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Yun-Nan un enterrement humoristique

Yun-Nan un enterrement humoristique On lit dans les chroniques monacales qu'un saint abbé, désireux d'aviver dans son entourage le souvenir de la mort, fit célébrer ses obsèques de son vivant. Le fait était, je crois, unique en son genre, il ne le sera plus. Au printemps dernier, un habitant de Tong-tchouan, qui n'a sûrement pas lu les chroniques monacales, eut une inspiration pareille, mais pour des motifs tout autres.
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    Yun-Nan un enterrement humoristique

    On lit dans les chroniques monacales qu'un saint abbé, désireux d'aviver dans son entourage le souvenir de la mort, fit célébrer ses obsèques de son vivant. Le fait était, je crois, unique en son genre, il ne le sera plus.
    Au printemps dernier, un habitant de Tong-tchouan, qui n'a sûrement pas lu les chroniques monacales, eut une inspiration pareille, mais pour des motifs tout autres.
    Mi Siao Tien est un médecin connu de toute la ville; en temps ordinaire, cette profession procure de jolis bénéfices Mais depuis deux ou trois ans, la population appauvrie délaisse notoirement les médecines et lés médecins. La situation de Mi devient inquiétante, car il n'a pas trouvé le secret de vivre de rosée et de grand air comme les cigales.
    Il lui importe de se prémunir au plus tôt contre la famine qui le guette. Le problème ne laisse pas que d'être ardu. Bah! Un Sémite ne manque jamais d'expédients... il saura trouver une solution.
    Un jour, pressentant que plus tard ses garnements de fils ne lui feront pas de funérailles distinguées, le vieux professionnel se dit qu'il est mieux d'y pourvoir d'avance. Et voilà qu'à l'étonnement général, il convoque parents et amis, sans oublier sa clientèle.
    On banqueta joyeusement à la maison mortuaire, pendant que les bonzes nasillaient le triduum rituel. Le faux défunt très affairé, allait, venait, veillait à tout.
    Au jour fixé, le cortège funèbre, à grand orchestre, parcourt la grande rue, drapeaux déployés, oriflammes au vent, au milieu d'une pétarade assourdissante.
    La population intriguée, encombrant les deux trottoirs, lui fait un riche encadrement.
    A tout seigneur tout honneur. Mi Siao Tien, le roi de la fête, ouvre gravement la marche. Derrière le catafalque, la veuve éplorée, les fils et les brus ébranlent le ciel de leurs lamentations. Puis vient la foule des invités, l'air gouailleur, un peu indécis sur la contenance à tenir.
    Après l'inhumation de la bière vide, l'assistance s'étant dispersée, chacun retourne à ses affaires.
    Un homme qui a tout lieu d'être satisfait en cette curieuse aventure, c'est Mi, le macchabée très vivant, car son ingéniosité l'a servi à souhait.
    D'abord, il le tient son enterrement de première classe! Ensuite il a réalisé un boni appréciable. Se souvenant qu'il est d'usage en Chine de faire des largesses aux familles en deuil, le vieux routier avait habilement exploité l'usage, pour rafraîchir son enseigne et renflouer ses finances en détresse.
    Désormais, pourvu d'un honnête capital, il peut envisager l'avenir d'un oeil serein.
    Il faut convenir que le stratagème du vieux praticien ne manque pas de sel : à lui revient tout le mérite de l'invention.

    1923/17-18
    17-18
    Chine
    1923
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