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A propos du caractère Ché

A propos du caractère (caractères chinois) Ché Symbole du temps Clepsydres et cadrans solaires.
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    A propos du caractère
    (caractères chinois) Ché
    Symbole du temps
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    Clepsydres et cadrans solaires.

    Le caractère (caractères chinois) Ché. — Les chers confrères, que l’étude des hiéroglyphes chinois n’a pas rebutés, ceux-là surtout qu’une saine curiosité a aiguillés vers des recherches d’étymologie, ne seront pas peu surpris d’apprendre que le caractère (caractères chinois) ché est en chinois l’authentique symbole du temps. Il en est même beaucoup parmi eux qui ne se rendront que difficilement à l’évidence. En effet, ce caractère semble avoir toujours signifié “être, être vrai, ce, ceci ” ; c’est le caractère (caractères chinois) ché qui, de droit immémorial semble-t-il, a le privilège de traduire dans l’écriture la notion du temps. Tant pis pour les dictionnaires et la littérature en général ! Tant pis pour les étymologistes, surtout chinois, qui jusqu’à présent nous ont donné de si pauvres interprétations ! Il est certain que le caractère (caractères chinois) ché a, depuis des milliers de siècles, perdu son sens primitif, et pourtant la vérité ne perd jamais ses droits : quand elle est en cause, la prescription, fût-elle millénaire, ne peut produire ses effets. D’ailleurs il faut en finir, une fois pour toutes, avec des explications qui ne font honneur, ni à leurs auteurs, ni à l’écriture chinoise. C’est rabaisser odieusement les caractères chinois que d’en donner des interprétations ni vraies ni vraisemblables, et qui blessent le bon sens bien plus encore que la vérité. On ne peut plus aujourd’hui se contenter de fantaisie ou d’à peu près. Il faut qu’on se le dise, il y a, perdus dans la brousse, des confrères, à qui de semblables élucubrations font mal, car ils ont commencé de soupçonner dans l’écriture chinoise un génie créateur bien supérieur à cette plate mesquinerie que font supposer des explications superficielles et pauvres à quel point !

    Ainsi donc, nonobstant toutes les idées admises communément, ou même universellement jusqu’ici, le caractère (caractères chinois) ché n’est pas le symbole de la vérité ou de l’existence ; il est le symbole authentique et admirable du temps. Cela prouve qu’il faut se méfier grandement. Ceux qui s’acharnent à interpréter les caractères chinois d’après leur forme et leur signification actuelles, sans tenir compte des dégradations et des perturbations qu’ils ont subies à travers les siècles, courent grand risque de commettre d’hilarantes bévues. Les commentateurs ont eu le tort de vouloir, bon gré malgré, expliquer le caractère (caractères chinois) ché d’après son sens actuel ; ils se sont fourvoyés encore, en traduisant ses deux éléments constitutifs (caractères chinois) jẽ et (caractères chinois) tchén d’après leur signification moderne. Par ce procédé, ils ont abouti à donner du caractère une interprétation mesquine, qui ne répond ni à la vérité ni à la grandeur des hiéroglyphes chinois. Vous ne lirez donc pas à la suite de ces étymologistes : (caractères chinois) tchén ce qui est droit, (caractères chinois) jẽ à la lumière du soleil, c’est-à-dire la vérité. Ce serait faire injure à l’intelligence supérieure qui a présidé à la création. des caractères chinois. Au contraire, vous verrez en (caractères chinois) jẽ le symbole du soleil et, en (caractères chinois) tchén l’image d’un cadran solaire, deux signes pris conjointement pour symboliser le temps : le soleil fait le temps, le cadran solaire le mesure. En commentant ainsi, vous vous ferez honneur à vous-même et ce sera, par la même occasion, rendre hommage au génie des caractères chinois.

    Qu’est-ce qu’une clepsydre ?.... — Le soleil et le cadran solaire unis pour exprimer l’idée du temps, c’est là une trouvaille qui dénote une intelligence magnifique alliée à un rare bonheur. C’est au point qu’en disserter davantage serait faire injure au lecteur, en même temps que lui gâter sa jouissance intellectuelle. Et pourtant on ne peut en rester là : il faut que le caractère (caractères chinois) ché nous fournisse tous les renseignements historiques qu’il est susceptible de nous donner. Il faut le faire causer, lui arracher tous ses secrets touchant l’origine et la formation des hiéroglyphes chinois. Pour atteindre ce but, quelques notions préliminaires nous sont indispensables.

    La clepsydre est, de tous les instruments destinés à débiter le temps en petits morceaux, celui qui semble avoir été créé le premier. A l’encontre du gnomon ou cadran solaire, elle a été connue de tout temps et chez tous les peuples. Qu’est-ce qu’une clepsydre ? Un petit dictionnaire donne cette définition : “Horloge à eau des anciens”, puis, à titre d’exemple, il ajoute : “Charlemagne reçut d’Haroun-al-Raschid une magnifique clepsydre”. Un autre dictionnaire, aux proportions encyclopédiques, se risque dans une description plus développée. Voici ce qu’il dit : « La clepsydre est peut-être le premier instrument qu’on ait inventé pour mesurer la durée. Elle consistait primitivement en un vase d’argile ou de métal, à l’extrémité inférieure duquel se trouvait un tuyau étroit par lequel l’eau s’échappait goutte à goutte et venait tomber dans un récipient, où une échelle graduée marquait les heures ». En somme, une quantité d’eau fixe qui s’écoule en un temps donné, voilà le principe même de la clepsydre. Quant à l’application mécanique du principe, que d’ingénieuses combinaisons on peut imaginer !

    La clepsydre birmane. — Il faut remercier le cher confrère de Birmanie qui, dans le Bulletin du mois d’août 1927, nous a fait connaître la clepsydre royale birmane. “C’était, dit-il, un grand vase rempli d’eau, sur laquelle on faisait flotter une tasse percée au fond. Peu à peu la tasse se remplissait d’eau et coulait. Vite une autre prenait sa place et ainsi de suite... Le temps que prenait chaque tasse à se remplir marquait une heure birmane, et des coups de marteau sur une plaque de métal en annonçaient le nombre aux habitants”. Comme on le voit, la clepsydre birmane est la plus simple qui se puisse concevoir ; pas le moindre engrenage, pas le moindre danger d’enrayage à craindre. Elle ne comporte qu’un inconvénient : elle nécessite la présence continuelle d’un planton, soit pour remplacer la tasse qui coule à fond, soit pour battre les heures. Avouons encore qu’avec un tel système on doit souvent manquer son train ; le “sonne-heures” en question peut s’endormir, parfois même tricher. Quoiqu’il en soit, c’est une bonne fortune d’avoir fait connaissance avec la clepsydre et royale et birmane ; elle est originale, inédite. Pour la récompenser de sa touchante simplicité, nous lui accorderons un accessit. Quant à lui donner un prix, ce sera pour l’année prochaine ; birman et mécanique, ça fait deux !

    La clepsydre chinoise. — L’instrument dont il vient d’être parlé mérite à peine le nom de clepsydre, car, dans ce système, ce n’est pas l’eau qui s’écoule, mais c’est la tasse qui prend l’eau, s’enfonce peu à peu et finit par couler. La vraie clepsydre semble être connue des Chinois depuis toujours. ils l’appellent leóu fôu (caractères chinois), c’est-à-dire “vase qui coule”. Non seulement ils ont appliqué le principe fondamental d’une façon satisfaisante, mais encore ils ont imaginé des perfectionnements qui attestent leur ingéniosité. Depuis longtemps déjà ils connaissent la clepsydre qui, automatiquement, sonne les heures sur un tambour appelé leóu kòu (caractères chinois). Bien mieux, s’ils n’ont pas inventé le cadran d’horloge, du moins ils ont conçu un système original pour marquer les heures mécaniquement. Au fond du récipient inférieur qui reçoit l’eau qui coule, ils placent une nacelle en métal. Dans cette barque en miniature est assis un petit bonhomme de porcelaine. Celui-ci tient verticalement dans ses mains une longue broche, qui s’engage librement dans un trou percé au milieu du couvercle qui ferme ce réservoir. A l’extrémité supérieure de cette broche est soudée une flèche horizontale dont le fer glisse le long d’une échelle graduée. Le mécanisme est facile à saisir. A mesure que l’eau coule dans le bassin inférieur, le petit bonhomme et sa nacelle surnagent et s’élèvent. La flèche monte à mesure et indique l’heure sur l’échelle graduée. Enfoncés les Birmans !

    La clepsydre romaine.— Ce sont les Romains qui ont inventé l’horloge à eau proprement dite, c’est-à-dire la clepsydre munie d’un cadran d’horloge, tel que nous le connaissons. Comment dans ce système l’aiguille et son pivot étaient-ils mis en mouvement ? De deux manières différentes, semble-t-il : ou bien l’eau, en tombant goutte à goutte sur une roue à palettes, faisait en même temps tourner le pivot de l’aiguille ; ou bien encore, autour de ce pivot était enroulée une corde dont l’extrémité était rattachée à un flotteur, de sorte que l’aiguille suivait le mouvement de l’eau. Peu importe d’ailleurs ; ce n’est pas tant cette clepsydre perfectionnée qui nous intéresse que son ancêtre la clepsydre primitive.

    La notion de l’heure. — La clepsydre primitive et rudimentaire pouvait, à la rigueur, ne comporter qu’un seul bassin. Le plus souvent elle en comprenait deux, ou plusieurs, placés de telle sorte que l’eau s’écoulât de l’un dans l’autre sans se perdre. En ces temps-là, pour savoir l’heure, il n’y avait qu’à regarder soit dans le récipient supérieur, soit dans le réservoir du bas ; le temps passé était proportionné à la quantité d’eau écoulée. Y avait-il alors dans l’un des deux bassins une planchette graduée ? Ce n’était pas nécessaire, car il suffisait de faire des marques sur la paroi même du vase. Eh bien ! qui le croira ? C’est de cette paroi, de ce rebord de la clepsydre primitive qu’est née la notion et le nom même de l’heure. Le mot latin “hora” vient du mot “ora”, qui signifie “bord, rebord, marge”. Quand les vieux Romains disaient : Dic mihi quota hora sit, cela voulait dire : regarde dans la clepsydre et constate la hauteur du rebord évacué ou atteint par l’eau ; dis-moi la côte de l’“ora”. D’un terme très concret est né un mot très abstrait ; c’est une constatation qui nous sera bientôt utile, et c’est pour en arriver là que j’ai parlé de la clepsydre ; il n’en sera plus question.

    Notion chinoise du temps. — Comment s’est formée la notion chinoise du temps ? Très probablement d’une façon aussi simple et aussi populaire que la notion latine de l’heure. L’idée abstraite de durée semble avoir pris naissance en Chine à la faveur de l’expression ancienne (caractères chinois) chê chên (ou chê tch’ên). Dans cette expression le premier caractère est pour (caractères chinois) ché ; le second caractère est une lettre incomplète, c’est (caractères chinois) chên, tch’ên qui est authentique. Cette dernière lettre est en tout semblable comme composition à l’hiéroglyphe (caractères chinois) ché. Il est formé du signe du soleil uni à la figure du cadran solaire ; toutefois il symbolise l’heure plutôt que le temps. Les deux caractères ne doivent pas être pris séparément ; tous deux traduisent des notions très abstraites, telles que celles de temps et d’heure. Cependant on peut être certain qu’à l’origine de ces deux symboles il y a deux sens très concrets et très simples. La notion latine de l’heure dérive du mot banal « bord, marge », en latin « ora ». De même à l’origine de (caractères chinois) ché (ou (caractères chinois) chê) d’une part, de (caractères chinois) chên, tch’ên d’autre part, il faut chercher et trouver un sens concret ; c’est dans l’ordre des choses.

    Le cadran solaire. — Il n’est pas besoin de faire ici un cours complet de gnomonique. Tous les confrères ont, qui plus, qui moins, étudié la physique ; il n’en est aucun qui ne sache ce qu’est le cadran solaire ou gnomon. Je ne dirai qu’une chose : un Européen ne se représente pas le cadran solaire de la même manière qu’un Chinois. Quand à un Européen on parle de cet instrument, aussitôt il se figure en son imagination une vaste surface plane et verticale, haut placée et bien exposée, sur laquelle une aiguille de métal indique l’heure par la coïncidence de son ombre avec des raies tracées à demeure. C’est le pignon d’une maison, le clocher d’une église, le campanile d’une mairie qui viennent naturellement à la pensée de l’Européen, quand il est question de cadran solaire. Il n’en est pas de même pour un Chinois. L’architecture chinoise ne se prête nullement à ce genre de cadran solaire. Les constructions chinoises, avec leurs toits largement débordants de toutes parts et qui semblent les encapuchonner contre une pluie souvent diluvienne, n’offrent aucune surface susceptible de porter un cadran solaire, vertical; peu de maisons sont à pignon. Le cadran solaire, que le Chinois se représente naturellement, est donc toute autre chose ; c’est une pierre taillée en forme de cube ou de cylindre, dont la partie inférieure est solidement plantée en terre et dont la surface supérieure, bien plane, porte le style. Cette sorte de gnomon consiste donc essentiellement en une pierre et en une aiguille de métal. Quel sera le nom populaire de cet instrument ? Je n’en vois point d’autre que celui de “pierre-aiguille”. Or, en chinois, pierre se dit chẽ et aiguille tchẽn (caractères chinois). Ce sont ces deux mots qui très probablement ont donné naissance à l’expression (caractères chinois) chê tch’ên = heure. Les Romains savaient l’heure en regardant l’“ora” de la clepsydre ; les Chinois en jetant un coup d’œil sur la pierre-aiguille. Le mot concret “ora” a fait naître la notion abstraite de l’“ora”, et le mot concret “chẽ-tchẽn” ou pierre-aiguille, celle de l’heure, puis du temps en général. On serait presque en droit de s’étonner de ne pas voir l’expression “chẽ-tchẽn” traduite par les caractères (caractères chinois) “chẽ-tchẽn”, pierre-aiguille, au lieu des deux lettres ultra-savantes (caractères chinois) chê (pour (caractères chinois) ché) et (caractères chinois) chên tch’ên (pour (caractères chinois). Il convient de ne pas s’alarmer outre mesure. Cela prouve seulement que l’expression n’a pas tardé à être incomprise, au moins quant à son étymologie, et que les caractères (caractères chinois) ché et chên, au moins en tant qu’appliqués à traduire la dite expression dans l’écriture, sont postérieurs à la naissance des notions abstraites de temps et d’heure. Ces deux notions sont-elles donc chinoises, c’est-à-dire ont-elles pris naissance en Chine ? On peut répondre franchement oui. S’ensuit-il que les caractères (caractères chinois) ché, (caractères chinois) chê et (caractères chinois) chên sont chinois ? Pas nécessairement, car il n’y a peut-être là qu’un simple fait d’adaptation. Les caractères pouvaient déjà exister par ailleurs et depuis longtemps. La seule nouveauté est leur emploi pour traduire une expression nouvelle ; c’est probable surtout pour (caractères chinois) ché, qu’on retrouve autre part, où il se lit « ti ».

    Les symboles composés. — Pour les caractères (caractères chinois) ché et (caractères chinois) chên, tch’ên, et une foule d’autres formes doubles, se pose un problème bien difficile à résoudre : sont-ils de création chinoise ou sont-ils d’origine étrangère ? Il est dangereux de se prononcer d’une façon catégorique dans une question aussi ardue.

    Les symboles chinois peuvent être répartis en deux catégories bien tranchées : les simples et les composés.

    Les symboles simples sont ceux où le symbolisme est exprimé par une seule figure. Cette figure peut être la représentation d’un être ou d’une chose pris comme symboles. Voici quelques exemples : le caractère (caractères chinois) t’iẽn figure l’arc-en-ciel et symbolise le ciel ; le caractère (caractères chinois) tchòu figure un arbre (auj. (caractères chinois) chóu), signifie aussi colonne et symbolise le maître (soutien de la maison) ; le caractère (caractères chinois) sẽ figure un lion (auj. (caractères chinois) sẽ) et symbolise la primauté (à ce sujet voir la bénédiction de Jacob, où le patriarche dépouille les deux aînés de leurs droits de primauté en faveur de Juda) ; le caractère (caractères chinois) iú figure un vase et symbolise l’eau (grec, udor ; latin, humor, uter). Parmi ces symboles beaucoup sont ou étaient à la fois et figures et symboles. Quelques signes sont purement conventionnels, quoique ayant un certain rapport avec l’idée symbolisée : v. g. le signe (caractères chinois) (auj. (caractères chinois) fãng) pour symboliser le vent. Ces symboles simples sont, il est difficile d’en douter, franchement d’origine étrangère. La plupart ont gardé leur appellation d’origine ; elle n’est pas chinoise.

    Les symboles doubles ou composés sont ceux où le symbolisme est indiqué par la réunion de deux figures ayant une certaine analogie ou relation avec l’idée symbolisée. Ces deux figures sont comme deux points de repaire qui conduisent la pensée et l’amènent à saisir l’idée symbolisée ; ce sont là comme deux jalons. Ces formes composées sont uniquement symboles. En dehors de (caractères chinois) ché et de (caractères chinois) chên, tch’ên qui appartiennent à cette catégorie et que nous avons expliqués, voici d’autres exemples : le caractère (caractères chinois) sĩ symbolise le souffle par la figure du nez et celle de la plume. En effet, quand une personne va mourir, on pose sous ses narines une plume ou tout autre objet très léger, pour constater que la respiration n’a pas cessé ; les deux signes de la pierre et de l’eau expriment l’action d’aiguiser, etc.. (1)

    Ces symboles secondaires sont manifestement postérieurs aux symboles simples. S’il est permis de comparer les différents étages de formation des caractères chinois avec les périodes géologiques, on peut dire que les symboles simples appartiennent au primaire, les symboles doubles au secondaire. Parmi ces derniers quelques formes sont même plus récentes et constituent comme des affleurements dans le tertiaire ; le symbole donné ci-dessus, pierre-eau = aiguiser, est de ce nombre. Les symboles, doubles sont-ils eux aussi d’origine étrangère ? C’est infiniment moins certain que pour les symboles simples, cela pour deux raisons : 1º la phonétique des symboles doubles est franchement chinoise, celle des symboles simples est carrément indo-européenne. 2º Ce système de symbolisation par une sorte de double jalonnement semble être une spécialité chinoise. On ne la trouve pas une seule fois dans l’écriture hiéroglyphique égyptienne ; on ne le trouve pas non plus, du moins je pense, parmi les quelques vestiges qui nous restent de l’écriture chaldéenne. Quant aux caractères cunéiformes de l’Assyrie, il serait facile aux gens du métier de faire à ce sujet quelques recherches. Quoi qu’il en soit, il sera prudent de réserver cette question.

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    (1) Voir d’autres exemples de ce symbolisme exprimé par figures doubles dans le Bulletin de mai 1928, art. Origine des caractères chinois, page 280.


    Origine du cadran solaire. — En somme, il importe assez peu de savoir si les symboles chinois composés sont d’origine étrangère ou non. Il n’en reste pas moins établi qu’à une époque très reculée, les Chinois connaissaient le cadran solaire ; les caractères (caractères chinois) ché, et chên et bon nombre d’autres s’en portent garants. Les Chinois ont-ils inventé cet instrument ? Non, car leur civilisation est manifestement trop récente. De qui l’ont-ils reçu ? Cela ne peut être des Egyptiens, car il est très improbable que ceux-ci aient connu le cadran solaire. Des auteurs, il est vrai, affirment timidement le contraire, mais ils avouent que les papyrus égyptiens n’en parlent pas. On peut leur répondre : si les Egyptiens possédaient le cadran solaire, soyez bien certains que leurs livres en parleraient et qu’on en trouverait des figurations parmi les hiéroglyphes égyptiens. D’ailleurs comment s’expliquer ce fait que les Grecs, au témoignage d’Hérodote, ont reçu le gnomon, non des Egyptiens, leurs tout proches voisins cependant, mais bien des Chaldéens ? Ce sont ces derniers qui ont inventé le cadran solaire ; c’est admis par tout le monde. Ce sont eux aussi qui l’ont transmis, c’est bien près d’être certain, aux Chinois, en même temps que les grandes lignes de leur civilisation et de leur écriture.

    Travail d’identification. — L’écriture hiéroglyphique chinoise contient un bon nombre de formes qui représentent le cadran solaire ; il y en a presque autant que de cloches, et ce n’est pas peu dire. On dirait qu’elle a compris que le fait de connaître cet instrument était pour elle comme un titre de supériorité, une marque de civilisation avancée ; elle en a mis un peu partout. Mais ces formes ont-elles été tracées pour la première fois en Chine et par des Chinois ? Ne leur ont-elles pas été plutôt transmises par les Chaldéens (sémites, je crois) ? En ce cas ont-elles été reçues directement ou plutôt par l’intermédiaire d’une langue indo-européenne ? C’est surtout l’étude de la phonétique qui pourra, dans une certaine limite, nous permettre de répondre à ces questions. En examinant sérieusement la phonétique des caractères chinois, peut-être arriverons-nous à retrouver quelques mots de la langue de transition, peut-être même de la langue originelle. A ce point de vue, l’étude des caractères chinois qui figurent un cadran solaire pourra nous guider. Nous avons vu que les caractères (caractères chinois) ché et (caractères chinois) chên sont chinois quant à leur adaptation aux notions de temps ché et d’heure chên. Il ne s’ensuit pas qu’ils soient d’origine chinoise, car ils pouvaient déjà exister par ailleurs. Il est difficile de prouver leur origine étrangère, car leur symbolisme est composé, et leur phonétique nettement chinoise. Heureusement il existe un autre caractère, dont les formes antiques représentent un cadran solaire : c’est (caractères chinois) gò, (auj. moi). D’ailleurs elles se rattachent étroitement aux formes antiques de (caractères chinois) chên par l’intermédiaire des formes de (caractères chinois) chẽn et de chẽn ; il y a, d’un caractère à l’autre, un passage insensible, une succession continue et douce, qui dénotent l’analogie de leurs formes et de leur sens, en même temps que leur communauté d’origine. Bien plus, alors que (caractères chinois) gò figure un cadran vertical, le caractère (caractères chinois) gõ, (auj. mauvais), représente un cadran horizontal, et, pour que le doute ne soit plus possible, dans les formes primitives c’est le signe du soleil (caractères chinois) jẽ qu’on voit à la place du signe (caractères chinois) sin, cœur. Or ces deux caractères, (caractères chinois) gò, surtout, semblent n’avoir jamais signifié, en écriture chinoise, le cadran solaire ; ils n’ont été introduits dans l’écriture chinoise qu’à titre de signes syllabiques. Ce sont des éléments égarés de la langue de transition, peut-être même de la langue initiale. Quelle est donc cette langue, où le cadran solaire ou gnomon s’appelait gò (lire à peu près ngo) ?

    HERCEY

    1929/69-78
    69-78
    Hercey
    Chine
    1929
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