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Visite de Mgr Botter à Chandernagor

PONDICHÉRY Visite de Mgr Botter à Chandernagor Un journal anglais publié à Calcutta, The Indo European Correspondence, a donné, le 11 décembre 1901, un très long article sur une visite faite par Mgr Bottero, ancien curé de cette ville et aujourd'hui évêque de Kumbakonam. Nous publions la traduction d'une partie de ces pages intéressantes, contenant le récit de belles fêtes qui ont eu lieu en cette circonstance.
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    PONDICHÉRY
    Visite de Mgr Botter à Chandernagor
    Un journal anglais publié à Calcutta, The Indo European Correspondence, a donné, le 11 décembre 1901, un très long article sur une visite faite par Mgr Bottero, ancien curé de cette ville et aujourd'hui évêque de Kumbakonam. Nous publions la traduction d'une partie de ces pages intéressantes, contenant le récit de belles fêtes qui ont eu lieu en cette circonstance.

    Le samedi 23 novembre 1901, la ville de Chandernagor donnait le spectacle d'une grande animation. L'occasion était unique, réunissant tous les habitants, jeunes et vieux, sans distinction de nationalité, dans un même sentiment de joyeuse attente. Les catholiques qui forment la portion principale de la population s'apprêtaient à souhaiter la bienvenue à Mgr Bottero, évêque de Kumbakonam. Ce qui donnait un intérêt spécial à cet événement et une note plus profonde à l'allégresse, c'était qu'en la personne de Sa Grandeur ils s'apprêtaient à saluer non seulement un dignitaire de l'Église et le délégué de l'archevêque de Pondichéry, mais encore et surtout le pasteur vénéré qui les avait quittés deux ans auparavant, après douze années de travaux apostoliques, laissant derrière lui, avec le souvenir de ses bonnes oeuvres, une réputation de tact, de bonté et de sagesse qui l'avait rendu cher à son troupeau.
    Plusieurs semaines à l'avance, des préparatifs avaient été faits pour rendre mémorable cette visite. Un comité présidé par le curé, le P. Gayet, et composé des principaux habitants de la paroisse, avait été chargé d'arranger le programme des fêtes et de réunir les fonds nécessaires. La municipalité seconda chaleureusement les efforts de la population pour la décoration des rues : étendards et oriflammes ornaient les environs de l'église et la rue du Général-Martin comme pour une autre Fête Nationale.
    Mais le principal intérêt se concentrait dans l'église. Les arceaux élancés de la nef étaient festonnés de longues guirlandes de fleurs artificielles, rouges et blanches. Au-dessous se balançaient des corbeilles de roses effeuillées et de mousse, tandis qu'au faîte de chaque arche se déployaient les armes du saint évêque : la croix dressée sur un rocher en champ d'étoiles avec la devise : Amor meus pondus meum. Des franges de soie de couleurs variées entouraient chaque écusson peint par une religieuse de Saint-Joseph.
    Le trône, orné des armes de Sa Grandeur brodées en or sur fond rouge et placé sous un gracieux baldaquin surmonté d'une couronne dorée, était placé du côté de l'évangile, à l'endroit même où, pendant de longues années, le P. Bottero avait eu l'habitude de s'agenouiller.
    A 4h. 1/2 du soir, la procession sortait de l'église. En avant, étaient la croix et les acolytes, les jeunes filles du couvent, vêtues de blanc et couronnées de fleurs, portant la bannière de l'Immaculée Conception et accompagnées par les religieuses ; puis derrière la bannière paroissiale (si on peut l'appeler ainsi), portée par M. Le Faucheur, les dames et les hommes, suivis par les chrétiens indigènes et par une foule de païens. Les PP. Gayet et Daniel et le prieur de Bandel marchaient derrière la deuxième bannière. Le cortège se déploie de l'entrée principale de l'église par la rue du Général-Martin à la maison Vrignon, résidence de M. G. Pereira, ou Mgr Bottero s'était arrêté, en descendant de wagon, pour attendre la réception officielle. Arrivée là, la procession décrivit un cercle pour se disposer au retour, et Sa Grandeur parut sous un dais de soie porté par MM. Chrestien, Tardivel, Pereira et Driver. Mgr Bottero avait revêtu les ornements épiscopaux avec la mitre et la crosse : sa figure avait un aspect vénérable et imposant. Le P. Jégorel de Kumbakonam l'accompagnait. Lorsque l'évêque eut pris place au milieu de la procession, précédé du clergé, le cortège reprit sa marche triomphale aux accents entraînants de la fanfare. La musique ayant cessé, le choeur des enfants du couvent entonna l'hymne Ave Maris Stella. Monseigneur semblait charmé par ces témoignages non équivoques de bienvenue et l'on a remarqué avec quelle curiosité avide il examinait les visages joyeux qui l'entouraient. La procession une fois entrée dans l'église, le prélat s'agenouilla quelques instants au pied de l'autel, tandis que le chur chantait l'antienne Benedictus. La bénédiction du Saint-Sacrement termina la cérémonie religieuse.
    On se rendit ensuite au presbytère. Dans la cour avait été dressée une tente spacieuse ornée de drapeaux, oriflammes et lanternes vénitiennes, avec des sièges pour les nombreux invités et au milieu un petit trône pour Mgr Bottero. Lorsque celui-ci y eut pris place, M. Tardive s'avança pour lui adresser quelques mots de bienvenue au nom de la paroisse. Voici ses paroles :

    « Monseigneur,

    « Je me félicite de mes fonctions d'adjoint qui me procurent aujourd'hui le bien vif plaisir de venir, au nom de la population catholique, vous souhaiter la bienvenue.
    « Curé de Chandernagor pendant de nombreuses années, vous n'ignorez pas de quelle affection, de quel estime, de quel respect vous étiez et êtes toujours entouré. Aussi, lorsque, il y a environ deux années, le Très Saint-Père le Pape, confirmant le choix de vos collègues, vous eut élevé à une haute dignité sacerdotale, votre départ fut-il accompagné de nos regrets unanimes.
    « Aujourd'hui, Monseigneur, regardez autour de vous, vous verrez la joie peinte sur tous les visages : c'est que vous êtes ici chez vous, au milieu des vôtres, parmi ceux qui vous aiment et vous vénèrent et, nous ne regrettons qu'une chose, c'est que votre séjour soit d'aussi courte durée près de nous.
    « Cependant, au milieu de ces regrets, nous devons nous réjouir de n'avoir pas, comme en France, à lutter contre les violences du sectarisme. Ici, dans cette petite dépendance française, la liberté de conscience n'est pas, heureusement, un vain mot ; et les ministres du culte peuvent, au grand jour, en public, porter les insignes de leurs fonctions.
    « Espérons que cette politique néfaste du jour, cette politique sectaire, prenne bientôt fin ; tout excès amène d'ailleurs une réaction et, en souhaitant que cette réaction se manifeste le plus tôt possible, envoyons un salut respectueux à ceux qui, ayant été obligés de quitter la France, après avoir abandonné leurs oeuvres de bienfaisance et leurs écoles moralisatrices, subissent les épreuves douloureuses de l'exil.
    « Monseigneur, je lève mon verre à votre bonne santé, à votre retour dans deux ans ; je bois à la France, à la France tolérante, à la France respectueuse de la liberté de conscience, respectueuse des droits du père de famille, à la France catholique.

    Vive Monseigneur Bottero !
    Vive la France! »

    Monseigneur répondit en français et en anglais pour remercier l'orateur de sa cordiale adresse de bienvenue, exprimant en même temps le vif plaisir que lui avait causé la manifestation de la ville de Chandernagor, et le bonheur qu'il ressentait de se retrouver une fois encore au milieu de ses enfants spirituels et de ses amis d'autrefois. Il fit une touchante allusion à. bien des visages connus qui manquaient à la réunion, et que l'ange de la mort, suivant son appellation délicate, avait déjà appelés à la récompense suprême. En terminant, il donna à toute l'assistance son affectueuse bénédiction. Des cris chaleureux de : « Vive Mgr Bottero ! » lui répondirent, et cette seconde partie du programme terminée, jeunes et vieux s'empressèrent autour de son trône pour baiser son anneau. Des rafraîchissements furent servis. Sa Grandeur porta un toast à ses hôtes qui l'acclamèrent et la cérémonie devint une véritable fête de famille, Monseigneur souriant à tous, ayant un mot aimable pour tous. La fanfare jouait ses airs les plus choisis et 7 heures avaient sonné depuis longtemps lorsque Mgr Botter se retirant donna le signal du départ à l'assemblée. Ainsi se termina l'une des plus joyeuses soirées de Chandernagor.
    Le matin du 8 décembre, une messe chantée fut célébrée par le P. Gayet, dans l'église du Sacré-Cur, à l'occasion de la première communion d'un certain nombre d'enfants du couvent. Le choeur, renforcé pour la circonstance de plusieurs daines et messieurs de la paroisse, s'était exercé longtemps à l'avance et la partie musicale de la cérémonie fut excellemment rendue, en particulier le Credo et l' Agnus Dei. Après une courte exhortation du P. Gayet qui les avait préparées à cette sainte action, les jeunes communiantes vinrent en ordre à la table sainte. Mme Deville chanta ensuite avec beaucoup de sentiment le cantique si touchant : Le ciel a visité la terre.
    A 8 h.30, une seconde cérémonie prenait place, la messe pontificale suivie de la rénovation des voeux et de l'administration du sacrement de Confirmation. Le curé de Chandernagor faisait les fonctions de prêtre assistant, le P. Jégorel et le prieur de Bandel celles de diacre et sous-diacre, le R. P. Daniel dirigeait les cérémonies. Deux Jésuites du collège de Calcutta, les PP. Bakker et Populaire, étaient aussi présents.
    La messe terminée, le P. Gayet expliqua, en quelques mots bien choisis, aux confirmant la signification de la rénovation des voeux du baptême, l'importance du sacrement qui allait leur être conféré. Se tournant vers les chrétiens natifs, il leur répéta son allocution en bengali. Il était 11 heures et plus lorsque toutes les cérémonies furent terminées.
    Le reste de la journée fut fort chargé d'occupations, dont la principale était de donner la dernière main aux reposoirs pour la procession du Très Saint-Sacrement. Il y en avait trois : le premier, tout blanc, oeuvre spéciale du P. Daniel, s'élevait sur le quai Dupleix ; le second, décoré avec fort bon goût, à la résidence de M. A.-P. Bonnaud ; et le troisième, également bien orné, chez M. G. Pereira.
    Dans l'après-midi, il y eut un moment d'arrêt causé par l'arrivée de la fanfare du collège Saint Xavier, de Calcutta, accompagnée des PP. Fressanges et Lowyck. Plusieurs Pères Jésuites les avaient précédés et nous devons noter en passant que leur présence n'a pas peu contribué au succès des cérémonies de la soirée. La fanfare alla droit au presbytère où, après un morceau de musique joué en l'honneur de Sa Grandeur, qui parut charmée de cette attention, les professeurs et les élèves prirent part à un lunch. A 4 heures du soir, le son des cloches annonça l'approche de la cérémonie. L'église brillamment illuminée se remplit rapidement des pieux fidèles qui devaient y prendre part. Mgr Bottero étant entré dans le sanctuaire, le Saint-Sacrement fut exposé et le choeur exécuta I'O Salutaris sous la direction du R. P. Verschraegen, du collège Saint Xavier, dont la belle voix retentissait admirablement.
    La procession se déploya dans l'ordre suivant : la croix et les acolytes, le couvent Saint-Joseph avec la bannière de l'Immaculée Conception, les jeunes filles en blanc, avec couronne et voile, la bannière du Sacré Cur, la chorale, la fanfare, puis les fidèles sur deux lignes, portant des cierges allumés.
    La marche était fermée par le dais sous lequel s'avançait l'évêque tenant dans ses mains l'ostensoir. Immédiatement en avant du Saint-Sacrement, la plus convenable garde d'honneur qu'on pût imaginer : une douzaine de petites filles vêtues de blanc jonchaient le chemin de fleurs. Le parcours adopté pour la procession suivait le quai Dupleix, la rue des Grands-Escaliers, et celle du Général-Martin.
    Sur le seuil de l'église, Mgr Bottero entonna d'une forte voix le Pange lingua, continué par le choeur, et la procession s'ébranla. En arrivant au premier reposoir, le Saint-Sacrement fut exposé et encensé pendant le chant du Tantum ergo, puis Monseigneur donna la bénédiction aux fidèles agenouillés. A ce moment, on ne pouvait s'empêcher de penser à la hardiesse de cette manifestation qui se déployait devant des centaines et des centaines de curieux ; mais, disons-le de suite, dans la foule des païens massés autour de l'autel, on ne remarquait qu'une attitude respectueuse et un intérêt édifié par le spectacle qu'ils avaient sous les yeux.
    Après la bénédiction, le cortège reprit sa marche, les airs lents et solennels de la fanfare alternant avec les hymnes de louange. Les mêmes cérémonies furent répétées aux deux autres reposoirs et le crépuscule si court de l'Inde était tombé lorsque, aux accents du Lauda Sion, la procession rentra dans l'église.
    Une dernière fois, en arrivant, la bénédiction fut donnée par l'évêque ; puis Sa Grandeur, s'adressant à l'assistance, saisit l'occasion de remercier tous les habitants pour l'accueil enthousiaste qu'ils lui avaient fait. Ses éloges se dirigèrent spécialement vers les pieuses dames qui, sacrifiant généreusement leur temps, avaient si bien travaillé durant quinze jours à l'ornementation de l'église et à la préparation des morceaux de musique. Ces témoignages désintéressés d'affection l'avaient profondément touché.
    Sa Grandeur se déclara heureuse de l'opportunité qui lui était offerte de remercier publiquement les RR. PP. du collège Saint-Xavier pour le concours qu'ils avaient donné aux cérémonies de la journée. Leur coopération était un frappant témoignage de l'union et de la solidarité qui sont apparentes partout dans l'Église catholique, mais surtout parmi ses ministres.
    Il nous reste à dire que, le lundi soir, un dîner de 16 couverts réunissait au presbytère les membres du comité de réception. Sa Grandeur présidait et la plus franche gaieté ne cessa de régner. Des toasts furent échangés, des discours prononcés et, pour terminer, on but à la santé de Sa Sainteté le pape.
    Mgr Bottero, après une visite à Mgr Pozzi, évêque de Krishnagar, disait adieu à Chandernagor, le dimanche 15 décembre, emportant avec lui à Kumbakonam, nous en sommes sûrs, le plus heureux souvenir de son séjour à Chandernagor, et accompagné des vux et des regrets de tous.


    1902/170-176
    170-176
    Inde
    1902
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