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Une page de l'histoire du Cambodge

Une page de l'histoire du Cambodge Durant les deux siècles et demi écoulés depuis sa fondation, le Séminaire de la rue du Bac a vu partir plus de 3.000 prêtres pour porter l'Evangile aux infidèles de l'Extrême-Orient.
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    Une page de l'histoire du Cambodge

    Durant les deux siècles et demi écoulés depuis sa fondation, le Séminaire de la rue du Bac a vu partir plus de 3.000 prêtres pour porter l'Evangile aux infidèles de l'Extrême-Orient.
    Parmi eux il s'en est trouvé, en Indochine notamment, qui, animés d'un amour égal envers leur patrie d'origine et leur patrie d'adoption, employèrent leur crédit à favoriser leurs relations réciproques. Je me borne à citer les principaux d'entre eux. Au XVIIe siècle : Pallu, Lambert de la Motte, Deydier; un siècle plus tard, Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran ; plus près de nous, Mgr Puginier. Le gouvernement général de l'Indochine, dans la Section rétrospective du palais d'Angkor, leur a réservé une place de choix dans la galerie des Précurseurs.
    Il serait trop long de redire, ne fût-ce qu'en abrégé, ce que la France et l'Indochine doivent à leur patriotisme éclairé.
    Qu il me suffise d'apporter une modeste contribution à l'histoire de l'établissement du Protectorat français au Cambodge.
    Ces événements ont été rappelés dans leurs grandes lignes par M. Georges Maspero, dans « L'Empire Khmèr. Histoire et Documents », édité à Pnompenh en 1901, et retracés, par le même auteur, dans un des chapitres du magistral ouvrage publié sous sa direction en 1929-1930: « Un Empire colonial français. L'Indochine ».
    On y lira avec intérêt les péripéties qui marquèrent les négociations de Doudart de Lagrée, envoyé en mission (août 1863), près du roi Norodom, par l'Amiral Bonnard, gouverneur de Saigon, auquel devait succéder bientôt l'Amiral de la Grandière.
    Mgr Miche, vicaire apostolique du Cambodge, était intervenu activement dans lés pourparlers ; un rôle plus particulier échut au P. Janin, jeune missionnaire qui, par son caractère jovial, son affabilité, était devenu l'ami personnel du prince Prea-ang Mechas-réachéa Votey, monté récemment sur le trône et connu sous le nom de Norodom. Ils étaient du même âge, nés tous deux en 1835.
    Le P. Janin, originaire du Jura, débarqua au Cambodge dans des circonstances assez singulières : la jonque sur laquelle il avait pris passage à Singapore fut attaquée par les pirates en vue de Kampot ; le missionnaire se jeta à la nage et, poussé par les flots, aborda sur la plage. Il devait rester dans la Mission du Cambodge pendant 40 ans, jusqu'à sa mort, survenue à Sadec le 18 mars 1900.
    Il est utile de rappeler que, vers 1550, un groupe de Portugais s'était établi sur les rives du Mékong ; de leur union avec des femmes cambodgiennes sont issues les familles qui composent actuellement les villages catholiques de Phnompeuh et de Battambang ; elles gardent fidèlement le nom de leurs ascendants : de Monteiro, de Lopez, de la Cruz, d'Abréo, de Diez, etc...
    Leur premier établissement était situé à Ponealu, à proximité d'Oudong, et c'est là que résidaient, à l'époque qui nous occupe (mars 1864), l'Evêque, Mgr Miche, et ses collaborateurs.
    Les relations avec la Cour royale étaient fréquentes, et une cordialité parfaite régnait entre les missionnaires et les officiers français en station à Kompong-Iuong.
    Un traité de protectorat avait été signé dès le mois d'août 1863.
    Cependant Norodom, craignant une intervention fâcheuse du roi du Siam, dont il s'était reconnu vassal, avait accepté une entrevue fixée d'abord à Kampot, et finalement cédé aux exigences de son suzerain lui enjoignant de venir recevoir sa couronne à Bangkok.
    Le départ fut fixé au 3 mars. Il ne s'agissait, disait-on, que d'arranger certaines affaires pendantes : affaires de famille, délimitation des deux royaumes, questions litigieuses au sujet du Grand Lac.
    Doudart de Lagrée conseilla au roi du Cambodge de ne pas accepter l'entrevue. Des conseils il passa aux remontrances, puis aux menaces.
    Norodom en fut outré et, pour montrer qu'il n'était pas en tutelle, il accepta le rendez-vous. Il était parti depuis deux jours quand Doudart de Lagrée fut avisé du vrai but de la rencontre : il s'agissait de remettre en question un traité déjà signé, auquel il ne manquait pour entrer en vigueur que l'approbation, attendue de jour en jour, de l'empereur Napoléon III.
    L'officier qui représentait la France, sachant que le roi Norodom était parti fort mécontent, ne vit qu'un moyen de sauver la situation : demander au P. Janin, pour qui le roi avait une affection particulière, d'aller en toute hâte rejoindre Sa Majesté, afin de le décider à renoncer à l'entrevue et à rentrer dans sa capitale.
    Le P. Janin n'hésita pas, il était alors dans toute la force de l'âge et ne craignait pas la fatigue ; il marcha jour et nuit jusqu'à ce qu'il rencontrât Norodom à une demi-journée de Kampot.
    C'était vers 10 heures du matin. Le roi avait fait halte. Le P. Janin lui expliqua comment, allant voir un de ses confrères, le P. Hestrest, en résidence à Kampot, il avait forcé la marche pour avoir l'honneur d'accompagner Sa Majesté. Dans l'après-midi, il prétexta la chaleur et la fatigue pour se reposer, fit observer qu'en Europe jamais souverain n'entrait la nuit dans une de ses bonne villes, et Norodom remit au lendemain son entrée à Kampot. La nuit fut employée à démontrer au roi qu'il obtiendrait des conditions bien plus favorables s'il restait fidèle à la France. Norodom écoutait, se fâchait, entendait les réponses, répliquait ; enfin, à bout d'arguments, il demanda à réfléchir. La décision, le lendemain matin, fut qu'il partait pour Kampot. Le P. Janin lui prouva que c'était un acte impolitique, lui montra les conséquences probables de sa démarche, la colère de Napoléon qui lui avait promis son amitié. Lui, le neveu du grand et puissant empereur devant qui avaient cédé tons les rois de l'Europe, prendrait certainement cet acte pour une injure. A ce coup, le roi devint anxieux. Le soir, la cause était gagnée : Sa Majesté reprenait le chemin de sa capitale et rentrait à Oudong le 17 mars.
    Le traité, fort heureusement, venait d'y arriver de France, approuvé par l'Empereur. L'échange définitif des ratifications eut lieu du 12 au 17 avril et, le 3 juin, le roi recevait sa couronne des mains du Chef d'Etat Major, représentant l'Amiral, et la placait lui-même sur sa tête.
    Notre protectorat était définitivement établi sur le royaume du Cambodge.
    H. S.


    1932/129-130
    129-130
    Cambodge
    1932
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