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Visite de l'ambassade Annamite au séminaire des Missions-Étrangères

Visite de l'ambassade Annamite au séminaire des Missions-Étrangères Le 18 avril, l'ambassade extraordinaire envoyée en France Par S. M. l'empereur d'Annam pour saluer M. le président de la République, a fait une visite au Séminaire des Missions Etrangères.
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    Visite de l'ambassade Annamite au séminaire des Missions-Étrangères
    Le 18 avril, l'ambassade extraordinaire envoyée en France Par S. M. l'empereur d'Annam pour saluer M. le président de la République, a fait une visite au Séminaire des Missions Etrangères.
    Cette ambassade a pour chef S. Ex. Nguyen Than, régent, ministre de l'intérieur et président du Conseil secret ; pour chef adjoint, S. Ex. Nguyen Huu Bai, vice-président du ministère de la justice et conseiller à la Cour de Hué. Les autres membres sont les deux secrétaires : MM. Ton That Tram et Nguyen van Hien ; deux interprètes : MM. Nguyen Phung et Nguyen van Dong; deux ordonnances : MM. Tran phuoc Huyen et Nguyen van Nghi.
    Le régent avait aussi amené avec lui un de ses fils, jeune enfant de neuf ans.
    Le premier grand mandarin, son fils et le second grand mandarin arrivèrent en landau vers 4 heures de l'après-midi. Ils étaient accompagnés de M. Basset, ancien résident de France en Annam et de M. Jennet, chancelier à la résidence de Hué.
    Un des directeurs du Séminaire, ancien missionnaire en Cochinchine, M. Grosjean, les attendait clans la cour d'entrée. Il souhaita la bienvenue à S. Ex. Nguyen Than, fort surpris d'entendre parler la langue de son pays.
    Le régent est un homme d'une cinquantaine d'années, de grande taille pour un Annamite ; sa figure est agréable et intelligente ; il porte au cou la cravate de commandeur de la Légion d'honneur, et, accrochée au haut de la poitrine, du côté droit, la plaque en or, sur laquelle est gravé en caractères chinois le nom de sa dignité. Il est coiffé d'un turban en crépon noir de Chine et revêtu de riches habits en soie bleue brochée et ornée de dessins rappelant tous les porte-bonheur du pays : dragon, chauve-souris, carapaces de tortues avec les lignes fatidiques, etc. II manifeste le plaisir qu'il éprouve à s'entretenir sans le secours d'un interprète. Il présente son jeune enfant. C'est un petit garçon de neuf ans, mais paraissant n'en avoir que six ou sept ; il a un minois intelligent, surtout futé ; il porte l'habit annamite ordinaire, sauf le turban qui est remplacé par une casquette d'officier de marine, mais celle-ci est aussi solidement fixée que le turban, qui par politesse ne s'enlève pas dans une visite de cérémonie. Il a appris très vite la manière de donner les poignées de main à la dernière mode.
    Le chef adjoint est petit, l'intelligence brille dans ses yeux, et sa figure autrefois très agréable a été criblée par lune forte variole, dont aucune des traces na la chance d'être dissimulée par le moindre poil de barbe. Il n'a pas de décoration, si ce n'est une plaque d'ivoire portant le none de sa dignité. Il parait très heureux de revoir M. Grosjean, son ancien professeur de rhétorique et de philosophie. Ce mandarin, en effet, est catholique, et a fait toutes ses études au séminaire collège de la mission de Cochinchine septentrionale. Il parle et écrit le français avec beaucoup d'aisance. C'est par son intelligence qu'il est arrivé à la haute dignité dont il est revêtu et à la situation considérable qu'il occupe.
    Au salon sont réunis M. Delpech, supérieur du Séminaire, et deux directeurs, MM. Lesserteur et Mollard, anciens missionnaires du Tonkin. Les visiteurs y sont conduits. Après les présentations, M. Delpech s'entretient en français avec le chef adjoint de la Mission et les autres Pères parlent annamite avec le premier mandarin. Tout en buvant le thé, selon la coutume des Annamites, on parle de choses et d'autres ; oh! Pas de très hautes questions politiques :
    Grand Mandarin, le voyage vous a-t-il beaucoup fatigué?
    Non ; c'est la première fois cependant que je voyage sur des bateaux à vapeur. Mais on est très à l'aise sur les navires français.
    Vous n'avez pas été éprouvé par le mal de mer?
    Non, mais cet enfant a été bien incommodé.
    L'enfant esquisse une moue qui n'exprime certes pas son contentement de cette appréciation, à moins que ce ne soit le mauvais souvenir des heures désagréables passées dans le tangage et le roulis.
    Excellence, vous avez une constitution exceptionnelle, car c'est assez rare de faire une longue traversée sans éprouver le mal de mer, au moins à un premier voyage.
    C'est vrai, aussi je suis content ; seul le petit a souffert.
    Grand Mandarin, c'est étonnant que l'enfant ait eu le mal de mer, car à son âge on n'en est pas souvent atteint : mais s'il est peu avancé en âge, il l'est beaucoup pour l'intelligence.
    A ces mots se produit aussitôt un changement de décor sur la mine satisfaite du petit Annamite dont les yeux pétillent et dont les lèvres sentre ouvrent dans un sourire heureux: et le père, également enchanté, répond :
    Oui, cet enfant est intelligent, voilà pourquoi je l'ai amené avec moi; il faut qu'il connaisse la France, car, l'an prochain ou dans deux ans, je l'enverrai étudier à Saigon.
    Mais, grand Mandarin, vous devez trouver notre pays bien différent du vôtre?
    Oui, un peu : en débarquant à Marseille j'ai trouvé que vos chevaux sont un peu plus grands que les nôtres, vos maisons plus hautes et plus belles, mais aussi vous Français, vous êtes riches, vous avez beaucoup d'argent ; si en Annam nous en avions autant, nous ferions aussi de belles choses.
    C'est vrai, grand Mandarin, c'est pourquoi le peuple annamite dit souvent : « Ce qui nous manque, ce sont des roues de chariot (sapèques) ».
    Le régent se mit à rire et continua :
    Vous autres Français, vous êtes bons travailleurs. En venant je remarquais que les endroits les plus incultes et couverts de cailloux sont cultivés ; nos Annamites sont plus paresseux et ne cultivent que la bonne terre, mais pourquoi attelez-vous les chevaux à la charrue?...
    La conversation fut interrompue par l'entrée des deux secrétaires et des deux interprètes qui étaient montés dans une voiture de place. Ils n'avaient pas su se faire comprendre du cocher, qui les avait égarés. Ils arrivent à temps pour prendre le thé, procurer l'occasion d'offrir un nouveau biscuit au petit Annamite, qui le croque à belles dents, et enfin visiter le jardin ; après quoi nos hôtes prennent congé, non sans avoir manifesté encore une fois le plaisir qu'ils avaient éprouvé de causer, sans que le protocole fut intervenu.

    Nous avons ajouté à nos Annales le Tableau général de l'état des missions et des résultats obtenus en 1901 ; nous avions l'habitude de le donner plus tôt mais nous avons voulu attendre quelques semaines afin de pouvoir le publier aussi complet que possible. Nos lecteurs remercieront Dieu d'avoir permis à nos missionnaires d'enregistrer 32.472 baptêmes d'adultes, 607 conversions d'hérétiques et 137.790 baptêmes de païens.

    1902/198-201
    198-201
    France
    1902
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