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Union des « Malades Missionnaires »

Union des « Malades Missionnaires » Cette pieuse Association, présentée, en juillet dernier, à l'Assemblée Générale de la Société des Missions Etrangères, en a reçu la plus chaude approbation, la bénédiction la plus émue. Cette Union a pour but premier de diriger de façon très spéciale les prières et les souffrances des malades qui ont au coeur l'amour de Dieu et des âmes, vers : 1° la sanctification des Missionnaires, 2° l'augmentation de leur nombre, 3° la conversion des âmes païennes.
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    Union des « Malades Missionnaires »
    Cette pieuse Association, présentée, en juillet dernier, à l'Assemblée Générale de la Société des Missions Etrangères, en a reçu la plus chaude approbation, la bénédiction la plus émue.
    Cette Union a pour but premier de diriger de façon très spéciale les prières et les souffrances des malades qui ont au coeur l'amour de Dieu et des âmes, vers :
    1° la sanctification des Missionnaires,
    2° l'augmentation de leur nombre,
    3° la conversion des âmes païennes.
    C'est en un mot, une collaboration de prières, de souffrances, de vies données ; c'est la réalisation de la devise adoptée : « missionnaire avec les missionnaires ».
    Le second but à atteindre est de donner aux malades par cette direction toute surnaturelle de leur vie, un idéal, et de fixer sur leur horizon parfois bien sombre, une étoile dont la vue consolante les élève au-dessus du terre à terre de leur vie de souffrances, facilitant ainsi leur sanctification personnelle.
    L'Union des « Malades Missionnaires » à son siège au Séminaire des Missions Etrangères, 1.28, rue du Bac, Paris (VIIe). Le Supérieur Général de la Société des Missions Etrangères Monseigneur de GUEBRIANT en est le Directeur général.
    Tout malade désireux d'entrer dans l'Union des « Malades Missionnaires n est prié de s'adresser au secrétaire, le R. P. Nassoy (même adresse).
    Dans le but de renseigner très suffisamment nos lecteurs sur les origines et le développement de cette pieuse Association, nous donnons ici les première et dernière Lettres Circulaires qui furent adressées aux divers groupements de l'U. M. M.

    ***

    MES CHERES ENFANT S,

    Votre reconnaissance émue garde le souvenir de l'intérêt vraiment surnaturel que vous témoigna l'abbé Flahutez. Jeune séminariste du Portel, il se sentit attiré vers les petites malades de Bercksur-Mer, si proche de son pays natal. Entré aux Missions Étrangères, il continua à s'intéresser à elles, ainsi qu'à leurs compagnes de Villepinte et à tant d'autres encore, restées au sein de la famille. Entre temps et à titre de brancardier volontaire, il accompagnait à Lourdes les privilégiées d'entre vous qui allaient demander à l'Immaculée, soit une guérison plus ou moins complète, soit même une résignation totale à la très sainte et très aimante volonté de Dieu.
    Puis, voulant à son tour se donner corps et âme, le Père Flahutez partit, il y a un peu plus d'une année, pour la lointaine Mission du Kientchang, aux confins extrêmes de la Chine.
    Et c'est de là qu'il nous écrit pour nous supplier de parfaire l'oeuvre ébauchée par lui et d'assurer la liaison entre vos groupements divers dans la communauté du but qu'il vous avait indiqué : l'Apostolat par la Souffrance.
    D'abord, en vous-mêmes et pour votre sanctification personnelle qui, seule, peut donner à vos souffrances une valeur d'expiation. Et qui donc ici-bas peut se flatter de n'avoir jamais offensé le bon Dieu, ni jamais abusé de sa grâce, ni jamais contristé son Coeur ?
    Et celte valeur d'expiation est incommensurable ! Croyez-en la « petite Thérèse » que vous aimez tant. A peine âgée de 14 ans elle disait : « Quand je pense que, pour une souffrance portée avec joie, nous aimerons davantage le bon Dieu toute l'éternité ! »
    Souffrance ensuite pour les âmes. Thérèse disait encore : « Jésus désire que le salut des âmes dépende de nos sacrifices, de notre amour ; offrons nos souffrances à Jésus pour les sauver. Oh ! Vivons pour elles, soyons apôtres ! »
    Souffrance enfin pour les missionnaires. Elle disait : « Qu'elle est elle notre vocation ! C'est à nous de conserver le sel de la terre ! Nous offrons nos prières et nos sacrifices pour les apôtres du Seigneur, nous devons être nous-mêmes leurs apôtres, tandis que, par leurs paroles et leurs exemples, ils évangélisent les âmes de nos frères ».
    Vous l'avez entendu, mes chères enfants, vous pouvez être, vous devez être apôtres sur vos lits de douleur quand il plaît à Dieu de vous y clouer, apôtres des apôtres quand, eux, sont sur la croix du Calvaire où, à l'exemple et à la suite du Maître, ils s'offrent en rédemption des âmes, dont le salut n'est qu'à ce prix. Il le savait bien ce vieux missionnaire du XVIe au XVIIe siècle, le P. Mathieu Ricci, qui écrivait : « J'ai cherché par quels moyens je pourrai convertir la Chine, et je n'en ai pas trouvés de plus persuasifs que ma mort ».
    Mais, m'objecterez-vous, mes enfants, la prière ne suffit-elle pas? Pourquoi y surajouter la souffrance ?
    Parce que, vous répond l'Imitation : « Sans la douleur on ne vit pas dans l'amour ». Voyez plutôt Jésus sur sa croix et, à ses pieds, Marie, la Mère douloureuse !
    A vous donc, mes chères enfants, l'Apostolat par la souffrance pour que les missionnaires soient des sanctificateurs dans la mesure où ils seront des sanctifiés ; pour que, à l'exemple de la « petite Thérèse », votre acceptation joyeuse de la croix des souffrances allège un peu la croix de l'apostolat à l'épaule meurtrie des missionnaires ; pour que votre conformité à Jésus crucifié devienne telle qu'il ne puisse rien vous refuser de vos prières pour l'extension de son règne par la propagation de son saint Evangile. Et ainsi serez-vous apôtres des apôtres, ayant droit, ainsi que l'a déclaré Notre Seigneur, à la même récompense, immense, éternelle.
    Cette nécessité de la souffrance conditionnant l'efficacité de l'apostolat, il l'avait bien comprise cet aspirant missionnaire, Louis Lacaze (1867-1897), qui, bien avant son départ pour la Chine, écrivait les strophes brûlantes que je vous dédie, en son nom, chères petites malades.

    GETHSÉMANI

    Souffrir ! Fais-moi souffrir, Jésus, je t'en supplie,
    Souffrir un peu pour Toi, mon rêve, mon désir...
    Jésus, que sur ta Croix ta douce main me lie,
    Jésus, fais-moi souffrir !
    Souffrir, o mon Jésus, pour moins aimer la terre,
    Pour t'aimer plus, Jésus, et n'aimer plus que To!
    Etre à Gethsémani, comme Toi, solitaire,
    Toi tout seul près de moi !

    Souffrir abandonné sans qu'un seul ami vienne,
    Sans qu'un sanglot montant de mon coeur déchiré
    Révèle ma pauvre âme à d'autre qu'à la tienne,
    O mon Maître adoré !
    Souffrir le front joyeux pour que nul ne devine
    Mes maux qui partagés ne m'accableraient plus,
    De peur qu'un autre coeur contre mon coeur s'incline
    Avant Toi, bon Jeans !
    Souffrir pour expier tant de chutes coupables,
    De lâches rentments, de tristes abandons,
    Si longs, et qui pourtant n'ont pas été capables
    D'épuiser tes pardons!
    Souffrir pour consumer à ta divine flamme
    Tout ce qui dans mon coeur est impur et gâté!
    Souffrir pour m'ennoblir, pour rendre ma pauvre âme
    Belle de ta beauté !
    Souffrir pour faire envie à tes bienheureux même,
    Pour rendre dans ton ciel jaloux tes séraphins,
    Pour être roi portant l'épineux diadème
    Qui t'apprête des saints !
    Souffrir, être blessé de blessures brûlantes,
    Profondes, comme blesse une lance de fer,
    Et m'embraser pour Toi de flammes dévorantes,
    Fortes comme l'enfer !
    Pleurer contre ton sein, penché sur ta poitrine,
    Quand l'angoisse cruelle étouffera mon coeur,
    Venir puiser la force à ta force divine
    Pour porter ma douleur!
    Puis un jour m'affaisser sur mes croix trop pesantes,
    Mourir calmé par. Toi, par ta voix endormie,
    En t'étreignant encor de mes mains défaillantes,
    O mon divin Ami !
    Mais jusque-là souffrir : voilà mon existence!
    Sur la terre des pleurs je dois boire mon fiel...
    N'aurais je pas le temps de t'aimer sans souffrance
    Au ciel, Jésus, au ciel !

    Noël 1929.
    E.-M. D.

    ***

    Lettre circulaire n° 4.

    CHERS FRÈRES ET CHÈRES SOEURS DE L'U. M. M,

    Qu'elle est belle et touchante la pensée tout imprégnée de foi qui vous a inspiré de vous unir pour attirer sur les Missions et les Missionnaires les bénédictions de Dieu en lui offrant vos souffrances toujours plus généreusement supportées. La Cause des Missions est en effet celle qui intéresse le plus Dieu et son Eglise ; elle correspond directement à la première demande du Pater : « Que votre règne arrive ». Or, pour servir cette cause, le pieux chrétien dispose de trois moyens : l'aumône, la prière, la souffrance, et le plus nécessaire des trois est le dernier.
    C'est le plus nécessaire car c'est celui que Notre Seigneur lui-même a choisi pour nous racheter. Nous savons ce qu'il a souffert; mais nous devons nous rappeler que sa Passion continue toujours et que, jusqu'à la fin du monde il souffrira pour les hommes, non dans sa personne, mais dans ses membres qui sont les fidèles. C'est ce qui faisait dire à saint Paul écrivant aux premiers chrétiens : « Je me réjouis de souffrir pour vous, car ce qui manque à la passion du Christ, je le complète dans ma chair... » Ainsi le fidèle qui souffre de bon coeur en unissant sa souffrance à celle de Jésus-Christ, continue et complète la passion du Sauveur et acquiert par là un mérite incomparable qu'il est maître d'appliquer à l'intention qu'il choisit.
    Vous avez choisi, d'emblée, chers frères et chères soeurs, l'intention la plus haute et la plus urgente de toutes, l'intention qui est celle de Dieu lui-même : la Rédemption de l'humanité dans sa portion la plus abandonnée, les peuples restés infidèles. Vous avez senti qu'entre tous les scandales qui affligent le coeur de Notre Seigneur et désolent son Eglise, il en est un qui dépasse infiniment tous les autres : c'est celui du paganisme régnant encore 2.000 ans après l'Incarnation sur un milliard d'hommes, les deux tiers de la population du monde.
    Pour éteindre ce scandale, vous offrez à Dieu vos peines et vos souffrances, et pour rendre votre sacrifice plus efficace, vous vous unissez dans une Sainte Association à tous ceux qui dans le monde, terrassés comme vous par la maladie, partagent votre foi et sont animés de la même pitié pour les infidèles.
    Soyez donc bénis pour une charité si grande. Que le sentiment du prix surnaturel acquis par vos douleurs ainsi transfigurées, remplisse vos âmes d'une joie qui dès ce monde vous soit une première récompense. Et pour que votre rôle soit plus utile, cherchez à vous éclairer toujours davantage sur l'état des Missions, dirigeant votre intention vers ce qui est pour elles le plus essentiel. Avant tout songez à la sanctification des Missionnaires: Dieu les a choisis pour être les instruments de sa Miséricorde sur les païens ; l'oeuvre s'accomplira dans la mesure où l'instrument fournira son service. Si tous les Missionnaires étaient des François-Xavier ou des Théophane Vénard, le monde serait converti depuis longtemps. Priez ensuite pour que leur nombre s'accroisse. Il est tellement insuffisant que, par exemple, l'Eglise se voit réduite à confier d'immenses pays où vivent 250 millions d'hommes à une seule Société missionnaire, celle des Missions Etrangères qui n'a pas même 1.500 membres. Les Jésuites, les Franciscains, les Dominicains, les Lazaristes, etc...sont chargés, eux aussi d'un poids écrasant. D'autres Instituts comme les Pères du Saint Esprit, les Pères Blancs, ceux des Missions Africaines, etc...portent un fardeau moins lourd peut-être, mais chez les peuples qu'ils évangélisent, le paganisme agonise : il faut lutter de vitesse avec le mahométisme et le protestantisme, il y a donc besoin urgent de vocations nombreuses. Pensez encore aux Clergés indigènes formés par les Missionnaires, collaborant aujourd'hui avec eux et destinés à leur succéder un jour : qu'ils soient nombreux, qu'ils soient saints, qu'ils soient apôtres... Et puis recommandez à Dieu les OEuvres admirables qui soutiennent les Missions : celles de la Propagation de la Foi, de la Sainte Enfance, de Saint Pierre Apôtre, l'OEuvre d'Orient et d'autres encore. Sans elles, les Missionnaires seraient impuissants. Il faut qu'elles se développent et qu'elles concourent harmonieusement dans la poursuite du but commun. Pensez aux Congrégations qui recrutent, forment et envoient les Missionnaires. Que les vocations ne manquent à aucune d'entre elles, et que toutes rivalisent de zèle, de désintéressement, de sainteté apostolique. J'en ai nommé quelques-unes ; n'oubliez pas les autres. Apprenez leur nom et priez pour elles. N'oubliez pas, non plus les Religieuses Missionnaires, tant de généreuses Congrégations qui les mettent par centaines et par milliers au service des Missions où elles fondent, entretiennent, multiplient des OEuvres déjà innombrables, et non moins courageuses que les Missionnaires restent à leurs postes, comme c'est le cas aujourd'hui en Chine, en dépit de dangers terribles.
    Mais il faut finir cette lettre trop longue et pourtant bien trop courte pour tout ce qu'elle aurait à vous dire. Votre coeur saura combler ses lacunes, si surtout dans la mesure où votre maladie et votre état le permettent, vous vous tenez au courant des progrès des Missions et des luttes qu'elles soutiennent, Sursum corda ! Du sommet de votre Calvaire élevez, comme Moïse, les bras vers le ciel pour que ceux, qui combattent dans l'arène de l'apostolat, soient protégés, fortifiés, bénis. En leur nom à tous, je vous remercie et j'appelle sur vous, de toute mon âme, la bénédiction d'En Haut qui éclaire, féconde et récompense en ce monde et en l'Autre tout ce que vous ferez pour l'Apostolat Missionnaire.
    Noël 1930.

    + J. DE GUÉBRIANT.

    ***

    Citons, pour finir, deux lettres de « malades missionnaires » reçues au secrétariat de l'OEuvre. Mieux que tout commentaire elles nous diront, chacune en sa langue cultivée ou primaire combien cette collaboration de la prière et de la souffrance peut ajouter au rendement surnaturel de notre apostolat. Et c'est bien l'impression que nous donne une troisième correspondance où nous cueillons au passage les lignes suivantes :
    « Nous efforçons de faire de notre vie un acte ininterrompu d'amour. Dans mes lettres à mes chères « malades missionnaires » je leur enseigne la façon d'aimer le bon Dieu parfaitement à la manière de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui a sauvé tant d'âmes tout en restant dans son carmel. Les grandes actions nous sont interdites : nous sommes quatre qui ne peuvent pas même faire un pas ; aussi nous rabattons-nous sur tes petites actions qui coûtent parfois tant à nos pauvres corps meurtris de souffrances de toutes sortes ».
    La première des deux lettres qu'on va lire est une touchante paraphrase du Fiat!
    « A la première minute de l'année, ma cousine et moi avons renouvelé nos demandes de Noël à la crèche du « royal Bambino ». Puissions-nous être exaucées et le divin Enfant réaliser tous vos désirs. Et puis, mon Père, Fiat! Parole bien courte mais d'une efficacité surprenante : que de prodiges elle a réalisés. C'est la parole de la puissance infinie. A l'aube de notre histoire humaine, Dieu dit: Que la lumière soit Fiat lux !
    A ce Fiat vainqueur la lumière dissipe les ténèbres. Une clarté d'aurore inonde la matière immense que le Créateur vient de tirer du néant.
    C'est la parole d'humble soumission que l'Immaculée prononce dans sa pauvre maison de Nazareth. A l'ange Gabriel qui la salue « pleine de grâces » et lui révèle les desseins du Très-Haut, Notre Dame répond : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole Fiat mihi secundum verbum tuum ».

    A ce Fiat ravissant de modestie et d'abandon, le Verbe éternel incarne dans le sein de la Vierge : Jésus, vrai Fils de Dieu et de Marie, devient véritablement notre frère.
    C'est la parole d'héroïque obéissance que le Christ murmure dans l'angoisse tragique de son agonie sanglante. Prosterné la face contre terre sous les oliviers de Gethsémani, l'âme triste à en mourir, il accepte librement et pleinement le calice d'amertume que lui présente son Père. Pendant les trois longues heures que dure sa prière il répète sans se lasser : « Que votre volonté s'accomplisse et non la mienne, Non mea voluntas, sed tua flat. Ce Fiat douloureux commence la Rédemption, qui s'achèvera par la mort du Sauveur sur la croix.
    A mon tour, mon Père, je fais de ce Fiat ma prière de prédilection et ma chère devise. Sans cesse, en union avec Jésus et sa très sainte Mère, je répète ce mot béni de l'acceptation et de l'amour. Mon horizon s'est couvert de sombres nuages ; tout mon pauvre bonheur de la terre est tombé dans la fosse qui reçut tous mes bien-aimés parents... Ma joie s'est flétrie ; comme la tempête saccage un parterre de fleurs, l'épreuve de tous genres a dévasté mon existence. Fiat !
    Que de douleurs se sont accumulées sur mon âme! La mort en frappant ces êtres tendrement aimés, m'a tuée un peu moi-même ; des ingratitudes imprévues m'ont atteinte dans les fibres les plus délicates de ma sensibilité ; la maladie m'a terrassée dans la plénitude de ma force : tout a sombré autour de moi : Fiat !
    L'aisance a disparu avec les fonds russes, la guerre et des pertes multiples, pour me ranger parmi les « nouveaux pauvres » : Fiat! Encore et toujours, j'aime autant « Dame Pauvreté » que nia fortune de jadis, je me trouve ainsi mieux l'enfant du Poverello d'Assise qui l'épousa au milieu d'une vie heureuse. Comme lui, dans non enfance et ma prime jeunesse, je fus choyée, adulée par les bons grands-parents maternels qui remplacèrent ceux que le ciel me prit. Que de douleurs se sont accumulées sur mon âme ! C'est nouï, mon Père... Quand je repasse ma vie, je la vois toute vouée au malheur, marquée dès ma naissance du signe des « vaincus de a vie » ; Dieu, après m'avoir tout donné, m'a tout repris : parents, art une, santé.
    Et je continue à dire mon Fiat ! Et je ressens les merveilleux frets de cette parole quand, aux heures de détresse, je la prononce dans toute ma sincérité. Pourquoi regimber contre l'aiguillon? Le manque de résignation ajoute son poids à celui de l'épreuve ; l'acceptation loyale, sans enlever toute la souffrance, diminue notre fardeau. Elle nous unit au Christ : Jésus trouvant ouverte la porte de notre âme, y entre à sa guise pour accomplir en nous l'oeuvre de sa tendresse. Elle nous sanctifie, parce qu'elle constitue, dans sa brièveté, un acte de charité excellent. Aimer Dieu, mon Père, n'est-ce pas en définitive conformer entièrement notre volonté a celle de Dieu ?
    Je dis souvent mon Fiat! Demandez, mon Père, que la petite malade missionnaire » le réalise pratiquement clans son existence quotidienne. Que ce Fiat soit vraiment mon programme de vie intérieure. Que je veuille bien tout ce que Dieu veut, que je ne veuille que ce qu'il veut. En perdant ma volonté dans la sienne, je me perdrai moi-même et me retrouverai en Lui!
    Fiat! Que ce soit mon « mot d'ordre » pour l'année qui commence. Que me réserve l'avenir, et à nous tous?... Joies ou douleurs?... Qu'importe ce qui finit!... Cette année sera bonne, elle nous procurera des trésors éternels si nous la passons dans une adhésion complète à la Volonté divine, dans un Fiat généreux et constant.
    Je compte sur vos bonnes prières, mon Père, pour nous aider à bien « tenir » sur notre croix.
    Quelle joie pour moi de savoir que nous avons pour directeur Mgr de Guébriant ! Quand vous l'approcherez, dites-lui bien qu il y a, là-bas, une petite e malade missionnaire » qui est heureuse de donner ses souffrances pour lui, les missions et les missionnaires ».

    ***

    Voici la seconde lettre promise à nos lecteurs : ce ne sont plus, dirai-je, des cris d'admiration qu'elle nous arrache, mais des larmes. Nous n'en avons corrigé que des fautes d'orthographe, laissant au style toute sa simplicité si prenante.

    MON RÉVÉREND PÈRE,

    Je viens de connaître la création de l'Union des Malades Missionnaires, je viens donc, mon Père, vous demander mon inscription si vous croyez que je peux remplir les conditions demandées.
    Je ne suis qu'un pauvre ouvrier d'usine qui a vécu jusqu'à 24 ans sans connaître le bon Dieu. Mais j'ai eu le bonheur de connaître plusieurs aspirants missionnaires du Séminaire de Bièvres qui ont prié pour ma conversion et qui m'ont prêté quelques livres où j'ai pu comprendre que je devais, moi aussi, aimer Notre Seigneur. A 24 ans je communiai pour la première fois, et voici quelques mois, le bon Dieu m'a donné assez de forces pour que je puisse aller recevoir le sacrement de Confirmation dans la petite chapelle des Bienheureux Martyrs de la rue du Bac.
    Vous voyez, mon Père, tout ce que je dois aux missionnaires : c'est pourquoi je voudrais à mon tour les aider dans leurs travaux. Pour cela je voudrais offrir mes souffrances pour eux, et elles sont bien nombreuses. J'ai d'abord été opéré d'un ulcère à l'estomac, et voici deux ans et demi que je suis cloué au lit par la tuberculose.
    Mais je ne me plains pas, car plus je souffre plus j'aime Jésus.
    Vous pourrez voir d'après ma lettre que je ne suis pas instruit, mais je puis vous assurer que je suis plein de bonne volonté pour prier, aimer et souffrir pour le règne de Jésus».

    1931/65-75
    65-75
    France
    1931
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