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XXVe anniversaire de la fondation de t'ongh'en mandchourie

XXVe anniversaire de la fondation de t'ongh'en mandchourie
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    XXVe anniversaire de la fondation de t'ongh'en mandchourie
    Le 28 avril, Mgr Gaspais, qu'accompagnait le P. Sagard, arrivait à Haipeitchen, alias Saint-Joseph-de-T'ong-H'en. Dans la rue principale du bourg, pavoisée de drapeaux et ornée de banderoles, des arcs de triomphe du plus gracieux aspect avaient été élevés. Précédée d'une quarantaine de cavaliers, des élèves du Probatoriuni et des élèves des écoles, Son Excellence s'avançait au milieu d'une foule compacte pendant que de tous côtés, éclataient les pétards. Le clergé de la paroisse, les PP. Fr. Tchang, Fr. Ting et Henri Tchang, s'étaient portés au-devant de Son Excellence qui reçut, à la Chambre de Commerce, les hommages des notables de la chrétienté. A la porte de la résidence, se trouvaient les PP. J. T'hien, H. K'ang, Gibert, J.-B. Hia, A. Liou, J.-B. Meung, S. Kouo, Roland et L. Wang, arrivés quelques jours auparavant. Dans l'église trop étroite pour la foule qui s'y écrasait, Son Excellence adressa aux chrétiens une courte allocution et leur donna sa bénédiction.
    Treize prêtres réunis autour de leur évêque, à Saint-Joseph-de-T'ong-H'en ! Jamais pareille chose ne s'était encore vue. Que signifiait donc à cette époque insolite, ce concours de prêtres et de fidèles ? C'est qu'il s'agissait de fêter le 25e anniversaire de la fondation de la Colonie Saint-Joseph. C'est en effet, il y a 25 ans que le P. Roubin jeta sur ce plateau alors inhabité, les premiers fondements de la colonie. Il y a 25 ans, c'était le désert, la steppe, parcourue par quelques rares sauvages Solons. Aujourd'hui, c'est un bourg prospère, une agglomération de plusieurs milliers d'âmes, la principale chrétienté non seulement de la Mission de Kirin mais de toute la Mandchourie. Ce que ces 25 ans représentent de labeur, de dangers, de difficultés de toutes sortes, ce n'est pas ici le lieu de le redire. Tous les confrères connaissent suffisamment l'histoire de T'ong-H'en (1). Devant le résultat obtenu, on ne peut qu'admirer l'oeuvre unique accomplie par le zèle du P. Roubin et de ses auxiliaires. N'était-il pas tout naturel de commémorer la fondation de cette chrétienté par des fêtes solennelles qui seraient en même temps une action de grâces envers Dieu, envers saint Joseph, Patron très vénéré de cette oeuvre qui la, depuis sa fondation, toujours si visiblement protégée ?

    (1). Nos lecteurs retrouveront l'histoire de cette fondation dans nos Annales, 1028, pp. 95-104

    Pour permettre à ceux qui voulaient se rendre à T'ong-H'en d'arriver à temps, la fête principale avait été remise au jour octave de la Solennité de saint Joseph, c'est-à-dire au mercredi 29 avril. La fête devant, comme il convenait, avoir avant tout un caractère religieux, et être, pour ces nombreux chrétiens, l'occasion d'un renouveau dans la ferveur, il avait été réglé que la Solennité principale serait précédée de trois jours de retraite. Pendant plusieurs jours donc, 8 prêtres, parfois davantage, entendirent les confessions dont le nombre approcha de 3.000. Trois sermons furent donnés chaque jour, un à chacune des deux messes principales, le troisième avant le salut du soir, selon le programme fixé d'avance. Le dimanche, on célébra l'Adoration des quarante heures. Des milliers de communions furent distribuées. Le jour même de la Solennité, trois prêtres distribuèrent la Sainte Communion pendant trois quarts d'heure.
    Le mercredi, dans une église archicomble, Son Excellence officia pontificalement, ayant à ses côtés le P. K'ang comme prêtre assistant, le P. Hia comme diacre et le P. L. Wang comme sous-diacre, le P. Sagard dirigeant les cérémonies. Le clou de la fête devait être la procession en l'honneur de saint Joseph dont la statue est portée sur un brancard richement décoré. Cette procession fut magnifique. A cette époque de dégel, les chemins, sur certains points, n'étaient pas très beaux, mais cela ne pouvait modérer en rien la ferveur, j'allais dire l'enthousiasme de cette foule en fête. Il est difficile de décrire cette splendide manifestation religieuse. Il faut avoir vu cela, cet interminable cortège, policiers, le fusil sur l'épaule, élèves du probatorium, enfants des écoles de garons et de filles, ayant tous un drapeau à la main, puis les chrétiens, hommes et femmes, sur deux rangs, ici chantant des cantiques, là récitant le rosaire, enfin le clergé, puis la statue de saint Joseph que suivait Son Excellence en cappa magna. Dans la grande rue surtout, le spectacle était des plus pittoresques Cette forêt de drapeaux de toutes couleurs, cette immense rumeur de chants et de prières, accompagnée du bruit des cloches et des pétards, tout cela formait un ensemble vraiment unique. Malgré soi, on songeait au Père ROUBIN arrivant dans ce désert, il y a 25 ans, avec quelques pauvres colons qui s'y construisaient de misérables huttes. Le désert était devenu un bourg, presque une ville où des milliers de voix chantaient les louanges de Dieu. La procession s'était mise en marche vers une heure ; elle ne revint à l'église qu'à quatre heures, après avoir fait une station à chacun des deux arcs de triomphe, élevés à l'est et à l'ouest de la grande rue. A chaque arrêt, une allocution fut adressée aux chrétiens et aux païens, la première fois par le P. Wang, la seconde fois par le P. T'hien. La cérémonie se termina par le Salut solennel du Très Saint Sacrement pendant lequel un Te Deum d'actions de grâces fut chanté.
    La fête, comme il convenait, comprenait aussi une série de réjouissances publiques. Dès le mercredi soir, une foule énorme, contenue avec peine par un service d'ordre, se pressait sur le vaste terrain situé devant l'église, pour assister au feu d'artifice.
    Pétards, fusées, pièces d'artifices de toutes sortes, excitèrent pendant deux heures l'admiration de tous. Parmi les pièces d'artifices, on admira spécialement celle représentant saint Joseph et celle représentant le P. Roubin. Les deux jours suivants, sur le même terrain où une estrade avait été dressée, des représentations théâtrales furent données avec beaucoup de succès, par les chrétiens, jeunes gens ou élèves du Probatorium. Il faut signaler spécialement une représentation de la Passion donnée par les élèves du Probatorium, et une pièce intitulée : « Histoire de Haipeitchen » où se trouvaient figurés les principaux événements survenus pendant la période héroïque de la Colonie. On y voyait le P. Roubin s'établissant à T'ong-H'en, chassant les joueurs de sapèques, organisant la défense contre les brigands, etc... C'était très amusant de voir l'acteur principal, vêtu de la soutane et orné d'une barbe « ad hoc », imiter la démarche, les gestes et même l'accent du P. Roubin.
    S'il avait été présent, comme il aurait ri de bon coeur, le cher Père! Comme il aurait été heureux d'assister à cette fête ! Et comme nous aurions été heureux de l'avoir parmi nous ! Que de fois, pendant ces quelques jours, trop vite passés, notre pensée se reporta vers lui ! Que de fois, prêtres et chrétiens répétèrent cette exclamation : « Il ne manque que le P. Roubin ! Ah! Sil était là !... » Cher Père Roubin, Dieu ne vous a pas donné cette consolation. Il ne nous a pas donné cette joie ; mais vous étiez présent dans la pensée de tous. Ainsi que Monseigneur le disait aux chrétiens, nous espérons que, grâce aux prières de ces milliers de fidèles que vous avez groupés sous l'égide de saint Joseph, ce grand Saint vous rendra bientôt la santé, afin que vous puissiez revenir en Mandchourie et travailler longtemps encore.
    Le vendredi, Son Excellence s'est rendue au village coréen de Chan-mou-ts'oun (village du Bon Pasteur) situé à une dizaine de lis de Haipeitchen. Les braves Coréens étaient bien joyeux de recevoir pour la première fois la visite de leur Evêque. Monseigneur administra dans ce village 40 confirmations, et 135 le lendemain à Saint-Joseph. Le samedi, Son Excellence, accompagnée des PP. Sagard, Gibert et Roland, quittait Haipeitchen pour regagner Hailoun et Harbin, les prêtres chinois devant partir quelques jours plus tard.
    En terminant le récit de ces belles fêtes, il nous faut remercier le clergé de Saint-Joseph et principalement le P. Fr. Tchang, dont l'exquise urbanité nous rendit si agréable le séjour à T'ong-H'en et nous fit goûter la justesse de ce mot de l'Ecriture : « Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum ».

    1931/159-161
    159-161
    Chine
    1931
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