Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Yunnan notre dame de Lourdes à Ta-pin-tse

Yunnan notre dame de Lourdes à Ta-pin-tse Lettr du P. Guilbaud Missionnaire apostolique.
Add this
    Yunnan notre dame de Lourdes à Ta-pin-tse

    Lettr du P. Guilbaud

    Missionnaire apostolique.

    Pourquoi une grotte de Lourdes ? La région de Houang-kia-pin fut de tout temps insalubre; la fièvre y règne à peu près toute l'année, et jadis la peste bubonique y fit d'innombrables victimes. Il y a près de quarante ans, le pays fut désolé par cette terrible épidémie ; le P. Delavay employa l'eau de Lourdes pour conjurer le fléau. La Sainte Vierge qui a pitié de tant de malades à Lourdes voulut bien jeter un regard compatissant sur ceux qui mettaient en Elle leur confiance, car la peste cessa pour un temps.
    Soudain, en 1893, elle reparut décimant à nouveau la population. Tous les remèdes furent en vain employés, et le fléau menaçait de convertir en désert cette contrée jadis encore fort peuplée. La rapidité avec laquelle la mort fauchait était effroyable ; beaucoup d'habitants bien portants le matin étaient morts le soir.
    Le missionnaire d'alors, le P. Piton, cria sa détresse au Vicaire apostolique, Mgr Fenouil. Le bon évêque se souvint que jadis l'eau de Lourdes avait arrêté le fléau; il envoya au P. Piton un peu de cette eau, lui disant d'inviter ses chrétiens à se confesser et à communier le 8 septembre, fête de la Nativité de la Sainte Vierge. Ce jour-là, l'église de Ta-pin-tse (à cette époque la plus vaste de toute la mission) est pleine de chrétiens; chacun sent qu'il faut faire violence au ciel. De ferventes prières montent de ces coeurs angoissés vers Celle qu'on n'invoque jamais en vain. Après la messe, le P. Piton, selon la recommandation du Vicaire Apostolique, asperge les fidèles, et sortant de l'église il jette l'eau de Lourdes dans toutes les directions avec l'intention de bénir tout le district. O miracle ! La peste qui chaque jour couche quelques victimes au tombeau, arrête ses coups pour ne plus reparaître dans le pays.
    Tel est le fait qui me fut conté dès mon arrivée à Ta-pin-tse il y a déjà cinq ans. Sans doute chacun remercia en son coeur la Sainte Vierge d'une si grande faveur, mais il me parut que c'était insuffisant, qu'il fallait, par un monument durable, perpétuer cette grâce extraordinaire.
    Il me vint à la pensée de construire une grotte de Lourdes, où chacun pourrait venir remercier notre Mère du Ciel pour le passé, et lui demander aide et protection pour l'avenir.
    Je m'empressai de faire connaître mon dessein à Mgr de Gorostarzu, lui demandant en même temps de me permettre de l'exécuter. Je connaissais l'amour de Monseigneur pour la Sainte Vierge, aussi est-ce plein de confiance que j'attendis sa réponse. Sa Grandeur approuva entièrement mon projet et l'encouragea. Restait à construire ; en d'autres temps la chose eût été facile, mais nous sommes en 1917, la guerre qui désole l'Europe prive les missionnaires des charitables subsides qui les aident à faire le bien parmi les populations païennes ; ils ont mille difficultés pour se procurer leur nourriture et continuer leurs oeuvres. N'est-il pas téméraire d'entreprendre une construction de ce genre? Cependant je crus devoir aller de l'avant, me rappelant l'adage : « Aide-toi, le ciel t'aidera ».
    Plein de confiance en l'issue de mon entreprise, je tendis la main de tous côtés afin de recueillir l'argent nécessaire. Presque partout je reçus un accueil favorable. Les missionnaires comme les chrétiens donnèrent de leur pauvreté, chacun voulait contribuer à élever un pied-à-terre à la Sainte Vierge parmi nous. Alors on commença à réunir les pierres nécessaires, il en fallait beaucoup ; en janvier 1918, la grotte fut terminée.
    Mais il faut maintenant qu'une statue vienne l'habiter.
    Je la commande à Paris. Longtemps je dois l'attendre; les besoins militaires accaparent tous les moyens de transports. Cependant, expédiée de Paris elle arrive à Marseille où elle séjourne plusieurs mois. Un jour j'apprends son embarquement : « Pourvu me disais-je que les sous-marins ennemis ne viennent pas torpiller le vaisseau qui la porte ». De tout coeur je priai la Sainte Vierge de protéger sa statue. Au début de 1919 elle atteint enfin Yun-nan-sen ; vite on me l'expédie. D'une main fébrile j'ouvre la caisse. Comment dire ma joie en voyant la statue ! « Oh ! Quelle est belle » s'écrient les chrétiens. « Au Ciel, dis-je, elle est mille fois plus belle encore ! »
    Il ne reste plus qu'à fixer la date de la bénédiction. Laquelle choisir? Sans doute il eût été préférable de choisir le 8 septembre, jour anniversaire de la cessation de la peste à Ta-pin-tse, mais à cette époque les chrétiens sont en plein travail de récolte ; force me fut donc d'attendre encore. Je me décidai pour le 8 décembre. Tout fut préparé pour cette date. Dans l'intervalle, et comme pour me montrer qu'Elle approuvait le peu que je faisais pour Elle, la Sainte Vierge eut pitié d'un jeune catéchumène, Fou-hong-fa, devenu soudain complètement fou.
    Ce fut encore grâce à l'eau de Lourdes qu'eut lieu cette guérison.
    Nous voici enfin aux jours qui précèdent la fête. Déjà des divers districts les chrétiens arrivent. De Pe-ui-tsin avec le curé, le zélé P. Ten, les catholiques, que n'épouvantent pas cinq fortes si étapes, accourent qui à pied, qui à cheval. Puis voici le P. Savin qui vient de Ta-li avec ses fidèles. Le P. Piton, qui n'hésite jamais à montrer son amour pour Celle qui jadis arrêta le fléau en son cher district, arrive à. son tour. De Djokou-lo, de Kou-ti et de Pien-kio, voici une longue file de chrétiens; ils rejoignent le P. Degenève qui est là pour recevoir les pèlerins et leur procurer un logement.
    Enfin c'est Yong-pe qui avec le P. Tchen tient à ne pas manquer au rendez-vous. Décidément les fêtes s'annoncent superbes, car chacun s'empresse par une bonne confession de mettre sa conscience en règle. Continuellement trois missionnaires entendent les confessions. Que de grâces de pardon durant ces jours bénis !
    Le matin du jour de la solennité, Je soleil se lève radieux. Bientôt les messes se célèbrent, l'église est déjà pleine, la foule déborde, les trois portes sont ouvertes pour permettre à ceux qui sont restés dehors de suivre les cérémonies.
    Le P. Ten célèbre la sainte messe ; à l'Évangile il prêche, il nous montre Marie annoncée et figurée au cours des âges et donnée enfin au monde, « rayon de soleil dans un ciel d'orage » ; tous les assistants écoutent avec profit... Nous voici à la communion. Oh! Que Notre Seigneur dut être content de voir tant de fidèles se presser au divin banquet; il me semblait le voir sourire de bonheur dans la blanche hostie. Enfin la messe s'achève.
    A 11 heures, on se réunit de nouveau à l'église pour les prières ordinaires du dimanche. La statue de Notre Dame de Lourdes apportée à l'église est entourée de fleurs et de lumières. Alors, revêtu du surplis, de l'étole et de la chape, je procède à la bénédiction. En quelques mots sortis du coeur et allant aussi droit au coeur, le P. Ten nous exhorte tous à nous mettre sous la protection de la Sainte Vierge, à la reconnaître à jamais pour notre Mère et notre Avocate ; ensuite, les missionnaires puis les chrétiens viennent baiser les pieds de la statue.
    Cet acte de piété filiale accompli, chacun sort pour se ranger en procession. Précédée de la croix et des chandeliers, la foule s'avance sur deux rangs sous la conduite du P. Degenève, au chant des litanies de la Sainte Vierge. Espacés sur le parcours au milieu des rangs des fidèles, des jeunes gens portent aussi haut qu'ils peuvent de grandes oriflammes au chiffre de Marie. Enfin voici la statue sur son brancard, portée par une délégation de chrétiens des divers districts ; elle s'avance lentement, vraie marche triomphale, comme une reine au milieu de son peuple. A ce moment, l'enthousiasme est à son comble et je sais bien des yeux qui pleuraient de bonheur. Nous voici arrivés à la grotte ; le canon qui tonne sans discontinuer, les pétards; inséparables de toute fête en Chine, cessent. Je bénis la grotte, on place la statue ; un cantique composé pour la circonstance chante notre amour d'enfants pour notre Mère du Ciel. Ensuite nous prions de tout coeur. Nous pensons à tous, à nos chers malades, à ceux qui donnèrent leur obole, au district, à la mission du Yun-nan. Monseigneur avait bien voulu, sur ma demande, accorder une indulgence de 50 jours à toute personne qui réciterait à la grotte au moins un Pater et un Ave Maria, avec l'invocation : « Notre Dame de Lourdes, priez pour nous ».
    Il est midi, on se met à table. A 3 heures, salut solennel donné par le P. Degenève.
    Enfin, le soir, réunion à la grotte pour la prière. Mille lampions scintillent dans le creux du rocher, d'autres entourent la statue, l'ensemble est d'un aspect féerique...
    Là-haut, au-dessus de, la grotte vient de s'élever une fusée qui semble porter jusqu'au ciel nos prières; les cris d'admiration poussés par la foule nous disent sa joie. Nous récitons encore, une prière; nous disons notre plus doux bonsoir à la Sainte Vierge. La fête est finie. Les beaux jours passent vite.




    1921/181-182
    181-182
    Chine
    1921
    Aucune image