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Une vocation

UNE VOCATION Il y a quelques mois, Jean, un petit Chinois de 13 ans, venait, combien timidement mais résolu, frapper à la porte du Père. « Que veux-tu ? Que puis-je faire pour toi, mon enfant ? » Après un instant de silence, de nouveau maître de lui-même, il commence sa petite histoire :
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    UNE VOCATION

    Il y a quelques mois, Jean, un petit Chinois de 13 ans, venait, combien timidement mais résolu, frapper à la porte du Père. « Que veux-tu ? Que puis-je faire pour toi, mon enfant ? » Après un instant de silence, de nouveau maître de lui-même, il commence sa petite histoire :

    « Je voudrais apprendre le catéchisme, je ne sais presque rien de la religion, mais je veux être un bon chrétien, Apprendre le catéchisme ? Quel âge as-tu ? J'ai 13 ans. 13 ans ! Qu'as-tu donc fait jusqu'ici, je ne t'ai jamais vu ? Voyons, explique-moi cela. Depuis deux mois je demeure à Singapore avec trois de mes frères, tous plus âgés que moi et qui sont occupés à travailler. Auparavant je demeurais avec mon père, un frère et deux soeurs plus jeunes, dans une très petite île perdue dans l'immense Océan ; le bateau s'y arrête quelquefois, mais il met cinq jours pour venir ensuite jusqu'ici. Il y a plusieurs années, quand mon père habitait Singapore, j'ai été baptisé ainsi que toute ma famille, j'avais alors trois ans ; malheureusement à cause de l'éloignement du missionnaire et de tout autre chrétien, à cause aussi de leur pauvreté, les miens ont oublié leurs devoirs religieux, et quant à moi, je ne les ai jamais connus, nous vivions donc comme des païens ; mais maintenant je veux connaître ma religion, je veux apprendre à prier ».

    Le bon Père écoutait silencieusement ; il réfléchissait en caressant de ses doigts amaigris sa longue barbe blanche. Il en a tant vu et entendu au cours de sa carrière de missionnaire déjà longue que tout cela ne le surprend pas. Par ailleurs, ce pauvre petit paraît si bien disposé, si visiblement poussé par la grâce qu'il n'y a pas une minute à hésiter.

    « Demeures-tu loin d'ici ? A environ 5 kilomètres. Et maintenant que fais-tu ? Je m'en retourne chez mes frères, comme chaque jour après la classe. Peux-tu consacrer une demi-heure à l'étude du catéchisme ? Oh, bien volontiers ! Une heure, si le Père le désire, et même deux ! »
    Le missionnaire s'attend un peu à tout, mais pas à une pareille réponse de la part d'un enfant qui, comme ses pareils, doit préférer le jeu au travail intellectuel.
    Depuis ce jour, Jean vint fidèlement pour sa leçon quotidienne, aussi les progrès furent-ils rapides. En son âme bien pure, bien ouverte, la doctrine divine se gravait comme en une cire molle, il n'en perdait pas un mot, aucune explication ne lui échappait : à peu près sans connaissance religieuse, il avait tout naturellement, comme instinctivement, vécu jusque-là ce qu'il apprenait maintenant, aussi lui enseigner le catéchisme était un plaisir.
    Ce fut bientôt sa première confession, puis presque en même temps sa première communion. Avec quel soin il s'est préparé à ce grand jour ! Et comme il était heureux, rayonnant ! Un peu gêné dans son habit neuf qu'une bonne âme lui avait acheté, il ne pouvait cependant s'empêcher de gambader. Ce fut réellement le plus beau jour de sa vie : son divin Ami, Jésus, a dû se complaire en son coeur... Et actuellement cette rencontre se renouvelle bien souvent, il est devenu un habitué de la Table Sainte.
    Etre admis aux sacrements n'était cependant pas l'unique ambition de notre petit bonhomme. Au Père qui s'étonnait de le voir ensuite revenir pour son catéchisme, il répondit : « Je veux être capable de répondre aux questions que me posent mes frères ». Son immense bonheur d'être converti ne lui faisait désirer qu'avec plus d'ardeur la conversion des siens. Il se doutait bien cependant que ce serait un peu difficile,
    Courageusement, mettant toute sa confiance en Dieu, il entreprit malgré tout le siège. Ceci se passait il y a deux ou trois mois, et la victoire, bien qu'amorcée, est loin être encore complète. Le premier triomphe du petit apôtre a été remporté récemment : c'était le premier vendredi du mois de février, le grand frère de 28 ans a accompagné le petit frère de 13 ans au confessionnal, puis à la Table sainte. De plus, à force d'instances, Jean a obtenu qu'une jeune soeur, demeurant encore dans son île lointaine, vienne à Singapore pour y étudier elle aussi le catéchisme. Et il ne s'arrêtera pas avant que tous les membres de sa famille soient groupés aux pieds du Sacré-Coeur.
    Mais s'arrêtera-t-il ?... s'arrêtera-t-il jamais ?... Espérons, souhaitons le contraire ! Il a en effet confié au Père son secret et vif désir de devenir prêtre... « Quand toute ta famille sera convertie », fut la réponse. A cette intention, le brave petit Jean ne cesse de demander des prières de tous côtés et, s'il vous connaissait, chers lecteurs des Annales, il vous ferait la même requête.
    Ne l'oubliez donc pas devant le bon Dieu, et ajoutez, je vous prie, un autre souvenir pour les braves enfants dont nous avons la charge et qui rêvent du sacerdoce.

    Serangoon (Malaisie), le 12 février 1940.
    Hippolyte BERTHOLD, missionnaire apostolique.
    1940/73-75
    73-75
    Malaisie
    1940
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