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Une grande fête indienne

Une grande fête indienne La ville de Kumbakônam, au sud de l'Inde, est le chef-lieu d'un diocèse qui compte plus de 80.000 catholiques. La Société des Missions Etrangères, qui l'administrait depuis son érection, le céda en 1930 au clergé indigène qu'elle avait formé Kumbakônam est une des villes saintes de l'Inde, au moins une fois tous les 12 ans, lorsque, par suite de la conjonction de certains astres, revient la fête hindoue appelée « Mamagan » ou « Mahamagan ». La dernière occurrence de cette fête eut lieu en 1933.
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    Une grande fête indienne

    La ville de Kumbakônam, au sud de l'Inde, est le chef-lieu d'un diocèse qui compte plus de 80.000 catholiques. La Société des Missions Etrangères, qui l'administrait depuis son érection, le céda en 1930 au clergé indigène qu'elle avait formé
    Kumbakônam est une des villes saintes de l'Inde, au moins une fois tous les 12 ans, lorsque, par suite de la conjonction de certains astres, revient la fête hindoue appelée « Mamagan » ou « Mahamagan ».
    La dernière occurrence de cette fête eut lieu en 1933.
    C'est un événement sensationnel. On en parle six mois à l'avance ; sur les places publiques, dans les gares du chemin de fer, d'immenses affiches, copieusement illustrées, donnent le programme de la fête, qui dure du 1er au 12 mars ; des trains supplémentaires à tarif réduit sont mis à la disposition des pèlerins, qui affluent de toutes parts.
    En quoi consiste la fête ? Tout simplement en une baignade dans un étang sacré dont les eaux une fois seulement tous les 12 ans, ont une vertu purificatrice.
    Quelle est l'origine de cette fête ? Voici, d'après les livres saints, deux légendes qui en donnent l'explication.
    La première légende nous apprend que, dans les temps préhistoriques, le dieu Visvanatha conseilla à la déesse Ganga d'aller se purifier dans l'étang Mamagan, à Kumbakônam, des péchés que les pauvres humains avaient entassés sur sa tête. La déesse obéit et Visvanatha, l'ayant accompagnée, s'assit sur le bord de l'étang et assista à toutes les cérémonies de la purification. Ganga sortit de l'eau radieuse, éblouissante, plus belle que jamais, et c'est alors que, pour faire partager à tous les mortels sa joie et sa pureté, elle décida que, une fois tous les 12 ans, les eaux de l'étang retrouveraient pour eux la même vertu purificatrice.
    Comment l'étang de Kumbakônam reçoit-il, et à l'époque fixée, cette vertu sanctifiante ? Voici. Quelque temps avant le pèlerinage, l'eau du Gange qui coule à Bénarès, perd toute sa sainte radioactivité et, par des canaux secrets, vient, à environ 1900 kilomètres de distance, remplir l'étang de Kumbakônam. Le jour du départ des eaux du fleuve est même annoncé d'avance ; ainsi pour le pèlerinage de 1933, l'eau partit le 29 juin 1932 pour arriver le 10 mars 1933, jour de la grande baignade. Toutes les rivières sacrées de l'Inde s'unissent au Gange pour venir sanctifier les eaux du Momagan : elles sont au nombre de neuf et leurs statues sont pompeusement installées sur les bords de l'étang.
    Telle est la première légende. La seconde est très ancienne puisqu'on la fait remonter au déluge. En effet, quand arriva le grand cataclysme, Brahma, le dieu créateur, était dans un terrible embarras : comment préserver le monde de la destruction ? Heureusement Vichnou, le dieu conservateur, vint à son aide : il prit un vase en terre cuite dans lequel il plaça les livres sacrés, avec une petite graine de « semence cosmique ». Brahma, pour éviter la casse, entoura d'herbes sacrées le vase ainsi rempli et l'abandonna ensuite au gré de l'inondation. Quand les eaux se retirèrent, le vase atterrit à Banapura, faubourg de Kumbakônam. A peine avait-il touché terre que Siva, le dieu destructeur à la rancune tenace, lui décocha une flèche : le vase fut brisé et les livres saints, « vedas » et « sastras », soulevés par le vent, se dispersèrent aux quatre coins de l'Inde ; quant au fond du vase, il resta sur la terre et il est devenu le temple de Kumbasivara, c'est-à-dire le temple du vase, d'où aussi le nom de la ville, Kumba-kônam.
    C'est à ce moment que Brahma, avec la semence cosmique, recréa le monde et, pour commémorer cet heureux événement, décréta que tous les 12 ans les eaux de l'étang purifieraient entièrement les hommes de leurs péchés.
    Le 10 mars donc, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, se baignent dans cet étang ; ils n'ont de l'eau que jusqu'à la ceinture, car, pour éviter les noyades, le gouvernement veille. Les dévots, et surtout les dévotes, se dépouillent des bijoux qu'ils portent et les jettent à l'eau en un geste d'offrande à la bonne déesse Ganga.
    La fête terminée, le dernier pèlerin parti, le gouvernement met aux enchères le curage de l'étang desséché, qui est naturellement adjugé au plus offrant, car on suppute la valeur des bijoux jetés à l'eau et qui reviendront à l'entrepreneur. Il y a une trentaine d'années, le P. Barralon, alors curé de Kumbakônam, tenta l'aventure et se vit adjuger l'entreprise. Il n'y perdit ni son temps ni son argent ; en effet, avec le produit de la vente des bijoux recueillis au fond de l'étang, il bâtit un hospice pour vieillards : une fois de plus le diable avait travaillé pour le bon Dieu.

    A. COMBES,
    Missionnaire de Pondichéry.

    1936/121-124
    121-124
    Inde
    1936
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