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Vicaire apostolique du Se-Tchoan occidental

Mgr DUNAND Vicaire apostolique du Se-Tchoan occidental Mgr Marie Julien Dunand naquit le 23 janvier 1841 à Saint-Jean de Belleville, diocèse de Tarentaise (Moutiers, Savoie), dans une famille profondément chrétienne, qui devait donner un évêque et plusieurs prêtres à la sainte Eglise.
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    Mgr DUNAND

    Vicaire apostolique du Se-Tchoan occidental

    Mgr Marie Julien Dunand naquit le 23 janvier 1841 à Saint-Jean de Belleville, diocèse de Tarentaise (Moutiers, Savoie), dans une famille profondément chrétienne, qui devait donner un évêque et plusieurs prêtres à la sainte Eglise.
    Doué d'un tempérament robuste, Marie Julien semblait avoir emprunté aux montagnes de la Savoie cette nature forte et vigoureuse dont il fit preuve toute sa vie. Dieu l'avait formé pour résister au choc de terribles persécutions, pour diriger la mission du Se-tchoan occidental au milieu de difficultés incessantes pendant vingt-cinq ans, et pour la doter d'oeuvres nouvelles, en rapport avec l'évolution intellectuelle et sociale du peuple chinois.
    Après de sérieuses études au petit et au grand séminaire, l'abbé Dunand fut ordonné prêtre le 19 septembre 1863. Il passa ensuite près de cinq ans dans son diocèse comme professeur et comme vicaire d'Albertville. Désireux de se consacrer à l'apostolat, il demanda son admission au Séminaire des Missions Etrangères où il entra le 18 juin 1868. Destiné au Se-tchoan occidental, il quitta Paris le 3 août 1869 et arriva dans sa mission en 1870.
    Il fit ses débuts de missionnaire à Gan Io, où il ne demeura pas longtemps, car Mgr Pinchon ayant remarqué ses belles qualités, lui confia la direction du séminaire qui se trouvait alors à Mou pin, petite chrétienté située au milieu des hautes montagnes, loin des grands centres païens. Le lieu était bien choisi et les élèves y vivaient à l'abri de la persécution dans le calme de la solitude ; mais les temps étant devenus meilleurs pour les chrétiens, Mgr Pinchon se décida à construire un nouveau séminaire à proximité de Tchen-tou, sa résidence, dans la vallée de Ho-pa-tchang. C'est en 1875 que M. Dunand occupa avec ses élèves le nouvel établissement, dont il acheva l'installation et l'aménagement.
    Il possédait les vertus et la science nécessaires à un supérieur de séminaire. Il maniait fort bien la langue latine ; sa parole était claire, nette et pressante. Il répétait souvent à ses élèves : « Soyez obéissants, appliquez-vous au travail. Dépouillez-vous de votre nature apathique et orgueilleuse. Voyez plutôt comment vit un Chinois ; sa vie se passe trop souvent entre une tasse de thé et une pipe de tabac ; vie inutile, s'il en fut. Vous, vous devez travailler et mener une vie régulière. Vous serez plus tard ce que vous êtes au séminaire. Si vous êtes fervents pendant votre séjour ici, vous le resterez jusqu'à la mort; si vous êtes négligents pendant votre jeunesse, vous aurez beau faire plus tard, vous n'arriverez jamais à vous corriger de vos défauts et vous éviterez difficilement les chutes lamentables ».
    Dans la direction des élèves, le supérieur savait être ferme sans dureté, patient sans transiger avec la règle. Il était sévère envers les hypocrites, mais se montrait plein de bonté pour encourager les faibles. Il aimait la jeunesse et avait grandement à coeur la formation du clergé indigène. Nous l'avons vu enseigner la théologie jusqu'à sa mort et préparer lui-même, chaque année, les ordinands à la réception des saints ordres. C'est à lui que nous devons cette belle phalange de prêtres indigènes, qui sont pour nous de si précieux auxiliaires.
    Vers 1886, l'âge et les infirmités ayant obligé M. Rimet à résigner ses fonctions de provicaire, Mgr Pinchon nomma M. Dunand provicaire de la mission et le chargea du district de Tsong-king tcheou, chrétienté ancienne et florissante, où le Bienheureux Dufresse avait tenu le synode du Se-tchoan en 1803.
    Mgr Pinchon étant mort, le provicaire dirigea la mission, comme supérieur intérimaire, pendant deux ans, au bout desquels, il fut nommé par le Saint Siège vicaire apostolique, avec le titre d'évêque de Caloë. On était en 1893.
    Un des premiers actes du nouvel évêque fut de se rendre compte par lui-même des besoins de sa mission. Ce que les vicaires apostoliques, ses prédécesseurs, n'avaient pu faire, il résolut de l'entreprendre, et il visita régulièrement tous les postes de son immense vicariat, sans reculer devant aucune fatigue.
    Il s'occupait lui-même de tous les détails de l'administration, et répondait à toutes les lettres qui lui étaient adressées. Ses réponses, écrites en un style clair et concis, traçaient la ligne de conduite à suivre et ne laissaient personne dans l'embarras.
    L'évêque puisait sa force dans une union continuelle avec Dieu ; rien ne le détournait de ses exercices spirituels. Sévère à lui-même, mortifié dans le vêtement et la nourriture, il était d'une régularité exemplaire qui ne se démentit jamais. Infatigable jusqu'à la mort, il géra les intérêts spirituels et temporels de la mission sans consentir à partager le travail, quelque pénible qu'il fût, avec un ou plusieurs missionnaires.
    Il s'efforça toute sa vie de susciter des vocations ecclésiastiques parmi les enfants d'anciens chrétiens. Il aimait les prêtres indigènes et veillait à maintenir chez eux la vigueur de la discipline. Pendant la retraite annuelle, il leur communiquait lé zèle ardent qui le dévorait et ne craignait pas de leur faire des reproches, quand ils les méritaient. A ceux qui alléguaient tel ou tel prétexte pour ne pas aller dans un poste incommode où il voulait les envoyer, il disait : « Dans une armée en marche, les braves sont au front, les poltrons à l'airière, aux bagages. Si je vous envoie au feu, au péril, c'est un honneur que je vous fais. Vous êtes les soldats du Christ ; marchez...» Quand il devait secouer la torpeur de quelques-uns, il leur disait : Pour Dieu, travaillez toujours, travaillez jusqu'à la mort; jusqu'à la mort inclusivement, vous entendez bien ? »

    Au jour de sa consécration, dans un temps où tout paraissait relativement calme, Mgr Dunand avait pris pour devise de ses armoiries : In pace in idipsum. Il souhaitait la paix, et la Providence lui destinait un épiscopat très agité, qui devait s'écouler au milieu de persécutions continuelles. Dieu cependant exauça sa demande en lui accordant la paix de l'âme, la force du caractère qui rend l'homme tranquille au milieu des agitations du monde. Ni les appréhensions, ni les fatigues des voyages, ni les soucis du ministère pastoral, ni les insuccès dans les démarches auprès des autorités, ne purent ébranler un seul moment sa constance.
    Dès l'époque où il dirigeait la mission comme provicaire, il avait formé le projet de construire, à Tchen-tou, une nouvelle résidence épiscopale, plus vaste que l'ancienne et aménagée de façon à pouvoir hospitaliser tous les confrères pendant la retraite annuelle. Le projet fut mis à exécution ; mais Lieou-pin-tchang, vice-roi de la province, en prit ombrage, et excitée par lui, la population elle-même ne tarda pas à manifester sa haine contre les missionnaires. En 1895, le cinquième jour de la cinquième lune, la foule se rua sur la résidence épiscopale et la détruisit de fond en comble. A la suite de cet attentat, tous les oratoires des environs de Tchen-tou furent pillés et brûlés.
    Dans cette circonstance si pénible, Mgr Dunand faillit perdre la vie, mais il réussit à gagner le mandarinat et échappa ainsi à la mort. Quand la nouvelle du désastre parvint à la Légation française à Pékin, M. Gérard, ministre plénipotentiaire, adressa au gouvernement chinois une vigoureuse protestation. En même temps, il désignait Mgr Dunand comme son délégué pour arranger l'affaire avec les autorités locales. L'évêque dressa une liste détaillée des dommages causés à la mission et fixa le chiffre de l'indemnité qu'il exigeait. Les mandarins faisant des difficultés pour reconnaître la note à payer, Mer Dunand leva brusquement la séance et s'en retourna chez lui. Les autorités chinoises comprirent alors qu'elles n'avaient qu'à accepter les propositions de l'évêque ; le lendemain, l'accord était signé, et la mission pouvait relever ses ruines.
    En 1897, éclata la persécution de Yu-man-tse (Yu le Barbare), qui mit la mission du Se-tchoan oriental à deux doigts de sa perte, et qui s'étendit à quelques postes du Se-tchoan occidental. Les stations de Gan Io, de Su lin et de Chouen-kin furent pillées ou incendiées ; mais, grâce à la fermeté de Mgr Dunand et à la protection du ministre de France à Pékin, l'ordre fut rétabli et les dommages causés à la mission furent réparés.
    C'est alors que l'évêque de Caloë, sur la proposition de M. Gérard, fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. Il méritait vraiment cette distinction, car il avait agi avec vigueur comme délégué du ministre et avait réussi à sauvegarder le prestige de la France aux yeux du peuple chinois.
    Le soulèvement des Boxeurs en 1900 eut aussi sa répercussion au Se-tchoan. Des chrétiens furent pillés et massacrés. Le danger devenait de jour en jour plus menaçant. Mais Dieu veillait sur la mission ; l'ouragan passa sans causer beaucoup de dégâts.
    Tout semblait redevenu tranquille, quand, au mois de juin 1902, on apprit coup sur coup que de nouveaux Boxeurs avaient massacré des néophytes à Gan Io, que les « Lanternes rouges » avaient entouré la chrétienté de Sou-kia-ouan au point du jour et égorgé hommes, femmes et enfants ; que les oratoires, les résidences et les maisons des chrétiens avaient été pillés et incendiés à Sin Tchang, Tchou-lintsin, Tong-tchoan, Yang-tao-ky, etc. Mgr Dunand mit encore une fois tout en oeuvre pour sauver sa mission. A sa prière, le commandant Hourst se présenta avec des marins français dans une chaloupe à vapeur sous les murs de Tchen-tou et menaça de bombarder la ville s'il n'obtenait protection immédiate pour la mission catholique. Les autorités chinoises, réveillées de leur torpeur par cette intervention si inattendue, prirent des mesures pour disperser les rebelles. Le calme se rétablit peu à peu dans la province, et les chrétiens furent indemnisés de leurs pertes, grâce aux démarches que fit l'évêque en leur faveur auprès des mandarins.
    Au mois de septembre 1911 eut lieu la Révolution chinoise. A Tchen-tou, les meneurs soulevèrent la population, s'emparèrent du vice-roi et le mirent à mort dans son prétoire. Puis, ils organisèrent le pillage de la ville. Ce fut une nuit de terreur. La soldatesque, mêlée à la populace, saccagea les bureaux de l'administration impériale et les maisons des particuliers ; mais la résidence épiscopale fut épargnée. En dehors de la ville, plusieurs stations chrétiennes furent détruites et un bon nombre de fidèles périrent sous le fer des assassins. A sa mort, Mgr Dunand avait à peine obtenu satisfaction pour tous les dommages causés alors à ses chrétiens.

    Toutes ces persécutions n'empêchèrent pas la foi catholique de progresser au Se-tchoan occidental. Elles attirèrent l'attention du peuple sur notre sainte religion, et aux cris de mort contre les Chrétiens succédèrent la louange et l'admiration pour la doctrine catholique.
    Les mandarins, naguère encore nos ennemis jurés, se firent un honneur de protéger les missionnaires et les chrétiens. De nombreuses stations furent fondées dans les régions de Sin-tsin, Tsongking tcheou, Mien tcheou, Kien tcheou, etc. Dans plusieurs endroits, les missionnaires virent doubler le nombre de leurs néophytes. Il en fut ainsi à Che-fang, Gan Io, Su lin, Kouang-gan, Chouen-kin, Tong-tchoan, Pao-lin et Kouang-yuen.
    Le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes fit alors entreprendre à Mgr Dunand des oeuvres nouvelles pour l'éducation de la jeunesse et le soulagement des malades. L'évêque chercha et trouva les fonds nécessaires pour faire face à tous les besoins : « Si vous saviez, disait-il, quel métier c'est d'être caissier; on est tiré de tous côtés ».
    A côté de sa résidence, située à l'intérieur de la ville, il acheta plusieurs immeubles dans le dessein de grouper les oeuvres principales de la mission et de les avoir en quelque sorte sous sa main. Il bâtit d'abord, à droite de l'évêché, un grand orphelinat pour les petites filles abandonnées par leurs parents ; ensuite, l'hôpital catholique pour les malades chrétiens et païens. Dans un autre quartier de la ville, il fit construire encore un hospice pour les pauvres. La direction de l'orphelinat, de l'hôpital et de l'hospice fut confiée aux Surs Franciscaines Missionnaires de Marie. Mgr Dunand aimait à visiter ces trois établissements et à se rendre compte par lui-même de leur bon fonctionnement.
    Mais une autre chose le préoccupait ; c'était l'éducation à donner aux jeunes garçons chrétiens. Il fit donc installer, à gauche de sa résidence, l'école des Frères Maristes, où les jeunes gens reçoivent une instruction solide et apprennent le français.
    D'autres entreprises devaient s'ajouter aux précédentes. Ainsi l'évêque avait formé le projet de fonder un couvent de PP. Trappistes dans les montagnes et une maison de Petites Soeurs des Pauvres à Tchen-tou. Le temps et les circonstances ne lui ont pas permis de réaliser ces projets si utiles.
    Après tant de travaux et de fatigues, l'évêque de Caloe aurait pu prendre un peu de repos, mais il voulut rester sur la brèche et lutter jusqu'à la fin de sa vie. En 1915, à l'âge de 74 ans, et malgré sa maladie de coeur, il visite encore plusieurs districts de son vicariat, sans ne se plaindre jamais et sans laisser soupçonner aux missionnaires l'affection grave dont il souffrait. Cependant, comme il passait de très mauvaises nuits, il jugea prudent de se préparer à toute éventualité par une confession générale. Cet acte important accompli, il continuait de former des projets pour le bien de la mission, quand Dieu le rappela subitement à Lui le 4 août 1915. Ce jour-là, à 7 h.1/2 du matin, Mgr Dunand se trouvait dans sa chambre avec un missionnaire. Tout à coup, il s'écria : « Cher confrère, donnez-moi vite l'absolution ». Et il s'affaissa dans son fauteuil : notre Père vénéré était mort.
    Mgr Dunand a travaillé « jusqu'à la mort, inclusivement », comme il avait exhorté tant de fois ses prêtres indigènes à le faire. Il s'est refusé tout repos en cette vie ; il jouit maintenant du repos éternel. In Pace in idipsum dormiam et requiescam.

    1916/170-173
    170-173
    Chine
    1916
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