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Yun-Nan : La Fête du Printemps

Yun-Nan : La Fête du Printemps PAR M. SALVAT Missionnaire apostolique. Quelques jours avant le 4 février, toutes les professions se cotisent. Il s'agit de faire les choses en règle pour obtenir la clémence du ciel. Il faut qu'on ait, ce jour-là, un doux soleil ; sans quoi on risque une année mauvaise. On s'entend avec le mandarin du lieu et on se met à l'oeuvre.
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    Yun-Nan : La Fête du Printemps
    PAR M. SALVAT
    Missionnaire apostolique.
    Quelques jours avant le 4 février, toutes les professions se cotisent. Il s'agit de faire les choses en règle pour obtenir la clémence du ciel. Il faut qu'on ait, ce jour-là, un doux soleil ; sans quoi on risque une année mauvaise. On s'entend avec le mandarin du lieu et on se met à l'oeuvre.
    C'est au boeuf que reviennent tous les honneurs. Dans chaque prétoire on construit un énorme boeuf en papier jaune ; ce sera le boeuf du printemps. Le conducteur, armé d'un fouet, est vêtu de même. On transporte boeuf et conducteur à l'est de la ville, où une baraque avec table et chaises a été préalablement élevée
    Puis on prépare le cortège. Chaque chef de section est chargé de recruter des mendiants qu'il habille le plus richement possible, et qui représentent des allégories printanières. On les attache solidement au sommet d'une perche qui est elle-même liée solidement sur un brancard que soulèvent 4, 6, 8, 10 hommes.
    On se rend ensuite au prétoire pour chercher le mandarin. On a préparé un palanquin spécial orné de fleurs. Les lettrés qui ont été invités pour parader au cortège s'avancent vêtus de leurs plus beaux habits. Ils sont tous à cheval et marchent sur deux rangs. Afin d'effrayer les frimas et de dérouter les rigueurs de l'hiver, ils s'habillent de fourrures, les poils en dehors.
    Il y a foule énorme dans la rue, car les représentants de toutes les professions, pauvres ou riches, tiennent à être présents.
    Ce nombreux cortège se rend directement au tribunal où, dans la grande salle, se fait l'appel. Le mandarin sort alors de ses appartements, il monte dans son palanquin et, suivi de tous ses gens, il va en ville. Bientôt, un cavalier l'arrête, se jette à bas de son cheval et se prosterne en criant : « J'annonce ». Les valets accourent et lui demandent : « Qu'annonces tu ? J'annonce, répond-il, grande joie pour notre père en ce nouveau printemps ». Un serviteur prend un paquet de papier rouge, quelques centaines de sapèques, et jette le tout au crieur en disant : « Récompense de la part du père du peuple ».
    Trois fois le cortège est arrêté et trois fois les mêmes génuflexions recommencent; la formule des souhaits change un peu, mais elle contient toujours des souhaits de bonheur. Cette cérémonie accomplie, on se rend directement au lieu où a été déposé le boeuf. Les mandarins, s'ils sont plusieurs, s'avancent dans le hangar construit pour la circonstance, et tout en mangeant force pâtisseries, ils pronostiquent des jours heureux.
    Quatre valets sortent des rangs et viennent s'agenouiller devant les mandarins. Ils les invitent à se prosterner devant le boeuf. Les grands hommes s'agenouillent aussitôt et font des libations au héros de la fête.
    Ensuite, le plus élevé en grade parmi les mandarins se détache du groupe, il prend la charrue attelée d'un boeuf (pas en papier cette fois), et il trace le premier sillon. Le plus grand silence règne dans la foule ; on dirait qu'elle assiste à une cérémonie sainte.
    Le sillon tracé, on se rend en grand cortège au prétoire, en transportant boeuf en papier jaune. La musique fait entendre les plus beaux morceaux de son répertoire, tandis que les pétards annoncent au peuple que la rencontre de leur chef avec le printemps est chose accomplie.
    Les mandarins rentrent chez eux, les assistants détruisent le boeuf en papier et tâchent d'en emporter quelques lambeaux chez eux, comme signes de bonheur et de prospérité.

    1910/139-141
    139-141
    Chine
    1910
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