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Aperçu sur la flore de la mission de Lanlong

Aperçu sur la flore de la mission de Lanlong (1) Le Vicariat Apostolique de Lanlong, formé du coin sud-ouest de la province du Kouy-Tchéou et de la pointe nord-ouest du Kouang-Si, est tout entier situé dans le bassin supérieur de la rivière de l’Ouest, le Si-Kiang, entre les 240 et 260 15’ parallèles Nord et les 1040 20’ et 1070 de longitude Est. Cette aire constitue au point de vue géologique et botanique deux zones bien tranchées et marquées par un dénivellement brusque qui la traverse de l’est à l’ouest.
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    Aperçu sur la flore de la mission de Lanlong (1)
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    Le Vicariat Apostolique de Lanlong, formé du coin sud-ouest de la province du Kouy-Tchéou et de la pointe nord-ouest du Kouang-Si, est tout entier situé dans le bassin supérieur de la rivière de l’Ouest, le Si-Kiang, entre les 240 et 260 15’ parallèles Nord et les 1040 20’ et 1070 de longitude Est. Cette aire constitue au point de vue géologique et botanique deux zones bien tranchées et marquées par un dénivellement brusque qui la traverse de l’est à l’ouest.

    Au sud, le Pays Bas, au sol généralement siliceux, d’une altitude moyenne de 800 mètres. Il fait suite aux plaines basses du Kouang-Si et s’élève graduellement avec le fleuve jusqu’aux portes de Lanlong, au Kouy-Tchéou. La température y varie de 20 en janvier à 400 et 420 en juillet. Au nord, le Pays Haut, le plateau, de composition calcaire en proportions diverses selon les lieux : l’altitude moyenne atteint 1300 mètres. Là, le thermomètre descend à 6 et même à 8 degrés, à Lanlong, et s’élève parfois à 36 degrés dans les vallées. Dans ces habitats bien distincts s’épanouissent deux flores également très distinctes. Au Pays Bas, flore tropicale ou subtropicale, prolongement de la flore malaise. Elle est caractérisée par la végétation plus luxuriante, par la présence de plusieurs genres et espèces qu’on ne trouve pas en haut, tels les bananiers, telle aussi la canne à sucre, etc.. Les espèces fruitières y sont peu nombreuses, autant peut-être à cause de l’insouciance des habitants que par le fait du climat : l’orange, une ou deux espèces de bananes, certaines variétés de caque, la nèfle du Japon et la poire sur les sommets. Certains fruits de latitude plus méridionale, s’ils y sont introduits, prospèrent assez bien : le mangoustan, la Carica Papaya, la pomme cannelle. Mais ces espèces sont périodiquement éliminées par les gelées blanches et les vagues de froid. La flore du plateau, extension de la flore himalayenne, diffère par une plus grande pauvreté du tapis végétal et par l’existence de genres propres à la flore des zones tempérées. On y trouve la plupart des fruits d’Europe : la poire, la pomme, la pêche, l’abricot, la noix, la châtaigne, à côté de certains fruits d’Extrême-Orient : la caque, la grenade, la nèfle du Japon, l’orange, la mandarine.

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    (1) De bonne heure les missionnaires du Kouy-Tchéou s’intéressèrent à la flore du pays qu’ils évangélisaient. Déjà vers 1858, le P. Perny, Administrateur de la Mission, envoyait en France, avec le Bombyx Pernyi, ou ver à soie du chêne, un lot de plantes à déterminer, Après lui, le goût de la science aimable et le désir de se rendre utile ont reparu : les Bodinier, les Chaffanjon, les Michel, les Martin, les Cavalerie pour ne nommer que les disparus, ont consacré leurs loisirs à collectionner autour d’eux, à étudier, à comparer. Leurs travaux ne furent pas sans avoir des résultats, car, n’ayant encore atteint que la minime partie de la flore, ils y ont fait connaître près de 2000 espèces nouvelles. Le fruit de leurs travaux a été consigné plutôt que publié par Mgr Léveillé, Prélat de Sa Sainteté, ancien missionnaire de Pondichéry, fondateur ensuite d’une Académie de Géographie-Botanique au Mans. La collection de Mgr Léveillé avait pour titre, “La Flore du Kouy-Tchéou”, elle disparut à la mort de ce Prélat en 1917. Voici que vient de se fonder à Tientsin, par les Pères de la Compagnie de Jésus, un Muséum d’Histoire Naturelle. Bien qu’on ne le dise pas, on sera sans doute heureux de recevoir le concours des missionnaires pour monter ce Muséum naissant.


    Toutefois ces deux flores se compénétrent. Nous voyons au pays du bananier et de la canne à sucre des chaînes et des massifs de roches calcaires couper çà et là les coteaux siliceux (Che tén, Pó tông, l’éperon du Mâ chăn etc. et, d’autre part, le long des trouées et des vallées, la flore de la zone chaude monte au Pays Haut (Tchècla-hô, Hò hông, la rivière de Tín fan et celle de Sang lang). C’est ainsi que le Primula malacoïdea peut être cueilli jusqu’à Palin et Lán mõu tchàng, En se mélangeant, les deux flores évoluent, s’accroissent : les espèces de la flore chaude arrivant dans le bief supérieur des rivières et y trouvant un degré thermique plus bas, des terrains différents, s’adaptent en s’affaiblissant et donnent naissance à des variétés, qui, si elles parviennent à se fixer, donneront naissance à autant d’espèces nouvelles. D’autre part, de leur croisement avec les espèces voisines de la zone tempérée naissent des hybrides qui ne tarderont pas à se fixer aussi. Même marche et même mécanisme, quand les espèces de la flore du plateau arrivent en pays chaud, Aussi notre flore peut-elle être tenue pour très variée et riche, ce qui tient encore à l’ample variété des altitudes, des terrains et des expositions. Des sommets du Long téoû chăn, où le séjour de la neige, chaque année, crée un habitat bien spécial, aux rives du Pa-ta-ho, dans le Si-lĩn-hién, l’écart d’altitude est de 1500 mètres. Par ailleurs, l’érosion ou les séismes ont créé dans certaines zones des habitats très divers, gorges, cañtons, recoins nombreux et chauds, endroits où se sont à la longue différenciées les espèces. Certaines régions calcaires, à l’instar de nos Causses du Rouergue, sont privées de cours d’eau en surface. Fissurées, percées de trous, où s’engloutissent les eaux de ruissellement, elles sont en outre parsemées de dépressions, cuvettes profondes dues à l’érosion causée par des cours d’eau souterrains. Autant d’habitats fermés où se localisent les espèces.

    C’est qu’en effet, malgré la richesse et la variété de la flore, les espèces, ici, sont très localisées ; pour un bon nombre, même pour celles qui ne sont pas considérées comme rares, l’aire de dispersion est fort restreinte. La Saussurea Leontopodium Lévl, cueillie autour de Lanlong, a encore été revue à Shin gny bien, mais c’est inutilement qu’on la cherche ailleurs. Le Dipteris Chinensis Christ n’a été trouvé qu’en un seul endroit, autour de la poterie de Hoa-ouan-iao, à l’exposition nord, dans le voisinage d’un rocher gréseux. La Cyrtomium Hemionitis Christ, autre fougère du type paléontologique et qui a fort étonné les spécialistes, tant elle s’éloigne des formes actuellement connues dans le même genre, n’a été trouvée, elle aussi, que dans un seul lieu. La Primula Esquirolii Lévl n’est également l’hôte que d’un seul habitat. Il en est ainsi ou à peu près de beaucoup d’autres espèces.

    Sur toute cette aire qui compose le territoire de la Mission, deux saisons seulement se succèdent, plus accusées dans l’habitat de la flore malaise, bien senties aussi sur le plateau qui porte la flore himalayenne : la saison pluvieuse et chaude qui va de mai à novembre ; la saison sèche et froide qui tient de novembre à mai. Dans l’habitat de la flore chaude surtout, cette alternance de sécheresse prolongée et de forte humidité fait prédominer les espèces vivaces, plantes à bulbes, à rhizomes, à fortes racines, les plantes pérennantes ou bisannuelles. Point de gazons ni de prairies ; seulement de grandes savanes ou brousses inutiles, receleuses de fauves, et des forêts. Ces forêts, chaque année, on les livre à la flamme tant pour s’en débarrasser que pour procurer au bétail, le printemps d’après, un regain plus commode et plus hâtif. Mais, à ce jeu, les forêts ou bien ont complètement disparu, ou vont se réduisant chaque jour. En plus d’une localité, il ne reste pas assez d’arbres pour charpenter les habitations, le chauffage même devient un problème : on brûle de la brousse, des tiges de maïs, etc.. Et dans cette dense savane de grosses graminées (Andropogon) propres à couvrir les toits, si d’aventure une dicotylédone herbacée, profitant de la première ondée, vient à germer, elle ne peut pousser que des tiges minces, allongées et disparaît bientôt, car : simul exortœ spinœ suffocaverunt illam.

    Au point de vue alimentaire, cette région se suffit bien à elle-même ; elle pourrait, sans aucun doute nourrir plus d’habitants qu’elle n’en porte, dans la zone de la flore chaude surtout. En riz et en maïs, le rendement est de 80 pour un, plus que la moyenne qui est de 60 dans l’Evangile. L’année 1925 fut mauvaise pour la récolte ; de plus, elle venait après une autre année qui avait été elle-même déficitaire. Ce fut une grosse cherté, par endroits ce fut la famine : pour une piastre, dont le change était alors fixé à 14 et à 15 francs, on n’avait que deux livres de riz. Il fallut songer à nourrir les pauvres, les greniers se vidèrent, aucune réserve ne put être gardée. Or, en 1926, la récolte fut avantageuse tant en riz qu’en maïs : dès lors le prix du riz redevint presque normal. C’est ce rétablissement rapide qui montre le mieux la puissance de production dans ces pays du soleil.

    Le riz et le maïs étant de premier et de plus constant usage, la culture en est plus générale. Comme aide et soutien, on emblave aussi du millet, de l’ivraie comestible, du sorgho, de l’orge, du blé, du sarrasin. Les Soja et autres haricots sont en honneur partout, mais principalement dans les hauts pays où ils viennent mieux ; en hiver, on leur adjoint des fèves et des pois ; au bas pays des patates, ignames, potirons. Mais outre ces espèces que l’homme cultive et avec lesquelles il fait ses provisions, la flore chaude en a d’autres qui, pour être spontanées, n’en sont pas moins comestibles et même alimentaires, de sorte qu’en temps de famine, les pauvres, s’ils ne sont pas trop nombreux à user de ce procédé, pourront se sustenter un mois ou deux avec ce qu’ils trouveront soit à cueillir soit à déterrer dans la brousse. Les plus importantes de ces espèces que la bonne Providence met ainsi sous la main des indigents appartiennent aux genres Dioscorea et Ipoméa, ce sont des ignames et des patates.

    Pour montrer la richesse, la variété, la nouveauté de cette flore, je devrais ici présenter un exemple concret, mais quel genre botanique choisir ? Je ne saurais en effet tout citer. Que faire pour que je puisse être aisément suivi de mes lecteurs, même de ceux qui ne connaissent — et encore pas toujours — d’autres plantes que celles qu’ils ont sur leur table à manger ? Mais voici le figuier, Ficus, de la famille des urticacées. Il en est question dans l’Evangile, les
    moins naturalistes en connaissent quelque chose. Nous en avons trouvé ici 49 espèces, pas une de moins, depuis les grands arbres jusqu’aux lianes minuscules qui rampent dans les gazons ; encore s’en faut-il de beaucoup que nous ayons fouillé tous les coins.

    Sur ces 49 espèces, 46 sont nouvelles dans la flore mondiale, elles nous sont donc particulières. Et ce ne sont pas des espèces sans caractère ni figure. Qu’on en juge :

    Ficus acanthocarpa Lèvl et Vant, fruits si rugueux qu’ils en paraissent épineux.
    Ficus asymetrica Lèvl et Vant, feuilles dissymétriques.
    Ficus Caffonjoni Lèvl et Vant, pétioles velus.
    Ficus Duclouxii Lèvl. liane grimpante.
    Ficus Esquirolii Lèvl et Vant, à feuilles bambusiformes.
    Ficus fecundissima Lèvl et Vant, grand arbre chargé de petits fruits mucilagineux, le régal des oiseaux.
    Ficus hypolencogramma Lèvl et Vant, porte sous les feuilles une sorte d’écriture.
    Ficus lacetatifolia Lèvl et Vant, petit arbre aux feuilles comme déchirées.
    Ficus lacrymans Lèvl, aux rameaux retombants de saule pleureur, mais toujours appuyé à un tuteur, arbre ou rocher.
    Ficus laus Esquirolii Lèvl rameaux, pétioles et fruits couverts d’une longue et dense toison de poils d’or fauve.
    Ficus longepedata Lèvl et Vant, fruits au bout d’une longue pédoncule.
    Ficus Martini Lèvl et Vant, aux feuilles réfractées.
    Ficus Michelii Lèvl, à feuilles luisantes de Magnolia.
    Ficus nerium Lèvl, feuilles de laurier-rose.
    Ficus pandurata Lèvl et Vant, feuilles en forme de violon.
    Ficus Porteri Lèvl, rameaux et fruits revêtus d’une peluche dorée.
    Ficus pseudo-religiosa Lèvl, à feuilles de poirier.
    Ficus Pseudo-botryoidea Lèvl, gros fruits en bouquets sur le tronc.
    Ficus salix Lèvl, à feuilles de saule.
    Ficus sambucixylon Lèvl, rameaux creux du sureau, fruits au bout de longs rejets descendant du tronc.
    Ficus Seguini Lèvl, feuilles tomenteuses, fruits velus.

    Mais ceci peut suffire. D’autres après nous viendront, qui feront le reste. Aussi bien ce travail n’est-il point le premier but de notre vocation, ni même le second.

    JOSEPH ESQUIROL,
    Missionnaire de Lanlong.



    1929/351-356
    351-356
    Esquirol
    Chine
    1929
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