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Une nouvelle chrétienté dans la Mission de Saigon

Une nouvelle chrétienté dans la Mission de Saigon
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    Une nouvelle chrétienté dans la Mission de Saigon

    Sur le bord d'un de ces innombrables arroyos qui, en des détours capricieux, sillonnent notre Cochinchine, le village de Dôngthanh cache dans ses roseaux et ses jardins la misère de ses paillotes. A quelques centaines de mètres de l'embouchure de la rivière, là où, il y a deux ans, ne vivaient que des païens, s'élève une gentille église. La grâce de Dieu a passé par là. Son instrument fut un païen aisé auquel le P. Bellocq, missionnaire à Caimong, à 14 kilomètres de là, avait rendu service. Cet homme conçut une sincère reconnaissance envers le grand vieillard à barbe blanche qui, venu des confins de la terre, avait daigné s'occuper de lui. Il se demandait : Pourquoi m'a-t-il rendu ce service ? Quelle est donc cette religion qui s'intéresse aux pauvres aussi bien qu'aux riches, aux faibles comme aux puissants ? ». Et voilà notre homme qui communique ses réflexions aux membres de sa famille et les amène à penser comme lui. Ils ont déjà entendu parler de cette religion que prêche l'étranger. La chrétienté de Giôngkeo, fondée il y a quelque 25 ans par le Père (aujourd'hui Mgr) Dumortier, n'est qu'à deux heures de barque. Ils savent que là vit un saint homme, annamite comme eux, le P. Pierre Linh, grand bâtisseur au zèle infatigable. Ils ont appris qu'à Giôngkeo des Soeurs indigènes instruisent les enfants et les catéchumènes : ils de mandent au P. Bellocq comment ils devraient s'y prendre pour en posséder aussi. Le moyen était facile : quelque temps après arrivait Sur Maria An, très âgée, mais chez qui les années ne font qu'aviver la flamme apostolique ; puis une autre religieuse, Soeur Marthe Hoang, Supérieure du couvent de Caimong, voulut aussi se dévouer à l'instruction de ces braves gens. Et ces deux ferventes « Amantes de la Croix » communiquèrent leur foi et leur zèle à ces catéchumènes, qui, gagnés à leur tour par la contagion de l'apostolat, travaillèrent à amener leurs frères à la vérité qu'ils possédaient enfin. Tant et si bien qu'un beau jour le P. Linh apprit qu'il avait à Dôngthanh 81 nouveaux catéchumènes. Après s'être assuré de la fermeté de leur résolution, le Père se mit au travail d'installation et commença par bâtir une église. Au mois de décembre dernier elle n'avait encore que les fondements et la charpente, mais elle annonçait déjà une gentille allure et les catéchumènes étaient heureux et fiers de leur futur sanctuaire.
    Dans l'intervalle, trois Soeurs avaient été désignées pour demeurer chez eux et elles mettaient tout leur coeur à les instruire. Et enfin, le 24 mai 1935, dans ces âmes bien préparées descendit la grâce du baptême, qui fit de 81 d'entre eux, qui l'étaient déjà par le désir, des chrétiens fervents.
    Alors, à la nouvelle que Mgr Du mortier devait venir administrer la Confirmation à Cai-mong le 27 juin, ils redoublèrent d'ardeur dans l'étude de la religion : tous, depuis les vieillards de 80 ans jus qu'aux enfants de 8 ans, voulurent témoigner de leur volonté de devenir de parfaits chrétiens. Ils allèrent donc supplier le P. Bellocq, chef du district, de demander à l'évêque de venir les confirmer, eux aussi, et grande fut leur joie quand ils apprirent que Monseigneur, sans craindre ni peines ni fatigues, accédait à leur désir.
    Ce fut le 28 juin, lendemain de la confirmation de 452 chrétiens à Caimong, que Mgr Dumortier, accompagné du P. Bellocq et du jeune missionnaire qui écrit ces lignes, monta en auto pour se rendre à Bavac, d'où une barque devait les conduire à Dôngthanh. Dès l'embarquement la réception fut naturellement empreinte de couleur locale, c'est-à-dire aussi bruyante que possible, mais c'est ainsi que ces nouveaux chrétiens manifestaient leur allégresse intime. A, l'examen qui précéda la cérémonie on put juger de la valeur de l'enseignement donné par les trois religieuses : les 54 néophytes qui se présentèrent furent tous jugés suffisamment instruits, et ce fut la joie dans l'âme que Monseigneur déversa sur eux l'abondance des dons du Saint Esprit. Les remerciements qu'ils adressèrent à tous ceux qui avaient pris une part quelconque à leur conversion et à leur sanctification prouvaient assez leur reconnaissance. Puisse le Saint Esprit leur conserver ces bons sentiments, qui feront d'eux parmi leurs compatriotes des apôtres de la foi du Christ, qu'ils ont le bonheur de posséder maintenant !
    Ainsi à Saigon, comme dans les autres Missions, la vie du missionnaire est bien la vie vraiment apostolique, avec ses privations et ses épreuves, mais aussi avec ses consolations spirituelles. De beaux résultats sont déjà obtenus ; il en reste beaucoup à acquérir. Cependant, avec ses 319 chrétientés comprenant 105.000 fidèles, le Vicariat de Saigon détient un bon rang parmi les 38 Missions confiées à la Société des Missions Etrangères. Cette année le chiffre des catéchumènes s'élève à 8.000, ce qui suppose que nos 27 missionnaires français et nos 112 prêtres annamites ne restent pas les bras croisés. Mais nous n'oublions pas que nous récoltons ce que d'autres ont semé : la bonne semence a été fécondée au XIXe siècle par le sang de nos Martyrs. A eux en revienne la gloire ! Que, du haut du ciel, ils prient pour nous, nous secourent et nous envoient des ouvriers apostoliques qui leur ressemblent !

    Paul POUCLET,
    Missionnaire de Saigon.

    1935/252-256
    252-256
    Vietnam
    1935
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