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A la frontière Sino-Tibétaine 4 (Suite)

A la frontière Sino-Tibétaine II. 1911-1913 (Suite)
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    A la frontière Sino-Tibétaine
    II. 1911-1913
    (Suite)

    Proclamation de la République. Dans la vallée du Tongho, les Ligueurs entrent en campagne, espérant camper quelques jours plus tard à Tatsienlu niai défendue. Le préfet envoie deux sections de soldats garder le défilé de Lentchoukouan. Les Ligueurs se présentent, on échange quelques coups de fusil et les soldats réguliers, après avoir tué leur chef, passent dans leur camp. Ce premier succès enhardit les Ligueurs qui continuent leur route. Les sociétés secrètes de la ville délèguent en hâte quelques beaux parleurs pour les inviter à rebrousser chemin et les assurer quelles sont disposées à établir elles-mêmes la Ligue. Les envahisseurs concluent de cette démarche que la ville est à leur merci et savancent jusquau hameau de Chenkhang où ils sont tout surpris de trouver de la résistance. Trente hommes bien armés ont en effet accepté de se porter à la rencontre des rebelles à quinze lis de la ville. Dispersés dans les rochers qui sont pour eux des abris sûrs, ils laissent approcher les bandes et ouvrent leur feu meurtrier. Le désordre se met dans les rangs des Ligueurs qui abandonnent armes et enseignes sur le terrain. Au nombre des morts, on retrouva le sorcier qui se disait invulnérable et avait juré de conduire la troupe à la victoire. Les gens du Yutong, qui prudemment sétaient attardés en chemin, repassent le torrent voisin et interdisent lentrée de leur territoire aux fuyards, leurs alliés.

    Malgré cet échec, les chefs de la Ligue veulent une fois encore tenter la chance et enrôlent tous les hommes valides de la vallée du Tongho. Il est question dattaquer Tatsienlu par deux routes : la route de Wassekeou et la route de montagne de Yakiaken. Sur les entrefaites, les soldats de Tchao eul fong, vainqueurs du Pomhé, en route pour Chengtu où le vice-roi, en danger, les appelait, arrivaient à Tatsienlu. Sans prendre de repos, ils savancent par la route impériale et la route de Mosymien, et après quelques escarmouches font leur jonction au marché de Lutingkhiao que les chefs ligueurs ont évacué précipitamment. Le Commissaire Impérial Fou houafong arrivait à son tour et après un bref interrogatoire donnait ordre dexécuter une dizaine de ligueurs. Dautres, en plus grand nombre, paisibles habitants de la vallée embrigadés bien malgré eux, étaient relaxés, à la prière des missionnaires catholiques.

    Quelques semaines plus tard les troupes des Marches étaient assiégées dans la place de Yachow qui tomba au pouvoir des Révolutionnaires. Le brave commandant Hia, qui avait délivré les Pères Davenas et Hiong, trouvait une mort glorieuse durant le siège ; et le Commissaire impérial qui sétait retiré à la Mission Catholique ne devait son salut quà lintervention du P. Gire.

    Malgré les rumeurs et quelques alertes, les trois districts de Chapa, Lentzy et Mosymien restaient indemnes. A vrai dire, le mouvement nétait point dirigé contre les chrétiens ni même contre les étrangers, mais, dans ce coin reculé, les pêcheurs en eau trouble ne manquaient pas et à plusieurs reprises ils émirent lidée de sattaquer à la mission. Durant les mois doctobre et de novembre, pasteurs et chrétiens passèrent par bien dès transes, ils nignoraient pas les exploits des bandes révolutionnaires au Kientchang voisin : le meurtre du P. Castanet et lattaque de la mission Légendre notamment, et ne pouvaient que remercier Dieu de les avoir protégés.

    Les soldats chinois partis, Tatsienlu restait à la merci du roitelet indigène qui, de la vallée du Siao King où il sétait retiré deux mois plus tôt, appelait de nouveau ses sujets aux armes. Plus de deux mille hommes se lèvent et se disposent à attaquer la faible garnison de la ville de Tatsienlu. Les trois cents hommes qui la composent paraissent beaucoup plus décidés à piller eux-mêmes la ville et à senfuir avec leur butin quà tenir tête à lennemi. Les membres de la chambre de commerce sengagent à payer la solde de ses défenseurs et à les ravitailler, on organise la résistance. Par mesure de prudence, lévêque fait évacuer les établissements et se retire à Chapa avec les religieuses et les élèves du séminaire. Les Pères Davenas et Hiong, enfin de retour, se joignent à la caravane pour chercher un repos quils ont bien mérité et dont ils ont grand besoin. Les P. Ouvrard et Charrier qui avaient ordre de rejoindre la colonie au premier danger avaient tout préparé pour un départ éventuel. Le bruit, bientôt confirmé, que les bandes armées ont refusé de se porter sur Tatsienlu et assassiné deux de leurs chefs, ramène lespoir dans le camp chinois.

    Informée du sac de Chengtu et du meurtre du vice-roi, la garnison manifeste quelque impatience et cherche à créer un conflit. Elle veut proclamer la République mais comme les officiels et la population, loin de sy opposer, proposent même denvoyer quelques délégués à Chengtu pour se mettre en relations avec les nouveaux maîtres, il lui faut trouver autre chose. Le 21 janvier, à la nuit, la compagnie cantonnée à la porte du nord se mutine, fusille son chef et se répand dans les rues avoisinantes. Les habitants affolés cherchent à gagner la campagne, emportant quelques ballots quils veulent soustraire à la rapacité de la soldatesque, ils sont dévalisés par des comparses qui gagnent le large avec armes et butin.

    Les deux autres compagnies restées fidèles reviennent à leur projet de proclamer la République. Au jour fixé, le 21 janvier, les tresses tombent, les démocratiques casquettes remplacent les antiques calottes, mais au moment darborer le drapeau républicain la soldatesque déclare rester fidèle à la dynastie. Enfin, dans les derniers jours du mois de janvier, deux délégués du Gouvernement provisoire arrivent de la capitale provinciale, reconnaissent les autorités locales et le drapeau de la République flotte sur les murs de la ville. Le premier jour de la première année de la République chinoise se lève sur une lueur dincendie : tout un quartier est la proie des flammes ! Séminaristes et religieuses, par groupes, regagnent Tatsienlu, à quelques jours dintervalle, pour reprendre leurs travaux. Le bruit court que le roi tibétain, flanqué dune imposante escorte, est rentré au camp de Lagong, au nord de Tongolo. Le délégué républicain, Ly tou-pan envoie quelques soldats à sa poursuite : leur marche trop lente lui permet de senfuir. A quelque temps de là, une lettre du roitelet enjoignant, dit-on, à ses sujets de mettre le feu à la ville, tombe entre les mains des autorités chinoises. Le frère du roitelet est arrêté et après un jugement sommaire, décapité ; les soldats se ruent sur le palais du coupable, le pillent et le brûlent.

    La Révolution en pays tibétains. Pendant que Tatsienlu sénervait dans une agitation continuelle, les principautés de Litang et Batang demeuraient calmes. Dès que les soldats chinois eurent en majeure partie quitté le pays, les indigènes reprennent les armes ; comme toujours, les lamas de Hiangtchen ouvrent le feu. Ils tombent à limproviste sur la petite garnison chinoise qui occupait leur lamaserie, semparent des armes et munitions, massacrent impitoyablement soldats et marchands qui achevaient le nouvel an lunaire dans les réjouissances ordinaires. On assure que, pour mieux accentuer leur esprit de vengeance, les lamas firent écorcher vifs plusieurs soldats en accompagnant de rites religieux cette horrible opération. Les femmes indigènes mariées aux Chinois et les enfants nés de leur union furent plongés dans des chaudières deau bouillante et coupés en morceaux. Les colons, qui depuis la conquête sétaient fixés dans le voisinage du camp et avaient ouvert de vastes terrains à lagriculture, furent tués ou expulsés.

    Le délégué qui venait de proclamer la République à Tatsienlu se propose daller mettre les lamas à la raison. A la tête dune petite troupe il gagne Batang où le Général Kou lui recommande de ne pas se lancer dans pareille aventure qui pourrait être le signal dun soulèvement général. Il se range à cet avis et revient sur ses pas. Après son passage, les vainqueurs de Hiangtchen veulent couper toute communication entre les petites garnisons qui occupent encore le pays et mettent le siège devant Litang. Après une faible défense, les Chinois lèvent le pied et senfuient dans la direction de Tatsienlu. Le mandarin local, qui se préparait à les suivre, est assassiné par lun de ses satellites.

    Ce nouveau succès des hordes tibétaines met Batang en danger, danger encore accru par la levée en masse des milices de la région de Kiangkha. Le Général Kou tchan ouen, qui songeait à occuper militairement la résidence de la mission, presse les Pères Grandjean et Nussbaum de se retirer momentanément au Yunnan et leur fournit une escorte. Arrivés sur le plateau de Bong, les voyageurs apprennent que la montagne voisine est occupée par les bandes tibétaines, les soldats de lescorte se replient sur Batang, les muletiers abandonnent les charges, les habitants du plateau, par peur de se compromettre, leur refusent un abri. Le lendemain, avant le jour, les voyageurs passent le col qui donne accès à la vallée du fleuve bleu et après huit jours dun voyage mouvementé atteignent Atentze.

    Le P. Tintet et ses chrétiens les avaient précédés dans ce village, fuyant un danger qui nétait pas chimérique. La garnison des Salines, coupée de sa base, était depuis quelques semaines menacée et par les troupes tibétaines et par les indigènes, sujets chinois, qui réclamaient avec force labolition du monopole du sel. Devant la menace, elle levait le camp, sans tirer un coup de fusil et se retirait en territoire Yunnanais. La résidence de la Mission de Yerkalo devenait bientôt le quartier général des troupes tibétaines.

    Batang, assiégée à deux reprises par les troupes de Lhasa et les bandes de Hiangtchen, offrit une énergique résistance sous les ordres du Général Kou. Si les envahisseurs avaient mieux concerté leur plan dattaque, nul doute quils se fussent emparés de la ville, mais ils arrivèrent par deux routes différentes et leur assaut, au lieu dêtre simultané, fut successif, ce qui permit aux défenseurs de se porter tous à la fois sur le point menacé et dinfliger deux sanglantes défaites aux assiégeants. Deux compagnies de soldats chinois, venues de Kiangkha et Tchraya, aident à débloquer la ville et les vaincus lèvent le siège, abandonnant nombre des leurs sur le champ de bataille. Les Chinois, nayant cure de la salubrité publique, laissèrent les cadavres sans sépulture et, peu de temps après, la peste décimait le camp des vainqueurs.

    Pendant que les troupes de secours jouissaient de leur victoire, les Tibétains occupaient les positions abandonnées. A leur retour, les soldats chinois, pour les en déloger, brûlent le village de Garthok et la lamaserie de Tchraya. A Chamdo, sur le Haut Mékong, le Général Pen je-chen, assiégé en son camp, fait une sortie, sempare de la lamaserie et la réduit en cendres.

    A Lhasa, le Général Tchong ing, nommé représentant de la République chinoise au Tibet, na pas plus dautorité sur ses troupes que sur les nationalistes tibétains qui, depuis la fuite du Dalai Lama, nont pas désarmé. Retiré dans la lamaserie Tungyélines pro-chinoise, il passe son temps, more sinico, en tergiversations. Croyant apaiser les esprits, il livre aux soldats mutins linfortuné secrétaire de lamban, Lo tchang khi qui est étranglé par deux enfants de troupe, et exaspère la haine des indigènes en paraissant autoriser les exactions de sa troupe.

    Première campagne des soldats de la République. Tous ces bruits circulaient amplifiés et dénaturés ; au Yunnan on disait que le Gouvernement tibétain voulait porter sa frontière à la boucle du fleuve bleu, au village de Chekou qui doit son nom à un tambour de pierre sur lequel est gravé le chant de triomphe des Mossos après une série de victoires sur les Barbares Tibétains. Les milices de Weisi, général en tête, ramènent à Yentsing le mandarin civil et les troupes qui sétaient enfuies deux mois plus tôt, cependant que le Général Ing tchen hien échelonnait son armée dans les villages des rives du Mékong. La population des Salines assagie reçoit avec joie les soldats chinois, et les milices Yunnanaises continuent leur route dans la direction de Batang. Elles sont arrêtées dans la vallée voisine de Kionglong et trouvent un refuge à la lamaserie de Karmda doù elles rentrent au Yunnan. Les troupes tibétaines, pour se venger de la défection de la population, avant de repasser la frontière, brûlent les villages des rives du Mékong sous lil indifférent des soldats setchouanais qui ne songent quà rallier le camp de Batang. Le P. Tintet, qui dAtentze suivait de près les opérations, rentre à Yerkalo sur les entrefaites ; les troupes venaient de quitter le pays. Lennemi nest pas loin, les villages sont en cendres, les indigènes, en labsence de toute autorité, donnent libre cours à leurs vengeances. La lamaserie de Karmda invite le missionnaire à se retirer dans ses murs ; il préfère séloigner de nouveau et attendre à la frontière Yunnanaise le retour des Chinois.

    Cependant le Gouverneur du Setchouan, Iuin tchang hen, qui par une ironie du sort avait été chargé de restaurer luvre de Tchao eul fong le boucher des lamas dans les Marches tibétaines, était arrivé à pied duvre avec de nombreuses troupes à Tatsienlu. Monseigneur Giraudeau pour éviter tout désordre possible remit à plus tard la bénédiction de léglise cathédrale, enfin terminée. Il pouvait en toute justice écrire dans le compte rendu annuel : Monsieur Ouvrard nous a donné un. très beau monument devant lequel Chinois et Tibétains sextasient. Cette église de style ogival mesure 29 m. de longueur sur 12 m. 60 de largeur.

    Avant dentrer dans les Marches, le Gouverneur expédie ses troupes dans toutes les directions. Les unes prennent la route du nord avec mission de rétablir les sous-préfets dans leurs districts respectifs, les autres réoccupent Litang, tandis quun bataillon sous les ordres du Ct Tchen hialing est chargé de soumettre les Lolos de la frontière du Kientchang. Les missionnaires sont enfin autorisés à rentrer à Taou et à Tchangou. Le P. Alric, désigné pour remplacer le P. Hiong malade, accompagne le P. Davenas dont il partagera labri, en attendant quil trouve des ouvriers pour relever les ruines de Charatong. A Taou, les deux missionnaires, comme naguère leurs prédécesseurs, vivent en location dans une famille du village jusquau jour où ils peuvent se transporter dans la bicoque quils construisent à la hâte sur le terrain de la Mission. Le P. Charrier pouvait enfin rallier Tchangou où les ouvriers, malgré bien des contretemps, achevaient sa résidence.

    Iuin tchang hen rappelle le roitelet tibétain, lui pardonne généreusement, le charge du service des transports et entre avec lui dans la terre des herbes, en octobre 1912. A Hokheou, il inaugure le pont de la Pacification de lOuest que nos compatriotes ont jeté sur le Yalong, au milieu de difficultés quasi insurmontables. De là il gagne Batang où les vieilles troupes de Tchao eul fong lui font une peu enthousiaste réception. Jaloux de lautorité et de lestime dont la population entoure le Général Kou tchan ouen depuis sa mémorable résistance, Iuin tchang hen, pour éviter un conflit entre les troupes Pien kuin et les soldats qui laccompagnent, poursuit sa route sur Chamdo.

    Les troupes chinoises pénétreront-elles au Tibet ? La question est à lordre du jour. En juillet, au départ de Chengtu, on criait : à Lhasa ; en novembre on prétend navoir jamais eu la pensée de franchir le Mékong. Le Gouvernement Britannique a fait savoir à la Chine, dit-on, quelle devait garder lintégrité du territoire de Lhasa. Les troupes Yunnanaises, échelonnées sur les rives du Mékong et destinées sans doute à prêter leur concours aux soldats setchouanais, abandonnent leurs positions dattente.

    Dans la capitale lamaïque, lopposition gagne chaque jour du terrain ; le Général Tchong, grâce à lintervention du représentant Népalien à Lhasa, est autorisé à se retirer dans la vallée de Chumbi en attendant que les pourparlers en cours lui ouvrent la route des Indes et de la mer pour rentrer en Chine. Peu après, le Dalai lama quittait sa retraite de Kalimpong pour reprendre les rênes du Gouvernement.

    Le voyage peu triomphal du Gouverneur Iuin à travers les Marches avait eu pourtant pour résultat de rétablir les communications et de réoccuper militairement les positions abandonnées. Les soldats setchouanais étaient de retour à Yentsing et les Pères Tintet et Grandjean purent enfin rentrer à leurs postes. A Yerkalo, la résidence de la mission est debout, mais il ne reste plus que les murs et la charpente ; cloisons, planchers, meubles ont été brûlés, les murs, quon a percé de meurtrières, sont fort endommagés, les maisons des chrétiens, comme celles des villages voisins, ne présentent plus que murs branlants. A Batang, la résidence de la mission devenue caserne a été saccagée.

    Au mois de février 1913, une armée spécialement chargée de réduire la tache de Hiangtchen, Tchen Hiang Kuin, sous les ordres de Lieou iu kieou, était de passage à Tatsienlu. Grossie à Litang des troupes du Général Sen, elle savance vers le sud. Elle ne progresse quà pas lents, pour éviter dêtre coupée de sa base et ne pas tomber dans les embuscades. Devant le nombre, les lamas se retirent sur les confins du Yunnan méditant une de ces attaques à limproviste qui leur réussissent mieux quune bataille rangée. En juin, enfin les Chinois réoccupaient la citadelle de Hiangtchen. Le Général Sen et le Pacificateur Lieou iu kieou sattribuent lun et lautre la victoire. Pour que le conflit ne dégénère pas en une lutte fratricide, Lieou iu kieou quitte la place et rentre au Setchouan.

    Sur les bords du Mékong, les Tibétains, malgré la présence dun bataillon chinois à Yentsing, navaient pas désarmé. Il était toujours question de les aller poursuivre mais les préparatifs traînaient en longueur, si bien quà la fin on craignait que la crue du fleuve nempêchât la troupe chinoise de mettre son projet à exécution. Le 19 avril au matin, des barques et radeaux déposent une centaine dhommes sur la rive droite du fleuve tandis que le canon jette la terreur dans le camp tibétain. Les rebelles, pour échapper aux balles chinoises, senfuient en désordre et le pays devient désert. Peu à peu, par lintermédiaire de la Mission Catholique ils viennent faire leur soumission et peuvent rentrer dans leurs foyers.

    Résumé des travaux apostoliques. Ces deux années 1911-1913 ont été, humainement parlant, désastreuses pour la mission. Six missionnaires ont été retenus de longs mois loin de leur champ dapostolat ; deux dentre eux ont subi un cruel martyre. Et que de ruines autour deux ! Animés dun même apostolique courage, ils ont enfin repris la route de leurs districts où tout en relevant les ruines matérielles ils reforment le troupeau dispersé par lorage.

    Quand le calme fut revenu dans la vallée du Tongho, le P. Van Eslande, constatant avec joie que sa chapelle était devenue trop étroite, commença la construction dune coquette résidence dont la partie centrale deviendra chapelle. Le P. Goré, de son côté, préparait les matériaux nécessaires à la construction dun oratoire dans la station de Chaouan et, rêvant de réunir son district de Chapa à celui de Tchangou par une ligne de stations chrétiennes, parcourait le Haut Yutong. Appelé à la paroisse de Tatsienlu, en avril 1913, il avait pour successeur, après un court intérim du P. Ouvrard, le P. Graton, arrivé lannée précédente en mission.

    A Tatsienlu, la cathédrale, ouverte au culte depuis le mois daoût précédent, était solennellement bénite à lissue de la retraite annuelle, le 25 mai 1913. Au banquet que donna la mission à cette occasion, les chefs militaires et civils de la ville fraternisèrent avec les chrétiens et les païens amis. Les Religieuses Franciscaines de Marie avaient pris possession de leur couvent et quelques jeunes filles chinoises se formaient, sous leur conduite, à la vie religieuse ; un groupe dorphelines retrouvaient en elles leurs mères trop tôt disparues ; le dispensaire et le petit hôpital attiraient une nombreuse clientèle.

    Au Tibet Yunnanais, la révolution anti-dynastique était passée presque inaperçue et les ouvriers apostoliques avaient pu vaquer à leurs travaux en toute liberté. Le P. Grandjean, provicaire, avait profité de son séjour forcé dans la région pour faire la visite canonique et administrer la confirmation ; le P. Nussbaum avait prêté son concours à ses confrères de Tsechung et Siao Weisi. A Kionatong, le P. Genestier était tout à la joie des résultats obtenus :
    Cest, écrivait-il en présentant une gerbe de 144 baptêmes dadultes, la plus belle année de ma vie de missionnaire.

    Au printemps de 1913, à la frontière indo-tibétaine, sétait éteint dans la 87ème année de son âge le vénérable P. Desgodins. Avec lui disparaissait le dernier témoin des origines de la mission et lun de ses principaux ouvriers.

    Tsechung, octobre 1932.
    F. GORÉ.


    1933/501-509
    501-509
    Goré
    Chine
    1933
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