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    La nacelle des nouveaux. La cloche de Long-ly. Nous les avons entendu chanter par le poète lui-même, dans ce bel et hospitalier évêché de Kouy-yang, où notre cher P. Lucas, aujourdhui si regretté, jetait sa note douce et vivante de fraternelle gaieté. Une main amie nous les envoie, fleurs cueillies sur une tombe, mais non encore desséchées, exhalant le parfum dune âme dapôtre et dun coeur de Français. Nos lecteurs seront heureux de les lire, pendant que Jeanne, la cloche de Long-ly, que le chef de la Mission lyonnaise, M. Brenier, offrit à notre confrère en témoignage de reconnaissance, carillonne lAve Maria et que dans son repos éternel le P. Lucas, sans doute, répète :
    ... vrai sur la nacelle
    Nous navons rien vu, rien compris
    Point ouï romance aussi belle
    Que la gloire du Paradis.


    LA NACELLE DES NOUVEAUX
    Air du Loup garou.
    Comme la brise à la bruyère
    Donne la sève et la fraîcheur,
    Vous qui sur la terre étrangère
    Nous ramenez joie et bonheur;
    Nous saluons votre nacelle
    Missionnaires de Jésus
    Hérauts de la bonne nouvelle
    Soyez ici les bienvenus!

    Vous avez vu beaucoup de choses,
    Nest-ce pas, le long du chemin?...
    Des couchers de soleil tout roses...
    Des cieux tout neufs, des mers sans fin ...
    Mais voyait-on de la nacelle
    Étoile aux regards aussi doux,
    Ou plage à la flore aussi belle
    Que votre présence chez nous?

    Les jardins féconds de lAsie
    Pour vous ont mûri leur trésor,
    Lananas au suc dambroisie,
    Et du Japon la nèfle dor...
    Mais goûtait-on sur la nacelle
    Un fruit aussi rafraîchissant
    Que lallégresse universelle
    Dont vous enivrez le Pé-tang

    Vous avez côtoyé les îles
    Toujours vertes sous un ciel bleu, De leurs
    arbres coulent des huiles Dont nous parfumons
    le saint lieu. Mais sentait-on de la nacelle
    Un encens darôme aussi bon
    Que longuent damour paternel
    Dont soint Monseigneur de Toron.

    Quand il chantait de sa voix claire
    Bercé sur la crête des flots,
    Vous lavez entendu, jespère,
    Lalcyon cher aux matelots...
    Mais oyait-on de la nacelle
    Un chant à lair aussi joyeux
    Que l'âme du pauvre infidèle
    Que vous bercerez dans les cieux?

    Pêcheurs d'âmes, l'heure est sonnée,
    Gréez vite un autre bateau;
    Il faut commencer la journée,
    Jetez tous vos filets à l'eau.
    Laissez voguer votre nacelle
    A tout vent, n'importe en quel lieu;
    Point n'est boussole aussi fidèle
    Que la Providence de Dieu.

    Puis viendra le soir de la vie,
    Fils du Kouy-tcheou, dormez heureux!
    Dieu mettra votre âme ravie
    Auprès de lui dans ses beaux cieux.
    Lors direz: « Vrai! Sur la nacelle,
    Nous n'avons rien vu, rien compris,
    Point ouï romance aussi belle
    Que la gloire du Paradis!

    LA CLOCHE DE LONG LY

    Si j'étais roi de la finance
    Si le Pactole en mon trésor,
    Comme dans la Banque de France
    Roulait son riche sable d'or;
    Si seulement dans ma sacoche
    Luisait d'assez humble billon,
    J'en fondrais bien vite une cloche,
    Et bâtirais un clocheton.

    Cette cloche, il faut qu'elle arrive
    Un jour ou l'autre en mon clocher
    Où mainte colombe plaintive
    Auprès d'elle voudra nicher.
    A son joyeux branle éveillée
    Colombe au Ciel s'envolera,
    Et l'âme, la douce exilée,
    Vers le bon Dieu s'élancera

    Sans cloche au carillon limpide,
    Mes baptêmes n'ont plus d'attraits;
    Mon église est un berceau vide
    Où l'amour ne sourit jamais.
    La cloche! En leur sombre demeure
    Mes morts réclament ses sanglots.
    Ils aiment la cloche qui pleure
    Comme une mère à leurs tombeaux.

    Une cloche dit les louanges
    De celui qui règne au ciel bleu,
    Puis, elle attire les bons anges
    Dans cet empire du Milieu.
    Sûr, ils viendront, lorsque les Bonzes
    Auront appris l'Alleluia,
    Et qu'ils balanceront leurs bronzes
    Au chant de l'Ave Maria.

    Hélas! De toutes leurs pagodes
    J'entends frapper tam-tams et gongs,
    Le triste airain hurle ses odes
    En l'honneur du roi des démons;
    Et jamais une voix bénie
    A mes pauvres païens perdus,
    Ne parla du Fils de Marie,
    Du très doux Rédempteur Jésus.

    Par le grand saint Paulin de Nole!
    J'aurai cloche à mon clocheton;
    Du Diable aux vieux chaudrons de tôle
    Il faut enfin avoir raison.
    N'est-ce pas, lecteur catholique...
    Votre bon cur trouvera bien
    L'adresse d'un fondeur unique
    Charmé de me fondre pour rien!

    Que ma cloche en son campanile
    Pèse cent livres seulement.
    Vos gros bourdons de trente mille
    Feraient écrouler l'Orient...!
    Je laisse à votre compétence
    Le choix des tons en fa, sol, la,
    S'il en est un qui sonne « France! »
    Ah! Choisissez-moi celui-là!

    Du moule elle bondit brillante,
    Portant le signe de la croix,
    La croix qu'on voit resplendissante
    Au coeur du brave, au front des rois!
    O croix! O cloche bien-aimée!
    Comment dirai-je vos bienfaits?
    Venez aux races opprimées
    Prêcher l'Évangile de paix.

    Viens, ma cloche, qu'on te baptise.
    Si ton parrain te faisait don,
    En te présentant à l'Église
    D'une robe en point d'Alençon...
    J'en broderais une aube fine:
    Et les anges diraient jaloux:
    «Leurs linges, leurs cloches en Chine,
    « Sont tout aussi beaux que chez nous! »

    Si dans le cornet de dragées,
    Ta bonne marraine oubliait
    Un gros billet de cent gainées:
    J'en deviendrais fou tout à fait!
    J'irais recueillir dans les rues
    O ma cloche! Des malheureux
    Qui, comme toi, jusques aux nues
    Envoleraient leurs chants joyeux.

    Ton nom plus beau que nom de Reine
    Un des plus grands du Paradis,
    Sera celui d'une Lorraine,
    Jeanne, qui sauva son pays.
    Car (te le dirai-je, ma chère?)
    L'Anglais est revenu céans
    Nous faire en ce Kouy-tcheou la guerre,
    Comme autrefois sous Orléans!

    Oui, la pauvre âme façonnée
    A l'image du Créateur,
    Avec sa bible empoisonnée,
    Il l'entraîne au gouffre d'erreur.
    Drogue britannique, infernale,
    Son opium pourrit les corps.
    Telle est ta vilaine rivale;
    O Jeanne, boute-la dehors!

    Quand passeront devant ma porte
    Tous ces biblards enjuponnés,
    Lorsque s'en ira leur cohorte,
    Toucher les sous qu'elle a gagnés...
    Ce jour-là, sonne, Jeanne, sonne!
    O bonheur que mon cur rêva...!
    Carillonne, mais carillonne,
    Car c'est le diable qui s'en va!

    A LUCAS
    Long-ly, décembre 1895,

    1901/165-169
    165-169
    Chine
    1901
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