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Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou 4 (Suite)

THIBET RELATION DU P. DÉJEAN (1) Missionnaire apostolique Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou par la pitite route de Tien-Tsuen. Quatrième journée : L'oraison en voyage. Au point du jour, nous nous mettons en route ; mes souliers de paille et mes bas ont été séchés au feu hier soir, je n'ai point eu les pieds entamés par ma chaussure comme je pouvais le craindre ; c'est plaisir de marcher à l'aube naissante, en faisant un bout d'oraison.
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    THIBET

    RELATION DU P. DÉJEAN (1)

    Missionnaire apostolique

    Voyage de Ta-Tsien-Lou à Ya-Tcheou par la pitite
    route de Tien-Tsuen.

    Quatrième journée : L'oraison en voyage.

    Au point du jour, nous nous mettons en route ; mes souliers de paille et mes bas ont été séchés au feu hier soir, je n'ai point eu les pieds entamés par ma chaussure comme je pouvais le craindre ; c'est plaisir de marcher à l'aube naissante, en faisant un bout d'oraison.
    Faites-vous votre oraison en voyage? Me demandait un jour un vieux missionnaire.
    Mais sans doute, quelle question !...

    (1). Voir les nos 5, 6, 7, 8 et 10.

    Oh! Oui l'oraison en voyage, je sais ce que c'est. Vous la commencez, mais quand la finissez-vous?

    Il faut l'avouer, c'est bien ainsi que les choses se passent ; on commence, on recommence, les incidents de la route, le spectacle de la nature, un rien vous distrait. Il ne faut donc pas vouloir faire une oraison en trois points, selon la méthode ordinaire, mais se contenter de tenir le coeur élevé vers Dieu en suivant le plus possible son sujet ; cette oraison en vaut bien une autre, d'autant plus qu'on peut la continuer toute la journée. Il y a le soldat à l'exercice et le soldat en campagne ; pimpant et astiqué, le séminariste en chambre est le soldat à la revue ; crotté, dépenaillé, le soldat en campagne est le missionnaire en voyage. C'est surtout alors que l'on a mille occasions de mettre en pratique toutes les belles considérations que l'on a pu faire jadis au coin d'un bon feu spirituel.

    Les forêts et le bois de chauffage.

    Depuis la passe de la montagne, nous avons toujours descendu en suivant les bords du torrent ; nous le quittons maintenant en prenant à droite, et nous faisons l'ascension d'un petit col ; la montée n'est pas très longue, mais rude par endroits; on me montre le lieu où l'an dernier un porteur chinois chargé d'une énorme caisse appartenant à un Européen de Ta-tsien-lou, a fait une chute déplorable. Il portait un moulin en fonte, qui fut brisé dans la chute, heureusement le porteur fut seulement blessé. On aurait oublié de me rappeler cet accident, si, juste au même endroit, nous n'avions rencontré un porteur de laine tombé et que nous avons aidé à relever. Arrivés au sommet du col, nous apercevons à nos pieds la vallée de Tien-tsuen, beaucoup plus large que celle que nous quittons, mais absolument déboisée, tandis que de Kan-keou à Chouy-ta-pin, nous pouvions apercevoir de vastes forêts ; ce sont ces forêts que les Chinois ravagent.
    En effet, la première chose que nous voyons dans la petite rivière de Tien-tsuen, ce sont d'énormes pièces de bois, déjà équarries, que l'on fait descendre au fil de l'eau à l'aide de longues perches, armées d'un croc en fer. Ces bois vont descendre jusqu'à Ya-tcheou ; là on les réunira en radeaux qui iront jusqu'à Kia-tin et de Kia-tin, remonteront à la capitale où on en fera des cercueils.
    En tout pays, on exploite les forêts, mais selon certaines règles ; en Chine, on coupe tout et on ne replante jamais ; le Chinois est le microbe des forêts, partout où il s'établit, elles disparaissent. Toutes les constructions chinoises étant en bois, de plus l'usage étant de boire et de manger chaud, de se laver à l'eau chaude, on conçoit qu'il faille beaucoup d'arbres. Mais alors comment fait le Chinois quand il a tout ravagé autour de lui? Il va un peu plus loin, et puis quand il ne trouve plus rien, il s'efforce de faire des prodiges d'économie, brûlant tout ce qu'il a sous la main depuis les broussailles desséchées jusqu'aux tiges de maïs.
    De loin en loin nous trouvons des ponts en bambou ou en fer ; le pays de Tien-tsuen est le pays des ponts, et je m'explique maintenant comment on a eu l'audace de faire le pont de Lou-tin-kiao, et aussi comment on a eu naturellement sous la main des ouvriers capables d'un tel travail, les forgerons de Tien-tsuen s'étant livrés de tout temps à des constructions analogues.

    Un blessé. Enlèvement de femmes.

    Tout à coup nous rencontrons sur notre passage un homme dont la figure et les vêtements sont inondés de sang ; deux amis, dont l'un armé d'un parapluie ouvert sur sa tête, quoiqu'il n'y ait nullement de soleil, le soutiennent et le conduisent. Je ne m'explique pas trop ce qui aura du se passer ; cet homme aura bu, joué à la sapèque, puis, se sera pris de querelle ; de là bataille et blessures. Quant au parapluie qui sert également en Chine de parasol, c'est bien simple : l'Esculape chinois a recommandé aux gens blessés d'éviter le moindre vent, comme aux morts de regarder le ciel...

    Le maître de l'auberge chez qui nous entrons bientôt après cette rencontre va nous renseigner. Le blessé est un corsaire, quoique n'ayant jamais couru la mer ; il y a dans nos montagnes un certain nombre de ces corsaires opérant sur le plancher des vaches ; ils ont pour spécialité d'enlever les femmes malheureuses en ménage et les jeunes filles menacées de coiffer sainte Catherine. La chose est très facile et réussit fort bien, le plus souvent grâce à la société des francs-maçons chinois et à la bonne volonté des intéressées. Les francs-maçons servent d'intermédiaires et se chargent des placements de ces malheureuses créatures, que l'on vend au plus offrant, qu'il soit borgne, boiteux ou pauvre comme Job. Si leur première fuite n'a pas réussi et qu'elles soient tombées de Charybde en Scylla, c'est bien simple, on recommence avec l'espoir d'être plus heureux. A la fin de l'année dernière, qui est l'époque la plus favorable pour ce commerce, le nouvel an devant empêcher d'entreprendre ou de continuer toute poursuite, mon blessé avait favorisé ou opéré lui-même l'enlèvement d'une jeune femme et de sa fille. Rencontré par le mari et le père des fugitives, il a été rossé d'importance, il ne l'avait certes pas volé, et il aurait été tué, sans les amis toujours prêts à intervenir à propos de ces péchés mignons, où ils ont tous trempé une fois ou l'autre.
    Il va sans dire que cette abominable coutume est sévèrement prohibée par la loi, qui est très belle en Chine ; mais pure théorie! En fait, les mandarins sont impuissants ; d'ailleurs tout est admirablement hiérarchisé dans ce vieil empire, et c'est à faire envie à nos ronds-de-cuir de France ; qu'il s'agisse d'homicide ou de vol, tant qu'il n'y a pas d'accusateur, il n'y a pas de délit, c'est un principe inattaquable. Aussi au lieu de porter une accusation au mandarin et de faire de grands frais, les victimes se font le plus souvent justice elles-mêmes.

    Thé d'un nouveau genre

    Je remarque dans l'auberge où nous dînons un tas de branches aux feuilles vertes ; comme le pays est entièrement déboisé, je suppose que ces branches une fois sèches, tiendront lieu de bois de chauffage. Je me trompe, ces branches ou plutôt les feuilles de ces branches serviront à faire d'excellent thé... Comme le Chinois ne boit pas d'eau froide, du moins ordinairement, il s'est ingénié et a trouvé dans ces montagnes certaines feuilles, sinon toniques ou aromatiques, du moins inoffensives qui, prises en décoction, lui donnent l'illusion du thé ; ainsi le Breton et l'Allemand se consolent de n'avoir pas du vin, fi done! En buvant à longs traits le cidre et la bière.

    (A suivre.)


    VARIÉTÉS

    UN ENFANT DE MALÉDICTION

    C'est un enfant de malédiction ! Il faut que j'en finisse avec lui. Ou quelqu'un me débarrassera de sa présence, ou je le tue aujourd'hui même.
    Cette parole de haine et de mort retentissait, le 2 août 1898, au dispensaire catholique de Tindivanam, ville d'une quinzaine de mille habitants, à 40 kilomètres de Pondichéry. L'homme, qui se permettait un langage si féroce, paraissait âgé d'une trentaine d'années. C'était un des premiers qui se présentait devant les religieuses de Saint-Joseph de Cluny, arrivées depuis cinq jours à peine et installées aussi sommairement qu'on l'est en mission, quand on fonde un poste.
    Ce qui l'avait attiré, c'était leur réputation déjà grande. Dès avant leur venue, on les connaissait dans tout le district. Le P. Combes avait parlé d'elles, comme un zélé missionnaire parlera toujours de celles qui sont pour lui d'incomparables auxiliaires. Saparole leur avait ouvert la voie. Il avait vanté leur habileté à discerner la nature des maladies et à les guérir et leur amour de mères à l'égard des enfants abandonnés. Partout on savait que là médecins et remèdes seraient gratuits et qu'il suffirait d'être malheureux et souffrant pour être accueilli avec bienveillance et soigné avec affection.
    Or, Vavoutan était malheureux autant qu'on pouvait l'être à une époque où tant de ses compatriotes mouraient de faim et de misère ; il ressemblait à ces moribonds qui, minés par une longue maladie de consomption, vont s'éteindre parce que le mal a rongé les chairs et les muscles et qu'il ne reste plus que les os et la peau. Quel horrible spectacle ! Horrible en lui-même, horrible encore davantage quand le corps est nu aux trois quarts, comme l'était celui de Vavoutan, et que ce cadavre ambulant traîne à sa suite trois enfants moins vêtus encore, mais aussi défaits, aussi décharnés, aussi peu vivants que lui-même. Cependant, la bonne soeur, la Mère Saint-Joseph, offrit quelque nourriture au malheureux ; avec joie, celui-ci accepta. Les deux fillettes reçurent des soins tout maternels ; mais celui qui fut traité avec l'attention la plus délicate, ce fut sans contredit le petit garçon, l'enfant de malédiction. Pour la Mère Saint-Joseph, Soubramanien était déjà un fils, bientôt un ange sur la terre et peut-être dans quelques jours un élu dans le ciel.
    Aussi quel ne fut pas son désappointement, quand le père fit entendre une seconde fois des menaces de mort : « Je ne vous le donne pas, l'enfant de malédiction. Mieux vaut que je le tue ».
    Mais si tu dois le tuer, il est bien préférable de me l'abandonner. Quel avantage aurais-tu à commettre un infanticide? Laisse-le-moi, et je te donnerai un peu d'argent ; laisse-moi aussi tes deux filles, et je te donnerai trois fois plus.
    Mes filles! Jamais. Je les aime trop. L'enfant de malédiction!... Jamais. Il vous porterait certainement malheur.
    Faut-il donc que je te rappelle ta religion? Ignores-tu que d'après elle ces sortes d'enfants ne sont dangereux que pour leur famille et qu'ils demeurent impuissants contre les étrangers?
    Oui, c'est bien là ce que nous croyons. Toutefois il me semblerait toujours que vous êtes victime de sa malice, et vous avez été si bonne pour moi que cette crainte me désolerait.
    Sois sans inquiétude, j'ai un secret contre les sorts, et je me moque des influences occultes.
    Je souhaite que vous soyez à l'abri de tout danger. Quoi qu'il en soit, la reconnaissance me fait un devoir de bien vous avertir :
    Soubramanien est né au moment où commençait la nouvelle lune, c'est-à-dire à un moment néfaste entre tous. Première preuve que s'il grandit un jour, il sera à tout le moins un mauvais garnement, un garçon incapable de rien faire de bon et destiné à n'accomplir que le mal. Dans le village, tout le monde le saura, et dès qu'il s'accomplira un méfait quelconque, ce sera lui qui sera invariablement accusé et condamné.
    Pour comble d'infortune, il est né sous une mauvaise étoile. Oh! Vous ne le savez sans doute pas, vous autres, les blancs, car il n'y a peut-être pas d'étoiles dans le pays des blancs ; mais, nous ici, nous le savons tous : si un enfant naît sous une mauvaise étoile, il est la cause d'une multitude de calamités. Chacun de ses regards est un danger pour ceux que rencontre son oeil, chaque battement de son coeur est une cause d'accidents fâcheux pour ceux qui l'entourent ; chacun de ses actes est une menace pour ceux qui l'approchent. Son voisinage est funeste, et de tout son être suinte un poison contre lequel les précautions sont vaines, et les remèdes inutiles.

    Erreur qu'une pareille croyance, erreur complète!
    Non, ce n'est pas une erreur. Le brahme que j'ai fait consulter (car un paria ne doit jamais parler directement à un brahme), a déclaré que l'enfant est sous l'influence d'une étoile très mauvaise. L'astrologue à son tour a répété la même affirmation. Ah! Quel malheur d'être paria! Ceux des castes supérieures font des sacrifices, conjurent les sorts, radoucissent les étoiles. Pour nous au contraire, aucun remède contre les injustices de la destinée. Ah quelle triste chose que d'être à la merci d'une étoile!
    Et continuant avec une animation peu naturelle, chez un homme auquel il ne restait, semblait-il, qu'un souffle de vie, il ajouta :
    En proie à cette influence perfide, apprenez toutes les monstruosités dont est déjà reconnu coupable cet enfant qui n'a pas encore achevé ses trente mois. Qui a tué sa mère? C'est lui, puisqu'elle mourait deux jours après sa naissance. D'ailleurs l'astrologue me l'a dit. A qui la faute si depuis plus de deux ans je n'ai jamais fait un repas suffisant, si la famine sévit de toutes parts et si nous allons tous bientôt mourir de faim? Et la semaine dernière qui a mis le feu à ma hutte déjà en ruine, un feu si violent que, en quelques instants, tout avait disparu sous l'action de la flamme, si ce n'est lui? Et en ce jour qui m'oblige à m'expatrier pour échapper à cette fatalité qui me poursuit sans trêve ni merci, si ce n'est lui, toujours lui?...
    Pauvre malheureux ! Son langage était bien celui de la plupart des païens. L'Hindou est très superstitieux. Partout il voit des sorciers et des sortilèges. A son sens, tel jour est bon, tel autre mauvais. L'oiseau qui fend les airs, le serpent qui rampe dans la brousse, tout a une signification. Seul l'astrologue a la clef de ces mystères. Il explique à sa guise la cause de tout ce qui arrive. Quel qu'énormité qu'il avance, sa parole n'est jamais discutée. Conseille-t-il de s'incliner et d'adorer le serpent qui pique et enlève la vie en quelques heures, l'Hindou s'incline, adore et meurt.
    Cependant Vavoutan finit par consentir à la demande de la religieuse ; en échange, celle-ci offrit quelques provisions de route. Ce fut spontanément, Vavoutan ne demandait rien ; mais un cadeau n'en appelle-t-il pas un autre, et petit-on recevoir sans donner à son tour? D'ailleurs les trois partants étaient si faibles, si dénués de tout et si incapables de rien se procurer!
    Le soir même, le maudit changeait de nom. Soubramanien devenait Anthony. Il quittait le nom d'un dieu de luxure pour prendre celui d'un grand saint, auquel son incomparable pureté valut de recevoir plusieurs fois le divin Enfant dans ses bras.
    Régénéré dans les eaux du saint baptême par le P. Combes, Anthony ne se fit sans doute aucune idée du changement opéré en lui et autour de lui. En effet que sait-on à cieux ans et demi? Cependant son estomac s'aperçut vite que le temps des privations pénibles était passé pour lui. Aimé pour Dieu, soigné pour lui être agréable, le cher petit se transforma rapidement. Il changea comme une plante desséchée par les ardeurs d'un soleil brûlant et qui se voit tout à coup arrosé par un intarissable filet d'eau fraîche et pure. Oh! Qu'ils sont beaux sur les corps les résultats qu'obtiennent les petits sous des petits enfants de France! Qu'ils sont beaux surtout dans les âmes et que d'anges ils conduisent an ciel !
    Moins heureuses, ses soeurs couraient, je me trompe, se traînaient péniblement sur les chemins. En effet quelle vigueur peut-on avoir à six et à neuf ans, avec un estomac creux? Leur père les dirigeait à l'aventure. Partout c'étaient la famine, les angoisses de la faim, la demande d'un peu de nourriture afin de ne pas défaillir, et d'un peu de travail pour payer ce qui aurait été fourni. Partout c'était la même réponse, un refus... Au bout de quelques jours, n'y tenant plus, Vavoutan se dit : « Si je revenais au dispensaire, sûrement on me donnerait encore... on m'a témoigné tant de douceur, de compassion et de bonté ». Et Vavoutan reprit le chemin de Tindivanam.
    Le voilà à la porte. L'affluence était nombreuse. La réputation des soeurs avait grandi. Depuis, elle a grandi encore puisque dans ces derniers temps elles ont compté jusqu'à deux cents malades en un seul jour. Reconnu au milieu de la foule, il est appelé et traité en ami. Bientôt le petit paraît devant lui, Dieu, quel changement en 19 jours! Quelle fraicheur dans le teint! Quelles joues rebondies! Quelle exubérance de vie!
    Et l'oeil du père allait de cet enfant qu'il reconnaissait à peine à ses filles exténuées et mourantes, de ses filles qu'il aimait tant et qu'il allait perdre à ce fils qui vivrait après avoir fait le malheur de tous. La religieuse comprit la lutte qui se livrait dans son âme. Mettant à profit cette circonstance, elle lui dit : «Tes filles vont mourir, si tu veux les sauver, laisse-les-moi. Elles seront soignées comme leur petit frère... Tu vois du reste connue il est bien avec moi... Si tu savais connue je l'aime et connue il m'aime! »
    Oui, c'est vrai, je dois vous confier nies filles. Au fait, une fois seul il nie sera facile d'aller loin, bien loin, dans un pays où il y ait du travail à faire et du riz à manger. Ainsi je serai heureux du bonheur de mes filles, heureux d'être à l'abri de l'inexorable influence de mon fils.
    Désormais seuil au monde, n'ayant plus à s'occuper de personne, Vavoutan repartit. Son intention était de ne plus revenir. Tant que durèrent les quelques pièces de monnaie dues à la générosité de la Mère Saint-Joseph, tout alla bien. Il mangea comme il put. Avec une dizaine de centimes, il passait sa journée. Cependant quinze jours après, il ne lui restait plus rien. Il était allé à droite, à gauche, rien. Quelque chose l'attirait vers Tindivanam ; aussi le 15 septembre, à neuf heures du matin, le retrouvons-nous, pour la troisième fois, à la porte du dispensaire.

    L'état de ses deux filles le ravit, comme l'avait précédemment ravi l'état du petit garçon. Ce qu'elles lui dirent dans leur naïve simplicité de leur mère adoptive, ce qu'il constata lui-même fut une lumière pour son esprit et une force pour son coeur. Soudain de sa poitrine s'échappe ce cri :
    « Oh! Qu'une religion qui fait ainsi aimer des enfants étrangers est belle! Faites-moi connaître cette religion. Votre Dieu sera mon Dieu !... »
    Moins d'une heure après, le P. Combes comptait un catéchumène de plus. Deux semaines plus tard, Vavoutan déjà un peu instruit, rentrait dans son village. Parents et amis apprenaient de sa bouche ce qui s'était passé. A leur tour, ils prenaient le chemin de Tindivanam, constataient la vérité de sa parole et sollicitaient la faveur d'être admis eux aussi dans le sein de la religion de Jésus.
    Pendant ce temps, le petit maudit, qui avait été le point de départ du salut de toute sa famille et du village presque entier, perdait subitement la plénitude d'une santé acquise en si peu de temps. Il s'étiola comme une fleur arrachée de sa tige. Tous les soins furent inutiles. Après avoir attiré à Dieu une douzaine d'âmes, qui depuis en ont amené d'autres à leur tour, il prit son vol vers l'éternité bienheureuse au matin de la fête de tous les saints, et de là-haut il bénit tous les siens.


    1899/219-227
    219-227
    Chine
    1899
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