verticale quon dut létayer solidement, sans pouvoir espérer un redressement impossible. Un tel état de choses ne pouvait se prolonger longtemps. Le P. Papinot, alors chargé du poste, se mit en quête et, après des soucis et des déboires que connaissent ceux qui se lancent dans les constructions, réussit à élever une église en rapport avec limportance de la paroisse et de ses uvres. Le nouvel édifice fut béni solennellement le 28 octobre 1896 par Mgr Osouf, entouré dune vingtaine de missionnaires. Les chrétiens, qui, du reste, y avaient contribué selon leurs moyens, étaient fiers de leur église, des cérémonies et des chants qui sy exécutaient. Ils escomptaient pour elle un long avenir. Ils ne songeaient pas à ce fléau si fréquent à Tôkyô, lincendie. Dans la nuit du 19 au 20 février 1913, tout le quartier était réduit en cendres : église, résidence, établissement des Surs, rien ne resta debout.

    Tout était à recommencer. Le P. Cherel, chargé de la paroisse depuis dix ans, se mit à luvre. Une nouvelle église la troisième, fut élevée sur les fondations mêmes de celle que le feu avait détruite, de même dimension, par conséquent, mais de hauteur moindre. Mgr Rey la bénit le 14 mars 1915. Cette fois toutes les précautions ont été prises pour se prémunir, autant que faire se peut, et contre les tremblements de terre et contre lincendie. Hélas ! rien ne résiste à un cataclysme comme celui du 1er septembre dernier : tremblement de terre et incendie se succédèrent et ne laissèrent que des ruines.

    La deuxième église de Kanda avait vécu 16 ans ; la troisième na duré que 8 ans. Quen sera-t-il de la quatrième ? Car il y en aura une quatrième, et plaise à Dieu que ce soit bientôt! ...

    Saint-Paul dAsakusa (Tôkyô)

    Le poste dAsakusa, fondé vers 1875 par le P. Langlais, dut, lui aussi, se contenter pendant longtemps dune modeste chapelle aménagée dans une maison Japonaise. Le plafond était bas, et il fallait se garder, crainte dincendie, duser de cierges de longueur ordinaire. De plus les chrétiens, augmentant chaque année, sy trouvèrent déplorablement à létroit. Le P. Brotelande, nommé curé de la paroisse en 1884, organisa aussitôt un système de collectes mensuelles parmi ses fidèles : peu à peu il arriva ainsi à recueillir la somme nécessaire à la construction dune église en rapport avec limportance toujours croissante de sa paroisse. Un de ses chrétiens, entrepreneur de son état, se chargea de lexécution des travaux à des conditions aussi bénignes que possible et se mit à luvre vers le milieu de lannée 1888. La construction touchait à sa fin lorsque, le soir du 1er janvier 1889, un tremblement de terre vint tout ébranler : les colonnes de briques qui supportaient la toiture de la nef centrale, bien que de dimensions respectables, furent à peu près toutes lézardées, et lon décida, pour plus de sûreté, de leur substituer de grosses colonnes de bois. Lopération était difficile, mais el1e réussit, sans autre conséquence que de retarder les travaux denviron un mois.

    Ils prirent fin cependant et, le 25 mars 1889, avait lieu la bénédiction solennelle de la nouvelle église. Mgr Osouf avait invité Mgr Midon, son ancien Provicaire, à procéder à cette cérémonie. Ce fut donc lévêque dOsaka qui présida limposante solennité, à laquelle assistaient de nombreux missionnaires et une foule de chrétiens venus de toutes les paroisses de Tôkyô.

    Deux ans après, le 25 juillet, léglise S.-Paul, dans toute la fraîcheur de sa jeunesse, était le théâtre dune cérémonie plus solennelle encore. Mgr Berlioz, nommé Evêque de Calinda et Vicaire Apostolique de la Mission de Hakodate, avait choisi, pour sa consécration épiscopale, léglise de la paroisse dont il avait été le curé plusieurs années auparavant. Mgr Osouf fut le consécrateur, assisté de NN. SS. Cousin et Midon. La Providence a réalisé le souhait liturgique : Ad multos annos ! adressé au nouvel évêque : voilà plus de 32 ans que le consacré du 25 juillet 1891 gouverne son diocèse de Hakodate swaviter et fortiter.

    Léglise S.-Paul, centre dune vie paroissiale intense, fêta solennellement, le 9 novembre 1904, le 25e anniversaire de larrivée du P. Brotelande dans le poste dAsakusa, où, avant dêtre curé, il avait dirigé lécole des catéchistes de la Mission. Ce fut une belle fête de famille, où la joie cependant se teintait de mélancolie, car la santé du Père tant aimé donnait des inquiétudes. Il vécut encore près de quatre ans et séteignit le 15 septembre 1908. Il avait comme vicaire, depuis plusieurs années, le P. Lissarrague, qui le soigna pendant sa longue maladie avec un dévouement vraiment filial et qui recueillit sa succession. Cest à lui quincombera la lourde tâche de relever de ses ruines un poste qui fut si florissant.

    Les 26 SS. Martyrs Japonais de Honjo (Tôkyô)

    Honjo ne fut dabord quune annexe dAsakusa : ce nest quen 1884 que la séparation fut effectuée et que le P. Balette fut nommé curé de la nouvelle paroisse. Il se mit à luvre de tout cur et, le nombre de ses fidèles augmentant chaque année, le besoin dune église devint pressant. Le pauvre curé dune paroisse pauvre se fit quêteur. Il écrivit des centaines, des milliers de lettres, en Amérique surtout, et, les petits ruisseaux formant les rivières, il arriva à réunir la somme nécessaire à la construction tant désirée. Il fut lui-même lentrepreneur des travaux, achetant les matériaux, dirigeant et surveillant les ouvriers. Enfin le 5 juin 1898, en la fête de la Trinité, Mgr Osouf bénissait le nouveau sanctuaire, dédié aux 26 SS. Martyrs japonais canonisés en 1862.

    Hélas ! le P. Balette, si profondément heureux ce jour-là, ne devait pas jouir bien longtemps du fruit de tant de sollicitudes. Le traité de Portsmouth, qui mit fin à la guerre russo-japonaise, souleva un grand mécontentement dans le pays ; des troubles éclatèrent à Tôkyô ; les Européens furent menacés, et, dans ce quartier de Honjo, un peu écarté et moins bien protégé par la police, les émeutiers, dans la nuit du 15 septembre 1905, incendièrent tout létablissement catholique : église, résidence, école, etc. Ce fut pour le pauvre curé une épreuve dont il ne se consola jamais.

    Il eut pour successeur un prêtre japonais, le P. Honjô, qui, après avoir relevé le strict nécessaire et aménagé une chapelle provisoire, commença à préparer la construction dune nouvelle église. Il ne sadressa pas à lAmérique, mais uniquement à ses chrétiens, qui montrèrent une générosité admirable. Bien que la plupart ne fusse que de pauvres artisans vivant de leur travail au jour le jour, ils amassèrent en quelques années la somme pour eux considérable de 20.000 yen. En 1919 avait lieu la bénédiction du nouvel édifice. Quatre ans à peine écoulés, et il nen reste que des ruines !...

    A la différence des autres postes détruits à Tôkyô, il ne semble pas que celui de Honjo puisse être relevé bientôt. Par leffet du tremblement de terre, le sol, dans tout le quartier, sest affaissé denviron deux pieds et est devenu comme un marécage. Plus de cent chrétiens de la paroisse ont trouvé la mort dans le cataclysme du 1er septembre ; pareil nombre a émigré vers des régions moins éprouvées... Dieu seul sait si et quand ce malheureux poste pourra renaître de ses ruines.

    Le Sacré-Cur de Yokohama

    A peine les premiers traités entre le Japon et les puissances européennes avaient-ils été signés que les missionnaires, qui depuis 15 ans, attendaient aux îles Ryûkyû le moment de pénétrer dans le Pays des dieux, se hâtèrent de profiter des avantages quils leur offraient. Le P. Girard, supérieur de la Mission, sinstalla à Yokohama dès quil eut réussi à y acquérir un terrain sur la concession européenne et y commença aussitôt la construction dune église. Cest léglise du Sacré-Cur, la première élevée sur le sol du Japon depuis le temps des persécutions, 3 ans avant celle de Nagasaki, où, en 1865, devaient se retrouver les descendants des anciens chrétiens. La nouvelle église fut bénite le 12 janvier 1862 par le P. Girard, assisté du P. Mounicou, en présence de M. Duchesne de Bellecourt. Chargé daffaires et Consul général de France, des officiers et matelots du vaisseau français Dordogne, etc. Aucun Japonais nosa se montrer à la cérémonie : la perverse religion de Jésus était toujours interdite et léglise nétait, officiellement du moins, que pour le service des étrangers.

    A son retour du Concile du Vatican, Mgr Petitjean sinstalla à Yokohama et fit ainsi du Sacré-Cur son église cathédrale.

    Dans la nuit du 30 au 31 décembre 1874, un incendie détruisit la résidence de lévêque et des missionnaires avec ses dépendances. Heureusement léglise échappa au désastre, mais tout le reste fut réduit en cendres : cétait, pour la Mission, une perte considérable.

    En 1876 la Mission du Japon était partagée en deux Vicariats ; Mgr Petitjean opta pour le Vicariat méridional, auquel le grand événement de la découverte des chrétiens et quinze années dapostolat avaient attaché son nom et plus encore son cur. Le titulaire du Vicariat septentrional fut Mgr Osouf, ancien procureur général à Hongkong. Le nouvel évêque, sacré à Paris le 11 février 1877, par Mgr Forcade, assisté de Mgr Petitjean et de Mgr Germain, évêque de Coutances, sembarqua peu après pour le Japon, et, le 8 juillet, la cérémonie de son installation avait lieu solennellement à Yokohama, dans léglise du Sacré-Cur, en présence de ses missionnaires, du ministre de France, M. de Geofroy, du ministre dEspagne et de plusieurs autres représentants des nations catholiques, sans parler de nombreux Japonais, parmi lesquels un bon petit noyau de chrétiens.

    Dix ans après, le Pape Léon XIII créait un troisième Vicariat, celui du Japon central : la grande ville dOsaka devait être la résidence du nouveau Vicaire apostolique. Le P. Midon, depuis 1873 provicaire de Mgr Petitjean, puis de Mgr Osouf, fut choisi pour cette dignité, et, comme depuis son arrivée en mission il travaillait à Yokohama, il voulut être sacré dans son église du Sacré-Cur. La cérémonie eut lieu le 11 juin 1888 : le consécrateur fut Mgr Osouf, assisté par Mgr Cousin, de Nagasaki, et par le P. Rousseille, alors Supérieur de la maison de Nazareth à Hongkong. La cérémonie fut des plus solennelles : 40 missionnaires, les ministres et consuls des nattions catholiques, de nombreux Européens de Yokohama ; plus nombreux encore les Japonais, non seulement de la ville, mais venus de Tôkyô et des chrétientés des environs ; car on est à la veille de la proclamation de la liberté religieuse et lère des persécutions était définitivement close.

    Cependant léglise du Sacré-Cur, une merveille en 1862, où il était prudent de ne pas trop paraître, ne répondait plus aux exigences du temps et à limportance de la paroisse, européenne et japonaise, dont elle était le centre. On pensa à lembellir. Un seul toit, bas et lourd, recouvrait ses trois nefs. En 1898, sans toucher aux nefs collatérales ni au déambulatoire qui les continue autour du sanctuaire, on suréleva la nef principale denviron 12 pieds et on ouvrit des fenêtres dans chaque travée : modification qui changea avantageusement laspect de léglise, à lintérieur et à lextérieur. Mais on allait faire mieux encore.

    Depuis la création de la paroisse japonaise de Saint-Michel, léglise du Sacré-Cur était réservée surtout aux catholiques européens. Or le plus grand nombre de ceux-là, nayant dans la ville basse que leurs magasins ou leurs bureaux, résidaient sur la colline, le Bluff et trouvaient pénible de descendre en ville pour les offices, plus pénible encore den remonter. Muni de lautorisation de Mgr Osouf, le procureur de la Mission se mit à laffût dune occasion favorable et put acquérir, sur la colline, dans des conditions avantageuses, une propriété avec maison dhabitation et dépendances. Il sagissait dy transporter léglise : ce fut vite fait et bien fait. Toutes les pierres, toutes les colonnes et autres pièces de bois furent numérotées et colloquées sur le nouveau terrain dans lordre et à la place quelles occupaient auparavant. On profita de loccasion pour enrichir la façade de deux flèches élancées, entre lesquelles fut aménagée, à lintérieur, une vaste tribune, qui reçut un orgue à tuyaux venu de France, lequel ne contribua pas peu à rehausser les cérémonies. Inutile de dire que la presque totalité des frais de transfert de léglise et dachat de lorgue furent couverts par une souscription faite parmi les paroissiens.

    Dès lors lEglise catholique était vraiment bien représentée à Yokohama, et, de tous les points du port et de la ville, on pouvait voir les flèches sélançant vers le ciel, comme pour inviter les hommes, ici toujours pressés et affairés, à lever les yeux en haut.

    Lannée 1912 amena le cinquantenaire, les noces dor de léglise : un tel anniversaire ne pouvait passer inaperçu. La célébration en fut fixée au 16 juin, dimanche de la solennité du Sacré-Cur. Lofficiant du jour fut le P. Pettier, curé de la paroisse depuis 40 ans, assisté à lautel par les PP. Rey et de Noailles. Les élèves du Collège Saint-Joseph exécutèrent brillamment les chants de la messe et du salut.

    Le Sacré-Cur devait voir encore une fête solennelle et touchante : après les noces dor de léglise, celles du curé. Le 6 juin 1918, le P. Pettier célébrait le 50e anniversaire de son ordination sacerdotale. Le vénéré pasteur ne pouvait refuser à ses paroissiens la joie de le fêter ; mais il voulut que leur âme en tirât profit. Une mission dune semaine, prêchée par deux Pères Jésuites de Tôkyô, précéda la grande solennité. Au jour anniversaire, le jubilaire célébra la grandmesse, assisté par les PP. Cherel et Wassereau, en présence de Mgr Rey, de nombreux missionnaires et de toute la colonie catholique de Yokohama.

    Cétait la dernière grande fête dans la vie du curé comme dans celle de léglise. Quelques mois après, le P. Pettier, menacé de perdre la vue, rentrait en France pour y chercher la guérison de son mal. Il y est encore. Dieu lui a épargné lépouvantable épreuve dassister de visu à la ruine de son église et de sa paroisse, auxquelles il sétait dévoué pendant près de 50 ans avec un zèle inlassable. Son successeur, le P. Lebarbey, a trouvé la mort dans le désastre qui a détruit la ville de Yokohama.

    Du Sacré-Cur il ne reste que des débris informes recouverts de cendres. Mais les souvenirs demeurent, qui se rattachaient à la première église catholique du Japon, et ils revivront dans celle, qui, un jour, bientôt peut-être, sélèvera sur ses ruines !

    Saint-Michel de Wakaba-chô (Yokohama)

    Pendant longtemps léglise du Sacré-Cur fut la seule de Yokohama. Les Japonais y assistaient à la messe paroissiale, après laquelle on leur faisait une instruction. Le P. Lemaréchal, alors aumônier des Dames de Saint-Maur, acheta, dans la ville japonaise, quartier de Wakaba-chô, un terrain sur lequel il bâtit une maison. le rez-de-chaussée fut affecté à une école primaire, létage servit de chapelle. Ce nest cependant quen 1893 que la paroisse fut constituée autonome : le P. Mugabure en fut le premier titulaire.

    En 1905, les règlements ministériels rendant à peu près impossible la fondation ou lentretien décoles primaires libres, celle de Wakaba-chô dut être supprimée. A quelque chose malheur est bon: en enlevant le plancher qui séparait les deux étages, on obtint une nef de belle proportion ; on y ajouta un sanctuaire, des colonnes pour supporter la voûte, et de ces aménagements et agrandissements résulta une chapelle des plus coquettes, digne dune communauté de religieuses. Elle faillit pourtant mourir bien jeune. Elle datait à peine de deux mois lorsquéclatèrent les émeutes consécutives au traité de Portsmouth. Une nuit, la police, débordée, fit partir en hâte le missionnaire de Wakaba-chô pour la concession européenne, mieux protégée, lui annonçant que son église allait probablement être incendiée par les émeutiers, mais que lui, du moins, aurait vie sauve... Heureusement cependant la horde tumultueuse sarrêta à quelque distance et léglise échappa au danger qui la menaçait.

    Hélas ! ce nétait que partie remise. Cinq ans après, le 15 décembre 1910, un incendie détruisait tout ce quartier de Yokohama : de la gentille chapelle, de la résidence du missionnaire et du catéchiste, des salles de réunion des chrétiens, il ne resta que des cendres.

    Le P. Chabagno, alors curé de la paroisse, reconstruisit une nouvelle chapelle, avec la maison du Père et du catéchiste : cest ce dernier établissement qui a été emporté dans la tourmente du 1er septembre.

    Encore un poste à reconstituer.

    *
    * *

    Quelques jours après le cataclysme, un missionnaire dune Mission voisine de celle de Tôkyô écrivait : Si jai vu pleurer sur les morts, je dois dire que les pertes de biens ont été subies avec une résignation vraiment édifiante, preuve frappante de lesprit surnaturel de nos confrères et des Congrégations religieuses qui travaillaient à Tôkyô et Yokohama. Et ce nest pas là limpavidum ferient ruin du stoïcisme païen. La raison de cette résignation, cest le Dominus dedit, Dominus abstulit : sit nomen Domini benedictum ! du saint homme Job ; cest aussi une confiance inébranlable en la bonne Providence. Cette confiance ne sera pas trompée.

    MEMOR
    1923/778-789
    778-789
    Anonyme
    Japon
    1923
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