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Vicaire général honoraire à Kumbakonam

Vicaire général honoraire à Kumbakonam. M. TEYSSÈDRE Le 2 novembre 1915 une triste nouvelle arrivait à l'évêché de Kumbakonam. M. Teyssèdre venait de mourir au sanatorium de Saint Théodore, à Wellington. Ce n'est pas dans la courte notice qui va suivre que nous pourrons retracer comme il conviendrait une vie si sainte et si bien remplie ; notre seul dessein est de rendre un dernier hommage de respectueuse affection et de religieux souvenir au bon serviteur de Dieu et des âmes que fut M. Pierre-Marie-Amable Teyssèdre. ***
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    Vicaire général honoraire à Kumbakonam.
    M. TEYSSÈDRE
    Le 2 novembre 1915 une triste nouvelle arrivait à l'évêché de Kumbakonam. M. Teyssèdre venait de mourir au sanatorium de Saint Théodore, à Wellington.
    Ce n'est pas dans la courte notice qui va suivre que nous pourrons retracer comme il conviendrait une vie si sainte et si bien remplie ; notre seul dessein est de rendre un dernier hommage de respectueuse affection et de religieux souvenir au bon serviteur de Dieu et des âmes que fut M. Pierre-Marie-Amable Teyssèdre.

    ***

    Venu au monde le 21 novembre 1844, au hameau d'Escabrius, paroisse de Lacalm, diocèse de Rodez, d'une famille aisée et foncièrement chrétienne, Pierre était le premier né de l'union de Pierre Teyssèdre et de Rosalie Rigal, qui eurent l'honneur et la joie de voir plusieurs de leurs dix enfants se consacrer au service de Dieu dans le sacerdoce ou la vie religieuse. Le frère cadet de notre regreffé confrère appartient à la Compagnie de Jésus ; une de ses soeurs à la Congrégation de la Sainte Famille. Son oncle maternel fut jadis curé de la paroisse de Buloc, au diocèse de Montauban ; un prêtre qui l'a connu en parle comme d'un second curé d'Ars.
    Notre P. Teyssèdre lit ses études classiques au collège d'Espalion, puis au petit séminaire de Saint-Pierre.
    Quelques lignes écrites au lendemain de sa mort par un de ses amis d'alors, prêtre du diocèse de Rodez, suffiront à nous édifier :
    « Ce cher confrère était l'honneur de notre cours ; nous étions fiers de notre apôtre et de notre saint ».
    Vers la fin de ses études classiques, il entendit, comme autrefois les Apôtres, l'appel du divin Maître : Veni, sequere me. Il venait de terminer sa rhétorique et se trouvait en vacances, à Lacalm, quand un de ses oncles, riche propriétaire, eut un entretien avec lui : « Je rue fais vieux, dit l'oncle, et j'ai besoin d'un aide ; je veux auprès de moi quelqu'un qui m'aime, c'est toi que j'ai choisi. Je te donne tout ce que je possède, et je me fie à toi pour les égards dont tu entoureras ton vieil oncle. Dès aujourd'hui, ta vas être le maître chez moi ».
    Le neveu répondit : « Mon cher oncle, je suis confus de vos bontés, et je vous en remercie de tout coeur. Je ne voudrais pas vous contrarier, mais je ne saurais répondre à vos intentions bienveillantes : je veux me faire prêtre ».
    L'oncle insista, mais tout fut inutile. La grâce l'emportait sur les sollicitations de la plus tendre affection, sur les attirances de la fortune.

    ***

    Le jeune homme entra au grand séminaire de Rodez, et après avoir été ordonné sous-diacre vint au Séminaire des Missions Étrangères. On peut dire sans exagération qu'il n'y eut pas d'aspirant plus régulier, plus pieux, plus studieux que lui. On remarqua dès lors, chez lui, une dévotion très particulière à Marie, Reine des Apôtres.
    Ordonné prêtre le 10 juin 1870, il reçut le lendemain sa destination pour la mission de Pondichéry, où il arriva vers le milieu du mois d'août suivant.
    Il fut d'abord surveillant au collège colonial, puis professeur de philosophie au grand séminaire.
    Au commencement de l'année 1873, il fut donné comme vicaire à M. Darras, chef du district d'Attipakam. Il n'y resta que quelques mois, et fut ensuite chargé des districts de Kalkaveri, Salem, Vellore, Darmabouri, et Yedapadhi.

    ***

    Dans ces différents districts qu'il fut appelé à administrer, de 1873 à 1883, M. Teyssèdre, montra le plus grand zèle, mais en l'entourant de beaucoup de modestie et de réserve. On finit cependant par connaître son mérite. Aussi, lorsqu'au commencement de l'an- née 1883, Mgr Gandy, nommé coadjuteur du Vicaire apostolique de Pondichéry, fut invité par Mgr Laouenan à désigner son successeur pour le district de Coneripatty, il mit en première ligne M. Teyssèdre. Celui-ci, à la lecture de la lettre de son Vicaire apostolique qui le nommait à ce poste difficile, écrivit aussitôt à Mgr Laouenan cette lettre pleine de piété, d'humilité et d'obéissance :

    MONSEIGNEUR,

    « J'ai reçu hier la lettre de Votre Grandeur, je m'empresse d'y ré pondre. C'est avec un grand sentiment de frayeur et de tristesse que j'ai lu et relu cette lettre. Le cher P. Gandy, au prix d'immenses sacrifices, est parvenu à former et à maintenir une nombreuse chrétienté composée surtout de néophytes. Dieu a béni ses efforts et sa sainteté. Ses vertus, quoique cachées avec soin, n'ont point échappé au regard attentif des confrères. Voilà pourquoi ils ont cru en conscience devoir le désigner comme le coadjuteur de Votre Grandeur. Pour continuer dignement l'oeuvre du P. Gandy, il faut un saint missionnaire. Or je ne vois pas en moi l'ombre des vertus nécessaires pour réussir dans une si difficile mission. Si j'avais à répondre à tout autre Supérieur que Votre Grandeur, je me croirais obligé de donner de nombreuses explications. Votre Grandeur sait ce qu'il en est elle connaît toutes mes misères passées, toutes mes lâchetés. Je ne puis m'empêcher de voir en tout cela une cause d'insuccès. Si le P. Gandy me connaissait tel que je suis et tel que Votre Grandeur me connaît, il se serait bien gardé de me désigner comme son rem plaçant. Puisse donc le bon Dieu éclairer Votre Grandeur dans un choix où il y va du salut d'un si grand nombre d'âmes. Après avoir exposé mes craintes, j'ajoute que si Votre Grandeur me connaissant tel que je suis, continue à maintenir sa décision, je renonce à ma volonté propre, et tout en conjurant Notre Seigneur Jésus-Christ de créer en moi un coeur nouveau, j'obéirai aveuglément. Car, en obéissant, je serai sûr de faire la volonté de Dieu ».

    Mgr Laouenan maintint sa décision, et ni lui, ni ses successeurs n'eurent à s'en repentir.
    M. Teyssèdre continua dignement l'oeuvre de son prédécesseur à Coneripatty. Il se mit au travail avec ardeur, afin de donner aux fidèles de son nouveau district une instruction chrétienne solide, sans laquelle toute persévérance est impossible. Il ne négligea pas non plus la conversion des infidèles, et nombreux sont ceux qui lui doivent d'être entrés dans la voie du salut.
    Les païens eux-mêmes avaient confiances en lui, subjuguées par sa bonté et par sa vertu. Si la sécheresse menaçait d'amener la famine, si le choléra qui exerce périodiquement des ravages dans ces contrées faisait des progrès alarmants, les païens, presque autant que les chrétiens, allaient demander au Père son intervention. Le missionnaire leur disait : « Ayez confiance en Notre Dame de Lourdes ; priez-la, assistez aux processions que nous allons faire en son honneur, et la sainte Vierge vous délivrera, du fléau qui vous affligé ». Et, en effet, le plus souvent la Sainte Vierge implorée exauçait ces pauvres gens d'une manière qui avait toutes les apparences d'un miracle.
    Disons de suite, pour n'avoir pas à y revenir, que partout où M. Teyssèdre a passé, sa bourse fut toujours grande ouverte aux dés hérités de la fortune. On le savait d'une charité inépuisable, ne faisant acception de personne. Aussi ne voudrions-nous pas certifier qu'il n'a jamais été trompé par un quémandeur importun. On l'accusait un jour de trop donner, d'être trop bon. « Voyez-vous, répliqua-t-il, le bon Dieu me reprochant d'avoir été trop bon envers ses membres souffrants, les pauvres ? Je lui dirai : « O mon bon Maître, je n'ai fait que marcher sur vos traces. Ne vous êtes-vous pas dévoué, immolé pour l'humanité depuis la Crèche jusqu'au Calvaire, et dans la sainte Eucharistie ».
    Cependant, l'hérésie, comme l'ivraie dans le champ du Père de famille, s'implanta dans cette partie de la vigne du Seigneur et s'efforça d'étouffer la bonne semence jetée dans le sillon. Il s'ensuivit un ralentissement dans les conversions ; et même plusieurs néophytes, encore faibles dans la foi, retournèrent au paganisme. Le bon Père en éprouva une vive peine, mais aucun découragement. Il s'efforça de les ramener dans la voie véritable et y réussit pour plusieurs.
    En même temps, il s'occupait de la culture de quelques terrains achetés par lui pour l'amélioration du sort de ses fidèles, et construisait l'église de Coneripatty, dont Mgr Gandy avait jeté les fondements.

    ***

    Lors de la division de la mission de Pondichéry et de l'érection du diocèse de Kumbakônam, le P. Teyssèdre appartint à la nouvelle circonscription.
    En 1903, Mgr Bottero le nomma curé de la cathédrale ; peut-être le missionnaire avait-il espéré vivre ses dernières années à Coneripatty où il était depuis 20 ans, il s'inclina en toute obéissance.
    A Kumbakônam, il fut également le bon pasteur, dévoué à tous, compatissant aux misères de l'âme et du corps, d'une charité inlassable.

    ***

    En septembre 1904, M. Niel, vicaire général du diocèse étant mort, Mgr Botter lui donna M. Teyssèdre pour successeur. Cette fois encore l'humilité de celui-ci s'effraya et de la charge et de la responsabilité plus grande qu'il allait encourir. Ce fut bien autre chose quand, en 1905, l'évêque, sur le point de nous quitter afin d'entreprendre son premier voyage ad limina Apostolorum, nomma son vicaire général administrateur du diocèse pour tout le temps de son absence. Le prélat, dans une circulaire à ses prêtres, écrivait :

    MAI JUIN 1917, N° 115

    « Vous savez quelle vive estime je porte à ce cher vicaire général, et je sais aussi quel respect et quelle affection il vous inspire. Tout donc ira bien, Dieu aidant, jusqu'à mon retour».
    Le cher vicaire général était plus mort que vif à la pensée des nouveaux devoirs qui allaient lui incomber. Mais son esprit d'obéissance l'emporta une fois de plus sur les hésitations de son humilité, et il dit un généreux fiat au désir de son supérieur. Toutefois, personne ne fut plus heureux que lui, lorsque moins d'un an après, notre évêque revint au milieu de nous, et permit ainsi au vicaire général de reprendre le second rang.

    ***

    Bientôt on s'aperçut que la santé du bon Père, jusqu'alors si robuste, commençait à chanceler. La vue s'affaiblissait, quelques accidents firent craindre une attaque d'apoplexie. Enfin, les infirmités inhérentes à la vieillesse le forcèrent, bien malgré lui, à prendre du repos, et sur ses instances plusieurs fois réitérées, Monseigneur se décida à lui donner un successeur, mais lui décerna le titre de vicaire général honoraire. C'était en octobre 1909.
    Le cher Père alla d'abord passer quelque temps à l'hôpital Sainte-Marthe à Bangalore, puis au sanatorium Saint Théodore, à Wellington, Plusieurs oculistes furent consultés ; mais, en dépit des meilleurs traitements, sa vue baissait toujours, et il dut bientôt se résigner à ne plus dire que la messe de Beata et à remplacer la récitation du bréviaire par celle du rosaire. Ce fut pour lui une grande souffrance morale. Cependant sa santé générale s'améliora sous l'influence du climat tempéré de la montagne ; il redescendit à Kumbakônam et conjura son supérieur de lui permettre de travailler encore dans un district. Mgr Bottero l'envoya à Pillavadanday, mais bientôt lui donna un assistant qui le suppléa spécialement en allant administrer les sacrements aux malades clans les villages du district.
    Lui prêchait, catéchisait, entendait les confessions, et s'acquittait très fidèlement de tous les devoirs de sa charge, au chef-lieu.
    En septembre 1915, il vint assister à la retraite commune. Mgr Chapuis et les confrères furent frappés de son état de faiblesse. Il suivit pourtant tous les exercices de la retraite, à l'issue de laquelle notre évêque, le voyant épuisé, le décida à aller prendre du repos à Wellington. Il accéda à la demande, et édifia tous les malades par sa régularité et sa piété. Comme par suite de sa mauvaise vue il ne pouvait plus s'adonner à la lecture, il pria un confrère de lui lire chaque jour quelques pages des Évangiles, de l'Horloge de la Passion, et d'un livre de piété sur la Sainte Vierge. Il passait le reste du temps soit en longues méditations dans sa chambre, soit à la chapelle, soit en courtes promenades dans le parc du sanatorium.
    Une nuit il eut une attaque qui le mit à cieux doigts de la mort.
    La crise passée, M. Vieillard, supérieur du sanatorium, crut devoir lui proposer les derniers sacrements. Le doux et pieux vieillard y consentit de tout coeur, et ce fut à la chapelle, au pied de l'autel, que M. Vieillard le trouva quand il le chercha pour l'administrer. Il répondit à toutes les prières.

    ***

    Le 2 novembre vers dix heures du matin, il invita M. Bertho à l'accompagner jusqu'au cimetière : il voulait prier un instant sur la tombe des confrères. Chemin faisant, les deux missionnaires ne s'entretinrent que de la fête du jour. A leur arrivée au cimetière, ils remarquèrent que, dans la rangée des tombes, il y avait encore deux places : « Je choisis la première », dit M. Teyssèdre. Et, moi la seconde » repartit M. Bertho. Puis, leur dévotion accomplie, tous deux reprirent le chemin du sanatorium, se communiquant à nouveau leurs pensées sur les fines dernières.
    A deux heures de l'après midi, notre cher Père se rendait à la chapelle, quand il rencontra deux confrères qui l'interpellèrent. Il s'arrêta et bientôt amena la conversation sur la Commémoraison des morts. Au bout de quelques minutes, il se dirigea vers la chapelle. Il n'avait pas fait trois pas qu'il tomba frappé d'apoplexie foudroyante. Aux appels de ses compagnons, MM. Vieillard, Dépigny et Ligeon qui se trouvaient à proximité accoururent et le transportèrent sur son lit. M. Vieillard lui donna une dernière absolution, et aussitôt le cher vicaire général rendit sa belle âme à Dieu.
    Le 3 novembre il fut déposé dans la tombe que lui-même s'était choisi la veille.

    ***

    Avant de le quitter définitivement, jetons encore un regard sur ses principales vertus.
    Levé tous les jours à quatre heures du matin, M. Teyssèdre faisait régulièrement son heure d'oraison. Puis il montait à l'autel. Sa manière de célébrer la messe frappait tous ceux qui en étaient témoins. Tout son être était comme pénétré des saints mystères, et son âme remuée jusque dans ses dernières fibres. L'esprit de foi le transfigurait et rayonnait, en toute sa personne. Il en était de même, lorsqu'il récitait son bréviaire ou s'acquittait de ses autres exercices de piété.
    Jamais il ne manqua de faire sa visite au Saint-Sacrement, et ceux qui l'ont pu voir alors ont deviné, dans son attitude, avec quelle foi profonde il adorait son Dieu immolé dans la sainte Eucharistie.
    A un ardent amour pour Notre Seigneur il joignait la dévotion la plus tendre envers la Très Sainte Vierge. Nous pourrions citer plus d'un trait de son absolue confiance en la protection de Marie Immaculée. Il est resté persuadé qu'en maintes circonstances où, humainement parlant, il ne voyait pas d'issue, la bonne Mère fit des prodiges en sa faveur et en faveur de ses chrétiens. Il portait constamment avec lui, et cela depuis son arrivée dans l'Inde, une statuette de Notre Dame de Lourdes, qu'il avait coutume de montrer aux chrétiens et aux païens, en disant : « Avec Elle, je ne crains rien ! » Il avait demandé qu'on déposât près de lui, dans sa bière, cette statuette, et qu'on lui mit dans les mains son chapelet, pieux désirs qui ont été religieusement accomplis.
    Autour de lui tout indiquait la pauvreté. Ce qui avait tant soit peu l'apparence du luxe, soit dans les meubles, soit dans les vêtements, était exclu de son presbytère.
    Il était aussi homme de conseil. Plus d'un missionnaire en a fait l'heureuse expérience. Ses décisions étaient claires, fermes et sages. Nul d'entre les prêtres du diocèse de Kumbakônam, qui prirent part à la retraite de janvier 1905, n'a oublié ses solides et édifiantes instructions, ses avis pratiques. Mais Dieu seul sait tout le bien qu'il a fait dans le for intérieur des âmes sacerdotales qui se confiaient à lui.
    En terminant cette notice, qu'on nous permette de transcrire le testament spirituel du regretté défunt ; il édifiera profondément les lecteurs :

    « Ignorant l'heure et le moment qu'il plaira à Dieu de m'appeler à Lui, désirant d'un autre côté employer les derniers instants de ma vie aux intérêts de mon âme, je déclare que le présent écrit est mon testament. Je désire mourir dans le sein de la sainte Eglise catholique, romaine. Je crois ce qu'elle croit, je rejette ce qu'elle rejette. Je crois à l'Immaculée Conception de la sainte Vierge ; je crois à l'infaillibilité du Pape, et à toutes les « vérités qu'il lui Plaira de définir. Je professe une grande dévotion à l'égard du saint Coeur de Jésus que je regarde comme l'arsenal de tout chrétien, et qui m'a fait de grandes miséricordes dont je le remercie ».



    1917/127-133
    127-133
    Inde
    1917
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