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A propos des considérations sur lEnseignement de la Théologie en pays de Mission

A propos des considérations sur lEnseignement de la Théologie en pays de Mission La rédaction du Bulletin, ne recevant plus, depuis plusieurs mois, aucune communication à ce sujet, considérait la question comme épuisée, au moins dans notre Revue ; mais lauteur des Considérations nous demande linsertion des pages suivantes : nous ne pouvons la lui refuser. Cest lui qui a provoqué la discussion : il lui appartient de la clore. * * *
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    A propos des considérations sur lEnseignement de la Théologie
    en pays de Mission


    La rédaction du Bulletin, ne recevant plus, depuis plusieurs mois, aucune communication à ce sujet, considérait la question comme épuisée, au moins dans notre Revue ; mais lauteur des Considérations nous demande linsertion des pages suivantes : nous ne pouvons la lui refuser. Cest lui qui a provoqué la discussion : il lui appartient de la clore.

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    En publiant dans le Bulletin les Considérations sur lenseignement de la Théologie en pays de mission, mon unique désir était, je lai dit, de provoquer des échanges de vues, des discussions didées, qui serviraient à la mise au point de la question capitale de lenseignement dans nos Grands-Séminaires et à lamélioration de nos méthodes.

    En voyant se produire peu à peu ces échanges désirés, je gardai le silence : remercier pour les approbations ou réfuter les critiques eût semblé émettre la prétention de me constituer larbitre des unes et des autres.

    Mais devant la sommation répétée si dramatiquement biblique chez léminent P. Schlicklin, dexhiber enfin ce merle blanc, ce manuel-merveille, sans lequel il ny a rien à discuter utilement, il ne mest plus permis de refuser quelques éclaircissements qui sefforceront, en toute franchise et simplicité, de mettre le choses au point.

    1º Dabord, pas de merle blanc, gardé en cage et prêt à être lâché, pour le plaisir de crier à tous : Admirez ! Mais rattrapez-le et faites-en un merle bleu !

    2º Pas davantage de manuel-merveille donnant un classement logique des matériaux et fermant la bouche à tous les contradicteurs. Non, rien de pareil. Les manuels existants qui, comme genre et méthode, auraient mes préférences seraient : Bouvier, Bonnal, la Theologia Claromontensis, mais tous ont été composés pour lEurope. Le plus goûté, du moins pour la morale, serait le Compendium de Mgr Eloy ; mais il sépare la morale du dogme, ce qui, on le sait, constitue pour moi un vice capital. Donc, à mon humble avis, le manuel idéal est à créer de toutes pièces.

    3º Dautre part, lauteur des Considérations se déclare tout à fait capable dun travail de tant dimportance et de difficulté : même ceux qui ne le connaissent pas le croiront facilement sur parole. Quon cesse donc dattendre de moi ce qui surpasse toutes aptitudes !

    Au surplus, on me demande, me semble-t-il, bien au-delà de mes annonces ou de mes promesses.

    Dans les quelques lignes qui précèdent ou suivent les Considération, il nest question que de discussions, de critiques, déchanges didées... Les deux livres : Catéchisme du Concile de Trente, Plans dInstructions de Nevers, proposés comme paraissant composés tout exprès pour réaliser le désir de lauteur (des Considérations), ne sont certes pas mon uvre, ni ma propriété ; pas davantage un trésor inconnu. Dans ces expressions il y a, du reste, une affirmation très nette de la non existence dun manuel-merveille nouveau, encore tenu en réserve. Que lauteur dune invention mécanique, demandant un brevet, soit tenu de présenter un modèle concret de sa machine, cest indispensable et tout naturel ; mais il nen va plus ainsi dans lordre intellectuel et moral ; le censeur dun livre, le critique dun système philosophique, nest nullement obligé de corriger tous les défauts quil signale, cest-à-dire de refaire à neuf, irréprochablement, louvrage ou la méthode qui lui ont paru défectueux. Qui ne sait que

    La critique est aisée, et lart est difficile ?

    Il me semble donc évident quon me prête des promesses que je nai point faites, même implicitement.

    Faut-il de tout cela conclure à limpossibilité de réaliser jamais le manuel idéal ? Cest bien la tentation, sinon la conviction, que laisse la lecture de la lettre du P. Schlicklin ; si un docteur émérite en théologie et philosophie, même avec toute sa science et toute sa bonne volonté, ne sait comment constituer ce manuel de toute lencyclopédie ecclésiastique, qui osera en assumer la tâche ?

    Mais depuis quand difficile a-t-il signifié impossible ? Et faut-il renoncer à une uvre utile parce quelle restera humaine, cest-à-dire forcément imparfaite ? Ce nest point là lexemple que vient de nous donner lEglise, elle pourtant si traditionnelle, en refondant son Codex Juris canonici. Pourquoi ne limiterions-nous pas en essayant de rajeunir nos manuels théologiques et en les adaptant aux exigences des temps et des lieux ?

    Dailleurs, ici encore on donne à mes expressions une extension quelles ne comportent pas. Les connaissances nécessaires au saint ministère nont jamais constitué une encyclopédie ecclésiastique ; en outre, mon projet de manuel ne les comporte que quoad substantiam : il ne comprend ni lEcriture sainte, ni lhistoire de lEglise, et élimine tout ce qui est de simple érudition, laissant ainsi de la place pour le développement normal des questions insérées .Et ainsi paraît pouvoir être écarté le danger de rabaisser, dans nos missions, le niveau des études sacrées.

    Que, sur ce point, chacun de nous veuille bien faire appel à ses souvenirs de séminaire, soit diocésain, soit de Paris. Le plus grand nombre des étudiants étaient-ils de force à profiter dun cours supérieur ? Et que valaient les cours secondaires, quand ils nétaient pas supprimés en fait ? Que, même en mission, on puisse trouver une élite et quon lui donne les moyens de se cultiver pratiquement, assez, du moins, pour se perfectionner plus tard, rien de mieux ; mais que le manuel et son explication demeurent à la portée de la bonne moyenne, incapable de trouver ses délices dans les grands maîtres.

    De Lapparent a, dit-on, condensé en sept cents pages toute la science géologique ; cest par là que finissent tous les vrais savants ; mais cest aussi par là quils avaient commencé. Dans chaque science le compendium doit précéder la somme.

    Les élèves du P. Seguin sont unanimes à louer son cours de morale. Quen avez-vous retenu ? demandais-je un jour à un confrère que je savais avoir obtenu la note 5 à tous ses examens. Il me répondit, non sans quelque embarras : Des notes presque complètes, que jamais, il est vrai, je nai relues et qui nexistent plus. Au fond il men reste surtout le plaisir de lavoir écouté. Ne faudrait-il pas quil en restât quelque chose de plus positif, cest-à-dire un manuel étudié davance, dont le cours ne serait que lexplication.

    Heureux, le séduisant P. Cadière, de travailler au milieu dun peuple dont le niveau intellectuel lui permet de nous crier, du haut de son observatoire extérieur : Les millions détudiants qui surgissent de partout sassimilent aisément les sciences profanes dans les manuels européens, et la moyenne de nos séminaristes nest pas capables den faire autant pour lacquisition de la science sacrée ! Il ne semble pas que toutes nos missions soient aussi bien partagées. Au surplus, si ces manuels sont fructueusement abordables dans leur état exotique, ne le seraient-ils pas davantage allégés de leurs superfétations et dans une toilette un peu plus orientale ?

    Par ailleurs, nos étudiants ecclésiastiques comme tous les fils dAdam, sont beaucoup mieux doués du côté de lintelligence que du côté de la volonté ; ils ont plus de peine à réformer leur caractère, à se faire une âme sacerdotale, quà conquérir des connaissances théoriques ; il leur faut beaucoup plus de vertu que de science. Si Barrès un laïque non pratiquant, a pu dire avec vérité : Ce qui manque dans nos églises, ce sont de saints prêtres, combien plus en est-il ainsi au milieu de nos païens à convertir de toutes pièces ? Depuis longtemps beaucoup de grands esprits suivent et comprennent les cours du Collège Germanique, et lEurope chrétienne ne laisse pas que de se paganiser ; car il sera toujours vrai que, sans la charité qui édifie, la science nest puissante quà enfler ; les deux ont besoin de séclairer et de se féconder mutuellement. Or, pour nos Orientaux, il nest question que deux, nos manuels européens ne sont ni assez sanctifiés, ni assez sanctifiants, parce que pas assez franchement surnaturels.

    On nous fait espérer pour bientôt des professeurs savants, disons plus savants, formés aux grandes Ecoles. On ne peut quapplaudir à cette amélioration ; et combien, pour mon compte, je regrette de navoir appris et compris un peu de doctrine chrétienne que lorsque les conjonctures mont forcé de lenseigner ! Combien, en ce moment même, je souffre de nêtre pas assez savant pour donner ici à mes idées la précision et la clarté dont elles auraient besoin pour mériter considération ! Nul doute que, cteris paribus, lenseignement donné par ces maîtres ne soit salutaire et fructueux. Il faudra cependant quils demeurent très surnaturels, desprit comme de cur, et sastreignent à réduire leur cours aux notions utiles, précisées, condensées, mises à la portée de la grande majorité de leurs élèves, basées toujours sur le texte de lindispensable manuel.

    Mais me voilà depuis longtemps devenu inconséquent, retombant dans la discussion, contrairement à ma résolution de léviter ; discussion dailleurs bien inutile, puisque toute autorité me manque pour donner à la question une solution quelconque.

    Je marrête donc, laissant à la Providence le soin de faire la lumière sur cette question vitale et den préparer la solution la plus favorable.

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    En attendant cette bienfaisante intervention de la Providence, il vous paraît que deux points sont acquis : 1º Que les manuels de théologie usités dans les séminaires dEurope, nayant pas été composés pour les pays dExtrême-Orient, ne sauraient répondre à tous les desiderata de ceux qui ont mission dy enseigner les sciences sacrées ; 2º Que le professeur sera toujours obligé de supprimer de son enseignement les parties qui lui sembleront inutiles, comme aussi dy ajouter celles quil jugera nécessaires, par exemple, sur les religions, superstitions, coutumes des peuples extrême-orientaux, etc...

    Sur ce, nous attendrons la première édition du Manuel espéré. Dès quelle aura paru, nous ouvrirons largement les colonnes du Bulletin au confrère qui voudra bien la présenter à nos lecteurs. Jusque là toute nouvelle discussion nous paraîtrait oiseuse. Causa finita est !



    1923/172-177
    172-177
    Anonyme
    France
    1923
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