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A propos des considérations sur lenseignement de la Théologie 2

A propos des considérations sur lenseignement de la Théologie en pays de Mission.
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    A propos des considérations sur lenseignement de la
    Théologie en pays de Mission.

    En mission, il est souvent difficile de trouver le personnel voulu pour lenseignement dans les Grands-Séminaires. Souvent aussi, à cause de la santé, du climat, des capacités moyennes, il est difficile dimposer aux élèves des études aussi fortes quen Europe. En mission enfin, il est des questions, moins étudiées dans nos Manuels dEurope, qui sont dun intérêt et dune utilité indéniables. Pour ces raisons, ne serait-il pas bon dessayer de composer des Manuels plus courts, plus simples, mieux adaptés, pour faciliter le travail des professeurs et des élèves ?

    Si lauteur des Considérations sétait contenté de parler ainsi, il ny aurait pas grandchose à dire. Mais affirmer que son système est un idéal, quil faut réformer les méthodes denseignement de la théologie, si lon veut sauver la foi des fidèles : cest là, me semble-t-il, une façon de parler quelque peu choquante, parce que exagérée.

    Je ne pense pas que lidéal pour lenseignement catholique soit la confection dun Manuel contenant en abrégé toutes les sciences ecclésiastiques, qui puisse être facilement expliqué par nimporte quel professeur et compris par nimporte quel élève. Cela peut être un pis aller ; ne disons pas que cest un idéal.

    Lidéal serait que lon pût, dans les Petits-Séminaires, former de bonne heure lâme et lintelligence des élèves ; que, dès les basses classes, ils reçoivent une première formation religieuse très solide ; que, pour lintelligence, ils napprennent pas seulement vaille que vaille des règles de grammaire ; quils ne soient pas exercés seulement à faite des versions et des thèmes peu variés ; mais quils sachent analyser leurs auteurs, résumer quelques pages clairement, exprimer leurs idées avec précision. De telle sorte que, arrivés au Grand-Séminaire, la langue latine leur soit familière et quils puissent assez tôt, et sans trop de peine, faire des devoirs de philosophie, etc.

    Lidéal serait que, au Grand-Séminaire, on pût avoir assez de professeurs et dassez bons pour quaucun ne soit surchargé, pour que tous possèdent bien leur matière et puissent lenseigner de façon claire, pratique, intéressante, surnaturelle.

    Lidéal serait que, nos Evêques ayant pu ainsi pendant un certain nombre dannées consacrer un personnel nombreux et choisi pour former leur clergé indigène, celui-ci pût enfin être appelé à enseigner dans les Petits et dans les Grands-Séminaires, tout comme les missionnaires : cela lélèverait et serait pour les Missions dun très grand secours.

    Voilà ce qui serait lidéal. Mais lidéal, hélas ! ne se réalise guère, surtout en mission. Il faut cependant lavoir à cur, essayer de sen rapprocher le plus possible et.... se résigner à ne jamais latteindre.

    Dans cette recherche de lidéal, lauteur des Considérations, à mon avis, attache trop dimportance à la question du Manuel, et pas assez à celle des professeurs. Il me semble oublier que, dans lenseignement, le rôle principal revient au maître. Le Manuel est chose secondaire. Un bon maître sait tirer parti dun Manuel médiocre. Avec un mauvais maître le meilleur Manuel donnera peu.

    Le Confrère qui présente aux lecteurs du Bulletin les Considérations les étaye dune belle citation du Cardinal Mercier. Or le Cardinal adresse des reproches, non aux Manuels, mais à ses vénérés maîtres, qui, dans lenseignement des Grands-Séminaires, nont pas fait au dogme la place à laquelle il a droit. Il est à souhaiter assurément que lon ait de bons Manuels, mais il faudra surtout compter sur les maîtres.

    Encore une fois, lessentiel est davoir des professeurs en nombre suffisant, bien préparés à leur fonction, pénétrés de limportance de leur charge, tout dévoués à la remplir.

    Si lon pouvait avoir en même temps de bons Manuels, courts, pratiques, cela aussi ferait partie de lidéal ; mais précisément pour avoir ces Manuels, il faudra avoir eu dabord ces professeurs.

    Je ne voudrais pas dire que les Considérations sont sans utilité. Plusieurs des idées qui y sont exprimées sont à retenir. On sent que le Confrère qui les a rédigées, place (comme un peu partout en mission) dans des conditions difficiles, a voulu trouver un moyen de tout arranger. Celui quil propose peut être bon pour les circonstances dans lesquelles il se trouve personnellement ; mais je regrette quil le préconise comme le moyen unique, idéal, de donner à lenseignement des sciences ecclésiastiques toute sa perfection et de rabaisser ainsi dans lesprit des professeurs la haute idée quils doivent avoir de leur ministère.

    UN SUPÉRIEUR
    de Grand-Séminaire.
    *
    * *

    Somme toute, les Considérations sont fondées sur le Manuel proposé ; la valeur dicelles repose sur la valeur dicelui, et la critique des Considérations avant davoir vu le susdit Manuel ne peut être quune critique dà-côté, qui sescrime un peu dans le vide. Ce fameux Manuel, il faudrait dabord le voir et le soupeser ; mais je crains bien que ce ne soit le merle blanc.

    Une expérience restreinte, mais concluante, a prouvé, nous dit lauteur, quon peut facilement tout enseigner en 4 années de 9 mois... Pour convaincre plus pleinement ses lecteurs, il ferait bien de raconter au long, dans un second fascicule, les résultats de cette expérience.

    Avec notre système, ceux-ci (les professeurs) nauraient plus quà expliquer la leçon de chaque jour, et non à en préparer, déterminer, coordonner davance le texte.... Il est sûr quavec ce Manuel idéal le professeur passerait de bon temps et ne se fatiguerait pas les méninges.

    En résumé, deux méthodes en présence avec leurs avantages et leurs inconvénients respectifs :

    1º la vieille méthode de la division des sciences ecclésiastiques, dont les avantages sont passés sous silence, et à laquelle on reproche : a) le manque de liaison de ces sciences entre elles : de là morcellement de la science ecclésiastique : b) la difficulté, pour un petit nombre de professeurs, de lenseigner en entier : c) lignorance et le dessèchement du cur du clergé indigène ; d) et de là lignorance religieuse chez les fidèles.

    2º la nouvelle méthode, qui enferme toutes les variétés de la science du prêtre en un seul Manuel, pas trop long, mais complet tout de même, et bien ordonné ; méthode et manuel qui nauront aucun inconvénient, mais beaucoup davantages : a) liaison parfaite des sciences ecclésiastiques, même de celles quil semble difficile de lier ensemble ; b) facilité pour un seul et même professeur de tout enseigner ; doù c) parfaite connaissance des sciences ecclésiastiques chez le clergé indigène ; surtout connaissance par le cur, doù magnifique reverdissement du cur dû prêtre ; de là enfin d) suppression de lignorance religieuse parmi nos néophytes.

    A quoi je réponds :
    a) le nouveau Manuel, manuel universel, . Pourra-t-il avoir toutes les qualités quon lui prête davance ?

    b) même avec ce Manuel-là un seul et même professeur pourra-t-il tout enseigner, même les sciences les plus disparates ?. Pour permettre ce record, il faudrait que le dit Manuel ne fût quun Catéchisme développé.

    c) Alors, en effet, les futurs prêtres arriveraient à posséder toute la science ainsi mise à leur portée ; mais ils garderaient la mentalité de simples catéchistes.

    d) Quant à supprimer par là lignorance religieuse chez les néophytes, o mira simplicitas ! Il y aura toujours, hélas ! Des néophytes et peut-être même des prédicateurs, qui oublieront leur devoirs.

    Conclusion : cette méthode nouvelle à Manuel unique ne me paraît acceptable et utilisable que comme un expédient pour permettre aux Vicaires Apostoliques de traverser cette dure crise de personnel, de personnel enseignant surtout ; mais elle ne me paraît être ni un idéal, ni même un progrès. Et jai idée que, lorsquarriveront les docteurs en philosophie, théologie, droit canon, les lauréats de lInstitut biblique, pour remplacer les vieilles badernes que nous serons alors, ils auront tôt fait de faire disparaître cet instrument à tout faire, pour prendre chacun loutil le plus approprié et le plus dernier cri. Ah ! si les Billot, les Noldin, les Brassac, les Mourret, etc. voulaient bien sabaisser à couler dans un volume de 700 à 800 pages la substantifique moelle de leurs gros ouvrages, comme ont fait Branly pour la physique, de Lapparent pour la géologie, nos élèves, et même les élèves des Grands-Séminaires de France, même les bons, même les brillants élèves, y trouveraient grand avantage. Si, au lieu daller pourchasser une question dinfaillibilité dans 20 pages, ou de linspiration dans 80 pages, ils trouvaient ramassé, condensé et en ordre tout ce quils doivent savoir, leur attention, pour être moins dispersée, nen serait que plus concentrée et plus pénétrante. Et ainsi on aurait évité les longueurs inutiles et nuisibles pour des élèves, ce qui est un des gros desiderata de lauteur des Considérations, et on leur ferait étudier ces sciences daprès la pensée dun maître, ce qui nest pas à dédaigner.

    Mais cela nest quun rêve. Quant à lobjet des Considérations, nouveauté téméraire, non ; révolution, non plus ; évolution, si lon veut ; mais ne serait-ce pas une évolution à reculons ? Un seul Manuel, pas très long, pour toutes les matières à enseigner à des prêtres, nest-ce pas les ramener au catéchisme catéchisme un peu délayé, sans doute, mais catéchisme tout de même, et en faire de vrais primaires dans leur partie ?

    UN PROFESSEUR
    de Grand-Séminaire


    1922/356-360
    356-360
    Anonyme
    France
    1922
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