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Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou 5 (Suite et Fin)

THIBET RELATION DU P. DÉJEAN (1) (Fin.) Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou par la petite route de Tien-Tsuen L'huile de Tsay-tse.
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    THIBET

    RELATION DU P. DÉJEAN (1)

    (Fin.)

    Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou par la petite route de Tien-Tsuen

    L'huile de Tsay-tse.


    Nous avons déjeuné, et nous repartons, cette fois pour arriver à Tien-tsuen. Nous marchons, marchons, mais la vallée, au lieu de continuer à s'élargir, se rétrécit de plus en plus, vraiment je ne sais par où va m'apparaître Tien-tsuen. Voilà que les deux rives se réunissent presque, ne laissant entre elles qu'un étroit passage, qui semble taillé de main d'homme! Ce passage franchi, tout d'un coup la vallée s'ouvre en un immense cirque, dont les collines environnantes, grimpant les unes sur les autres, forment comme des gradins, où les siècles sont assis en spectateurs. Il me serait difficile de rendre l'impression enfantine que j'éprouve à la vue de ce spectacle : un pays plat, du moins presque plat, plat à perte de vue ; il y a donc des pays plats! Que c'est drôle un pays plat! Enfermé dans des montagnes à pic, mon oeil s'est habitué à cet horizon depuis trente ans ! Il y a trois jours, j'étais au milieu de montagnes arides, desséchées par un froid rigoureux ; il y a deux jours, dans les neiges, puis les forêts, et tout d'un coup je suis dans un immense jardin.

    (1) Voir les nos 5, 6, 7, 8, 10 et 11.

    En effet, tous les champs jusqu'au sommet des collines sont plantés en lignes régulières, mais largement espacées, de tsay-tse, plante dont on extrait l'huile ; pas une mauvaise herbe, on dirait que l'intervalle de chaque ligne vient d'être nouvellement ratissé ; quelques champs de fèves, ceux-là plantés drus, commencent à fleurir. Lorsque la plante à huile sera en pleine végétation, on mettra du maïs dans les intervalles laissés à dessein, on aura ainsi deux récoltes par an, sur un même champ. Pour extraire l'huile de tsay-tse, les Chinois se servent d'un pressoir très primitif, un énorme tronc d'arbre, scié par le milieu, puis creusé et bien poli, de manière à obtenir deux énormes couvercles que l'on rajuste ensuite, tout en laissant d'un côté une rainure assez large pour y introduire des coins de bois ; cette sorte d'énorme boite est placée horizontalement dans une construction en bois ; un balancier en bois est fixé à la charpente, de sorte que son extrémité vient battre les coins, placés dans le flanc du pressoir ; à l'aide de cordes, quelques hommes robustes lancent le balancier qui chasse les coins introduits les uns après les autres. L'huile ainsi obtenue est très bonne pour l'éclairage, on s'en sert aussi pour certaines fritures et pour la salade.

    Enfin! Tien-tsuen.

    Enfin Tien-tsuen apparaît! Sur un pont en pierre d'une certaine élégance, nous traversons un ruisseau dormant ; encore un étonnement pour mon oeil habitué à ne voir jamais que des eaux rapides, bouillonnantes, écumantes, tombant en cascade à travers les rochers. Nous entrons en ville, notre déjeuner est déjà bien loin, et nous nous proposons de faire un dîner réparateur dans un bon hôtel. Une grande artère principale bordée de maisons et de magasins fermés ; beaucoup d'enfants qui semblent s'amuser ; des promeneurs, tous plus ou moins endimanchés ; quelques marchands d'oranges et de gâteaux, c'est tout Tien-tsuen ; l'ensemble n'a rien de gal, et un premier de l'an chinois, prolongé pendant plusieurs jours, doit ressembler beaucoup, si j'en crois la renommée, à une suite de dimanches à Londres. Nous avançons gravement et rapidement au milieu de la chaussée, tous les regards se tournent vers moi, on s'appelle d'une maison à l'autre pour se montrer du doigt ce voyageur extraordinaire, et quoique sa barbe ne soit pas une barbe de sapeur,

    « Jamais on n'avait vu un homme aussi barbu ».

    Tous les yeux me cherchent, moi je cherche des yeux une auberge ; pas d'auberge, rien que de petits restaurants aux pains chauds et appétissants, mais farcis de viande, et c'est aujourd'hui vendredi, marchons toujours. Les oranges ex-posées çà et là me paraissent excellentes à première vue, d'autant que la marche, malgré la froide température, a aiguisé notre soif ; je voudrais bien en acheter, mais mon premier ministre chargé de la menue monnaie, est parti en avant, cherchant, cherchant toujours de ses yeux myopes l'introuvable auberge, et bien sur, lui n'a pas vu les oranges. Toujours flairant d'appétissantes odeurs et clignant de délicieuses oranges, nous avons traversé la ville clans toute sa longueur, sans trouver d'auberge ; nous avons dîné par coeur.

    Une noce.

    Après une bonne heure de marche, nous franchissons un riant coteau. Tout à coup une harmonie lugubre frappe mon oreille ; bientôt je vois apparaître l'artiste qui soupire ces sons caverneux. Il est armé d'un tube de gros bambou, percé des deux bouts, mais dont l'un des bouts a été ensuite fermé d'une légère peau ; d'un doigt, je le crois du moins, ou de plusieurs doigts, on frappe la peau de ce mirliton et l'on obtient une note unique, toujours dans le même ton, plus ou moins résonnante, selon la force du coup... et c'est tout. Avouons-le, pas n'est besoin d'être musicien pour déclarer cette musique atroce et triste au possible. Notre artiste n'est ni plus ni moins que le violoneux de nos campagnes qui conduit la noce à l'église. En effet, nous voyons apparaître cieux chaises ; dans l'une est la nouvelle mariée, un voile la dérobe à tous les regards ; dans l'autre est la marraine, visible et la figure réjouie. La nouvelle épouse au contraire a dû pleurer toutes ses larmes en quittant la maison paternelle, elle doit encore pleurer toutes ses larmes le long de la route, au moins quand elle rencontrera des passants, afin que nul n'en ignore. Elle a entendu nos pas sur les dalles de la route, aussitôt larmes de couler et sanglots d'éclater : c'est vraiment poignant! Un des jeunes gens qui m'accompagne ne peut s'empêcher de rire et de faire une réflexion : Pleurera, pleurera pas, la belle, dit le loustic. De fait, ce n'était pas réussi.

    Un repas d'anachorète.

    C'est agréable de rencontrer une noce joyeuse, mais il nous serait plus agréable encore de rencontrer un dîner ; nos estomacs protestent de plus en plus.
    Voici Che-yang, un grand village, où le inonde afflue, les jours de marché, mais où il n'y a personne à voir et rien à acheter les autres jours. Nous en faisons l'expérience. Marchons toujours ; enfin, vers trois heures, en pleine campagne, sur le bord de la route, j'aperçois tout d'un coup la table mise, oui vraiment, une longue table de bois, sur la table quelques tasses vides et une autre renversée, sous laquelle on a étendu une petite provision de légumes fraîchement découpés ; c'est clair, tout est prêt pour un repas fortifiant. D'abord, par une heureuse rencontre (décidément la fortune nous sourit), un bon vieillard bien complaisant, marchand ambulant, nous offre un morceau de teou-fou concentré, savamment aromatisé et surtout fortement pimenté, qui nous fait venir l'eau à la bouche... et les larmes aux yeux. Pendant que nous dégustons ce fromage distingué, notre maître d'hôtel s'est empressé et nous sommes servis. Premier, second et troisième service: des raves, des raves et encore des raves, mais des raves crues, confites dans le sel, d'un fumet et d'une saveur bien supérieurs à la choucroute allemande, je puis vous l'assurer. En vérité, c'est bon, avec une croûte de pain de maïs et du bon thé bien chaud ; c'est stomachique, réconfortant, désaltérant.

    Rencontres diverses.

    Nous arrivons à un endroit oit la route se bifurque, nous hésitons sur la direction à prendre ; un petit, Chinois fort gentil voyant notre embarras, s'adresse à nous :
    Messieurs, si vous allez à Lou-chan, continuez votre chemin ; si vous allez à Ya-tcheou, prenez à droite.
    Nous le remercions et prenons à droite. La rivière, dont nous avons quitté les bords avant Tien-tsuen, décrit dans la plaine une énorme courbe ; nous marchons maintenant droit à la rive du fleuve.
    Tout d'un coup, une jeune fille, une serpe à la main, sort de chez elle, portant une petite hotte et maugréant tout haut :
    Ma mère, c'est une tigresse, couper de l'herbe à cochon, où en couper de l'herbe à cochon?
    Voilà une enfant bien méchante sans doute, mais à dire vrai, je me demande moi aussi, où l'on peut aller couper de l'herbe en plein hiver, dans un pays dont tous les champs sont sarclés comme des jardins. Presque au même moment une charmante fille qui doit certainement bien aimer sa mère nous interpelle :
    Vous voulez sans doute prendre la barque, dépêchez-vous, elle va démarrer à l'instant. C'est son dernier passage, et le parquier se retirera chez lui de l'autre côté de l'eau.
    Merci à cette bonne enfant. Nous hâtons, la barque se détachait du rivage, mais n'avait pas encore viré de bord. Nous prions le parquier d'aborder. D'un coup d'oeil, il nous a dévisagés ; reconnaissant en nous des voyageurs étrangers, par conséquent des passagers payants (ceux du pays étant abonnés pour une somme minime), il veut bien se rendre à notre prière et nous nous embarquons.
    « Messieurs, payez vos places, nous dit-il.
    Nous paierons avant de débarquer, répond mon majordome. Nous sommes gens solvables.
    Non, non, tout de suite, reprend celui-ci, j'ai été trompé trop souvent, c'est tant ».
    Mon homme veut encore discuter sur le prix, mais c'est inutile et nous nous exécutons. Le fleuve est passé, et nous continuons notre chemin.

    Un souvenir à la commission lyonnaise.

    L'année dernière, quelques membres de la commission lyonnaise venant de Tchen-tou par Kiong-tcheou et Lou-chan, ont remonté en sens inverse la petite route de Tien-tsuen à Ta-tsien-lou. Dieu ! Quel affreux souvenir ils en avaient gardé, et sille récit de mon voyage leur passait sous les yeux, ils seraient à coup sûr bien étonnés de mon optimisme.
    J'ai fait le voyage en hiver, par un temps sec, sans une goutte de pluie, et eux ont voyagé juste au moment des grandes pluies, en chaise dans un pays détrempé, à travers des routes effondrées ou coupées par l'eau ; de plus ne sachant pas la langue, n'entendant rien, ne connaissant pas les coutumes, gens civilisés débarqués de Marseille depuis quelques mois seulement, et habitués au confort et aux facilités de transport que l'on rencontre partout en Europe, ils ont fait là une rude traversée ; tandis que moi, vieux montagnard, descendu de mes forêts, parlant, voyant et entendant, servi d'ailleurs par des circonstances favorables, j'ai fait un voyage enchanteur. Eux se rappelleront toujours avec amertume le pays de Tien-tsuen, et moi heureux et satisfait, j'ai rempli mon voeu, si je n'ai jamais vu, si je ne dois jamais voir Carcassonne, je mourrai cependant content, car j'aurai vu enfin Tien-tsuen. Le Chinois qui donna ce nom au pays a du partager quelque chose de mon en thousiasme, car Tien-tsuen signifie : Ciel parfait ou Perfection du Ciel.
    Nous arrivons à l'autre extrémité du cirque que forme la plaine de Tien-tsuen ; les coteaux, les collines ont disparu, la chaîne des grandes montagnes se dresse de nouveau devant nous, comme pour nous fermer le passage ; nous arrivons aux portes du Dragon volant, dans lesquelles entre, limpide et dormante, la rivière de Tien-tsuen ; la route monte par une pente raide mais courte ; du point où nous nous trouvons, nous retournant en arrière, nous embrassons d'un coup d'oeil toute l'étendue du bassin que nous venons de traverser à pied et qui jadis a certainement été un immense lac, d'après mon impression ù première vue, impression que j'ai été heureux de voir confirmer par la tradition locale.
    Notre admiration et nos réflexions prennent fin, et nous reprenons notre marche, le plus rapidement possible, car la route est longue ; à huit heures et demie seulement, nous sommes à l'étape, et le lendemain, nous repartons.

    Un douanier obligeant.

    Après trois quarts d'heure ou une heure de marche par une route plate comme la surface d'un lac, nous arrivons au passage de la rivière. Je constate avec plaisir que la barque est amarrée sur la rive où nous sommes, et persuadé que nous aurons longtemps à attendre, je choisis un endroit propice et je me mets en mesure de dire mon bréviaire. Je n'avais pas encore commencé que j'entends une voix qui nous hèle ; ce sont les rameurs qui sortent de leur cabane et se dirigent vers la barque. Nous empressons de les suivre ; mais un vieux parquier, ferré sur les articles organiques chinois, dit à mes porteurs qu'avant d'embarquer ils doivent aller déclarer leurs marchandises à la douane.
    Déclarer quoi ? Nous n'avons rien qui tombe sous la loi.
    Le vieux insiste et prétend que l'on doit déclarer quand même, déclarer rien. Mes porteurs se dirigent vers la douane, et je les suis pour montrer ma barbe en cas de besoin, comme passe debout. Le douanier levé lui aussi, malgré l'heure matinale, et debout hors de sa guérite, a tout vu, sinon tout entendu, surtout il m'a dévisagé, et d'un signe énergique, il nous fait signe que la déclaration est inutile et que nous pouvons partir. Bien poli ce gabelou chinois, je le cite en exemple à ceux de Marseille ou d'ailleurs.
    Nous embarquons, mes trois hommes et moi, dans une jonque qui sert à transborder passagers et marchandises : nous sommes seuls, on n'attend cependant pas et l'on démarre aussitôt; deux mariniers, tous les deux sur le même bord, manient une grande et unique rame ; un troisième, à l'arrière, se sert d'une énorme raine suspendue en balancier, et bientôt nous louchons la rive opposée. Nous sautons à terre, et d'un pas rapide cette fois, nous nous dirigeons sur Ya-tcheou.

    Deo gratias!

    Après une demi-heure de marche, nous entrons en ville, et quelques minutes après nous arrivons à la cure, au moment où les gens de la maison récitent; leur prière du matin. M. le Curé est absent ; M. le Consul n'arrivera que dans deux ou trois jours ; à part l'absence du curé qui est allé à la retraite à Souy-fou, tout est pour le mieux. Je suis arrivé à temps, et j'ai quelques jours pour me reposer avant de reprendre la route de Ta-tsien-lou avec M. le Consul. Je dis un Deo gratias! Et je vais célébrer la sainte messe, le coeur joyeux. Parti de Ta-tsien-lou le lundi matin, j'étais à Ya-tcheou le samedi matin.

    A Ya-tcheou. Un pont.

    Le lendemain dimanche, je fais fonction de curé, c'est-à-dire que j'adresse quelques paroles aux chrétiens de la ville.
    Lundi, mardi, j'attends toujours M. le Consul qui n'arrive pas, qui n'arrivera peut-être pas de sitôt, car les domestiques de la maison ont reçu une lettre de leurs camarades de Kia-tin, qui leur annonce que le Fa kouè lin se kouan (le consul français) a quitté tel jour cette ville, se rendant à Tchen-tou directement ; il y va chercher les dernières instructions venues de Pékin.
    Cependant n'ayant rien à faire, pour employer mes loisirs, je vais visiter le fameux pont flottant jeté sur la rivière. A mon arrivée en mission venant par Tchen-tou, j'avais passé ce pont, mais il ne m'en restait nul souvenir. Aujourd'hui debout sur la rive, je l'étudie avec attention. C'est une série de longs fagots de bambous fortement liés, rattachés entre eux par un long et gros câble en bambou aussi, solidement amarré sur les deux rives. Tous les fagots présentent leurs pointes au courant, et d'un ragot à l'autre il y a un espace vide pour donner passage à l'eau ; grâce à ces précautions, c'est à peine si le câble, qui retient le pont, fléchit au milieu et la ligne de fagots est sensiblement droite. En queue, les fagots de bambous sont encore reliés entre eux par un câble moins fort, pour les empêcher de jouer et les forcer à garder l'écartement nécessaire au passage de l'eau. Examinons le tablier du pont : il est fort simple ; d'abord une série de nattes en treillis de bambous, sur ces treillis, au milieu, une chaussée de forts madriers, de différentes longueurs et largeurs, jetés à côté les uns des autres plutôt que juxtaposés. Ce pont n'est établi que pendant l'hiver, à la saison des basses eaux ; on l'enlève au printemps pour le rétablir quelques mois plus tard.

    Siao-sin, siao-sin!

    Pendant que je fais mentalement le croquis du pont flottant, j'entends la trompette qui résonne ; bientôt des volontaires chinois arrivent à la file, crosses en l'air, drapeaux au vent, les officiers chevauchent en avant, en arrière, le général est en chaise. Ce sont les héros qui reviennent de batailler au Thibet. Quand ce même général partit en guerre, comme il prenait la route qui passe à Ta-tsien-lou, devant ma porte, tous les mandarins vinrent chez moi lui offrir le thé du départ ; j'assistai à leurs adieux, et je me rappelle que le général résidant à Ta-tsien-lou, au moment de le quitter, sur la route devant le front des troupes au port d'armes, lui lit cette recommandation suprême : siao-sin, siao-sin, sois prudent, sois prudent... Malgré cette recommandation de prudence, je dois à la vérité de dire que ce général, homme du Yun-nan, a fait le coup de feu, tiré le canon, creusé des mines pour emporter les forteresses thibétaines, en un mot, a montré une réelle valeur, au témoignage de ses soldats. Comme les balles thibétaines tombaient autour de lui, ses soldats, qui eux-mêmes peut-être trouvaient la position dangereuse, lui répétèrent le fameux siao-sin, siao-sin, sois prudent, sois prudent, et lui proposèrent de se retirer hors de la portée des balles ; il refusa et leur dit :
    En avant, et mourons ensemble.
    Quand ces volontaires partirent, passant devant chez moi habillés de neuf, je leur trouvai un certain air martial ; plus tard je les ai vus revenir déguenillés, le teint noirci, quelques-uns malades, d'autres les pieds gelés, ayant laissé dans les neiges plusieurs de leurs camarades morts de froid le long de la route, car pas d'intendance, pas d'ambulances, pas de chirurgiens, chacun s'en tire comme il peut dans l'armée chinoise. Aujourd'hui les survivants, de nouveau habillés de neuf, dans les joies du retour et du nouvel an, se dirigent sur Tchen-tou pour rentrer dans leur camp. Les uns disent que soldats et officiers seront récompensés ; les autres que leur général bien que vainqueur, sera blâmé, peut-être puni, quoiqu'il n'ait fait qu'obéir ; mais le vent a changé en haut lieu pendant qu'il souffrait et bataillait, et le parti de la guerre contre les Thibétains commence, dit-on, à perdre du terrain en haut lieu.

    Le Consul ne viendra pas.

    Vendredi, dans l'après-midi, le cher P. Gyre, curé de Ya-tcheou nous arrive enfin, il sourit en me voyant et rue tendant la main : « Ah! Vous attendez M. Haas, et M. Haas ne viendra pas...» Tout s'explique enfin, M. Haas était bien, en effet, parti de Kia-tin pour se rendre à Tchen-tou, connue on nous l'avait dit. De Tchen-tou, il devait venir à Ya-tcheou, où d'ordre du gouverneur, 50 soldats l'attendaient pour l'escorter jusqu'à Ta-tsien-lou : mais à Tchen-ton, il est tombé tout d'un coup si gravement malade qu'il a du prendre une barque et filer directement sur Tchong-kin. Il est sans doute bien regrettable que notre brave consul soit obligé de retourner en arrière ; juste au moment où par sa présence il avait, enfin obligé nos gros mandarins de Tchen-tou à donner un commencement d'exécution aux ordres précis et réitérés, reçus de Pékin. Espérons que ce contretemps n'arrêtera pas la marche de notre procès, qui parait bien lancé, bénissons Dieu, et dans quelques jours je reprendrai joyeux, mais à pas lents le route de Ta-tsien-lou.

    1899/250-260
    250-260
    Chine
    1899
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