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Une rencontre avec les Lolos

Une rencontre avec les Lolos Notre pauvre Mission de Ningyuanfu est de nouveau dans le trouble. Les soldats chinois qui avaient entrepris une nouvelle campagne contre les barbares Lolos ont subi une sanglante défaite. Depuis lors, nos Lolos pillent partout, jour et nuit. Nous l'avons appris trop tard et à nos dépens. Voici l'aventure qui vient de nous arriver.
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    Une rencontre avec les Lolos

    Notre pauvre Mission de Ningyuanfu est de nouveau dans le trouble. Les soldats chinois qui avaient entrepris une nouvelle campagne contre les barbares Lolos ont subi une sanglante défaite. Depuis lors, nos Lolos pillent partout, jour et nuit. Nous l'avons appris trop tard et à nos dépens.
    Voici l'aventure qui vient de nous arriver.
    Depuis trois jours nos vaillantes Franciscaines Missionnaires de Marie promenaient dans les coins et recoins montagneux du Kiangtcheou leur boîte de médicaments et, sous un soleil ardent, glanaient des baptêmes d'enfants de païens. Cette consolante cueillette ne suffisant pas à leur coeur de missionnaires, nous décidons d'aller tenter la fortune plus loin et de mettre le cap sur Tietsiangtsen, gros marché à 4 heures de Kiangtcheou, où, en 1911, fut massacré le P. Castanet.
    Nous voilà donc sur la route de Tietsiangtsen ; la petite caravane vient d'escalader une pente abrupte et sauvage, tout au bord d'un ravin profond. Religieuses et missionnaire excitent leurs montures, car l'heure s'avance et deux longues heures de route restent encore à faire pour atteindre le marché. Par un sentier rocailleux nous descendions dans une gorge pour reprendre ensuite une dernière montée, lorsque soudain Soeur Eustachio, qui chevauche à quelques pas derrière moi, pousse un cri : « Père, les barbares ! » Des yeux je fouille les pentes que nous allons bientôt gravir : rien. « Derrière, Père ! » me dit la Soeur. Je lâche ma monture et me précipite. Un mamelon me cache le groupe des porteurs. Mère Christian, au détour de la route, semble en proie à une grande frayeur : des hautes herbes qui bordent le sentier vient de surgir un groupe de Lolos qui nous menacent de leurs fusils. Nous essayons de parlementer, ne pouvant croire à un pillage. Pour toute réponse, un Lolo arrache d'un coup sec la sacoche que Mère Christian porte en bandoulière ; les autres se mettent à nous fouiller, espérant trouver des dollars qui n'existent pas ; ils s'y reprennent à plusieurs fois, mais c'est en vain.
    Pendant ce temps nos chevaux ont la partie belle et lancent de droite et de gauche des ruades du plus beau style. Nos pillards veulent leur arracher les étrivières, les couvertures, mais ce n'est pas facile. Un des chevaux arrive même à s'échapper avec ses couvertures, et nous l'apercevons là-bas, qui, tout en caracolant, nous attend et semble narguer nos agresseurs.
    Mais que sont devenus nos porteurs ?... Bientôt nous les voyons déboucher au détour du sentier. Les Lolos les ont largement soulagés ! L'autel portatif, les couvertures de voyage, habits, linge, réserve de vêtements des religieuses, tout a été enlevé ; seule la boîte de pharmacie a trouvé grâce à leurs yeux.
    Les pillards arrachent le voile de Mère Christian ; ils exigent ma montre ; j'hésite à leur livrer mon chapelet, un souvenir ! Un Lolo dégaine son poignard et me menace : Mère Christian réussit à lui enlever son arme et aussi son bréviaire ; mais ma soutane chinoise et mon chandail sont emportés. Les souliers et les bas de Soeur Eustachio semblent faire l'affaire d'un de ces Messieurs : en bonne fille de saint François, la religieuse me demande la permission de les lui livrer.
    Mais, chose plus grave, les Lolos veulent nous prendre les derniers habits que nous portons. Vives protestations et résistance de notre part. Un des barbares enfin comprend et arrête ses compagnons : « Niu li » (ce sont des femmes), leur dit-il.
    Sur ce, le pillage est terminé. En hâte les barbares regagnent les hauteurs. Quant à nous, nous jouissons de la vraie joie franciscaine en reprenant le chemin de Kiangtcheou. Nous remercions Notre Dame de Lourdes, Patronne de ce district, d'avoir protégé nos vies ; mais nous avons été pillés sérieusement : une perte de plus de 3.000 francs, la ruine pour un budget de missionnaires et de religieuses !
    Et malgré tout, notre pensée se reporte vers ces Lolos, nos agresseurs d'hier, et du fond de notre coeur jaillit une ardente prière vers Dieu, lui demandant que ces pauvres barbares voient bientôt luire le jour de leur entrée dans le bercail de la Sainte Eglise !

    M. FLAHUTEZ,
    Missionnaire de Ningyuanfu

    1934/250-253
    250-253
    Chine
    1934
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