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Visite aux mines de Kolar

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    Visite aux mines de Kolar

    Veux-tu faire avec moi une course aux mines de Kolar, puisque tu as un si grand désir de visiter l'Inde? Ecoute alors. C'était cinq jours avant la rentrée des classes, à peu près au mois de mai par conséquent. J'étais à la procure, causant avec le Père qui est chargé de la chrétienté de Kolar, là où se trouvent les fameuses mines d'or. « Mais si vous repartiez avec moi ? Me dit-il. — Pourquoi pas ? » Deux heures après, j'étais avec deux confrères du collège roulant à toute vapeur sur la ligne de Madras. A 10 heures 1/2 du soir nous étions à la station. Il nous restait encore une heure et demie de voiture pour arriver à Kolar ; il ne faisait pas plus de lune que de soleil. Le Père avait sa voiture qui l'attendait, l'un de nous monte avec lui. Les deux autres, desquels j'étais, s'enfilent (c'est à la lettre) dans une djekka. Mais j'oublie de dire ce qu'est qu'une djekka : figure-toi une petite voiture, avec un petit cheval, qui va à petite vitesse. Tout étant petit, comme tu vois, dans cet instrument-là, moi, qui suis grand, je ne m'en accommodais guère ; tant bien que mal on s'arrangea, on se tassa, on se cala, et vraiment c'était bien nécessaire ; car, allant cahin-caha comme nous faisions, nous aurions fini par faire comme le pot de fer et le pot de terre. Bref, j'étais allongé avec les jambes dehors, puisque la place manquait pour les mettre dedans ; je faisais avec mon confrère des réflexions philosophiques sur notre manière de voyager, et sur les brevets que le conducteur aurait été susceptible d'obtenir, quand, soudain, nous voilà les jambes en l'air et la tête en bas, essayant, mais en vain, à travers le fou rire, de reprendre une position moins équilibriste. Qu'était-il donc arrivé ? Le cheval, au beau milieu d'un temps de galop, avait, jugé bon de s'asseoir par terre. On se remit en place, et en marche. Une demi-heure après, nous commencions à fermer un oeil et à, ne plus ouvrir l'autre, quand voilà que brusquement nous nous trouvons les jambes en bas et la tête en l’air. Cette fois-ci, c'était le collier qui avait cassé, et c'était nous qui enlevions le cheval. Enfin après avoir été brassé, secoué dans tous les sens, après plus d'une heure et demie de marche, nous descendons de notre appareil, je ne me rappelle pas si c'est en avançant ou en reculant, et nous posons solennellement un pied, puis l'autre sur cette terre d'or si célèbre. Il était un peu plus de minuit, on parle d'aller se coucher, chacun se pelotonne dans sa couverture, tache de trouver au milieu des tables, des chaises, des caisses, six pieds de long sur deux pieds de large et bientôt l'on n'entendit plus dans l'appartement, que les lézards, les grillons, les rats et les ronflements sonores sortant de quatre solides poitrines.
    Je me sui laissé prendre dans la description du voyage, et, voilà que je n'ai plus la place de descendre dans les mines ; il faut bien se résigner à rester au bord du trou, jusqu'à la pro chaîne lettre, c'est-à-dire quarante nuits. Je te souhaite donc autant de fois bonjour et bonsoir et termine par la phrase stéréotypée : « la suite au prochain numéro ».

    ***

    Quel désert que ce Kolar ! Quelle terre désolée, inculte, nue, aride, brûlée par le soleil ; pas d'autre ombre que celle que vous procure votre chapeau ou votre parasol. On sent que la vie n'est pas à la surface, mais dans les entrailles de la terre. Le Père, qui réside là, est très bien vu par les Directeurs des mines, quoique protestants. Au commencement ils se montrèrent plus ou moins complaisants à son égard, un événement changea tout à coup leurs dispositions. Le choléra ayant éclaté, le dévouement du prêtre catholique se montra avec toute sa charité ; païenne et chrétienne, notre confrère visitait tout le monde. Il était toujours le premier rendu au chevet des cholériques, et restait auprès d'eux pour les assister, aussi tranquille que si c'eut été une maladie ordinaire, tandis que le médecin lui-même n'en trait qu'en tremblant dans les misérables réduits des ouvriers. Les ministres protestants, qu'on avait mandés de Bangalore, se gardèrent bien d'y aller. A partir de ce moment le Père obtint tout ce qu'il voulut, et fut traité comme un ami.
    L'autorisation, qu'il demanda pour nous de descendre dans les mines, lui fut gracieusement accordée. Un beau matin donc, nous nous dirigeâmes vers l'un des puits pour y faire une excursion. Un contremaître était à notre disposition. Nous armons chacun d'une chandelle et suivons notre guide. Nous enfilons une petite trappe, et dégringolons perpendiculairement par une échelle fixée contre les parois du puits. Au bout de quelques minutes, nous arrivons à une première galerie, où nous nous contentons de jeter un coup d'oeil, puis nous reprenons notre marche et descendons cette fois sur un plan incliné. Près de nous passent les caissons chargés de pierres, roulant entre deux grosses poutres qui servent à les diriger, nous aurions pu les toucher avec la main. Auprès de nous se meut la tige du piston de l'énorme pompe qui sert à retirer l'eau. Nous descendons si bien, que nous finissons par nous trouver à 460 pieds, si je me souviens bien. Les ouvriers étaient nombreux ; les uns chargeaient, les autres roulaient des wagonnets, d'autres encore essayaient de briser des quartiers de quartz avec le pic.
    Nous dirigeons alors dans une sorte de boyau pour nous rendre compte du travail. Quelquefois nous montions, d'autrefois il nous fallait descendre, et ce que tu ne croirais peut-être pas, c'est que nous étions en nage ; à cette profondeur il faisait une chaleur étouffante. Tout-à-coup, nous entendons un bruit strident qui devient de plus en plus aigu à mesure que nous approchons, il était produit par le foret à vapeur perçant le rocher. Quand nous fûmes arrivés tout près de lui il devenait impossible de s'entendre. Le contremaître le fit arrêter et nous fit remarquer que nous entendions parfaitement celui de la galerie supérieure qui était séparé de nous par 60 pieds de rochers. La vapeur qui les fait manoeuvrer est envoyée d'en haut par des tuyaux. Nous remontons à la galerie supérieure où un étroit passage nous ramène à un autre puits à travers des flaques d'eau et de boue.
    De temps en temps nous rencontrons un chrétien qui semble tout heureux de nous voir et de nous montrer son travail.
    On nous montre un trou creusé dans les siècles reculés par des mineurs et c'est un problème qu'on n'a pu résoudre de savoir, comment ils ont pu arriver jusque-là, par un puits si étroit qu'un homme a peine à y passer. .
    Mais remontons vite à la surface crainte de n'en pas sortir à notre tour.

    1904/117-120
    117-120
    Inde
    1904
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