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Une Religion ''à l'envers"$1230645758"

Une Religion ''à l'envers\ C'était un boeuf sacré, un beau boeuf de près de sept pieds de hauteur ; il n'avait pas son pareil à vingt milles à la ronde et, au village de Paranki, sur la route de Berzwada à Masulipatam, chacun l'admirait et lui rendait honneur. Or il advint que, par le caprice d'un dieu, jaloux sans doute, un chien enragé le mordit. Pris de rage à son tour, l'animal sacré devint furieux et se permit tout ce qu'un boeuf enragé peut faire en pareille occurrence, n'épargnant ni barrières, ni huttes, ni bêtes, ni hommes. Enfin, se rappelant soudain son caractère sacré et peut-être honteux de sa conduite, il gagna les champs. Quelques hommes pensèrent alors que le moment était venu de calmer sa furie et saisirent leur fusil ; mais le maître de l'animal protesta énergiquement : « Ce serait un grand péché, disait-il, que d'abattre ainsi une incarnation des dieux ». Ce fut donc de sa belle mort que, vers le soir, l'animal sacré mourut, rouge de sang, blanc d'écume. Le lendemain, sa « dépouille », déposée sur un char décoré de fleurs, fut portée processionnellement par les rues de ce même village où hier il avait semé la panique, et ces mêmes villageois qui alors, devant ses bonds furieux, se barricadaient dans leurs maisons, vinrent lui présenter leurs offrandes de camphre et de fruits. Après quoi, très solennellement, comme on dépose avec révérence dans une châsse les reliques d'un saint, on le mit en terre, dans le champ de son maître, les pieux Venkatarayana. Car c'était un boeuf sacré !... *** Deux parias, pauvres balayeurs des rues en la ville sainte de Kumbakônam, avaient reçu de leur maître, Inspecteur du Service Sanitaire, l'ordre de nettoyer sa bicyclette et s'y appliquaient de leur mieux. L'opération se faisait dans la « Mettirupu Agraharam », la rue des brahmes, où ce fonctionnaire avait sa demeure. Or voici que, ce même jour et à la même heure, des brahmines voulurent se rendre à la rivière pour un bain rituel à l'occasion de la fête du « Pongal » ; mais, voyant ces deux parias sur leur chemin et craignant une souillure légale, elles s'arrêtèrent et se mirent à pousser les hauts cris. Ce qu'entendant, de nombreux brahmes accoururent et, indignés de tant d'audace : « C'est vraiment scandaleux, s'écrièrent-ils, ces individus deviennent d'une arrogance sans pareille. Il est vrai que la faute en est moins à eux qu'à ceux qui leur laissent prendre de telles libertés ». Cependant les parias continuaient leur travail ; il fallait que la bicyclette fût propre : ils n'en pensaient pas plus long. Les protestations redoublèrent et l'indignation fut bientôt à son comble. Un brahme, digne autant qu'orthodoxe, prenant à partie l'Inspecteur du Service Sanitaire, brahme lui-même, mais sans doute moins rigoriste, lui reprocha véhémentement de laisser ses serviteurs prendre place ainsi dans la rue. Celui-ci, pour le bien de la paix, dit donc à ses hommes de s'installer sur le côté du chemin, près des mai sons. C'était un comble, et le porte parole de la communauté laissa déborder sa colère : « Mais c'est un scandale ! Avez-vous donc résolu de nous faire un affront public ? N'êtes vous donc pas brahme vous-même ? C'est une honte ! ». Et pour que le calme se rétablit dans la rue, sinon dans les esprits, il fallut qu'un employé municipal, arrivant sur ces entrefaites, chassât les deux pauvres hommes, qui s'éloignèrent d'un pas craintif. Car qu'étaient-ils, eux, sinon deux misérables parias, balayeurs de rues en la ville sainte de Kumbakônam ? ... *** Ces deux faits divers, recueillis dans un journal de Madras, aident à comprendre que l'hindouisme est, en toute vérité, une religion à l'envers, qui vénère le boeuf, le singe et le serpent, mais qui refuse à certaines catégories de nos semblables la qualité d'hommes, ayant un corps et une âme. G. BONIS, Missionnaire de Pondichéry. "
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    1935
    219-221
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    Inde
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