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Vicaire apostolique da Se-tchoan méridional

SE-TCHOAN LETTRE DE Mgr CHATAGNON Vicaire apostolique da Se-tchoan méridional
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    SE-TCHOAN

    LETTRE DE Mgr CHATAGNON

    Vicaire apostolique da Se-tchoan méridional

    Le télégraphe a dû vous porter la nouvelle que la révolution a éclatée dans notre province reculée du Se-tchoan. Un mandarin di sait, il y a quelque temps, à un de mes missionnaires : « Il se prépare de mauvais jours pour nous d'abord, et ensuite pour vous ». Ils semblent commencer. Une grève générale s'est déclare subitement, il y a 15 à 20 jours, par toute la province, à commencer par Tchen-tou, résidence du vice-roi. Voilà une des belles inventions de la civilisation moderne, que les étudiants, qui sont allés au Japon et en Europe, se sont hâtés d'importer en Chine. D'abord la grève fut pacifique, mais cela ne dura pas longtemps. Les réformistes suscitèrent bientôt des troubles et la grève tourna en révolution antidynastique. Les mandarins alors durent sévir. Le vice-roi à Tchen-tou eut raison de l'émeute et resta maître de la ville, mais il y est assiégé par les grévistes venus de toute part, et nà pas les forces suffisantes pour les disperser. On attend du secours des provinces voisines.
    Le vice-roi réduit à l'impuissance, les autres mandarins de la province, qui n'ont aucune force militaire à leur disposition sont tous à la merci des grévistes. A Soui fou en particulier, où je me trouvais, il y a 8 jours, le préfet essaya de résister, faisant bâtonner et jeter en prison quelques meneurs qu'il confia au sous-préfet ; mais la foule envahit son prétoire, et il ne dut son salut qu'à sa garde peu nombreuse qui tira sur la foule, et jeta une trentaine de manifestants sur le carreau. Le sous-préfet voyant la mauvaise tournure que prenaient les affaires, relâcha immédiatement les prisonniers. La rébellion était triomphante. Les mandarins ayant capitulé étaient annulés. A nous de prendre nos dispositions et d'aviser à notre sûreté, comme le sous-préfet nous l'avait déjà fait entendre. Pour moi, vu mon grand âge, sourd et infirme, comme je le suis, je résignai le gouvernement de la mission à mon coadjuteur, déjà au courant de l'administration. Dans là tempête il faut un pilote jeune et vigoureux, qui ait de l'oeil et de l'oreille pour voir ce qui se passe et entendre ce qui se dit, afin d'agir ou de commander selon les circonstances.
    Pour ne pas gêner mon successeur ou lui causer des soucis inutiles par notre présence, j'ai pris avec moi trois missionnaires invalides et infirmes que j'ai amenés ici à Tchong-king, port ouvert aux Européens.
    J'ai laissé à Soui fou mon coadjuteur, mon pro vicaire et deux bons missionnaires. C'est plus qu'il n'en faut pour la grandie chrétienté de Soui fou. La présence devant Tchong-king de quatre canonnières (1 française, 1 allemande, 2 anglaises) tient la ville un peu en respect, de sorte qu'on y est relativement tranquille. Jus qu'ici les rebelles ne se sont pas attaqués aux Européens. Ils ne sont pas encore les maîtres, ni sûrs de réussir. Tout leur effort est dirigé contre les mandarins, contre le gouvernement. Après, nous épargneront-ils ? A la grâce de Dieu ! Il n'arrivera que ce qu'il aura permis.

    1912/18
    18
    Chine
    1912
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