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Une fête au Chau-Laos (Mission de Thanh Hoa)

Une fête au Chau-Laos (Mission de Thanh Hoa) Dans le Châu-Laos, tout notable qui a eu recours aux bons services de ses administrés pour se faire une demeure, comme remerciement offre à ses sujets un « banquet » plus ou moins pantagruélique. Les missionnaires suivent cette coutume.
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    Une fête au Chau-Laos (Mission de Thanh Hoa)

    Dans le Châu-Laos, tout notable qui a eu recours aux bons services de ses administrés pour se faire une demeure, comme remerciement offre à ses sujets un « banquet » plus ou moins pantagruélique. Les missionnaires suivent cette coutume.
    La vieille maison tay de Muông-Khiêt menaçait de s'effondrer sur le jeune et placide curé, le P. Donjon. Grâce à un secours généreux, qui lui était arrivé de notre Société, le Père put se mettre à l'oeuvre. Les travaux, commencés en septembre, furent menés rondement. En mai dernier, la nouvelle maison était terminée.
    Bâtisse de 25 m. de long sur 8 m. de large, ornée d'une belle véranda latérale. L'intérieur comprend cinq pièces avec, à l'avant, une spacieuse salle de réception. Appuyée sur 14 grosses colonnes, qui soutiennent un toit en planches de mélèze, la nouvelle cure produit la meilleure impression de solidité et de salubrité.
    Le 31 mai était la date fixée pour l'inauguration solennelle. Afin de rehausser l'éclat de la cérémonie, le bon curé de Muông-Khiêt avait lancé des invitations à tous les missionnaires et prêtres annamites du Châu-Laos.
    Dès le 30 au soir, les Tay s'empressent de préparer le dîner du lendemain. Plus de cent convives sont attendus. Il leur faut des victimes complaisantes : un gros buffle, un majestueux taureau, un beau porc de sept poignées (« poignée » unité de mesure qui sert à évaluer le diamètre des habillés de soie tays).
    Bientôt s'installent, en plein air, de nombreuses marmites. Dans les unes disparaissent, coupés en morceaux et plongeant dans l'eau, buffle, taureau, cochon. Os, viandes, peaux, graisses, cervelles, etc...Y réalisent la plus stricte égalité sociale. D'autres bassines contiennent des centaines de kilogrammes de riz qui cuit à l'étouffée. La pluie de la nuit provoque quelques ratés dans les fourneaux rustiques. Cependant au matin du 31 tout est cuit à point.
    Vers 10 heures la cure est pleine de monde : il y a là plus de 500 Tays. Les quatre tribus qui relèvent de la juridiction du P. Donjon : Muong-Khang, Muong Ai et Muong-Suông sont dignement représentées. Le tri-châu (sous-préfet) de Hôi-Xuân a délégué un brave maire, tout fier d'être traité en grand mandarin pour quelques heures. Sauf deux prêtres annamites, malades, tous les autres prêtres ont répondu à l'invitation.
    A 10 1/2 h. la fête commence. D'abord les discours d'usage. Ensuite la cérémonie pittoresque des jarres de vin laotien : c'est l'apéritif.
    On apporte plusieurs grandes jarres en terre cuite, préparées longtemps à l'avance. Elles contiennent du riz ou du manioc, avec un levain spécial chargé de provoquer la fermentation. L'orifice est soigneusement bouché avec de la balle de riz et des feuilles de bananier. Après avoir enlevé tout cela elles sont remplies d'eau. Un grand récipient, ordinairement une ancienne touque à pétrole, est placé à côté de la jarre : c'est la réserve d'eau. Un homme de bonne volonté enfonce dans la jarre de longs chalumeaux en bambou (2 à 3 mètres) et procède à l'essayage : il aspire successivement, avec chaque chalumeau, passe les extrémités dans un peu d'eau et les essuie avec le revers de la manche ou avec un linge dont il serait inutile de rechercher la couleur primitive ! Les chalumeaux sont alors répartis entre les invités, par ordre de dignité. Le maître de la maison désigne ceux qui vont boire les premiers. Les personnages ainsi invités demandent, par parole ou par geste, la permission de boire et entrent en action. Le liquide qu'ils absorbent n'a rien du vin de Champagne : il est alcoolisé, plus ou moins aigrelet et... désagréable. Impossible d'en voir la couleur, et c'est heureux ! Couleur et qualité, du reste, importent peu ; il faut avant tout boire la quantité fixée à l'avance. Cette quantité est, selon le nombre des buveurs, d'une ou de plusieurs cornes. Un jeune homme, en effet, est installé près du récipient d'eau et tient une corne de buffle ou de boeuf sauvage. Il laisse les buveurs en fonction quelques instants, puis, tout en chantant une mélopée sur un air traditionnel, il remplit sa corne, bouchant avec le doigt le trou pratiqué à la pointe. Le moment venu, il laisse couler l'eau dans la jarre. Si tout le contenu de la corne y trouve place sans que l'eau déborde, les buveurs sont libérés ; sinon ils sont punis et condamnés à vider une autre corne. Les séries de buveurs se succèdent et quand tout le monde, y compris les femmes et les enfants, a eu sa part, on recommence par séries plus nombreuses ou avec une autre jarre.
    Après cet apéritif qui dura jusqu'à 13 heures, vint enfin le banquet ! Par fournées de 40 à 50, les Tays défilèrent devant les plateaux chargés de mets et purent se gorger à loisir tout le temps voulu... jusqu'à 8 h. du soir !
    Le souvenir de cette fête restera longtemps dans la mémoire des nombreux convives. Puisse-t-elle aider les Tays à mieux connaître le missionnaire, à aimer davantage sa maison et, surtout, à désirer plus avidement les délices d'un autre festin, celui auquel les convie le Divin Maître !
    1933/221-222
    221-222
    Vietnam
    1933
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