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Une tournée pastorale au Mysore

Une tournée pastorale au Mysore
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    Une tournée pastorale au Mysore

    Le ministère apostolique n'est pas nécessairement mouvementé, non plus que pittoresque, et la tournée pastorale dont les lignes suivantes donnent un rapide aperçu, ne revêt en aucune façon le caractère d'une aventure. Le récit cependant n'en est pas sans but. Dès lors que, dans nos missions, les ouvriers sont peu nombreux, trop peu nombreux pour la tâche qui leur incombe, n'est-ce pas un devoir de le dire et de solliciter des concours ?... En accompagnant Mgr Despatures dans sa tournée pastorale du printemps dernier, c'est bien ce manque de prêtres qu'a pu constater presque à chaque étape le signataire de ces lignes.

    ***

    Hiriyur, à 4 heures d'automobile de Bangalore, est notre première étape. Une chapelle de 5 mètres sur 3, construite en terre et couverte de feuilles de cocotier : 50 chrétiens.
    Le lendemain, nous parcourons 40 km pour retrouver à Chitaldroog, autour d'une chapelle un peu moins minable, un groupe équivalent de fidèles.
    Encore 40 km et nous sommes à Davangere, où nous attendent une bonne centaine de catholiques.
    Ajoutez-y 2 ou 3 petites communautés chrétiennes de même importance qui ne se trouvent pas sur notre route au cours de cette tournée, et vous aurez une vue d'ensemble sur la trop modeste place qu'occupe notre sainte religion sur une superficie égale à celle de trois départements français. Un seul prêtre visite le tout. Il faut dire cependant que c'est là le plus grand district de notre mission et que la population n'en est pas particulièrement dense. Il reste pourtant que nos chrétiens n'y sont pas encore, au regard de la population totale, dans la proportion de 1 sur 1.000.
    J'ai nommé Davangere, notre troisième étape. Jamais cette ville n'a connu de prêtre résident et le missionnaire de passage doit y venir, par voie ferrée, de 100 km de distance. Il n'y trouve, d'ailleurs, d'autre pied-à-terre que la « Maison des Voyageurs » qu'y entretient le gouvernement. La règle dans ces maisons est qu'on y doit céder la place le troisième jour si quelque nouveau venu se présente. Or, centre d'un commerce grandissant, la ville est en pleine croissance et, avec ses 23.000 habitants, est devenue déjà la troisième ville du Mysore. Il y faut à tout prix une résidence, et la fondation de ce poste nouveau est précisément l'une des principales questions à régler au cours de ce voyage. Le terrain est acheté, un plan approuvé pour le local de première urgence ; mais pour le prêtre, il faut attendre.
    Shimoga, la semaine suivante, nous reposera agréablement par sa vitalité chrétienne des longs espaces sans clochers qu'il nous a fallu d'abord parcourir. Une belle église de style ogival y a été bâtie de longue date, et tout auprès luxe inouï ! S'élève un presbytère à étage. Deux prêtres forment le clergé de la ville, qui compte 1.500 catholiques. Couvent, orphelinat école, confiés aux Dames de Saint Charles, font de bon travail, et il s'en ferait plus encore si l'on pouvait détacher de ce centre les fonderies de Bhadravati, situées à 20 km., centre probable de conversions si l'on pouvait y résider. Le rêve, vieux de dix ans, n'est toujours qu'un rêve.
    Jusqu'ici nous étions sur le plateau ; un bond de 90 km nous conduit en pleine montagne, au coeur des plantations de café. Du point de vue chrétien la situation prend un aspect particulier : au lieu des groupes petits ou grands qui se rencontrent ailleurs, c'est ici la dispersion pers monts et par vaux au hasard des besoins de la culture, et ceci implique pour le prêtre de perpétuels déplacements, car il lui faut se mettre, jour après jour, à la portée de pauvres gens rarement en mesure de se réunir en un centre. C'est dans le sud de ce secteur, à Mudigere, que le prêtre en charge trouve son refuge à la saison des pluies. Mais son ambition est autre: abandonner Mudigere et la partie sud entre les mains d'un confrère qui n'y manquera pas de besogne, et se consacrer lui, sérieusement à ses ouailles de la partie nord, avec pied-à-terre à Bale-Honnur. Voilà pourquoi le programme comporte à Bale-Honnur la bénédiction par Monseigneur d'une chapelle et d'un presbytère récemment achevés. Après la cérémonie, on convient d'un compromis (provisoire !) : Le Père est promu curé de Bale-Honnur, mais il continuera malgré tout à assurer le service du sud. C'est là, d'ailleurs, au presbytère de Mudigere, que nous le quittons après huit jours de randonnée à travers ses plantations, par des routes impossibles, mais au milieu de sites grandioses.
    Le district voisin de Chikmagalur n'est pas d'aspect bien différent. On ne rêve pas cependant d'y faire de division nouvelle, pour le moment, du moins. Depuis quelque 5 ans le curé a un vicaire et le besoin se fait surtout sentir de développer au centre les oeuvres de jeunesse qui enracinent le christianisme. Les Soeurs de St Joseph de Tarbes s'y dévouent avec tout leur zèle,
    Chikmagalur est le dernier district que Monseigneur se soit proposé de visiter en cette tournée. Une course rapide de 200 km nous ramène sans incident à Bangalore que nous avons quitté depuis trois semaines. Le circuit que nous terminions ainsi correspondrait, sur une carte de France, au trajet Dijon - Troyes - Paris - Orléans - Dijon, et nous n'avons traversé que 5 paroisses.
    On pousse en France le cri d'alarme lorsqu'une paroisse reste vacante, faute de prêtre. Combien la détresse n'est-elle pas plus grande en pays de mission !
    F. Veysseyre.
    Missionnaire de Mysore.

    1936/25-26
    25-26
    Inde
    1936
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